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soldat, (le sa caisse , les (Cosaques du Dnieper, donnât des terres à la noblesse Polonaise , non dans des stèpes éloignées et sauvages, telles qu'il y en a beaucoup en Lithuanie , au delà de Kief , mais dans les contrées de Smolensk et de Seversk. Les Ambassadeurs montrèrent quelque délérence : ils consentirent à donner cent mille florins, ne refusèrent pas les autres demandes , et proposèrent ({ue Fédor prit le titre de Tsar de ioiiic la Russie^ Roi de Pologne, grand Duc de Tludiniir , de Moscou et de Lithuanie ; enfin le plus grand obstacle , celui de la religion , diminua, lorsque le voïévode de Vilna, Christophe Ptadzivil, et celui de Troki, Yan Glébovitche , dirent en secret à nos Ambassadeurs, que Fédor, malgré Topposition de leur Clergé, pouvait rester dans la religion grecque , en demandant seulement la bénédiction du pape , et en lui donnant l'espérance de la réunion des deux Eglises (86). « Fédor, pour son bien et pour le nôtre , di- » saient-ils, doit montrer quelque condes- *» cendance : car , en cas d'opiniâtreté de sa » part, nousélirions un ennemi de la Pvussie, « le Suédois , et non Maximilien dont per-
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» sonne ne veut eiilendre parler en Litbiianie, j -» parce qu'il esl inléressé el pauvre, qu'il ' » nous niellrait en j^uerre avec le Sultan , et :» ne donnerait de secours au l\oyauine ni en » hommes, ni en argent. L'Empereur lui- » même n'est grand que par son titre , et n'est « riche qu'en dettes. ISous connaissons l'usage »» des Autrichiens de détruire les libertés et » les droits des pays qui se soumettent à eux, » et de surcharger l(!s hahitans d'impôts oné- » reux. De plus , il est dit dans nos livres , et j» cela est devenu proverbe : que les peuples » Slaves n'ont aucun bien à attendre des Al- » lemands ».
Mais Fédor ne voulut pas solliciter de grâce auprès du Pape , ni le flatter de la promesse mensongère de réunir les deux Eglises ; il ne voulut pas non plus, ce que tous les seigneurs Lithuaniens exigeaient absolument , être couronné roi de Pologne par les mains d'un prélat latin , craignant de manquer par là à l'orthodoxie ou à la dignité du monarque de la Russie; et nos Ambassadeurs qui avaient des entrevues toujours amicales avec les Députés de la Diète , apprirent d'eux , le i3 d'août,
quo le chancfllicr Zamoisky el quelques soif^iuiirs avaient élu le prince de Suède; el Stanislas Zgourka, voïévode de Posen, et les Zborovsky, Maxiniilien. Ce fut envain que les seigneurs lithuaniens assurèrent nos Boyards que ce choix serait regardé commet nul , parce qu'il était illicite, et que si Fédor désirait sincèrement être Pvoi , et se décidait à venir chez eux sans perdre de temps, ils se rendraient tous à Cracovie , et ne donneraierit la couronne ni au Suédois , ni à rAutrichien. Enhn Zamoisky, moitié à Faide du glaive, moitié avec l'argent de la reine douairière Anne, procura le trône à Sigismond , après avoir TrcHc. annulé l'élection de Maximilieti. Nos Ambassadeurs ne réussirent que dans une chose; ils conclurent avec le Sénat une trêve de quinze ans, sans aucune concession ni aucun avantage , et sous les seules conditions que les deux puissances garderaient ce qu'elles possédaient , et que le roi nouvellement élu confirmerait celte convention par des plénipotentiaires qu'il enverrait à Moscou (87), Fédor, après avoir écouté la relation d'FJienne Godounoff et de TroëkourofT, espérait encore
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que du moins la Lilhuanie ne reconnaîtrait pas Sigismond pour roi , et il orrivit de nouveau des lelîres amicales aux seigneurs de son parti, consentant à être séparément grand duc de Lithuanie, de Kieff, de Yolhinieel de Mazovie , leur promettant indépendance et sécurité. Godounoffleur écrivit aussi , en leur envoyant à chacun de riches présens de la valeur de vingt mille roubles actuels ; mais il était trop tard. Le gentilhomme Rjevsky revint de Lithuanie avec la nouvelle que , le i6 décembre , Sigismond avait été couronné à Cracovie, et que les seigneurs lithuaniens avaient consenti à ce choix. Rjevsky le savait déjà , mais il leur remit les présens qu'ils acceptèrent en témoignant leur reconnaissance , et en faisant des vœux pour que Fédor conservai toujours sa bienveillance à la Lithuanie.
Cependant le Tsar témoigna son mécontentement , non du refus de ses propositions à la Diète, mais de l'élection de Sigismond. Nous avons vu que Fédor , à l'exemple d'îvan , cédait volontiers le Royaume à FArchiduc , n'ayant aucune contestation avec l'Autriche ; mais une alliance étroite entre la Suède et la
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Pologne renforçait ces deux puissances qui ét;)ienl nos ennemies, et le principal engluement que Sigismond prit avec Zamoïsky , fut de s'armer avec son père , le roi Jean , contre la Russie , ci de s'emparer de Moscou (88) , ou au moins de Smolensk el de Pskoff , tandis que la flotte Suédoise se rendrait maitresse du port Saint-Nicolas , sur la Dvina , afin de détruire notre commerce maritime. L'esprit de Bathori semblait encore vivre dans Zamoisky pour nous menacer, ce qui faisait désirer d'autiint plus à Fédor de s'unir aux vues et au système politique de l'Autriche.
Rclalionsavrc t\ • ro • 7> -- *
r Ami ici, e et Depuis iboy jusqu a 1^90 , nous envoyâmes courrier sur courrier a Vienne (89), conjurant l'Empereur d'employer tous les moyens pour faire obtenir la couronne de Pologne à Maximilien , sinon par l'élection au moins par la force. Nous lui promettions de l'argent pour l'armement, et nous l'assurions qu'il nous serait plus agréable de céder ce royaume à l'Autriche que de le réunir à la Russie. Nous lui faisions le tableau du bonheur ctde la tranquillité qui régneraient alors dans l'Europe septentrionale , et qui lui procureraient les
moyens de s'occuper du j^rand oniivre de chasser les Turcs de Cyzance. Nous vantions nos forces, en lui disant qu'il ne dépendait que de la Russie , de lancer contre le Sultan les innombrables bordes de l'Asie ; (pie le Schah de Perse mettrait deux cent mille hommes en campagne, le Tsar de Bucharie cent mille, celui de Chiva cinquante mille, celui dTbérie cinquante mille, le Schavkal trente mille , les princes Tcherkesses, de Tumen et d'Okoustk soixante-dix mille, et les jSogais cent mille; que la Russie, pouvant aisément vaincre la Suède , et n'ayant plus d'autre ennemi , joindrait, sous le signe de la Croix , ses légions aux troupes de l'Autriche, de l'Allemagne, de l'Espagne , du Pape , de la France et de l'Angleterre , et que les barbares Musulmans n'existeraient plus bientôt que dans la mémoire des hommes. Comme on retenait les courriers russes en Lithuanie et à Riga, nous ouvrîmes une conununicalion avec l'Autriche , à travers la mer du Nord et Hambourg. Nous demandions que Piodolphe et Maximilien envoyassent immédiatement des plénipotentiaires à Moscou pour arrêter
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OÙ et comment 11 fallailagir. Cependant nous opprimes que Zamoïsky , en poursuivant jMaximilien qui fuyait (levant lui ^ était entré en Silésie , et qu'après Favoir eomplèlenuînt baliu et fait prisonnier , il Ini rendait la captivité aussi cruelle qu'humiliante. Fédor lit sentir à Rodolphe toute la honte de cette humiliation inouie de TAulriche. Mais tout lut inutile. Î/Empereur , dans ses réponses , n(; témoignait que sa reconnaissance pour les bonnes dispositions du Tsar; au lieu d'un grand dignitaire , il n'envoya à Moscou , au mois de juin iSSg , que Yarkotche , fonctionnaire subalterne , s'excusant sur ses occup;itîons et sur le peu de facilités qui existaient dansles communications entre l'Autriche et la Russie. Quant à la guerre de Turquie , il disait ([u'il fallait préalablement en convenir avec l'Espagne , et cacher une entreprise aussi importante à la France et à l'Angleterre ; car elles travaillaient à se mettre bien avec le Sultan ; que la guerre de Pologne était inévitable; mais qu'il fallait auparavant, délivrer Maximilien. Cependant bientôt après, le Tsar apprit ([ue rEnspereur avait obtenu la liberté
de son frore ; en sVngageant par serment à ne plus songer à la couronne de Pologne, et à vivre désormais en paix avec cetle puissance. « ^ ous en lame z de grandes aliaires, mais » vous ne les terminez pas , écrivit Boris Go- » dounolï" au ministère Autrichien (90), à » cause de vous , notre Souverain n'a voidu » écouter aucunes propositions amicales de » la part ni du Sultan, ni du Khan ; c'est en- « core à cause de vous , que nous sommes en » froideur avec eux et avec la Lithuanie ; et » vous, sans songer à rhonneur , vous faiiis » la paix avec le Sultan et avec Sigismond ». En un mot nous perdions notre temps et notre argent avec l'Autriche, sans en retirer aucun avantage.
Un barbare, le nouveau Khan de Crimée, le prince Kazi-Ghireï, successeur de son frère Islam , mort en i588, agissait d'une manière beaucoup plus conforme à notre politique. Etant arrivé de Constantinople avec un Firman du Sultan et trois cents janissaires, pour régnersurdes camps ruinés (9 1 ) , i l vil la nécessité de les rétablir, c'est-à-dire , de chercher à faire du butin , ne connaissant d'autre indus-
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trie que la rapine. Il s'agissailde choisir entre la Paissie et la Lilhuanie, pour le théâtre des incendies et du carnage. Le Khan préféra la Lithuanie , Tondant ses espérances sur l'anarchie qui y régnait, ou sur la faiblesse de son nouveau roi. lise préparait à dévaster par la force le pays de Sigisniond , et il voulut en flattant Fédor , en obtenir de riches présens. 11 lui écrivit , que, nous voulant plus de bien qu'aucun de ses prédécesseurs, il avait persuadé au Sultan de renor.cerà la conquête d'Astrakhan (t)2) , et que Moscou et ia Tauride n'auraient jamais que les mêmes ennemis. En 1589, Kazi-Ghireï informa Fédor, que les habilans de la Crimée avaient incendié plusieurs villes et bourgs de la Lithuanie et de la Gallicie. Le Tsar, en louant son courage et ses dispositions amicales envers nous , honora le Khan , en témoignage de reconnaissance , de quelques présens de peu de valeur , mais il entretint maigre cela , une forte armée sur les bords de l'Oka (rp). Ce qui prouve qu'il n'avait pas une grande confiance en lui. Cncirc de Mais Bathori n'existait plus, le Sultan ne s'armait pas contre la Piussie , et le Khan ra-
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v.'igrail la Llthiianie : ces circonstances parurent favorables au Tsar , pour une entreprise iniportante que réclamait depuis long-temps riionneur de la Russie. Nous nous \anlions de notre puissance, ayant effectivement la plus nombreuse armée de l'Europe , et pourtant une partie de Tancienne Faissie était au pouvoir du la Suède ! La Iréve, conclue avec le roi Jean , expirait au commencement de l'année 1 590 (94)» et la seconde entrevue des Ambassadeurs , sur les bords de la Plussa , au mois de septembre 1 586 , était restée sans résultat , les Suédois n'ayant pas voulu consentir à nous rendre leurs conquêtes ; condition sans laquelle nous ne voulions pas entendre parler de paix. Ils ne proposèrent tju'un écliange , en rendant Koporié pour le district de Soumersk et les bords de la Neva. Jean se plaignait que les Puisses inquiétaient la Finlande par leurs incursions , et qu'ils la ravageaient comme des tigres (go). Fédor reprochait aux Yoïévodes suédois leurs brigandages dans les contrées de Zaonéga , d'Olonetz , de Ladoga et de la Dvina. Pendant l'été de iSSy , ils étaient venus de la Caïanie piller les terres Tome X. ,10
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(les couvons dv. Solovelzk et (Je Pcldiensk , Kola, KfiTlc , Kovdu , cl avaient fait un butin de plus d'un demi-million de roubles d'argent , monnaie actuelle (9G). En engageant le Roi à des concessions , le Tsar lui parlait de ses grands alliés, rEmpereurel le Schali. Mais Jean lui répondit avec ironie : « Je me n'jouis » de voir que lu connais maintenant la l'ai- » blesse , et que tu atlenJs des secours des » autres (97}. Nous verrons quels seront ceux » que te donnera notre parent llodolpbe ; j> quant à nous, nous n'avons pas besoin d'al- » liés pour venir à bout de toi ». NonobsLnit cette impertinence , Jean désirait une troisième entrevue des Ambassadeurs, lorsque Fédor lui fit déclarer que nous ne voulions ni paix, ni trêve, si les Suédois ne nous cédaient, outre les terres ap})artenantà Novgorod, qu'ils avaient envaliies , Ilevcl et toule l'Esliionie , c'est-à-dire que nous déclarâmes la guerre.
Jusqu'à présent , Godounoff n'avait brillé que par son génie dans les affaires de la politique intérieure <'t extérieure. Toujours prudent et pacifique , n'ayant pas les dispositions guerrières, n'aspirant point à la gloire des
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armes , il voiilul cependant prouver que son amour pour la paix ne provenait pas de pusillanimité , dans une occasion où, sans lionle et sans manquer au devoir sacré du pouvoir, ou ne pouvait éviter reriusiori du sang. Pour remplir ce devoir, il employa tous les moyens propres à s'assurer le succès. Il mit en campagne (si Ton doit ajouter foi aux documens officiels de ce temps), près de trois cent mille combattans, infanterie et cavalerie, avec trois cents pièces d'artillerie (98). Tous les Boyards, tous les Tsarévitches (Malimet koul de Sibérie , Rouslanei lils de Kaiboula , et Ouraze Biagmct des Kirguises), tous les Voïévodesdes contrées voisines et éloignées , des villes et des bourgs , où ils vivaient dans la retraite (99), furent obligés de se trouver, à une époque marquée , sous les drapeaux du Tsar ; car le pacifique Fédor ayant quitté , non sans regret, ses occupations pieuses, se mit à la tète de son armée : ainsi le voulut Godounoff , afin d'animer les troupes et d'empêcher les disputes insensées des principaux dignitaires, sur leur ancienneté. Le prince Fédor Mstislafsky , le plus illustre dos seigneurs, commandait la
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grande armée ; Tavant-j^arde était sous les ordres du prince Dn»ilri Klivorostinin, voïévode distingué j)ar ses taleiis et son eourage (loo) ; GodounoiCel Fédor Iiomanorf-Iouried' ( qui devint Tiliustre Philaréte ), eousin germain du Tsar, se trouvaient près de luiavee le litre de T^^oïéçoâcs de la Cour. La tsarine Irène suivit son époux depuis Moscou jusqu'à Novgorod, où le Monarque régla la destination des troupes. Il ordonna aux unes de marcher en Finlande , au delà de la Neva; à d'autres, en Esliionie jusqu'à la mer ; et lui-même, à la tète de la principale armée , se mit en route , le 18 janvier iSgo, pour marcher contre Narva( toi). La campagne fut pénible à cause dts froids de l'hiver ; mais brillante par le zèle des troupes. Les Pvusses marchaient pour reprendre ce qui leur avait appartenu , et le 27 janvier ils s'emparèrent de Jama. Vingt mille Suédois , tant cavalerie qu'infanterie , sous les ordres de Gustave Banère, rencontrèrent, près de Narva, le prince Dmilri Khvorostinin, qui les délit et les refoula dans la ville , remplie de monde , mais dépourvue de vivres; c'est pourquoi Banère, ayant laissé dans la forteresse le nombre
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nrcpssairc de soldais, s'enfuit pendant la nuit (talla à Yésemberg, poursuivi par notre cavalerie asiatique , en lui abandonnant ses ba{:çages et son artillerie. Au nombre des prisonniers se trouvèrent plusieurs Suédois de distinction. Le 4 février, les Russes assiégèrent Narva, parvinrent, par un bombardement vigoureux , à faire trois brèches, et demandèrent la reddition de la ville. Le commandant , CbarlesHorn, les appela iièrement à Tassant, et les repoussa vaillannnent le i8 février. Les voïévodes Sabourolf et le prince Jean Tokmakoff , de même que plusieurs enfans Boyards , Strélelz et soldais Mordviens et Tcherckesses , périrent sur la brèche (102). Néanmoins cette affaire , brillante pour les Suédois , n'aurait pu sauver la vaille ; la canonnade ne cessait point, les murs s'écroulaient, et nos troupes préparaient un nouvel assaut, le 21 février. A cette époque même, les Russes ravageaient l'Eslhonie sans obstacle jusqu'à Rével, et la Finlande jusqu'à Abo ; car le roi Jean avait plus d'orgueil que de forces. Les négociations s'ouvrirent. Nous demandions Narva et toute TEsthonie pour accor-
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der la paix aux Suc'dois; inais le Tsar(io3), cédant aux instances clireliennes de Godoiuiojf^ comme il est dit dans nos papiers officiels, se conlenla du rétablissement de Tancienne frontière. Le 25 février , Horn , au nom du Roi, conclut une tiève (\:\\\\ an, cédant au Tsar, outre Jama , Ivangorod et Koporié , avec tous leurs magasins et toutes les munitions de guerre. On convint de fixer le sort de l'Esilionie à la prochaine réunion des ambassadeurs Piusses et Suédois , en promettant même de céder à la llussie , la Carélie , Narva et d'autres villes de TEsthonie (io4). Nous faisions gloire de modération. Fédor, après avoir laissé des Yoïévodes dans les trois forteresses qui avaient été prises , se hàla de retourner à Novgorod , près de son épouse , pour se rendre avec elle à Moscou , célébrer sa victoire sur une des puissances de l'Europe avec laquelle son père lui avait conseillé de n'être jamais en guerre , redoutant la supériorité de ses talens militaires. Le Clergé , la Croix en tête, alla au devant du Souverain, hors de la ville, et le métropolitain Job, dans un discours pompeux , le compara à Cons-
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ianlîn le Grand cl à Vladimir , et lui adressa des actions de grâce de la part de la pairie et de réalise , pour avoir chassé les infidèles du sein de laSainle Russie, et pour avoir rétahli les autels du vrai Dieu, dans la ville d'Ivan III, et dans les anciennes possessions des Slaves d'Ilmen Cio5).
Bientôt la perfidie des Suédois procura un nouveau et important succès aux armes du pacifique Fédor. Le roi Jean, accusant Ilorn, de pusillanimilé , déclara que la convention signée par lui était criminelle, renforça ses troupes en Estlionie , et envoya deux Seigneurs, l'un lieutenant d'ITpsal et l'autre de Yestergot, aux bouches de la Plussa, pour y avoirune entrevue avec le prince FédorKhvorostinin , et le gentilhomme du conseil Pissemsky, non pour donner l'Esthonie à la Russie , mais pour exiger qu'elle rendit Jama, Ivangorod et Koporié. A cette nouvelle, nonseulement les andwssadeurs de Fédor, mais même les soldats Suédois , témoignèrent leur mécontentement ; rangés de l'autre côté de la Plussa , ils criaient aux nôtres: nous ne voulons plus de carnage (io6) ; et ils forcèrent
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leurs plénipotentiaires à se relâcher de leurs prétentions, au point que n'exigeant plus rien que la paix , ils iinirent pas consentir à céder à la liussie toute la Carélie. Mais nous voulions absolument Tsarva , et les Ambassadeurs se séparèrent. l>a même nuit, le général Suédois Joran Boyé assiégea traîtreusement Ivangorod , tandis que le terme de la convention conclue à Narva , n'était pas encore expiré ; mais l'intrépide voïévode Ivan Sabouroff, battit complètement dans une sortie vigoureuse , non seulement le général Boyé , mais aussi le Duc de Siidermanie qui s'était joint à lui. La principale armée de Moscou» était à Novgorod ; elle n'eut pas le temps d'arriver pour rafïaire , elle trouva la forteresse déjà délivrée , et ne put voir que de loin la fuite de l'ennemi.
Fédor en guerre avec la Suède, voulait conserver la paix avec la Lithuanie ; et tandis que les armées Moscovites allaient combattre en Estlionie, Godounoff avait fait signifier à tous les Commandans des villes de la Livonie Polonaise, qu'ils pouvaient être sans inquiétude et que nous ne loucherions pas à son terri-
toire , nous coiirorniant scnipuloiisomonl à la convention de Varsovie. Mais Sigismond gardait le silence : pour connaître ses intentions, le Conseil de IMoscou, envoya un courrier à Yilna avec une lettre aux Seigneurs Lilhuanicns , qui les informait de l'inlention du Khan , de niarcher de nouveau contre leur pays, ajoutant : « Kazi-Ghiréï a conjuré notre :•' Souverain de se joindre à lui pour porter 3> la guerre en Lithuanie, et lui a proposé, au )) nom du Sultan , une paix éternelle; mais » I Y'dor sincèrement bien disposé pour vous , « s'y est refusé. IXous vous en prévenons , >' parce que nous croyons que tôt ou tard , » vous sentirez qu'il est indispensable que » vous vous réunissiez à la Russie , pour la » iranquillilé commune de tous les Cliré- » tiens ». Cette ruse ne put tromper les Seigneurs l^ithuaniens. Ils souriaient en lisant la letlre ; ils y répondirent avec politesse, en nous exprimant leur reconnaissance , mais en disant , cependant , qu'ils avaient des nouvelles contraires aux nôtres; que Fédor luimême , si l'on devait ajouter foi aux prisonniers de la Crimée , employait les promesses
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et les présens pour engager le Khan à faire une invasion en Lilîiiianie. Dans le même temps six cents cosaques Lilhuaniens commettaient des brigandages dans le midi de la llussie, brûlaient la nouvelle ville de Woronège , et massacraient le prince Ivan Dolgorouky , qui en était commandant. ]Soiis en dc'mandames satisfaction et nous donnâmes ordre au tsarcvi telle Araslan-Aley, fils de Kaïhoula, de marcher avec ses troupes sur Tcliernigoff. Enhn, au mois d'octobre 1^90 , Slanislas Iladominsky et Gabriel Yoïna , Ambassadeurs de Sigismond , arrivèrent à Moscou , pour traiter de paix et d'alliance ; mais dès leur première conférence avec les Boyards , ils déclarèrent que la Russie avait rompu la trêve , en s'emparant des villes appartenant à la Suède , et qu'elle devait les rendre. On leur répondit que la Suède n'était pas la Lithuanie , que la politique n'admettait pas la considération des liens du sang entre les Souverains , et que nous n'avions pris que ce qui nous appartenait, tout en châtiant l'injustice et la pertidie. On parla long-temps d'une paix éternelle. Sigismond , comme par générosité ', renonçait à
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Novgorod , l\ Pskolf , aux villes de la provînn» deSeversk , loulefois il ne voulait point faire la paix sans avoir obtenu Sniolensk. Mais les Boyards de Moscou ne cessaient de répéter : « Nous ne vous donnerons seulement pas un seul village du district de Sniolensk ». Pendant plus de deux mois , les deux partis parlèrent beaucoup des avantag<'S d'une étroite alliance entre toutes les puissances européennes. Les Boyards représentaient avec chaleur aux Seigneurs Lithuaniens , que le Boi sans doute ne désirait point sincèrement celte alliance , puisqu'il sollicitait en même temps (comme nous le savions) celle du Sultan ; ils ajoutaient que Sigismond aurait le sort de Bathori qui n'avait recueilli que l'humiliation et la honte de son dévouement à l'orgueil Ottoman. En effet , Bathori avait cru complaire à Amurat, par l'assassinat de Paclkocay le plus illustre des guerriers de Lilhuanie, mais n'y avait pas réussi. Jusqu'à sa mort il avait tremblé devant la colère du Sultan, et lui avait payé tribut comme un esclave; les Boyardsrappelaient également que la Russie seule , qui sentait sa dignité et avait refusé
rainitié fallacieuse des Infidèles , était le bouclier le plus sûr de la Clirclicnté ; et que le Khan, si redoutable à la puissance de Sigisnîond, n'osait offenser, ni par ses actions ni par ses discours , Fédor qui avait à son service plus de deux cents Princes et Mourzas de Crimée. Quoique les Ambassadeurs ne témoignassent plus d'arrogance , ni d'insolence , comme ils l'avaient fait du temps d'Etienne , ils n'acceptèrent pourtant pas notre proposition modérée : « De conserver chacun ses pos- » sessions naturelles ». Ayant épuisé tous les Nouvelle moyens de persuasion , le i". janvier iSgi , Liituiauic! * le Tsar appela au Conseil , le Clergé , les Boyards , les Dignitaires et résolut , de ne faire que confirmer et prolonger encore pour douze ans, la trêve conclue à Varsovie , avec la nouvelle clause que les Suédois ne nous feraient pas la guerre, ni nous aux Suédois pendant l'espace d'un an. Fédor, se conformant à l'ancien usage , prêta serment de remplir la convention , et envoya l'Okolnitchii Soltikoff recevoir à son tour le serment réciproque de Sigismond.
Tandis que la Russie n'avait plus d'enne-
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mis à combaltre , la paix élait loin île rame du Régenl. Laissons les alfairesdc la polllique exk'iieiire pour parler des grands événeniens qui se passaient au dedans de TEuipire.
Cette époque est celle où Boris Godounoff, aux yeux de la Russie et de toutes les puissances qui étaient en relations avec Moscou , avait alleint le liiîte de la «randeur, et semblait le -^[^"''''"T'^^ maître absolu de l'Etat ; il ne voyait autour de lui que des serviteurs muets (107) , ou qui n'avaient de voix que pour exalter ses grandes qualités. L'adulation n'était pas circonscrite dans le palais du Kremlin ; dans les provinces voisines ou éloignées de la Capitale , hors même de la Russie , devant les Souverains et ministres étrangers , les envoyés du Tsar , suivant leurs instructions , s'exprimaient ainsi (108): « Boris Godounoff est le chef de » l'Etat : le Souverain lui en a remis les rênes. » 11 y a établi un ordre que tout le monde ad- » mire et dont chacun se réjouit. L'armée , le » commerce et le peuple, tout prospère; les « villes s'embellissent d'édifices en pierre , » sans contributions ni corvées; les ouvriers » et les artistes sont richement payés des re-
ir)8 lîïsToir. s
» venus du Tsar ; les la[)()ureurs vivent dans » l'aisance et ne connaissenl pas d'impôts ; la » justice régne parloul ; le fort ne peut op- » primer le iaible; Torplielin pauvre va droit » à Boris, se plaindre du frère ou du neveu » de ce Boyard , qui , véritablement grand , ^> donne lort à ses proches, même sans au- >» cune forme de procès , car il a de la partia- » lité pour ceux qui sont faibles et sans défen- » senrs ». Boris étalait ainsi son pouvoir et sa bienfaisance. Non moins ambitieux que rusé, il imagina de donner un nouvel éclata sa domination par une innovation importante dans la hiérarchie de notre Eglise.
Le nom de Patriarche ne désignait, dans (lu.aiiuicat j^^ premiers temps du Christianisme, que d'humbles instituteurs de la foi. Mais, dès le quatrième siècle, il devint un titre éclatant des premiers pasteurs de l'Eglise , dans les trois parties du monde, ou dans les trois villes ks plus imporiantes de l'Empire chrétien , Borne, Alexandrie et Antioche. Jérusalem, lieu plein de saints souvenirs, et Constantinople, capitale du Christianisme triomphant, furent également reconnus comme grands»
Einlilisspmcrit (lu l'alliai en Kiiasit'.
DE RUSSIK. i5q
Palrlarcals. La Russie n'ambilionna pas cet honiu'ur depuis le temps de Saiiil-Yladimir jusqu'à celui de Fédor. La lière et souveraine Byzance n'aurait pas consenti à une égalilé de hiérarchie avec Kief ou Moscou; nsais Byzance, esclave des Ottomans , ne l'aurait point refusé à Ivan III , à son fils et à son petit-fils ; ils ne l'avaient pas demandé, peut-être par rcspecl pour les premiers réglemens de notre Eglise, on dans la crainte d'augmenter, par ce titre pompeux, le pouvoir ecclésiastique au détriment du pouvoir souverain. Boris avait d'aulres idées. Après avoir renversé le métropolitain Dionisi , et l'avoir ainsi puni de ses intrigues et de son audace , il n'avait pas hésité à élever à cette dignité le pacifique Job qui lui était dévoué. Il cherchait en lui un puissant appui pour ses vastes projets. Joaclîim, patriarche d'Aiitioche , était venu, en i586, à Moscou, pour recueillir des aumônes. Le Tsar lui témoigna le désir d'établir un Patriarcat en Russie (io9\ Joachim promit d'en faire la proposition an concile de l'Eglise grecque, et il la ht en effet, en donnant des éloges à la pureté de notre foi. Au mois de
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juillet I j88 , arriva à Moscou , au j^raiid contentement de Fédor , Jéréniie , patriarche de Constantinoplc. Toute la Capitale fut en mouvement, lorsque ce prélat de la Chrélienté (car le trône archi-épiscopal de Constantinoplc était considéré depuis long-temps comme le premier) , ce vieillard , connu par ses malheurs et s(^s vertus , traversa les rues de •Moscou , monté sur un àne , pour se rendre au Kremlin , regardant avec intérêt sa nombreuse population et la magnificence de ses églises, et bénissant le peuple avec attendrissement. Il était suivi par Jérophée , métropolitiiin de Malvoisie, et Arsène (no), archevêque d'Elasson ; ces deux derniers étaient à cheval. Lorsqu'ils entrèrent dans le Palais dore\ Fédor se leva et alla au devant de Jéréluie qu'il rencontra à quelques pas du trône ; il le ht asseoir à côté de lui , et reçût avec bienveillance les dons qu'il lui apportait : ils consistaient en une image renfermant quelques gouttes du sang du Christ , et des reliques de Saint-Constantin. Il ordonna à Boris de s'cn- 1 retenir en parliculic;r avec le Patriarche. On le conduisit dans une autre chambre où il lui
DE RUSSir. i6i
raconta son histoire. Jércmic , après avoir pendant dix ans gouverné TEglisc , ayant clé calomnié par un Grec, fut exilé à llhodes , et le Sultan, sans égard à la promesse solennelle de ^Mahomet II , de ne point se mêler des atfains du Clergé chrétien , éleva Théotiple au patriarcat. Cinq ans après , on rendit à l'exilé le rang de Hiéranjue ; mais les voûtes de l'ancien temple des archevêques de Byzance , retentissaient déjà des noms d'Alla et de Mahomet : cette église était devenue une Mosquée. C'est par mes larmes, dit Jérémie, que j'ohtins du cruel Amurat la permission d'aller dans les pays chrétiens recueillir des aumônes, pour élever un nouveau templeau vrai Dieu,
> dans l'ancienne Capitale de l'orthodoxie.
> Dans quelle au Ire conlrt-e que la Russie aurais-jepu trouver du zèle, de la compassion
> etde la générosité » ? Dans le cours de sa conversation avec Godounoff , il loua l'idée de Fédor d'avoir un Patriarche en Piussie ; et le rusé Boris en proposa la dignité à Jérémie luimême , à condition qu'il hahiterait Vladimir. Jérémie accepta le Patriarcat , mais voulait habiter la résidence du Tsar , c'est-à-dire Mos-
TOMF. X. II
COU (i 1 1). Godoiinoff s'y rclusa , disant qu'il éJait injuste d'éloigner de Moscou et du temple illustre de la Vierge , un homme saint et vertueux comme le métropolitain Job.
11 ajouta que Jérémie , ne connaissant ni la langue , ni les usages de la Russie , ne pouvait être le directeur du Tsar dans les aiïaires de l'Eglise , sans se servir d'un interprète auquel j il ne convenait pas de laisser lire dans la cons- ' cience du Monarque. « Que la volonté Sou- . j> veraine s'accomplisse , répondit le Patriar" » elle ; chargé des pleins pouvoirs de notre » Eglise, je sacrerai et conlirmerai par Tins- » j)iration divine, celui que choisira Fédor ». Le choix n'était pas douteux; mais, pour la forme , les Evéques russes nommèrent trois candidats , le métropolitain Job , Alexandre , archevêque de iNovgorod, et Varlaam , archevêque de Rostoff lis présentèrent ces trois noms au Tsar, et Job fut élu (112). Le 23 janvier 1589, après les Vespres, le Patriarche nouvellement nommé , célébra un Te JJcuin dans la Basilique de l'Assomption. Entouré de tous les évéques , en présence du Tsar et d'un peuple nombreux , il sortit du sanctuaire et se
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plaça sur une estrade, tenant dans une de ses mains un cierge allumé , et dans l'autre une lettre de renierciniens adressée au Souverain et au Clergé. Dans ce moment un des princi paux dignitaires , tenant également un cierge dans sa main , s'approcha de lui et dit à haute voix : « Le Tsar orthodoxe , le Patriarche >' œcuménique , et le Concile sacré , t'élèvent » au Trône patriarcal de Vladimir, de Moscou ^> et de toute la Russie ». Job répondit: « Je ne » suis qu'un indigne pécheur, maispuisquele » Souvera i n , l'évèque oocunKhi i que Jérémie et » le Concile m'élèvent à une dignité aussi im- » portante, je l'accepte avec reconnaissance ». Il baissa la tète avec humililé , et se tournant vers le clergé et le peuple , il prononça le serment de gouverner avec zèle le troupeau que Dieu lui confiait. C'est ainsi que fut accomplie l'élection. La consécration solennelle eut lieu le 26 janvier pendant la célébralion de la Messe, avec les cérémonies d'usage aux sacres des métropolitains et desévéques, et sans aucun changement. Au centre de la cathédrale, sur le plancher, était tracée à la craie une aigle à deux tètes, et s'élevait une estrade de douze
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marches ; à celle place , le plus ancien des pas- Icurs de rEglise irOrient, après avoir salué Job , comme Vv'^iû des Palriarcîies de la chrélientc , injposa ses mains Ireniblantes sur sa lèle , et demanda au ciel que cet Archevêque de Jésus-Christ devint une lumière élern<dle de la foi. Le nouveau patriarche de Moscou , ayant sur la tète la mitre ornée de la Croix et d'une couronne (i i3) , ofiicia conjointement avec celui de Byzance , et lorsque roltice fut terminé et qu'il se fut dépouillé de ses ornenicns, il reçut de la propre main du Tsar, une croix précieuse qui renfermait un morceau de la vraie Croix , un manteau de velours vert avec des raies brodées en perles, et lamitrc blanche sur laquelle était aussi une croix. 11 lui remit la crosse du métropolitain Saint Pierre , et lui ordonna de porter le titre de Chef des Evèques , de Père des Pères et de Patriarche de tous les pays septentrionaux , par la grâce de Dieu et la volonté du Tsar. Job donna sa bénédiction à Fédor et au peuple, et le chœur chanta l'hymne, Inplurimos annos^ en l'honneur du Souverain et des deux archevêques de Byzance et de Moscou, qui étaient
nssis à coté de lui. Job , suivi de deux Evequcs, des Boyards et d'un grand nomljre de fonctionnaires, sortit de Téglisc, et, monté sur un ane , il lit le lour des murs du Kremlin , en les aspergeant d'eau bénite , les bénissant de la croix et recitant des prières pour la conservation de la ville (i i4). H dîna chez le Souverain , avec Jérémie et avec tout le Clergé et les autorités séculières.
Afin de consolider la dignité et la suprématie de l'Eglise russe, on dressa une Charte (i 1 5) dans laquelle il était dit: Que l'ancienne Rome étaittombéeparrhérésied'Appollinaire(i i6); ({ue la nouvelle Piome, Constantinople , étiiit au pouvoir de la race impie des Sarrasins ; que la troisième Rome était Moscou ; qu'au lieu du faux chefde l'Eglise d'Occident, Eglise obscurcie par de fausses doctrines, le premier prélat œcuménique était le patriarche de Constantinople, le second, celui d'Alexandrie , le troisième, celui de Moscou et de toute la Russie , le quatrième, celui d'Antioche , et le cinquième, celui de Jérusalem (117); qu'en Russie on devait prier pour les Patriarches de la Grèce , et en Grèce pour le nôtre , qui do-
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irnavant et jiis{[a';i la lin du monde , serait clioisl cl consacré à Moscou, sans avoir besoin du consentement ni de l'approhalion des Grecs. Onajoutad'autres distinctions extérieures à la dignité de Patriarche de notre Eglise ; on régla qu'il ne sortirait que précédé d'une lampe , au milieu des chants des fidèles et au son des cloches; qu'il aurait une estrade à trois marches sur laquelle il se revêtirait ; qu'il porterait, les jours ordinaires, un bonnet avec des séraphins , des croix et un manteau rayé ; que lorsqu'il marcherait , il aurait en main la croix et la crosse, et qu'il irait à six chevaux (ii8). Ensuite le Souverain, conjointement avec les deux Patriarches, régla qu'il y aurait en Russie quatre Métropolitains, savoir : à JSovgorod^ l\ Kazan^ à Rosfoff ei à Kroutlisk (119); six Archevêques, dont le siège serait , à J^ologda , à Sousdal , à Nignîgorod , k Srnolensk ^ à Re'zan et à 2'r^r ; et huit Evèques, dont le diocèse serait hPskoJ/, à ii/V/ , à Ousfioug , à Bicloozéro , à Kolornna , à Dmitrefei dans le pays de Secersk.
Il y avait plus d'apparence que de réalité dans la part que prenaient à ces dispositions
de l'Eglise , Jérémie, métropolitain de Malvoisie et rarchevèque d'Elassou. Cependant , ils visitèrent le couvent de Saint-Serge (120) , et là , comme dans les églises de Moscou , ils s'étonnèrent de la richesse des images , des vases et des habits qui servaient à roflice divin. Dans la Capitale, ils dînaient chez le patriarche Job , et admiraient la sagesse de sa conversation. Ils louaient également les grandes qualités de Godounoif , et l'esprit distingué du vieillard André Stchelkaloff; mais ce qu'ils vantaient le plus , c'était la générosité des Russes; car on leur donnait sans cesse des vases de prix , des perles, des étoffes de soie (121), des zibelines et de l'argent. Présentés à la Tsarine , ils furent enchantés de sa piété , de sa modestie, de sa beauté angélique, et du charme de ses paroles; ils ne le furent pas moins de la magnificence de sa parure. Elle portait une couronne avec douze pointes en perles ; son bandeau et la chaîne d'or qu'elle avait au cou étaient ornés de pierres précieuses ; son habit était de velours brodé en grosses perles, et son manteau n'était pas moins riche. Le Tsar se tenait debout à côte
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d'elle, de Tantre côlé élait Boris Godourioff , télé nue , et dans un mainlien modeste etrespeclucLix ; plus loin (Haient rangées les dames de distinction, en vétemens blancs et les mains jointes. Irène demanda avec ferveur aux prélals Grecs , d'adresser leurs prières au Tout-Puissant, afin qu'il lui accordât un fds , héritier du Trône; « et nous tous, touchés juscpi'au » fond du cœur (dit rarchevéque d'Elasson » dans la description de son voyage à Mos- » cou ) , confondant nos larmes avec les sien- » nés, nous demandâmes unanimement au » ciel qu'il exauçât la prière pure et fervente » d'une âme aussi pieuse ». Enfin, au mois de mai 1089 , le Tsar permit à Jérémie de retourner à Gonstantinople , en lui remettant , pour le Sultan , une lettre dans laquelle il le conjurait de ne point opprimer les Chrétiens; outre les présens , il y envoya mille roubles ou deux mille ilorins hongrois , pour l'érection d'une nouvelle église Patriarcale. Cette générosité lui mérita la plus vive reconnaissance de la part de tout le Clergé grec , qui , par une Charte du Concile , approuva l'établissement du Patriarcat à Moscou (122) et la
fit parvenir à Fédor , au mois de juin 1591 , par le métropolitain de Tcrnova , avec des reliques et deux couronnes , Tune pour le Tsar et Tautre pour la Tsarine (i23).
C'est ainsi que s'établit une nouvelle suprématie dans notre sacerdoce ; suprématie renversée cent dix ans après , par un grand monarque , comme inutile à l'Eglise , et dangereuse pour la puissance des Souverains, quoique son sage instituteur n'eut donné au Clergé aucun nouveau pouvoir politique, et qu'en changeant seulement un titre , il eut laissé le hiérarque dans la dépendance absolue du chef de l'Etat. Pierre I". connaissait l'histoire de Nikon, et il dkisa^ pour l'affaiblir, le pouvoir ecclésiastique ; il aurait également supprimé le rang de Métropolitain , si, de son temps, comme dans celui d'Ivan et plus anciennement encore , nu seul Métropolitain se lut trouvé à la tète de l'Eglise russe. Pierre régnait et ne voulait que des serviteurs ; Godounoff était encore sujet et cherchait un appui , prévoyant des événemens où l'amitié de la Tsarine ne suffirait pas à son ambition et à son salut. II avait comprimé les Boyards ,
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mais il voyait au fond do leurs cœurs la haine, Tenvie, et un juste ressentiment contre l'assassin des Scliouisky; il avait des amis , mais qui n'existaient que par lui et qu'il entraînerait dans sa chute, ou qui le trahiraient dans un changement de fortune; il comblait le peuple de bienfaits , mais comptait peu sur sa gratitude , ayant la conscience involontaire des motifs peu vertueux qui le portaient au bien , et n'ignorant pas que ce peuple , dans un moment critique , tournerait ses regards vers les Boyards et le Clergé , pour agir d'après leur impulsion. Godounoff , dans la position de Pierre le Grand , aurait pu , comme lui , renverser la dignité de Patriarche, mais les circonstances n'étaient pas les mêmes ; il voulut flatter l'ambition de Job, par un titre éclatant , et se ménager en lui un serviteur plus zélé et plus illustre : car le moment décisif était venu, et ce Boyard tout-puissant osa enfin soulever, pour son ambition , le voile de l'avenir.
En supposant même que Godounoff, maître de tout, excepté delà couronne de Fédor, n'y eût point prétendu , encore pouvait-il
jouir paisihlcmoiU de sa f^randour, eu soiigcaiil à la niurl prochaine d'un Monarque aussi faible de corps que d'esprit, à riiérilier légitime du irone , qui, au milieu des honneurs dus à son rang , n'en était pas moins exilé , et que sa mère et ses parens élevaient dans la haine contre le régent, et dans des sentimens de fureur et de vengeance ? Si Dmitri venait à succéder à Fédor , quel sort attendait Irène ? Un couvent. Et Godounoff? L;i prison ou l'échafaud , lui qui d'un geste ébranlait l'Etat , et que flattaient les Piois de rOrient et de l'Occident !... Déjà les faits avaient dévoilé l'àme de Boris : les infortunés qu'il redoutait, avaient péri dans les cachots ou sur le billot. Et quel ennemi était plus dangereux pour lui que Dmitri î
INlais l'àme de Godounoff était encore dévorée de désirs insatiables. Fier de ses qualités brillantes , de ses services , de sa gloire et des flatteries dont il était l'objet ; ivre de bonheur et de pouvoir , cédant à ce charme qui entraîne lésâmes même les plus nobles ; étourdi par une élévation qu'il n'avait été donné d'atteindre à aucun sujet en Pvussie, Boris portait
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encore plus haut ses regards et ses vues ambitieuses : quoiqu'il gouvernât en maître, ce n'était point en son propre nom ; il ne brillait que d'un éclat emprunté ; il devait se contraindre et cacher son orgueil sous le masque de la soumission , s'abaisser publiquement devant l'ombre du Tsar et se prosterner devant elle en esclave. Le trône, aux yeux de Godounoff, n'était pas seulement le brillant sanctuaire du pouvoir; c'était aussi le paradis de paix , où ne pouvaient atteindre les flèches empoisonnées de l'envie , et où un mortel jouissait , <'n quelque sorte , des prérogatives de la divinité. Cette image du pouvoir absolu avec tous ses attraits, s'offrait chaque jour avec plus de force àGodounoff; elle agitait de plus en plus son cœur, et il finit par n'avoir plus d'autre idée. L'Annaliste raconte à ce sujet, un fait très-intéressant, quoique fort douteux (124). « Boris, malgré l'esprit supé- )' rieur dont il était doué , croyait aux devins ; )> il en rassembla plusieurs au milieu de la 5> nuit , et leur demanda son horoscope. Les » Devins ou les Astrologues , pour le flatter, « lui répondirent : c'est la couronne qui t'at-
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» tond... Mais ils se lurent loul-à-coiip comme » efTi'ayés tle ce qu'ils prévoyaient encore, » L'impatient Boris leur ordonna d'achever » leur prédiction , et il apprit qu'il né régne- » rait que sept ans; transporté de la joie » la plus vive, il embrassa les Devins , en j> s'écriant : ne fut-ce que sept jours , pourvu, » que je règne » ! Comme si Boris avait pu dévoiler aussi indiscrètement les senlimens de son ame à ces prétendus sages d'un siècle superstitieux! Au moins il ne se cachait plus à lui-même ; il savait ce qu'il voulait! 11 attendait la mort d'un Souverain sans postérité ; il disposai! de la volonté de la Tsarine; il avait rempli le Conseil , la Cour et les Tribunaux , de ses parens et de ses amis , et ne doutait pas du dévouement de l'illustre Hiérarque de l'Eglise; il comptait aussi sur l'éclat de son gouvernement , et inventait de nouvelles ruses pour s'emparer de l'amour ou de l'imagination du peuple. Boris, a])rès avoir ainsi tout préparé, ne s'effrayait point d'une circonstance sans exemple dans notre patrie , depuis Rurik jusqu'à Fédor: la vacance du trône par l'extinction de la race Souveraine. Il ne redou-
tait point le tumulte des passions clans le choix d'une nouvelle dynastie ; et fermement persuadé que le sceplre , tombé des mains du dernier prince du sang de Monomaque, serait remis à celui qui régnait déjà depuis longtemps et avec gloire , sans porter le litre de Souverain, cet ambitieux effréné ne voyait entre lui et le Trône, qu'un en fa ni sans défense ; et, comme un lion féroce , il dévorait
déjà des yeux sa proie La perte de Dmitri
était inévitable.
Pour commencer l'exécution de son horrible dessein , Boris pensa à faire déclarer bâtard le Tsarévitche , comme élant fils de la sixième ou septième femme d'Ivan (i25). Il défendit de prier pour lui et de prononcer son nom dans l'office divin ; mais il considéra ensuite que ce mariage, quoiijue réellement contraire aux lois , avait été confirmé ou toléré par l'autoi'ité ecclésiastique ; que celle-ci , en le rompant, ferait un aveu humiliant de sa faiblesse humaine : ce qui produirait un double scandale dans la chrétienté ; que d'ailleurs Dmilri n'en resterait pas moins Tsaré- Titche , dans l'opinion publique , et seul suc-
©fsscur de Fcilor. Godounolf recourut dont au moyeu le plus sur pour écarter un compétiteur. Il se préparait une excuse dans les bruits, répandus sans doute par ses amis , sur les inclinations perverses et cruelles de Dmitri , dans un âge encore teudre. On disait tout haut à Moscou (et par conséquent sans crainte d'olïenser le Tsar ni le Piègent ) , que cet enfant , qui n'avait encore c|ue six ou sept ans , était une image vivante de son père; qu'il aimait le sang et le spectacle des tortures ; qu'il prenait plaisir à voir tuer les animaux , et les tuait lui-même. On voulait, par ces mensonges, exciter la haine du peuple contre Dmitri. On en inventa un autre pour effrayer les Grands: on disait ([iie le Tsarévilche, jouant un jour sur la glace avec d'autres enfans, ordonna de faire avec de la neige vingt figures humaines, leur donna le nom des premiers hommes de l'Etat , et après les avoir fait placer en rang , commença à les sal)rer ; il trancha la tète au simulacre de Boris Godounolf; à d'autres, il coupa les mains et les pieds, en disant : « Yoilà le sort qui vous attend lorsque » je régnerai (126) ». Cependant d'autres dé-
mentaient celle absurde calomnie , (;t affirmaient que le jeune Tsarévitche montrait un cspril et des qualités dignes d'un iils de Souverain (127). On en parlait avec une compassion mêlée de crainte ; car on devinait les dangers que courait ce malheureux enfant , et l'on ne selrompa point sur le but de ces calomnies. Si Godounoff avait jamais eu à lutter contie sa conscience, elle élail déjà vaincue; ayant préparé la crédulité à apprendre sans frémir le crime qui allait se commettre , il tenait en mains le poison et le fer pour Dmitri , et ne cherchait plus que le meurtrier auquel il devait les remettre.
La confiance et la franchise peuvent-elles s'accorder avec un projet aiîssi odieux ? CependanlBorisavailbesoin d'aides; il s'ouvrit donc à ses proches ; mais l'un d'eux, le grand Maréchal Grégoire Godoiinoff , ayant répandu des larmes , arrachées par la pitié , Thumanité et la crainte de Dieu , on l'éloigna du Conseil. Tous les autres pensèrent que la mort de Dmitri était indispensable à la sécurité du Piègent et au bien de l'Etat. On commença par le poison, l.a gouvernante du Tsarévitche ,
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Vassi lissa, femme du boyard Voloklioff (128), <etson fils Joseph , s'clant lâchement vendus à Godounoff, lui servirent d'instrument. Mais, dit l'Annaliste , le poison n'agit point sur l'enfant (129). Peut-être la conscience arrêtait-elle encore les exécuteurs de ce projet digne de renfer ; peul-èlre une main tremblante ne versait-elle le^ poison qu'avec hésitation, et en diminuait la dose , au grand mécontentement de rimpatient Godounoff ([ui résolut de se servir d'exécuteurs plus hardis. Son choix tomba sur deux fonctionnaires, Zagriasky et Tcheptchougoff , qui étaient comblés des bienfaits du Régent ; mais tous les deux refusèrent la proposition qui leur fut faite. Prêts à verser leur sang pour Boris , ils frémissaient à l'idée d'un assassinat. Ils promirent seulement de se taire , et dès cet instant ils furent persécutés (i3o). Alors , le plus dévoué des complices de Boris, l'Okolnitcbeï Klechnin , menin du Tsar, présenta un homme sur , le diak Bitiagofsky , dont tous les traits annonçaient la férocité et répondaient de sa fidélité dans le crime. Godounolf lui donna de l'or à pleines mains, il lui en promit encore davantage et To3i£ X. 12
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l'assura de l'impiinilé. Il ordonna à ce monstre de se rendre à Ouglitchc pour s'y occuper des affaires de la province cl de la Maison de la veuve du Tsar ; de ne jamais perdre de vue sa victime, et de proiilcr du premier moment favorable. Biiiagofsky promit de se conformer à cet ordre et tint parole.
Avec lui arrivèrent à Ouglitche son fils Daniel et son neveu Katchalolf , qui , tous deux, avaient fenlière confiance de Godounolf. Le succès paraissait facile. Ils pouvaient être du matin au soir chez la Tsarine, ayant le soin de ses affaires domestiques et l'intendance de ses gens et de sa table ; la gouvernante du jeune Prince les aidant, avec son fils, de ses conseils et de ses actions : mais une tendre mère veillait sur Dmitri! Avertie peut-être par quelques amis secrets ou par son propre cœur, elle redoubla de soin pour son fils chéri. Elle ne le quitUvit ni le jour, ni la nuit; elle ne sortait de sa chambre que pour aller à féglise; préparait elle-même et seule sesalimens, et ne le confeait, ni à la perfide Yolokhoff, sa gouvernante, ni même à Irène sa nourrice dévouée. Il se passa un temps considérable après
lequel les assassins , ne voyant pas la possihilifé de commettre leur crime en secret , résolurent de Texécuter ouvertement , dans Tespoir que le puissant et artificieux GodounolT trouVeraîl, pour sauver son honneur, un nioye^i de déguiser ce forfait aux yeux d'esclaves muets ; car ils ne songeaient qu'aux hommes et non à Dieu ! Le jour affreux ar- Assassinat ,hi riva, qui devait éclairer cet atroce attentat, i^n^i'»jour non moins affreux par ses longues conséquences! Le 1 5 mai , un samedi , à la sixième heure du jour, la Tsarine revenait de Téglise avec son fils et se préparait à diner (i3i). Ses frères ne se trouvaient pas au Palais ; les domestiques étaient occupés à servir. Dans cet instant , la gouvernante Volokhoff appelle Dmitri pour le faire promener dans la cour ; la Tsarine qui voulait le suivre, malheureusement distraite de cette idée , s'arrête. La nourrice voulait retenir le Tsarévitche sans aucun motif dont elle put se rendre compte , mais la gouvernante l'entraine par force dans le vestibule et , de là, sur l'escalier où ils rencontrèrent Joseph Volokhoff, Daniel Bitiagofsky et Katchaloff. Le premier , en prenant
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Dmilrl par la main lui dil : « Sei^^mciir, vous » avez un nouveau collier ». L'eniant, en levant la [vie et avec le sourire de l'innocence , lui répond : « Non , c'est l'ancien ». Dans ce moment le fer assassin le frappe ; mais après avoir à peine effleuré la gorge du Prince , il tombe des mains de Volokhoff La nourrice jette des cris d'effroi , en serrant dans ses bras l'enfant Souverain. Yolokboff prend la fuite ; Mais Daniel , Bitiagofsky et Katcbaloff arrachent le Tsarévitclie à sa iiourrice, le poignardent et se précipitent au bas de l'escalier , au moment même où la Tsarine y arrivait, sortant du vestibule. Le jeune martyr, âgé de neuf ans, était étendu ensanglanté dans les bras de celle qui l'avait nourri , et qui avait voulu le défendre aux dépens de sa vie. // pulpiia'd cominc une colombe , et il exhala son dernier soupir sans entendre les lamentations de sa mère au désespoir, La nourrice montrait du doigt l'infâme gouvernante, troublée par le crime , et les assassins qui traversaient la cour. Personne ne se trouva là pour les arrêter; mais le vengeur céleste était présent. Un moment après la vilie entière offrit l'as-
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pect d'une agitai ion inexprimable. Le marguillier de la cathédrale, soit qu'il eut été, comme on le dit, témoin de l'assassinat, soit qu'il en eut été instruit par quelques serviteurs de la Tsarine , sonna le tocsin , et toutes ]es rues se remplirent de monde. Saisis d'étonnement et de frayeur, tous les habitans couraient vers l'endroit d'où partaient les sons de la cloche. On cherchait à apercevoir la fumée ou la flamme , croyant que le feu était au palais. On en brise la porte , et l'on voit le Tsarévitche étendu mort sur la terre ; auprès de lui étaient sa mère et sa nourrice sans connaissance ; mais les noms des assassins avaient déjà été prononcés par elles. Ces monstres , désignés à une juste punition par un juge invisible , n'eurent pas le temps de se cacher , ou ne l'osèrent pas, de peur de découvrir par là le crime qu'ils venaient de commettre. Dans le trouble et l'effroi que leur causèrent le tocsin, le bruit et l'effervescence du peuple , ils se réfugièrent dans l'Hôtel-de-Ville , et leur chef secret, Michel Bitiagofsky , courut au clocher pour arrêter le sonneur ; mais il ne put enfoncer la porte que celui-ci avait fer-
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niée. Il alla de là, sans crainte, au Heu on le crime s'clait commis, s'approcha du cadavre, et voulant calmer rexaspération du peuple par un mensonge concerté d'avance avec Klechnia ou avec Godounoff, il osa dire aux citoyens que l'enfant s'était tué lui-même avec un couteau, dans un accès d'épi le psie. « Meurtrier ! » s'écrièrent mille voix, et des pierres volèrent sur le scélérat. Il chercha un asile dans le palais avec un de ses complices, Daniel Tréliakoff; mais le peuple s'empara d'eux et les massacra, ainsi que le lils de Bitiagofsky, et Katchaloff , après avoir forcé la porte de l'Iiotel-de-Yille. Le troisième des assassins, Joseph Tolokhoff , se cacha dans la maison de Michel Bitiagofsky ; on le prit et on le mena dans l'église du Sauveur où se trouvait déjà le cercueil de Dmitri , et là on l'immola aux yeux de la Tsarine. On tua également les domestiques de Michel et trois bourgeois qui étaient convaincus ou soupçonnés d'intelligence avec les assassins, de même qu'une femme, prétendue inspirée , qui demeurait dans la maison de Bitiagofsky , et qui allait souvent au palais. On conserva la vie à la gouvernante pour avoir
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d'elle de plus amples informations ; car les scélérats avaient, à ce qu'on dit, avant de mourir (i32) , allégé leur conscience par un aveu sincère , et avaient nommé Boris Godounoif comme premier coupable de la mort de Dmitri. Il est probable que la gouvernante effrayée ne niait point cet infernal complot ; mais le juge de ce crime était le criminel luimême.
Après avoir assouvi sa vengeance, illégale quoique juste, le peuple pouvait être excusé par le sentiment qui l'avait conduit , mais il était coupable devant la loi. Il se calma toutefois, et attendit avec inquiétude des nouvelles de Moscou, où les commandans avaient envoyé un courrier avec le rapport exact du funeste événement , rapport où rien n'était dissimulé et qu'ils adressaient directement au Tsar. Mais Godounoff avait tout prévu; des officiers dévoués étaient placés sur la route d'Ouglitche ; ils arrêtaient tous les passans , les questionnaient, les visitaient. Ils retinrent le courrier et l'amenèrent à Boris. Les désirs de l'ambitieux étaient accomplis!.... Il ne s'agissait plus que de masquer la vérité par
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une imposture , sinon pour convaincre la nation , du moins pour la Torme el la bienséance. On s'empara des lettres qui arrivaient d'Ouglitche, et l'on en écrivit d'autres à la place. On y disait que le Tsarévitche s'était tué avec un couteau , dans un accès d'épilepsie , et que ce malheur élait arrivé par la négligence des ISagoï qui , voulant cacher leur faute , avaient impudemment accusé le diak Bitiagofsky et ses proches , de l'assassinat de Dmilri , ameuté le peuple et sacrifié les innocens. Godounoff se lîàta de se présenter à Fédor avec le rapport mensonger. Il montrait une aîïliction hypocrite ; il tremblait, levait les yeux au ciel , et en prononçant le terrible mot de la mort de Dmilri , il confondit ses larmes de crocodile avec les larmes sincères d'un bon et tendre frère. Le Tsar, d'après le témoignage de l'Annaliste, pleura amèrement, garda longtemps le silence et dit enfin : « Que la volonté de Dieu soit faite » ! Il crut tout ce qu'on lui dit. Mais la Russie exigeait quelque chose de plus. On feignit de mettre du zèle à la rechei^ che de toutes les circonstances de ce malheur ; et, sans perdre de temps, on envoya à Ou-
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«^lilchc deux dignilairos de l'Etat : el lesquels ? L'Okolnitclieï André Kleehnin , prineipal compliee de Boris ; on ne fut pas élonné de ee choix , mais on le fut de l'autre qui était tombé sur le boyard prince Basile Scliouisky , dont le frère aine, le prince André avait péri victime de Godounoif, et qui lui-même, ayant été en disgrâce pendant plusieurs années , avait attendu sa perte du Régent. Mais le rusé Boris s'était déjà réconcilié avec ce prince ambitieux , léger, spirituel et sans principes, de même qu'avec son frère cadet Dmitri , qu'il avait marié avec sa jeune belle-sœur, et qu'il avait élevé à la dignité de Boyard. Godounoff connaissait les hommes , et il ne se trompa point sur le compte du prince Basile , en même temps qu'un pareil choix semblait prouver de sa part une parfaite absence de crainte et de partialité. Le 19 mai au soir, le prince Schouisky, Kleehnin et le diak Vilousguin arrivèrent à Ouglitclie, ayant avec eux le métropolitain de Kroulitzi , et descendirent droit à l'église de la Transfiguration.
Le corps tout sanglant de Dmitri y était encore exposé , et sur lui se trouvait le fer de
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l'assassin. La mère inforliinéc, ses parens et tous les !)ons ciloyens l'arrosaient de leurs larmes. Schoiiisky , avec des témoignages de sensibilité , s'approche du cercueil , pour examiner le visage du défunt et sa blessure ; mais Klechnin, ayant aperçu cette figure sur laquelle était empreinte une douceur angélique, et voyant le sang et le fer , trembla de tous ses membres, resta comme pétrifié et, répandant des larmes, ne put proférer un seul mot ([33) : il avait encore de la conscience. La. blessure profonde de Dmitri , sa gorge qu'on voyait bien avoir été coupée par la main vigoureuse d'un scélérat et non par celle d'un enfant, prouvaient l'assassinat d'une manière irrécusable ; c'est pourquoi on se hâta de livrer à la terre les restes sacrés de l'innocence ; le Métropolitain les inhuma, et le prince Schouisky commença son interrogatoire , monument d'impostures, conservé par le temps, comme pour justifier les calamités qui, quelques années après, tombèrent sur la tète, déjà couronnée, de ce courtisan si criminel dans sa faiblesse. Après avoir assemblé le Clergé et les citoyens, il leur demanda: « Comment, par
» la négligence des Nagoï, Dmitri a-t-il pu se » tuer ?(iv^4)" Les moines, les prèlreSj les hommes et les femmes, les vieux et les jeunes, tous répondirent unanimement: « IjcTsarévilchc a » été tué par Michel Biliagofsky et ses cornpli- » CCS, et par V ordre de Boris GodowiofJ ( 1 35) ». Schouisky ne voulut pas en entendre davantage ; il les congédia, et résolut de continuer son interrogatoire non publiquement, mais en secret et en particulier, et de faire agir les menaces et les promesses. Il appelait qui il voulait et écrivait ce que bon lui semblait. Enlin, il composa, avec Klechnin et le diak Yilousguin, le rapport suivant au Tsar, fondé, à ce qu'il prétendait, sur les preuves qui lui avaient été fournies par les fonctionnaires de la ville, la gouvernante Yoloklioff , les enfans Boyards du Tsarévitclie, Irène, la nourrice de Dmitri, la femme de charge, Marie Samoïloff , les deux Nagoï , Grégoire et André , des sommeil lers de la Tsarine , ses domestiques , quelques citoyens et quelques moines. «< Mercredi, 12 mai, Dmitri tomba malade j) d'un accès d'épilepsie ; vendredi il se trouva » mieux , sortit avec la Tsarine pour aller i
» la Messe et se promena dans la conr; samedi, » également après la Messe , ii se promena » dans la cour avec sa gouvernante , sa nour- >> rice , la femme de charge , les jeunes enfans » Boyards; il commença à jouer avec eux , un » couteau à la main , et , dans un nouvel accès » d'épilepsie , il se perça la gorge. Il se débattit » long-temps à terre et enfin expira. Dmitri , » qui était depuis quelque temps atteint de » cetîe maladie , avait déjà anlérîeurement » blessé sa mère ; un autre jour, il avait rongé » la main de la fille d'xVndré Nagoï. La Tsa- >) ri ne , ayant appris le malheur arrivé à son » fils , accourut et commença à battre la gou- « vernante,en disant qu'il avait été assassiné » par Yolokhoff , Katchaloff et Daniel Bitia- « gofsky, dont pas un seul n'était présent. >> Mais la Tsarine et son frère Michel P^agoï, » qui était ivre , ordonnèrent de les massa- » crer, de même que le diakBitiagofsky, sans « qu'ils fussent coupables , uniquement parce » que cet homme dévoué ne satisfaisait point » à l'avarice des Nagoï et ne leur donnait pas » d'argent au-delà de l'ordonnance du Tsar. » Michel Nagoï ayant appris que des dignilai-
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ï» ros du Tsar allaient arriver à Oiiglilche , fit ^) apporter quelques arquebuses , quelques j> couteaux, uue massue en fer, les iil ensan- » glanler et déposer sur les corps de ceux (pii » avaient élé tués, comme des témoignages j> de leur prétendu crime ». Cette absurdité était confirmée par les signatures de Théodorite , archimandrite de Yoskresensk, de deux abbés, et du confesseur des iSagoï, qui Tapposèrent par crainte , et par faiblesse de caractère ; ce fut ainsi que le témoignage unanime de la vérité fut étouffé. On n'inscrivit les réponses de Michel Nagoï, que comme celles d'un véritable calomniateur qui s'opiniàtrait à dire que Dmitri avait péri par les mains des scélérats.
Schouisky , revenu à Moscou , présenta le 2 juin son interrogatoire au Monarque ; celuici le renvoya au Patriarche et aux Evéques, qui , réunis en Conseil avec les Boyards , ordonnèrent d'en faire la lecture au diak Basile Stclielkaloff. Après en avoir pris connaissance Gélasi, métropolitain de Kroutitzi, dit à Job: « Je déclare au Saint Concile , que le jour de » mon départ d'Ouglilche, la Tsarine douai-
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» rière, nie fit venir aiipt'ès d'elle, et me con- » jura de calmer la colère du Souverain , « contre ceux qui avaient massacré le diak » Bitiagofskyetsescompagnons; qu'elle voyait » elle-même que cette affaire était criminelle, » et qu'elle suppliait humblement le Monar- » que de ne point faire périr ses parens ». Le rusé Gélasi ayant probablement dénaturé les paroles de celte mère infortunée, présentai Job un nouveau papier de la part de l'intendant d'Ougîitche , qui disait : que Dmitri était effectivement mort dans un accès d'épilepsie et que Michel Nagoï, ivre , avait ordonné de massacrer des innocens. . . Et le Conseil ecclésiastique ( souvenir douloureux pour l'Église ! ) présenta à Fédor un rapport contenant ces mots: « Que la volonté du Tsar s'ac- » complisse , quant à nous, nous nous soni- » mes convaincus que la vie du Tsarévitche » s'est terminée par la volonté de Dieu ; que » Michel Nagoï est l'auteur de l'horrible mas- » sacre qui a eu lieu ; qu'il n'a agi que d'après » les inspiiationsde son inimitié personnelle; » au'il s'était concerté avec des méchants as- » trologues , André Motchaloff et d'autres ;
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» et que les citoyens d'Ouglitche , ainsi que ) lui , mériteraient le supplice pour Icurtra-
> ///Vowetleur crime. Mais celte alTaire est entièrement séculière et ne doit être jugée
> que par Dieu et le Souverain dans les mains ) duquel est le pouvoir de punir et de faire ) grâce. Quant à nous, nous ne pouvons
> qu'adresser nos prières au ciel pour la con-
> serval ion des jours du Tsar et de la Tsarine, ) et pour le bonheur et la tranquillité de la
> nation ». Fédor ordonna aux Boyards de juger celte affaire et de livrer au supplice les coupables On amena à Moscou les Nagoï, la nourrice de Dmilri , son mari et le prétendu astrologue iNIotchaloff. Ils étaient fortement enchaînés. On les interrogea de nouveau, on les tortura et principalement Michel Nagoï , sans pouvoir obtenir de lui le faux aveu du suicide de Dmitri (i3G). Enfin on exila tous les Nagoï dans des villes éloignées, et on les enferma dans des prisons. La Tsarine douairière, forcée de prendre, le voile, fut menée dans le sauvage couvent de Saint-Nicolas sur la Vlksa , près de Tchérépovetz. Les corps du scélérat Bitiagofsky et de ses complices , que le
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peuple d'Oiif^lilchc avait jelcs dans une fosse , en furent retirés , portés à l'église et enterrés avec de grands honneurs. Les citoyens de cette ville, déclarés meurtriers, furent suppliciés au nombre de deux cents ; d'autres eurent la langue coupée; plusieurs furent exilés et la plupart transportés en Sibérie pour peupler la ville de Pélim (iSy). La rigueur fut telle que l'ancienne et grande ville d'Ouglitche qui avait renfermé, si l'on ajoute foi à la tradition, cent cinquante églises et trente mille liabitans, devint à jamais déserte, pour servir de monument à la terrible colère de Boris , contre ceux qui avaient osé mettre son forfait au jour. Il ne resta que des ruines pour implorer la vengeance céleste.
Godounoff montrait la même audace à récompenser le crime qu'à punir la vertu. Il donna de riches domaines à l'inûime gouvernante Yoloklîoff , à la femme et aux filles de Bitiagofsky (i38) ; il comblait de présens les membres du Conseil et tous les grands dignitaires (iSg). Il les flattait et leur donnait de magni^ques repas. Le seul dont il ne put parvenir à calmer la conscience, fut Klechnin qui
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mourut moine quelques années après, dévoré (le remords. Cependant, au milieu du silence de la Cour et de TEgiise , on entendait le murmure du peuple qui n'avait été trompé, ni par Tinstruction de Taffaire suivie par Sehouisky , ni par le jugement des pères de FKglise, [li par lacondanination prononcée par les Boyards. Les espions de Boris entendaient parler à demi-voix de llioiTiblc assassinat , de son secret auteur (l^o) » <-" triste aveuglement du Tsar et de la vile bassesse des Grands et du Clergé; ils ne voyaient dans la foule que des figures sur lesquelles était peinte la tristesse. Boris était touraienît' de ces bruits, lorsque riiorrible désastre (jui vint ravager la Capitale, lui fournit le moyen de les faire cesser. La veille du jour de la Trinité , pendant Tab- ./"'-«'^^'^ J« sence du jMonar([ue , qui élait allé avec les Boyards au couvent de Saint-Serge, un incendie éclata dans la cour des Carrossiers. Dans quelques heures, les rues de l'Arbate , de la Nikitskaïa , de la Tverskaïa , de la Pétrofskaïa , toute la ville Blanche, les Slobodes des Streleiz (i/fi), les maisons, les boutiques, les églises furent réduites en cendres , et im grand Tome X. i3
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iivOîiibrc dliabllaiis puril dans les flammes. Le Kremlin et Kitaï, où demeurait la noblesse, furent épargnés; mais les eiloyens restèrent sans abri , et plusieurs sans ressourees. Les cris et les gémissemens se faisaient entendre au milieu de ces cendres fumantes, et le peuple courait en foule sur le chemin du couvent de Saint-Serge à la rencontre du Souverain, pour implorer.sv'.ç /«<6't/r.vet des secours. Mais Boris Jes empêcha de parvenir jusqu'au Monarque; il se montra au milieu d'euxavec l'air de l'amour et de la pitié, écouta toutes leurs réclamations , fit des promesses à tout le inonde , et les remplit. Il fit reconstruire des rues entières , distribua de l'argent et des dispenses d'impôts. Enfin , il fit preuve d'une telle générosité que les habitans de Moscou , consolés et élonnés de tant de bienfaits, commencèrent à louer sincèrement GodounolT, On ne sait si c'est le hasard qui lui procura cette occasion de conquérir l'amour du peuple , ou s'il fut l'auteur secret du désastre de la Capitale , comme le soutien l'Annaliste et comme le croyaient plusieurs de ses contemporains (i/j 2). Dans les actes officiels il esl dit:
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« Que des sccl('rat§ avaient mis le feu à Mos- » cou ». Mais Boris tourna ce soupçon contre ses ennemis. On s'empara des gens d'Athanase Nagoïet de ceux de ses frères; on les mit à la question et on répandit le bruit qu'ils avaient Conf< ssé ce crime. Pourtant on ne les exécuta pas, et raHaire, non éclaircie, est demeurée un sujet de doute pour la postérité.
Bientôt, conmie pour favoriser Godounoff, i„v.ision du un autre événement, en menaçant Moscou et l!,''']é\,,î^^p^!fr" toule la ]\ussie d'un grand -tlanger, vint y ^"J^'^io*«=""porter le trouble et distraire Tatlention du peuple de fborrible mort de Dmitri ; cetévéiiement fut l'irruption des barbares. Le khan Kazi-Ghiréï, tout en trompant Fédor, par de fausses assurances d'amitié, entretenait des rapports avec le Roi de Suède (i4^^)- H lui deir.andait de l'or et lui promettait de fcrire trembler Moscou par une invasion terrible, à laquelle il se préparait effectivement. Il obéissait aux ordres du Sultan, notre ennemi, et lui-même était mécontent de laPiussie. Son premier grief était que nous avions averti les Seigneurs Lithuaniens de son projet de marcher contre leur pays, et que nous leur avions-
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proposa* tie réunir nos forcos, pour porter la guerre dans la Tauride ; ce dont il avait probablement été instruit par le Roi Sigisrnond. Son second reproche était , que Fédor n'avait pas permis au tsarévitche Mourat de rejoindre le Khan qui était parvenu à obtenir de son neveu, l'oubli du passé , et qu'il voulait élever à la dignité de Kalga ou principal Seigneur de la horde Taurique. Mourat habitait Astrakhan , servant toujours la Puissie avec lidélité et tenant les ISogais en respect, lors([u'au grand regret de Fédor , il mourut de mort subite , empoisonné , comme on le suppose , par des scélérats envoyés de Crimée. Mais le Khan soutenait que c'étaient les Russes (jui avaient empoisonné Mourat; et il ht serment de le venger. Le troisième motif de l'armement de Kazi-Ghiréï contre la Russie , était que, dans l'opinion de ses Mourzas, tout bon Khan était ot^ligé , par un ancien usage , de voir, ne fut-ce qu'une fois, les bords de l'Oka, pour acquérir ime renommée jnililaire (i44}« La vérité est qu'ils voulaient faire un riche l)utin sur nous , et qu'ils ajoutaient loi à un ambassadeur Suédois qui se trouvait chez eux,
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ri qui leur disait que toute notre armée était, occupée à la guerre que le Tsar faisait à son maître. iSous entretenions toujours des amis et des espions en Crimée , non seulement pour connaître toutes les actions des Khans , mais même pour être instruits de leurs projets. A celle époque il s'y trouvait aussi des émissaires de Moscou ; par conséquent le Khan ne put dérober à notre connaissance, ses redoutables préparatifs; mais il sut nous tromper. Il persuada au vigilant Boris qu'il allait ravager Vilna et Cracovie, nomma une ambassade qui devait se rendre à Moscou , pour y conclure une alliance avec nous , et exigea que le Tsar, de son côté , envoyât auprès de lui un de ses premiers Dignitaires. Pendant ce temps le plus grand mouvement régnait parmi les hordes nomades ; tout ce qui pouvait porter les armes , jeunes et vieux , montait à cheval. Ils furent joints par des troupes des Nogais et par celles du Sultan qui vinrent d'Azof et de Bielgorod avec de l'artillerie (14.'^). Le printems, toujours dangereux pour la Pi ussie méridionale , allait arriver ; le Conseil du Tsar était sans inquiétude , il avait envoyé au com-
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niencoment du mois d'avril d'illustres Voïévodcs à noire arnîce postée sur les bords de rOka ; le j)rinee Mslislafsky, Nogalkolf, les Troubetskoy, Galilziii , Fédor Chvorostinin, à Serpoukolf , à Kalouga el en d'autres endroits. Au moisde mai nos patrouilles n'avaient pas encore rencontré un seul Tatare sur les bords du Donetz septentrional etdelaBorova. Elles ne virent que les traces d'un camp d'hiver et des tentes abandonnées. Mais le 26 juin, des courriers arrivèrent à Moscou avec la nouvelle que le Slepe se couvrait des hordes du Khan; que plus de cent cinquante mille guerriers de Crimée, marchaient sur Toula, laissant derrière eux toutes les forteresses , ne s'arrét.ant nulle part et ne se divisant pas pour piller. Godounoir eut à déployer toute sa présence d'esprit pour réparer sa faute. Au même instant, on expédia des ordres à tous les Voïévodes des villes frontières, en leur ordonnant de se rendre en toute hâte à Serpoukoff, pour s'y réunir avec le prince Mstislafsky, afin de rencontrer le Khan dans la plaine. Malheureusement notre principale armée se trouvait à Novgorod et à Pskoff , pour
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observer le Roi de Suède. Elle ne poiivnit arriver assez à temps pour assister à la bataille décisive ; on ne pensa plus à elle. On déclara Moscou en état de siège; on confia la garde du Palais, au prince Ivan Glinsky (146) ; celle du Kremlin, au boyard prince Dmiiri Schouisky ; ct'ihî de Kiiaï, à Galitzin ; celle de la Yille- Blanche, à Nogtef et à Tourenin. Le 27 juin Ton apprit la marche rapide de Tennemi vers la capitale ; on se persuada de l'impossibilité de réunir toutes les forces sur les bords de rOka avant l'arrivée du Khan , et on changea toutes les dispositions. On ordonna à Mstislafsky de se replier vers Moscou , aiin que devant ses murs sacrés, à la vue des temples et des palais du Kremlin , et à celle du Tsar et de la Tsarine, on put combattre les Infidèles au nom de lalAeligion et de la Patrie. Pour calnierle peuple, on répandit le bruit que c'était pour attirer l'ennemi dans nos lilets, que nous abandonnions les bords de l'Oka (147)5 et que nous voulions le détruire complètement en l'amenant au centre de la Piussie. En effet, celle retraite de Mstislafsky, ajoutait à ses troupes , quelques milliers des meilleurs sol-
(lais (le INÏoscou, la ^iwda noble du Souverain, ics Gtnlilshoiunu's vA les cnfans Boyards, oiilrc tous ics ciloycns qui avaient pris les armes; elle noirs donnait une grande supériorité de force et l'avantage de combattre sous des murs irnprenables et sous le feu de la grosse artillerie , terrible pour les Barbares. Il ne s'agissait qne de prendre des précautions , pour empéclier le Kban de porter le fer et la destruction au centre de la Capitale, comme l'avait fait Devlet-Ghiréï , en i jy i : à cet effet, on fortifia avec une rapidité étonnante le faubourg au-delà de la Moskva, par des murailles faites en boisetavec des meurtrières(i43). On transforma en forteresses les couvens de Daniloff , Novospask et Simonoff. On établit le camp de l'armée à deux verstes delà ville entre les roules de Kalouga et de Toula. On y construisit un fort en planches , monté sur des roues, et une église dédiée à Saint-Serge, dans laquelle on plaça fimagede U Vierge, la même qui avait accompagné le grand prince Dmitri, dans le combat qu'il avait livré sur le Don. Onciiantades prières eton fit des processions autour de Moscou, attendant avec impatience
INIstislafsky. Le 29 juin , ce Vou-vode avait quille Serpoukolt , après avoir laissé une faible garde sur FOka. 11 passa la nuit à Lopasnia, au milieu des lerlres, illustres monumens de réclatanle victoire remportée en 1572. C'était l(î même ennemi que l'on avait à combattre ; mais la Russie n'avait plus de Vorotinsky! Le i". juillet au soir les troupes se portèrent dans les prairies qui bordent la Moskva , devant Kolomenskoé* , et les Voïévodes se hâtèrent de se rendre auprès du Monarque , pour lui faire leur rapport et assister au Conseil. Ils revinrent le lendemain et firent entrer les troupes dans le camp qui avait été préparé, vis-à-vis le couvent de Danilefsk. Ce jour là même , le Tsar passa l'armée en revue, combla de paroles bienveillantes les Yoïévodes, et s'informa de leur santé ; il ne témoignait aucune inquiétude, et disait qu'il avait mis toute son espérance en Dieu et en ses bons Russes.
Le 3 juillet Fédor reçut la nouvelle que le Khan , après avoir passé l'Oka sous Techtoff, couchait à Lopasnia et marchait droit sur Moscou; que Tavant-garde de l'ennemi ayant
renconiré rintrrpide voïëvodc prince MacUinir Bachlciaroir, envoyé à Pakhra avec deux cent cinquante enfans Boyards, l'avait battu et poursuivi jusqu'au village de Bitz. Alors nos Iroupes se préparèrent au combat; cliaque régiment prit sa place, sans sortir des retrancliemens , et le soir ils furent joints par toute la garde du Tsar. Boris Godounoll parut enfin armé de pied en cap , sur son cheval de bataille, sous l'antique élendard desgrandsDucs. Celui qui était l'àme de FElat dans le Conseil, devait également animer les troupes dans un combat où il y allait du sort de TEmpire ; Fédor lui donna tous ses Nobles et ses Gardesdu-Corps , jusqu'alors inséparables de sa personne ; il s'enferma dans un appartement isolé , avec sa femme et son confesseur , pour y prier ; il ne craignait point le danger, parce qu'il regardait la peur comme un péché , et après avoir fait tout ce qu'il pouvait pour la défense de la patrie, il se livrait lui et son Empire, avec une tranquillité angélique, à la volonté du Tout-Puissant. Le Régent entouré de tous les Boyards, qui le suivaient comme le Monarque, fui reçu et salué par les
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VoÏL'Vodcs ; mais il ne j)rii pas le coinniandenient des mains du prince Mslislafsky, le plus illustre el le plus expérimenté des cheis ; il se contenta du second rang dansla grande armée, s'élant composé un Conseil militaire de six Dignitaires au nombre des([uels se trouvait aussi le célèbre banni , Bogdan Bclsky, guerrier décoré des insignes de l'honneur et de la gloire , et réconcilié avec la Cour elle Peuple par la puissante entremise de Godounolï(i49). L'armée passa la nu il sous les armes; Godounoff remploya tout entière à animer les soldais, traversant les rangs et excitant leur courage (i5o\ Il donnait et recevait de.s conseils , demandait qu'on eut confiance eo lui , et rinspirait en remplaçant par son génie ce qui lui manquait d'expérience. On savais"; que l'ennemi approchait , on entendait du J>ruit dans l'éloignement el le pas des chevaux; à la pointe du jour on aperçut les masses épaisses desïatares. Kazi-Ghiréï avançait avec précaution ; il s'arrêta devant le bourg de Kolemenskoïet la montagne Poklonnaïa. Ayant observé les lieux, il ordonna à ses Ts-^^révitches d'attaquer l'armée Russe. Jusqu'alors tout avait été
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Irnnqiiille, mais dès que rimioiu])ra])le cavalerie ennemie fut descendue de la hauteur dans la plaine, le feu partit à la foi de toutes les meurtrières du camp , des couvens et du Kremlin (i5i) ; descentaines d'hommes d'élite de tous les régimens avec des chefs choisis , les compagnies Lithuaniennes et Allemandes avec leurs capitaines , sortirent des retranchemens pour aller à la rencontre des Tatares. Les Yoïévodes, avec le principal corps d'armée , restèrent dans le fort de planches , attendant que le moment fut venu pour eux. Le combat s'engagea à la fois sur plusieurs points, parce que l'ennemi, écrasé par nos boulets, s'était dispersé et lançait des flèches ; dans la niclée , il se servait de sabre mieux que nous; mais nous avions l'avantage sur lui , en faisant habilement usage d'arquebuses portatives, nous tenant serrés et attaquant avec plus d'ensemble. La plaine sablonneuse se jonchait d'un plus grand nombre de morts Musulmans que Piusses, aux yeux du Khan et des Moscovites. Ceux-ci couvraient les murs, les tours et les clochers , les uns armés et les autres sans armes , tous remplis de curiosité et de terreur.
car il y aliall du sort do Moscou , dont le saint ou la perle dépendait du vainqueur. Le peuple , tantôt gardait le plus morne silence, tantôt jetait des cris, suivant des yeux tous les niouvemens de ce combat meurtrier. Spectacle toul-à-fait nouveau pour notre antique Capitale, qui avait vu ses murs escaladés, mais qui n'avait pas encore été témoin d'une bataille rangée dans ses plaines. On n'avait pas besoin de courriers j l'œil dirigeait le sentiment de relTroi ou de rcspérancc. Quelques-uns ne voulaient rien voir , et prosternés devant les saintes images, baignaient de leurs larmes le pavé des églises, où le cliant des prêtres était couvert par le bruit des armes à feu, et où l'odeur de l'encens se mêlait à la fumée de la poudre. Un fait presqu'incroyable , c'est que, dans ce moment solennel et décisif , lorsque les cœurs battaient avec force , même dans les viellards centenaires de Moscou , un seul bomme goûtait la paixd'u ne âme inébranlable ; celui dont le nom était invoqué par les Russes en même temps que celui de Dieu , dans le combat; celui pour lequel ils mouraient devant les murs de laCapitale , le ^lonarque lui-
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mi'me!.... Faligiu' par une longue prière, Fé- <lor reposait lran([iiilier.ient à Theure de midi (i52)! Il se leva , et, de son appartement, regarda le eombat avee indifférence ; derrière lui se trouvait le boyard Grégoire Godounoff (jiii ])ieurait : Fédor se tourna vers lui et apercevant ses larmes : « Sois tranquille , lai :» dit-il, demain le Khan ne sera plus ici ». Ce mot, dit TAnnaliste , devint une prophétie.
Le combat ne fut pas décisif; des deux côtés on réparait les pertes par de nouveaux combattans ; mais les forces principales n'étaient pas encore engagées ; Mstislafsky, Godounoff, avec les bannières du Tsar et la meilleure partie des troupes, n'avaient pas encore donné. Ils attendaient le Khan , qui , avec l'élite de son armée , avait occupé , vers le soir , le bourgde Vorobieff (i52) , et ne voulait pas descendre de la montagne, d'où son regard avide dévorait la Capitale , comme une proie pleine d'attraits pour lui , mais difficile à obtenir. Les airs retentissaient encore du bruit des canons de Moscou , et les Piusscs se batlirent vaillament dans la plaine, jusqu'à la nuil.
qui vint enfin apporter quelque repos à l'une cl à Taulre armée. Une multitude de Tatares périrent dans le combat; beaucoup furent blessés, au nombre desquels se trouvaient le Isarévilche Bacliti-Gliiréï et quelques Mourzas(i53). Plusieurs guerriers de distinction furent faits prisonniers. LeKlian et les princes de Crimée manquèrent de cœur, ils tinrent conseil, et, dans leurs conjectures sur les suites d'un nouveau combat décisif, ils trouvaient plus de raisons de s'épouvanter que de s'enhardir. Ils entendaient une canonnade vive et soutenue, et remarquaient un grand mouvement entre notre camp et Moscou. En effet, Goîlounoff, sans épargner la poudre , avait ordonné de continuer à tirer, même pendant la nuit , pour effrayer l'ennemi; et les citoyens , après le combat , s'étaient précipités en foule dans noire camp , pour féliciter les braves , reconnaître les vivans et déplorer la perte des morts. Les pnsonniers Russes, fidèles à la patrie même dans les chaînes, disaient, en répondant aux qucslionsdu Khan, qu'il était arrivé à Moscou des troupes fraîches de Novgorod et de Pskoff ; que la canon-
iiadc qu'il entendait clail en signe de réjouissance , le succès de nos armes n'étant pas doii(cux,et (ju'avant le jour, nous aUacjuerions les Talares avec toutes nos forces réunies. Le Khan , peut-èlrc , ne les croyait pas entièrement: mais déjà il voyait qu'il avait été trompé par le Roi de Suède , et que, la Russie, malgré sa guerre a^ec ce Prince , conservait encore assez de déiènseurs; il prit donc prudemment le parti de la fuite une heure avant le jour.
Après en avoir informé le Tsar, lesVoïévodes, au son de toutes les cloches de Moscou triomphante , se mirent avec toute l'armée à la poursuite du Khan , qui fuyait en laissant sur sa route, ses bagages et ses munitions, il entendait derrière lui le bruit des pas de notre cavalerie, et sans prendre un instant de repos, en vingt-quatre heures il parvint aux bords de rOka; au soleil levant, il aperçut l'avant-garde des Russes et se précipita dans la rivière, abandonnant après lui ses propres voitures: une grande partie des siens fut noyée dans ce passage dang(;reux; mais i! continua de fuir , sans s'en embarrasser.
Msllslaiskyol GodounolfcouchèrenlàBilzi, dc-ià , ils poiirsuivirt'iit reniicmi avec des détachoniens de cavalerie It'gx^re, ([u'i aileignirentson arrière-garde près de Toula; ils la battirent et firent prisonniers un millier de soldais et quelques Mourzas des plus distingués ; ils foulaient aux pieds et exterminaient les Tatares qu'ils trouvaient dans les Stèpes, et ils les chassèrent entièrement de nos possessions , où Kazi-Gliiréï n'eut pas le temps de commettre les ravages qu'il projettait. Il arriva le 2 août à Ijakschisaraï , en charrette, nu milieu de la nuit , avec un bras blessé et en écharpe ; quant aux Tatares de Crimée , il y en eut à peine le tiers qui revint, à pied, et mourant de faim. Cette invasion du Khan fut la plus désastreuse pour la Tauride et la moins lalale à la Russie, dont les villes, les villages et les habitans n'éprouvèrent aucun dommage.
Les principaux Yoïévodes n'allèrent pas plus loin que Serpoukhoff. Le Tsar , peut-être par le conseil de la sage Irène , leur avait écrit de poursuivre le Khan et de tâcher de détruire son armée dans les déserts ; mais Mstislafsky lui répondit qu'il ne pouvait l'atteindre; et,