Tome
de leur antique institution , et l'objet de leur sb- ^^' ciété fraternelle'. Autrefois ils avaient eu le vice en horreur , mais ils ne craignaient plus que la misère ; ils ne rougissaient pas d'enfreindre^ sans scrupule^ les principes sacres de la morale , et n'é* prouvaient d'autre honte que de le céder les uns aux autres^ sous le rapport de l'ostentation et dé la vanité^ de la richesse des habillemens^ du nombre des serviteurs , de ne pas avoir dans leurs écuries quantité de chevaux richement harnachés , en^ fin de ne pas faire parade de quelque beauté galante. Les personnages les plus distingués de ce pays , que les historiens appellent un paradis terrestre y passaient leur temps dans la mollesse^ au milieu des festins ou à la chasse. Il est naturel de présumer que si les chevaliers de l'Ordre, et les chefs de l'église suivaient ce genre de vie , les gentilshommes séculiers y les marchands et les bourgeois imitaient leur exemple y en proportion de leur fortune; les agriculteurs seuls étaient accablés de travaux et d'impôts, fixés par une avide cupidité ; mais ils ne se distinguaient pas davantage sous le point de vue moral , car ils étaient adonnés aux vices les plus dégoutans, résultats de la grossière ignorance et de l'ivrognerie dans lesquelles ils étaientplongâ;. L'État^ dans ses parties dissimilaires ^ était d'une
extrême faiblesse : le pays était gourerné par cinq évêques , le grand-maitre i le maréchal de l'Ordre ^ huit commandeurs et huit baillis ; chacun d'eux avait sous sa dépendance des villes et des districts , où s'observaient des réglemens et droits par ticidiers; et chacun aussi, songeant à ses avantages.particuliers, ne s'occupait que foii* blement de l'intérêt général. La doctrine de Lu-^ ther y adoptée par des villes entières , des gen-* tikhommes séculiers y et même par beaucoup de chevaliers de . l'Ordre , contribua aussi à augmenter la confusion qui régnait en Livonie : car le peuple, porté d'un zèle ardent pour sa nouvelle croyance , dévastait les églises, les monastères latins ; et les évêques , soit par zèle religieux ou par des motifs sordides y prenaient les armes les uns contre les autres ; c'est ainsi que Fiirstenberg y successeur du grand-maltre Hal* len , renversa Guillaume archevêque de Kiga y le renferma dans un cachot 5 et ne le remit en liberté que sur les menaces du roi Auguste. Dans ses dispositions pacifiques , l'Ordre , en prenant à sa solde des militaires allemands , pour maintenir la tranquillité de l'intérieur , ne songent en aucune manière à étendre ses moyens de défense contre ses ennemis du dehors ; il n'avait ai armée^ ni argent, tandis que legrand-maltre etles
fonctionnaires publics s'enrichissaient au détrî- i557. ment du trésor ^ uniquement employé a satisfaire leurs désirs , h alimenter leur faste ; mais en dis-* posant des biens de l'Ordre comme de leurs propriétés , ils se gardaient bien de faire un juste échange par l'application desleurs aux intérêts de rOrdre. En un mot , la fertilité du terroir , la faiblesse du gouvernement et la mollesse des ci"toyens semblaient y appeler un conquérant.
Cependant la Russie devenait de jour en jour ^^^^, plus imposante , d'abord par la renommée de ses \^i^^ éclatantes conquêtes y ensuite par l'accroissement ïéel de ses forces matérielles : car les peuples conquis ^ rendus à la paix ^ lui fournissaient de nouveaux guerriers , et les princes Tcherkesses s*empressaient également de servir sous ses drapeaqx , de lui amener de nombreux corps de ca-^ Valérie. Mais ce qui surtout contribua à doubler Menieure
^ ^ *■ orgamsa-
pour ainsi dire la force de notre armée , ce fut tipn de
*" , 1 armée.
le perfectionnement apporté dans sa nouvelle organisation. Cet acte important du règne de Jean IV eut lieu en 1 556 , à une époque où le sang coulait encore sur les rives du Volga, tandis q^Lie, d'un autre côté, nous faisions la guerre à la Suède , et que nous étions dans l'attente d'une invasion des Tanriens. Ce règlement mémorable est digue d'être placé à la fois dans les;
fastes de la législation civile et militaire de notre patrie. Du temps de Jean III, les officiers du grand prince et les enfans*boyards étaient gratifiés de terres , mais cette disposition n'était pas applicable à tous^ : d'autres obtenaient des emplois civils dans les villes ou districts , et sous les nomsde gouverneurs chargés de maintenir le bon ordre , d'exercer la justice et d'assurer la sûreté publique , ils recevaient , pour subvenir a leur entretien , certains revenus provenant des droits judiciaires. Quelques uns remplissaient leurs de-* voirs avec probité ; mais le plus grand nombre, pour satisfaire un intérêt sordide y pillait et opprimait les habitans. Des plaintes, sans cesse renouvelées, étaient adressées au souverain : les fonctionnaires étaient destitués , traduits en jugement, mais les citoyens les plus innocens étaient souvent entièrement ruinés par les procès et les chicanes auxquelles ils étaient exposés. Afin d'extirper ces abus , le tzar abolit les droits judiciaires , et décida que les procès seraient jugés gratuitement par des vieillards choisis à cet effet ; et au lieu des droits que l'on exigeait , auparavant , des parties , il établit un impôt généralement réparti , sur lés villes , les districts , l'industrie et les propriétés foncières ; il devait être perçu par des préposés du fiisc. Quant aux of-
DE RUSSIE. 3o5
ficiers et enfans-boyards , il les traita tous avec égalité y leur assignant des appointemens ou des domaines^ d'après Timportance de leurs services. Il ôta aux uns la trop grande quantité de terres dont ils avaient été gratifiés , pour les remettre aux indigens : ensuite il rendit passibles . du service militaire/ non-seulement ceux qui possédaient des terres de la couronne , mais en- • core les boyards propriétaires, de sorte que .celui dont le fonds territorial comportait cent tchetverts (a) d'ensemencement , était obligé de se rendre à l'armée avec un cbeval , armé et équipé à ses frais , ou de fournir un bomme à sa place y ou bien enfin de verser dans le trésor la somme fixée pour compensation. Afin d'encourager les Russes à prendre le parti des armes, Jean assigna à tous les militaires une solde de campagne lorsqu'ils seraient sur pied de guerre , et doubla la paie de ceux des enfansboyards qui fourniraient un nombre de guerriers excédant celui fixé par la loi.
De cette manière on connut par l'arpentage des terres , la consistance réelle de notre force guerrière; et en procurant ainsi aux militaires une sub-
{a) Le tchetvert équivaut à trois cents livres poids de France.
( Note des Trad. )
3o4 HISTOIRE
sistance assurée en temps de paix , ainsi que les moyens de s'entretenir en campjagne^ on put exiger d'eux une plus grande régularité dans le service, et sévir cbptre les mauvais citoyens qui cherchaient à s'en dispenser. Les annalistes disent que depuis cette disposition, notre arn^ée reçut un accroissement sensible ; car Jean qui n'avait que cent cinquante mille guerriers sous les miirs de Kazan, pouvait, quelques années après, en mettre trois cent mille en campagne, tant cavalerie qu'infanterie. Les fantassins , que l'on nommait strélitz^ et qui étaient armés de mousquets, étaientpris parmi les habitans de la campagne ; ils formaient une armée permanente, séjournaient d'habitude dans les villes, et étaient surtout employés aux sièges des forteresses : l'organisation de cette milice est attribuée à Jean, mais dans tous les cas , c'est lui qui contribua essentiellement à la perfectionner (i5). A la vérité ces dispositions étaient encore insuffisantes pour opérer un changement total dans notre ancienne méthode de faire la guerre , semblable à celle des asiatiques ; cependant nous commencions déjà à nous rapprocher beaucoup des Européens, et nos armées en acquéraient beaucoup plus de forces positives et de régularité. Si nous ajoutons à cela la constitution robuste des Russes , l'impassibilité phy-
DE RUfiSLE. 3o5
sique qu'ils développent dans de pénibles travaux^ leur habitude de supporter les plusgraade^ pri* vations ^ de s'exposer au froid pendant les campagnes d'hiver , et en général l'expériejice qu'ils avaient de la guerre ; enfin , cette force de volonté dérivant d'une autorité absolue y agissant sans autre concours que celui de la pi^nsée et de la parole d'un souverain jeune ^ entreprenant^ qui y au rapport des contemporains russes et étrangers^ ne^n^ivait que pour les exploits guer^ riers et pour le salut de la foi (14) y il sera facile de deviner que le sort auquel devaient s'attendre les Livoniens y ayant en tète un pareil enaemi y était la ruine complète de leiir puissance.
Une lutte établie entre la faiblesse et la force excite ordinairement dansées cœurs un sentiment de commisération ^ et la cause de la première . nous semble toujours devoif^ être la plus juste t cependant les historiens russes et livoniens (i 5) s'accordent à accuser l'Ordre d'avoir excité 1a colère de Jean par sa malveillance^ ses ruses et son manque de droiture ^ agissant en cela d'après la haine irréfléchie, bien qine pardonnable ^ qu'il éprouvait. coçitre un voisin dangereux. Lavéri-' table politique prescrit de conserver ses relations d'amitié^ tant que lAanque la force nécessaire pour se déclarer ennemi f la droiture pourrait