‹ Histoire de l'empire de Russie (volume 5)Chapitre 10 sur 20 · Tome VIIL · texte numérisé non relu

Tome VIIL

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quelquefois arrêter un ambitieux en lui otant le pre'texte d'une vengeance légitime : car il n'est pgs si facile qu'on le pense de fouler aux pieds lès principes de la morale , et le machiayélisme le plus subtil, le plus audacieux^ est obligé de se couvrir d'un masque. Le tzaricn commençant la guerre contre la Livonie , pouvait y être poussé par une secrète ambition , innée ou développée par ses succès brillans ; mais il lui était possible de démontrer à tout le monde la bonté de sa cause , ainsi qu'il en était réellement persuadé lui-même. Il devait cet avantage aux faux calculs des chefs livoniens ; car , connaissant les forces de la Russie ^ il y avait folie a compter sur la possibilité d'arrêter ses projets par la ruse , par des ambassades , des paroles flatteuses et de séduisantes promesses. En effet > ils attirèrent sur eux d'eflfroyables malheurs, qui durèrent vingt-cinq années , après lesquelles l'Ordre, entouré de ruines et de tombeaux, tomba comme un arbre que ses rameaux desséchés ont livré aux coups de la tempête.

L'Ordre ayant été informé des armemens de la Russie , le grand-maitre Fiirstenberg et Tévêque de Dorpat firent demander au tzar , pour leurs ambassadeurs, un sauf conduit qui leur fut accordé. Mais les courriers allemands observaient dans

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leurs voyages les terribles préparatifs que Yoa £iisait de tous côtés : de nombreux convois filaient vers la Livonie^ partout on élevait des ponts , on disposait des camps , des relais et des étapes sur les routes : vers la fin de l'automne dé 1557, déjà quarante mille hommes se trou* vaient rassemblés sur les frontières sous les ordres de Schig- Alei , des boyards Glinsky ^ Daniel^ Jean Tchérémétief , les princes Serebrianoï^ André Kourhsky et autres chefs distingués. Cette armée était composée , outre les Russes, de Tatars , de Tchérémîsses , de Mordviens et de Tcherkesses de Piatîgor. Tout était préparé pour le départ ; mais le tzar attendait les ambassa« deurs livoniens qui se présentèrent avec de riches présens et des paroles très-éloquentes. Jean ne voulut ni accepter les uns ni écouter lés autres. Alexis Adachef et le secrétaire Mikhaïlof leur montrèrent le traité, exigèrent le tribut, et enfin il fut convenu qu'au lieu de capitation , Dorpat nous paierait chaque .année mille ducats de Hongrie et que la Livonie rembourserait quarante cinq mille écus pour les frais de la guerre. On rédigea un traité qu'il ne. s'agissait plus que d'exécuter, lorsque les ambassadeurs déclarèrent qu'ils, n'avaient point apporté d'argent. Alors , le souverain les ayant invités k

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i558. dîner au palais , ne fît placer devant eux qœ

des plats vides ; ils se levèrent de table à jeun ^

et s'en retournèrent sans avoir rien terminé ,

tandis que notre armée , qui les suivait , malgré

Commen- le f^oid et les neiges^ pénétra le 22 janvier en

cément de^* • % r m. i a ^l • t

ja guerre Livouie , le 1er et la flamme a la mam. LjCs me-

contre la ■ j t •*.'*.' j. •ui i '

Lironie. naces de Jean avaient ete terribles ^ les préparatifs qu'il faisait étaient bien connus ; cependant les chefs livoniens , comme frappés dé yertige ^ étaient alors occupés de fêtes et célébraient le mariage d'un magistrat de ReveL Tout le pays se trouva entièremezkt à la disposition des Russes^ qui n'inquiétèrent pas les Allemands retirés dans les villes fortifiées. Sur un espace de deux cents verstes > la Livonie méridionale fut dévastée par les princes Barbachin , Repnin y Daniel Adachef. Us livrèrent aux flammes les faubourgs de Neiihaus, Kiremne, Marienbourg, Kourslaf, Ouitzen , et se réunirent sous les murs de Dorpat avec les principaux voïévodes, qui , s'étant emparés d' Altenbourg ^ mirent tout à feu et à sang dans leur marche. Cinq cents Allemands , infanterie et cavalerie , s'étant hasardés à faire une sortie de Dorpat , furent complètement défaits. Après être restés trois îfyurs devant cette importante forteresse , nos généraux se portent sur le golfe de Finlande et Ik rivière d'Aa ; ils

DE Rtrssiï. 5ôg

battent encore les Allemands près de Veîssenberg , brûlent les faubourgs de Falkenau , Rongot, Lais, Pirkel, s'avancent jusqu'à cinquante verstes de Riga , à trente de Revel, et s'en retournent vers la fin de février à Ivangorod avec le plus riche butin et une multitude de prisonniers, ayant tué, en outre, un grand nombre de Livôniens. Les historiens allemands parlent avec effroi de la férocité des Russes , se plaignant surtout d'une troupe désignée sous le nom de chas' seurs , et composée de Novgorodiens , de Pskoviens , qui , trouvant la Lïvonie sans défense , détruisaient tous les lieux habités, et surpassaient en cruauté les Tatars et Tcherkesses employés dans l'armée. Les Russes , dont le but n'était pas de soumettre , mais seulement de dévaster le pays , croyaient remplir leurs devoirs en faisant le plus de mal possible ; et le prince Michel Glinsky était tellement avide de gain qu'il ne se fit aucun scrupule de piller tnême le territoire dePskof, s'imaginant que les liens de parenté qui l'unissaient au tzar , et la faveur dont il jouissait, lui donnaient le droit de tout entre- ^ prendre. Toutefois il se trompa ; car Jean témoigna sa bienveillance à tous les autres yoïévodes, et ordonna, dans son juste courroux:, de lui faire restituer tout ce qu'il s'était illé-

^IQ HISTOIRE

gitimeinent approprié dans le cours de la cain-< pagne.

Après avoir accompli leur terrible mission , les voïévodes moscovites e'crivirent au grand- ^laltre , pour lui dire que les Allemands ne devaient s'en prendre qu'à eux-mêmes de tant de malheurs -, punition méritée par l'audace avec laquelle ils osaient se jouer de la sainteté des sermens et de la foi des traités; que s'ils voulaient s'amender ^ ils pourraient encore , par leur humilité et leur repentir, apaiser le courroux de Jean , et que le tzar Schig- Alei , ainsi que les boyards , étaient prêts à intercéder en leur faveur, émus de compassion pour un malheureux pays arrosé de sang humain. La Livopie était, en effet, dans une déplorable situation. Les infortunés agriculteurs échappés au glaive ou à l'esclavage, me pouvant trouver un refuge dans les villes, mouraient d'épuisement ou de froid au milieu des forêts^ dans les cimetières ; et sur tous les points , les lamentations du peuple appelaient la paix ou des défenseurs. Cependant les che& de l'Ordre, rassembla à Venden , délibéraient sur les mesures à pren-? dre pour sauver le pays, tantôt faisant pafrade des hauts faits de leurs aïeux ^ un instant après^ remplis de terreur à l'idée de la puissance di^

' DE RUSSIE. 5lX

taar ; Us se. décidèrent enfin à envoyer une nou- '551. yelle ambassade à Moscou. Schig-Alei^ que quel* ques historiens de Livonie représentent comme un prince cruel et sanguinaire , tandis que d^autres lui attribuent beaucoup de sagesse et de douceur , prit sur lui de décider le tzar à accorder la paix, agissant, sans doute, en cette circonstance, d'après les ordres qu'il avait reçus. Mais il était écrit que l'Ordre deviendrait victime de la coupable imprudence de ses chefs , et qu'en déployant sa puissance pour déchirer la Livonie, le tzar paraîtrait encore avoir de son côté le bon droit et la Justice r

En attendant l'arrivée des ambassadeurs , Jean

donna à ses voïévodes l'ordre de faire cesser les

hostilités jusqu'au 24. avril. Le temps du grand

carême étant arrivé, les Russes faisaient tran-^

quillement leurs actes de dévotion à Ivahgorod ,

seulement séparée de Narva par la rivière ; mais

les Allemands, depuis peu disciples de Luther,

affectant un profond mépris pour les réglen:^en^

de l'ancienne croyance^ iie considéraient pas

comme un péché de s'adonner alors aux plaisirs

dé la table, et bientôt échauffés par le vin , ils se

mirent à tirer sur Ivangorodt Les voïévodes

Kourakin et Boutourlin, qui s'y trouvaient, en

ayant fait le rapport au tzar, il les -autorisa à se

3ia HISTOIKE

défendre , et fit partir d'Izborsk , le prince Temkin pour porter la guerre sur les frontières les plus voisines de la Lîvonie, afin de punir les Allemands de leur perfidie. Temkin, après avoir' brûlé les villages dans les environs de Valk , battu \in corps ennemi et s'être emparé de quatre pièces de canon ^ retourna sur ses pas. Cependant la grande armée ne s'était point encore mise ea mouvement : les troupes de Narva ne cessaient de faire pleuvoir des boulets sur Ivangorod , dont ils tuaient les habitans^ faisant dire par ironie aux généraux russes que ce n'était pas eux qui tiraient ^ mais le bailli de l'Ordre, et qu'ils ne pouvaient l'en empêcher. Alors nos voïévodes commencèrent eux-mêmes à faire un feu terrible contre la ville : les pièces chargées à boulets rouges ou à mitraille y portèrent , pendant une semaine entière , le ravage et Is^ destruction ; les maiisons , devenues la proie des flammes, s'écroulaient avec fracas, et les habitans ne pouvaient échapper à la mort. La terreur s'emparabientôt des Allemands , qui oublièrent leur fierté et demandèrent grâce. Le bourgmestre , les conseillers , s'étant rendus au camp des Russes, déclarèrent aux généraux qu'ils ne s'opposeraient plus h la volonté de Jean , et les supplièrent de faire cesser le feu : ayant 4onné des otages , ils envoyèrent à Moscou Joa-

DE HUSSI£. 5i3

chim Kroumenhauaen et Arndt Von-Deden.

Lorsque ces députes se présentèrent au palais du.KreniIin, Tokolnik Adachef et le secrétaire Micbaïlof^ envoyés vers eux de la pa^t du tzar^ leur demandèrent ce ({u'ils voulaient. Càii'^ server notre ancienne position ei nos lois j répondit le sage Kroumenhausen ; rester pille Livonienne: mais , du reste ^ nous corifbpner en tous autres points à ce que votre gracieux tzar exigera de nous. « Nou§ n^ oserions ja^ w maisj répondit Adachef ^ rapporter vos con^ » ditions au tzar. Vous avez àudacieusement » enfreint Icf traité en tirant contre les Russes , M et lorsque Vous voyez votre ruine certaine , »^vous assiirez que vous êtes prêts à. faire tout » ce qui plaira au tzar. Eh bien! il exige que » vous envoyiez, sans différer, le bailli de l'Or- » dre , Schnellenberg , à Moscou , et *que vous » nous remettiez la ville j de son côté , il promet » de vous laisser dans vos habitations ^ de n'in- » quiéter personne j de respecter les propriétés , » sans apporter aucun changement à vos anciens » . usages ; de contribuer au bien général et de vous » accorder la liberté du commerce ; en un mot, de M gouverner Narva de la même manière que Ton t >) gouvernée les chefs de«rOrdre. Il en sera ainsi, » ou bien vous n'aurez pas la paix'. ;> Les députés j^

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i558. pénétres <Je douleur, prêtèrjent serment en leur nom et pour leurs cpueitoyens ; ils furent ensuite présentés à Jean j, qui leur fit délivrer un diplôme de réunion à l'empire^ et donna des ordres pour faire annoncer cet événement aux autorités de Narva : • on écrivit en même temps aux voïévodes russes de défendre cette ville , nouvelle propriété de leur souverain , contre les attaques du grand-mai tre. ' Mais les choses avaient changé de face à Narva ? ses frivoles habitans, instruits que le grand-maitre leur envoyait un renfort de mille hommes , sous les ordr.es du commandeur de Revel , reprirent courage , et revenus de leur effroi ,'ils firent dire à nos voïévodes que leurs députés n'avaient pas le pouvoir de livrer leur patrie au souverain mos^ covite. Le commandeur voulant user de surprise, tenta d'enlever un poste russe sur la rive opposée de la Narova , mais son attaque n'eut aucun succès , et il prit la fuite aux premiers coups qui furent tirés. On apprit presque à la fois à Mosfcou cette nouvelle perfidie, et un événement aussi heureux qu'inattendu , c'est-à-dire la prise de Narva par nos troupes.

Prise de Ce succès de nos armes est , dit-on , célèbre par un miracle. On raconte que des Allemands , pris de vin, ayant découvert une image de la Sainte-Vierge dans une maison qu'avaient babi-

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tee des marchands pskoviens , la jetèrent au feu, ce qui occasiona ua incendie accompagné d'une horrible tempête. Les Russes postés de Tautre u mai. côté de la rivière , remarquant la confusion générale qui régnait dans la ville , s'y précipitent , malgré les ordres contraires de leurs voïévodes , }es uns en bateaux, d'autres sur dès solives ou des planches , et , parvenus ainsi sur la rive opposée y ils marchent d'un élan spontané contre la ville : alors les voïévodes ne pouvant plus rester spectateurs paisibles de cette attaque inopinée , y conduisent eux-mêmes le reste de l'armée. L'affaire fut décidée en quelques minutes. Les chefs Strélitz avec les boyards Alexis Basmanof et l'intrépide Daniel Adachef , frère du favori du tzar, forcèrent la porte dite de Russie y et Jean Boutourlin pénétra . par celle de Revel ; les Allemands , saisis d'épouvante , furent égorgés au milieu des tourbillons de . flamme et de fumée , ou chassés jusqu'au château fortifié qui comprenait la partie la plus élevée de la ville : on ne leur âonna pas le temps de se reconnaître , car les murailles du fort ayant été foudroyées par l'artillerie dont on venait de se rendre maître , jointe, à celle du tzar , on prépara de suite des échelles pour monter à l'assaut. Cependant Ketler et Segenhafen , commandeurs

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de Feliing et de Revcl, à la tête d'un corps considérable composé de caTalerîe, d'infanterie et d'artillerie ] n'étaient qu'à trois milles de la ville : ils apercevaient la lueur de l'incendie , ils entendaient le bruit de tartillerie, mais lïs ne firent aucun mouvement^ persuadés que la forteresse, avec ses murailles en pierres et ses portes de fer, était en état de résister, sans leur secours, à tous les effort de l'ennemi. Néanmoins le château capitula vers la fîn du jour, sôus la condition que le bailli Schnellenberg et les soldats allemands seraient libres de se retirer , ainsi que ceux des babitans qui voudraient quitter la ville : il n'y eut que Quelques familles de distinction qui l'abandonuèrent, laissant leurs propriétés à la merci des . Russes; les autres se contentèrent de renvoyer leurs femmes et leurs enfans, et prêtèrent , ainsi que le peuple , serment de fidélité au tzar. La prise de Narva livra en notre pouvoir deux cent trente pièces de canon avec de grandes richesses , et Içs soldats , occupés à éteindre l'incendie , sauvèrent , avec autant de zèle que de désintéressement , les biens de ceux des citoyens devenus nos sujets. Cette importante conquête , qui procurait à la Russie un port de commerce considérable , causa une si grande satisfaction à Jean, que pour la célébrer il ordonna des réjouissances so-

lennelles à Moscou et dans toute l'étendue de la Russie; il récompensa généreusement. les yoïér Vodes et les guerriers > et confirma le diplôme délivré à Kroumenhausen et Voa-Deden , malgré le changement des circonstances ; il fit aussi mettre en liberté tous l^s prisonniers de Narva , et annoncer que Ton ferait rentrer dans leurs ÏÀens , les habitans qui consentiraient à rentrer dans la ville. U fiit enjoint a l'archevêque de Novgorod d'y envoyer , sans délai , l'archiman-' drite de Yourief et l'archiprêtre de Sainte-Sophie^ afin de consacrer cette place ^ au nom de Jésu&- Christ y par des processions et des prières ; de la purger des religions Jatine et luthérienne ^ de fonder un temple dans le château ^ un autre dans là ville, et de placer dans celui-ci l'image de la Sainte-Vierge , cause de l'incendie de Narva , que Ton avait trouvée parfaitement conservée au milieu des cendres.

Cependant Théodore , firère du grand-maitre Fûrstenberg , et plusieurs autres dignitaires livonigtis , arrivèrent dans le même temps à Moscou en qualité d'ambassadeurs. Au lîeu de tribut ils apportaient au tzar Thumble prière de, vouloir Wen en affranchir leur pays dévasté, w Toutes M les contrées cle Dorpat, disaient-ils à nos » boyards, gémissent accablées par les maux

5i8 I rtisToiRÉ

» qu'elle^ ont supportés , et seront long-teitijK^ yf sans voir de jours heureux. De qui pourrait-on » aujourd'hui exiger un tribut? vous l'avez déjà » prélevé les armes à la main, et vous nous }) avez enlevé pour des valeurs dix fois plus con- )) sidérables encore. Mais aussitôt que nous au- » rons réparé nos pertes , nous paierons ce qui » est convenu par le traité. » Le tzar leur fit répondre par Adachef : « Pourrais- je , après tout » ce qui est arrivé , ajouter foi à vos promesses? » Quel est celui qui se fie aux perfides ? Il ne me w reste plus qu'à appuyer mon droit par la force » du glaive. Déjà j'ai conquis Narva et je veux » profiter de ma fortune. Toutefois^ comme je » suis ennemi de l'effusion du sang , je vais vous » proposer un moyen de l'éviter : je ferai taire » mon juste courroux , si le grand-maitre , l'ar- ^) chevêque de Riga et l'évêque de Dorpat vien- » nent eux-mêmes se prosterner devant moi; » s'ils me paient tribut pour toute la Livonie » et s'engagent à m'étre soumis désormais , » ainsi que les tzars de Kazan^ d'Astrakhau et » autres souverains considérables : dans le cas » contraire je m'emparerai de la Livonie (17). » Les ambassadeurs^ consteriiés à ces mots^ se contentèrent de répondre : « Nous voyons bien » qu'ici il n'y à plus rien à espérer! » Ils deman-

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dèrent engûite leur congé , qui leur fut immédia- »^tement accordé.

Enfin; bien que le grand-maltre etTévêque de Dorpat , épouvantés du sort de Narva , con- ' sentissent à payer soixante mille écus qu'ils s'étaient procurés par les plus grands efforts^ le terme de leur indépendance était arrivé : il ne s'agissait plus de tribut , le tzar voulait l'entier assujétissement de leurs États. La guerre , qui recommença bientôt , prit un tout autre caractère, et les Russes, en envahissant la Livonîe, n'ayaient plus pour unique but la dévastation de cette province; mais ils songeaient à établir, d'une manière fixe et positive , leur domination sur les villes dont ils se rendaientmaîtres.

Le 25 mai, le prince TroyeKourof et Daniel Conqaétc

Adachef formèrent le siège de Neithlos , dont ils los, d'As'emparèrent le 6 juin, par capitulation. Le bailli, lïeuhaïu. qui '^tait dans cette forteresse , en sortit avec peu de monde, les mains vides, abandonnant les armes et tout ce qui s'y trouvait aux vainqueurs. Les faabitans de la ville et du district (de soixante verstes de longueur sur quarante de largeur) se reconnurent sujets de la Russie; de sorte que tout le pays, depuis, les bords du lac Tchoude jusqu'à la Narova , fut enclavé dans nos possessions. Le tzar envoya des médailles d'or aux

vojiévodes ^ et ordonna de réparer les fartications ^nsi que de fonder tine église eonsacrée à S. Hilarion. Les faabitans du district et de la petite ville d'Adéje s'étaient soumis de leur propre gré^ aussi bien que quelques contrées des environs de Veissenberg; ils remireat entre leg mains des Russes toutes les propriétés de l'Etat , comme canons , munitions^ etc.

. La principale armée , sous les ordres de plusieurs généraux célèbres , les princes Pierre Schouïsky , Serebrianoï^ André Kourbsky, mar« cha contre Dorpat« Mais il s'agissait de s'emparer auparavant de Neiihaus, ville Irès-forte, dont la garnison se montait au plus à deux cents guerriers^ mais qui était défendue par Oukskil de Padenorm, l'un des héros de l'Ordre. Ayant armé les habitans de la ville et des campagnes^ il se défendit^ pendant un mois y avec la plus grande intrépidité

.contre notre nombreuse armée. Les Allemands y commandés par ce héros , regardaient la mort

' cVun œil de mépris y selon l'expression de nos annalidtes ; le désespoir animiant leur valeuf* y ils se battaient avec un tel acharnement qu'ils excitaient l'admiration des généraux moscovites. Les Russes^ après avoir renversé les murs, abattu les tours ^ pénétrèrent enfin dans la ville : alors Oukskil se retira dans le château avec une poignée dabraves,

DE RUSSIE. 32t

résolus comme lui a s'ensevelir sous les ruines } '^^^' mais ses compagnons lui ayant déclaré que leurs forces étaient épuisées , nos yoïévodes , en considération de sa rare bravoure ^ lui permirent de se retirer avec les honneurs de la guerre* Cet ^® i"*"exemple servait à prouver que la Livonie> qui possédait de nombreuses forteresses et beaucoup d'artillerie , aurait pu opposer de puissans obstacles aux armes de Jean ^ si ses autres défenseurs > bien qu'en petit nombre , avaient déployé le même courage qu'Oukskil, si les citoyens avaient montré les mêmes vertus que Tilef , l'un des bourgmestres de Dorpat.' Dans une assemblée des che& du pays, après avoir représenté , de la manière la plus vive et la plus touchante p les malheurs de la patrie^ ce généreux magistrat s'exprimait ainsi : « Le moment des grands sa- Gr*ndcut

* ^ " d^âme du

» orifices ou de notre ruine est arrivé: perdons bourp™««-

•^ -' J^ tredeDor-

» tout , s^il le faut y mais saupons du moins p*'* » notre honneur , notre indépendance : versons » au trésor public notre or et notre . argent } » ne conservons aucun objet précieux y soit us- » tensiles ou omemens, et procurons ^ par Id, » au gouvernement le moyen de solder des » troupes j et d^ acheter V amitié ou la protec* » tion des puissances voisines, n Mais les 8up-« plications , les larmes de ce magnanime citoyen Tome VUI. 21

ne produisirent aucun effets et à peine fut«i] écouté. .

Tandis que Ton assiégeait Neiihaus , le grandmàltre Fûrstenberg, les commandeurs et l'évêque de Dorpat, étaient à trente verstes de là avec uqe armée de huit mille hommes , dans une position marécageuse et inabordable , et loin de faire le moindre effort pour sauver cette forteresse , ils restèrent dans une complète inaction : ensuite , à la nouvelle qu'elle venait de se rendre , ils brûlèrent leur camp ainsi que la petite ville de Kiremp , où se trouvaient toutes sortes de munitions^ et marchs^nt nuit et jour ils se retirèrent, le grand-maltre du côté de Valk , et Tévéque à Dorpat. Nos voïévodes, qui s'étaient mis à leur poursuite , parvinrent à atteindre l'évêque k cinquante verstes de Dorpat; ses troupes furent battues , presque tous ses officiers faits prisonniers., et ses équipages, son attirail, tombèrent entre les. mains des Russes. Le grand-maître, arrivé à la hauteur de Valk , s'arrêta dans une position avantageuse : alors nos voïévodes , ayant chargé leur avant-garde de Tattaquer de front , manœuvrèrent pour le tourner ; forcé , par ce mouvement , de fuir encore , il se dirigea du côté de Venden , avec une telle vitesse et par une* chaleur si accablante, que les gens et les chevaux

mouiCaîent de lassitude; Toute l'arrière-garde de Fiirstenberg fut détruite par les Russes, et Retler, le plus illustre des commandeurs, ayant eu, dans cette affaire , son cheval tué sous lui , fot sur le point de se voir prisonnier. Les équipages du grand-maître furent enlevés, et les rapports des voïévodes ayant appris au tzar que Tennemi ne tenait plus la campagne, ils reçurent l'ordre de retourner sous les murs de Dorpat.

Dans des circonstances aussi terribles pour Nouveau

Ciiei cl fi

l'Ordre, le vieux Fiirstenberg résigna sa dignité rOrdredc de grand-maître , et fut remplacé par le jeune Ketler, qui l'accepta par condescendance pour les cheYalie^s , et en prit possession le cœur navré de chagrin. La célébrité dont il jouissait , tant par la supériorité de son esprit que par la fermeté de son caractère , contribua puissamment à faire renaître l'espérance dans le cœur de ses concitoyens ; mais lui-même en conservait à peine, et ce ne fut que par grandeur d'âme qu'il consentit à devenir le dernier grand-maître d'un Ordre expirant. Ketler , cherchant par tous lès moyens possibles à sauver l'Etat, tâcha d'enflammer , par l'amotir de la patrie , les cœurs glacés de ses concitoyens; il conjura les fonctionnaires publics d'agir d'un parfait accord , et de n'épargner ni leurs biens , ni leur vie pour l'in-

5^4 ttfSTOIRE

tërèt général ; il ramassa de Targent et des troupes y demanda des secours à l'empereur , aux rois de Danemarck , de Suède , de Pologne^ écrivit enfin au tzar pour implorer la paix ; mais ses' démarches ne furent point couronnées de succès. La discorde et les soupçons que les che& de la Livonie nourrissaient les uns contre les autres , opposèrent les plus grands obstacles aux généreuses intentions du grand*maitre. Ils voulaient que leur salut ne les obligeât à aucun sacrifice , donnant à entendre que les riches n'étaient pas obligés de se ruiner dans un cas pareil/ et ce ne fut qu'à titre d'emprunts que Ketler put obtenir les sommes ' nécessaires pour subvenir aux dépenses les plus urgentes de la guerre. Les étrangers d'ailleurs ne lui furent d'aucun secours* L'empereur Charles- Quint ^ dont les regards avaient embrassé toute l'Europe , venait d'abdiquer la couronne et le trône : ainsi que Dio-» clétien , il s'était éloigné d'un monde si longtemps agité par son ambitioxi , et voulait encore, dans sa solitude , exciter l'admiration des hommes^ par un genre de gloire étonnant et singulier^ mais qui n'en était pas moins une suggestion de la vanité , puisqu'il aspirait à s'élever au-dessus des grandeurs humaines. Ferdinand ^ devenu empereur, s'était brouillé avec le pape*

Il avait rendu la paix a F Allemagne , et , redou- x5». tant la puissance des Turcs , il n'accorda à la malheureuse Livonie qu'une stérile compassion. Les autres souverains se contentèrent de promettre leur médiation auprès de Jean , afin de réveiller en lui lamour de la paix : quant au tzar, il répondit à Ketler : w Je t^ attends à Jlfos^' » couj et c^est du nombre^ de F humilité de tes » prosternations que dépendra ta grâce* » Ce genre de grâce était ; aux yeux du grand^maltre, le dernier degré d'infortune qui pouvait atteindre les souverains de l'Ordre , et il résolut de préférer un trépas honorable à un avilissement inutile. Les voïévodes russes continuèrent leurs opérations militaires , sans perdre un seul instant : p^.^^ ^^ après s'être emparés de Kiremp, Kourslaf et du ^%t^*„\,^Î château-fort de Verbek sur TEmbal , ils tour- ^***"^ nèrent toutes leurs forces contre Dorpat , célèbre par la richesse de ses habitans et le grand nombre de sesétablissemens de bienfaisance. Sans compter les citoyens qui soutenaient la cause de la liberté et de l'honneur , les armes à la main , cette place importante et bien fortifiée était défendue par deux mille soldats allemands , sous les ordres de l'évêque Herman Veiland , plus réputé pour ses qualités guerrières que pour la douceur et la piété d'un pasteur chrétien. Pen-*

dant six jours consécutif les chevaliers déployèrent , dans de sanglans combats , une bravoure digne .de leur ancienne gloire , ainsi que l'assure Kourbsky, témoin oculaire et juge éclairé des actions guerrières. Mais la supériorité de nos forces finit par remporter ; les sorties ca^usèrent aux assiégés d'irréparables pertes. Les Russes , profitant d'un épaîs brouillard , entourèrent la ville de gabions , établirent des batteries et des mines : aussitôt que le feu de l'artil-: lerie eût pratiqué des brèches aux murailles , ils offrirent les conditions les plus favorables. D'abord l'évêque ne voulait entendre à aucune capitulation ; mais les magistrats lui ayant représenté que la ville était hors d'état de prolonger sa défense; qu'un grand nombre de soldats et d'habitans avaient succombé dans les sorties ; que les autres étaient ou malades , ou dans l'impossibilité d'agir , par suites d'épuisement et de fatigue; enfin que le feu de l'ennemi, en détruisant les murailles 9 tuait les habitans daxïs les rues , on expédia au grand-maltre un courrier, qui, étant revenu sans accident ^ apporta une lettre de Ketler ; elle annonçait que l'Ordre levait des troupes et faisait des vœux pour la conservation de Dorpat.

. Pierre Schouisky, le principal voïévode de

Jean , était un homme de bien ^ rempli de droi*ture et d'un caractère ge'néreux ; c'est ainsi que parlent de lui les annalistes contemporains de Livonie. Lorsque les mines furent achevées et qii'il eut avancé les gabions jusque sous les murs de la ville , il ordonna de publier , au bruit des tambours y qu'il donnait encore deux jours de réflexion aux habitans , mais que le troisième , il prendrait Dorpat d'assaut ; il annonça que Jean promettait , de la manière la plus solennelle , de leur faire grâce , de leur conserver le libre exercice de leur religion , leurs anciens privilèges et leurs lois ; enfin , que chacun pouvait , sans aucun danger , sortir de la ville ©t y retourner. Alors les magistrats et les citoyens s'adressant a révêque , lui dirent d'une voix unanim,e : rf Nous » sommes tous disposés à mourir et à nous dé- » fendre tant qu'il, nous restera un plat sur la » table et une cuiller à la main , pourvu ce- » pendant que notre obstination ait le caractère » d'une louable intrépidité et non d'une témérité ^ » hasardeuse ; mais est-il vraiment raisonnable » de rejeter les propositions généreuses du taar, » lorsque nous n'avons plus la force de lui ré- » sister ? » Les soldats allemands tinrent le même langage , en demandant leurs congés avec des certificats pour prouver leur fidélité , et les

SiS HISTOIRE

ecclésiastiques romains , craignant d'enflammer , par une opiniâtreté hors de propos, la fureur de Tenncmi, parlèrent dans le même sens. L'évéque finit par se rendre à ces importantes considérations, et Ton conclut la capitulation suivante :

« I**, Le tzar donne à l'évêque le monastère de » Falkenau, les domaines qui en dépendent, » avec une maison et un jardin à Dorpat.

» 2**. XiC clergé et les églises latines ainsi que

» leurs possessions feront partie de son diocèse.

» 5^. Les gentilshommes qui désirent devenir

M sujets de la Russie , resteront tranquilles pos-

>} sesseiu's de leurs châteaux et de leurs terres.

» 4*"* I^^ soldats allemands sortiront de la )) ville avec armes et bagages.

» 5"*. Tout citoyen de Dorpat sera libre de » quitter la ville et de se retirer où bon lui sem- » blera, pendant douze jours.

» 6^ La confession d'Augsbourg sera toujours » considérée comme principale religion , et n'éi) prouvera aucunes modifications.

M 7^*. Les autorités allemandes continueront à » administrer la ville et ne seront privées d'au- » cun de leurs droits ou revenus.

» 8*». Les négocians pourront trafiquer libre- » ment avec l'Allemagne et la Russie sans êtr« » soumis à aucun droit.

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» 9*. Aucun habitant ne sera transféré du dis- >i trict de Dorpat dans les Etats moscovites.

» 10**. Tous ceux qui auront l'intention de » s'établir dans un autre, pays, pourront s'y » transporter avec leurs biens , ou en réaliser la » valeur par des ventes volontaires.

» II". Les citoyens sont affranchis de toutlo- » gement militaire .

» 12**. Tous les crimes, même ceux d'Etat » et les offenses qui pourraient être faites à Sa j> Majesté le tzar, seront jugées par les m agis-

» trats.

)) iS"*. Les citoyens prêteront serment au tzar » et aux autorités locales. »

Le prudent Schouisly , muni des pleins-pouvoirs de Jean , ne rejeta aucun des articles , d'accord avec les principes de l'humanité et ceux de la politique; car il s'agissait d'affaîblir, par des procédés généreux , de la condescendance et de la modération , le sentiment de haine que nous portaient les Livoniens , afin de faciliter , par de pareils moyens , la conquête de leur pays.

Après que les articles de la capitulation eurent été approuvés par les vainqueurs , et lorsqu'il ne s'agissait plus que dç les éonfirmer par Tapposition des sceaux , le vieux Antoine Tîlef , ce vertueux bourgmestre de Dorpat ^ dont nous avons

5So HISTOIRE

déjà fait mention, rompant le silence que gardaient les dignitaires consternés, s'adressa dans ces termes à l'évêque : « Monseigneur ^ si quel" » qu^un pense qu^il soit possible encore de sau- » ver Dorpat par les armes y qu^ih se présente ! » Je suis prêt à le suivre au milieu des combats^ D guidés par V amour de la patrie ^ noussacri-^ » fierons ensemble notre vie pour elle. » Ces paroles y l'air vénérable et la vive émotion de celui qui les proférait , produisirent une profonde impression sur l'assemblée : « Digne citoyen ^ lui » répondit l'évêque , aucun d^ entre nous ne mé^ » rite d^étre traité de lâche ^ mais nouf^ devons » céder à la nécessité. » Le 1 8 mai , les Russes entrèrent dans Dorpat. Le prince Schouisky, animé du désir d'épargner , autant que possible, aux infortunés habitans quelques uneis dés vexations inséparables de ces momens de désordre , fit placer des postes militaires aux portes, pour empêcher les Russes d'entrer dans la ville , et permettre à ceuk qui voulaient la quitter de faire les préparatifs de leur départ , sans être inquiétés en aucune façon ; il leur donna aussi des guides et des escortes pour les conduire en lieux de sûreté ; qusint à l'évêque , il fut escorté , jusqu'à Falkenau, par deu:ç cents cavaliers d'élite de l'armée moscovite. *

Lorsque le calme fut entièrement rétabli dans la ville , le magistrat en remit les clefs à Schouisky qui y fit son entrée à cheval , entouré de députés et de dignitaires^ et précédé par le plus jeune des voïévodes, qui portait l'étendaM de la paix (i8). Les enfans-boyards de la garde du tzar étaient rangés en haie , de chaque côté des rues; et le peuple , dont les craintes étaient dissipées^ considérait avec curiosité les vainqueurs et Tordre de leur marche ; les femmes mêmes, revenues de leur frayeur, ne craignaient plusi de se montrer. Les magistrats , ayant présenté une coupe d'or à Schouisky , ce sage prince leur en témoigna sa reconnaissance , et leur dit : « qu'il serait toujours prêt à les rece- >» voir et à les entendre ; qu'il mettrait tout son » zèle à punir les scélérats , et à faire du bien » aux braves gens, w II donna un festin splendide aux premières autorités et aux doyens de Dorpat , et gagna tous les cœurs par l'affabilité de ses manières. Les Russes trouvèrent dans cette ville cinq cent cinquante-deux pièces de canon, ainsi que des richesses assez considérables, appartenant à l'État ou aux particuliers qui s'étaient ïYtirés à Riga , Revel, Felling. Le tzar confirma tous les articles de la capitulation conclue par ses voïévodes ; mais il ordonna à l'évêque Herman,

et aux dignitaires les plus considérables de Dorpat de se rendre à Moscou . Ce prélat , maudit dans sa patrie comme s'il l'avait trahie y ne quitta plus la Russie^ et termina ses jours en proie aux chagrins que lui causa le sort de ses amis et de ses serviteurs j car ceux-ci, accusés par les Livo- " niehs d'avoir entretenu des intelligences avec les ennemis , subirent les horreurs de la question ou périrent du dernier supplice. Les chefs de l'Ordre croyaient déguiser leur faiblesse , en cherchant à {Persuader au peuple que la trahison seule était cause de nos avantages.

Mais ces cruautés furent d'insuffisans moyens pour arrêter les succès de la force , réunie à la sagesse. L'exemple de Dorpat avait prouvé que Jean savait épargner les vaincus : profitant de cette circonstance , Schôuisky écrivit à tous les gouverneurs des villes livonîennes, les engageant, par des promesses avantageuses , ou par des me* naces , à se soumettre ; il en résulta que les forteresses de Veissenberg , Pirkel , Laïs, Oberpahlen,Ringen ou Touchin , Atzel , se rendirent , sans coup férir, à nos voïévodes, qui, laissant partout aux dignitaires de l'Ordre la liberté de se retirer, se contentaient de recevoir le serment des citoyens > sans toucher à leurs propriétés : mais les districts qui refusaient d'obéir.

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tels que ceux de Felling, Revel, Venden , Schvanenbourg , furent mis à feu et à sang ; les faubourgs de Vittenstein^ où commandait le jeune et intrépide cheyalier Gaspard d'Oldenbol, furent incendiés ; les Allemands l)attus en rase campagne , aux environs de Venden et de Schvanenbourg y perdirent ^ dans cette occasion , deux de leurs plus illustres officiers , faits prisonniers par nos troupes. Enfin les voïévodes , après s'être emparés de vingt villes , où ils laissèrent des garnisons et des munitions^ revinrent ^ en septembre y auprès du tzar , qui se trouvait alors au monastère de Troïtzky. Il ïes accueillit avec joie et bienveillance , les embrassa et prodigua les plus grands éloges à leur zèle pour son service ; enfin , après avoir , avec eux, rendu grâces au ciel des succès de cette campagne, il se rendît au bourg d' Alexandrofeky ,. où il leur distribua lui-même des pelisses , des coupes et des armures; il permit à chacun d'eux de se choisir un cheval dans ses écuries , et les gratifia en outre de riches domaines ; quant aux eiifans-boyards , il leur donna des terres en Livonie afin de les intéresser à la conservation de nos conquêtes.

Les princes Kourliatef et Repnin y envoyés en Livonie , furent moins heureux que les généraux précédens; ils s'emparèrent encore^ à la vérité^

Keiier de la petite ville de Kavelekht , brûlèrent VerdeRiogea. pol et battirent les Allemands dans les faubourgs mêmes de Revel j mais le grand-maitre de rOrdre , et Vœlkersam voïévode de Farchevêq«e de Riga , étant parvenus à rassembler plus de dix mille hommes^ assiégèrent Ringen^ sous les yeux des troupes russes, et s'emparèrent de cette forteresse, malgré la vigoureuse résistance d'Ignatief , chef des strélitz. Avec une garnison composée à peine de deux ou trois cents hommes, il parvint à s'y maintenir pendant cinq semaines , repoussa deux assauts et ne se rendit que lorsqu'il eut épuisé entièrement sa poudre et ses munitions. Les généraux du tzar essayèrent de se justifier, en disant que la position où se trouvait le camp des Livoniens était extrêmement forte, et que leurs troupes étaient épuisées de fatigue ; ils se glorifiaient d'ailleurs d'avoir remporté une victoire contre Jean Ketler, frère du grànd-maltre , qu'ils firent prisonnier avec deux cent soixante Allemands entre Ringen et Dorpat. Maïs le grand-maîtrè en personne les ayant attaqués , culbuta le corps du prince Repnîn et atirait pu reprendre Dôrpat , si, heureusement pour nousC, les Allemands, accablés de fatigues , n'avaient préféré quelques heures de repos au succès de l'entreprise , car la

garnison russe était peu nombreuse ^ etjes habitans les plus considérables l'engageaient secrètement à s'y rendre. Comme leur nombre se trouvait réduit à six mille , le grand^^ncisdtre^ instruit (pie les généraux moscoyites attendaient du secours ; et ne pouvant ignorer qu'ils faisaient volontiers la guerre en hiver , opéra sa retraite sur la fin d'octobre ^ et fit inhumainement massacrer les prisonniers qu'il avait faita à Bingen. Nous reprimes alors possession de cette ville* Dans le même temps l'ennemi^ venant de Louje /Besitz et Yalk y inquiétait ^ par ses incursions , le territoire de Pskof ; il brûla le faubourg de Krasnoï^ le monastère de Saint-'Nicolas» près de Sebeja^ et une quantité de villages.

Le tzar ^ mécontent de Kourliatef et de Bepnin , envo ja , au mois de décembre ^ en Livoiiie , les princes Siméon Mikoulinsky , Vassili et Pierre. Sérébrianoï , Jean Tchérémétief , Mi*chel Morozof , le tzarévitch Tokhtamouisch et les princes Tcfaerkesses avec une nombreuse armée (19). Ces intrépides voïévodes devaient se porter directement sur Biga^ dévaster le pays et détruire l'ennemi partout où il tiendrait la campagne. Mais avant de répandre le sang ils déclarèrent au grand^maitre qu'il avait endore le choix de la paix ou de la guerre , et que leur

iSSg. prompte soumission pouvait disposer le tzar à ses devas- le ur pardonner ; n'ayant obtenu aucune réponse^ TODieetiales Russes entrèrent en Livonie. L'armée^ qui de. depuis Krasnoï occupait une ligne de plus de

cent yerstes , se porta sur Marienbourg , et rencontra , près de Tirsin, les Allemands commandés par Vœlkersam. Le prince Vassîli Sérébrîanoï se trouvait seul pour leur faire face^ avec ses bataillons. L'ennemi montra beaucoup de courage, car les guerriers les plus distingués de l'Ordre combattaient dans ses rangs. Le brave Vœlkersam tomba dans la mêlée avec quatre cents Allemands , et le chancelier de l'archevêque de Riga , ainsi que trente gentilshommes des plus distingués y se trouvèrent au nombre des prisonniers ; le reste des troupes ennemies se dispersa , et cette victoire du prince Sér^ brianoï ouvrit à notre armée un sûr et libre passage jusqu'à la mer. L'hiver était très-rigoureux. Nos voïévodes , ne s'occupant pas du siège des grandes forteresses , telles que Ven— den^ I^ig^> ^^ s'emparaient que des petites villes abandonnées par les Allemands aussitôt que paraissaient les Russes. La ville de Schmilten fut la seule qui refusa de se rendre , et les cosaques en ayant escaladé les murailles y eurent long-temps à soutenir un corn*

l>at opiniâtre avec ua (ennemi pousse au déses- '^^9* poîr.

Dans le cours de leurs dévastations , les Russes emportaient les canons ^ les cloches , les niuni^ tions f et brûlaient tout ce qui n'était pas susceptible d'être transporté; dans cette expédition ils détruisirent onze villes. Bestéspendant trois jours sous les murs de Riga , ils brûlèrent un grand nombre de vaisseaux à Tembouchure de la Dvina; les rives de cette rivière , les contrées roarîtimes et la Courlande furent ravagées jusqu'à la Prusse et la Ivithuanie. Enfin ^ chargés du plus riche butin »y emmenant avec eux d'innombi'a* blés prisonniers^ les voïévodes sortirent de la Livonie , le 1 7 février , pour se rendre à Opotchka : les rapports qu'ils adressèrent au tzar , constataient que son armée n'avait éprouvé que des pertes peu considérables , tandis que la Livonie était, en cendres. -

Cependant plusieurs souverains se présentèrent interees» enfin pour intercéder en faveur de cepialheureux rohdePopays. Nous avons laissé Auguste^ roi de Pologne, glèdc' «î dans l'intention de conclure une paix solide avec nwrck^,"cit la Russie , et de former une alliance offensive i;^Liionie^ contre le Ihan ; à cet effet les ambassadeurs po-^ lonais arrivèrent a Moscou y en mars iSSg. Les négociations de paix furent aussitôt entamées, et

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