‹ Histoire de l'empire de Russie (volume 4)Chapitre 4 sur 23 · Tome X · texte numérisé non relu

Tome X

5o HISTOIRE

prince Ivon MslislaTsky. Il gouvernail seul : mais il les consultait ; et satisfaisait par là leur amour-propre peu exigeant.

Cette liaison , qui lui était si JCivoraMe , se termina par la mort de lourieff (38). Le prince Mstislafsky, quoiqu'il portât le nom de père adoptif de Boris (39) se joignit , par faiblesse, à ses ennemis , les Schouisky , les Yorotinsky et les Golovin , et fut la dupe de leurs séduc- Cnnjnraiion tious. Si Tou cu croit FAnnalisIe, il devint nos; complice d une odieuse conjuration. On vou-

lait qu'il invitât Boris à un repas et qu'il le livrât au fer des assassins. Mais celui-ci, averti du complot par ses amis effrayés, en fit surle-champ son rapport au Tsar. On ignore s'il y eut ime enquête juridique ; nous savons seulement , que le prince Ivan INIstislafsky , contraint de se faire moine , fut exilé dans le couvent de Kiriloff, et les Yorotinsky de même que les Golovin , dans des contrées éloignées ; d'autres furent emprisonnés (4o). Mais les Schouisky ne furent point inquiétés; soit que l'on manquât de preuves contre eux, ou que ce fut par considération pour l'intercession du Métropolitain , leur ami. Toute-

DE rt:ssie. r;f

fois, il n'y eut pas un seul individu puni, de mort. Il est possible que Godounoff craignit de rappeler les temps abhorrés d'Ivan. Peutêtre aussi , ce qui est plus probable, ne voulut-il (jue renverser ses ennemis particuliers, en répandant le bruit de leur prétendu complot. Le tils de MslislaTsky, le prince Fédor , resta même dans le Conseil , comme le premier ou le plus illustre des Boyards (4i). Cependant malgré une telle modération dans la punition d'un crime réel ou imaginaire, la capitale et la Cour étaient dans la plus grande agitation. Les amis des accusés redoutaient une plus grande vengeance; le conseiller Michel Golovin , abandonnant sa terre de Médme , se réfugia chez Bathori , et justifia ainsi les soupçons de Godounotr. En effet, ce traître fugitif, bien accueilli en Lithuanie , conjura le l\oi de ne point conclure de paix avec le Tsar, l'assurant que Moscou et la Russie étaient dans Tanarcliie et le plus grand désordre, par la faiblesse d'esprit de Fédor et par le peu d'accord qui régnait entre les Boyards; enfin que le Ptoi n'avait qu'à marcher pour s'emparer de tout ce qu'il désirait dans notre triste

et mallieiirense pairie, où personne ne voulait faire la guerre ni servir le souverain. Bathori , ajoutant foi à ee cliseours , reçut trèsfroidenienl les ambassadeurs de Moseon ; il leur dit que , par eondescendanee , il pourrait nous accorder une trêve de dix ans; si nous rendions à la Lithuanie les villes de Novgorod , Pskof , Louky , Smolensk , et le pays de Seversk , et ajouta : c< Le père de Fédor n'avait j) pas voulu ine connaître, et il m'a connu: » autant en arrivera à son lils ».

Les Ambassadeurs cherchèrent à prouver le peu de raison qu'il y avait dans les prétentions du Iloi ; mais on ne les écouta pas. Ils furent obligés d'avoir recours à la ruse. D'abord, ils firent adroitement circuler le bruit que Michel Golovin était un espion, envoyé auprès d'Etienne par les Boyards de Moscou. Ensuite, ils proposèrent aux Seigneurs de la Pologne etde la Lithuanie, de conclure une étroite alliance entre leur gouvernement et la Piussie, pour la destruction totale du Khan de (Crimée. Ces deux ressorts furent mis en jeu avec un égal succès. Golovin n'inspira plus bientôt aucune confiance ; on pensa

DE rrssTE.

que (les Puisses (le rlislinclion avaienl pu abandonner leur pairie , pendant le règne du cruel Ivan, mais non sons eelni dn débonnaire Fédor; on ne larda pas à croire que ce j)rétendn fuyard semait l'argenl qui lui avait été fourni par la caisse du Tsar , pour séduire et corrompre , et on vit une nouvelle preuve de sa fausseté dans le soin qu'il mettait à rabaisser la Pvussie et à la représenter comme prête à tomber aux pieds d'Etienne. « C'est 5> ainsi , disait-on , que le Roi , séduit })ar » David Belsky , a perdu une nombreuse ar- >> mée sous les murs désastreux de Pskof; » doit-il s'exposer à être une seconde fois î> victime de sa crédidité ? Il approclie de la » vieillesse : une mort soudaine peut lui arra- » clier le glaive des mains et nous faire perdre » le fruit même de ses victoires. Tandis î) qu'une Diète turbulente disputerait pour » le choix du successeur d'Etienne, un enî> nenii puissant ravagerait la Liihuanie. Il » vaut donc mieux profiter de la faiblesse » connue de Fédor , pour conclure avec les » Bovards de Moscou , une allianc<! sincère » et durable entre les deux états , alliance in-

>, tlépendanlc (le la vie 6u de la lïiort de nos i. Souverains ». Cette opinion prévalut telloîiK nt <lan;> le Conseil du Roi , que , non seulement Troëkouroff et Beznin revinrent h Moscou , apportant avec eux un nouveau traité de paix pour le terme de deux ans (42); mais ([ue le Roi envoya même un ambassadeur extraordinaire , avec des propositions (jui furent un sujet d'étonnement pour le conseil du Tsar.

L'Ambassadeur, était Fillustre Miciiel Harabourda , connu depuis long-temps à la Cour de Moscou , où il s'était fait aimer par la facilité avec laquelle il parlait notre langue, par son esprit subtil , par sa politesse et surtout par son zèle pour la religion grecque. Il remit aux Boyards des lettres de paix et d'amitié de la part des Seigneurs de son pays ; et dans une entrevue secrète, il leur dit: «Investi des » pleins pouvoirs de notre Souverain, du » Clergé et de tous les membres composant le > conseil de la Pologne et de la Lithuanie , je i> vous déclare que nous voulons former avec » voire patrie une alliance sincère et indisso- » lubie , à l'aide de laquelle nous puissions

» nous soulenir iiiutuelleinont contre nos » ennemis communs. Pour y parvenir , aban- » donnons de vaines discussions pour des » villes et des provinces dont nous ne pour- » rions devenir les maîtres , sans verser des » flots de sang ; que chacun garde à l'avenir , » ce qu'il possède en ce moment! Nousn'exi-

» geons rien : n'exigez rien non plus

» Ecoutez encore ! îsous sommes frères , la » même origine slave nous est commune , » nous sommes en partie de la même religion : » pourquoi n'aurions nous pas le même » maître ? Que Dieu accorde une longue vie » aux deux Souverains; mais ils sont tous » deux mortels : si Etienne meurt le premier » nous sommes prêts à joindre la grande » principauté de Lithuanie et la Pologne aux )' Etats de Fédor , de manière que Cracovie » soit l'égale de Moscou , et Yilna de Novgo- » rod ; pourvu qu'à votre tour , en cas de » prédécès de Fédor, vous vous engagiez à 1) reconnaître Etienne pour Souverain de » toute la Piussie. Voilà le plus sûr moyen et » le seul qui puisse consolider notre tran-

:)b HISTOIKE

>) qtiillilé et cimenter une amitié sineère » entre nos deux Etats ».

Les Boyards tirent leur rapport au Tsar, et après avoir pris solennellement les avis du Conseil et des principaux membres du Clergé, ils répondirent: « Nous ne voulons pas sup- » poser la mort d'Etienne : Nous ne nous per- » mettons même pas de songer à celle de notre » grand Monarque. Vous avez des sentimens » diiïérens que nous ne saurions approuver. » Convient-il, en effet, à un And>assadeur » d'aller dans un pays étranger , parler de la :» mort de son Souverain ? Toutefois , écar- 5) tant cette inconvenance , nous vous décla- » rons le consentement du Tsar à une paix :» éternelle ». Mais Harabourda ne voulut pas en entendre parler sans une convention relative à la réunion des deux Etats. « Seriez-vous » donc, ajouta-t-il, disposés à nous rendre » Novgorod et Pskof ? Car Etienne ne se con- :» tentera ni de la province de Smolensk , ni j) de celle de Seversk ». — « Notre Monarque , » lui répondirent les Boyards, ne vous don- » nera pas seulement le ioU d'une chaïunière. » Nous pouvons nous passer de la paix. La

DE RITSSIE. 57

» Paissie n'est plus ce qvi'elle était jadis : tà- » chez de préserver de sa puissance, non » plus la Livonie, ni Pololsk, mais Yihia « même (43) >\

Après avoir tén^.oigné ses regrets de ce que les Seigneurs et le Cierge n'avaient pas voulu adopter une grande et bonne idée , Harabourda prit congé du Tsar, et ensuite des Boyards, (jui le reçurent en particulier, dans une des salles du château , assis sur des gradins. Boris occupait la quatrième place , cédant le pas aux princes Mstislafsky , Ivan Schouisky, et Dm i tri Godouuorf. l/s donnrreni la main à Harahourda, et lui remirent une letire polie pour les Seigneurs du ]\oi , en lui disant : « Tu es venu chez nous chargé d'une mission » imporlanie ; mais tu n'as rien terminé, l^e » Tsar , qui a le carnage en horreur , s'expli- » quera avec le Roi , par l'entremise de son » propre Ambassadeur 5». llerabourda j)arlit le 3o avril ; et le prince Troëkouroiï fut envoyé une seconde lois auprès d'Etienne, le 28 Juin , avec de nouvelles instructions.

Il est certain que Bathori aurait immédiatement déclaré la guerre à la Piussie , si les

Seigneurs de sa Cour, surtout ceux de Litliuanie , qui craignaient la dévastation de leur pays, ne se lussent opposés à l'ambition du Roi , et ne lui eussent laissé entrevoir que la Diète lui refuserait des hommes et de l'argent. Séduit par le succès de sa guerre avec Ivan , ce n'était que pour la forme et par complaisance pour la noblesse qu'Etienne conservait des rapports avec nous , sous prétexte de désirer la paix; et tandis qu'il fesait à notre Conseil , l'inconvenante proposition de lui donner la Russie , après la mort de Fédor, il demandait de l'argent au Pape, pour marcher contre Moscou , afin de conquérir notre pays -pour lui-même, et notre Eglise pour le Saint- Siège. Il avait un puissant intercesseur auprès du Pape, dans la personne du jésuite Antoine, qui conservait un vif ressentiment contre la Russie , du mauvais succès de son ambassade auprès d'Ivan; etSixle Y s'était engagé à fournir à Etienne, vingt-cinq milles scudi par mois, pour une aussi grande entreprise (44)-

Dans de semblables dispositions , Etienne ne songea pas à suivre l'exemple de générosité que lui avait donné Fédor ; tout en louant

le désintéressement avec lequel on avait rendu la liberté aux prisonniers Lithuaniens , il exigeait une rançon démesurée pour les noires. Après avoir reçu cinquante-quatre milles roubles du Tsar , il renvoya quelques-uns de ees prisonniers , mais il garda les plus marquans(45), et ne voulut pas rendre l'argent enlevé à des voyageurs de Moscou, qui allaient en Grèce porter des aumônes et demander des prières pour le repos de lame du Tsarévitche Ivan. Il ne fit rien pour arrêter les dévastations de ses Yoïévodes , qui , de Livonie , de Yitehsk et d'autres endroits, envoyaient des bandes de brigands dans les provinces de Pskof, Yélikoioutsk et Tchernigof'f. En un mot , il cherchait visiblement à lasser la patience de la Russie , atin d'amener la guerre.

Troëkouroff trouva Etienne à Grodno , et remit aux Seigneurs de son Conseil , la lettre de nos Boyards. Après en avoir pris connaissance , ils témoignèrent un grand mécontentement. " Désirant la tranquillité, dirent-ils, >> et en dépit de notre Souverain , nous vous » avons proposé les conditions d'une frater- » nité sincère , d'accord avec les intérêts des

6o HISTOIRE

y deux étals ; et vous , sans répondre à la » principale proposition , vous vous bornez » à nous écrire que le Tsar veut bien accor- » der au Roi le bonheur de h paix, si nous y> vous cédons Kief, la Livonie et tout ce que » vous appelez Tancienne propriété de la » Russie ; c'est-à-dire , ffiie nous offrons du » pain aux Boyards Jiisses^ et qu ils nous jettent » des pierres\ D'où vous vient un pareil or- » gueil ? Ne savons-nous pas dans ([uel triste » état se trouve actuellement la Russie ? Vous » avez un Souverain : mais quel est-il ? Il n'a » que le souffle; il est sansenfans ; il ne sait » que réciter des prières. La discorde règne » parmi vos Boyards , et le trouble est parmi » le peuple. L'Etat est en désordre, l'armée » sans dévoûment et sans bons Yoïévodes. » Nous savons que vous entretenez des rap- » ports secrets avec l'Empereur d'Allemagne : » quel est votre but? Pouvez-vous espérer de » Irouveren lui un défenseur, lorsqu'il se » déiend si mal lui-même ? Vous élcs déjà le y> point de mire de plusieurs Souverains de j> l'Europe. Le Sultan demande Astrakhan et » Kazan ; le Khan porte le fer et la flamme au

DE RUSSIE. 6l

'> cœur de la Puissie , et les Tchéremisses sont » en révolte. Où est la sagesse de vos Boyards? » Leur pairie est en péril, et ils méprisent » nos bons offices ; et ils répètent que le Tsar « est prêt à résister à tous ses ennemis! Nous » v(;rrons ! Jusqu'à présent nous avons em- » péché Etienne d'accomplir le serment qu'il )> a prêté en montant sur le trône , de repren- » dre à la Russie tout ce qui tient à la Lilliua- « nie et dont elle s'est emparé après Yitolt , » maintenant nous ne voulons pas l'irriter » en lui rapportant vos frivoles discours ; >i mais nous lui dirons : Majchc contre la » Russie jiisfju aux bords de l Ougra : voilà » Tiofî'C or, nos bras et nos têtes » !

Le prince Troëkouroff écouta ces paroles avec sang-froid, eL répondit avec chaleur: « Ce » n'est pas nous, Seigneurs, mais vous ([ui » tenez des discours frivoles : quel langage » téméraire et inconvenant! Vous appelez in- « digne et malheureux, un règne qui fait le « bonheur de la l\ussie ! Vous voyez la colère » divine où nous ne voyons que la bénédic- » tion du Ciel ; l'avenir est-il donc connu des » mortels? Le Tout-Puissant a-t- il lenucon-

62 aiwSTOiRE

» seil avec vous ? Malheur à celui qui iiu'dif: » d'un Souverain ! Nous avons un Tsar sain » d'espril et de corps, sage, heureux et digne « de tous st^s augustes ancêtres. Fidèle aux » préceptes de son père, de son a'ieul et de son i> bisaïeul, Fédor gouverne son peuple, atl- » ministre son pays et aime la paix. Mais il M n'en est pas moins prêt à combattre et à » vaincre ses ennemis. Il a une armée supé- 7> rieure à toutes celles qui ont existé jusqu'à j) présent en Kussie ; car il est bon pour les « guerriers , et les récompense avec généro- » site. ISous avons d'illustres \ oïévodes, qui » n'aspirent qu'à la gloire de mourir pour la » patrie. Oui, Fédor sait prier; et le Seigneur » agréant la foi qu'il a dans la protection cé- « leste , lui donnera la victoire , la paix, le » bonheur et une longue postérité. Fxègnent » à jamais les descendans de Saint-Vladimir ! » Que les traitres remplissent le monde d'in- )> dignes calomnies sur les discordes des » Boyards et la désorganisation de notre Em- » pire : le vent emporte leurs imposlures. >> Mais nous ne voulons pas imiter votre ar- » rogance , même en vous tenant le langage

« (le la vériU', et nous nous taisons sur ce » (jue nous voyons en Lilhuanie et en Polo- » gne , parce que nous ne sommes pas en- » voyés comme agens de discorde ». Après avoir ajouté que les Seigneurs russes ne connaissaient que leur Souverain , et n'avaient de relations avec aucun Prince étranger; que le Sultan ne demandait ni Kazan ni Astrakhan, mais seulement notre amitié ; que le Kfian , se rappelant encore Tannée 1572 et le prince Michel Vorotinsky, n'osait pas même jeter les yeux sur notre Ukraine ; que la tranquillité la plus parfaite régnait dans toule la Russie; que nous commandions paisiblement, même dans les contrées éloignées de la Sibérie , sur la Konda, dans le royaume de Pelyme , dans le pays des Kolmacks et sur TOby , où quatrevingt-quatorze villes nous payai(îr.t tribut ; l'Ambassadeur conclut en ces termes: «' Est- » ce là ce que vous appelez la décadence de la » Piussie ? jNous désirons la paix : mais nous » ne rachèterons pas. Voulez-vous la guerre ? » Commencez-la. Voulez-vous faire mieux :' » Entrons en accommodemens ».

Les négociations commencèrent. Le Tsar

consenUnil à nVxigor ni Kief , ni la Volhinlo , ni la Poflolic! , ne demandant , comme conditions de la j)aix , qne la l.ivonie seule^ ouau moins les villes de Dorpat , de ÎSeïhause, d'Alzel , de Kirempé , de Mariembourg et de Tarvasl. « Pourquoi une pareille générosité, dirent avec ironie les seigneurs Polonais à Troëkouroff ? Vous êtes maîtres de désirer toute la Litliuanie ; faites-en la conquête et prenez-la ». Ils proposèrent une seconde fois la réunion des deux Etats, et, pour y parvenir, ils dcîniandaient que les Seigneurs de jMoscou et ceux du ]»oi , se réunissent sur la frontière. Troëkouroff leur représenta que le Tsar ne pouvait pas décider une affaire de cette importance sans Tavis des Etats-Généraux; qu'il fallait beaucoup de temps pour réunir à Moscou tous les députés de Novgorod, de Kazan, d'Astrakhan, de Sibérie ; et il demanda nne prolongation de trêve. « Ce n'eét pas « l'usage en Russie , de consulter la nation , :» lui répliquèrent les Seigneurs pcjlonais. Le » Tsar prend une résolution ; les Boyards » disent oui^ et i'aflaire est faite ». Après avoir discuté pendant quelques jours, on prolongea

encore la \vv\c. de doux mois , du 3 juin au mois d'aoïit i588, afin de donner aux Ambassadeurs des deux partis, le temps de se réunir sur les bords de l'Ivata , entre Orclia et Smolensk , et d'y convenir , i°. des moyens à prendre pour établir une alliance fraternelle entre Fédor et Etienne ; 2". du moyen à employer pour que leurs Etats se trouvassent sous le même sceptre , en cas de mort de Fédor ou d'Etienne (46); 3". enfin, des villes qui appartiendraient définitivement à la Lithuanie où à la Russie , si elles ne consentaient pas à se réunir.

Quoique le troisième article diminuât l'importance du second; quoique, dans le fait, nous ne fissions aucune concession, et que , par de semblables conventions , il n'y eut aucune atteinte de portée à l'honneur ni al'intégrité de notre territoire , ce traité , cependant, ne fut signé par Troëkouroff, qu'à la dernière extrémité, et lorsque les seigneurs Lithuaniens lui annoncèrent son congé. Nous désirions gagner du temps , et nous fondions nos espénmces sur l'avenir, en voyant le pays ennemi disposé à la paix. L'Archevêque de Gnésen , Tome X. 5

CG niSToïKE

lui-même, dans une conversation avec mi

officier du Tsar, IMovossillzo ff, envoyé alors

à Vienne , lui avait dit que le seul ennemi

irréconciliable que la Uussie eut en Lilhuanie

cl en Pologne, était Balliori ; mais (ju'il ne

pouvait vivre long-temps , car il s'était formé

à ses jambes des plaies fort dangereuses que

les médecins n'osaient guérir , dans la crainte

de balcr sa mort; il avait ajouté qu'Etienne

n'était pas aimé de la Nation , à cause de son

ambition démesurée et des mauvais Iraite-

mens qu'il faisait éprouver à sa fenmie ; enfin,

que les grands et la noblesse désiraient être

sous l'empire de Fédor, connaissant les vcrtiis

chrétiennes de ce Monarque, l'esprit et la

bienveillance de la Tsarine , la sagesse et les

grandes qualités du Régent , Boris GodounollT.

V Cet homme illustre, disait l'Archevêque ,

» a nourri et consolé nos prisonniers , lors-

» qu'ils étaient encore détenus; et après les

» avoir rendus à la liberté , il les a traités gé-

» néreusement dans son palais, faisant à cha-

» cun d'eux des présens de, drap et d'argent..

» Sa gloire se répand partout. Vous êtes heu-

^ reux d'avoir un administrateur qui ressem- ^

DE r.ussiE. G7

» ble à Alexis Adacheff , ce f^rand liommo qui PainiiMe <ie » gouvernail la Russie sous Ivan (47) ». En- «lAdaduH. chérissant encore sur celle comparaison , Novossillzoff ajouta ({ue Godounoff surpassait AdachefF par Téclat de son rang el parla profondeur de son génie.

La vSaine politique nous ordonnait d'éloigner la guerre tant que nous le pourrions. Etienne avait encore de la force d'àme et un corps vigoureux : grand et fier dans ses manières, en congédiant le prince Troëkouroff, il lui tendit la main avec un air sévère , et lui ordonna de saluer Fédor de sa part. Il termina ainsi ses rapports avec la Russie qui , en le haïssant, ne pouvait cependant lui refuser de l'estime. En effet , en se montrant notre ennemi , il ne faisait que remplir le devoir prescrit au Souverain par Tintérét de l'Etal; et d'ailleurs il connaissait mieux que son Conseil rimpossibiiilé d'une paix réelle et la dilficulté de réunir son Royaume à l'Empire de Moscou. Balhori avait déjà désigné le jour de l'ouverture de la Diète à Varsovie , afin de fixer le sort futur de la Pologne par le choix d'un successeur. Il espérait par son éloquence

C)^ niSTOIRR

ol par la force de la vérité , raulnior à la fois dans les ciciivs l'amour de la patrie et le désir de la gloire, et arracher enfin hî consentement à la guerre contre la Kussie. Mais le sort ne favorisa pas ses projets.

Notre gouvernement avait encore un autre but secret , dans ces derniers rapports avec Batliori : il désirait rendre à la natrie leshommes que Fexil et la désertion nous avaient enlevés sous le règne d'Ivan , non par pitié pour eux , mais pour l'avantage de l'Etat. Le Tsar , ayant appris que beaucoup d'entr'eux avaient le désir de rentrer en Ptussie, mais qu'ils craignaient de s'y montrer, envoya des lellres de grâce à plusieurs, et nommément aux princes Gabriel Tclierkasky , Thimoliiée Teterin , au moursa Koupkceff, Kachkaroff, et même au traître David Belsky, parent de Godounoff, leur prometUnt avec l'oubli de leurs fautes , des rangs et des appointemens , s'ils revenaient à Moscou avec un n^penlir sincère, et s'ils prouvaient leur zèle endonnant toutes les notions nécessaires sur létnt intérieur de la Lithuanie , de même que sur les vues et les moyens de sa politique ('{8). Fédor faisait

DE RUSSIE. 6q

aussi grAce à tous Its déserteurs, exceplé au malheureux Kourbsky , qui prol)ablemeut n'existait déjà pius , et au nouveau traître jMiehel Golovin. Balhori, qui avait appris de ce seigneur beaucoup de choses secrètes sur la Piussie , avait en outre à Moscou des espions particuliers parmi les marchands Lithuaniens: ce qui détermina Fédor à ne leur permettre de faire le commercé qu'à Smolensk , et à leur défendre de venir dans la capitale.

Cependant le Tsar , tout en cherchant à avec^irsuède! éloigner la rupture avec la Lilhuanie, mais en s'y attendant sans cesse , ne montrait que plus d'amour pour la paix et de facilité dans ses relations avec le roi de Suède ; il ne voulait point avoir deux ennemis en même temps. Toutefois, il n'oubliait pas la dignité de la llussie ; il sentait le besoin d'effacer notre honte, en reconquérant notre ancienne propriété envahie par les Suédois ; mais il remettait la guerre à une épo([ue plus favorable.

De la Gardi , lieutenant d'Ksthonie, ayant appris la mort dTvan , demanda au prince Basile Schouisky-Skopin , voïévode de Novgorod, si nous étions disposés à tenir la coq-

r-O I1I5TGIRS

vcniion conclue sur 1rs bords de la Pljissa('J9), ri si r.os ambassadeurs se rendraient à Slokliolm pour traiter de la paix. Mais , dans sa lettre, comme pour piquer le Tsar, il nommait le ï\oi, Grand-Duc ù'JJora et de lajiroiince de Schclona, dans le pays liusse. On lui répondit cjue jamais en Russie Ton n'avait entendu parjler dun Grand-Duc Suédois de la province de Scliélon;i , mais ou'on excusait son ignorance , parce qu'il était étranger et éloigné delà Cour et des affaires du Conseil; que du reste le Tsar voulait remplir les engagemens de son père, et que n'aimant pas les maux de la guerre, il atîendait des Ambassadeurs suédois, mais qu'il ne pouvait en envoyer à Stokliolm. Cette aigreur de part et d'autre falîlitamener une rupture. De la Gardi, dans une nouvelle lettre à Schouisky , parlait de l'ancienne ignorance et de l'orgueil insensé des Piusses, qui n'en étaient pas encore corrigés, même par leurs revers. « Sachez, écrivait- 3> il , qu'on ne m'appelle pas un étranger dans :»> le glorieux royaume de Suède. Il est vrai » queTJe suis souvent éloigné de la Cour, mais » uniquement pour vous tenir en respect. Je

DE Ri; s 31 s. -Jl

j> suppose qiic vous n'avez pas oublié cgni- » bien de Ibisvos drapeaux se sont reueonlrés » avee les miens , e'est-à-dire eonibien de lois » ils se sont abaissés devant eux , et que vous » n'avez trouvé voire salut que dans la fuite ». On ne répondit à eelle bravade que par le silenee du mépris.

Fédor se eondnisit d'une manière encore plus sage et plus digne d'éloges , dans ses rapports directs avec le roi Jean qui, en nous proposant de ne pas renouveler la guerre , s'exprimait ainsi dans sa lettre au Tsar : « Ton » père , en désolant son propre pays , en s'a- » breuvanl du sang de ses sujets , fut un mau- » vais voisin pour nous et pour les autres )> souverains ».

Fédor renvoya celte lettre au Roi, en lui faisant dire, qu'il n'était pas permis de se servir de pareilles expressions, en parlant à un fiîs , de son père. Mais les paroles n'empècliaient pas les affaires de marcher. l>.c boyard, prince Fédor Scheslounoff et le gentilhomme du Conseil , Ignace Tatislcheff , se réunirent le 25 octobre i585, à l'embouchure de la Plussa , près de Narva, aux dignitaires Suédois

Klas Toit, fie la Gnrdi et autres. Les Suéclois exigeaient Novgorod et Pskoff ; et de noire côté nonsdemandions non seulementles villes Piussrs dont ils s'étaient emparé , mais toute TEsthonie etsept eent mille roubles en argent. Cependant on lit des concessions de pari et d'autre , mais on ne put s'accorder. Les Suédois lions menaçaient de faire une alliance avec Bathori et de solder cent nnille étrangers. Nous ne laur opposions que la puissance de la Russie seule, en ajoutant que nous n'avions pas besoin , comme eux, d'engager nos villes et de louer des soldais ; que nous n'agissions qu'avec nos tètes et nos bras ÇSo). Eniin nos dernières propositions de paix , que les Suédois refusèrent , étaient : que le Roi nous restituât Ivangorod , Jama , Koporié , pour la somme de dix mille roubles ou vingt mille ducats hongrois. On résolut la guerre , mais bientôt on changea d'avis, et, au mois de décembre i58!> , on conclut une trêve de quatre ans, sans aucune concession , et avec l'engagement d'une nouvelle réunion des Ambassadeurs des deux puissances, au mois d'août i586 , afin de traiter de la paix détlnilive. Pen-

dant ces conférences , de la Gartli se noya dans la Narova.

Deuxaulres puissances européennes TAu- Ami.nssKie

eu Auiiiciic.

triche et le Danemarck étaient alors également en relations avec Fédor. Après avoir fait part à Piodolplie de son avènement au trône , il lui offrait son amitié et la liberté du commerce entre leurs Etats. L'ambassadeur de Moscou , Novossiltzoff (5i) fut traité avec honneur à Prague , oii résidait TEmpereur ; et il fut invité à diner non seulement chez les Ministres aulrichiens, mais même chez le Légat du Pape et les Ambassadeurs d'Espagne et de Venise. Ils le queslionnèrent sur l'Orient et le Nord, sur la Perse , sur les pays de la mer Caspienne et sur la Sibérie. Ils vantèrent la puissance du Tsar, et donnèrent des éloges à l'esprit de TAmbassadeur qui en avait effectivement, connue le prouvent ses dépèches. Piodolphe, disait-il dans ses rapports au Conseil des Boyards , Piodolphe s'occupe plus de ses magnifiques écuries que du gouvernement; il a cédé un pouvoir qui lui était à charge, à Adam Ditrichstein , un des seigneurs les plus distingués de sa Cour. L'empereur, pauvre comme

il l'est, ne rougit pas de payer un tribut au Sultan , et ne fait par là que retenir pour i quel([ue temps le glaive Ottoman déjà suspendu sur sa tète. L'état de l'Europe est déplorable ; l'Autriche soullre au milieu de la paix, et la France , au milieu des guerres civiles. Phili])pe il , soupçonnant son fils , | Carlos, de vouloir attenter aux jours de son père, songe à déclarer héritier de la couronne d'Espagne, Ernest , frère de FEmpereur.

Dans ses rapports , Novossillzoff parle des mœurs, des fruits delà civilisation, et des éiablisscmcns utiles ou agréables qu'il a visités , et qui étaient inconnus en Russie. Il décrit même les jardins et les serres; remplissant ainsi les instructions du curieux Godounoff. Les Ministres autrichiens lui coiilîèrent , sous le secret , qu'ils avaient le désir de conclure une alliance avec la Russie , afin de renverser > Calhori et de parlager son royaume : mais cette idée trop hardie pour le faible Rodolphe resta sans effet. L'Empereur promit d'envoyer au Tsar un de ses Grands, et ne tint pas parole; il se borna à écrire, par Novossillzoff , ime lettre polie à Fédor.

Di: r.ussiE.

Frédéric, roi de Danemarck; qui s'était Renouveite-

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luonlre 1 ennemi déclare d Ivan (02) , se hala lions an.icai» (le lairedes olires de l)onne aniitie au nouveau uuua. souverain , par un Ambassadeur qu'il envoya à Moscou , et qu'il chargea d'une lellre dans laquelle il disait que le caractère et les sentimens chrétiens de Fédor, universellement connus, lui donnaient l'espérance de voir un terme à tous les anciens mécontentemens, et (le renouveler des rapports d'amitié , de commerce et de poiiticpie avec la Piussie. Ces rap- ]>orls se rélablirent en elïet , et le Danemarck >);', songea plus à inquiéter notre commerce maritime du nord , se bornant à prohter des avantiigcs qu'il lui offrait.

Tranquille au dedans, et en paix, au moins Afaiies a» pour le moment, avec l'Europe chrétienne, la Russie , sans redouter la Tauride, était toujours en garde contre ses entreprises. Mahmet Ghinï promeliaiten même temps son alliance au Tsar et à la Litliuanie ; il entretenait des rapports secrets avec les Tchéreriiisses, et envovait ostensiblement des bandes de brigands dans nos provinces du Sud-est (53), lorsqu'il tomba sous le fer de son frère , Islam Ghireï ^

qui arriva de Conslaiilinople avec une troupe (le Janissaires, elle tilre (1(; Khan (54). Islam ndopla la politique rie celui auquel il succédait par un assassinat, et il écrivit à Fédor: « Ton père, outre des pelleteries précieuses » envoyées de son pays, à mon frère, a payé » dix mille roubles pour avoir la paix. Donne j> m'en encore davantage , et n >us écraserons » Tennemi Lithuanien ; atLiqué de tous côtés » par mes troupes , celles du Sultan , les No- 3) gais , et tes soldats , nous ravagerons ses » terres ».

Cependant les hordes de la Crimée , les Azoviens et les Nogais nomades deKazieff, incendiaient les habitations dans les districts de Béb'iT, Koselsk, Vorotinsk, Mestcliofsk et Massalsk. Le gentilhomme du Conseil, Michel Besnine , à la tète de la cavalerie légère , les rencontra sur les bords de FOka, les délit complètement , leur enleva les prisonniers qu'ils avaient faits, et reçut, en récompense de sa bravoure , une médaille d'or de la part du Tsar. Deux fois encore les brigands de Crimée, au nombre de trente ou quarante mille hommes, ravagèrent l'Ukraine. Au mois de

juin 1587, ils prirentet incendièrent Krapivna. Les Voïévodes de Moscou les battirent et les poursuivirent, à la trace des cendres et tlu sang f[u'ils laissaient sur leur passage ; ensuite ils demeurèrent sur les bords de l'Oka , campant à Toula, à Serpoukbof, et attendant le Kban lui-même. La Tauride était pour nous , comme un reptile venimeux , qui , même en expirant, lance encore son venin ; elle portait la mort et la flamme dans nos provinces , malgré son propre épuisement , et les mallieurs dont elle était alors victime. Les fils de INIalimet Gbireï, Saidet et Mourat, cbassés par leur oncle, en i585, revinrent avec quinze mille INogais , renversèrent Islam Ghireï du trône, s'emparèrent de ses femmes, de ses trésors et dévastèrent tout le p.tys. Saidet prit le titre de Khan; mais Islam , s"étant réfugié à Cafa , revint deux mois après , et chassa de nouveau ses neveux. A la tèle de quatre mille soldats du Sultan , il les délit dans un combat sanglant , lit donner la mort à beaucoup de Princes et deMourzas, accusés de trahison ; et s'en ton rant de Turcs , il leur permit de violer , de tuer et de piller. Le Tsar

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|)ioiila âc CCS circonslarices pour proposi'i' un refuge i\ Saidet et à Mourat; il permit au premier , de camper avec jes hordes de JNogais , aux environs d'Astrakhan , et invitale second à venir à Moscou. H le combla dlionneurs, se raîtacha par un serment , et Tenvoya , accom- ])agné de deux Yoïévodcs , à Astrakhan où il devait elre un instrument de notre poiititpie, et où il fut reçu avec tous les honneurs dûs à un liiustre Prince Souverain. Les troupes étaient sous les armes; on tira le canon dans la forteresse et sur le port ; on- battUle tambour, H Von fît retentir l air du son des lirnhalles et des trompettes. Mourat affecta d'ébler une magni-î ficence royale dans cette ancienne ville , remplie de marchands orientaux ; il s? créa une Cour brillante , et reçut solennellement les Princes voisins et leurs Ambassadeurs , tenant en main la charte de Fédor, avec un sceau d'or. Tl se nomma Souverain des quatres fleuves , du Don , du Volga , du Jaik et du Térek , ainsi ffue de toutes les peuplades libres et des Go^ saques ; il se vantait de fouler aux pieds Islain, et d'humilier l'allier Sultan. « Par la grâce et >> Tamitié du Tsar de Moscou , disait-il , nous

» serons Souverains, mon frère, de Crimée , » et nu)i , d'Astrakhan ; c'est pour cela ({u'on » a destiné à mon service de grands person- » nages de la lliissie ». Tel était le langage qu'il tenait à ses coreligionnaires, tandis (pi'il conjurait en secret le voïévode d'Astrakhan , le prince Labanoff Roslolsky , de le délivrer de la surveillance sévère et visible dont il était l'objet , afin que les Nogais et les peuples de Crimée pussent avoir plusde confiance et ne vissent pas en lui un esclave de Moscou; car Labanofi'et les autres Yoïévodes , en conservant tous les égards possibles envers lui , observaient toutes ses démarches; et tandis qu'il se glorifiait des marques d'une considération apparente, il ne se rendait à la mosquée qu'à travers les rangs des Streletz , et il ne pouvait entretenir personne sans témoins. ', Cependant il nous.servait avec zèle ; il engageait les Nogais à la tranquillité et à la soumis- : sion; il cherchait à leur persuader que ce n'était que pour leur sécurité et pour mettre un frein à la rapacité des Cosaques, que le Tsar iaisait construire des villes sur la Samara et rOufa. Il menaçait le séditieux Jakchissat ,

So HISTOIRE

prince de celte horde , de lui l'aire payer cher Finimitié qu'il })orlail à la Russie, et se préparait, conjoinleiiienl avec son frère Sa i de l , à fondre sur la Tau ride , à la tète des jSogais , des Gosaquess et des Tcherkesses, n'attendant pour celle expédition que Tordre de ledor , des canons et dix mille Slreletz qui lui avaient été promis.

Mais le Tsar temporisait; il redoutait beaucoup plus Etienne qu'Islam; et peu sûr de la paix avec le premier , il écrivit à Mouratau mois de février laSy : « Le temps propice » pour la conquête de la Tauride n'est point » encore venu : nous devons auparavant » dompter un autre ennemi plus puissant. » Sois prêt , avec les fidèles TSogais et les Co- » saques , à marcher sur Vilna , où lu me renn contreras; lorsque nous aurons eu raison » de noire ennemi lithuanien, alors nous dé- » Iruironsfacilement ton ennemi particulier; » et nous saluerons SaidetGhireï, Khan des » peuplades de Crimée 'k En même temps le Tsar faisait dire à Islam : « Le khan Saidet » Ghireï, le tsarévitche Mourat , les Princes » jNogaiset Tcherkesses, nous conjurent de

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>) leur permellre de te détrôner. Nous les re- » tenons encore, et nous pouvons même ou- » blier tes brigandages , si tu es sincèrement » décidé à t'armer contre la Lithuanie , lors- » que la trêve , conclue avec son Souverain )> sanguinaire, sera expirée ; car nous sommes i-> fidèles va notre parole et à nos conventions. » Je conduirai moi-même mes troupes de >) Smolensk à Vilna; et toi , à la tête de tes » principales forces, marche en Yolhinie , » en Galicie et plus loin ; fais avancer d'autres » troupes contre Poutivle , où elles se réuni- » ront àcellesdeSeversk afin d'assiéger Kief; j) tu auras à ton aile droite mon armée d'Ast) trakhan , qui , conjointement avec le tsa- « révitche Mourat , doit également entrer en «> Lithuanie. Après avoir lait l'expérience des » malheurs attachés à tes invasions en Piussie, » essaye enfin du bonheur que te promet son » alhance ».

Mais Fcdor prévoyait que Saidet, après avoir renversé Islam , ne serait pour nous qu'un nouveau chef de brigands , et que nous ne ferions qu'échanger un barbare contre un autre , il chercha donc à séduire les fils de

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