‹ Histoire de l'empire de Russie (volume 5)Chapitre 6 sur 20 · Tome VIII · texte numérisé non relu

Tome VIII

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atteudaient le tzar pour lui annoncer que la rive droite du Volga se soumettait entièrement à lui^ et que la paix ^ la tranquillité y étaient rétablies^ Les rebelles témoignaient un yif repentir , et le tzar , pour preuve de sa bienveillance , invita leurs anciens à sa table. Ils jurèrent de réparer le passé, et afin que l'on n'élevât aucun doute sur . leur sincérité , ils se mirent à frayer un chemin à l'armée dans les endroits les plus impraticables et a préparer des ponts sur les rivières, promettant de prendre les armes contre Kazan.

Le 6 d'août , l'armée étant parvenue à la petite rivière de Kivata, le tzar entendit la messe et communia. Le 1 1 , les voïévodes de Sviajsk , venus à sa rencontre , se présentèrent avec l'armée sous leurs ordres, composée d'infanterie et de cavalerie; elle était divisée en trois corps, dont le premier avait pour chefs le prince Alexandre Gorbaty et le boyard Daniel; celui des princes Siméon Mikoulinsky et Obolensky> était composé d'enfaiis - boy ards ; enfin le troisième , de Cosaques , de Montagnards , de Tchérémisses et de Tchouvaches. Le tzar fit le plus gracieux accueil aux généraux ainsi qu'à leurs guerriers, dont le nombre s'élevait à plus de vingt mille ; ils eurent l'honneur de baiser la main du prince y qui leur parla

DE Russie/ w

avec bonté, loua la bonne tenue et la bravoure d.s troupes, et leur donna un grand repas dans la plame de Beïsa : les officiei^et les sL pies «,ldats dînèrent sous des tentes ouverte: o^ ^^ «*«'««P«-I>e etie coup-d'œil ravissant: on apercevait d'un côté de vertes prairies , des colimes, des bosquets, de noires forêts; de 1 W k cours majestueux du Volga , ses bords escarpes et s^Ues romantiques; enfin, dans l'éloigne- ^ent, h vue se perdait dans les immenses plame. de l'autre rive , bornées par l'horison. Ou trouvait quelquefois, pendant la marche, des vdlages Tchouvaches situ^ dans des lieux escarpes ou dans des enfoncemens : les habitans fournissaient aux troupes du pain et de l'hydromel , et comme on se trouvait alors en carême, c'était a ces provisions que se réduisait la table du tzar ; les soldats buvaient de l'e«u pure , et persomi^ ne songeait à se plaindre : en un mot, la sobriété et le contentement régnaient dans l'armée.

Le 1 3 d'août, on aperçut Sviajsk , et ce fut avec la plus vive satisfaction que le tzar fiia ses regards sur cette vUïe naissante, fondée sous -son règne , pour attester les victoires des Russes et le triomphe des. chrétiens sur les infidèles. Jean açcueilU par le clergé, fit son entrée au milieu de la cavalerie légère , commandée par le prince

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Pierre Schouisly et le hojaré Zabolotzki. S'étant rendu à l'église cathédrale ^ les diacres entœmèrent l'hymne Inplurimos amios, et lés bàjurds lui adressèrent leurs félicitatioiia comme à un conquérant > cféateor de Stiajsk. Le t2arcxâH> mina les fortifications ^ les joUes rM& el les msir* sons } il trouva les magasins biea «{^provisionnés , et témoigna sa recoonaissjiuca «a prino» Miloiilinsky ainsi qu'aux autres. cheJ&. EttdkaHté àeé points de vue qu'il découvrait^ il dit a ses officiers qiie la Russie entière n^ pouvait ofiHr de sem^ {)lable position. On lui avait pa^épavê une maison ; mais il remonta à chevsd en disaat : k Je suis » maintencmt ew campagne , ^ ^^ quitta la ville pour aller occuper une teifte au iiuli«u àm camp. ti'armée j^ fatiguée pat une longve matche , pouvait e^|iérer désormais de vivre au sein de f abondance y dans un pays agréable. Des Mti-^ mens chargea de toutes sortes de coniestibles ef de marchandises précieuses > arrivaient sans cesse de Moscou^ de Yaroslaf^ de Ni)m^ et bientôt les bords du Volga furent transformés en vm vaate entrepôt; où les marchands déposaient sur (q i^able et sous des tentes , les iriehes produits du çoiwnerçe d'Europe et d'Asie. Les offieiet s distingués de l'aru^ée recevant leurs prov^îons et tout ce qui leur était néeessoire ^ par le maye»

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du fleuve , se irouyaient comme s'ils eussent été chez eux , jouissant d'une bonne table et de toutes Ips douceurs du luxe.«.* Mais Jean ayant rassemblé en conseil Sc^ig^Alei y le prince Vladimir , fils d'André , et les boyards , on prit la résolution de n|arclier# sans perdre de temps^ contre Kazan. Alei p en sa qualité de parent d'Yediguer^ se chargea de lui faire parvenir une lettre pressante , pour l'engager à ne point persister dans le fol orgueil qui Iç portait à se considérer comme l'égal d'un grand monurque chrétien ; à rentrer dans les bornes du respect et de la soumisâon ; à l'inviter enfin à se rendre, sans aucune crainte, au camp du tzar. On écrivit aussi aux seigneurs de Kazan ., pour leur persuader que le tear désirait leur repentir et nQu pas leur ruine ; que s'ils lui livraient seule-^ ment les auteurs de la sédition y les autres pourraient vivre sans inquiétudes sous la bénigne influence de son gouvernement. Le i5 août, un Tatar fut expédié avec ces dépêches , et le lendemain l'armée commença à traverser le Volga.

Parvenus à la description du siège de K azan , l'un des faitsles plus mémorables de notre histoire , nous remarquerons que , semblable à la bataille contre Mamaï^ cet événement est encore présent à la mémoire des Russes , comme l'un des plus célèbres exploits de l'antiquité , et qu'il est connu

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dans les chaumières aussi bien que dans les palais. Deux circonstances contribuèrent surtout à lui donner cette célébrité extraordinaire : d'abord parce que ce fut alors que , pour la première fois , les Russes essayèrent de s'emparer d'une place forte selon les règles de l'art ; ensuite l'intrépidité rare , étonnante , que déployèrent ses défenseurs y et leur héroïque désespoir qui nous fit acheter la victoire au plus haut prix. Au mo-« ment de se soumettre au souverain de Russie f pour se soustraire à la cruauté de Schig*Alei , ils eurent , pendant un intervalle de cinq mois , le temps de réfléchir aux conséquences qui devaient résulter pour eux de cette détermination : en admettant un gouverneur du tzar ^ Kazan n'aurait plus été qu'une ville moscovite. Les grands et les ministres de la religion entrevirent , sans doute y l'anéantissement de leur puissance, et le peuple frémit à l'idée de tomber dans l'esclavage. Les sentimens généreux qu'exciten* l'amour de la patrie et son indépendance, l'attachement à leurs coutumes , à la foi de leurs pères p augmentés encore par des souvenir^ antiques, électrisèrent tous les cœurs. La haine naturelle des musulmans contre les chrétiens , jadis leurs tributaires et maintenant oppresseurs des descendans de Bâti , surmonta le penchant naturel qui

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porte les hommes à reehercher les douceurs d'une i55a. vie paisible^ à les préférer à tout : elle produisit l'enthousiasme , excita la soif du sang et de la vengeance ^ les porta à affronter les plus grands périls et enflamma leur zèle pour les grandes actions. L'élan héroïque des Kazanais ne leur permit pas d'envisager leur faiblesse ; et comme dans les déterminations les plus désespérées un secret espoir pénètre encore dans les àmes^ ils rappelaient à leur souvenir tous les sièges auxquels leur capitale avait résisté ^ et se disaient : « Ce n'est pas la première fois que nous » voyons les Moscovites sous nos murs } leurs » infructueuses attaques se sont toujours ter- » minées par des retraites , qui nous ont ap- » prêté à rire à leurs dépens, w Telles étaient les dispositions du peuple et du tzar de Ka'zan. Mais Jean oflîrait encore de leur pardonner, pour combler la mesure d'une longue patience , po^r agir y en cela , d'une manière analogue à la politique de son père et à celle de son aïeul. Le 19 août, le monarque, à la tête de cent cinquante mille combattans^ était déjà campé dans les prairies qui bordent la rive du Volga. Schig-Alei s'embarqua pour occuper l'île des étrangers, et le boyard Michel Morozof transporta par eau les trains d'artillerie , ainsi que ks

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matériaux et le$ bois prépares pour élever des , tours ou des terrasses^ destinées à foudroyer la forteresse. Mais pendant plusieurs jours de suite il tomba de fortes pluies j les riyières sortirent de leur lit, et^ répandant leurs eaux dans les prairie^ basses | y formèrent des marais ; ensuite les Kazanais ayant détruit tous les ponts et les chemins de fascines ;, il fallut rétablir les routes. Jean se trouvait sur les bords de laKasanla, lorsque le 20 d>QÙt il reçut la réponse d'Yediguer : elle ne contenait pas un seul mot qui eut rapporta la paix , mais ^ au contraire ^ tous sortes de propos outrageans pour lé tzar , la Russie, et en général toute la chrétienté ; ils qualifiaient Alei de traître, de scélérat, et terminaient par ces mots : a 'fout » est prêt y nous i^ous attendons pour commencer »-^la fête. » Le même jour, l'armée pouvait déjà distinguer liazap , car elle n'était plus qu'à six verstes de la ville ^ dans de riantes prairies , qui j semblables à un tapis vert y s'étendaient entre le Volga etla montagne au-dessus de laquelle la forteresse était construite : déjà on découvrait les mosquées , le palais en pierres , les tours élevées et de larges remparts en bois de chêne , garnis intérieurement de gravier et de terre glaise. On employa deux jours pour débarquer les canons et tout l'attirail de l'artillerie. Au railien

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<]i$ ces préparatifs y on vit arriver au camp un trtiisfHge kavanais, le mourza Kamaï ; il venait annoncer au souverain, que deux cents de ses compagnons avaient formé le projet de passer avec lui du côté des Russes , mais qu'on les: avait arrêta ; que le tzar Yediguer , le chef des imans , les princes nogaïs Isenech , Tchapkoun , Atalik, Islam, Alikéi Narikof, Kebek Tioumenisky et Derbich avaient tellement enflammé la fureur du peuj^e coiitre les chrétiens , qu'aucun d'entre eux ne songeait à la paix ; que la forteresse était abondamment pourvue de munitions de guerre et de bouche ; qu'elle était défendue par trente mille guerriers et deux mille sept cents Nogais ; que le prince Yapantcha avait été détaché avec un nombreux corps de cavalerie dans les plaines d'Arsk , afin d'y armer tous les habitans de la campagne et d'inquiéter les Russes par des attaques continuelles. Jean accueillit Kamaï très-favora-* blement , et d'après le conseil des boyards , il ordonna que ^ pour la construction des retran** chemens , l'armée aurait à livrer une poutre par chaque soldat et un gabion pour dix hommes ; que le corps principal et l'avant-^garde occuperaient les plaines d'Arsk, la droite les bords de' la Kazanka , et la gauche , une position au-dessus de la sienne : d'après ces dispositicms , Alei devait

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prendre poste derrière la Boulaka, auprès du cimetière ; enfin la cavalerie légère de la garde , commandée par le tzar lui-même et le prince Vladimir Andréiëvitcb ^ se tenir dans la prairie dite du tzar: il défendit sévèrement à tous les ofEciers de combattre de leur propre chef et sans son ordre formel.

Le 25 août^ l'armée se mit en mouvement à la pointé du jour. Les princes Pronsky et Troyekourof avec les Cosaques à pied et les Strélitz y formaient Tavant-garde ; après eux venaient les vo*iévx>des suivis des Atamans y des cbefs strélitz , des centeniers^ cbacun suivant son rang et son gradé : Farmée marchait dans le meilleur ordre et s'avançait en silence. Aussitôt que le soleil parut sur l'borisoa y le tzar découvrit Kazan ^ et d'un signe^ il fit airêter tous les bataillons; alors ^ au bruit des trompettes et de tous les instrumens de guerre y on déploya l'étendard sacré de la foi , présentant l'effigie de Jésus - Christ ^ surmonté de la sainte croix y et qui déjà avait flotté sur les rives du Don^ du temps de Dmitri. Le tzar, tous les guerriers y descendirent de cheval , la messe fut célébrée à l'ombre des drapeaux y et le monarque harangua l'armée ; son éloquence enflamma les cœur^ d'un noble enthousiasme; en ' exaltant la gloire' des héros qui tombaient

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pour la religion , il jura , au nom de la Russie y que les veuves , les orphelins , loin d'être oubliés de la patrie, deviendraient l'objet de ses soins et jouiraient pour toujours d^un sort paisible ; enfin , il fit vœu de sacrifier sa vie , s'il le fallait , pour encbalner la victoire et assurer le triompbe des chrétiens. Le prince Vladimir, son cousin , et les boyards lui répondirent avec atten* drissement : « Prince! que rien n^ arrête ton » courage ; nous sommes tous disposés à mourir » pour Dieu et pour toi. » Le confesseur de Jean lui donna sa bénédiction , ainsi qu'à toute l'armée enflammée d'une vive ardeur. Alors fixant ses regards sur l'étendard sacré, il fit le signe de la croix et s'écria : « Seigneur ! c^est » en ton nom que nous marchons contre les irifè' » dèles ! » Aussitôt il conduisit son armée sous les murs de la ville. Tout y paraissait abandonné et dans une profonde tranquillité : on n'y apercevait pas le moindre mouvement ; personne ne se montrait sur les murailles , de sorte que beaucoup de Russes étaient prêts à se réjouir, s'imaginant que le tzar de Kazan , frappé d'épouvante, s'était enfui dans les forêts avec son armée f mais les voïévodes, plus expérimentés, soupçonnaient un piège et regardaient cet événement comme un motif pour redoubler de prudence.

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Kwan^*^* Dans CCS dispositions , les Russes commencèrent le siège de Kazan. Sept mille strélitz et cosaques i pied ayant traversé ^ sur un pont que l'on venait d'établir ^ les eaux fangeuses de la Boulaka qui sort du lac Kaban et coule du côté de la ville y s'en approchèrent jusqu'à la distance d'environ deux cents toises; de là ils distinguaient parfaitement le palais des tzars et les mosquées ; gravissant alors une éminence ^ ils se disposaient à passer auprès de la forteresse pour aller occuper la plaine d'Arsk^ lorsque soudain Un bruit violent succède au profond silence qui régnait naguère dans la ville ; l'air retentit de cris de fureur , les portes massives roulent sur leurs gonds avec un sifflement aigu , et quinze mille tatars^ fantassins ou cavaliers, s'élancent sur les Strélitz y qui , trop faibles pour résister à ce choc impétueux et inattendu , sont bientôt rompus et mis en dés|ordre. Cependant les jeunes princes Chemiakin et Troyekourof arrêtent les fuyards qui, revenus de leur première surprise, reforment leurs rangs ; des enfans-boyards étant arrivés à leur secours , il s'ensuivit un engagement meur--^ trier. Les Russes n'avaient point de cavalerie | mais ils étaient inébranlables ; et non-seulement ils soutinrent toutes les attaques des ennemis ^ mais vainqueurs à leur tour , ils poursuivi*

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rent rennenii jusques sous les murs de la yille^ i55i. malgré le feu terrible de l'artillerie des remparts: ils firent plusieurs prisonniers et manœuvrèrent en retraite dans le meilleur ordre y sans précipitation ^ à la vue de toute Tarmée , qui , sans se laisser émouvoir, occupait tranquillement ses positions et admirait dans l'étoigoemeni le spectade gl<>rieux du premier succès obtenu par les Russes. L'ordre du tzar fut ponctuellement exécuté : personne ne songea à prendre part au combat sans en avoir reçu Fordre y et la (fiseipline mSitaire se manifesta y en cette occurrence , dans toute son étendue.

Cependant , les troupes ayant cerné Kazan, on dressa les tentes ainsi que trois égfises en toile, qui furent dédiées a St. Micbel , Ste. Catherine et St. Serge. Vers la fin du jour , le tzar it rassembler tous les voïévodes et leur donna verbalement ses ordres. La nuit fut tranquille j mais le Temp^ic lendemain il s*éleva une tempête si violente , que la tente du tzar et plusieurs autres furent déchirées; la violence du vent fit submerger un grand nombre de barques chargées de provisions et Tannée éprouva les pbis vives alarmes. On croyait qu'il ny avait plus d*espoir et que le -manque de paîn forcerait Farmée à se retirer honteusement; mais Jean ne partageait pas cette

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opinion : il fît venir de Sviajsk et de Moscou des' vivres , des vètemens chauds pour les soldats , de l'argent, et se prépara à hiverner sous les murs de la ville assiégée.

Le ^5 août, les troupes légères des princes Chemiakin et Troyekourof s'avancèrent des plaines d' Arsk vers la Kazanka ^ aunlessus de la ville , afin d'intercepter ses communications avec les Tchérémisses de la plaine ^ pour se joindre en-

- suite à l'aile droite et se rapprocher des murs

de la place. Les Tatars firent une sortie dans laquelle le valeureux Chemiakin fut blessé ; mais le prince Khilkof, chef de tous les postes avancés, étant accouru avec les enfans-boyards , l'aida à repousser les ennemis dans la ville. La même nuit , le corps de la garde et l'aile gauche disposèrent les gabions et les bouches à feu , sans être

pose les ga- inquiétés en aucune manière. Les Strélitz s'en-

bioms.

tourèrent d^un fossé et les audacieux Cosaques allèrent s'établir sous les murailles de la ville dans un bâtiment en pierre y destiné aux bains. Pendant ces deux derniers jours, le tzar fut constamment à cheval , poussant des reconnaissances , remarquant les côtés de la ville les plus convenables pour livrer l'assaut.

Le :26 août , vers le soir , le corps principal sortit de son camp. Le prince Michel Yorotinsky

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conduisait Tinfanterie et faisait rouler les ga- iSSa. bions , suivi du prince Jean Mstisla&ky qui , avec la cavalerie ^ devait le soutenir en cas d'attaque* Le tzac leur envoya aussi l'élite des enfans- * boyards de sa gsf de à cheval , pour les renforcer au premier mouvement. Us furent attaquésparles SortîeTîlatars qui se précipitèrent sur eux en poussant de grands cris , tandis qu'une grêle de boulets et de balles pleuvait du haut des fortifications. Entourés de feu et de fumée , les Russes repoussèrent , sans s'ébranler , la cavalerie et l'infanterie des assiégés par le feu de leurs batteries et de la mousqueterie , ou en co^lbattant de près a l'arme blanche. Ensuite se portant en avant avec le plus grand sang-froid , ils forcèrent l'ennemi à rentrer dans la ville y et jonchèrent les ponts de cadavres tatars. Pendant toute la nuit, les tirailleurs cosaques , post& sur les . bords du fossé , continuèrent leur feu ^ et ^ en contenant l'ennemi , ils donnèrent au prince Vorotinsky le temps et les moyens d'assurer sa position et d'établir les gabions à cinquante toises des tra-** vaux , entre la plaine d' Arsk et la Boulaka. Il leur commanda alors de se mettre à l'abri derrière les gabions ; mais l'obscurité ne put faire cesser le combat : juîSqu'au matin les Kazanaîs firent de continuelles sorties^ et s'eiitr'égorgeaien t

avec les Ra^ses qui , harcèles san^ cessé , ne pu^ rent fermer Feeil de là nuit. Jean ëtaîf à l'église , invoquant le cîel^ et entoyant à chaque minute les officiers les plus distingués pour encourager les combattans. Enfin les €^rls de l'ennemi com^ mencèrent à se ralentir ^ et le* soleil en ëclairant le champ de batafile Tint étaler anx jrèii^ des Russes des preuves de la victoire décisive qu'ils ataient remportée. Aussitôt le fzfar fit chanter un Te Deùm potff rendre grâce sètt ciel de ce brillant succès « Le® Razanais perdirent dans cette affaire uii granfd nombre de braves j parmi lesquels se frotivaient le vaiBaiit prÎMe Islam et le chevatief Sbnntcheleî. Du tbié àeÉ Moscovites^ Léon Schoùcherin, gnertier recommandabte par sa grande bravoure, resta an champ d'honneur.

Le lendemain le boyard Michel , fils dTaiovlef ,^ ajant disposé les bouches à feu , toutes les batteries coMmencèrenf à foudroyer la vîïle, tan-' b!ttcric1r ^ queles tirailleurs , à l'abri des retrânchemens, ' entretenaient de leur c&\é mi feu cctotinuel de mousqueferi^. Les Razanais se tenaient cachés derrière leurs imn^ailles; maiis voulant faire une reconnaissance , ils foitibèrent sur les Busses au moment oà eeim^i étaienf dis^rsés dans la plaine, près de k position occupée par lktisla6&y

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avec le principal corps. Ce voïévode étant arrive iSSa^ à temps au secours des siens ^ mit Tennemi en fuite et fit prisonnier un houlan distingué nommé Karamouich ^ qui avait reçu deux blessures et développé une bravoure particulière. Présenté au tzar , ce prisonnier déclara que les Kazanais étaient disposés à mourir et qu'ils ne voulaient entendre à aucune proposition de paix.

Le 28 du mois , les Russes s'attendaient à de Lcprmco

' lapantcha

nouvelles sorties , quand tout à coup l'ennemi se «*>«/ <^«

) ' * ^ * partisans.

présenta d'un autre coté : il déboucha en masses de la forêt voisine , et s'étant dirigé vers la plaine d'Arst, il enleva les postes avancés du corps de l'avant-garde , et se précipita sur le camp: Le voïévode Kbilkof se défendit avec vigueur ; néanmoins il' était temps d'arriver à son secours. Les princes Jean Pronsky , Mstislafskjr, Youri Obolensky se présentèrent les uns après les autres pour arrêter l'impétuosité de l'ennemi, et le tzar ayant détacbé une partie de la cavalerie de sa garde, monta lui-même à cheval.

Plusieurs de nos officiers, blessés à mort, tombèrent sur le champ de bataille ; mais le nombre des Busses augmentant sans cesse , ils finirent par repousser les Tatars dans la forêt : on apprit des prisonniers que ces bandes étaient sous les ordres de Yapantcha , et qu'elles étaient sorties des r&« Tome VIIL u

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trattcheixiens élèves par lesKazanais éur la route d'Ar^ ; qu'elles avaient l'orUr^ de haaTcelcr aans relàehe rar>aiée Ri^sse et 4e lui faii^ tout le m»k possible pai" des attaques .partieUes.

Le 2g août , les princes Tcbeniatef et Kourv bsk^y voïeVodes de l'aUe droite , s'approcbèrent delà ville, et piM^tëgëspa^r les Strélitz, ils se micent en devoir de«e 1^ trancher, avec des gabions^ le long de la Kazanka ; d'un autre coté , les troupes Itères des princes Ghesiaiatkin et Troyekowpof retournèrent dans la plakie d' Arsk , où Feiaaexai vetiait de paraître encore du côté de la foret. Mais Mstislaftâ&y , iihilkof , Obolensk j , avec leiiy» OCM^ en ordre de ibat^le , l'attendaient -de pied feitâe , tandis que d'at^tres voïévodes , le prince Dfliitri Paletzky^ Alexis Adacbef et les coavmaïadaiis de la cavalerie de la garde faisaient établir les galbions depuis la plaine d'Arsk jusqu'à la Kazanka. De part et d'autre , le feu de l'artiilerîè et de la mousqueterie fut très^vif ; les ar^ dbers écbapgèrent également un ,grand non&re de' flèches , mais il n'y eut pas de sortie. L'ennemi voyant les Russes disposés a le recevoir , n'osa pas quitter la foret ^ et le rapport du soir apprit à Jean rque les lignes de circonvallation étaient établies sur tous les points ; que les retraiicfaemens russes avaient été élevés dans les

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lieux secs au moyen des gabions ^ «t dans les en- -drmts mapécâ^eux avec de la terre glaise ; enfin , que toutes communications entre Kasan et la càto- •pagoe •étaient intepeeptees. A dater de ce jour^ le i)0}rard Mor^sof , qui avait disposé rartillene ^ «e cessa âVurtretenir un ieu eontitittel contre la y^Me f avec -cent cinquante pièces de gros calibre* Cependant, depubhuit jours > Farmée avait .supporté d'extrêmes fatigues ; sans cesse sous les ^1^^^.^®* 4Eipnae5 , les soldats n'avaient pas le temps de res- "pwer , et comme les vivres commençaient à manquer , ils n'avaient que du pain pour toute nourritupe. Les vivandiers n'osaient pas s'écarter du camp , ear le prince Yapantcha les guettait ^ les^B^vait dans tous les passages. Afin d'éta- Wir »vec' lui des communications , au moyen de signaux y les Kazanais avaient planté un drapeau «ur une tour élevée , et lui faisaient comprendre, -en l'a^tant^ l'instant le plus favorable pour tomber sur nos troupes ; de sorte que ce dangereux partisan tenait les Russes dans de continuelles alanfnes. Jean ayant fait rassemi^er le conseil , le résultat de ses délibérations fut de diviser ,^'^"'2'*

> de 1 armée*

l'armée en deux ccH:ps^ dont l'un devait rester dans les retranchemens pour la garde du tzar , 6t l'autre, sous les ordres du courageux et prudent Alexandre Schouisky , agir avec vigueur^

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contte Yapantcha, dans le but de protéger le siège , de déblayer la forêt , et de procurer quel« que repos au camp.

Schpuisky à la téf e de trente mille hommes de cavalerie et de quinze mille d'infanterie y ayant disposé son armée derrière les montagnes , afin de cacher ses mouvemens à l'ennemi , fit marcher . un détachement contre la forêt d'Arsk. Yapantcha Teut à peine aperçu que la plaine fut couverte de sa cavalerie. Alors les Russes, feignant de céder à leur frayeur, tournent le dos à l'ennemi ^ et les Tatars qui se mettent à leur poursuite tombent d'abord sur les bagages ^ cotoyent ensuite nos retranehemens où ils font pleuvoir une grêle de flèches, tandis que d'autres bandes de cavaliers et fantassins s'avancent en ordre de bataille contre le camp de la grande armée moscovite. Aussitôt le prince Youri Che- Ëestruc- miakin sort de son embuscade à la tête de ses

tion des ■■ i m ' •

troupes de troupcs ct tombc sur les iatars consternes, qui, se cha. trouvant à une trop grande distance de la forêt , sont dans l'impossibilité de rétrograder y et ne peuvent éviter le combat. Le prince Schouisky parut lui-même , bientôt après , avec une nom* breuse cavalerie , et l'infanterie arrivant de la droite et de la gauche , prend l'ennemi en queue. Les Tatars essayent en vain de chercher leur salut dans la fuite ; la cavalerie les poursuit

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avec fureur, et en fait un si horrible carnage, que, sur un espace de dix verstes , c'est-à-dire jusqu'à la rivière de Kilara, la ferre était jonchée de leurs cadavres. Là , le prince Schouisty ayant arrêté son cheval épuisé de fatigue, fit sonner la trompette pour rallier les vainqueurs dispersés et acharnés contre les fuyards.: Les Russes tuèrent encore un grand nombre d'ennemis en repassant par la forêt , et firent quelques centaines de prisonniers; enfin les troupes sous les ordres de Yapantcha furent entièrement exterminées. Le tzar embrassa les généraux couverts de poussière, de sueur et de sang ;. il prodigua les plus vifs éloges à leur sagacité, à leur courage, et témoigna aussi sa reconnaissance aux simples soldats; ensuite il fit attacher tous les prisonniers à des pieux , en avant des retranchemens , afin de décider^ par leurs supplications, les Kazanais à se rendre. Le tzar envoya aussi , sous les murs de • la ville , un héraut chargé d'adresser ces paroles trei/^Xs aux assièges. « Jean vous promet la vie , la li^ » berté et le pardon du passé , si vous vous sou- » mettez à lui. » Pour toute réponse les Kazanais , qui avaient écouté tranquillement le héraut, lancèrent une multitude de flèches contre leurs malheureux compatriotes , en criant : w // )i vaut mieux qu^ils reçoivent la mx>rt de no&

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» mains pures, que dé périr par celles d^smisé^ )j râbles chrétiens. » Cet acharneitieDtfërocc fit' une vive impression sur le tzar, ainsi que snr toute rarmée.

Le mon»*que voulant, pour s'emparer dé la ville , éviter , afutant que possible , Teffusion: du sang, ordonna. à un ingénieur allemand, em-^ ployé dans l'armée, d^établir àes mînes^ entré les portes Afalik et Tioumensky. Le mourza-Kamaï avait informé le souverain qu€ les assiégé» n'avaient d'autre eau que celle qu'ils se procuraient à ime source située prèsf de la Kazanka , ou ils se rendaient par un cbemin souterrain, pratiqué aux environs de la porte Mouràleï. Les généraux russes avaient cherché à bouchep ce souterrain sans pouvoir y parvenir, et le tzar ordonna de le miner depuis le bâtiment des bains occupé par les Cosaques. L'ingénieur choisit à cet effet un nombre su ifisant de pionniers', qui sous la direction du prince Serebrianoï et d'Alexis Adachef, favori de Jean , y travaillèrent dix jours de suite ; ils entendaient distinctement, au-dessus de leur tête , le bruit des pas dé ceux qui allaient puiser de l'eau. Lorsque la mine ftit terminée , on la chargea avec onze tonneaux de poudre, et le 5 septembre , au moment où le tzar s'était avancé jusqu'aux retranchemens , on plaça la mèche et

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on j mit le feu. Tout à eoup^ sous les yeux du x55a. sotfveraiu , une efiroyablé explosion soulève les On tih terres et fait sauter le. chemin souterrain • ainsi chemin

souterrain.

qu'une partie de la muraille ; des pierres y des poutres ; des cadavres mutilés , enlevés à une hauteur prodigieuse , retombaient duisla ville , écra^ saient les habitans , qui , saisis dlane mortelle angoisse , ne savaient à quoi attribuer cette horrible secousse. Aussitôt les Russes déployent leurs * étendards et se précipitent sur la brèche ; mais , revenus die leur consternation , les Razanais repoussent les assiégeans avec intrépidité ^ et le tzar ne jugea pas convenable de faire de nouveaux eflbrts pour continuer Passaut. Les Russes firent ,' dans leur attaque , un assez grand nombre de prisonniers ; beaucoup dîennemis y perdirent la vie , et Ton attendit les résultats de cet événement.

Malgré toute la résolution des Razanais , cette Decoi>-

; . . j ' ragemcnt

explosion , si désastreuse pour eux , jeta le de- des Kazacouragement dans la ville : plusieurs habitans regardaient leur ruine comme certaine , et se persuadaient qu'il n'y avait plus moyen de se défendre; mais les plus déterminés raffermis^ saient leur courage « Ils parvinrent à découvrir une faible, source d'eau fétide , insuffisante pour la consommation de ta ville entière ; il leur fallut donc souffrir la soif; ensuite Pusage de cette eau

naifi.

i68 Hi&TaijiE

malfaisante causait dans tous les eorps une enflure dangereuse. Cependant , malgré cette complication de maux ^ les assiégés supportaient leur déplorable situation, et continuaient à combattre. ^ Aciivitë De son- côté , le tzar développait une activité si étonnante , qu'il était impossible de calculer ses momens de jepos; Dès le point du jour y il était à l'église; on l'y trouvait encore pendant la nuit; il parcourait les retranchemens , voyait tout par luimême , s'entretenant sans cesse avec les guerriers et les exhortant à la patience. Les Kazanais inquiétaient l'armée par le feu continuel de leur artillerie ; mais les Russes le leur rendaient bien ^ car leurs canons chargés à boulets et à mitraille, ne cessaient de foudroyer la ville. La porte d'Arsk était complètement détruite; les assiégés s'y fortifièrent au moyen d'une terrasse.

Le 6 septembre , le tzar chargea le prince Gorbaty Schouisky de s'emparer du fort élevé par les Kazanais derrière la plaine d'Arsk; il était à quinze verstes de la ville, situé sur une éminence escarpée , entre dpux marais : c'était là que s'étaient réunis les débris de l'armée de Yapantcha. Le prince Siméon Mikoulinsky marchait à la tête des corps commandés pour cette expédition, accompagné des boyards Daniel et Yakovlef^ des princes Boulgakof etPaletzky , des chefs de

la cavalerie de la garde, d'enfans- boyards, des Strélitz, des Atamans avec les Cosaques, des Mordvîens et des Tchérémisses montagnards qui servaient de guides. Le fort était entouré de palissades garnies de terre et d'un fossé profond , dans une position qui paraissait ^inexpugnable. Les troupes ayant mis pied à terre, s'élancent sur les pas de leurs intrépides chefs à travers les marais d'une vallée fangeuse et d'épais Prise dn taillis y exposés aux flèches qu'on leur lançait de la'^Vine ** la ville , et gravissant, tout d'une traite , jusqu'au ''' ' sommet de la colline , par deux côtés différens , ils arrivent aux retranchemens , enfoncent les portes et s'emparent du fort, dont la garnison fut passée au fil de l'épçe. Les cadavres enneniis étaient entassés par monceaux. Les voïévodes firent, en cette occasion, un butin considérable ; et le lendemain ils s'avancèrent jusqu'à la ville d'Arsk, située dans une contrée agréable et fertile , où les seigneurs kazanais avaient de superbes maisons de plaisance , abondamment pourvues de toutes sortes de denrées. Les Russes nageaient dans l'abondance ; ils s'emparèrent de tout ce qui pouvait leur convenir, comme bled, hydromel , bestiaux ; ensuite ils mirent le feu aux villages, dont les habitans furent liiassacrés, et ne firent prisonniers que les femmes et les, eufans.

Pour éviter la mort , \es citoyens d' ArsL prirent la fuite et se réfugièrent dans des £3rêts éloignées ; mais on trouva dans les maisons abtn^ données beaucoup de choses précieuses «t parti-* culièreikient des pelleteries . Le prince Schouis&y , après avoir rendu à la liberté plusieurs d^ ses compatriotes, reprit le cheniin du camp, et termina ainsi cette glorieuse expédition qui avait duré dix jours : elle ramena Tabondanee dan»

l'armée, ou, depuis ce moment , les subsistance» furent' à un prix si modique, qu'on donnait une vache pour dix et un bœuf pour vingt dengas. Ce succès causa au tzar y ainsi qu'à totite Tarmée , la plus vive satisfaction* a^ xSïé- Cependant les dangers et les fatigues n'avaient dlT'uil point diminué. La forêt d'Arsk n'était plus, à la vérité, un sujet d'inquiétude pour nos troupes;elles n'avaient plus à redouter les flèches qui» en partaient; mais il leur fallait beaucoup souffirir encore dte continuelles attaques des Tchérémisses * du pays plat , qui s'emparaient de nos troupeaux et harcelaient le camp du côté de la route de Galitch. Les voïévodes, campés dans cette direction, marchèrent contre eux et les battirent complètement. Toutefois , comme ib redoutaient de nouvelles attaques , la vigilance continuelle qu'ils étaient obligés d^exercer fatiguait extrêmement

nés.

DS KfirSSIB. 171

leur coTfs s sensée : outre cela^ leur position , le long^délftKaxanka^legexposaitbeaucoupplusque les autres* au feu de la forteresse, aussi-bien qu'aux effets des pluies abondantes y très-communes dans cette saison, etque Is^uperstition d'un témoin oculaire a attribuées à un pouvoir magique . Le prince Enchtn- André Kourbsky/iaussi vaillant que sensé, n'était prëiendo». cependant pas au-dessus des préjugésr 4p siècle; et il rapporte , comme une chose digne de* foi , que les magiciens kazanais ne manquaient pas de se rendra chaque jour, au lever du soleil , sur les murailles de la forteresse ; que là ils poussaient des cris eflrayans , faisaient toutes sortes de contorsions, agitaient leurs robes, et provoquaient ' conttre le camp dies Russes, le vent dès tempêtes et d'épais nuage» d'où la pluie tombait par torrens. Bientôt les lieux les plus secs furent conver- ,, tis en inarais; les tentes trempaient dans l'eau et lôs soldats étaient mouillés du matin au soir. D'après le conseil des boyards, Jean fit venir de Moscou la croix miraculeuse dés tzars , afin de bénir les eaux pour en- faire ensuite des aspersions autour du camp , et Von assure que cette cérémonie détruisit aussitôt la force des enchantemens. iLe bea» temps repairut et l'année reprit une nouvelle vigueur, lies Bu&»es , ne voulant négliger aucun moyen

Constrnc- d'attaque. contre la ville , construîsifent en se-

tion Cl une *

haute tour, crct , à dcux vcrstes du camp , une tour de six toises de hauteur que , pendant la nuit, ils firent rouler jusques sous les murailles de la ville , près de la porte Royale ^ et sur laquelle on plaça soixante pièces de canon , dont dix de gros calibre, avec les artilleurs les jiïus habiles. Aux premiers rayons du jour , une salve générale annonça larrivée de cette terrible machine , qui , dominant les fortifications , foudroyait , dans toutes les rues, les habitans de la ville assiégée. Les Kazanais étaient réduits à se cacher dans des chemins couverts , à se creuser des repaires souterrains, d'où ils Portaient comme des reptiles , pour combattre avec un nouvel acharnement. Comme ils ne pouvaient plus se servir de leur artillerie , démontée et détruite par TefFet de nos batteries , ils entretenaient un feu de mousqueterie qui, chaque jour, nous enlevait de froposi- braves guerriers. Ce fut en vain que Jean re- *

tîons aux "

Kazanais. nouvcla SCS propositious de paix , annonçant aux assiégés que s'ils consentaient à se rendre, ils seraient libres de se retirer partout où bon leur semblerait, avec leur tzar illégitirtie , leurs familles , et tout ce qu'ils possédaient ; il ajoutait que ses prétentions se réduisaient à s'emparer d'une ville fondée sur le territoire Bulgare , an-

cien patrimoine de la Russie. Mais les Kazanais ^ i^^^sourds à ces propositions , n'y firent aucune réponse.

Cependant le brave Michel Vorotinsky, couvert par les gabions , s'approchait de la porte d'Arsk : bientôt il ne fut plus séparé de J§ muraille que par un fossé de vingt pieds de largeur sur une profondeur d'environ sept toises , au bord duquel les Strélilz , les Cosaques et les milices combattaient jusqu'à l'entier épuisenFient de leurs forces : ils étaient ensuite relevés par d'autres troupes ; souvent même , malgré le peu d'espace qui séparait les combattans ^ la lassitude faisait poser les armes, etles deuxpartisprenaientquelques inst ans de repos. Les Tatars, habiles à profiter ga^^if*le de toutes les circonstance^ , à saisir le moindre avantage, ayant remarqué un jour que beaucoup de soldats russes , occupés à prendre leur repas , avaient négligé la garde des canons , ils sortent de leurs casemates, au nombre de dix mille, commandés par les seigneurs et les principaux conseillers de leur tzar , et se précipitant sur les gabions , ils massacrent les Russes , surpris par cette attaque inopinée, et s'emparent des pièces. A la vue de ce pressant danger , le prince Vorotinsky s'élauce dans la mêlée , suivi de tous ses oflficiers et des soldats qui criaient ; « Nous h* abandonne'

174 HII^TOIRE

rons pas nos pères. » On cdna&afttak Àt fiart et jd'autre avec une brillante vdiettr : les voïévodes Pierre Morozof et le prince Youri Kachin « dangereusement blesses ^ furent jtranspDrtés aucaxnp. Le prince Midbel Yerotindiy ^ i^ueique blesse lui-roéjne au vissée , ne yaitkt fOvoA. quitter le lieu ^u combat ^ et sa forte ;«mmure £|it entamée en pinceurs endroits à eaups de sabce. Plusieurs chefs des Strélitz «taie^t ,éteaatdu6 auprès des C93Qgms , et cepend^mt les Hia^aaiais m cédaient point encore lestr^hées-cpi'ils venaient de coai^piérir ^ lor«<|uetout à couples tooupes^de Moih rom et les enCstfis-boyards ^ anciens émales de gloiiTe , tombent sur l'erianenoi f l'eafonceiit et le cuftuteat dans le fossé ; dès ce snoment la victoire fut complète. Pceases de fuir , les Kazanais s'écrasaient les uas les autres pour regagner plus promptatuent la perte de :1a vUle , et ils ae retirèrent^œuite daas kursâouterraios. Cette BSàwe futxuie des plus sanglantes idu siège. L'ennemi avait profité du dmême monaieiit pour tomber «ur les gabions du corps de Tavant^aide ^ «lais «on attaque ne Smt >que âublement 'dirigée. Ges deux combats ^ paasèneait 30us les yeux du tzar , ^ui témoi^gna au pnboe Vorotinsly ^ ainsi qu'au héros de JMbnram , «oiste l'étendue de «a ss^isfaetion ; il visita aussi tous les génnaiiK blfssés^^ksre^

DE RUSSIJE. lyS

inercia du aèle qu'ils avaient montre pour son service.

Dë)à de^is plus d'un mois les Busses étaient SOQ2S les murs de Kaean ; l'enneiiii a^ait perdu , soit 4ftas les swiies p soit daiis l'iatérîeur de la ville , au raoi»s dix mille lioBasDes , sans couo^er les femmes et 1res enfaos ; mais ou touchait à la fia de rautonine , et l'approche de la mauvaise fiaîson leur causait plus d'effroi que les fatigues et les combats du siège ; l'aiiaiiae eolière désirait Ardemmefit la fin de l'eiMai^prise. Pour fadliter l'assaut , et afin de porter en même temps un coupsensiUe aux assiégés^ Jeao oidonna d'établir 2me mîjieprès de la porte d' Arsk^ sous les terrasses ^ ei les casemates souterraines où les habctii^s se mettaientàrabri deootreartiJlerie : oalàfit jmer le 3o sentence. Quoicuie les Kasanais eussent On fait

•■• ^ * santcr les

déjà éprouve ces terdiUes effists de la poudre à terra&ses. C9»xm^ ils n'en Âirent pas moins atterrés^ et le sîlende des tombeaux r^na. pendant quelques ifistans dans la vîlLe« L^ fiusses en profitèrent pour approcher les gabâcms des portes d' Arsk , d'Attalik y de Tioume«sk. Les Kazanais , persuada alors que le moment décisif était arrivé ^ se précipitent hors de la ville^ et en viennaidaux aains avec les^tooupes chargées de protéger les ^bions. Le comibat devînt «rès-animé^ et Jean

iy6 HISTOIRE

accourut lui-même pour encourager les siens; aussitôt que les Russes l'eurent aperçu,- un cri général part de tous les rangs , Lie izar^st avec nous ! et dès ce momient rien ne peut résister à leur impétuosité ; ils culbutent l'ennemi , le pressent, l'écrasent sur les ponts et entre les portes. Dans cette terrible mêlée , le bruit éclatant de l'artillerie , le choc des armes , les cris dçs combattans retentissaient de toutes parts et répandaient la terreur dans la ville , couverte d'une épaisse colonne de fumée : malgré la défense désespérée de l'ennemi , les Russes étaient déjà parvenus au haut des murailles, ainsi que sur la tour de la plaine d' Airsk , et le combat [ continuait dans les rues avec un inconcevable acharnement. Le prince Vorotinsky , dans son rapport au tzar , l'engageait à ordonner un assaut général dont le succès paraissait certain ; mais Jean ne voulait rien donner au hasard , dans la crainte que le reste de l'armée , qui n'y était point encore préparée , n'eût pas le temps de faire les dispositions nécessaires ^ et qu'une détermination trop précipitée ne l'exposât à quelque revers , dont les suites pouvaient devenir funestes à son entreprise. Il ordonna^ malgré l'ardeur des troupes , de faire sonner la retraite. Les soldats obéissaient à contre-cœur > et les

officiers eurent beaucoup de peine a les faire '^^^* rétrograder. On mit le feuûux ponts, et pour que cette affaire sanglante Jae restât pas sans qnelquç résultat utile , le prince Vorotinsky fit occuper la tour d'Arsk par nos strélitz : s'y étant re- . ^^^J^i^ tranchés avec des •'gabions et au moyen d'un d»Artk% rang de palissades , ils dirent aux yoïévodes : (c Nous vous attendons ici, » En effet , ils tinrent parole , car les Kazanais , malgré tous leurs «Sorts , ne purent parvenir à les déloger de cette position et à reprendre la tour. Les flammes dévorèrent pendant la nuit les ponts et une partie des fortifications dans lesquelles notre artillerie faisait d'ailleurs de nombreuses brèches. Les intrépides Kazanais y substituaient aussitôt des assemblages formés, de hautes poutres et remplis de terre.

Enfin le. premier octobre^ le t:£ar annonça à Tarmée qu'elle deVait se préparer à un assaut général , car toutes les mines étaient prêtes à jouer : il voulut aussi que les guerriers purifiassent leur Ame la veille de ce grand jour ^ et tandis qu'avec nn cœur contrit , les uns faisaient^ en présence de Dieu^ un aveu sincère de leurs péchés et recevaient la sainte communion ^ les autres y au bruit terrible de nos batteries y comblaient led fossés avec des fascines et de la terre ^ afin d'ar*

ToMu VUl. la

planir le chemin jusqu'au pied des marailled» Cependant , voulant essayer encore la voie de la persuasion , Jean députa aux Kazanais le niourza Kaniaï et plusieurs vieillards du pays des Montagnes^ tenant en main le symbole de la paix* Dernière S'étant approchés de la forteresse , dont les mution aux railles étaient couronnées dune multitude immense , ils déclarèrent que , pour la dernière lois ^ le tzar offrait de faire grâce à la ville déjà à moitié détruite et cernée de tous les côtés ; qu'il exigeait seulement qu'on lui livrât les principaux fauteurs de la rébellion ^ disposé qu'il était à faire éprouver au peuple les effets de sa clémence. A ces mots les Kazanais s'écrient : « Nous » ne voulons point de pardon* Lées Russes o€^ » cupent une tour ; eh bien ! nous en élei^erons » un^nouvelle : s^ils détruisent nos remparts , » nous en construirons de nouveaux^ et nous nous ïi enset^elirons tous sous les ruines de Kazan ^ » ou bien nous ferons leper le siège l » Reconnaissant alors l'inutilité de ses tentatives ^ le monarque fit tout disposer pour l'exécution de la grande entreprise.

# Ordon- ^^ *^^^ ordonna ^u prince Mstislafeky , avec "arraëe ^^ "^^ partie du grand corps , à Scbig-Alei , com- »aut! ^'*'*' mandant les troupes de Kassimof et les montagnards, d'occuper la route d'Arsk et celle du

DE RUSSIE. lyg

côté des Tchouvaches ; au prince Youri-Obo-^ lensky et à Grégoire Metchersly , de se postei' avec les gentilshommes de la garde y dans la direction dés Nogaïs ; au prince Jean Bomodanofsky , de rester sur le chemin de Galitch } et enfin à un autre corps de gentilshommes , de s'appuyer à lui et de prendre position au-dessus de Ka2an y près de l'ancienne ville. Au moyen de ces dispositions , Tarmée était non-seulement protégée sur ses derrières contre les Tchérémisses du pays plat y les Tatars qui parcouraient les forets et lès campemens des Nogaïs , mais l'on ôtait aussi tout espoir de fuite aux Kazanais. Aussitôt que ces généraux eurent fait leurs môuvemens pour se rendre à leur destination', Jean établit ainsi l'ordre de l'assaut : en tête de l'armée > les hetmans avec leurs Cosaques , les Strélitz et les milices des boyards , divisés par centaines , commandées par des enfans-boyards d'élite ; ensuite les corps des voïévodes ; le prince Michel Vorô* tinsky et Alexis Basmanof avaient l'ordre de se porter sur la brèche pratiquée du côté de la Boulaka et du lac Paganoï ; le prince Khillof devait attaquer la porte dite Kabatzhy; Troyekourof celle de Zboïliva; André Kourbsky celle d'jfî/* io£i:^i/2/SiméonTchérémétief celle de Mouralei; Dmitri Pletcheief celle de Tioumensh / chacun

l80 HISTOIRE

devait être soutenu par un voïévodé particuliei' ; le premier par le tzar en personne , les autres par les princes Jean Pronsky , Tourôuntaï , Ghemiakin , Tcheniatef , Vassili , Sérébrianoï , Obolensky et DmitriMîkoûlinsky. Tous reçuretit avis de se tenir prêts pour le lendemain au point du jour et d'attendre l'explosion des mines avant de commencer l'attaque; ensuite Jean s'étant retiré avec son confesseur , passa pluâeiirs heures occupé d'entretiens spirituels , après quoi il endossa son armure. 11 reçut alors du prince Vorotinsky , un rapport duquel il résultait que l'iogénieur avait tout préparé et qu'on avait placé quarante-huit tonneaux de poudre dans les mines^ mais que les Kazanais s'en étant aperçus , il était important d'attaquer sans délai. En conséquence^ le tzar ordonna aux divers cOrps de se tenir prêts à agir ; puis il assista à la messe du matin ^ fît marcher sa garde et continua d'adresser au ciel des prières qui partaient du fond de son cœur* Dans cette nuit importante , que devait suivre une journée décisive^ ni les Russes, ni les Kazanais ne songeaient au repos. On apercevait de la ville un mouvement extraordinaire dans notre x:amp y et des deux côtés l'on se préparait , avec ardeur ^ au plas terrible des combats.

L'aurore vint^lairer un ciel puretsans nuages.

DE RUS&IE. l8l

Les Kazanais étaient postés sur les murailles et les 1 552. Russes tout près d'eux , à l'abri de leurs retrandbemens ; les drapeaux flottaient au gré des vents et le profond silence de l'armée ^ encore immobile , n'était interrompu que par les sons éclatans de nos ii^trumens de guerre confondus avec ceux de Fennemi. Les Russes et les Tatars, en présence , n'avaient point encore conmiencé l'attaque , et les archers , la main au carquois , les artilleurs ^ la mèche allumée , attendaient le signal du carnage. Le camp des Russes était désert^ et l'on n'y entendait que les chants sacrés des religieux qui célébraient la messe. Le tzar resta à l'église avec quelques-uns de ses officiers les plus intimes. Enfin lé soleil parut sur l'horison , et au moment où le diacre qui lisait l'évangile proférait ces paroles : // ne doit plus exister qu^un seul troupeau et un seul pasteur, une eflFroyable détonation fît trembler Explosion

"* '^ •' des mines.

la terre , ébranla l'église. Le tzar s'étant avancé sur le parvis , aperçut l'effet terrible des mines. 'D'épaisses ténèbres cachaient la ville a ses regards : un horrible mélange de débris , de cadavres mutilés et de ruines ^ lancé dans les airs à travers des nuages de fumée ^ retombait sur la forteresse. Le service divin fut interrompu un instant; mais le tzar^ sans paraître ému.

iSs UISTOIREr

rentra dans l'ëglise et fît achever la liturgie. Lorsque le diacre y priant à haute voix , adressait au ciel de pieuses invocations pour qu'il daignât afferniir la puissance de Jean et renverser à ses pieds les ennemis de la Russie ^ on entendit une nouvelle explosion , pjus terrible encore qviç la première , accompagnée de ce cri > que répétait toute Tarmée : Dieu est auec nous t Au même instant ^ les bataillons russes se précipitent contre la forteresse , où les Kazanais,* toujours intrépides , inébranlables , invoquant Allah et Mahomet^ les attendaient de pied ferpie. Us les laissent approcher jusqu'à une distance calculée y sans décocher un trait y sans tirer un seul coup de mousquet ; mais alors ils font sur eux une si épouvantable décharge de balles f de pierres et de flèches y que Tair en était obscurci. Cependant les Russes ^ encouragés par l'exemple de leurs chefs y parviennent à la muraille. LesKazanais roulaient sur les assaillans d'énormes poutres , qui les écrasaient ; ils les arrosaient d'eau bouillante j et ne gardant plus aucun ménagement , méprisant la mort , ils s'exposaient à découvert au feu de nos batteries et de nos tirailleurs. Dans ce moment décî-* sif; le moindre retard pouvait avoir des. suites f^t^les pour les Russes. Leur nombre diminuait

D£ RUSSIE. l83

sans cesse ; les uns tombaient morts ou griéve- ,553. ment blessés ; d'autres , glacés de terreur , abandonnaient leurs armes ; mais les plus intrépides ranimaient , par leur héroïsme , le courage des guerriers intimidés. On les voyait se précipiter Héroïsme sur la brèche , escalader les murs avec des échel- ™"'"*^ * les , se cramponner aux créneaux , ou s'élevant sur la tête ^ sur les épaules de leurs compagnons , se battre avec les ennemis à travers les brèches pratiquées dans les murailles... Enfin ^ lorsque la liturgie fut achevée , au moment oii le tzar , monté sur un cheval de bataille . s'avançait dans la plaine , déjà l'étendard des chrétiens flottait sur la forteresse ; l'armée de réserve accueillit , par mille acclamations ^ et le monarque etla victoire* Mais cette victoire n'était pas encore entièrement décidée. Les Tatars enfoncés de toutesL^ parts , précipités des murs et des tours , réduits enfin au désespoir^ s'étaient formés en colonnes serrées dans les rues de lajville, où ils se jetaient corps à corps sur les Russes, le cimeterre et le poignard à la main. Jamais mêlée ne fut plus sanglante : on se battait sur les murailles qui en^ touraient les cours , sur les toits des maisons ; partouton foulait aux pieds des membres san-* glans,.des cadavres mutilés : le prince Vorotinsky fut le premier qui annonça au tzar que

l84 HISTOtKE

nous étions maîtres de là ville ; tnais il ajou<^ taît que le combat continuait avec acharne- , tnent, et que nos troupes avaient besoin d'être promptement secourues. Jean fit partir aussitôt une partie de sa propre garde et plusieurs géoë- Panx. Enfin les Russes l'emportent sur tous les points^ et parviennent à repousser lesTatars jus-' que dans le palais de leur tzar , entoure de forti-* fications. Yediguer lui-même^ environné des plus illustres de ses guerriers, se retire lentement dç la brèche ^ arrivé au milieu de la ville , près du fossé des marchands , il s'arrête , fait front aux âssaillans et combat avec une nouvelle intrépidité. Il ne tarda pas à remarquer* que nos soldats quittaient leurs rangs ; car les Russes^ maîtres de lai moitié d'une ville célèbre par les richesses de son commerce avec l'Asie , ne purent résister à l'appât des trésors qu'elle renfermait, et abandonnant le Avidité' côfubat , ils sc mirent à piller les maisons et les

des trou- . /y • A ^ • i

pcs, boutiques; les officiers eux-mêmes h qui le tzar

avait ordonné de suivre les soldats ; l'épée à la main , pour les empêcher de s'adonner au pillage , Se laissèrent également emporter par l'ardeur du butin. Alors les lâches > qui dans le fort du combat s'étaient jetés par terre , comme morts ou blessés, se relevèrent pleins de vigueur. Ceux commis à la garde des équipages , les valets ou

DB &VS8IE. l85

goujats de l'armée, les vivandiers^ les marchands , poussés par la soif do gain , accoumient en foule dans la ville, se chargeaient d'argent, de pelleteries, d'étoffes, etc., qu'ils transportaient ensuite au camp , et ne faisaient qu'aller et venir , sans^ songer a prendre part an combat. Les Kazanais profitèrent alors de l'épuisement de ceux de nos guerriers restés fidèles a Tbonneur et à la gloire ; ils les chargent vigoureusement, les font plier , et , par cet échec , jettent l'alaime parmi les pillards qui prennent la fuite , se pressent en tu* multe et se précipitent à bas des murailles , en criant : Tout est perdu j saui^e qui peut ! Le tzar ayant remarqué ce désordre extrême , éprouva une vive émotion ; car il crut d^abord que les Kazanais avaient repoussé toute l'armée hors de la ville. « Il était accompagné ^ écrit Kourbsky, >i de vénérables conseillers du siècle de nos pères, » blanchis dans les combats et la pratique- des » vertus, n Docile au conseil qu'ils lui donne- Mapnani-

» mite u«

rent, le tzar eut la magnanimité de se placer J*»*», avec l'étendard de la sainte Foi devant la porte Rivale , afin d'arrêter les fuyards. La moitié de sa cavalerie d'élite , composée de vingt mille hommes , m^t pied à terre et pénètre dans la ville suivie des vieux seigneurs placés dans les mêmes rangs que leurs fils. Cette troupe

l86 HISTOIRE •

fraiché et courageuse, couverte d'arnwres étiuce* lantes et de casques ombragés de panaches de différentes couleurs^ se précipite comme la foudre su]^les Tatàrs. Tous leurs efforts de résistance sont bientôt inutiles , et s'étant formés par bataillons épais , ils se retirent en bon ordre jusqu'à une haute mosquée en pierre où les imans et tous les ministres du prophète étaient rassemblés. Dans cette extrémité y ce n'est pas avec des présens j^ avec d'humbles prières , qu'ils viennent à la rencontre des Russes; mais les armes à la màin^ daps l'acharnement d'ua désespoir féroce^ ils courent au-devant de la mort et s'élancent dans nos rangs ^ où ils sont tous immolés!..... Alors Yediguer se retire avec le reste des Kazanais dans le palais des tzars et s'y défend pendant une heure entière ; mais les Russes parviennent à briser^ à enfoncer les portes .... Etonnant spectacle ! les femmes , les iîUes des Kazanais y richement pa-* rées, se présentent à leurs regards; elles étaient rassemblées^ n'ayant pour défense que leur jeunesse et leurs charmes ; et à quelque distance y on voyait leurs pères, leurs frères, leurs époux , entourant la personne du tzar , et combattant encore. Enfin ils se retirent , au nombre de dix mille , par le derrière du palais et font ouvrir des portes qui aboutissaient à la partie basse do

la ville. Le pnnce André Kourbsky, avec deux ^^^^'^^^ cents guerriers seulement , réussit à leur inter- roïqae du

o ^ ' ^ prince

cepter le passage ; il les arrêtait dans les rues Kourbsky. étroites ou dans les escarpemens , et leur opposait y à chaque pas ^ de nouveaux obstacles ^ ce qui donna à d'autres troupes ^ le temps de s'avancer et de tomber sur les derrières des ennemis ; enfin il arriva à la porte Zboïliva où quelques centaines de Russes se joignirent à lui. Les Kazanaîs poursuivis de toutes parts ^ resserres et sans espoir de salut , foulant aux pieds les' cadavres de leurs compatriotes^ parviennent à la muraille ; ils font entrer Yediguer dans une tour et demandent à capituler. Le voïévode Dmitri Paletzky, qui se trouvait le plus rapproche d'eux, ordonne aussitôt à ses guerriers de cesser le combat. « Ecoutez ! leur dirent les Kazanais , Pris* de

Kazan.

» tant que nous avons eu un gouvemejnent ,

», » nous étions prêts à mourir pour notre prince

» et pour la patrie. Maintenant Kazan est à

M vousj nous vous remettons son souverain , vi^

}} vant et sans blessure : conduisez-le à votre

» tzar; quant à nous , 7202^5 allons descendre en

» rase campagne pour y vider avec vous la

» dernière coupe de la vie. » Ils remirent enti'e

les maîns de PaletzKy , Yediguer , avec un vieux

^îgneur qui occupait la première dignité de

l88 HISTOIRE

l'Etat y deux manitchis ou compagnons du tzar qui avaient été élevés avec lui. A Tinstant le combat recommence avec une nouvelle fureur.

Les Rasanais, descendus de l'autre côté des murailles^ se dirigent d'abord versla droite du camp; mais accueillis par l'artillerie des retranchemens^ ils se replient sur la gauche : là , se dépouillant de leurs pesantes armures et de leurs vétemens ^ ils traversent la Kazanka y peu profonde en cet en* droit. Nos troupes distribuées, tant dans la forteresse que sur les murs et dans le palais du tzar, se trouvèrent dans rimj^ssibilité de s'opposera ce mouvement : les jeunes princes Kourbsky, André et Roman, furent les seuls qui, à la tête d'un petit nombre de cavaliers , se mirent à la poursuite de l'ennemi ; ayant pénétré dans ses masses épaisses , ils en firent un grand carnage. Mais les Tatars , encore au nombre de cinq mille , et les plus intrépides, résistèrent au choc, et se battaient avec la fureur de gens qui méprisaient la mort. Nos jeunes hérps et leurs valeureux compagnons furent repoussés ou plutôt tombèrent , blessés ou morts, sur le champ de bataille; les Tatars continuant leur retraite , au travers de la plaine , arrivèrent jusqu'à un marais où la cavalerie ne . pouvait pas les poursuivre , et se jetèrent dans une épaisse forêt : ce n'était plus qu'un faible dé-

bris f mais l'étonnante valeur et le désespoir fu-r rîeux de ces guerriers les rendaient dangereux encore. Le tzar envoya les princes Mikoulinsky ^ Michel Glinsky et Tcherémétief , avec de lacava^ lerie légère ^ de l'autre côté de la Kazanka y pour les tourner et leur couper la retraite dans la forêt; ces voïévodes les eurent bientôt atteints , et ilâ achevèrent de les détruire. Aucun d'eux ne voulut se rendre ^ et il ne s'en échappa que quelques uns , encore étaient^ls couverts de blessures.

La ville , tombée au pouvoir des Russes , était en flammes sur plusieurs points ; le combat avait cessé ; mais le sang coulait encore y et les vain-* queurs irrités, massacrant tous ceux qu'ils rencontraient dans les mosquées, dans les maisons, dans les logemens pratiqués sous terre , ne faisaient prisonniers que les femmes y les enfans el les seigneurs kazanais. Les cours du palais , les rfies , les murs et les fossés profonds étaient encombrés de cadavres ; la plaine en était jonchée jusqu'à la Kazanka , dont les eaux en charriaient aussi un grand nombre. Le bruit de l'artillerie ou des armes à feu ne se faisait plus entendre; jxiais à ces effrayantes détonations , avaient succédé le fracas de l'arme blanche , les |[é<mifisemens des mourans «t les cris des vainqueurs. Alors 1^ prince Michel Vorotînsky , commandant en chef

igo HISTOIRE

de Farmée , fit dire à Jean : « Prince y réjouis^ j» sez'uousj votre braçoure et votre fortune ont » enchaîné la victoire, Kazan est à nous! son » tzar est en votre pouvoir ; le peuple est détruit » ou prisonnier / d^ innombrables richesses sont » tombées entre nos mains. Nous attendons voê yi ordres 1 w Que Von glorifie le Très- Haut , s'écria Jean^ en levant les mains au ciel. Il or- ^ donna de chanter un Te Deum auprès de Téten-

Éiëvation dardsacré; et ayant ^ de ses propres mains ^ planté

de la Ste. % ». • •ij/» i» irj

Croix à la la Sainte croix ^ il désigna ce heu pour la londac^aief"" tion du premier temple chrétien. Le prince Paletzky lui présenta Yediguer , auquel le tzar dit avec l'expression de la bonté : « Infortuné! vous » ne connaissiez donc pas la puissance de la » Russie et la perfidie des Kazanais ? » Encouragé par la douceur du monarque > le prince détrôné s'agenouilla^ lui exprima son repentir^ le suppliant de lui accorder sa grâce. Jean lui pardonna ; puis serrant dans ses- bras le prince Vladimir , Schig-Alei et les généraux , il reçut avec la plus grande affabilité leurs Entrée jojeuses félicitations , attribuant toute la gloire lUzan? ^ ^® cette mémorable journée à Dieu et à leur bravoure. 11 chargea ensuite les boyards d'adresser ^ en son nom ^ à l'armée entière y lés louanges que méritait sa valeur et de distribuer

DE RtJSSIË. igt

des grâces. Aussitôt que Ton eut déblayé la rue <jui^ dfe la porte Mouraleï, s'étendait jusqu'au palais du tzar ^ il fît son entrée à Kazan , pré-^ cédé des voïévodes, des gentilshommes et de son confesseur qui tenait en main le saint crucifix , et suivi immédiatement du prince Vladimir et de Schîg-Alei. Un grand nombre de Les pri-

sonniers

Russes ; jusqu'alors prisonniers des Kazanais, russes sont devenus libres ^ étaient rassemblés à la porte. berté. Aussitôt qu'ils aperçurent le tzar , ils tombèrent la face contre terre, en s'écriant : « O notre sau^ » veuvj vous nous avez délivrés de V enfer l et » vous ne vous êtes pas épargné pour arracher » au malheur de pauvres abandonnés I » Le tzar . les fit conduire au camp et recommanda que l'on eut d'eux le plus grand soin , qu'ils fussent même nourris de sa table. Le spectacle de mort qui frappait seis yeux, ces cadavres amoncelés qui encombraient les rues , excitèrent son attendrissement. 11 ne put retenir ses larmes , et dit en désignant ceux des Kazanais : « Ils ne sont pas w chrétiens , mais cependant ce sont des hommes » nos semblables! n A la vue des Russes qu^ la mort avait moissonnés , il adressa au ciel de ferventes prières pour ces nobles victimes du saliît public. A son arrivée au palais, les boyards , les généraux, tous les guerriers^ Anou vêlèrent leurs

IQ^ * HISTOIRE

félicitations, lisse dlsaiieat avec émotioB : « JDan$ ^} ces lieux soujfiis y il n'y ^ qu'un insWant y â ^) u$ie cr^yanùe sanguinaire^ ennemie des chré^ «» tiens , noue voyons maintenant la croix vipi- -i> ficmie et notre souverain (fans toute sd gloire ! j) Pénétres d'un nlénie sentiment ^ tous s'empressèrent de rendre gnace à Dieu du tfioïnphe des armes russes. On s'occupa à éteindre le .feu ^ et Jean abandonna à l'armée tout le kalia^ toutes les ricfa^esses de Kazan y tous les piisonniets , le fieul Yediguer excepté*; il ne conserva pour lui ^n^ ce qui avait appartenu aux t^ars ^ comme la <x>tironne y le sceptre , l'étendard national et les canons, h Les seules richesses qui peuvent me ») .^oi^Aer^ disait-il ^ sont le repos et V honneur ïi de ia Russie. » Il retourna ensuite au camp ^ où il «e présenta à l'armée réunie avec un visage rayonnant de joie. Les guerriers étaient encore couverts de leur sang xnélé à celui des infidèles^ Le tzar s'arrêta devant les troupes et leur adressa cette liaraQguéi où. respirent sa bonté et son atïiaraugue tachcment pour elles : « piaillons guerriers , rarmée. » boyords y ^oïéi^odes , officiers , vous tous qui j w dans ce jour solennel y avez so'i^erfa pour la î^ gloire de Dieu > pour la religion^ la pairie et .P '^^Qtre tzat, i^ous venez d* acquérir une gloire » immortelle* Ja9nads Un peuple n'a développé

n autant de hrzpoure^ n*a remporté une aussi » brillante victoire. Vous êtes semblables aux o Macédoniens $ pdus pous êtes numtrés les di- » gnes descendons de ceè héros qui y sous les n ordresdu grand prince DrHitri ^ ^Merminèrent M Vinfidde *Mamaïl Comment pourrai^je re-^ n connaitre vos grandes aetioms?... Etpous^ qui )) reposet au champ d^honn&ir y nobles enfans » de la Russie > vom êtes déjà dans les célestes n demeures ^ au milieu dès martyrs chrétiens et H tout resplendissons de gloire^ Voilà la récom* >> pênse^ que JOieu vous rése tuait f Mais mus y il ♦) est de notre devoir de transmettre vos noms M cuâX siècles à venir > et la liste sacrée > qui les » renfentiefu , sera placée dans le temple du Sei-* » gneuTf afin qu^ils vivent dans la mémoire des » hommes é^ Vous qui y baignés de votre sang 3 <»> existet encore pour éprouver les effets de maù >y amour- et de ma tècohnaissànce j vous iùus\ :>! braves guerriers présens à mis yeux y soyez » attentifs à mes paroles y et ajoute^ une foi en-f M tiàre^cLla promesse que je vous fais erï cejoun^ » de vous chérir y de vous protéger jusqu^d là. j» fin de ^a*vàei*.l Maintenant , couronnés pat ji la' viiéoire^ y liviret^vous au repos, n L'armée tépoadît par d& loyautés et joyeuses acçlas^a* tions. Jean visita lui-même et consola les kle3«* TgMEVIÏL î3

194 HISTOIHB

ses ; fl fil partir sur^le^rhamp son bt»u-frèrc Daniel pour porter cette heijreuse nobvelle à la tzarine ; au métropolitain et à sou frère Festin Yojurî. La.Joumée fut terminée par un fes*» railmëe.^ tîn que le t«ar donna* aux guerriers , et tous les bojards furent admis à sa table. Cette fête na*^* tionale s'embellissait encore par le souvenir des maux passés , le sentiment de la gloire présente p et les espérances qu'offrait Tavenir.

Le tzar adressa des [Mroclamations aux habitans

de toutes les contrées cîrconyoiisines pour leur

O0rir paix et sécurité. <c yenez sans craint,

» disait-il , le passé est oublié , car la perfidie

» a reçu son salaire. Je n^ exige de vous d^autre

» tribut que celui que vous <ivezpayéjusqu'alor9

fî^™û*" *^ ^u^ tzars de Kazan. m Les babitansdes cam-

d'AMk et pagï^es > effrayés du sort que venait d'éprouver la

tJmîMw^ capitale, s'étaient dispersés dans Içs forêts; mais

pîatf '^' i^assurés par les bienveillantes promesses de Jean ,

ils revinrent à leurs habitations. Ceux d'Arsk, et

après eux les Tchérémisses du pays plat, en<-

Toyèrent leurs anciens au tzar pour lui . prêter

sertnent de fidélité. . -^

Le 3 d'octobre les morts furent' inhuma ,\et l'on nettoya entièrement ]a ville» Le lendemain ^ ' soienneîk ^^^^ ' accompagné dii clergé , de son conseil et à Kmu. ^Qg che& de l'armée /y fît son entrée solennelle ^

D£ RU&SIE. ig5

tl posa y dans un emplacement. choisi k cet effet, la première pierre de l'ëglise^ cathédrale delà Vi«sitatiou ; il fît aussi le tour de la ville , auiyi de la sainte croix y et consacra Kazan au vrai Dieu. Les religieux aspergeaient d'eau bénite les ruçs et les murs des maisons. Appelant la bénédiction du ' souverain des êtres sur ce nouveau rempart de la foi orthodoxe , ils le suppliaient de pr&erver ses habitans de toutes maladies , de soutenir leur courage afin qu'il fut à jamais inabordable aux ennemis et qu'il restât toujours la glorieuse propriété de la Russie. Après avoir parcouru toute la ville et désigné les emplacemens des églises , le tzar donna des ordres pour rétablir, au plus vite., les fortifications ; ensuite , accompagné de se# dignitaires , il se rendit au palais des tzars, sur lequel flottait l'étendard des chrétiens.

C'est ainsi que Jean, vit tomber à ses pied; l'une des principautés les plus considérables des descendans de Genghiskhan, sur les fron-» tières de la Russie actuelle. Fondée surles ruines de la Bulgarie , dont elle avait englouti les mi<r sérables restes , Kazan conserva l'esprit gueiriet et dévastateur des Mogols; mais elle adopta le goût du.epnuùerce des anciens habitans de ces contrées, où, de temps inamémorial, les marchands, arméniens, ceux dM Perse et d'autres

pays, arrivaient en foule, et jusqu'à ce jour le« Tatars de Kazau, descendan&de k horde Dorée, ont conservé leurs relations commerciales avec le Levant. Pendant le long ititervalle de cent quinze ans, les Russes et les Kazanais furent ennemis infatigables, c*est-à-dire , à dater de leur premier tzar Malthmet , dont l'un des aïeux de notre souverain avait été prisonnier, jusqu'à Yediguer qui fut le sieni Jean III prenait déjà le titre de tzar des Bulgares et considérait Kàzan comme faisant partie de la Russie ; mais ce fut sous la fin de son règne que l'on y vit éclater cette terrible révolte qui coûta tant de sang aux Russes, et dont il tïe put tirer vengeance. Les traités de paix , renouvelés sans cesse, servaient de prétextes à de nouvelles trahisons , dont Teffet était de semer l'effroi dans la Russie orientale ; car les habitans de cette vaste étendue dé terrain situé depuis Nîjnî-Novgorod jusqu'à Ferme, étaient continuellement exposés comme les enfans perdu* d*une armée. Les vengeances exercées par les Russes, leur occasionaient des pertes considérables en raison des longues marches qu'elles nécessitaient ; de ^sorte que le^ plus heureuses campagnes se terminaient souvent par la destruction des hommes et des chevaux : ils mouraient accablés par les maladies et les fatigues auxquelles il»

DE

se trouvaient expo$ës daûs ces contrées sauvages,, occupées par des nations ieroces. En un mot, la question de savoir s'il était nécessaire de soumettre Kazan^ se rattachait indispensablement à celle-ci: Est-il nécessaire d'assurer le repos et l'existence àelaRussie? En général, le bien derjËtati et Tardeur de la foi , avaient fait naître parmi les vainqueurs le plus vif enthousiasme, et les annalistes parlent de cette conquête avec une chaleur toute poétique : ils invitent les conteiiiporainSj ainsi que la postérité , à porter leurs regards sur K^azan, renouvelée au 'nom de Jésus-Christ , or* pée de saintes banières. et d'églises orthodoxes ; ils la montrent, après un affreux carnage, abandonnée au silence des tombeaux et ranimée ensuite par la présence d'une armée nombreuse , remplie d'allégresse , entourée de trophées et couronnée des Uurîers qu'elle venait de cueillir , circulant dans une profonde tranquillité au milieu des rues, des places publiques et des jardins. A ce tableau, ils ajoutent dans leurs récits animés , le spectacle d'un jeune souverain placé sur un trône dont il vient de faire la glorieuse conquête, ^entouré d'un cercle brillant formé par les gi;ands et les généraux, pénétrés fous de cette grande idée'; Noua apons bien mé-r rite de là pairie I le ciel même semblait favoriser

Observations sur Katan*

igS HISTOIRE

ce brillant triomphe; l'air était pur^ une douce chaleur régnait dans * l'atmosphère , et l'automne , sombre et pluvieux pendant la durée du siège y avait fait place à la température du printemps.

Le 6 octobre , le confesseur de Jean et les

religieux de Sviajsk consacrèrent le temple de la

Visitation. Le lendemain , Jean s'occupa à éta-

Étabiit*- blir le nouveau gouvernement de la ville et celui

nouveau dcs districts. Le prince Alexandre Scbouis-

mou?" iy fut nommé gouverneur de Kazan^ ayant

pour adjointVassili Serebrianoï. Jean leur donna

des instructions écrites , leur laissa quinze cents

enfans-boyards , trois mille strélitz avec un nom-»

bre considérable de cosaques ; et le 1 1 du même

mois , il se prépara à retourner dans sa capitale ,

contre l'opinion des boyards les plus sensés qui

Conseils lui Conseillaient de différer iusqu'au printemps

donnespar , , •

les grands. SOU départ^ aiusi que celui de Tarmée , afin d?achever de soumettre le pays^ occupé par cinq nations différentes; savoir ^ les Mordviens ^ les Tchouvaches^ les Votiaks (dans le district d'Arsk)> les Tchérémisses.^ les Bachkirs (dans la partie ^supérieure de la Kama ) ; beaucoup de leurs campemens n'avaient point reconnu hotte puissance , et . comme plusieurs des Kazanak les plus exaspérés s'étaient rendus chez[ eux ^

DE RtrSSIB. 199

il était facile d'apprécier les conséquences dangereuses qui pouvaient en résulter. 11 existait d'ailleurs , tant à Sviajsk qu'au camp, une quantité suffisante de «irivres pour la subsistance de Tarmée. Mais, impatient de revoir son épouse et de se présenter à Moscou dans toute sa gloire y le tzar rejeta ces sages conseils , pour satisfaire les désirs de son cœur : sa résolution fut approuvée par les frères de la tzarine et par d'autres ' officiers qui voulaient aussi se reposer à l'ombre de leurs lauriers. Après avoir entendu la messe dans l'église de la Visitation , et placé ce nouveau pays sous la protection de Jésus-Christ , de la Ste. Vierge , et des saints intercesseurs de la Russie ^ le tzar partit de Kazan : il pa<»sa la nuit Retour si|r le bord du Volga , vis-à-vis l'ile des Etran- ^ mS^„^ ^ gers, et s'embarqua pour Sviajsk. Le prince Michel Vorotinsly conduisit la cavalerie le long des bords du fleuve , pour se rendre à Vassilî-Gorod (ville de Vassili),' cette route, bien que difficile , ne présentait plus aucun danger.

Db tzar ne s'arrêta qu'un seul jour à Sviajsk,

où il laissa le prince Michel Schouisky en qua-

^ lité de gouverneur de ce district ; il s'embarqua

• ensuite sur le Volga , le 14 octobre , au pied.des

montagnes de Viazova. Arrivé à INijni , tous les

babitans vinrent à sa secKContre ,, et se. mirent à

ce

genoux en versant des larmes de ]oie. Heii^ reux de se Toir à jamais délivres des tem«* blés incursions des Kàzanâis , ils glorifièrent le vainqueur par des exclamations qui partaient du fopd de leurs âmes , et si bruyantes y que ces pleurs de gratitude forcèrent les religieux y que Ton n'entendait plus , à interrompre leurs chaçits* Alors des ambassadeurs de la tsarine y du prince * Yquri et du métropolitain, complimentèrent le tzar y et le félicitèrent de Théritage que Dieu venait de lui transmettre, en lui accordant la^ souveraineté de Kazan. Jean fit rassembler toutes jes troupes qui étaient à Nij ni, il leur témoigna les sentimens de reconnaissance dont il était pénétré pour les. généreux compagnons de -ses travaux; il leur dit qu'ir se séparait d'eux jusqu'à upe nouvelle occasion de tirer glorieusement le glaiv« pour la patrie , et les ayant renvoyés dans leurs foyers, il prit par terre le chemin de Balakna et Vladimir. Il rencontra bientôt le boyard TraKhanîot chargé de lui annoncer , de la part KaissaTi.^'^î^astasie, la naissance d'un fils , le tzarévîtch ' cvUch/Dmitrî. Le tzar, au comble de la joie, 'sauta à bas de son cheval , et eùibrassa étroitemexït» Tralhaniot ; il rendit grâces au ciel, en versant des larmes , et ne sachant comment récompenser sur-le-champ celui qui lui . avait annoncé

Di; nussiE. . 301

c^tte beureuse iia|j;v^lle , il lui donna le man- <^'' tea^ de tear qu!il; portait , ainsi qqe Bon cheval. J^an ayait.eu deux fîHes, Anne et Afariie ; nfais la première était piorte à onze ngiqis : il voyait maintenant . ^'accomplir le . vœu secret de. son cœur ^ p$r 1^ naissance d'un héritier* Ayant dér péché vers Aqai^tasie son beau-frère Nîkita Ço«madoyitçh , chargé 4e tendres complimens de sa part^. il s'ajrrèta à yjadimir et à Souzdal^ uniqnuement pour pri^r dans les temples ^ et té^ moigner combien il était sensible à l'amour de^ habitai qui y de tous côtés ^ se rendaient sur son passage pour avoir le bonheur de! contempler son visage ra^ronnant de satisfaction* 11 visita ensuitele célèbre monastère de Troïtzky , pria sur le tombeau ,de S. Serge, communia avec les religieux ^ et le 28 pctobre il passa la nuit au village de Taïnisky , où il était. attendu^ par son fbj^r^ Youri et queli^es boyards qui \/5naient le complimenter. Le lendemain de grand matin ^^^^y^^^"^ il s'avança vers sa capitale chérie , et aperçut sur les bords de la Yaouza une innçunbrable multitude de peuple : la foule était si grande , que SUT un espace de six verstes, depuis la rivière *jusqu^aux' faubourgs, il ne restait qu^.un passage très-étroit' pour le tzar et sa gardé : c'est ainsi <|ue Jean s'avançait lentement, entouré de mil-*

kOd HISTOIRE

Ëers de citoyens. Il avait la tète découverte;; saluant à droite et à gauche un peiiple ivre de joie qui lui baisait les pieds et les mains , qui ne cessait de crier : « Que le ciel accorde de longues » armées à notre pieux tzar, vcUnqueur dee M barbares et sauveur des chrétiens/ «) A la fdace où les habitans de Moscou avaient accueilli jadis l'image miraculeuse de la Viçrge de Vladimir, cause du salut de la ville lors de l'invasion de Tamerlan; làoù^e trouve au jourd'hui le monastère de Stretinsky ^ le métropolitain , les évêques , le clergé , les boyards , les princes Boulgakof et Morozof> serviteurs du père et de l'aïeul de Jean , l'attendaient y rangés en ordre de procession sous la bannière sacrée. Jean descendit

de eheval -; il s'inclina devant les saintes images , et s'adressant aux ecclésiastiques/ il leur parla en ces termes : « Membres du clergé ortho- DîMonri » doxQ ! sâgc métropolitain ! je vous avais prie derg^. » d'être les intercesseurs , pour la Russie et son » tzar^ auprès du Très-Haut, afin d'obtenir pour » moi y de sa miséricorde*, le pardou des » péchés de ma jeunesse , la force de bien gou- » verner la patrie , et le moyen de devenir son » bouclier contre les invasions des 4>aabares $ » je vous ai consuké/elativemenlraux periidies » des KAzanus^ et aux.mesiures à prendre pour

DE Ress-xc.

en arrêter le cours , éteindre rincendk de nos villages , venger le sang russe versé par les infidèles , briser enfin les fets des prisonniers chrétiens , et les rendre à la liberté ^ à la patrie, à Téglise. Mon aieul, mon père) etmoi avons souvent envoyé nos généraux contre eux ; mais ces expéditions n*Wkt eu aucun résultat utile : enfin , docile à vos conseils , je me suis moi-*méme mis en campagne. Alors un autre ennemi 9 le^kan de Crimée s'est présenté à nos frontières^ dans l'intention de profiter de » notre absence pour détruire la chrétienté; n Mais vous, dignes représentans de l'Église, >> vous vous^ êtes scîuvenus de ces paroles de » l'Évangile : J^eiUez et priez , afin de ne pas I) élre surpris : vous avez adressé au ciel des 5) vceux cpe Dieu a exaucés , et le khan , poui*- }i suivi par la colère céleste y s'est enfui , couvert » de honte. Soutenu par l'mfluence visible de >i vos prières, ^nous nous sommes avancés contre » Kazan , et nous sommes parvenus au but » désiré, par la grade de Dieu, la bravoure >» du prince! Vladimir , celle de nos jgéné- » raux et de tonte l'armée. Cette ville popift- >r leuse est ton^)ée devant nous; la justice cé^ ,» leste a iliit. périr dans un seul moment un V nombre infini d'infidèles; leur tzar a été fait

:è04 HISTOIRE

>} prisonnier , et les étendardsr du croissant^ rem- » places aujourd'hui par ia sainte croix ^ ont 1) disparu pour jamais de ses muraillesl Le dil^ D trict d'Ar^k et ceux du, pays plat ^nt tribui) taires de la Ru$$ie*; les voiévodes moscovites » gouvernent ces contrées ; et nous y pleins de » santé et de joie , nous sommes revenus ici j » deviiint riniage dje la Ste.-Vierge , augurés des » reliques de nos maints , dans vos sanctuaires , » enfin au sein de notre chère patrie. Pour vous » téjuoigner , ô mon père , ainsi qu'à tout le )) clergé, rassemblé eaces lieux ^ combien nous » sommes reconnaisaans des bienËsiits dont » nous avons été comblés ^ bienfeits que nous » de^vons à. vos prières j lÉioi , le prince Vladimif » et tous les guerriers >^ nous vous saluons » du fond de nos, cœurs, avec le plus tendre » respect. » Aussitôt le' tzar , le prince Vladimir et toute la cavalerie ayant txxis pied à terre , s^nclinèrent profondément^ Jean continua ainsi : « Je vous renouvelle aujourd'hui la prière de >} continuer à intercéder avec zèle auprès du - » trône de Dieu, et à n^ soutenir de vos sages ' >i conseils pour me rendre capable de conso- » lider la foi , la justice , et dç faire régner les » bonnes mœu2:s dans l'intérieur de-^l'^npiré, . » afin qu'à l'ombrcde la paixet des vertus'; la pa*»

tD:)2.

». trie , la religion chrétienne deviennent floris- ,5: n santés , et que les nouyeaut sfu jets de la Russie , » abjurant leurs erreurs, pour reconnaître le vrai » Dieu, glorifient avec nous la Sainte-Trinité, - » d^ns tous les siècles des siècles. Ainsi soit-ili »

Le metropolîte^ répondit : « O tzar , nous R^îponse

* , * du métro-

» sommes émerveBlés nôus-mênies de l'abon- poiiiam.

11 dance des grâces que le ciel k répandues sur

» nous; nous ne pouvons que nous écrier :

» Grand Dieu^ tu as fait des miracles ! Quelle

n victoire ! que de gloire rejaillit sur vous ainsi

D que sur fts iljiustres compagnons de vos ex-

» plbits! quel changement s'est opéré dans lé

» sort de là patrie ! Les perfides Kazanais ré^

p pandaient la (erreur dans toute la Russie ; ils

» s'abreuvaient, du sang des chrétiens , lès en-

» Irainaientdaiis l'esclavage, souillaient et dé- «

1^ truisaientlestemplesduSeigneur.Lesmalheurs ^

» qui nous accablaient ont déchire votre noble

» cœur ; et, rempli d'*une confiance inébranlable

« en la toute puissance de Dien , vous avez juré,

» prince , de nous sauyer. Vous voâs êtes armé

)} saûs crainte, e^ôsé à de pénibles travaux , à *

» 4'immin^ns périls / prèt"^ môtirir pour la reli-

» gfon et la patrie,... Mais le ciel a fait luire sui^

» vous les rayons de sa grâce , comme auti'efois

» sur Oonstantin^e^Gfaiid, saîint Vladimir, Drhi-

âo3 HISXOIKB

}) triDonskoï , Alexandre Nevsky , !dîgaés soùye^ » rains, les élus du Seigneur, Vous avez place » votre nom à côté de ces noms illustres , et votre n gloire est égale à la leur. Kazan^ cette ville p souveraine , semblable à un repaire de serpens » qui nous menaçaient sans cesse de leurs dards » venimeux ^ cette capitale , si malheureusement » célèbre^ est tpmbée à vos pieds. Vous ave»

» écrasé la tète de l'bydre^ brisé les fers des mil** » liers de chrétiens courbés sous le poids de Tesi> clavage , purifié p par les emblèmes de la vraie )) religion , ces lieux souillés jusqu'alRrs par ceux D d'un faux prophète /.assuré à jamais, enfin la » tranquillité de la Russie. S^ns doute, ce grand » œuvre est de la main de Dieu ^ mais il vous en > a confié l'exécution ; car vous vous êtes ressou** » Venu de ces par(^s de FÉvangile : Sanserçi^ n teur^ si tu m^ es fidèle dans le^ petites choses , » je te placerai d la tête des grandes. Livrez- Ji Vous a la joie , tzar chéri du ciel et de la patrie ! » le Seigneur vous a non-seulement accordé la » victoire > mais il vous a fait naître aussi un fils y >> objet de tant^ de vœux ! Jouissez de ^otre » bonheur, vous, votre vertueuse épouse, le n jeune-'tzarévitch Dmitri, vos parens , vos » boyards et tous vos gueisriers. Vivez en paix n avçc .eux daiu la villci souveraine de Moscou

>i sWTee par la {Miissance de IMea y aimique dans 1^ tout le reste de Venipire^ et que de longues anr- D nées f une inaltérable félicité^ soient le partage » de tous* Quant à nous , 6 tzar ! en ténioigi^ge » dfi notre gratitude pour vos pénibles travaux » et vos glorieux exploits^ nous nous proster-^ N nous devant tous. » A ces mots , le métro* politain , le clergé^ les dignitaires et le peuple i^ tombèrent devant le souverain , la face contre, tctrre; tous les yeux étaient mouillés de larimes^ Içs airs retentissaient de bénédictions et de transports de joie. ;

Le tzar s'étant alors débarrassé de son ar^uœ^ endossa le manteau des souverains ; il mit -^un collier auquel peildait une croix , orna sa tête de la couronne des Monomaques , et suivit la procession des saintes images jusqu'au Kremlin , oh il entendit la messe daiis la basilique de TAs^ somption ; il salua avec respect et reconnaissance les reliques des saints de la Russie , ainsi que les t(»nbeaux de ses ancêtres , parcourut les autres temples les plus considérables ^ et s'empressa en^ suite de se rendre au palais. La tzarine, encore alitée | ne pouvait aller à sa rencontre. Mais à la vue de son époux , oubliant sa faiblesse et ses maujt^ transportée de, bonheur et de tendresse^ e&e tomba aux pieds du héros souverain j aui •

308 HISTOI^RE

en serrant sur son cœur Anastasie et son fils ^ goûta la plus grande félicité que puisse espérer un mortel.

L'allégresse qui régnait dans la capitale et dan9 ^ toute la Russie^ était à son comble. Les temples ^ constamment ouverts^ étaient remplis d'une foule de peuple qui adressait des actions de grâces au ciel et au souverain. De toutes parts y des sujets empnessés accouraient à Moscou pour contempler leur sauveur. Tous les discours roulaient suf la grandeur de ses actions y sur les peiùes^> les fatigues qu'il avait fallu surmonter ^ les efforts et les ruses de guerre employées durant le siège , le défespoir féroce des lia^^anàis^ la brillante valeur qu'avaient développée les Russes ; et dans Texaltation que produisaient ces récits, on répétait sans cesse : Nous apons subjugué un royaume ! que i^a^i-ôm dire dans le monde?

îife ww- ^ Après quelques jours de bonheur passés au seîrt lais, et far- dc safiàmiUc, Jcau donna, le 8 novembre* dans le

cesses de ^ ' , '

JeaA. j)alais de granit, un grand festin auquel assistèrent le métropolitain, les évéques, les archimandrites, les abbés, les princes . Yourî el Vladimir , tous les boyards ainsi que leç voïévodes qui s'étaient signalés pendant ' le siège de Kazan. « Jamais y disent les annalistes^ » an n*apait vu d Moscou une- fête aussi êom^p'*

» tueuse, une Joie aussi i^ipe et d^ aussi grandes n libéralités. » Les largesses de Jean s'étendirent depuis le métropolitain jusqu'au simple guerrier distingué par de glorieuses blessures ou par sa bravoure . Le prince Vladimir reçut pour récompense de riches pelisses et des coupes en , or^ artistement travaillées ; les boyards ^ les voïévodés^ leâ gentislhommes y les en£ans*boyards et tous les guerriers , selon leur mérite ^ reçurent des habillemens de la garde-robe même du tzar , des velours , des zibelines^ des coupes , des chevaux , des armures ou de l'argent. Cette fête dura trois jours , pendant lesquels Jean ne cessa de dis* tribuer, à pleines niains^'des marques de sa muni*iicence. D'après le relevé fait à la trésorerie , la valeur de ces présens s'élevait à la somme de quarante-huit mille roubles { à peu près un million de roubles actuels) ^ sans compter les apanages et domaines dont furent gratifiés les officiers de l'armée et ceux de la cour.

Le tzar voulut signaler la prise de Kazan par un monument destiné àen faire passer le souvenir à la postérité ; et , a cet effet , il fit construire l'église de la Sainte- Vierge de bon secours. Cet édifice , situé près de la porte Nikolsky , est surmonté de neuf coupoles , et figure encore de Tome VIII. i4

nos jours dans la capitale^ comme un des chefsd'œuvre de Tarchitecture gothique.

Ce monarque , entouré de gloire , chéri de son peuple jusqu'à l'enthousiasme , conquérant d'un empire , pacificateur de ses Etats , distingué par la noblesse de ses sentimens et la grandeur de ses entreprises , législateur prudent et sage , n'avait alors que vingt-deux ans : phénomène inoni dans l'histoire des souverains ! Il semblait que Dieu eut voulu étonner la Russie , montrer à l'humanité , dans la personne de Jean , un modèle de singulière perfection ^ de grandeur et de prospérité, placé sur le trône.... Mais c'est ici que va se former le premier nuage sur la tête de ce jeune souverain^ tout rayonnant de gloire !

DE RUSSIE. ail

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