‹ Histoire de l'empire de Russie (volume 5)Chapitre 4 sur 20 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Suite du règne de Jean IV*

Préparatifs de guerre contre Kazan. ^- Relations de la Russie avec les puissances d'occident. — Le vieux Boulgakof est rendu à la liberté. — Fondation de nouvelles forteresses. — Cosaques du Don. — Nouveau khan en Tauride. — Affaires d'Astrakhan. — Épidémie à Sviaga. — Ëdigée , tzar de Kazan. — Envoyé du métropolitain à l'armée de Sviaga. — Opinions du conseil sur les affaires de Kazan. — Départ du souverain. — Incursion du khan de Crimée. — Assaut livré à Toula.

— Fuite du khan. — Trophées conquis.— Murmures de l'armée. — Campagne. — Siège de Kazan. — Premier combat. — On dispose les gabions. — Sortie vigoureuse des Tatars. — Effets des batteries. —Le chef de partisans Yapantcha. — Fatigues de l'armée. — Division des corps. — Destruction du corps de Yapantcha. — Opiniâtreté des assiégés. — ; On fait sauter le chemin souterrain. — Découragement desKazanais. — Activité de Jean. — Prise du fort et de la ville d'Arsk. — Attaque des Tchérémisses des plaines. — Enchantemens. '

— Construction d'une tour élevée. — Propositions aux Kazanais. — Affaire sanglante. — La terrasse saute en l'air. — Occupation dje la tour d'Arsk. — Dernière prq-

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position aux Kazanais. — Dispositions de l'armée pour l'assaut. — Explosion des mines. — Assaut.— Héroïsme Aeè combattans. — Avidité d'une partie des assiégeans. — Magnanimité de Jean et des boyards. — Trait de "courage du prince Kourbsky. — Prise de Kazan. — On arbore la croix sur la porte principale. — Entrée du tzar à Kazan. — Les prisonniers russes délivrés. — Jean harangue l'armée. — Festin donné à l'armée. — Soumission du district d'Arsk et des Tchérémisses de» plaines. — Entrée triomphale à Kazan. — Observations sur Kazan. — Organisation du gouvernement. — Conseil des grands. — Retour du tzar à Moscou. — Naissance d'un tzarévîtch. — Accueil fait à Jean. — Discours du tzar au clergé. — Réponse du métropolitain. — ' Fête au palais et munificence de Jean.

Prëpara tifs de guerre

Lj a nouvelle des ëvénemens dont Kazan venait d'être le théâtre, parvint au tzar vers la fin de Kaum. mars. Il donna aussitôt à son beau-frère ^ Daniel Romanovitch, l'ordre de se mettre en marche pour Sviaga avec l'infanterie légère , et à Schîg- Alei celui de se rendre à Kassimof . 11 annonça , dans une séance solennelle du conseil, que le temps était arrivé d'abattre l'orgueil de Kazan. « Dieu » lit au fond de mon cœur, dit*il avec feu ; je ne » recherche point une vaine et terrestre gloire , » mais je veux assurer le repos des chrétiens. » Comment pourraîs-je un jour dire sans crainte >) au Très-Haut : Me voici avec les sujets que tu

» m^as confiés ^ si je ne les mets pas a l'abri de la » fureur des étemels ennemis de la Russie , de » ces barbares avec lesquels on ne saurait avoir » ni paix ni trêve ? » Les boyards , en donnant de justes éloges à cette courageuse résolution , conseillèrent au tzar de rester à Moscou et d'expédier ses voïévodes contre Kazan : w Car y disaient- » ils ^ /a Russie a plus d'un ennemi , et s^il » arrivait que y pendant votre absence y les Tau* » riens et les Nogaïs vinssent attaquer sesfron^ » tièresy quel est celui qui pourrait les dèfen^ » dre ? M Jean répondit qu'il saurait prendre les mesures exigées pour la sûreté de l'empire, mais que pour lui il se rendrait où son devoir l'appelait. Sur-le-champ on expédia des ordres vers les points les plus éloignés, pour réunir une armée à Kolomna et à Kochir , et aux lieux plus rapprochés pour se rassembler à Mourom. Les princes Alexandre Gorbaty et Pierre Schouisky furent désignés pour conduire les régimens moscovites àNijni-Novgorod; Michel Glinsky , à la tête des enfans boyards, des strélîtz , des cosaques d'Oustiougue et de la Viatka, devait former un camp sur les bords de la Kama , et les voïévodes de Sviaga étaieht chargés de faire occuper par de légers détachemens, tous les passages du Volga- Avant de se préparer ainsi à de glorieux ex**

i55a. ploits , le jeune tzar s'était asi^urë des disposltloos Relations pacifîques des puissances d'Occident voisines de sieayecies ses Etats. La Suède et la Liyonie ne demandaient d'Occi-^** qu'un libre commerce avec les Russes. La cour de Moscou était ^ à la vérité y en discussions avec le roi de Pologne , relativement aux titres et au territoire de Sébéja; on se prodiguait des paroles dictées par une mutuelle animosité^ mais^ de part et d'autre, on tâchait d'éloigner la guerre. Auguste témoigna même des égards à Jean : sans exiger de rançon , il rendit la liberté au prince Le vieux Michcl Boulfi^akof Galitza , qu'auparavant il n'a-

prince o ^ n l

Bouigakof yait pas voulu échanger, et le renvoya à Moscou

recouvre * o ' J

la liberté, avcc un autre dignitaire , le prince Selekhof. Il écrivait à ce sujet au tzar : « Nçus regardons » comme un devoir d^ honorer la fidélité ^ rion^ n seulement dans nos propres sujets, mais aussi » dans les étrangers y diaprés ces motifs', je » rends la liberté au principal poïéuode de votre ,» père. Tous les autres prisonniers de distinc^ » tion y tombés entre nos mains dans la célèbre » bataille d^Orscha , sont descendus a« tom- >y beau. » Le tzar témoigna à Auguste son extrême reconnaissance de ce procédé , et accueillit, avec la plus vive affection , le vieux Boulgakof qui avait enduré une captivité de trente-huit ans ; 4 lui envoya une pelisse de grand prix ^ le décora

d*Lme riche médaille d'or, et , en un mot , le traita '^^^•

comme un ami. Ce i^ieillard , épuise par une Ion-*

gue infortune^ accablé par les fatigues du voyage^

ne put exprimer que par des larmes^ la gratitude

dont son cœur était pénétré.

Ije tzar n'ayant rien à redouter des puissances

civilisées de l'Europe , s'occupa de pourvoir à la

sûreté de nos frontières du sud-est. Deux nO^- fondation de

velles forteresses , Mikhaïlof sur laProna et Cha- nouvelle»

//• 1 fortercs-

tsk sur la Tzena , contribuèrent à la défense de ses. Rézan et de Metchera,. Mais un sujet d'épouvante bien plus grave pour les barbares , bien plus important pour la défense de la Russie entre Azof ^„®*jg^*' et là mer Caspienne^ fut l'organisation d'une nouvelle république guerrière , composée d'hommes unis aux Russes par la religion. et le langage , et dont la physionomie présentait un mélange de traits asiatiques et européens ; infatigables à la guerre, cavaliers et partisans par nature^ souvent ils étaient , à la vérité , opiniâtres , insubordonnés , pillards ; mais ils réparaient ces vices par leurs exploits , leur infatigable zèle et leur courage.: nous parlons ici des célèbres Cosaques du Don , qui parurent alors sur le théâtre de L'histoire. On ne peut douter que ce ne soit ces mêmes Cosaques d' A zof qui, dans le courant du quinzième siècle , répandaient l'effroi parmi les

. voyageurs dans les de'serts de Karkof , de Voronège et les contrées aux environs du Don ; qui pillaient les maix:hands moscovites sur la route d'Azof , de Rafa ; captivaient les gens envoyés par nosvoïévodes dans les stepps à la découverte des Nogaïs et des Tauriens^ et enfin inquiétaient l'Ukraine. Leur origine n'est rien moins qu'illus-* t|^ : on les fait descendre de déserteurs russes , qui allèrent chercher une liberté sauvage et du butin dans les campemens des hordes de Bâti , lieux inhabités y mais fertiles^ au confluent du Don et du Volga^ oii y depuis long-temps , était établie la route de commerce de l'Asie avec l'Europe septentriof lale ; ils s'afiermireot dans la possession de ce pays , et s'emparèrent de la ville d'Akhas y qu'ils nommèrent Tcherkas , ou Gosaqœ. ( Ces deux noms ont la même signification*)

Il est vraisemblable qu'ils se procurèrent des femmes du pays des Tcherkesses^ et que par ce mélange des races , ils commuoiquèrent k leurs enfans quelque chose de l'extérieur asiatique. Le père de Jean ayant des plaintes à porter contre eux y s'adressa au sultan en sa qualité de souverain du pays d'Azof ; mais les Cosaques qui éprouvaient de la répugnance à dépendre de l'empire niabométan y préférèrent reconnaître la souve-^

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raineté de la Russie^ et^ ea i549^ Sariasman i^^* qui prenait le titre de sujet du tzar , construisit des forteresses sur le Don : ainsi devenus maîtres du cours de ce fleuve jusqu'à son embouchure y ils exigaient un tribut d' Azof ^ faisaient la guerre aux Nogaïs, à Astrakhan^ à la Tauride, et n'épargnaient pas les Turcs ; ils s'engagèrent à servir de garde avancée et vigilante à la Russie/ leur ancienne patrie , et ayant planté la croix: sur leÈ frontières de l'empire ottoman , ils exposèrent ainsi les bornes de l'empire de Russie aux regards du sultan y qui jusques-là s'était faiblement occupé de nous ; aussitôt il ouvrit les yeux, reconnut le danger et songea à en préserver les possessions septentrionales des Mahométans. Le nouveau khan Devlét-Ghireï , neveu de feu Sahib, Nonveau régnait alors en Tauride : il forma la résolution Tauridt. de sauver Kazan. Les ambassadeurs de Soliman engageaient les princes nogaïs , Youssouf et autres, à se réunir à l'étendard de Mahomet pour mettre un frein à l'esprit de dominatTon des Russes ; il leur écrivait : w L^ éloignemeni ne me » permet de secourir ni Azofj ni Kazan* » Conciliez une étroite alliance apec le khan » de Crimée ^ je lui ai ordonné de renvoyer » tous les habitons d^ Astrakhan dans leur pa- » trie^ qui me doit sa nouvelle existence ; yy Tome VIII. 9

» enverrai incessamment un tzar; je donnerai >î Kazan et la courmine à la race des Ghiréi ; » en attendant soyez ses défenseurs! m Mais ces princes faisant un commero^ avantageux avec la Russie^ étaient loin de désirer la guerre. Astrakhan ^ place importante et indispensable au d'iâim-*^* commerce de l'Asie occidentale , sortait à peine khan. ^^ gçg ruincs j Yamgourtché,qui y régnait alors, offrit au tzar un dévouement sincère , et Ton fît partir pour sa cour un officier chargé de traiter avec lui. Le tzarévitch d'Astrakhan , Kaïboul , fîls d'Akoubek, épousi^ en Russie la nièce dé Schig-Alei, fille d'Enalei,et obtint à titre de fief la ville de Yourief. Comme le monarque russe n'avait à craindre que le khan de Crimée, il attendait des nouvelles relatives à ses mouvemçns , rassemblait des troupes et se préparait à combattre à la fois Kazan et la Tanride. ' Épidémie Cependant les séditieux de cette capitale , ayant à bTiaga. £^j^ demander un tzar dans les campemens no^ gaïs, excitèrent des troubles dans le ^ays des montagnes. Un malheur d'une autre espèce vint accabler l'armée russe ; il se manifesta au printemps une épidémie dangereuse à Sviaga, et chaque jour le scorbut y faisait mourir beaucoup de monde . Les voïévodes découragés se tenaient dans unecomplète inaction ; tandis que lesKazà-

nais, redoublant d'activité et d'ardeur > p^rve*- iSSs. naient avec la force ou la persuasion, à faire aban« donner notre cause par leurs ci-devant sujets. Pour paralyser ces manœuvres hostiles , le tzar ordonna aux princes Gorbâtof et Schouisl^y ,- de se rendre promptement , de Nijni-Novgorod h Sviaga , à la tête de leurs troupes ; mais les plus tristes nouvelles arrivaient successivement à Moscou : on écrivait que Tépidémie faisait de jour en jour de nouveaux progrès à Sviaga; ef que lés habitans des montagnes y agissant en ennemis , s'emparaient de nos bestiaux : les Kazanais vainqueurs dans des combats paftiels massacraient tous les enfans boyards et les Cosaques qui tombaient entre leurs mains. Les voïévodes ayant appris qu'Edigée-Makmet arrivait des campemens nogaï^ à Ja tête de cinq cents guerriers , expé- J^'^ll dièrent , pour le surprendre, des troupes qui ne Ka»an. purent s'emparer de lui : il arriva à Kazan , monta sur le trône et jura d'agir en' implacable ennemi de la Russie.

Jean eut le chagrin d'apprendre le même jour les ravages de la maladie contagieuse qui régnait à Sviaga , et l'existence d'un mal d'une autre espèce , dont les cruels effets se portaient sur le moral. Cette ville nouvelle était remplie de gens de guerre qui y se considérant comme hors de la

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Russie 6t par conséquent dispensa de suivre ses lois f croyaient que leurs hauts faits leur donnaient le droit de s'abandonner à la licence, de' se livrer à tous les excès de la débauche j sans mettre aucun frein à leurs abominables penchans. D'après la volonté de Jean , le métropolitain y EnToyë cnvoya Timothée , archiprétre d'Archangel , poiitain à avec de l'eau bénite et des exhortations verbales Sri^a! * ou écrites, adressées aux chefe et à toute l'armée. i< Par la grâce de Dieu, leur écrivait-il, la sagesse >) de notre tzar, votre bravoure et la fermeté des » chrétiens vous ont placés dans un pays ennemi. » Le seignejur nous a aussi livré Kazan sans ef- » fusion de sang; chaque jour voit augmenter » notre prospérité et notre gloire : la Lithuanie , M la Germanie recherchent notre amitié. De » quelle manière pouvons-nous témoigner au » Tout-Puissant notre reconnaissance pour tant » de bienfaits ? N'est-ce pas en remplissant ses » . divins conmiandemens ? Mais en ^uivez-vous » les préceptes ? Des bruits répandus parmi le » peuple inquiètent le cœur de notre souverain M et alarment le mien. On assure que quelques » uns d'entré vous , oubliant la crainte de Dieu , » se plongent dans les péchés honteux qui ont » attiré.le feu du ciel sur Sodome et Gomorrhe ; >) que plusieurs filles ou femmes, pourvues d'at-

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» traits et choisies parmi les captives de Kazan , i552. » rendues maintenant a la liberté , vivent au » milieu de vous, souillées de débauche; que » pour leur plaire vous approchez le rasoir de • » vos barbes , comme pour prouver, par cette in- » décente nudité de vos vispges , que vous avez » honte d'être hommes. Je dois croire à ces tur- » pitudes, Car le Seigneur vous punit non-seu- )) lement par une cruelle maladie , mais encore » par le mépris dont vous vous trouvez Fobjet. » Qu'est devenue votre gloire ? vous, autrefois la M terreur des ennemis, vous n'êtes plus aujour- » d'hui pour eux qu'un sujet de ridicule. Les » armes sont émoussées lorsque la vertu n'em- » brase pas les cœurs , et le vice détruit la force >ï et le courage. Le crime a levé la tête , la ' » perfidie s'est manifestée à vos yeux ; et vous, » faibles guerriers , vous inclinez vos boucliers » devant ces ennemis de votre salut. Dieu , Jean » et l'Eglise vous invitent au repentir. Changez a de conduite , si vous ne voulez pas voir tom- » ber sur vous la colère du tzar et l'excommuni- » cation de l'Eglise, w

Le tzar présidait au conseil ou s'occupait à ai mai. inspecter ses régimens et le matériel de l'artillerie , témoignant la plus grande impatience de se mettre en campagne. Les princes Jean Mstis-

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lafsky et Michel Vorotinsky, nommés alors par laveur spéciale serviteurs du monarque ^ se rendirent à Kolomna avec le principal corps d'armée . L'avant- garde , composée de cavalerie légère, était comipandée par les princes Jean Pronsky Tourountaï et Dmitri KHilkof j la droite par le boyard Pierre Tcbenîatef et le prince André Kourbsky ; la gauche par le prince Dmitri Mikoulinsky et Pletchéief ; l'arrière-garde par le prince Obolensky-Sereberni et Siméon Tchéremetief ; enfin la cavalerie légère de la garde du tzar par le prince Vladimir Vorotinsky et le boyard Jean Tchéremetief. Déjà l'armée occupait les positions depuis Kochir jusqi^'à Mourom ; l'Oka et le Volga étaient couverts de bateaux de transport, chargés de munitions et d'artillerie, qui se rendaient à Nijni-Novgorod, et les boyards Opinions du conscil étaient encore divisés d'opinion au surcktiverà jet de cette grande entreprise. Plusieurs d'entre "°" eux étaient d'avis qu'il était plus convenable de marcher contre Kazan , en hiver qu'en été , et Schig-Alei était particulièrement porté pour cette opinion : nous dirons ici que Jean l'ayant appelé de Kassimof à Moscou, l'avait comblé de grâces ^t de bienfaits. Il lui donna plusieurs villages à Metchera , et lui accorda la permission d'épouser Siouyounbeka^ veuve de Safa-Ghireï. Alei

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n'était pas propre à la guerre , à cause de sa timidité et de son énorme corpulence ; mais il se distinguaitpar la solidité de son jugement, a Kc^ » zan^ dîsait-il, est entourée de forêts y de lacs » et de marais : V hiver vous servira de pont, » Ces motifs furent insuffîsans pour décider le tzar à différer plus long-temps, a U armée est » prête j dit-il , les munitions sent expédiées , » et avec Vaide de Dieu^ nous trouverons une » route pour parvenir à un but aussi louable. » Il se détermina à partir sur-le-champ pour Kolomna.

Le i6 juin, Jean prît congé de la tzarine : elle Dépatt était enceinte , et tomba , en pleurant , entre les ^^ bras de son époux. Au lieu de céder à son atten*drissement , il montra de la fermeté , et tâcha de la consoler, en lui disant q^'il remplissait les devoirs d'un souverain , et qu'il ne craignait pas de mourir pour la patrie; il recommanda Anastasie à Dieu , et à cette princesse tous les pauvres et les infortunés. « Sois bonne et bienfaisante pen-^ » dant mon absence, lui dit-il^ jf^ remets lepou* » voir suprême entre tes mains ; ouvre les pri- >) sons y lève les confiscations les plus méritées^ » si tu le juges à propos ^ le Très- Haut saura » récompenser et ma vaillance et ta bonté. »

Anastasie se mit à genoux , et d une voix élevée

uar.

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elle supplia le ciel d'accorder à son époux Ist santé et de glorieux triomphes. Cette touchante invocation ayant rendu le calme à son âme y elle reçut son dernier embrassement sans aucun signe de faiblesse. Alors le monarque se rendît à la basilique de l'Assomption, où il se mit en prières j ensuite il recommanda au métropolitain , ainsi qu'aux évêques, d'intercéder auprès de Dieu pour }a Russie , d'être les consolateurs d' Anastasie et les conseillers de son frère Youri , qui restait à Moscou à la tête du gouvernement. Les ecclésiastiques , les boyards , les citoyens , tous répandaient des larmes et embrassaient le souve-^ rain. Il monta k cheval , en sortant de Téglise , et accompagné de la cavalerie de sa garde , il prit la route de Kolomensk, oii il dîna avec les boyards et les voïévojdcs. Il était gai, affable, et témoigna le désir de passer la nuit a Ostrof, son village favori. Comme il était en route pour s'y rendre, il rencontra un courrier venant de încnr.ion pQutivle avcc la nouvelle que les Tauriens se

«Il khaa *

deCriinec. portaient en niasse des rives du Donetz septentrional sur l'Ukraine : on ignorait s'ils étaient commandés par le khan en personne ou par son fils. Cette nouvelle ne parut donner aucune inquiétude au tzar : il encouragea au contraire par ces. paroles tous les officiers dont il était en^

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touré : « Nous n^ avons rien fait pour pousser le issa. » ihan d la guerre / mais s^ il pense engloutir » la chrétienté ^ il nous trouvera tout prêts à » défendre la patrie : Dieu est apec nous I » Jean se rendit en toute diligence à Kolomna , et se fit accompagner par le prince Vladimir Andreïévitch , au lieu de le renvoyer à Moscou , ainsi que d'abord il en avait eu le projet. »

En arrivant à Kolomna, uti nouveau rapport ^ i"*°parvenu à Jean lui apprit que les Tauriens marchaient sur Rezan. Il fît au plus vite les dispositions convenables ; il plaça le corps principal en position à Kolitchef , Tavant-garde à Mstislavle, l'aile. gauche de l'armée à Goloutvîn, et après avoir consulté Schîg-Alei, il l'envoya à Kassimof avec le prince Vladimir Andreïévitch j lui-même il alla inspecter l'armée qui était sur l'Oka ; il y harangua Içs ofEciers et les soldats , gagna tous les cœurs par ses manières gracieuses et affables^ enflamma en un mot le courage de tous les guerriers qui , dans leur enthousiasme , s'écriaient ; « Nous sommes prêts d mourir pour la religion » et pour notre vertueux prince I Ayant choisi une position avantageuse pour livrer bataille, il retourna à Kolomna et dépêcha un courrier à Moscou avec des lettres pour la tzarine et lé métropolitain ; il leur marquait qu'il attendait le

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khdn sans aucune crainte ^ fondant son espoir en la grâce du Tout-Puissant, leurs prières et la bravoure dcFarmée. a Que les temples soient ^ » constamment ouverts à Moscou ^ ajoutait-il , » et que la confiance remplisse tous les cœurs! n Le tzar reçut, le 21 juin, la nouvelle que les Taurîens se trouvaient à peu de distance de Toula. Aussitôt les voïévodes Teheniatef, Kourbsky, Tourountaï, Khilkof, Vorotinsky^ se mettent en niarcbe pour voler au secours de cette ville ; ils apprennent en route que l'ennemi était peu nombreux , et qu'il s'était éloigné après avoir brûlé quelques villages : mais le !i3 juin, au moment où le tzar était à table , un courrier extraordinaire expédié par le prince Temkin , Assaut gouverneur de Toula , apporte au tzar cette dé-

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