Tome X. i
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connue iJ s\' lait nomme iowlseul dans sa rel.ilion , il roçul une réprimande sévère de Fédor, pour ne pas yayoir {"ail mention du grand nom de Boris auquel la Cour attribuait la victoire. Cependant on observa une parfaite égalité dans les récompenses Le lo juillet , arriva à Serpoukhoirrofiîcier lourieff , avec des paroles de grâce de son Souverain, et des dons pour les principaux chefs de l'armée. Il remit des médailles aux.YoYévodes; à Mstislafsky et à Godounoff , des pciiugalses , et à d'autres officiers de l'armée, des ducats de Hongrie. Le Monarque, ayant ordonné aux plus jeunes d'entr'eux de rester sur les ]>ords de l'Oka , invita tous les autres à se rendre à Moscou où les attendaient encore de nouvelles faveurs. Dès qu'ils furent arrivés, Fédor revêtit Boris, a})rès s'en être dépouillé lui-même , d'une pelisse Russe avec des boutons d'or de 1.» valeur de mille roubles ( cinq mille roubles d'argent actuel) et lui remit également une chaîne d'or ([u'il portait ordinairement ; il lui donna encore le vase d'or de iNLunaï, célèbre butin de la bataille de Koulikolf , et la possession des trois villes du district de Yaga ; iJ joi-
gnlt àces dons , le lilrc de Seniteur qui était Nnnvfie plus important alors que celui de Boyard, et u'ml.'^ qui, pendant l'espace d'un siècle , n'avait été accordé qu'à trois grandsDignitaires, au prince Siniéon Rapololsky, dont le père avait sauvé le jeune Ivan III de la fureur de Schemiaka ; au prince Ivan Yorolinsky, pour la victoire de Vedroclia , et à son fils, rininiorlel prince INIichel , pour avoir vaincu les Tsarévitches de Crimée sur le Don et pour la prise de Kazan. Fédor donna également au prince Mslisiafsky, une pelisse avec des boutons d'or qu'il ôla aussi de dessus ses épaules, pour l'en revêtir , un bocal d'or et le bourg de Kacbin , avec son district. Aux autres Voïévodes, Chefs et enfans Boyards, ils donna des pelisses , des vases, des domaines ou de l'argent, des damas, des velours, des satins , des zibelines, et des martres ; aux Streletz et aux Cosaques, des taffetas , des draps et de l'argent ; en un mot , il ne resta pas un guerrier qui ne fut récompensé. Ce fut un festin continuel dans le Palais , beaucoup plus en l'honneur de Godounoit, qu'en celui du Souverain ; car Fédor ordonnad'annoncer solennellement en Russie
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et dans les pays étrangers, que le Tout-Puissant ne lui avait accordé la victoire que par la valeur et les talens de Boris. Ce favori de la gloire et du Prince, brilla donc de tout Téclat que donnent les exploits militaires , aux yeux d'un peuple guerrier ([ue tant de dangers et d'ennemis menaçaient encore. A la place où l'armée avait été retranchée , près de Moscou, on fonda une église en pierre , dédiée à la Convcnt de Vierge , et un couvent nommé Donskoï, du nom de la Sainte image qui avait cte portée par Dmitri au camp de Koulikoff, et par Godounoiï à la bataille de Moscou. Pour préserver désormais la capitale , d'une nouvelle invasion des Barbares , on entoura tous ses faubourgs de murailles en bois , surmontées de tours élevées.
Mais le triomphe de Boris , les festins de la Cour et de l'Armée , les grâces et les dons du Tsar , se terminèrent par des tortures et des Calomnie suppliccs. Ou rapporta au Kégent qu'il avait geuiitsaven- couru dcs bruils déshonnorans pour lui dans ** les villes de province et surtout à Alexin. Ces bruits répandus par ses ennemis, étaient au moins absurdes. On disait, que c'élait lui qui
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avait al lire le Klian aux portes de ^Nïoseoii, afin de faire une sorte de diversion à la douleur prolonde qu'avait éprouvée la Russie, depuis le cruel assassinat de Dmitri. ]^e peuple seul , écoutait et répétait cette calomnie. Godounolf, s'il avait été généreux- et innocent, aurait dii mépriser cette ridicule accusation, qui se serait dissipée d'elle-même, mais comme il n'avait pas la conscience pure , il s'enflanmia de colère à ces récits. Il expédia des olficiers dans différens endroits , et leur ordonna d'interroger et de torturer des malheureux qui , dans leursimplicité, servaient d'échos à la calomnie et qui , au milieu de la terreur et des tourmens, accusaient des innocens. Plusieurs périrent dans les tortures ou en prison ; d'autres furent exécutés ; quelques-uns eurent la langue coupée , et beaucoup de lieux peuplés, (d'après ce que dit l'Annaliste), devinrent déserts en Ukraine ; nouvelles ruines ajoutées à celles d'Ouglitche.
Cette cruauté, digne du temps d'Ivan, parut indispensable à Godounoff pour sa sécurité et son honneur. Il voulait que personne n'osât ni parler, ni rien penser contre lui ; ce n'était
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([u'à celle condition (ju'il clait permis de vivre tranquille et heureux sous le règne de Fédor. pioive <M Co- lerrible pour ses seuls ennemis , Godounoil, dans tout ce qui ne touchait pas à son autorité, voulait paraître clément. Si quelqu'un avait mérité un châtiment , mais pouvait s'en excuser sur la faiblesse naturelle à l'humanité, il était pardonné , et on disait dans la lettre de grâce. « Le ïsar pardonne par égard pour Tin- » lercession de son grand Boyard et Seniteur ». Boris alla jusqu'à proposer à des traîtres , à IMicliel Golovin lui-même, qui vivait en Liihuanie (i5j), de revenir dans leur patrie, ajoutant à cette permission la promesse d'un rang plus distingué et de plus riches domaines, comme s'il eut voulu récompenser leur inlame trahison. A l'égard de ceux qui étaient condamnés à mort, on se servait dans leur jugement des expressions suivantes: « C'est y> ainsi que l'ont ordonné les boyards princes » Mstislafsky et ses collègues » ; et Godounoff n'éUiit point nommé. Excepté l'autorité suprême qu'il gardait pour lui seul et sans partage , il ne refusait rien à ses amis , à ses llatteurs , et à ceux qui s'étaient dévoués à lui.
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Aussi en angmciilail-il Ions les jours le nombre ; el plus il méritait de reproches , })lns il recherchait la louanj^e et voulait l'entendre de tous coîés , fut-elle fausse ou vraie. Il la Irouvait également dans les livres (i56) que composaient les Ecrivains ecclésiastiquesel laïques du temps ; en im mot, par l'adresse et la force, la terreur et les bienfaits , il produisit autour de lui, comme un bruit de gloire qui, s'il n'éloulfait pas tout-à-fait le cri de sa conscience, faisait taire au moins la voix de la vérité chez le peuple.
Mais Godounoff avait beau sacrifier, aune seule pensée , et le ciel et le véritable bonheur de riiomme sur la terre , cette tranquillité de l'àme, ces jouissances intérieures de la vertu , celle gloire légitime de bienfaiteur de félat et celle d'un nom sans tache dans l'histoire; il n'en fut pas moins au moment de perdre le fruit tant désiré de ses intrigues , par une circonstance naturelle , mais inattendue. Toutà-cowp, depuis le palais du Kremlin jusqu'aux contrées les plus reculées de l'Empire , se répand un bruit cpii , à l'exception de Boris , remplit tous les cœurs d'une heureuse espé-
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rance ; cVlait la nouvelle delà grossesse d'Irène. Jamais la Russie, au rapport de l'Annaliste , ne témoigna une plus grande joie; il semblait que le Ciel , irrité des crimes de Godounoff, mais touché des larmes secrètes des véritables patriotes , voulait se réconcilier avec ce grand peuple , et faire sortir des cendres du tombeau de Dmitri , une nouvelle tige de l'arbre royal dont les rameaux devaient ombrager les siècles futurs de la Russie. Il est facile de se faire une idée des sentimens d'une nation dévouée à la dynastie souveraine de Saint-Yladimir; mais il est plus difticile de se rendre compte de ceux qu'éprouva Godounoff à cette nouvelle inattendue. Le plus affreux des assassinats devenait inutile à son auteur. Il était dévoré de remords, et l'espérance l'abandonnait pour toujours ou du moins jusqu'à l'accomplissement d'un nouveau crime , dont l'idée était terrible , même pour un scélérat ! Godounoff fut obligé de souffrir la joie générale , de paraître y prendre part , de tromper la Cour et sa sœur. Après quelques mois d'attente, Irène
^^aissance et j. i x
Tnondeiitsa- accoucha d'une fille , ce qui soulagea le cœur
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de Godounoff; mais les parens en furent sa-
tibfaits , quelque désir qu'ils eussent d'avoir un successeur au Irone. La stérililé n'était plus à craindre , et leur tendresse pouvait être couronnée d'un nouveau fruit ([ui aurait répondu au désir général. Non seulement la tendre mère, mais même le tran([uille et froid Fédor remercia avec transport le Tout- Puissant de lui avoir donné une tille chérie (iSy), qui fut baptisée sous le nom de Tliéodosie , le 14 juin , dans le couvent de TchoudoO '; il pardonna à tous les disgraciés, même aux criminels qui avaient été condamnés à mort ; il ordonna d'ouvrir les prisons , fit de riclies présens aux couvens , et envoya une quantité d'argent au clergé de la Palestine. Le peuple se réjouissait également, mais les hommes soupçonneux, croyant lire au fond de l'àmede Boris, se communiquaient secrètement un doute: Godounoff n'avait-il paspu changer l 'enfant , dans le cas où Irène aurait mis au monde un fils , et lui substituer par supercherie Théodosie qu'il aurait prise à quelque pauvre accouchée (i58)? Nous verrons plus loin les suites de cette idée, quoitjuc peu vraisemblable. D'un autre coté, les eu-
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rif iix se demandaient « si Théodosie , venant » à rravoir point de frère, succéderait au trône, » et si un cas, sans exemple jusqu'alors , ne » pourrait pas servir de règle pour l'avenir ? » Jamais en Russie une femme n'avait hérité » de la Couronne ; mais ne valait-il pas mieux 5) établir une nouvelle loi que de laisser le trône ï) vacant?» Ces questions délicates troublaient peut-être aussi Godounoff ; elles furent décidées, pour satranquiiiité, par la mort de Théodosie qui arriva l'année suivante. Malgré toutes les consolationsde la religion, Fédor ne put de long-temps tarir ses larmes; toute la capitale pleurait avec lui à l'enterrement de la jeune Tsarine dans le couvent des religieuses, nommé Yosnesensk , et partageait le chagrin d'une tendre mère qui, frappée de ce coup, renonça à toute espèce de bonheur sur la terre. Gçdounoff, renfermant dans son ame une joie féroce , feignit habilement le désespoir (car il est plus facile de témoigner une fausse affliction qu'une fausse joie); mais cet liomme ambitieux et cruel fut de nouveau en butle au soupçon : on crut qu'ayant causé la mort d'Eudoxio, il était également Tauteur de celle
(le Théodosie (i5n); Dieu seul connaissait la
I vérité , mais celui qui sV'lail couverl du sangsacré de Dm il ri , avait perdu le droit de se plaindre de la médisance et de la loi (ju'ou y i accordait. Tout lui servait de juste punition , jusqu'à la calonniie la plus invraiscmbl ible.
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