‹ Histoire de l'empire de Russie (volume 5)Chapitre 11 sur 20 · Tome VIIL · texte numérisé non relu

Tome VIIL

Jean proposa d'adopter , comme article fondaxneatal , que les deux puissances conserveraieat les pays et villes dont elles se trouvaient eh pos* session; mais^ à l'instant^ Auguste demanda qu'on lui rendit Smolensk , et comme si cette préten* tion n'était pas déjà assez importante^ il exigeait, en outre, que le tzar prit l'engagement de ne pas faire la guerre à la Liyonie , et de la considérer comme un pays dont l'empereur et les Etats d'Allemagne l'avaient établi souverain. Jean ordonna alors aux ambassadeurs de se-retirer. « Je » vois bien ^ leur dit-il , que le rpi a changé de » sentiment r qu^il agisse donc selon son bon » plaisir i Quant à la Livonie , c^est unepro^ » innce anciennement tributaire de la Russie 3 » et non pas de cotre souverain. Je la punie » maintenant pour son peu de fidélité , ses cou^ M pables intrigues y ses cHmes , et la déi^astation » de nos temples. » Au moment du départ des ambassadeurs , le tzar ne voulut point renouveler la trêve avec la Pologne , et promit seulement de respecter, jusqu'en i562, lescondiâons de l'armistice , pourvu que le roi fît mieux observer les règles de la justice en faveur des Russes, vexés par ses sujets. En un mot, il était évident que la guerre de Livonîe entraînerait une rupture ouverte avec la Pologne. Auguste n'a-

vait aucune envie de faire de généreux efforts pour protéger uirOrdre à deux doigts de sa ruine; mais loin de consentir a en abandonner les riches possessions à la merci du tzar ^ il désirait se les approprier^ si la chose était possible. Dans les circonstances où se trouvait 'l'Ordre , ce souhait était naturel : la Polo^e et la Russie devant envisager les choses sous le même point de vue politique , Auguste aurait pu être taxé ' d'insouciance^ s'il n'avait employé tous les moyens pour tâcher d'arracher la Livonie au tzar. Il s'agissait seulement de montrer de la fermeté y de la résolution , ce dont Auguste n'était pas capable j car en provoquant la guerre il tâchait de réioigner y et y tout en la considérant sans crainte dans l'avenir , il tremblait à l'idée de tirer le glaive.

Le vieux Gustave Vasa , autre intercesseur en faveur de l'Ordre , témoigna plus d'indifférence et développa bien moins de zèle dans ses démarches ; il avait vainement essayé de s'opposer à l'ambition de la Russie^ au moyen de la coalition des puissances dû Nord , qui , dans cette circonstance , ne l'avaient point secondé ; elles s'étaient contentées de lui donner de simples assurances de leurs bonnes dispositions et de leurs vœux. Voici ce qu^il écrivait au tzar : « Je ne me

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» permettrais pas de i^ous tracer ce que ifous » avez à faire ^ je n'exige rien; maisj en consi- » dération de l'empereur Ferdinand, je ifOus » supplie d'accorder la paix à la Livonie, au-- » tant par pitié pour l'humanité souffrante , que » pour l'intérêt général de la chrétienté. Je n'ai )) pas lieu de me louer moi-^méme de la probité » des LiponienSj et je sais par expérience ce » dont ils sont capables I Si vous l'exigez y je leur » écrirai de tomber à vos pieds pénétrés de repenn tîr et d'humilité* Mais y soit que vous fassiez » fesser ou non l'effusion du sang, je n'en con- » tinuerai pas moins d' observer religieusement » le traité que j'ai conclu avec la Russie, et de » me tenir honoré de votre auguste amitié* »

Jean remercia Gustavie des bonnes dispositions qu'il manifestait; et lui ayant donné connaissance des motifs de la guerre^ il. ajoutait : « Si » vous n^avez pas des raisons particulières qui » vous portent à vous mêler des affaires de la » Livonie, je crois inutile que vous écriviez au w grand-maitre : je trouverai bien moi-même yi les moyens de le rendre plus traitable. »

Frédéric II, roi de Danemarck^ fut le troisième médiateur qui s'employa pour la Livonie. On sait déjà que l'Esthonie avait jadis appartenu à ses ancêtres. Cette province comprimée par

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Jean^ reconnut ««que l'Ordre était incapable de la sauver ^ çt rechercha la protection de Christiern III , père de Frédéric ; Revel et les contrées environnante» ayant témoigné le désir de rentrer sous sa domination, Christiern^ déjà avancé en âge y se sentant proche de sa fin ^ leur répondit avec indifférence : « J^ai bien de la peine » à supporter, le fardeau du gouvernement de • » mes Etats : serait^il donc raisonnable d^y » ajouter encore celui de nouveaux pays y et de » combattre pour eux ? » Cependant il fit passer quelques milliers de florins et des canons en Ësthonie ; il se disposait même à faire partir une ambassade pour Moscou ^ lorsque la mort vmt le surprendre. Son fils, plus ambitieux et plus ejitreprenant , résolut de faire rentrer le Dane- ' marck dans la possession de cette province qui ^ n'éjait pas d'une faible importance. Il écrivit à ce sujet au grand-maltre , à Tévêque de Revel , à la noblesse esthonnienne , et leur promet*^ tait non -seulement d'intervenir pour le soutien de leurs intérêts , mais encore de leur envoyer une armée en cas de besoin; ensuite • ayant donné à ses ambassadeurs les instructions nécessaires , il les fît partir aussitôt pour Moscou. Il y avait plus de quarante ans que nous n'avions eu aucune relation avec ce royaume.

Notre alliance si vivement appréciée par Chris* tiern II ^ ami de Yassili y n^avalt paru d'aucune utilité à Christiern III et Frédéric P' ; les liaisons commerciale^ entre Copenhague et Novgorod avaient même entièrement cessé. Frédéric 11 annonçait à Jean . comme à un cher et bon voisin y son avëtiement au trône y ainsi que don désir sincère de devenir son ami ^ et de renou-^ vêler avec la Russie le commerce détruit par les circonstances orageuses des temps passés ; il le priait instamment de ne point inquiéter l'Esthonie, ancienne possession danoise , et qui n'avait été placée que momentanément sous la protection du grand-maître . 11 demandait, en outre, qu'en faveyr de sa médiation désintéressée , le tzar voulût bien aceosder la paix a l'Ordre même * Adachef répondit aux ambassadeurs^ au nom de s<Ni maître : u Nous avons écouté voire dis- » cours avec une scrupuleuse attention^ et nous » nous sommes fait représenter les lettres des n souverains de Russie et de Danémarch entre yy eux : nous y avons remarqué que les deux ^» puissances y unies par une mutuelle amitié ^ » permettaient à leurs sujets défaire , sans en- » traves y un commerce avantageux. Si votre » roi a V intention de renouveler cette pr^ieuse » amitié y nous y sommes aussi disposés que

» lui S mais noua ne poupons noua dispenser de n voua témoigner notre étonnement de voir » 'qu'il découvre une province danoise dans un M pays dominé depuis six cents ans par la Rus- » sie. Le grand prince Georges Fladimirovitch, » surnommé Yaroslaf, ayant conquis la Li- » vonie,y fonda la ville de Yourief, y éUva » des églises grecques, et soumit toutieptyrs à » un tribut; depuis cette époq.iie il n'a appar- » tenu à aucun autre souverain. Je sais que, » sans autorisation de la Russie, les habitons ». avaient voulu appeler deux princes danois » pour régner sur eux; mais, pour les enpumr, » nos ancêtres portèrent chez eux le fer et le feu, » et expulsèrent cesprinces; ils se vengèrentd'eux

» une autre fois encore, lorsqu'ils eurent ap* » pris que lesLivoniens avaient secrètement re" , » connu la souveraineté suprême de l'empereur

» des Romains. Si Frédéric ignore ces circon- I) stances f noua pouvons vous présenter les an- » ciens traités entre, l'Ordre et les gouverneurs » de Novgorod : lisez-les vous-mêmes et vous

n reconnaîtrez la vérité de nos assenions /*

» fut un temps où, orphelin et mineur, nous

» étions inhabile à défendre nos droits ; les

» ennemis alors, remplis de Joie , comprimaient

» et ruinaient la Russie. Mors le grand-maitre

544 HISTOIHE

f) et les éuéques refusant de nous payer le tribut y> gui nous était dû, le prélevaient cependant ^ sur les pillages et les pilles pour se Vappro-^ » prier....» Après avoir développé ses grie& contre les Livoniens, le tzar continuait ainsi : nAîTir- » siy que Frédéric ne s^ occupe pa^ de VEsthonie^ )» car ses Etats se cojnposent du Danemarck , 3» de la Norvège f et nous, n^ en connaissons point » d^autres* S^.il désire Cependant contribuer au » bien-être de. la Ldvonie, il peut conseiller au » grand-maitre et aux évéques de se présenter » en personne à Moscou, et pour témoignage » de. notre considération particulière pour votre }) roi y nous leur accorderons une paix qui puisse M s^ accorder avec V honneur et les intérêts de la n Russie. Nous fixons un tenue de six mois^ » pendant lesquels la Livonie ne sera point in^^ Jean ac- ^ quiétée. » On remit ensuite aux ambassadeurs ulyekhL danois un sauf-conduit, au nom des seigneurs Livoniens, dans lequel il était dit, que Jean accordait une trêve à l'Ordre , à dater de mai jusqu'en jiovembre-iSSg. D'après les clauses de cet acte , le grand-maltre, lui-même , devait se rendre à Moscou, se prosterner devant le tzar^ ou bien envoyer à sa place les personnages les plus illustres, munis de pouvoirs pour traiter des conditions d'une paix perpétuelle. Mais ce n'était

pas aux soins^ à la sollicitude de Frédéric, que la Livonie était redevable de la trêve qu'elle venait d'obtenir ; il fallait en attribuer la cause à ceux d'un autre ami qu'elle n'avait point recherché : c'était Devlet-Ghireï. Jean fut obligé de contenir les Tauriens, et, pour ne pas diviser ses forces, il accorda un moment de répit à l'Ordre , assuré qu'il était que, dans tous les temps, la Russie pourrait, sans difficultés, venij* à bout de ce faible ennemi.

Le prince Dmitri Vichnevetzky, qui, en i558, avait été envoyé pour porter la guerre en Tauride , était parvenu jusqu'à l'embouchure du Dnieper j sans avoir découvert un seul Tatar en campagne ; car Devlet-Ghireï était resté cantonné dans la presqu'île, où il attendait les Russes. Alors Vichnevetzky revint à Moscou, laissant sur le Dnieper le brave Rjefsly avec les cosaques. Cependant Devlet-Ghireï , curieux de connaîtra ce qui se passait dans le pays de Kazan, envoya de légers détachemens qui devaient se porter sur le Volga , mais qui furent tous détruits par les habitans des montagnes et les cosaques. Il n'osa , de long-temps , entreprendre rien de considérable; mais aussitôt qu'il eut appris que nous étions en guerre avec la Lithuanie, ajoutant foi au faux rapport qui lui fut fait, que toutes

nos forcés y étaient employées ; que la Russie était sans défense, parce que Jean lui-même luttait contre un ennemi formidable dans les contrées les plus lointaines , aux bords de La Baltique , Devlet-Ghireï reprit courage ; il attira à lui un

<kT"Tiu- g^^^^ nombre de Nogaïs , et ayant rassemblé , riëas. ji QQ que Yqjt^ assure^ jusqu'à cent mille cavaliers f il ordonna ( en décembre 1 558 ) à son fils Makhmet-Ghireï de se porter contre Bézaa ; au houlan Makhmet, de ^larcher sur Toula; enfin aux Nogaïs et princes de Chïrinsk , de se diriger sur Kochira. Cette armée était déjà parvenue jusqu'à la rivière de Metcha, lorsque les. prisonniers , faits par les Tatars , anncmcèrent au tzarévitch que Jean se trouvait à Moscou , et qu'il n'y avait en Livonie qu'une faible partie de nos troupes. Consterné à cette nouvelle, il .s'informa alors où étaient l'intrépide Vicbnevetaky et le brave Jean Tchérémétief. On lui dit que le premier était à Bélef , l'autre à Rézan^ et que le prince Michel Vorotinsky se trouvait à Toula avec de nombreuses troupes; Makhmet-Ghireï?

n'osa pas se hasarder plus avant. Talonné par la peur , il s'en retourna beaucoup plus vite qu'il n'était venu, et, dans sa fuite précipitée, un. grand nombre d'hommes et de chevaux succombèrent à la fatigue. Le prince Vorotinsky

Tayânt poursuivi jusqu'à Oskol, trouva la route jonchée de cadavres, mais il ne put Tatteindre. Toutefois, profitant de Tabsence de l'armée de Tauride, I^s Russes battirent, près de Prekop , les campemens nogaïs, qui avaient quitté leur prince Islam pour embrasser le' parti de Devlet- Ghireï, et leur enlevèrent quinze mille cbevaXix. Afin de ne point laisser *à Devlet-Ghireï le temps de se reconnaître , Jean fit partif le prince Vicbnevetzky , avec cinq mille chevaux, pour se porter sur le Don; il devait y faire construîrjB des bateaux de transport, se rendre par eau jusqu'à Azof , et de là inquiéter la Tauride par des courses. L'okolnik Daniel Adachef s'était mis en marche de Moscou , à la tête d'un corçs considérable , composé d'enfans-boyards , de cosaques et de strélitz, avec le projet de porter un coup sensible à l'ennemi , suivant que l'octasion s'en présenterait. Les succès de Vichnevetzky fut-ent de peu dlmportance ; car ik se bornèrent à détruire quelques centaines de Tauriens qui avaient tenté de pénétrer jusqu'à Kazan : mais le jeune Daniel Adachef, digne frère du favori du tzar , s'attira , par son habileté , par son heureuse audace , l'admiration de ses contemporains. Ayant fait construire^ des. bateaux plats dans les contrées situées aux envi—

»559- rons de Krementchouk , alors inhabitées , il s'embarqua avec huit mille hommes sur le Dnieper y qu^il desceildit jusqu'à son embouchure ': là s'étant empare de deux vaisseau^ qui se. trouvaient imipiion en rade dans la mer Noire , il aborda en Taucii Xauri- ride. L'alarme se répandit ausntôt-dans tous les

de.

campemens , et l'on entendait de tous les.rcôics ce cri de détt*esse : Les Russes sont arrivés et le tzar est â leur tête/ Les Taariens couraient se cacher dans les montagnes , les vallées , les bois , les cavernes , et le khan , saisi d'effroi y demandait des guerriers et ne voyait que des fuyards. Pendant plus de quinze jours, Adachef dévasta^ sans trouver d'opposition., les côtes occidentales de la Tauride ; il livrait aux flammes les tentes de ces nomades , s'emparait des troupeaux et faisait les habitans captifs, tandis qu'il délivrait les prisonniers russes et livoniens ; enfin, après avoir transporté sur ses embarcations le riche butin qu'il venait de faire, il s^en retourna en triomphe du côté d'Otchakof; et comme il se trouvait des Turcs parmi les prisonniers faits tant sur les vaisseaux que dans les campemtens, il les renvoya aux pachas d'Otchakof , en leur déclarant qu'il ne faisait la guerre qu'aux États de son ennemi Devlet-Ghireï , et non pas au sultan , dont il était jaloux de conserver l'amitié.

Les pachas eux-mêmes vinrent lui offrir des présens; ils donnèrent de grandes louanges à son courage ainsi qu'à ses bons procédés pour le sultan. Néanmoins Devlet-Ghireï , revenu de sa première frayeur ^ eut connaissance du petit nombre de ses ennemis. Il se mît sur-le-champ à la poursuite d'Adachef , le long des rives du Dnieper^ que les troupes russes remontaient lentement , en faisant feu sur les Tatars qui se présentaient a portée. Il évita les cataractes et aborda à l'Ile du monastère , où il se prépara au combat ; mais le khan , qui craignait de n'en recueillir qu'une nouvelle honte , s'en retourna lâchement.

La nouvelle des exploits du jeune héros ayant été apportée à Moscou par le prince Féodor Rhvorostin , son compagnon d'armes y causa la plus grande joie au tzar ainsi qu'à toute la nation^ et le métropolitain fit chanter un Te Deum en actions de grâces. Le rapport d'Adachef ayant été lu publiquement^ fit éclater la commune allégresse; les Russes étaient ravis d'apprendre qu'il nous avait ouvert la route de cet empire, séjour de crimes et de perfidies^ où jusqu'alors nos guerriers n'avaient jamais encore versé le sang des infidèles^ On se ressouvenait aussi que le christianisme avait fleuri jadis dans ces contrées où

55o HISTOIÏIE

S. Vladimir avait reconnu l'existence du vrai Dieu j et Ton pensait que Jean ne tarderait pas à exécuter des projets qu'il méditait sans doute ^ et que l'on verrait de nouveau arborer la croix sur les bords du Salguir. En effet ^ le t^ar avait l'intention d'abandonner notre ancien et tmiide système de guerre, et de prendre l'offensive contre ces brigands. Ayant donc envoyé des médailles d'or à Adachef et à ses valeureux compagnons d'armes, il leur ordonna de se rendre auprès de lui pour, l'aider de leurs conseils ; mais la guerre avec la Livonie s'étant rallumée plus terrible que jamais , sauva la Tauridé. Jean ne laissa que les Noga'is et les Cosaques pour inquiéter le khan, et lui écrivit, en réponse à ses nouvelles propositions de paix :

« F^QUs voyez que la guerre avec la Russie ri est » plus accompagnée d'un avantage certain.

» Nous connaissons maintenant le ' chemin de » vos Etats par terre et par mer. Ne vous con- » tentez donc plus de nous adresser d* insidieuses » projnesses; mais donnez^nous des preuves de » votre amour de la paix ^ et nous redeviens » drons amis. » Indépendamment des Nogaïs qui obéissaient au prince Islam et des Cbsaques du Don, le tzar avait encore dans les princes Tcberkesses des serviteurs dévoués ; ils lui de-

DE RUSSIE. 5'5l

mandèrent des chefs pour diriger leurs entreprises de guerre contre les Tauriens^ et des pasteurs de l'Eglise , pour convertir leur pays à l'Evangile ; on s'empressa d'exaucer leurs désirs, et le tzar leur envoya le brave "Vichnevetzky , ainsi qu'un grand nombre de prêtres^ qui^ ayant érigé des temples au milieu des vallées et sur les montages du Caucase , y rétablirent le^ christianisme autrefois florissant dans ces contrées.

Le tzar qui venait d'accorder, comme faveur spéciale, une trêve à l'Ordre, éloigné de supposer que les Livoniens dussent la rompre', avait fait évacuer l'Esthonie par son armée , et* attendait des nouvelles du grandrmaître. Mais K.etler gardait le silence;, et dans la persuasion où il était qu'il fallait ou vaincre les Russes ou s'assujétir à eux , il se détermina à partir pour Cracovîe et non pas pour Moscou , afin de déterminer Auguste à prendre, avec chaleur, une part active dans cette guerre , décidé à accepter toutes les conditions que le roi voudrait mettre à sa coopération, lors même qu'elles fieraient destructives de l'indépendance de l^Ordre ; car , à la rigueur, les Livoniens préféraient la domi-* nation des Polonais à celle des Russes , qui , de toute ancienneté, leur étaient odieux. La dignité de grand-maitre n'était pas encore dégradée dans

352 HIST.OIRE

Topinion générale. Le jeune Ketlér , d'un extérieur agréable^ doué de beaucoup d'e^rit^ d'une éloquence persuasive , réunissant à ces qualités une grande noblesse de sentintens ^ se présenta a Auguste , aveé Tappareîl d'une splendeur ternie, entouré d'un grand nombre des plus illustres dignitaires de l'Ordre ; il repré^nta avec force les malheurs de la Livonie , lès dangers auxquels la Pologne elle-même était exposée, les terribles projets de Jean ; il démontra^ en outre^ a quel point la guerre devenait inaispensable au roi , et la probabilité de la victoire , reconnaissant toutefois combien les Russes étaient nombreux , mais ne parlant qu'avec mépris dé leurs talens militaires. Auguste ayant consulté a ce sujet l'opinion de la diète , les seigneurs polonais, entraînés par l'éloquence du grand-maltre , voulaient à l'instant tirer le glaive ; mais les Livoniens^ mieux instruits des forces que pouvait déployer la Russie, conseillèrent d'employer, avant d'en venir à cette extrémité,- tous les autres moyens capables de sauver l'Ordre de sa ruine; par exemple de vigoureiuses instances, des demandes hautement soutenues, ou des menaces appuyées par des préparatifs de guerre. Le traité fut enfin conclu. Le grand^maifre et l'archevêque de Riga remirent entre les mains

du roi , coBome garantie , les forteresses de Ma- '^^9rienhaiisen^ Lauban, Acherat^ Duoebourg^ entreiaLî-

Tk • 1 X 1 ^ 1 • vonie et

Rosiclien ^ Loutzen , s engageant a lui payer sept Auguste. cent mille florins , lorsque la guerre serait terfninée. Le roi de son côté donna la promesse de soutenir la Livonie avec toutes ses forces , de la faire rentrer dans la possession intégrale de ses Etats y et de partager fraternellement avec rOrdre les.conquétes futures que Ton ferait sur les Russes.

Muni de cet acte, Ketlér retourna en Livonie comme en triomphe ; il encouragea les dignitaires et les citoyens , répondit de la fidélité du roi et du succès de la guerre , et ne demanda qu'un dévouement généreux de la part des véritables enfans de la patrie. Les plus brillantes esjpérances animaient tous les cœurs; on43tait convaincu de la puissance de la Litbuanie; on se rappelait la célèbre victoire remportée par ses armées sur les bords du Dnieper , et è'on croyait trouver parmi les voïévodes d'Auguste , de nouveaux Constantins Ostrojsky. « O^est nous qui » devons leur montrer le chemin de la victoire^ n disait Ketler ; «, celui qpi demande le secours » des autres y doit faire preuve de zèle et d^acf^ » tivitén Soyons' les premier à tirer le glaive, » eï nous entraînerons nos amis au champ

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