Tome X
82 HISTOIIU:
Mahmel Ghireï par la dignité de Klian de Crimée, el se servit d'eux pour en imposer au Khan, aiin d'avoir plus de ressources dans la guerre conlre Balhori. Cette ruse ne resta pas sans cfTel: Islam redoutant ses neveux, assura Fédor (jue les invasions des troupes de Crimée en Russie, ne provenaient que de l'indiscipline de(juelquesMourzas,quiavaient été suppliciés sans miséricorde ; et il ajouta qu'il n'attendait qu'un Ambassadeur de Moscou avec un traité d'alliance, pour marcher avec toutes ses forces contre la Lilhuanie. En effet. Islam annonça aux peuplades soumises à ses ordres, qu'il valait mieux, pour le moment , piller le pays d'Etienne que celui de Fédor.
Toutefois, en nous occupant principalement de Bathori, de la Suède et de la Tauride, nous ne laissions pas d'apercevoir le dani^er qui nous menaçait d'un autre côté. Voisins d'une puissance redoutable à toute l'Europe, nous n'avions pas besoin des avertit semens de la Cour d'Aulriche, pour prévoir l'orage dont le Bosphore nous menaçait. Les trophées du Sullan qui étaient entre nos mains, la tentative
DE hlSSIE. 8j
de Soliman contre Astrakhan, la destruction et la défaite de l'armée de Sélim , dans les déserts qui avoisinenl la mer Caspienne, ne pouvaient rester sans suite. Toute la iinesse de la politique de Moscou , devait consister à remettre à des temps plus propices pour la Russie, une guerre terrible mais inévitable. Elle avait besoin de se fortifier par des conquêtes et par une meilleure organisation intérieure , avant de commencer une lutte décisive avec les destructeurs de l'empire de Byzance. C'est ainsi qu'en avaient agi Ivan-le-Grand , son fils et son petit-fils; quelquefois même ils avaient su, à l'aide des Sultans, tenir en respect la Crimée et la Lithuanie. C'est aussi ce que voulait obtenir Fédor, et ce qui l'engagea, au mois de juillet i584 , à envoyer l'ambassadeur Blagoffà Constantinople, pour annoncer au Sultan son avènement au trône , lui faire part des dispositions pacifiques de la Russie envers la Turquie, et inviter Amurat à conclure une alliance avec nous, «c Nos ancêtres , Ivan et » Bajazet, lui écrivait-il, nos grands-pères, » Vassili et Soliman, et nos pères, Ivan et »> Selim, s'appelaient frères et entretenaient
Amtfissade il t'uiiblauti-
ÎS4 HISTOIRE
» des rapports (ramltié entr'eux ; qnc celte » même amitié existe entre nous La Pmssie » est ouverte à tes marchands , sans exception » pour aucune marchandise et sans impôts. » Nous demandons la n'ci procité el rien de « pUis ». 11 élail prescrit à TAmbassadenr de dire aux Pachas d'A mural : « Nous savons que » vous vous plaignez des brigandages des Co- » saques du Térek, qui gênent les communi- » cations entre Conslantinople et Derbent, » pays qui est maintenant sous la domination » du Sultan , depuis qu'il l'a enlevé au Schah » de Perse. Ivan , père de notre Souverain , >) avait consiruit une forteresse sur le Térek , « pour la sécurité de Tcmgruk , prince Tcherj) kesse ; mais il en fit sortir ses troupes afin 5> de complaire à Seiim ; depuis ce temps elle j) est occupée , sans l'aveu du Tsar , par les » Cosaques du Volga qui sont des déserteurs. » Yous vous plaignez encore de l'oppression » qu'éprouve lareligion de Mahomet, enPius- » sie ; maiscpii est opprimé chez nous? A Kassi- » moff, au cœur de noire Empire, ne s'élève- » t-il pas des mosquées et des monumeas mu- » sulmans , érigés en l'honneur de S( hig Aley
>) et du tsarévitche Kaïboula. Saïn Boulai, au- » jourd'hui Siméon , Grand Duc de Tver , a « embrassé volontairement la religion chrc- » tienne , et à sa place, quoique mahomélan , » Mousta-Falei , fils de Kaïhoula, a été fait » Tsar de Kassimoff. Non , nous n'avons jaj> mais persécuté, et nous ne persécuterons » point les peuples d'une religion différente » de la notre ». Blagoff n'avait point d'ordres pour entrer dans de plus grands détails. Traité avec considération à Constantinople , à l'égal de l'Hospodar de Valactiie, et mieuxque l'Ambassadeur de Venise , il n'obtint pourtant pas sans peine qu'Amurat envoyât un de ses dignitaires à Moscou. Les Pacbas disaient : « Le » Sultan est un puissant monarque , ses Am- " bassadeurs ne vont qu'auprès d'illustres » Souverains tels que l'Empereur, les Piois » de France, d'Espagne et d'Angleterre, qui » ont avec lui des affaires d'Etat importantes » et qui lui envoyent de l'argent ou des dons » précieux. Quant à vous, nous n'avons h traii> ter ensemble que d'affaires de commerce >». M Blagoff répondit : « Le Sultan est grand » parmi les Souverains mahométans ; mais
$6 iiisTOiriK
» ]el\sar est grand aussi parmi ceux de la chrc'- » tientc. <^)iiaiit à l'argenl et aux dojis, nous » n'en envoyo ns à pe rso n ne .Quoi cpie le co rn- " merce soit iniporlant pour les Etats, il peut j> se présenter des affaires plus importantes « encore ; rabais si le Sultan n'envoie pas avec » moi un de ses dignitaires à Moscou, jamais » à l'avenir ses ambassadeurs ne verront les 5> yeux du Tsar ». Le Sultan ordonna de revêtir Blagoff d'un Cafetan de velours brodé en or, et de le faire accompagner par Adzi-Ibrahim, qui fut reçu sur les bords du Don par les Y oïévodes Russes, envoyés au-devant de lui pour la sûreté de son voyage (55). Après avoir remis à Fédor la lettre du Sultan, (en décembre i585), Ibrahim se refusa à toutes, conférences avec les Boyards. Le Sultan donnait à Fédor le titre de Fioi de Moscou ; il le remerciait de ses dispositions à vivre amicalement avec l'empire Ottoman, confirmait la liberté du commerce pour nos marchands à Azoff, et parlait , en style oriental , du bonheur de la paix ; mais il exigeait , comme preuve d'une amitié sincère , que le Tsar livrât à Ibrahim, le traitre Mourat, lils de Mah-
met Ghireï, et qu'il fit rentrer dans le devoir Kichkin , helman des Cosaques du Don , qui dévastait les contrées d'Azoiï. Voyant que le système de la Gourde Constantinople n'avait pas changé envers la Ptussie; que le Sultan ne songeait pas à conclure une alliance avec nous, et qu'il ne désirait que de conserver la liberté de commerce entre les deux nations , jusqu'au moment de se déclarer notre ennemi , le Tsar congédia Ibrahim en lui donnant pour réponse , que c'était plutôt les Cosaques Lithuaniens que ceux de la Russie, qui dévastaient les bords du Don; que l'hetman Kichkin avait été rappelé à Moscou, et qu'il avait été défendu à ses compagnons d'inquiéter les Azoviens ; qu'à l'égard du tîls de Mahmet Ghireï, notre serviteur et sujet, on en parlerait au Sulian par un nouvel Ambassadeur du Tsar. Mais , dans l'espace des six années suivantes, nous n'envoyâmes plus personne à Constantinople, et la Piussie ne craignit pas d'agir ostensiblement contre la Porte Ottomane.
Le jour même du départ d'Ibrahim, 5 octobre i58G, le Tsar prit des engagemens solennels qui pouvaient et devaient extrêmement
S8 IlISTOIRK
drplaire au Sultan. Nous venons de traverser un Siècle et plus, sansflnre mention de la Géorgie (56). Cette maliieureuse contrée, opprimée par les Turcs et les Persans, était Letsardiié- gouveméc par le prince ou tsar Alexandre » deiaRussie. qui avait envoyé un prêtre, un moine et un . cavalier tcherkesse à Moscou, pour supplier I edor de prendre sous sa puissante protection l'antique et illustre ibérie, en lui disant : « Les M lemps de calamité pour les chrétiens, pré- » vus par plusieurs hommes inspirés de Dieu, j> sont arrivés. Nous, frères coreligionnaires » des Russes, nous gémissons sous les inli- » dèles; Souverain orlhodoxe , tu peux seul » sauver notre vie et nos âmes. Moi et mon » peuple nous tombons à tes pieds, en dej) mandant de t'apparlenir à jamais (Sj) ». C'est avec de pareilles instances qu'on offrait à la Russie un nouveau Royaume, qui n'avait pu être soumis, ni par les anciens Persans , ni par les Macédoniens , et qui fut la plus glorieuse conquête de Pompée.La Russie l'accepta: mais c'était un présent dangereux, parce qu'en établissant notre souveraineté sur les bonis du Kour, nous nous mettions entre deux forte
pnissances bcllioérnntcs ; laTiir({iiie possédait déjà rihérie occidenlale et dispulail au Scliali la partie orientale, exigeant un Iribul du Caket où régnait Ah xandre , et du Carthuel soumis au prince Siméon , son gendre. Mais il s'agissait plutôt d'un \ain honneur , que d'une domination réellesurdescontréesaussi éloignées et tellement inaccessibles à la Russie, que Fédor , en se déclarant Souverain de la Géorgie, ne connaissait pas encore la route (pii y conduisait. Alexandre lui proposa de construire des forteresses sur le Térek , et d'envoyer une vingtaine de mille hommes contre \i; Schm^kal ou Schamhal (58), Prince turbulent du Dagestim, pour s'emparer de Tarki sa capitale, et ouvrir des communications avec i'Il^éric par les bords de ia mer Caspienne , à travers le pays du petit prince de SaTour , son tributaire. Cette expédition demandait du temps et des préparatifs, et l'on choisit une autre route plus sure par le pays du pacifique prince des Avares. On expédia d'abord des courriers de Moscou (09) , afin de faire prêter serment de iidélité , au Tsar et à la nation d'Ibérie ; et après eux , on envoya le prince Siméon Zvé-
go HISTOIRE
Tiigorodsky , avec une leltre tie grâce. Alexandre , en baisant la croix , jura avec ses Irois lils , lléraclius , David , et Georges, ainsi que toute la >'alion, de rester toujours sujet iidèle de Fédor , de ses enfans et de ses successeurs ; d'avoir les mêmes amis et ennemis que la Russie, et de la servir avec zèle jusqu'à la mort; d'envoyer chaque année à Moscou cinquante pièces de drap d'or de Perse , et dix tapis brodés en or et en argent, ou la valeur de ces objets en productions du pays. De son côté , Fédor leur promit sa protection , et il tint cet engagement autant qu'il fut en son pouvoir.
La petite ville de Tersk, abandonnée par nous pour complaire au Sultan, servait depuis quelque temps de refuge aux Cosaques libres ; elle fut rétablie et occupée par des Stréletz sous les ordres du voïévode Khvorostinin. Cet officier était chargé de consolider l'autorité de la Russie , sur les princes Tcherkesses et de la Kabarda , nos sujets depuis les temps d'Ivan , et de protéger flbérie, conjointement avec eux. D'autres troupes d'Astrakhan soumirent le Scliavkal et s'emparèrent des bords
DK RUSSIE. f)I
de la Koïssa.FtHlor,qiii avait envoyé de Tarlillorieà Alexandre, lui avai t promis égalenienl des lioninie habiles dans Tari de Iboilre les canons.
Enconragé par les promesses de la Piussic , Alexandre augmenta sa propre armée ; il rassembla quinze mille cavaliers et fantassins ; il les mena au camp, les exerça, leur remit des drapeaux ornés de la croix, el leur donna des évèquesel des moines pour chefs. 11 disait au prince Zvénigorodsky : « Gloire au souve- » rain de la Russie ! Celle armée n'est point » à moi , mais à Dieu et à Fédor ». A celle époque les Pachas Ollomans lui demandèrent des provisions pour Baka et Derbent; il les leur refusa en disant : « Je suis sujet du grand » Tsar de Moscou ». Et lorsqu'ils lui hrent observer que Moscou était éloigné et que les Turcs étaient près , il leur répondit : « Le Térek et Astrakhan ne sont pas loin ». Mais notre Conseil lui donna le sage avis d'amuser le Sultan , et de ne pas l'irriter jusqu'au moment où l'Europeentière se soulèverait contre l'empire Ottoman. Le bruit s'était répandu que le tsarévitche Mourat , gendre du Schav-
9^ lîISTOIlVK
kal , songeait à nous trahir, et se concertait secrètement avec son ])eaii-père, les Nogais et les perfides princes Tclierkesses , pour s'emparer d'Astrakhan et livrer cette ville au Sultan. Alexandre conjurale TvSar de ne pas se lier aux Mahométans, en ajoutant ({ue s'il arrivait quelque chose à Astrakhan , il abandonnerait son misérable Pioyaume et s'enfuirait là où ses yeux le conduiraient. ]Mais le prince Zvénigorodsky le calma. « Nous ne perdrons pas » de vue Mourat , lui diî-il , et nous avons des » otages de tous les princes Nogais. Le Sulw tan et le Khan ont déjà honteusement fui, » en 1569, devant Astrakhan , ville main- » tenant encore mieux forliiiée et qui est » remplie de soldats. La Pvussie sait se délen- » dre et défend les siens ». Cependant, en nous occupant de la sûreté politique de l'Ibérie , nous y répandions aussi les bienfaisantes lumières de la religion : on y envoya des prêtres éclairés pour réformer les usages de son Eglise , et des peintres pour orner ses temples de saintes images. Alexandre répétait avec attendrissement , que la lettre de grâce du Tsar était tombce, poiw lui y du ciel et l'avait tiré des
Icni'Lres ; que nos pnirrs riaient des anges pour le clergé (ril)érie abruti par rignorance. En effet, se glorifiant de l'ancienneté du christianisme dans son pays, ce clergé malheureux avait déjà oublié les principaux dogmes des conciles œcuméniques et les rites sacrés du service divin. La plupart des églises, construites au haut des montijgnes , étaient isolées et désertes: en les examinant avec attention , les prêtres de Moscou trouvèrent dans quelques-unes des restes de riches orneniens , avec la marque de Tannée 144^ " Dans ces temps, j> leur disait AJexandre , Tlbérie était sons la » domination du grand d(\spole Georges; elle V ne formait alors ([u'un seul état : par mal- » heur , mon ayeul la divisa en trois princi- » pautés, et la livra à la merci des ennemis » du Christ. Nous sommes entourés d'infi- » dèles, mais nous rendons encore hommage » au vrai Dieu et au Tsar orthodoxe «. Le prince Zvénigorodsky promit, au nom de la Russie , rindépeiidance de toute Tibérie et le rétablissement de ses temples et de ses villes , dont il voyait partout les ruines. 11 ne paria dans ses dépêches que de deux petites villes ,
ÎJelrlir.ns arccla Perse.
94 itisToinE
Krini et Zahem (60) vl (Vun pclit iiDiribrc rie bourgs et de couvens. D('s ce inoinent IVclor commença à ajouter à ses titres celui dé Soiwcraindlberic, des Tsars de Géorgie ^ de la Kabarda el des princes Tcherhesscs.
Non seulement nous otïensions le Sultan par le rétablissement de la forteresse de Terslc et par la prise de possession de la Géorgie , mais nous excitions encore plus son mécontentement par notre amitié avec la Perse. Le schali Godabent (ou lloudabeiidé ) informa Fédor de ses prétendues victoires sur les Turcs, et lui proposa de les chasser de Caka et de Derbent , s'engageant à nous céder à jamais ces villes, qui avaient long-temps appartenu à la Perse (6i).Fédor, pour conclure à ces conditions un iraité avec leSchah , envoya auprès de lui ., en i588 , le gentiliiomme Yassiltchikoff , qui trouva déjà Godabent en prison , et sur le trône son fils Mirza Abbas qui TeH avait renversé. Mais ce changement ne troublaf pas la bonne harmonie qui ri'gnait entre lîl Pvussie et la Perse. Le nouveau Schah reçut avec une grande considération Fenvoyé de Fédor à Kasbin; il fit partir au^silot pour
Moscou deux de ses dignitaires, Boutakbeket Andiheï , chargés d'annoncer au Tsar qu'il lui cédai! non seulement Derbent et Baka , niais Tauris cl tout le pays de Chirvan (62) , si l'on parvenait , par notre secours, à en ch:isser les Turcs; il ajoutait cpie le Sultan , désirant marier sa lille au neveu d'Abb:is, lui avait offert la paix; mais qu'il ne voulait même pas en entendre parler, dans l'espoir d'une alliance avec la Russie et avec le Souverain de l'Espagne , dont l'Ambassadeur se trouvait alors en Perse (60). Présentés en particulier à Godounoff, les envoyés du Scliali s'exprimèrent ainsi : « Si nos Souverains sont alliés et amis, » que ne pourront-ils pas faire avec leurs » forces réunies ? C'est peu que de chasser les » Turcs du territoire de la Perse , on peut » même concjuérir Constantinople (64). Mais » de pareilles œuvres ne s'opèrent que par 7> des hommes d'un grand génie ; quelle gloire » ce serait pour toi , homme illustré par » ton rang et les grâces de ton Souverain , si , » par tes sages conseils, le monde était délivré » des violences des Ottomans » ! On leur répondit que nous agissionsdéjà contre Amurat ;
que notre armée élait sur le Térek, el coupait à celle du Sultan la route de la mer Noire vers les possessions de la Perse; qu'une autre, plus nombreuse, était à Astrakhan; qu'Amur.jt avait déjà ordonné à ses Pachas de marcher vers la mer Caspienne , mais qu'il les avait reienus , lorsqu'il avait eu connaissance des nouveaux forts que les Russes avaient élevés dans ces contrées dangereuses , et de la réunion de tous les Princes Tcherkesses et Nogais prêts à se raliier et à marcher contre les Turcs sous les drapeaux Moscovites. On congédia ainsi ces Ambassadeurs , en leur disant qu'ils seraient suivis par ceux que nous devions envover au Schah ; mais ils n'avaient pas encore eu le temps de partir , qu'on apprit à Moscou la nouvelle qu'Abbas venait de conclure la paix avec le Sultan.
C'est ainsi que , pendant les premières années du règne de Fédor ou de la puissance de Godounol'f, agissait au dehors la politique pacifique et ambitieuse delà Russie; politique qui n'était ni sans tinesse ni sans succès ; montrant plus de prudence que de hardiesse , et employant habilement tour à tour la menace,
DE RXISStK. 97
la flaitcrio , et dos promesses pou sineères, Nons ne voulions pas provoquer la guerre , mais nous nous y préparions, on nous fortifiant partout , et en augmentant l'armée (65). Fédor , désirant être en quolciue sorte invi- ^^^""'s '"■ sihle et présent au milieu de ses eamps , inslitua des revues générales, el ehoisit , à cet effet , parmi les hommes de sa Cour , des militaires habiles et expérimentés, qui allaient d'un corps à l'autre examiner l'état des hommes et des armes , pour en faire leur rapport nu Monarque (GG). Les Yoïévodes , inflexibles dans leurs funestes disputes sur ranciennelé de leurs familles , se soumettaient sans murmure au jugement des Gentilshommes , des Stolniks et des enfans Boyards , qui , à ces revues , représentaient le Souverain.
Tout était tranquille dans l'intérieur de l'Empire. Le gouvernement s'occupait d'im nouveau recensement des lionimes et des terres labourables (Gy) , de la répartition égale des impôts, dcs moyens de peupler les déserts , et de la construction de nouvelles villes. En i584, les voïévodes Nastchokin et Volohoff r , fondèrent , sur les bords de la Dvina , la ville <^ '^ '-''"'a'^'-
ÏU3IE X. 7
î)8 HISTOIRE
(FArkhangtl, jirts de la place oùse trouvaient le couvent de ce nom et rétablissement des luarcliands An^^lais. On lortilia, en Tcnlourant irune muraille en pierre (G8), Astrakhan, qui élail menacée par le Suilan. Ceîle place , d'une grande imporlance pour noire politique ainsi que pour noire commerce avec rOrient, n'était pas moins nécessaire pour tenir en respect les Nogais , les Tcherkesses et Constri.c- tous Ics Princcs leurs voisins. A Moscou on
tion lie la < il le . , i r i
Biai.du: , ou batit, en ijob, autour du grand iaubourg , Moscou. la ville Blanclie ou Tsargorod , enceinte (pii
commençait à la porte de Tver. On construisit beaucoup de palais dans le Kremlin , la cour des Monnaies , le collège des Ambassadeurs, celui des Domaines, la Trésorerie et Fondniicu le pakus de Kazan. On place aussi , vers cette époque, la Ibudation de la ville d'Ouralsk. En i584 , six ou sept cents Cosaques du Volga, se choisirent une habitation aux bords du Jaïk , dans un endroit favorable à la pèche ; ils Fenlourèrent de remparts de terre , et devin- 3'ent la terreur des Nogais et particulièrement du prince Ourouse, iils d'ismael , qui ne cessait d'adresser des plaintes au Tsar sur leurs
DE RUSSIE. (jy
brlganJagos; le Tsar lui répondait toujours que c'étaient des fuyards, des vagabonils, et qu'ils y demeuraient de leur propre volonté ; mais Ourouse lui écrivait: « Une ville aussi » iniporlanle peut-elle exister sans que lu le » saches? Quelques-uns de ces brigands, (jui » sont nos prisonniers, déclarent appartenir >' au Tsar ». Observons que cette époque est la plus florissante de l'histoire des Cosaques du Don et du Volga. Leur réputation de courage s'était répandue depuis Azotf jusqu'à ITsker. En irritant le Sultan, en menaçant le Khan , en domptant les Nogais, ils alTermissaient le pouvoir des Souverains de Moscovie dans le Nord de l'Asie.
Au milieu de ces circonstances favorables à la grandeur ejt à la sécurité de la Russie, lorsque tout prouvait la pénétration et l'activité du gouvernement, c'est-à-dire de Godounoff, ce Boyard était en butte à l'envie et à Tinlrigue, malgré son habileté dans l'art de séduire les hommes. L'orgueilleux Godounoff, qui com- d .nsTs lU muniquaitenson propre nom avec les Souve- Godounoff. rains de l'Asie et de l'Europe, qui échangeait des présens avec eux et recevait solennelle-
loo nisTouiE
nienl leurs Ambassacieurs dans sa maison (6<)), voulait paraître modt'sto , cl , à œt effet, cédait, dans le Conseil, la préséance aux 'seigneurs plus anciens que lui ; mais quoiqu'il y siégeât à la quatrième place , d'un seul mot , d'un seul regard ou d'un seul geste, il imposait silence à la contradiction. Il inventait des distinctions , des marques de la faveur souveraine , pour flatter la vanité des Boyards. C'est ain§i qu'il introduisit l'usage des diners invités , pour les membres du Conseil, dans les appartemens intérieurs du palais (70), où Fédor recevait lesGodounoff et les Schouisky, quelquefois sans inviter Boris. Vaine ruse ; ceux que le Grand Boyard admettait ces jourslà à sa table, étaient enviés parles hôtes mêmes du Monarque. Tout le monde savait que le Régent ne laissait à Fédor que le nom de Tsar, et ce n'était pas seulement parmi les premiers personnages de l'Etat, mais même dans la bourgeoisie de la capitale , qu'on avait en général j)eu d'amour pour Boris. Un pouvoir absolu entre les mains , même du plus digne des sujets , déplait à la nation ; Adacheff avait eu de l'empire sur le cœur d'Ivan ; il gouverna
la Puisslc , mais il se tint toujours moclcstemcnt derrière un Monarque plein (Fénerf^ie et d'activité ; il fut comme invisible au milieu de la gloire d'Ivan : Godounoff , au contraire, • commandait en souverain ; il se plaçait orgueilleusement devant le trône, et semblait effacer par son éclat la splendeur du faible Monarque. On plaignait la nullité de Fédor , et on ne voyait en Godounoff que l'usurpateur de la souveraineté. On se rappelait son origine tatare (71) , et l'on rougissait de l'abaissement des successeurs de Kurik. On écoutait ses flatteurs avec indifférence , et ses ennemis avec intérêt; on croyait facilement ceuxci lorqu'ils disaient que le gendre de Malutin, favori d'Ivan , était un tyran encore timide. Tout ce qu'il avait fait pour le bien général , ses entreprises les plus heureuses , ne faisaient qu'irriter l'envie, envenimer ses traits, et mettre le favori dans la dangereuse nécessité d'agir par la terreur ; mais il chercha à éloigner encore ce moyen extrême : c'est pour l'éviter qu'il parut désirer une réconciliation avec les Schouisky , qui , ayant des amis dans le Conseil et des gens dévoués parmi le peu-
pie , surtout parmi It-s marchands , ne cossaient de témoigner ouvertement leur inimitié contre GodounolT (72). Le prélat Dionisi se chargea du rôle de pacilicateur : il ménagea aux deux partis une entrevue dans son palais , au Kremlin , et parla au nom de la patrie et de la religion. Il paraissait les avoir touchés et convaincus. Boris , avec Tapparence de la sincérité, tendit la main aux Schouisky : ils jurèrent de vivre en frères, et de travailler, d'un commun accord , au bonheur de l'Etat. Le prince Ivan Schouisky , sortit avec un air radieux de chez le Métropolitain , et se rendit sur la grande place du palais , afin d'informer de cette heureuse réconciliation , le peuple que la curiosité y avait rassemblé : ce cpii prouve le vif intérêt qu'à cette époque les citoyens prenaient aux affaires publiques ; ils commençaient déjà à se relever de l'abattement où les avait plongés la tyrannie d'ïvan. Tous écoutèrent en silence le héros de Pskoff ; mais deux marchands sortirent de la foule en disant : « Prince Iran , c'est de nos têtes que nous payerons votre réconciliation ; et vous et nous, serons à la fois victimes de Boris »,
«E RUSSIE. Io3
La mémo nu il ces deux marchands furent arrêtés et envoyés, par les ordres de Godounoiï", dans un endroit ignoré. Il avait désiré désarmer les Scliouisky par sa réconciliation avec eux; mais il s'aperçut bientôt qu'ils ne lui cédaient pas en ruse, et que, sous Tapparence d'une fausse amitié, ils étaient restés ses ennemis irréconciliables, agissant de concert avec un autre ennemi de Boris, mais inconnu jusqu'alors.
Quoique le clergé de Russie n'eut jamais témoigné un grand empressement à intervenir dans les choses temporelles, et qu'il se fut toujours montré plutôt docile que rebelle à la volonté des souverains , même dans les affaires de l'Eglise ; quoique , dès le temps d'Ivan III, nos métropolitains eussent répondu solennellement, dans différentes circonstances , qu'ils s'occupaient uniquement des réglemens du service divin , de l'instruction chrétienne, de la conscience des hommes et du salut des âmes (73); toutefois, assistant à l'assemblée des Etats-Généraux, convoqués dans les occasions extraordinaires, pour des réglemens politiques de haute importance, avec le
Io4 HISTOIRE
droit, sinon de proposer, au moins d'approuver ou de conliriner les lois civiles (74) » elavec celui de donner des conseils au Tsar et aux Boyards, et de leur expliquer les lois divines pour le bonheur des hommes, sur la terre, ces hiérarques prenaient part au gouvernement , chacun dans la mesure de ces propres talens, el selon le caractère des souverains. Cette autorité fut faible sous Ivan III et sous Basile, plus grande pendant Fenfance et la jeunesse d Ivan IV, et réduite à presque rien durant Fépoque de sa tyrannie. Sous un prince tel que Fédor, si faible d'esprit et de caractère , s'occupant avec plus de zèle de l'Eglise que de FEmpire, et préférant la société des moines à celle des Boyards, on sent quelle prépondérance , dans les affaires politiques , aurait pu obtenir un Métropolitain ambitieux , plein de talent et d'éloquence, (car tel était Dionisi, surnommé le savaiU grammairien (70)), si Godounoîf n'y avait opposé son autorité sans bornes : ce n'était point pour la céder à des moines qu'il l'avait recherchée ; il hanorait le Clergé , comme les Boyards , seulement par des marques de con-
siik'ralion. Il (TOiitait avec bienvcillanco le Mctropolilaiii, entrait en discussion avec lui , mais agissait avec indépendance , et Tirritait par l'énergie inflexible de sa volonté : ce qui explique rinimitié de Dionisi conlre Godounoff , et son intime liaisonavec lesScliouisky. Sachant que le llégent n'était puissant que par la Tsarine, et persuadés que le faible Tédor ne pouvait avoir un grand attachement ni pour Boris ni pour Irène, et qu'il serait facile de l'entraîner par la surprise et la crainte à un grand coup d'Etat , le Métropolitain, les Schouisky et leurs amis, convinrent secrètement, avec les marchands de Moscou (76), et quelques fonctionnaires civils et militaires, de supplier Fédor, au nom de toute la Russie, de faire divorce avec sa femme , pour cause de stérilité, de la faire entrer, comme une seconde Solomée , dans un couvent, et d'en prendre une autre, afin d'avoir des héritiers, gages précieux delà tranquillité de l'Etat. On voulait appuyer par une émeute populaire , cette demande de la nation , qu'on prétendait effrayée de voir s'éteindre sur le trône la race de ïlurik. On assure même qu'on avait choisi
If>f> HISTOIRE
Ja l'utiire épouse; cVlail la sœur du prince Fcdor jMslisJafsky , donllo père , renversé par Godounolf, était mort dans le eouvent de Saint-Cyrille. On écrivit une supplique , et on s'engagea par serment à la soutenir. Mais Boris avait un grand nombre de créatures et d'espions , il découvrit encore à temps ce complot si terrible pour lui, et se conduisit en apparence avec une rare générosité. Sans montrer de colère, sans faire de reproches au Métropolitain, il essaya de loucher sa conscience; il lui représenta que le divorce était illégal; que Fédor pouvait encore avoir des enfans d'Jrène , qu^elle était à la Heur de Tàge, et brillante de beauté et de vertus: dans tous les cas, ajouta-t-iî , le trône ne serait pas vacant, puisque le tsarévitche Dmitri était en vie et en parfaite santé. Trompé peut-être par cette modération , Dionisi s'excusa , chercha à excuser aussi ses complices, alléguant leur amour craintif et zélé pour la tranquillité de la Russie, el donna sa parole, en son nom et au leur, de ne plus songer à séparer de tendres époux. Godounoff , en promettant de ne tirer vengeance , ni des auteurs ni des com-
DE RUSSIE. lO^
pllcos de celte manœuvre , se coiilenla d'une seule victime. La malheureuse princesse Mslislafsky, rivale dangereuse d"lrèue, fut contrainte à prendre: le voile.
Tout était tranquille dans la capilde, au Conseil el h la Cour; mais cet état de choses ne dura pas long-lemps. Pour ne point violer ouvertement sa parole , Godounoff, chercha un autre préfexte de vengeance. Il se justifiait à ses propres yeux en songeant à la haine irréconciliable de ses ennem.is , à la nécessité d'assurer, avec son propre salut, le salut de l'Etat , enlin , en se r.ippelant tous les services qu'il avail rendus à la Russie, et tous ceux que , dans son zèle pour sa prospérité , il projettait de lui rendre encore. Il chercha et ne rougit pas d'employer un moyen vil el bas , l'arme usée de la tyrannie d'Ivan , de fausses dénoncialions. On raconte qu'un serviteur des Sciiouisky , lui vendant son honneur et sa conscience, se présenta au palais, en les accusant d'avoir tramé un complot avec les marcliands de Moscou , et de songer à trahir le Tsar (77). Les Schouisky furent arrêtés^ de même que leurs amis, les princes Taleff, Ou-
loS HISTOIRE
roussoff, Kaiitcheir, Bikassoff, beaucoup de genlilshommes et de riches marcliands. Ou nomma une commission extraordinaire ; les accusés et les témoins lurent interrogés. On ne mit pas à la question les nobles et les dignitaires , mais on tortura sans miséricorde les valets et les marchands; ce iiit sans succès, car aucun d'eux , selon ce qu'on disait parmi le peuple , ne voulut appuyer la calomnie du délateur. Toutefois les accusés ne furent pas Exiisctsup- absous ijar le tribunal. On exila les Schouiskv, en se vantant d'user encore de clémence et de reconnaître les services du héros de Pskoff. Le prince André , déclaré principal coupable, fut exilé à Kargopol ; le prince Ivan , sous le prétexte de s'être laissé séduire par lui et par ses frères, à Belooséro. On ôta la lieutenance de Kargopol, au prince Basile Skopin Schouisky, leur aine; mais ayant été déclaré innocent, on lui permit d'habiter Moscou ; d'autres furent envoyés dans la petite ville de Boui , à Galitche , à Schouïa ; le prince Tateff, à Astrakhan; Kruk-Kolitcheff, à Nijni Movgorpd ; les Bikassoff et beaucoup de gentilshommes , à Vologda et en Sibérie. Les mar-
JIE RUSSIE. TO9
cliancîs de Moscou , qui avalent trempé dans 1( complot coiilre Irène , Fédor Nagoï et six de SCS compagnons eurent la tèie tranchée sur la place publique. Jusque-là, le Métropolitain avait été épargné ; mais il ne voulut pas être le témoin pusillanime de cette persécution , et plein d'un généreux courage , en présence de Fédor , il nomma publiquement Godounoff calomniateur et tyran , en attestant que les Schouisky et leurs amis ne périssaient que pour avoir voulu sauver la Russie de ravnbillon démesurée de Boris. Yarlaam , archevêque de Khoutinsk , accusa le régent avec la même audace : il le menaçait de la vengeance céleste, et, sans redouter celle des hommes, il accusa Fédor de faiblesse et d'aveuglement. On déposa Dionisi et Variaam, a ce qu'il parait sans aucun jugement ; le premier fut renfermé dans le couvent de Khoutinsk, le second dans celui de Saint-Antoine à Novgorod , et Ton consacra Métropolitain, Job, archevèfjue de Piostoli". Craignant les hommes, mais ayant perdu toute crainte de Dieu, le Piègent, à ce qu'assurent les Annalistes , ordonna d'étrangler dans leur prison
IlO JiisroïKE
los deux principaux Schoulsky , Itî li()}ar(l Andrc dislingue par son esprit, et l'illustr.' prince Ivan, le sauveur de PskoO et de noire gloire Tuililaire. I^liomme inriniortel dans riiistoiro , dont Téclatante action a clé décrite, dansplusieursdes langues Européennes, par les contemporains qui se sont plus à rendre cet hommage à la llussie (78) , périt misérablement au fond d'un o'oscur cachot ; on livra à un infâme cordon sa tète couronnée de Mort<i.'|jio. lauriers. Son corps lut inhumé dans le cou-
r;ib'c tlii hc'ios ,
sciiouisky. vent de Saint-Cyrille.
C'est ainsi que commencèrent les crimes de Godounofl et que son âme parut au grand jour. Enivré des séiluctions du pouvoir, irrité par les complots de ses ennemis et endurci parla vengeance, espérant retenir par la crainte les maiveillans, augmenter par des grâces le nombre de ses créatures, et imposer silence à la malignité, par sa sagesse dans la conduite des ailaires de l'Etat, Boris osa se rendre coupable d'un nouveau forfait, où la perfidie s'unissait à la cruauté. Le malheureux Magnus, roi unique dans l'histoire de la Livonie, étail mort avant la fin du règne d'Ivan,
I)E r, T'SSIF.. III
à Pilten (79), où sa veuve Marie, el sa lille Eu-
doxie âgée de doux ans, étaient rrslécs sans
forlune , sans i)alrio et sans aaiis. Godonnnff ^ , ,
les appela à >Ioscou, en promeiiant à Marie '"""''•• l'e Ma-
nn riche, domaine et nn éponx iilnsire. Mais
prévoyant Tavenir el craignant («u'en cas de
mort de Fédor et de Dniitri , celte arriérc-pe-
tile-lille d'Ivan le Grand ne prétendit à se {aire.
proclamer héritière du Trône, quoicjiie la
chose lut sans exemple et en opposition avec
nos lois, Ijoris , qui disposait déjà de ce trône
dans son esprit , au lieu d'un domaine et (Vun
époux, lui <lonna le choix entre un couvent
et une prison. Religieuse contre son gré ,
Marie ne demanda que hi consolation de ne
pas être séparée de sa chère Eudoxie ; mais
bientôt elle eut à pleurer sa mort, qu'oii ne
crut pas naturelle, et e\\(t vécut encore une
huitaine d'années, dans la plus profonde ai-
lliclion , versant des larmes amères sur le sort
de son père , de son époux et de sa fille (8o\
Marie et Eudoxie, cos deux victimes d'un
ambitieux cruel et soupçonneux, reposent
dans le couvent de Troïtza, liors de l'église ,
près de l'endroit où est placé, comme à l'é-
112 IIISTOIIIE
cart, le simple lombeau de leur persécuteur , de ce Boris cpie ni sa grandeur ni sa gloire nu purent sauver de la jusie vengeance du ciel.
Mais cette vengeance, pour éclater, attendit encore de nouveaux crimes.... Godounoil avait dompté la Cour par la chute des Scliouisky, le Clergé par celle du Métropolitain, et les citoyens de la capitale par le supplice des principaux marchands de Moscou; il avait entouré le Tsar et rempli le Conseil de ses plus proches parens ; il ne voyait donc plus d'opposition, ni de danger alarmant pour lui, jusqu'à la tin des jours, ou plutôt du sommeil de Fédor, car c'CvSt le nom qu'on peut donner à la pieuse oisiveté dans laquelle languissait ce déhile Monarc^ue , et dont les contemporains nous ont don né la description suivanle.
Oisiveté Je Fédor se levait régulièrement à auatrc
Fédor. ^ . 7
heures du matin, et attendait son confesseur dans sa chamhre à coucher , ([ui était remplie d'imagesetéclairée jouret nuit par des lampes. Le conlesseur venait avec la croix , Feau bé-r nile et l'image du saint que l'Eglise fêtait ce jour-là. Le Souverain se proslcrnaii , priait à
DE HUSSIE. Il3
baille vol\ pendant pins de dix minutes , passait dans l'apparlement particulier d'Irène, et allait avec elle aux Matines; à son retour, il s'asseyait dans un fauteuil placé dans une grande chanihre où les courtisans et les moines venaient lui souhaiter le bon jour ; à neuf beures, il allait à la Messe et dinait à onze. Après diner, ii dormait trois heures, retournait à l'église pour les Yespres, et tout le reste du temps jusqu'au souper, il le passait avec la Tsarine, et avec des bouffons et des nains, s'amusanl de leurs lazzis ou écoutant des chansons. Quelquefois il admirait les ouvrages de ses joailliers , de ses orfèvres , de ses brodeurs et de ses peintres. La nuit , il se préparait au sommeil en priant de nouveau avec son confesseur, et il se couchait, après avoir reçu sa bénédiction. Chaque semaine , il visitait les couvens des environs de la capitale, et, les jours de féies, il s'amusait à la chasse des ours. Souvent les gens qui avaient des suppliques à présenter entouraient Fédor au moment où il sortait de son palais; mais éçiiani les affaires et les fatigues de ce monde , ii Tome X. 8
U4 HISTOIKE
ne voulait pas les cnlenJre et les renvoyait à Boris (8 1)
Le rusé Godounon , tout en se réjouissant intérieurement de cette honteuse inactivité du Souverain , ne cherchait qu'à relever Irène aux yeux des Piusscs , publiant des ordondances de grâce , accordant des pardons , des récompenses et des consolations, au seul nom de cette princesse , sans y joindre celui de Fédor. C'est ainsi qu'il faisait servir Famour , le respect et la reconnaissance de la nation pour la Souveraine , à cimenter sa propre puissance , pour le présent et dans l'avenir.
DE RUSSIE. lia
CIIAPITIIE II.
i3oy — ijg2.
Mon (le Eaihorî. — îségociaiinns importantes avec la Lllhuanie. — Trêve. — Relations avec l'Aulrithe et la Tauride. — Guerre de Suède. — Nouvel r.nnislice avec la Lilhuanie. — Gloire de Godounoff. — Elablîssement du patriarcat en Russie. — Projet de Godounoff. — Assassinai du Tsarévilche Dmilri. — Incendie de iMoscou. — Invasion du Khan, et combat sous les murs de Moscou. — Nouveau titre de Godounoff. — Le Couvent ce Donskoï. — Calomnie contre le Pxégent, et sa vengeance. — Clémence et gloire de Godounoff. — (irosscsse d'Irène. — Naissance et mort de la Tsarcvna Thcodosie.
Etienne Bailiorl mourut le 12 déceni]>re 15.S7--1592. i586 , et Ton altribua sa mort au poison (82^^, Bathori. * ou à l'inhabileté des médecins. Il fut un des plus illustres souverains du monde et un des plus redoutables ennemis de la Russie ; aussi celle mort nous causa-l-elle plus de joie , qu'elle ne causa de peine à ses sujets. En effet,
Ilb HISTOIRE
i5S7-i5ç)2. nous craignions de retrouver en lui un aafre Gédimin , un autre Vilofl ; et la Pologne et la Lilhuanie ingrates , préieraient une tranquillité qui ne leur coulait rien, à une gloire onéreuse. Si Bailiori , avec le génie dont il était doué , avait survécu à Godounoi'f, les dix premières années du nouveau siècle auraient peut-être vu s'évanouir pour jamais la grandeur de la Russie, tant le sort des Etats dépend des individus et des circonstances!
Le2odécembre le Conseil des Boyards reçut de diiiérens endroits le nouvelle de la mort de Balhori, quoiqu'elle ne fut pas encore ofiicielie. Nos Voïévodes, qui se trouvaient sur la frontière de la Lithuanie , l'écrivaient au Tsar comme un simple bruit, en ajoutant cpie les seigneurs Polonais songeaient à choisir pour leur Roi, ou le frère d'Etienne, prince de Transylvanie , ou le fils de Sigismond , roi de Suède ) ou bien lui-même Fédor. Godounoff vit aussit(M flionneur et l'avantage qu'olfrirait la réunion des trois couronnes. On envoya sur-le-champ en Lilhuanie le gentilhomme Rjevsky , alin de s'assurer de la mort d'Etienne, de témoigner aux Seigneurs la part
qu'on prenait à leur chagrin , cl de leur pro-
i)oser d'élire le Tsar pour leur Roi. Pijevsky N''?'>'^i'«>"Tis
•• 1 I j jiTijioi t;iiiUs
revint avec une leltre de remercîmens delà ^;e( '« llpart des seigneurs Lithuaniens ; mais ils n'avaient pas voulu entamer de négociations, disant qu'une aiiaire de cette imporlance serait décidée par la Diète à Varsovie, où le Tsar devait envoyer ses ambassadeurs. Ils avaient confié sous le secret , à Rjevsky , que Fédor et les Boyards de Moscou leur avaient écrit avec trop de froideur , et sans suivre l'exemple de l'Empereur , do la France et de la Suède qui les comblaient de caresses en même temps que de présens. A cette époque la Lithuanie et la Pologne étaient dans une grande agitation; les passions étaient en mouvement. Les Sénateurs et les Nobles se divisèrent; les uns soutenaient le parti de Zamoïsky , compagnon d'armes d'Etienne; les autres celui des Zborovsky , ennemis de Bathori. Ceux-ci en vinrent au point , que dans des réunions solennelles , ils tirèrent leurs glaives contre ceux qui étaient dévoués à la glorieuse mémoire du roi défunt. Les deux partis attendaient la Diète comme un combat ; ils s'armaient , sala-
Il8 HISTOIRE
rialenl des soldats , avaient des gardes et des camps. Mais la Uihiianie , limitrophe de la lUissie , redoulail noire puissance ; et deii\ ilhislros ambassadeurs, Tcliernikovsky et le prince Oginsky arrivèrent à Moscou , le 6 avril, et conjurèrent Fédor de proroger jusqu'à l'année i588, la trêve avec leur Etat, privé de chef. Les Boyards, se prêtant volontiers à celte convention, leur dirent que le bonheur ou le malheur de la Pologne et de ia Liiluianie dépendait de la conduite de leurs Nobles ; le bonheur , s'ils se soumettaient au grand monarque de la Ptussie, le malheur, s'ils se tournaient de nouveau vers le barbare de la Transylvanie, ou vers Tonibre du royaume de Suède. « Déjà vous avez eu Balhori sur » le trône , leur dirent-ils , et avec lui , la » guerre , la ruine et la honte : puisque vous » avez payé , par les mains même de votre » Souverain , un tribut au SuUan. Que peut- » on attendre de la générosité d'un aventurier » dont l'àmc est aussi basse que son exirac- « tion, qui n'est guidé que par un vil intérêt, » et qui est sans pitié pour les Chrétiens ? Est- » ce dans son cœur que peut habiter le saint
DE RUSSIE. ug
» amour, sans liMjuel, selon les paroles de i^ TApcMre , le pouvoir même tîe remuer des » monJagnes , n'est rien? jS'est-ce point pour » complaire aux Ottomans que vous songez » à élire le prince héréditaire de Suède ? Nul » doute qu'ils n'en soient satisfaits ; car ils se » réjouissent de la discorde des Chréliens , et » les massacres sont inévitables, si jamais Sij> f^ismond monte sur le tronc des Jageilon » avec la haine qui l'anime contre la Ilussie. » Vouscomiaissez déjà noire monarque ; il est » aussi puissant que clément ; voussavez que la » première action de son avènement au trône, » a été de rendre la liberté, sans rançon, à vos i> prisonniers : générosité que Bathori ne » pouvait comprendre , lui qui a fait le com- » merce des prisonniers russes, jusqu'à la » lin de ses jours. Bathori est au tombeau et » Fédor ne s'en réjouit pas ; il ne songe pas à » la vengeance ; mais il vous témoigne la part » qu'il prend à votre affliction , et vous pro- » pose le moyen d'assurer à jamais la tran- » quiîlité de la Pologne et de la Lithuanie ; il j> désire régner sur vous , non pour augmcn- >» ter sa puissance et ses richesses, car il est
assez puissant et. riche par la Russie, mais pour vous défendre contre les Infidèles ; il ne veut aucun avantage et abandonnera à la Noblesse, tout ce que le pays payait au Roi : il lui donnera de plus, des domaines dans les contrées nouvellement conquises par nous , et construira à ses frais des forteresses sur les bords du Dnieper, du Donetz et du Don , afin que les pays de Kief, de Yolliinie et de Podolie ne puissent plus être foulés par les Ottomans et les Ta tares. Les princes Infidèles laisseront tomber leurs bras désarmés ; renfermés dans leurs propres limites, à peine pourront-ils encore s'y maintenir. I^ Russie prendra pour elle Azoff, Caffa et la Crimée, et vous laissera les contrées du Danube. D'innombrables armées n'attendent que l'ordre du Tsar pour se précipiter.... contre qui? C'est à vous à le décider ; contre les ennemis du Christianisme, si vous avez le même souverain que nous , ou contre la Lithuanie et la Livonie , si vous nous préférez les Suédois. Ne songez pas à l'amitié du Sultan , car quelle alliance » peut exister entre le jour et les ténèbres.'*
DE BISSIE. 121
« Onols rnpports entre un Chrétien et nn In- » iiflèle ? Songez h la gloire , songezà vaincre. » Qu'est-ce qui s'oppose à noire fraternité ? » Votre haine invétérée contre la Russie? Eh! 'i> bien,soyonsamis.Touttlépen(l diiconrinien- » cernent, et somment la plus faible étincelle y> suffit pour produire une grande flamme. Le « Tsar en échange de la sécurité et de la gran- » deurqu'il vous promet, n'exige de vous que » votre affection ». Les Ambassadeurs engagèrent Fédor à envoyer à la Diète quelqu'un de ses grands Dignitaires ; et deux Boyards Etienne Godounoff et le prince Fédor Troëkouroff, avec lediak Vassili Stchelkaioff partirent immédiatement de Moscou pour Varsovie, munis des pleins pouvoirs du Tsar et ayant quarante-huit lettres pour les fonctionnaires, ecclésiastiques et laïques , les seigneurs de Pologne et de Lithuanie; mais ils ne leur portaient point de présens. Fédor proposait à la Diète les conditions suivantes:
1°. Le Tsar sera roi de Pologne, et grand duc de Lithuanie et les deux peuples seront réunis par une amitié éternelle et inviolable ;
2°. Le Souverain de la Piussie fera person-
iicllomcnl la guerre à lempire Ottoman , et il y emploiera toutes ses forces ; il culbutera le Khan de Crimée , et melira à sa place Saidet Ghireï, serviteur de la Russie. Après avoir conclu des alliances avec l'Empereur , le lloi d'Espagne et le Scliah de Perse , il délivrera la Moldavie, la Yalachie , la Bosnie, la Servie et la Hongrie du jougdu Sultan, pour les réunir à la Litiiuanie et à la Pologne , dont les troupes agiront dans ce cas conjointement avec celles de la Russie ;
3°. Les troupes de Moscou , Kazan et Astrakhan , seront toujours à la disposition de la Lithuanie et de la Pologne , sans en exiger aucun paiement;
4°. Le Souverain ne changera rien à leurs droits ni à leurs libertés, sans le consentement du Sénat qui disposera du trésor et de tous les revenus de l'Etat ;
5°. Les Russes auront la liberté d'habiler en Lithuanie et en Pologne, de même que les Liihuaniens et les Polonais en Russie , et les deux peuples pourront former des mariages entr'eux ;
G". Le Tsar donnera aux pauvres gentils-
hommes de Lithiianie et de Poloj^ne , des terres situées sur le Don et sur !e Douetz ;
7". Les délies conlraelées par Etienne Batliori envers les soldats , seront payées argent coniplant , sur les propres fonds du Tsar, jusqu'à concurrence de cent milles florins de Hongrie ;
8°. Les sommes qui servaient à l'entretien des forteresses devenues inutiles entre la Lithuanie et la Russie, seront employées par les deux Etats à faire la guerre aux Infidèles ;
9°. La Russie, ayant cliassé les Suédois et les Danois de TEslbonie, cédera toutes les villes de celte contrée, Narva seule exceptée, à la Lilhuanie et à la Pologne ;
10°. On accordera une libre circulation , dans tout l'empire de Moscou, aux marchands Lithuaniens et Polonais ; ils pourront traverser la Russie pour aller en Perse, en Bucharie et autres contrées du Levant , et on leur donnera un libre passage , par mer, pour se rendre aux bouches de la Dvina, en Sibérie, et dans le grand empire de la Chine , où se trouvent des pierres précieuses et de l'or.
Dans les instructions par écrit, données à
124 niSTOIRE
nos ambassadeurs, l'article qui concerne le Tsarévilclie Dinilri est digne de remarque , il y est dit : « Si les seigneurs Polonais par- >> lent du jeune frère du Souverain , il faut « leur expliquer qu'il est encore dans l'en- » fance , qu'il ne peut monter sur leur trône » et qu'il doit être élevé dans Si? patrie ». Le Piègent lui reservait un autre sort.
Fédor ne désirait sincèrement, ainsi que l'avaient ambitionné son père et son grandpère, d'être élu roi de Pologne, qu'aiin de réunir par les liens de la fraternité, deux puissances toujours ennemies, et, pour y parvenir, il offrait au Sénat des conditions avantageuses, des promesses flatteuses et des espérances.brillantes. Il y sacrifiait près d'un million de nos roubles, et renonçait à la principale prétention d'ivan , en consentant à n'être qu'un roi électif, avec un pouvoir restreint, sans aucun droit de succession pour ses enfans et sa famille. Il n'est pas probable que le Tsar ou le Régent, songeât sérieusement à s'armer contre le Sidtan , et voulut, par la conquête des contrées du Danube , aggrandir la Lithuanie et la Pologne , qui pouvaient ,
par la suite , avoir de nouveau dos souverains parliculiers, et recicvenir ennemies de la Piussie ; mais, à une entreprise aussi importante, il mettaiî pour eondilion ralliance avecTEmpereur , avec l'Espagne et la Perse , et ne promettait rien délinitivement , cherchant uniquement à séduire rimagination des seigneurs Polonais, par une idée aussi grande que hardie. Fédor , disposé , en apparence , à faire des concessions pour réussir dans son projet, montra une résistance invincible lorsque la Diète exigea de lui des sacrifices qui ne s'accordaient ni avec la religion , ni avec la dignité et rintérét de la Russie.
ÎSosboyards Etienne Godounoff et le prince Troëkourofi", ibrent arrêtés au nom du Sénat de Pologne, le 12 juillet, dans le bourg d'Okounelï, à quinze verstes de Varsovie ; on leur dit qu'il n'y avait pas un seul endroit dans la Capitale, où ils pussent être en sûreté, et qu'elle était pleine d'une soldatesque indisciplinée, et remplie de troubles et de désordres. Ce récit était véritable. Le Clergé , les Grands, les Chevaliers ne pouvaient s'accorder sur le choix d'un Roi. Zamoïskv et ses
amis , pour complaire à la veuve de Balhori , proposaient le prince; de Suède Sigismond, fils de sa sœur; les Zborovsky voulaient le duc Maximllien d'Autriche; eniin les Seigneurs de Lithuanie et le Primat archevêque de Gnéseii demandaient Fédor. Le Sultan, disposé en laveur du frère d'Elienne, menaçait de la guerre , si le choix, au lieu de favoriser ce frère, tombait sur Maximilien ou sur le Tsar de Moscou, tous deux ennemis de la Porte ottomane. L'endroit qu'on appelait l'Enceinte des Chevaliers, et où. se tenaient ces assemblées bruyantes, présentait quelquefois l'aspect d'un champ de bataille; des bandes armées tiraient les unes contre les auires. A la fin , ils convinrent sagement de terminer leurs différends et de planter dans le champ trois enseignes, une Russe, une Autrichienne et une Suédoise, pour voir la quantité d'électeurs qui se rangeraient sous chacune d'elles, et pour déterminer ainsi la pluralité des voix. L'enseigne de Fédor était un bonnet russe; celle d'Autriche, un chapeau allemand, et celle de Suède, un hareng ; la première eut la supériorité : elle réunit autour d'elle un si
grand nombre d\Uecleurs , que les amis de rAulrichc et de la Suède, honleiix de Jeiir minoriié , se joignirent aux noires. Mais ceUe victoire éclalanle du parti Russe resta sans effet quand on en vint aux conditions.
Le 4 août , Le (Clergé , les Sénateurs et les îsoblesdes deux Etats réunis, reçurent, avec de grands honneurs, Godounoffet Trotikouroif, dans TEnceinte des Clievaliers; ils écoutèrent les propositions de Eédor, et désirant de plus amples explications, ils choisirent quinze seigneurs, parmi le clergé et les laïques, qui devaient se réunira cet effet avec nos ambassadeurs , à Kameneten , près de Yarsovie. Là , au grand étonnement de Godounoff et de Troëkouroff , ils leur firent ces questions inattendues : Le Tsar réunira-til la Russie au Royaume , comme la Lithuanie s'est réunie à la Pologne, pour toujours et indissolublement? Adoptera-t-il la religion catholique romaine? Obéira-t-il au lieutenant de Saint-Pierre ? Se fera-t-il couronner Roi et recevra-t-il la Communion dans une église latine, à Cracovie , des mains de rArchevéque de Gnéscn ? Sera-t-il à Varsovie dans dix se-
128 nisToir.E
îiiaines, ot fcra-t-il primer , dans son tilre , le Roi de Pologne sur le Tsar de Moscou?
Les Boyards répondirent :
1°. « Notre Souverain désire réunira jamais » la Litliuanie et la Pologne à la llussie, de « manière qu'elles s'entr'aident de toutes leurs » forces en cas d'une attaque des (ennemis , <;t » afin que leurs habitans puissent librement » aller d'un pays à un autre , les Lithuaniens » chez nous, et les Kusscsen Lithuanie, avec >) la permission du Monar([ue ;
2". » Le Tsar est né et vivra toujours dans )) la religion orthodoxe greccjue, et observera » ses rites sacrés ; quant à son couronne- » ment comme Roi, il doitse faire à Moscou » ou à Smolensk en présence de vos Digni- » iaires; il s'engage à respecter le Pape et à » ne pas s'opposer à son pouvoir sur le clergé )> polonais; mais il ne lui permettra jamais » de s'immiscer dans les affaires de l'église » grecque »;
3". « Le Tsar viendra chez vous quand il » pourra » ;
4". « La couronne de Jagelloii sera sous le » bonnet de Monomaque, etFédor aura pour
nr. RissiE. 129
« titre: Tsnr v\ j>TniKl Duc de toute la Russie, » de Vladimir et de Moscou , Roi de Polo^^ne » et grand Duc de l^ithuauie. Alors même que » Tancieune et la nouvelle Rome, lors même » que Byzance se seraient soumises à nous , le » Tsar n'aurait pas mis dans son titre leurs » anciens et illustres noms au dessus de celui » de la Russie ».
« Ainsi Fédor ne désire pas être notre Roi, j> répliquèrent les Seigneurs ; il refuse posi- » livement , et promet sans sincérité ; il nous » écrit , par exemple , que son armée est prête >) à nous défendre contre le Sultan ; les Turcs » font ordinairement leurs invasions chez » nous, du côté de la Moldavie, du Danube, » de la Transilvanie , et de Bielgorod , et les » troupes de Moscou sont éloignées; celles » d'Astrakhan et de Kazan le sont encore da- » vantage. Le Sullazi , FEmpereur et les Suéj» dois nous menacent de la guerre , si nous » nommons un roi contre leur gré. Que nous » accordera donc le Tsar, et combien donnera- » t-il annuellement d'argent pour l'entretien « de l'armée? Car pour des hommes, nousen » avons assez : nous n'en demandons pas à la