CHAPITRE IV
Suite du règne de Jean IF^.
Baptêmes, du tzarévitch Dmitri et de deux tzars kazanais. — Peste. — Sédition dans le pays de Kazan. — Maladie du tzar. — Voyage de Jean au monastère de St. Cyrille. — • Mort du tzarévitch. — Entretiens graves de Jean avec le ci-devant évêque Yassian. — Naissance du tzarévitch Jean. — Fuite du prince Rostofsky. — Hérésie. — Fin des troubles de Kazan. — Kazan érigé en éparchie. — Soumission du royaume d'Astrakhan. — Ambassades àçs Khiviens , des peuples de la Boukharie , de Tumen et de Géorgie. — Soumission des Tcherkesses. — Relations amicales avec les Nogaïs. — Tributs de la Sibérie. — Arrivée de vaisseaux anglais en Russie. — Affaires de Crimée. — Lettre de Soliman. — Incursion des Tauriens. — Guerre avec la Suède. — Relations avec la Lithuanie. — Rjefsky atjaque Islam- Kirmen. — Le prince Vichnevetzky entre au service du tzar et s'empare de Kortitza. — Conquête de Temrouk et de Taman. — Peste dans les campemens Nogaïs et Tauriens. — Zèle de Yichnevetzky. — Propositions d'alliance avec la Lithuanie. — Affaires de Livonie. — • Projet important attribué à Jean. — Situation de la Livonie. -^ Surcroît de puissance de la Russie. — Per-
fectionn^ment dans Torganisation de rarmée. «^ Gom'mencement de la guerre avec la Livonie. — Prise de Narva. — Conquête de Neithlos , Adeje , Neiihaùs. — Grandeur d'âme du bourgmestre de Dorpat. — Fuite du grand-maître. — Nouveau chef de l'Ordre. — Prise de Dorpat et de plusieurs autres villes. — Ketler s'empare de Kingen. — Les Russes dévastent la Livonie et la Finlande. — Interclassions des rois de Pologne , de Suéde et de Danemarck en faveur de la Livonie. — - Jean accorde une trêve à la Livonie. — Invasion des Tauriens. -^ Irruption des Russes en Tauride. — Alliance de la Livonie avec Auguste. — Le grand-maître rompt la trêve. — Défense glorieuse de Laïs. — Menaces d'Aiiguste. — Exilé de l'empereur. — Nouvelle dévastation de la Livonie. — Prise de Marienboùrg. — Victoire du prince Kourbsky. — Mort de la tzarine Anastasie.
-,' J* Aussitôt qu'Anststasie fut relevée de couche.
Baptêmes ^ '
^." 1^^'^.' 1^ *zar se rendit avec elle au monastère de tri et de Troïtzkv . OU Nicandre . SiTcheyèaue de Rostof,
deux tzars •' . ^
de Kazan. baptisa Dmitri, auprès de la chasse de St. Serge. Rassasié de gloire terrestre , Jean la couronna par une solennité digne d'un prince chrétien : deux tzars de Kazan ^ Outemit-Ghireï et Yédiguer, i553. adoptèrent la croyance du sauveur. Le premier , encore enfant , fut baptisé par le métropolitaîa dans le monastère de Tchouàof, et nommé Alexandre : le monarque le logea dans son pa-
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lak y ordonnant de l'instruire et de l'élever dans la i55X pratique de toutes les vertus. Yédiguer témoigna lui-même un désir ardent de s'éclairer des lumières de la vraie religion ^ et le métropolitain lui ayant demandé : « s^il n^ était point porté à » cet acte par la nécessité, la crainte ou des » intérêts purement mondains? » il répondit avec fermeté : « Non ^ Je ne suis entraîné que n par mon amour pour Jésus'Christ j et ma jo haine contre Mahomet ! » La cérémonie sacrée >^ fc'^riet. eutlieu sur les bords de la Moskva^ enpr&ehcedu monarque^ des boyards et du peuple. Yédiguer^ baptisé sous le nom de Siméon ^ conserva le titre de tz!ir. On lui assigna un grand hôtel au Kremlin; sa cour était composée de grands^ d'ofii- , ciers et d'un nombre considérable de serviteurs. Il épousa Marie y fille d'André Koutouzof ^ grand de l'empire ; vécut constamment dans les bonnes grâces du tzar y et prouva son attachement sincère à la Russie , en repoussant , copme de vaines chimères ^ le souvenir du trône qu'il avait perdu ^ et son ancienne croyance.
Le sort ^ qui.venait de prodiguer à Jean toutes sortes de félicités , lui réservait aussi de cuisans chagrins. L'épidémie meurtrière^ appelée les glandes y qui^ pendant le cours des deux dernier» siècles, avait si souvent dépeuplé la Russie, re-
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commença ses ravages à Pskof^ depuis le mois d'octobre i552, jusqu'à l'automiie de i555; on enterra dans les cimetières vingt -cinq mille cadavres , sans compter ceux qui reçurent secrètement la sépulture dî^ns les forets ou les enclos particuliers. Les Novgorodiens , informés de cette maladie , expulsèrent de leur territoire tous les marchands psloviens, en leur déclarant que, si quelques-uns d'entre eux osaient paraître dans le gouvernement de Novgorod, ils seraient brûlés, ainsi que tous les objets qu'ils auraient apportés. Mais la prudence et la sévérité ne réussirent pas à garantir cette ville de la contagion ; car s'y étant manifestée dans le courant d'octobre , elle désola tous les environs , et cinq cent mille âmes en furent victimes; l'archevêque Serapion oubliant , pour porter des consolations aux infortunés, les précautions et les ménagemens, succomba à son pieux zèle. Il fut remplacé dans ces dangereuses fonctions par le moine Pimen, tiré à cet effet de la solitude d'Andréanofsky; il fut installé par le métropolitain , et après avoir, ainsi que le monarque , adressé au ciel de ferventes et solennelles prières , Pimen célébra , avec une pieuse émotion , sa première, messe pans le temple de Sainte-Sophie, et sembla avoir émoussé le funeste aiguillon de la peste; au moins.
b de azan.
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depuis ce moment , ses ravages diminuèrent i553^ sensiblement à Novgorod,
Les tristes nouvelles que le tzar reçut de s<dition Kazan^ contribuèrent aussi à l'adliger; car il payb apprit qu'il n'avait pas fait encore tout ce qui était nécessaire pour assurer le repos de la Russie. Les habitans des montagnes et ceux du pajs j)lat ayant égorgé les marchands russes , et des gens de boyards qui naviguaient sur le Volga , on parvint à découvrir les coupables auteurs de ces crimes , et Ton en fit exécuter soixantequatorze ; mais ce n'était là que le prélude d'attentats séditieux d'une plus grande importance : les Votiaks et les Tchérémîsses de la plaine , ne voulant payer aucuns impôts, prirent les armes, raassacrèi'ent les fonctionnaires russes , et se retirèrent sur une haute montagne naturellement retranchée par des bois ; ils battirent les Strelîtz, les Cosaques envoyés contre eux, et huit cents Russes perdirent la vie dans cette occasion. Les révoltés élevèrent une redoute sur la rivière de Metcha , à soixante- dix verstes de Kazan , et ne cessaient d'inquiéter , par leurs courses , les contrées montagnardes. Le voïévode Boris Soltikof étant sorti de Sviajsk à la tête d'un détachement de cavalerie et d'infanterie, marcha contre eux; mais tandis que ses troupes étaient
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enfoncées dans la neige , les ennemis; munis de larges patins en bois y qui soutenaient le poids de leurs corps , et leur permettaient de se mouvoir facilement , l'entourèrent de tous les côtés; il s'engagea aussitôt un combat long et meurtrier ^ où ^ dans la confusion qui résultait de la fâcheuse position des Russes, Sohikof perdit cinq cents hommes. Lui-même fut fait prisonnier et égorgé par les Barbares ; il ne s'échappa qu'un très-petit nombre de Russes , qui retournèrent à Sviajsk; et les séditieux, enflés d'orgueil par ces deux succès, s'imaginaient déjà que la domination de la Russie avait cessé dan& leurs contrées.
Jean se ressouvint alors du sage conseil que lui avaient donné des capitaines expérimentés , de ne pas quitter Kazan avant l'entier assujettissement, de tous ces peuples sauvages. La cour était livrée à un tel découragement , que quelques-uns des membres du conseil osèrent proposer d'abandonner pour jamais une contrée si fatale à la Russie , et d'en rappeler les troupes. Le souverain témoigna un juste mépris pour une pareille pusillanimité jp mais ^ au moment où il songeait à réparer la faute qu'il avait commise il fut inopinément attaqué d'une fièvre inflammatoire , dont les progrès furent si rapides que
la cour , la capitale et la Russie apprirent ea '^^'• même temps et la maladie du monarque et sa situation désespérée. Un effroi général s'empara des esprits , et dans les palais comme dans les chaumières , chacun attribuait à ses propres ^ fautes ce terrible effet de la colère céleste, k Nos » péchés j disait-on , doivent être nombreux et » irrémissibles y puisque Dieu enlèpe à la Rus^ >i aie un semblable soui^erain. » Le peuple se rendait en foule au Kremlin ; on se regardait les uns les autres sans oser s'adresser une ques-' tion , et on n'apercevait que des visages pales , des yeux mouillés de larmes ; au palais^ le désespoir , la confusion étaient inexprimables , et plusieurs boyards se parlant tout bas, disaient que dans cette occurrence fatale , il ne s'agissait pas de pleurer , de se lamenter , mais qu'il fallait plutôt songer à pourvoir au salut de l'empire. Un spectacle déchirant vint frapper les regards des courtians. Michaïlof , secrétaire du tzar , s'approcha du lit de douleur et s'adressant au monarque , qui conservait toute sa connaissance, il lui déclara, avec fermeté, que le moment était venu de songer à faire un testament. Mal- " "*" gré sa jeunesse et l'état florissant de sa santé , Jean avait, plusieurs fois déjà, manifesté cette intention aux personnes qui vivaient dans son inti- •
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mîte. La proposition de Michaïlof ne lui causa donc aucun effroi , et il ordonna , sans paraître ému y de prendre acte de ses dernières volontés. Il nomma pour son successeur et souverain de la Russie, son fils Dmitri, encore enfant. L'acte ayant été dressé , on résolut de le rendre plus authentique en le faisant confirmer par le serment des principaux dignitaires , qui se rassemblèrent à cet effet dans un salon voisin. On vît alors l'esprit de révolte se manifester parmi les boyards , par un grand tumulte et d'orageuses discussions. Les uns insistaient pour la prestation du serment; d'autres s'y refusaient avec opiniâtreté. Au nombre de ces derniers se trouvait le prince Vladimir, qui accusé de désobéissance par Vorotinsky , lui dit : « De quel droit oaez-pous )j pous permettre de contrarier ma volonté?» — Je » fais mon devoir , répondit Vorotinsky, et je suis » prêt y s^il le faut y aie soutenir les armes à la » main, combine un dévoué serviteur de Jean et de » Dmitriy nies souverains et les vôtres ,• ce sont î) eux et non pas moi qui vous ordonnent de » remplir les obligations d^un fidèle ntsse. » Jean ayant fait appeler les boyards récalcitrans , leur demanda : « Qui donc voulez^-vous choisir » pour votre tzar ^ puisque vous refusez d^ac- >) cepter mon fils ? AveZ'-vous oublié votre ser-
w ment de ne servir que moi et mes enfans ?. . . » Je suis trop faible pour parler long^temps , » ajouta-t-îl d'une voix éteinte , Dmitri y encore » au berceau y n^en est pas moins potre souve^ » rain légitime y mais si vous êtes sourds à la » voix de votre conscience , vous en tipondrez » devant Dieu ! » Le boyard Jean Schouisky prenant la parole , répondit quHls n'avaient pas baisé la croix , parce que le souverain n'était pas devant eux; mais Féodor Adachef, père du favori de Jean, s'expliqua plus catégoriquement , et parla en ces termes : k Tzar ! nous » sommes tous portés de cœur à nous soumet-' M tre à vous ainsi qu'à votre fils , jnais non » pas aux Zahharin^Yourief f qui sans doute » doivent gouverner la Russie au nom d'un w enfant encore privé de ses facultés inteHeC" » tuelles. f^oild le véritable objet de nos inquié- » tudes. A, combien de maux y de tourmens » n'avons^nous pas été exposés lors du gou-- » vernement des boyards , avant que vous ne » fussiez parvenu à l'âge de raison ? Il faut^ » éviter pour l'avenir de pareilles calamités. » L'extrême abattement du tzar ne lui permit pas de répondre. Ce prince, aux portes du tombeau , n'était plus qu'un faible mortel : le peuple l'aimait, le pleurait, maïs déjà les courtisans.
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regardant sa mort comme certaine;' ne faisaient plus aucune attention à lui. Us poussèrent l'ou-* bli des convenances 'fit des principes de la délicatesse ^ jusqu'à troubler les derniers soupirs d'un mourant. Us discutaient ayec chaleur ^ criaient même auprès du lit du monarque à l'ago^ nie , et finirent enfin par se séparer en tumulte. Que prétendaient donc ces audacieux boyards?
Peut-être , réellement animés' par l'amour de la patrie et du bien public^ songeaient-ils avec effroi aux dissensions funestes qui , pour le malr heur de la Russie , pouvaient se renouveler dans le conseil ^ pendant la minorité de Dmitri ; et voulaient-ils placer la couronne , non pas sur la tête de Youri, frère de Jean; car cet infortuné^ disgracié de la nature, n'avait ni jugement^ ni mémoire ; maïs bien sur celle de Vladimir- Andréiévîtch , doué de qualités brillantes. Il avait l'esprit vif, pénétrant, actif, et possédait d'ailleurs beaucoup de bravoure et de fermeté* Un annaliste , en supposant aux boyards les intentions les plus pures et les plus nobles , ne les blâme pas moins , et avec justice , d'avoir voulu intervertir arbitrairement Tordre de succession à tm trône héréditaire , institution sage, confirmée, au temps de Dmitri Donskoï, par un serment solennel; ayant le bien public pour objet, fruit
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d^ane longue expérience^ et cause essentielle de la nouvelle puissance de la Russie. Toutes les lois humaines peuvent avoir de dangereuses imperfections, et, par fois, des résultats pernicieux; mais elles n'en sont pas moins les mobiles de l'ordre social ; elles n'en sont pas moins sacrées pour les hommes sages , dont la conduite est dirigée par les principes d'une saine morale ; elles sont enfin, dans tous les temps, les plus fermes bases de la stabilité des empires. Ce qui occasionaitles prévoyantes inquiétudes des boyards, pouvait ne pas s'accomplir; mais alors même que la minorité du tzar eût causé des malheurs momentanés à la Russie, il valait mieux les supporter encore que d'enfreindre une des principales institutions de l'état, que d'entraîner la patrie dans un abime de troubles et de discordes , par l'incertitude du droit de succession , droit si important dans les monarchies.
Heureusement, les autres boyards restèrent fidèles à leur conscience et aux lois de leur pays. Le même soir , les princes Mstislafsky , Voror tinsky , Paletzky , Tchérémétief , Morozof , Yourief , et le secrétaire Mîchaïlof , prêtèrent serment au tzarévitch , ainsi que le jeune ami du souverain, Alexis Adachef. Cependant on rapporta à Jean, que les princes Tcheniatef, Pronsky,
Rostofsly et Obolensky, se de'claraient hautement pour le prince Vladimir, et que dans le palais, ainsi que sur la grande place , ils ixe cessaient de crier , à qui voulait l'entendre : « Qu'il valait M mieux servir un homme fait qu'un enfant, » pour ne plus être obligé de ramper devant les » Zakharin. n Le souverain, faisant un effort pour rassembler ses dernières forces, voulut voir le prince Vladimir , et l'engager à prêter serment de fidélité ; mais celmi-ci l'ayant refuse ouvertement, Jean lui dit avec la plus grande douceur : « Je pénètre vos projets y craignez » la puissance de Dieu. >) Ensuite , s'adressant aux boyards qui avaient prêté serment :
« Je m^ affaiblis , leur dit -il, laissez - moi ^ et « agissez d'après votre devoir et votre cons- » cience. » Alors, ils employèrent de nouveau tous leurs effprtjs pour engager les boyards du conseil à exécuter la volonté du souverain. On leur répondit : « Nous savons quel est le but de » vos désirs^ vous voudriez devenir les maîtres ; » mais nous n'y consentirons jamais. » A ces mots ils s'accablèrent d'épithètes injurieuses, se pro(^guèrent les noms de traîtres , d'ambitieux ; la colère, la haine fermentaient dans tous les cœurs , et l'on n'entendait que d'insultantes menaces.
Au moment même de cette horrible confusion, le prince Vladimir et sa mère, Euphrosine, avaient rassemblé dans leur palais les enfans , boyards, auxquels ils distribuaient de ï'argent. Le peuple ne put voir sans chagrin cette conduite insensée , et les seigneurs les plus raisonnables dirent à Vladimir , qu'agir ainsi était insulter à l'affliction générale; qu'il semblait, en quelque façon, célébrer comme une fête la maladie auquel le tzar allait succomber; qu'enfin il n'était pas convenable de faire des largesses au moment où la patrie en pleurs était livrée aux plus vives alarmes. Le prince et sa mère ne répondirent à ces sages remontrances qu'avec dépit, et par des paroles orgueilleuses. Les boyards qui entouraient le souverain refusèrent de laisser, approcher de lui son cousin , dont les mauvaises intentions n'étaient que trop apparentes. Dans cette circonstance. Sylvestre se présenta sur la scène. Cet homme extraordinairjc avait été jusqu'alors , et pour le bonheur <de la Russie , le principal conseiller du tzar, quoiq:ue pliisieurs seigneurs de la cour éprouvassent un secret mécontentement à voir un simple religieux gouverner l'église et le conseil; car il ne lui manquait que les signes extérieurs de la puissance souveraine et épiscopale, et lui seul dirigeait les
grands , le métropolitain^ les juges et les voïéyodes ; c'était lui qui concevait les projets d'un gouvernement sage , Jean se chargeait de l'exé* cution. Ce pouvoir^ qu'on ne saurait regarder comme illégitime , car il ne provenait que de la juste confiance du souverain dans ce prudent conseiller ^ pouvait cependant l'éblouir et ternir la pureté de ses intentions ou de ses premiers sentimens ; il pouvait faire naître en lui l'amour de la domination avec le désir de se maintenir au même degré de puissance : tentation dangereuse , à laquelle on voit souvent suc* comber la vertu !
Sylvestre , respecté de tous , sans être généralement aimé , perdait avec le tzar, son existence politique ; et bien qu'il réunit l'amour de la patrie à son ambition , il est vraisemblable qu'il penchait en secret pour Vladimir ^ auquel d'ailleurs il était lié d'amitié. Il est certain qu'en voyant la fureur dont les amis de Jean étaient animés contre ce prince^ il s'employa pour lui et leur parla avec chaleur : « Quel estj dit- il, celui » de vous assez audacieux pour prétendre ^loi^ » gner un parent de son parent ? assez porté de » haine £ontre V innocent qui veut baigner de ses » larmes un malade cher à son cœur^ pour le re- >i pousser? » Les Zakharinet plusieurs autres jé-
pondirent qu'ils ne faisaient en cela qu'exécuter leur serment ; que serviteurs dévoues de Jean , de Dmitri , ils ne souffraient point l«s traîtres. Cette démarche de Sylvestre donna lieu à observer sa conduite et à soupçonner ses intentioml Le lendemain , le monarque ayant fait ap-peler encore les boyai^ds , il leur dit : « Pour la *) dernière fois y exige votre sennenU Baisez M la croix- en présence de mes intimes boyards, w les princes Mstislafshy et Vorotinshy : je n'ai » plus la force d'en être témoin. Et vous y qui » déjà aviez juré de mourir pour moi ainsi >j que pour mon fils j ne V oubliez pas lorsque >^ je ne serai plus ; ne permettez pas aux trai-' » très de s'approcher du tzarévitch ; sauvez-- >) le de leur fureur j fuyez avec lui dans une » terre étrangère , vous abandonnant à la main )) de la Providence y qui dirigera vos pas. . . >} Et vous j dit-il aux Zakharin , que pouvez-- » vous craindre ? Les choses sont trop avancées » pour épargner les boyards séditieux , car ils n ne vous épargneront pas , et vous serez les n premières victimes dévouées à la mort. Soyez » fermes , intrépides , et sachez mourir glorieux w sèment pour mon fils et pour sa mère ; ne » permettez pas que mon épouse soit exposée » aux indignes iraitemens que lui réservent de Tome VIII. i5
» perfides suJeU. w Ces paroles produisirent un effet extraordinaire sur rame des boyards ; ils frémirent et se retirèrent en silence dans la s^Ue d'entrée , où Michaïlof tenait la croix à côté du prince Vorotinsky. Tous prêtèrent serment arec calme et d'un air attendri ^ suppliant le ciel de conserver Jean ou de donner à Dmitri les vertus de son père , pour le bonheur de la Russie. Le prince Pl^onsky fixant Vorotinsky , osa seul lui adresser ces paroles : « Après le tré-- » pas du grand prince f^àssili^ vous et votre )) père fûtes les premiers traîtres^ et c^est vous n qui nous sommez aujourd'hui de baiser la » sainte croix ! » Vorotinsky lui répondit , sans s'émouvoir : « F^ous dites vrai : je suis un tr ai-- » tre qui exige de vous un serment de fidélité d » notre souverain et à son fils y mais vous j » qui êtes irréprochable j vous refusez de pren- » dre cet engagement. » Pronsky , confus , prêta serment ^ sans répliquer.
Mais cette cérémonie sacrée n'était qu'une insuffisante garantie de la fidélité des boyards. Le prince Paletzky , beau-père de Youri et conséquemment allié du souverain, envoya Vassili Barasdin, son gendre, auprès du prince Vladimir et de sa mère, pour leur annoncer que , s'ils voulaient consentir à le mettre en possession de
Fapanage de Yourî , qui lui avait été assigné par le testament du grand prince Vassili , il était prêt, lui et plusieurs autres boyards, à embrasser sa cause , à l'aider de tous leurs moyens pour mon- • ter sur le trône. Deux autres fonctionnaires d'un haut rang, le prince Kourliatef, ami d'Alexis Adachef, et le trésorier Founikof, étaient également soupçonnés : ils ne s'étaient point présentés au palais pour cause de maladie , et, d'après certains rapports , ils avaient de secrètes intelligences avec le prince Vladimir. Maislorsque, trois jouri après , la tranquillité fut rétablie , Kourliatef se fit porter au palais pour prêter le serment exigé , et Founikof suivit son exemple : quant au prince Vladimir^ il se vit forcé lui-même de se soumettre ; par un acte authentique , il s'engagea à ne jamais élever s^ prétentions jusqu'à la cou-' ronne , et dans le cas où Jean viendrait à mourir , à reconnaître Dmitri comme son légitime souverain. Cependant , la mère de Vladimir re*fusa long-temps d'apposer à cet acte le sceau du prince ; obligée enfin d'y consentir , sur la demande positive des boyards , elle dit , en remplissant cette formalité : De quelle valeur peut être un serment arraché par la force ?
Ces deux journées de troubles et de tumulte augmentèrent, jusqu'au dernier degré, la fai-
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blesse du souverain malade ; il semblait plongé dans un état léthargique , avant-coureur de la mort. Mais les voies de la nature sont impénétrables : car , s'il arrive souvent que , dans une maladie violente , la tension extraordinaire des forces physiques fait succomber celui qui en est attaqué^ il en résulte aussi par fois une crise favorable qui opère une complète guérison. Il est iacile de comprendre l'agitation que divers sentimens devaient répandre dans l'àme de Jean : en général, la jeunesse est attachée à la vie ; mais, en cette circonstance , la mort lui paraissait d'autant plus aifreuse , qu'il voyait s'évanouir pour jamais les flatteuses espérances qui animent un souverain vertueux. A cette époque de l'existence , où les facultés morales sont dans leur plus^ande vigueur, il se voyait arrîvejr aux portes de la mort et descendre du trône daBs la tombe ; pouvait-il s'apercevoir, sans chagrin, du terrible changement opéré dans tout ce qui l'entourait : par exemple , des sujets jusqu'alors dans un respectueux silence y des favoris remplis de zèle y maintenant sans égards pour ses ordres et contrariant ses dernières volontés; obligé, lui souverain absolu , de dépendre lîe ceux dont le sort tenait auparavant à une seule de ses paroles , être réduit à les supplier de sauver par la fuite même , la vie
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et l'honneur de sa famille : tels étaient les cruelles ^^^^' réflexions qui bouleversaient toutes les facultés de Jean , et irritaient une maladie que son tempérament parvint néanmoins à surmonter : l'extrême agitation de son ame seconda , en les augmentant , les efforts de la nature ^ et il en résulta une prompte guérison. Cet événement heureux , autant qu'inespéré , excita en général les plus vifs transports de joie : toutefois^ il fit naître/ dans l'âme de quelques seigneurs ^ de pénibles inquiétudes. Car , bien que le prince Vladimir et ses partisans eussent enfin consenti à remplir la volonté du tzar par un serment de fidélité à Dmitri , était-il raisonnablement possible de supposer que le souverain oublierait leur révolte et les souffrances auxquelles leurs dissensions avaient livré son âme, dans le moment même où il luttait
contre les horreurs de la mort ?
Qu'arrîva-t-il de cette complication de circonstances ? Jean , de retour à la vie , ne témoimoigna pas le moindre ressentiment ; il combla tous les boyards de témoignages de sa bonté , et accorda la même confiance à ses anciens amis et conseillers 2 il éleva à la dignité de boyard, le père d'Adachef qui s'était opposé de la manière la plus positive à l'exécution du testament du tzar ; le prince Vladimir fut également considéré et traité
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par lui avec les plus grands égards. En' un mot ^ il oublia tout ce qui s'était passé pendant sa ma-ladie , pénétré de reconnaissance envers le Tout- Puissant qui l'avait si miraculeusement rappelé à l'existence.
Mais^ si la physionomie et les discours du tzar annonçaient l'apparence de la modération et de la tranquillité^ son cœur n'en conservait pas moins l'atteinte d'une profonde blessure. On lui insinua que non-^seulement Sylvestre^ .mais qu' Adachef même s'était secrètement lié an parti de Vladimir ^ et quoiqu'il ne doutât point de leur zèle pour ce qui concernait le bien de la Russie^ il commença à se méfier de l'attachement qu'ils avaient pour sa personne en particulier. Il leur conserva son estime y mais peu à peu son amitié se refroidit; et comme c'était à eux qu^il se croyait redevable des principaux succès qui avaient illustré son règne , il craignit de paraître ingrat , et ne changea rien à ses procédés pour eux. Six années de sa vie avaient été consacrées à la vertu ; il en avait savouré toutes les douceur» et ne voulait point lui être infidèle ; il ne se vengea donc pas ouvertement ; mais sa clémence lui coûta des efforts , qui par la suite pouvaient céder aux sentimeiis secrets dont sôa ^e était agitée. Ce qui dût leur nuire infini-
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meut dans son esprit^ c'est que l'épouse de Jean^ i55i qui jusqu'alors , d'accord avec Adachef et Sylvestre , faisait naître dans l'âme du souverain l'amour d*une sainte morale ,, se détacha entièrement de ces deux amis ^ et conçut même pour eux une inimitié secrète , s'imaginant qu'ils avaient eu l'intention de la desservir , de la sacrifier^ ainsi que son fils et ses frères y à leur iimbition personnelle. Il est présumable qu'Aiiastasie contribua beaucoup à refroidir l'attachement que son époux leur portait. Depuis ce moment il commença à trouver désagréable l'espèce de dépendance dans laquelle il se trouvait .vis-à-vis d'eux; quelquefois il avait du plaisir ii ne pas se conformer à leurs avis , à ne suivre que sa propre volonté. On assure que l'événement que nous allons rapporter , servit surtout à affermir le tzar dans ses dispositions.
Pour remplir le vœu qu'il avait fait pendant ^^ ^^J^f^ jsa maladie , Jean déclara l'intention où il était de ^^gflc'^! se reAdre , avec son épouse et son fils , au mo- ^»^^*nastère de St.-Cyrille. Ce voyage lointain ne parut pas une résolution raisonnable à plusieigrs de ses intimes conseillers j ils lui représentèrent que ses forces n'étaient point encore entièrement rétablies; que les fatigues de la route pouvaient même être dangereuses pour le jeune Dmitrî, et
que des araires importaates y mai» surtout les séditions sans cesse renaissantes dans les contrées Mai. de Kazan^ réclamaient sa présence dans la capitale. Méprisant ces conseils, il se rendit d'abord au monastère de Troïtzky. Maxime, ce célèbre grec, exilé à Tver sous Vassili, et dont l'innocence avait été reconnue par Jean , qui lui avait rendu la liberté, parvenu à un âge avancé, vivait alors dans ce monastère, livré à la contem-^ plation et à la prière. Le tzar visita la cellule de cet homme vertueux y qui dans le cours de la conversation vint à parler du voyage que le tzâr allait commencer. c( Seigneur^ » lui dit Maxime , d'accord , sans doute , avec les conseillers de Jean, w vous conpient-'il d'entreprendre » un pénible voyage avec votre jeune épouse et » votre fils y pour errer au loin de monastères » en monastères ? Les vœux, désapprouvés par w la raison, peuvent-ils être agréables d Dieu ? » // est inutile de chercher dc^ns les déserts ce- » lui qui est partout , et qui remplit l' univers : » si vous désirez témoigner au ciel votre sincère >* reconnaissance , pour les grâces dont il vous w a comblé , faites le bien sur le trône* La eon^ » quête de Kazan y événement si fortuné pour h la Russie y a cependant causé la perte d'un )) grand nombre de chrétiens j, les veuves , les
» orphelins et les mères de& guerriers, morts au ^553 w champ d^ honneur ^ sont plongées dans Vaj' » fliction : songez à les^ consoler et d sécher D leurs larmes par i^es bienfaits. Voilà y voilà » les actions dignes d^ un tzar! à Jean s'obstina à suivre ses projets. On assure qu'alors Maxime lui fit dire par Alexis Aidachef ^ et par le prince Kourbsky , que le tzarévitch Dmitri deviendrait victime de son opiniâtreté. Jean^ sans s'effrayer de cette prédiction , partit pour Dmitrof, d'où il se rendit au monastère de St.-Nicoks à Pesnocha; ensuite s'embarquant sur la Yakhroma et successivement sur la Doubna , le Volga , la Cheksna , il parvint enfin au monastère de St.^ Cyrille , et revint à Moscou déplorant le perte Juin. de son fils qui était mort en route : c'est ainsi tz^ëwich que s'était accomplie la prophétie de Maxime ! ^°^^^' Mais une des circonstances les plus impor- Enireûcn
* * grave de
tatites de ce voyage , fut l'entrevue de Jean ?«an avec
-, m s 4 '* Cl-dc-
dans le monastère de Pesnocha sur les bords de vant ëvéla Yakhroma 9 avec Vassian^ cx-évêque de »»»«' Kolomna; ce prélat avait été jadis dans les bonnes grâces particulières de Vassili ; mais du temps de la souveraineté des boyards il s'était vu privé de son épàrchie , en punition de ses perfidies et de sa cruauté. Sa vieillesse avancée n'avait point adouci son âme vindicative ; et quoiqu'incliné
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vers la toqibe , elle çt^t encore le réceptacle de toutes les passions mondaines ; il était méchant^ et sa haine contre les boyards existait dans toute sa force. Curieux de connaître personnellement un homme qui avait mérité la confiance de l'auteur de ses jours, Jean s'entretint avec lui des choses qui se rapportaient au règne de Vassili^ et lui demanda ses avis sur la manière de gouverner rétat d'une manière efficace et avantageuse. Vassian lui répondit à Toreille : « Si vous » voulez devenir un monarque vraiment absolu, >> ne cherchez aucun conseiller plus sage que » vous-même; ayez pour irrévocable principe >x de ne jamais recevoir de conseils de personne y » m,ais bien d'en donner aux autres^ de cornn mander et de ne jamais obéir. Alors vous, >> serez un véritajble souverain , terrible aux ^ boyards. Souvenez^vous bien que le concilier » du plus sage des princes finit toujours par la n dominer* » Le poison subtil que distillait ce dangereux discours , pénétra jusqu'au fond du cceur de Jean ; il saisit la main de Vassian et la portant à ses lèvres, il lui dit avec une vive émotion : i< Mon père lui '^ même n'aurait pu me » donner un avis plus salutaire I » Ah ! 3< nous avions pu opposer la voix de la raison à ces» paroles de Vassianr, nous nous serions éQrij^<
«f O prince I ne prêtez point V oreille à ce perfide i> conseil^ car c'est l^ esprit du mensonge, et non » pas celui de la vérité , qui Va dicté et ifeut » vous le faire entendre. Il ne s^ agit pas e^u-^ i) lement d'être assis sur le trône , un souperain » doit régner pour faire le bien : sa vertu, qui » n'est que sagesse humaine, a besoin d'être «en condée par le concours de plusieurs opinions, » dirigées par l'ùmour de la patrie : et alors >) seulement la nation qu'il gouverne sait ttp^ n précier la pureté de ses vues , en le voyant » entouré des plus sages conseillers. Un monar" » que qui redoute les gens d'esprit^ ne peut D manquer de tomber entre les mains de dan-* » gereux intrigans, qui, pour lui complaire , » savent au besoin p fendre le masque de la nul-^ y) lité et de la sottise. S'ils ne captivent point n sa raison , ils le subjuguent par ses passions^ y> et ne le conduisent pas moins au but qu^ils se » proposent. Les souverains ne doivent Jamais » craindre les conseillers vertueux et instruits , » mais ils ont tout à appréhender des fourbes ei » des hommes à préjugés.» G est h, "peu pw^'y^f^ 4e semblables réflexions que le prince Kourbsky nous dépeint la pernicieuse influence de la so-« ciété de Vassian , qui ^ selon lui> pervertit rame du jeune monarque.
Mais sort changement ne se fit remarquer qu'après plusieurs années* Long -temps encore il continua à témoigner une sincère estime aux gens vertueux et à suivre les conseils de Sylvestre j il prodiguait à Adachef les mêmes témoi- ■ gnages d'aflèction , et l'ayant élevé à une dignité supérieure , il l'adjoignît au secrétaire Michaïlof , pour traiter les plus importantes affaires de Naissan- la politioue. Ncuf mois après, Jean fut consolé
rr dir Iza- . '
reTîich par la naissance d'un autre fils : et dans le testament qu'il fit alors ^ il témoigna la plus grande confiance à son cousin Vladimir , et l'institua, en cas de décès, non-seialement tuteur du jeune tzar, et régent de l'empire , mais encore il le désigna comme son successeur au trône , dans le cas où le tzarévitch Jean viendrait à mourir pendant sa minorité j de son côté le prince Vladimir jura d'être fidèle à ses devoirs et à sa conscience ; de n'épai^gner personne , pas même Euphrosine sa tnère^ dans la supposition de quelques projets nuisibles à la tranquillité d'Anastasie ou de son .fils ; de renoncer à tout esprit de vengeance ou de pal*tialité dans les affaires de l'état ; de ne rien conclure sans la participation de la'tzarine, du métropolitain et des boyards du conseil; eûfîn, de n'entretenir que cent hommes d'armes dans son palais de Moscou. Le tzar s'abandonna comme
auparavant aux mouvenaens de sa . clémence , ,553^ même dans les cas où le châtiment eût été dé Foîi^ ^^ toute justice. Le prince Siméon Rostofsky , par Rosto^ky! exemple^ s'étant montré^ pendant la maladie du souverain, entièrement opposé à sa volonté, vivait dans de coo^inuelles angoisses ; ne se fiant point au calme apparent du tzar , il ne put surmonter ses craintes, et se détermina à fuir en Lithuanie avec ses frères et ses neveux ; afin de s'y préparer un asile , il entama de secrètes négociations avec le roi Auguste et les seigneurs de^ , son conseil. Il découvrit les secrets de Tétai, leur donna des conseils pernicieux pour nous, et noircit à leurs yeux le tzar et la Russie. 11 en*voya au roi , Labanof-Rostofsky, l'un de ses parens , qui ayant été arrêté à ïroïtzky, subit un interrogatoire , duquel résulta la découverte du complot. Le prince Siméon fut lui-même arrêté, et convint de tout, apportant pour excuse sa pauvreté et son défaut de jugement. Les boyards le condamnèrent à mort d'une . voix unanime ; mais cédant aux prières du clergé , le tzar commua la sentence portée contre lui : il fut exposé dans la place publique , et ensuite envoyé à Belozersk , où il fut renfermé»
"Une atfaire d'un autre genre fut encore une nouvelle preuve de la clémence de Jean. On
lui annonça qu'une hérésie dangereuse avait pris Hcrcûc. naissance à Moscou, où un Certain Machkîn prêchait une doctrine entièrement opposée aux maximes du christianisme, rejetant les mystères de notre croyance, la divinité du Christ, les actes des conciles et la canonisation des saints. On lui fit subir un interrogatoire, mais il se renferma dans un système de dénégation formelle , soutenant que ses principes étaient ceux d'un véritable chrétien ; jeté bientôt dans une étroite prison , la mélancolie s'empara de lui ; iï découvrit son hérésie à Gérassîm et à Théo- * phile , religieux du monastère de St.-Joseph , et
après leur avoir développé les principes de sa doctrine , il désigna, comme ses complices , Jean et Grégoire Borissof , le moine Belobaef et plusieurs autres personnes : il ajouta que l'apothicaire ^ Lîtvin et André Khotéief , tous deux catholiques , étaient les auteurs de sa perversion , et que certains moines, avec lesquels ils étaient intimement liés , lui avaient déclaré que telle était leur opinion concernant Jésus et les saints; enfin , que Kassian , évêque de Rézan , approuvait leurs mœurs, etc. Le tzar", le métropolite et le synode , ayant convaincu les hérétiques , dédaignèrent d'employer contre eux des châtimens trop rigoureux j on les condamna sim—
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plement à la prison pour les empêcher de scandaliser le peuple ; quant à réyéque Kassian , i comme il était frappé de paralysie ^ on le laissa
en repos.
Ainsi ^ après avoir prouvé que la maladie et les chagrins n'avaient point changé son cœur , et que^ s'élevant au-dessus des passions vulgaires^ il savait oublier les offenses personnelles les plus sensibles ^ Jean s'occupa avec ardeur des affaires du gouvernement , dont la plus importante était le rétablissement de la tranquillité dans le pays i553 -^ de Kazan. 11 envoya sur la Kama^ Daniel Ada- j^ ^^ chef, frère d'Alexis, avec des enfans boyards Kii^relTet d'autres troupes ; les princes Mikoulinsky, {""aeyÔiî! Tchérémétief et Kourbsky, illustres par leur bravoure , dirigés sur Kazan avec des corps considérables , ouvrirent la carApagne en hiver , par un froid rigoureux , et ne cessèrent, pendant un mois entier, de manœuvrer dans les environs * de la Kama et de la Metcha; ils détruisirent la redoute construite par les révoltés , et s'avancèrent jusqu'aux frontières de Vîatka et des Bachkirs ; il ne se passait pas un seul jour sans livrer quelque combat au milieu d'épaisses forêts ou de déserts couverts de neige ; dans ces engagemens continuels, l'ennemi perdit dix mille hommes tués et six mille tatars faits pri-
sonniêrs, ainsi que quinze mille femmes et en-' fans. Au nôn^bre des morts se trouvaient deux des plus terribles ennemis de la Russie y le prince Yapantoha et ^leka ,• l'un des chefs des Tchérémisses. Tandis que ces voïévodes voyaient leur expédition couronnée de succ^^ les prihces Mstislafsky et Michel Glin^ky^ deleurcôté^ répandaient la terreur dans les plaines de Kazan ; mille six cents des plus distingués parmi les Tatars y princes ^ mourzas et autres , tombèrent entre leurs mains , et furent tous mis à mort. Pour prix de leur infatigable zèle , les voïévodes et les officiers recurent du tzar des médailles en or : ce qui^ à cette époque y était la plus flatteuse des récompenses. Les guerriers les plaçaient sur leur poitrine au lieu des croix et des qrdres qui les remplacent de nos jours. Cependant la rébellion n'était point encore étouffée ; les fuyards de Kazan ^ cachés dans des lieux plus ou moins rap-» proches y soulevaient le peuple , massacraient ou pillaient , sur le Volga , nos marchands et nos pêcheurs ; ils construisaient des forts et cher-* chaient à rétablir leur indépendance. Mamitch- Berdeï y Tun des chefs du pays plat , avait amené avec lui un certain prince des Nogaïs , auquel il accordait le titre de tzar; mais reconnaissant bientôt qu'il était incapable de régner, et qu'il
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manquait de rësolution , il le tua de sa propre main ^ lui coupa la tête ^ et l'ayant placée sur un arbre élevé y il lui adressa ces paroles : « Nous » t* avions nommé tzar pour faire la guerre et » rejjfipùrter des victoires ; mais toi et ta cava-^ » lerie vous n^ avez fait autre chose que dévorer » nos subsistances : maintenant ta tête peut » régner sur ce trône élevé ! » Ce chef dangereux qui ne cessait d'exciter les habitans des montagnes à la révolte , fut attiré par eux dans une embûche : ils l'invitèrent amicalement à se rendre à un festin^ et s'étant emparé de lui^ ils l'envoyèrent à Moscou; le tzar^ pour les récompenser de cette action , diminua leurs impôts. Le pays d' Arsk renouvela , à plusieurs reprises y ses sermens , suivis de nouvelles trahisons ^ et les habitans du plat pays furent les plus obstinés dans leur révolte. Pendant cinq années consécutives , les Russes ^ le feu et le fer à la main , dévasr taient cette malheureuse contrée; mais si Ton ne faisait aucun quartier aux traîtres ^ le tzar accordait des récompenses à ceux qui étaient deiiieu^ rés fidèles : plusieurs Kazanais embrassèrent le christianisme ; d'autres y encore attachés à la croyance de leurs pères ^ n'en étaient pas moioi dévoua à la Russie. On leur concéda des terres labourables, des prairies^ et toutes les choses né- TOME VIII. i6
cessaire$ à rëconomie rurale. Enfin les efforts des rebelles commencèrent à s'afTaiblîr : aucun de leurs chefs n'ëûhappa à la mort y et sur les ruines de leurs forts on en éleva de nouveaux qui furent occupés par les Strélitz , les Votîaks et les Tchérémisses ; bientôt les Bachkirs des contrées les plus lointaines , ayant demandé grâce , ' en offrant de payer tribut, Jean fit partir, en iSSy, Simon Yartzof pour ce malheureux pays , qui n'offrait plus que des monceaux de cendres et des tombeaux : il le chargea de déclarer , en son nom y aux habitans , que les horreurs de la guerre avaient cessé, et que désormais ces peuples pouvaient vivre dans un heureux repos ^ comme de fidèles sujets de la Russie. H accueillit avec bienveillance ceux de leurs anciens, députés à Moscou^ et leur fit délivrer un diplôme.
Depuis cette époque , la Russie resta en paisible possession de Kazan, qui conserva le nom de royaume dans les titres accordés à nos monarques. En 1 555, d'après une décision solen- Erection ncUe du clergé , le tzar érigea en évêché ce pays de ilLazan. nouvellement chrétien , et y plaça un prélat qui ne le cédait en ancienneté qu'à celui de Novgorod ; le clergé de SViajsk , de Vassili-Gorod et de Viatka dépendait de son éparchie : on assigna pour son entretien , ainsi que pour les autres dé-
penses de l'église., la dîme des revenus des Ka- • "^^557 zanais. Le premier archevêque qui y fut appelé était Goury , abbé du monastère de Sélijarof. Cet homme vertueux , placé comme un saint au ca^ talogue de ceux de notre église , développa le zèle le plus ardent dans ses nouvelles fonctions y et répandit , sur son diocèse ^ les lumières de la religion par des moyens dignes d'un véritable chrétien , c'est-k-dire , en prêchant et donnant l'exemple dé toutes les vertus. De son côté, le prince Pierre Schonisky, gouverneur de Kazan, illustra son administration par le bon ordre qu'il réussit à y rétablir, au moyen de sages institutions civiles; il fît disparaître les traces des dévastations auparavant exercées ; il rétablit la tranquillité -et rendit florissant le commerce , l'agriculture. Les domaines des tzars, ceux des princes furent concédés à l'archevêque , aux monastères et aux enfans*boyards.
Bientôt après, une nouvelle conquête plus fa- ^, ^^^^ cile, mais non moins glorieuse, fut ajoutée à ^" "^^^ celle de Kazan. Atel ou Balanguiar, située près trakhan. de l'embouchure du Volga , existait dès la plus haute antiquité, avant même la fondation de l'empire de Russie. Cette ville des Khozars , célèbre par son commerce , appartenait dans le treizième siècle à Alanam, surnommé Sou-
merkahd ; elle est désignée dans nos annales par le nom d'Astorokan et se trouvait dépendre de la Horde d'or ; depuis la décadence de celle-ci , elle était devenue la capitale de khans parti*^ culiers , issus de là race des princçs nogaïs : op« primés par les Tcherkesses et les Tauriens , ces faibles khans , sans puissance militaire , recherchaient avec soin Talliance des souverains de iiussie , çt Yamgourtchéi, le dernier d'entre eux , consentit même à devenir tributaire de Jean y ainsi que déjà nous eu avôn« fait mention; mais .séduit par les offres de protection du sultan , A joua de ruse et viola sçs fu'omessesy en se joignant à Devlcjt-Ghireï et à Youssouf , prince nogaï ^ animé de haine contre les Russes en raison de la captivité de sa fille Sumbeka et de son petit fils y chassé par eux du trône de Razan . Les anibassa^ deurs moscovites ayant été insultés à Astrakhan ^ où l'on poussa l'oubli du droit des gens jusqu'à les retenir comme prisonniers^ le tzar profita de cette circonstance pour récupérer cette ancienne propriété de la Russie ; car, selon l'opinion des écri*vains contemporains, Mstîslaf , fils de VladimiV, devait avoir régné sur Astrakhan , cpi'ils consi^ déraient comme l'ancienne Tmoutorokan , se fondant en cela sur la ressemblance des noms. ^Les mourzas nogaïs^ Islam et autres, ennemis
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ée Youssouf ^ confirmèrent Jean dans telle réso^
lution et le supplièrent de rétablir à Astrakhan , Derbich^ leur parent^ souverain de cet état avant Yanagcturtchéi, mais qui, depuis, en avait été dépossédé ^ offrant de le seconder de tous leurs moyens. Le tzar ayant accueilli leur demande , fit venir Derbich dès campemens nogaïs , où il se trouvait alors , et il partit ^ en x 554 f aceompa-r gné d'une armée peu nombreuse , mais choisie y elle était composée de gentilshommes de la garde , de milices , de l'élite des enfans-boyards ^ de Stré^ litz, de Cosaques et de Votials. Le prince Pronsky- Chemiakin et le chambellan Ignace Vechniakof , illustre par sa bravoure, en étaient les chefs. L'armée parvenue le 39 juin sur la terre ferme entourée des bras du Volga , Chemiakin détacha en avant le prince Viazemsky, qui battit , aux environs de Tile Noire , quelques centaines d'ennemis avancés pour reconnaître nos forces. On apprit des prisonniers que Yamgourtchéi était en ^position à cinq verstes au'^dessous de la ville , et que les Tatars étaient caqtipés dans les lies. En descendant le Volga , les Russes voguèrent vis-àvis Saraï, jadis résidence de Bâti, où, pendant l'espace de deux cents ans , nos souverains avaient été obligés de s'humilier, aux pieds des khans de la Horde d'or : mais cette antique capitale ne
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présentait plus que des ruines. Le souvenir d^une ancienne honte est moins douleureux à une époque de gloire , que ne le serait celui d'une splendeur passée dans des tempe d'humiliation ! . • . • Ces contrées, autrefois si terribles, hérissées de piques et livrées au tumulte des armes, étaient devenues le séjour de la faiblesse et de la lâcheté. G>mme le tzar et les habitans avaient pris la fuite , Chenii^kin entra , le 2 juin , dans la ville d'Astrakhan entièrement déserte , et Viazemsky trouva dans le camp de Yamgoutchéi un assez grand nombre de canons et de mousquets abandonnés. On se mit, de tous côtés, à la poursuite des fuyards, dont les uns furent tués et les autres.f*amenés dans la ville , afin de donner des sujets à Derbich qui venait d'être couronné dans une capitale dépeu* Nplée. Yamgourtchéi^ accompagné de vingt guerriers , s'enfuit à Azof : on ne put atteindre que son épouse , sa fille , ainsi qu'un assez grand nombre de dignitaires distingués , qui offrirent tous de servir Derbich , de se soumettre à la dépendance dé la Russie , ne demandant que la vie et leur liberté individuelle. On les présenta au tzar, qui leur ordonna de s'établir dans la ville , et laissa l'etourner le peuple à ses campémens. On rassembla à peu près cinq cents princes et mourzas , environ dix mille hommes du peuple auxquels oa
fit prêter sfermerit de rester soumis à Jean^ de reconnaître sa souveraine autorité et de lui envoyer un tribut annuel de quarante mille altines et de trois mille poissons; ils promettaient également^ en cas de mort de Derbich y de ne pas se choisir un nouveau tzar^ mais d'attendre celui que Jean, ou ses successeurs, voudraient bien leur donner. Il était stipulé dans l'acte authentique et muni d'un sceau , que les Russes auraient le droit de pêche dans le Volga, depuis Kazan jusqu'à la mer, aussi bien que les citoyens d'Astrakhan , et cela , sans payer aucune taxe , saints avQÎr besoin d'exhiber une permission. Après avoir rétabli IJordre y on laissa dans la ville , autant pour la sûreté de Derbich que pour observer sa conduite , un corps de Cosaques sous les ordres d'un gentilhomme nommé Tourguénief. Cette expédition ainsi terminée , le prince Chemiakin et Vechivakof repri- Teiit le chemin de Moscou , emmenant avec eux cinq tzarines prisonnières, ainsi qu'un grand nombre de captifs russes dont on venait de briser les fers.
Le tzar reçut la nouvelle de ce succès le 29 octobre, jour même de sa naissance, qu'il célébrait avec le métropolitain et toute la cour dans le village de Kolomensk : il en témoigna beaucoup de joie , ordonna de chanter un Te Deum, et
récompensa généreusement ses généraux. Il alla à la rencontre des tzarines prisonnières , les accueillit avec une extrême bonté , et d'après la prière que lui en adressait Derbich , il les renvoya à Astrakhan, excepté cependant la plus jeune, qui en route était accouchée d'un fils : ils furent tous deux baptisés à Moscou : le fils reçut le nom de Pierre , sa mère celui de Julienne , et, peu de temps après ^ Jean lui fit épouser un gentilhomme distingué , nommé Zacharie ¥leU ehéïef.
Astrakhan ne fut pas long-temps gouvernée par son propre tzar: bientôt la perfidie de Derbich fit reconnaître la nécessité d'y établir le gouvernement russe j car il n'existe point de terme moyen entre ^indépendance ou l'entière soumission d'une puissance. A l'aide de nos Cosaques, Derbich repoussa Yamgourtchéi , qui , secondé par les Tauriens et les fils d'Youssouf, prince desNogaïs, avait fait une tentative pour soumettre Astrakhan ; ensuite il songea à trahir les Russes , sans avoir égard à la bonté de Jean y qui avait remis à son peuple le tribut de la première année. U entra en intelligences secrètes avec le khan Devlet-Ghîreï , et accueillit Kasboulat , tiarévitch de Crimée , qu'il nomma Kalga. Le chef des Strélitz , Jean Tchérémissinof ,
fut envoyé, avec un nouveau renfort de troupes, pour punir le perMe : alors levant le ncnasque , Derbich fit sortir tous les liabitans de la ville , se reunit aux troupes des Nogaïs^et des Tauriens, et commença audacieusement les hosti-^ tilités, tirant son courage du petit nombre de Russes qui pouvaient s'opposer à lui. Mais nous avions dans Isbiaël , prince des Nogaïs , un ami sincère et dévoué y et c'était à ses sollicitations que l'ingrat Derbich devait la couronne : il se joignit à Tchérémissinof ; et Derbich, complètement battu , se réfugia à Azof , ainsi que l'avait fait Yamgourtchéî. Alors tous les habitans, certains d'être en sûreté , retournèrent a Astrakhan et dans lescampemens circonvoisins; ils prêtèrent serment à la Russie , sans songer à la trahir de nouveau , car ils étaient satisfaits de leur sort sous l'influence d'un puissant empire , en état de les défendre contre les Taurîens et les Nogafe.
Tchérémissinof leur rendit leurs anciennes propriétés , les îles , les terres labourables ; il n'exigea d'eux qu'un léger impôt , déploya dans tous les actes de son autorité une sévère probité, et s'attira l'amour, la confiance de tous; en un mot il se conduisit de manière à concilier le bien--être des habitans avec les intérêts de la Russie.
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Depuis cette époque , lorsque le tzar apposait son nom dans les actes puUics , on y désignait toujours l'année qui avait vu s'accomplir la conquête de Kazan et d'Astrakhan; et certes ces événemens sont les plus glorieux de notre histoire du moyen âge. Le titre pompeux de conquérant \ de plusieurs empires entoura Jean , aux yeux
des Russes contemporains , d'une* incomparable gloire , et donna un certain degré d'élévation à leurs idées ,. car il stimulait Famour^propre na-tional j en même temps qu'il entretenait en eux des sentimens de fierté , faits pour causer l'étonnement des étrangers ^ qui ne pouvaient en pénétrer la cause. Ils ne voyaient^ en effet ^ que des imperfections dans notre organisation civile, comparée à celle des autres nations européennes , et ne savaient établir aucune différence entre la situation de la Russie ^ du temps de Vassili l'aveugje, et l'importance qu'elle avait acquise sous JeaalV, comme s'ils avaient pu ignorer que le premier de ces princes n'avait que cinq mille guerriers pour sa' défense ,. tandis que l'autre s'emparait d'un état puissant avec un simple détachement de troupes légères , sans avoir besoin de déployer , dans cette entreprise, toutes les forces dont il pouvait disposer. Cependant ces nuances remarquables s'étaient établies.
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dans rintervalle d'environ un siècle ^ et il était tout naturel que la nation tirât vanité de ce rapide accroissement de grandeur : on ne doit pas s'étonner davantage y si ^es étrangers étaient hors d'état d'apprécier , à leur juste valeur , les prodigieux succès de l'ancienne Russie : nous mêmes , nous ne pourrions y parvenir , si nous n'étions pas pénéti:és des causes qui les ont amenés , et si nous voulions absolument établir un parallèle entre les événemens et les actions de cette époque , avec ce qui s'est passé de nos jours ^ où tout a changé' de face; car l'accroissement de nos moyens peut se comparer à une plante dont la semence y qui germait alors , est parvenue depuis à une vigoureuse maturité. De grands eflforts produisent nécessairement de grands résultats , et l'on peut avancer qu'il est plus difficile de poser les premiers fondemens d'un empire , que de perfectionner son organisation. *
La Russie , en reculant les limites de son territoire jusqu'à la mer Caspienne , avait nonseulement acquis de la gloire et une éclatante renommée ^ mais elle s'était procuré en même temps une nouvelle source de richesses et de puissance par son commerce , ainsi que par l'accroissement de sa prépondérance politique. Le
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155'»%^^ "" l>ï*"î* ^®s armes avait éloigné d'Astrakhan les marcliands étrangers; mais ils y revinrent aussitôt que la tranquillité et Tordre furent rétablis : ils accmiraient de Chamakha y Derbent , Chafkal, Tumen , Rhiva , Saraïtchik , avec toutes sortes de marchandises ^ et versaient sans aucune difficulté ^ dans le trésor du tzar , les droits éta- Anibas- blis. Lcs tzars de Kkiya et cb la Boukharie en-
sade de
K^va, de vojèrent à Moscou des p^ersonnages distingués rie, de avec dcs présens , à l'effet d'attirer sur eux la de 'lu- bienveillance de Jean , et d'obtenir la liberté de Géorgie, commercc avec laKussie. Les pays de Chafkal, de Tumen et de Géorgie y témoignaient égale«lement le désir de se ranger sous notre dépen- Soamis- dance ; et les princes Tcherkesses , après avoir Tchcrkc!- prêté serment de fidélité au tzar ^ demandaient qu'il les aidât à porter la guerre sur le territoire du sultan et en Tauride. Jean leur répondit que là Russie était en paix avec le sultan , mais qu'd les défendrait de tout son pouvoir contre le khan Devlet-Gîhireï, La doctrine du Sauveur répandue entre la mer Noire et la mer Caspienne y dans les temps les plus reculés de l'empire de Bizance y n'était pas encore entièrement éteinte dans ces contrées ; quelques traditions obscures , quelques cérémonies s'y étaient conservées ; et depuis que la Russie avait .étendu sa
puissance sur ces contrées y le souven jr du christianisme s'y était ranima ^ ainsi que l'amour au'^l inspirait. Les princes envoyaient leurs enfans à Moscou pour y être baptisés : ils priaient le tzar de faire soigner leur éducation j et plusieurs d'entre eux adoptèrent même le christianisme. Les fils des princes Sibok et Temrioukof appre-* naient à lire et à écrire au palais du Kren^lin , avec le fils de Sumbeka. Le souverain y qui vour lait reconnaitre la fidélité des Nogaïs à observer Relations l'alliance conclue avec la Russie , leur permit dé av™*^*!*! parcourir, en hiver y les contrées vcHsines 4' As- ^^^^ It'akhan ^ où ils trafiquaient sans obstacles. Le prince Ismaël ayant tué son frère Youssouf^ écrivait à Jean de la ville de Saraïtchik : « Ton » ennemi n* existe plus y mes neigeux et nws en^ ») /ans ont f d!une voix unanime ^ remis entre *) mes mains les rênes du pouvoir : je domine M sur tous les campemens. » Il conseilla aux Russes de construire un fort sur la presqu'ile. qui s'étend entre les bras du Volga, et un autre sur rirgis , dans le gouvernement actuel de Saratof, où erraient quelques mourzas nogaïs , qui se refusaient à reconnaître sa domination et à deve-
nir DOS amis. Jean confirma ces relations ami^t- Câles par des présens et des procédés obligeans; mais il ne voulut point consentir a ce que. dans
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ses lettres ^ Ismaèl lui dopnàt le nom de frère ou de père ^ considérant ces ëpithètes comme peu compatibles avec la dignité d'un monarque Busse.
La renommée publia nos conquêtes jnsques dans les contrées lointaines de la Sibérie y qui ne comprenait alors que la partie moyenne du gouvernement actuel de Tobolsk y depuis longtemps déjà connue à Moscou par les relations établies avec les Yougres et les Permiéns, nos tributaires. Ce pays était soumis à des princes mogols, qui descendaient de Schiban^ frère de Bâti. Il est vraisemblable qu'ils avaient eu autrefois des relations avec la Russie ^ et qn^ils se reconnaissaient y en quelque façon ^ sous la dépendance de son puissant tzar y car l'on voit qu'en 1 554 > ^^^^ prenait ^ dans les actes^ le titre de souverain de la Sibérie ; mais les annalistes n'en font aucune mention jusqu'en i555. Ce fut alors que Yediguer , prince de Sibérie y envoya deux de ses officiers à Moscou pour complimenter le tzar au sujet de la conquête de Kazan éi d'Astrakhan. Cette ambassade ne se borna point à de simples démonstrations de politesse : Yediguer proposa de payer tribut aux Busses^ à condition qu'ils maintiendraient la tranquillité et la sûreté de son pays. Le tzar as-
sura les ambassadeurs de sa bienveillance y et après avoir reçu d'eux un serment de fidélité , il leur fit déKvrer un diplôme qui le constatait. Ils déclarèrent que la Sibérie comptait trente mille sept cents habitans, et Yediguer s'engagea à nous fournir une capitation annuelle^ composée d'une peau d'écureuil et d'une zibeline. Le fils du boyard Dmitri-Rourof fut envoyé en Sibérie pour recevoir le serment du prifice et du peuple, et revint, en 1 556, avec un nouvel ambassadeur d' Yediguer ; mais il n'apporta que sept cents zibelines, au lieu des trente mille stipulées. Yediguer écrivait que son territoire ayant été ravagé par Ife tzarévitch de Schiban , il lui était impossible d'en fournir davantage. Cependant Kourof affirma le contraire, et le tzar ordonna de mettre l'ambassadeur en prison. Enfin , en 1 558 , Yediguer livra le tribut complet^ en assurant qu'à l'avenir il serait exactement acquitté. C'est ainsi que la Russie se fraya, dans le nord de l'Asie, une route à d'immenses .possessions , qui n'étaient encore connues d'aucun géographe, et dont l'histoire n'avait jamais fait mention.
Cette époque mémorable du règne de Jean fut célèbre encore par l'intime alliance que contracta la Russie avec Tune des puissances lés plus
i55^^^ "" considérables de l'Europe ; l'Angleterre , placée au-delà des bornes de son horizon politique , la connaissait à peine , et seulement d'après quel- An îvec ques notions incertaines, lorsque ; tout à coupages beaux an- vaisscaux pénétrèrent dans les contrées les plus dtie." lointaines et les moins connues de l'empire de Jean. Elle en retira de grands avantages^ en procurant à la Russie de nouveaux moyens de s'enrichir, et en contribuant à sa civilisation.
La Grande-Bretagne n'était point encore une puissance maritime du premier ordre , mais elle visait déjà à ce bu^ et devenait, pour l'Espagne, le Portugal , Venise et Gènes , une rivale dan-* gereuse. Comme elle avait formé le projet de se frayer la route de la Chine et des Indes y par la mer Glaciale , elle envoya , en i553 , sous le règne du jeune Edouard VI, trois vaisseaux dans l'Océan septentrional , pour y découvrir ,un passage par le nord-est. Les chefs de cette expédition étaient Hugh Willoughbi et Chancelier.
Ces vaisseaux ayant été séparés par la tempête , ne purent plus se réunir : deux firent naufrage sur les bords de la Laponie russienne , près des côtes d'Arsina, où Willoughbi périt de froid , ainsi que tout son équipage ; des^ pêcheurs lapons le trouvèrent mort dans l'hiver de i554 ; il était assis dans la cabane construite par ces
malheureux sur le rivage , ayant devant lui son joui^nal , dont il paraissait s'être occupé jusqu'à son dernier moment (i). Mais le capitaine Chancelier fut plus heureux; il pénétra sans accident jusque dans la mer Blanche , et débarqua, le ^4 août i553 , dans la]{;)aie de la Dvina^ où était alors le monastère de Saint-Nicolas , et où Ton fonda depuis la ville d'Archangel. Les Anglais apprirent des ,habitans , étonnés par . l'apparition d'un navire aussi considérable , que ces plages faisaient partie de la Russie ; ils leur dirent qu'ils étaient porteurs, pour leur tzar, d'une lettre du roi d'Angleterre > qui désirait établir avec nous des relations commerciales (2) • Le commandant du pays leur ayant fourni des vivres , s'empressaf d'expédier un courri^. à Jean ; et ce prince , comprenant combien cette circonstance pouvait devenir ; par la suite ^ favorable à notre commerce, engagea Chancelier à se rendre à Moscou , en lui facilitant les moyens de faire le voyage. Les Anglais, présentés à Jean , furent, ainsi qu'ils le disent euxmêmes, frappés d'étonnement a l'aspect de l'incroyable magnificence de la cour ; ils considéraient avec une curiosité flatteuse la bonne mine des courtisans , l'extérieur imposant des boyards, parés du plus riche costume, enfin TomeVIIL 17
le trône éclatant sur lequel était assis un jeuiie monarque^ la tête ornée d'une brillante cou^ ronne , entouré de splendeur , et en présence duquel on observait le plus respectueux silence (5). Chancelier présenta à Jean la lettre d'Edouard^ traduite en plusieurs langues, et adressée généralement à tous les souverains du septentrion et de l'orient. En voici le contenu.
« Edouard VI , à vous t^ars , princes , sei- » gneurs , juges , de tous les pays y de toutes les M contrées où luit le soleil ; nous vous souhai- M tons , ainsi qu'à vos Ëtats^paix, tranquillité » et gloire. Le Tout-Puissant a doué l'homme »^ d'un cœur sensible , pour qu'il fasse du bien à » ses semblables , et surtout aux voyageurs , qui, » venant de contré!es lointaines , prouvent , par » leurs périlleuses entreprises , combien ils dé-
~ >» sirent établir des liaisons d'amour et de fra- » ternité avec les autres hommes ; c'est ainsi que M pensaient nos pères /toujours prêts à remplir
' » les devoirs sacrés de l'hospitalité > en accueil- » tant avec bienveillance les étrangers qui ré- » clamaient leur protection. Tous les hommes » ont droit à l'hospitalité , mais les marchands M doivent en jouir plus particulièrejment encore , » car ils traversent les mers et les déserts afin » d'enrichir les pays les plus lointains et leur
DE RUSSIE. 2bg
» patrie y par un échange avantageux de leurs I) prodoits respectifs : le Dieu de l'univers a ré- 3) parti diversement les dons de sa bonté sur tous » les peuples ^ afin qu'ayant besoin les uns des 3) autres, Faihitié s'établit parmi les hohmies^ » par un concours de service^ réciproques.
)),Cest dans cette intention que quelques uns » de nos sujets ont sollicité notre consente-* » ment pour entreprendre une longue navi-^ M gation f et nous , pour remplir leurs désirs ,
» nous avons permis à l'estimable Hugh Wil-« » loughbi et à ses compagnons, nos fidèles sujets, » de se transporter dans des contrées jusqu'au* » jourd'faui inconnues , afin d'y échanger nos 3) marchandises , d'en rapporter ce qui nous » manque , en donnant ce dont nous avons abon* n dance , et celsf pour l'intérêt commun des uns » et des autres, autant que pour former des » liaisons d'amitié. Veuillez donc, t2ars , princes » et souverains , avoir égard à nos prières , et » accorder à ces voyageurs , libre jmssage dans » vos États , car ils ne feront que ce que vous 9) voudrez bien leur permettre. N'oubliez pas » les devoirs de l'humanité, et, s'ils se trou* » vaient dans la détresse , prêtez-leur aide et » assistance , en acceptant d'eux ce qu'ils seront H à niéme de vous donner pouf récompense •
a6o HISTOIRE
» Agissez envers eux , ainsi que ,vous voudriez M que nous agissions nous-mêmes envers vos, » sujets, si jamais quelque circonstance les con- }} duisait parmi nous. Nous promettons , au )} nom de Dieu , souveraiji maître de tout ce qui }) existe au ciel, sur la terre et dans les mers; » nous jurons sur notre vie et sur la prospérité M de nos États, que nous traiterons toujours vos M sujets comme nos compatriotes , comme nos » amis, pour reconnaître. la bienveillance que » vous aurez te'moignée à nos voyageurs. Sur ce » nous prions le Tout-Puissant de vous accorder » une longue suite d^années , et de vous maintenir M dans une paix perpétuelle. Donné à Londres, » notre résidence royale , Tannée 55 1 7 de la » création et de notre règne (4) la septième. »
Les Anglais, honorablement accueillis, eurent l'honneur de dîner avec le tzar , dans le palais du trésor, ce qui leur fournit une nouvelle occasion de s'étonner de la somptuosité qui entourait le souverain. Les convives, au nombre de plus de cent , étaient servis en vaisselle d'or ; les vases, les coupes étaient du même métal ^ et les costumes de cent cinquante serviteurs en étaient couverts (5). Chancelier eut ensuite plusieurs conférences avec les boyards , dont il eut beaucoup à se louer. Le tzar écrivit à Edouard qu'il
DE RUSSIE. a6i
désirait sincèrement former avec lui des liaisons d'amitié, conformément aux préceptes de la religion chrétienne , et d'après les principes de tout gouvernement sagej qu'il était prêt à faire tout ce qui pourrait lui être agréable ; que Chancelier avait été accueilli favorablement par lui, et qu'il en serait de même à l'égard de Hugh Willoughbi, supposé qu'il arrivât en Russie; enfin que les ambassadeurs et négocians anglais qui y viendraient , seraient protégés , libres , traités comme des amis, et jouiraient de la plus grande sécurité (6).
- Edouard n'était plus , lorsque Chancelier retourna en Angleterre , et la lettre de Jean , avec sa traduction en langue allemande , fut remise à ]\Iarie , qui lui avait succédé ; elle causa à Londres la plus vive satisfaction. On parlait de la Russie comme d'un pays, nouvellement découvert , on désirait connaître son histoire , sa géographie , et il se forma bientôt une association de marchands pour en exploiter* le commerce. Chancelier vint pour la seconde fois en Russie , en 1 55Ô , avec deux vaisseaux , sur lesquels se trouvaient Gray et Killîngworth , munis de pouvoirs de cette société , pour conclure un traité de commerce avec le tzar. Marie et Philippe son époux lui témoignaient toute leur
recoonai^sance, daçs mie lettre rea^plie des expressions les plqs gracieuses. Gliapceller et $es compagnons furent reçus à Moscou ayec jutant de bienveillance que dans le voyage précédent ; Je^u les ilt manger à sa propre table , où il les plaçait ordini^iremeqit en face de lui , les comblant de caresses , et donnant à ,1a reine Marî^ le titre de très- chère soeur. On nomma une commission particulière oii Ton appela des iparcbands moscovites ^ pour TeKa*' men des droits et privilèges que réclamaient lies Anglais ; il fut décidé que le ]»*incipal échailge des marchandises se ferait à Kolmogor y en au-tomne et en hiver ; que chacun serait libre d'en fixer les prix à son gré , mais que toute e^i^ce de fraude serait jugée d'après le Code criminel. Jean fit ensuite délivrer aux Anglais un diplôme qui leur accordait la permission de traiSquer librement dans toutes les villes de la Russie ^ sans étre^ inquiété^ ou molestés ^ et sans payer aiicuns droits ^ libre à eux de s'établir en tous lieux y de posséder des maisons, des bQutiques ^ de prendre à leur service de^ serviteurs , des manœuvres et d'exiger d'eux un serment de fidélité. )1 était convenu en outre que les individus répondraient seuls des fautes commises par eux ^ et qu'en pa** reille occurren^ce la société n'aurait point à en
DE RUSSIE. a65
souffrir ; que le. souverain aurait le droit de priver le criminel de la liberté et de la vie , mais qu'il ne toucherait point à sa fortune ; que pour* les diflKrens qui pourraient , survenir entre An*glais , ils se choisiraient^ parmi eux, pour arbitre lin doyen , auquel les gouverneurs du tzar seraient tenus de prêter main-forte au besoin, pour ramener les désobëissans a l'ordrej qu'aucun Anglais ne pourrait être arrête, dès que le doyen aurait fourni caution pour lui; que le gouvernement ferait droit à leurs griefs , contre les Russ^ , et punirait sévèrement les agresseurs (7). Les principales marchandises que les Anglais importaient en Russie > consistaient en draps et sucre. Nos marchands leur offraient douze roubles ( ou guinées ) pour une demi^pièce de drap , et quatre altines (ou schellings)pour une livre de sucre; mais cesprix leur paraissaient encore trop modiques(8) . Depuis ce moment , le portde St.-Nicolas, oii Ton ne trouvait auparavaqt qu'un monastère pauvre et solitaire ^ entouré seulement de cinq où six chaumières, devint fréquenté; chaque jour quelque établissement ajoutait à son importanee , et il fiit bientôt une place de commerce considérable. Les Anglais y firent construire une belle et grande maison. ïh établirent à Kolmogor de vaiites entri^is pour les naercbandi--
a64 HISTOIRE
i553 — ses y et on leur assigna des terres , des potagers ^ ^' et des prairies. Néanmoins, dans l'espoir de découvrir enfin , par la nier Glaciale , un passage ' Nord-Est pour parvenir en Chine , le capitaine anglais Burrough partit de l'embouchure de la Dvina, et parvint jusqu'à la nouvelle Zemble et au détroit de Vaïgath; mais effrayé par les tem-» pètes et les montagnes da glaces , il revint au mois d'août à Kolniogor.
Ambas- Chancelier s'embarqua, en i556, pour l'An- Angicicr- gl^teiTe , avcc quatre vaisseaux richement char- ^*' gés , et accompagné de Joseph Nepeïa , ambas-
sadeur du tzar. La fortune, qui jusqu'alors avait toujours secondé cet habile marin , le trahit dans cette circonstance j de violentes tempêtes disper-« sèrent ses vaisseaux , dont un seul arriva dans le port de Londres. Chancelier périt au milieu des flots à la vue des côtes de l'Ecosse , et l'ambassadeur dé Jean fut le seul qui échappa à ce naufrage ; il avait tout perdu, mais il fut comblé à Londres de présens et de caresses. Les dignitaires les plus distingués de l'Etat, et cerft quarante négocians, accompagnés d'un grand nombre de serviteurs, tous montés sur de superbes chevaux et richement vêtus , allèrent à sa reneoiître. On luipr^enta an cheval magnifiquement harnaché„ et ce fut ainsi iqu'environué des doyens du com^
merce^ il fit son entrée dans la capitale de l'Angleterre. Les habitans de Londres, pour satisfaire leur curiosité ^ se pressaient dans les rues^ accueillant l'ambassadeur par mille acclamations. On lui assigna pour résidence , un hôtel magnifique , dont la richesse de l'ameublement répondait a la splendeur avec laquelle l'ambassadeur y était traité. On devinait, on prévenait tous ses désirs : tantôt il était invité à des festins , ou bien l'on s'empressait de lui montrer tout ce que la ville de Londres offrait de plus remarquable, comme le temple de St. -Paul , Westminster^ la forteresse, l'hôtel de ville. Nepeïa fut accueilli par Marie avec la plus grande distinction ; et lors de la fête solennelle de l'ordre de la Jarretière , on le fit asseoir auprès de la reine et sur la même estrade : jamais le nom russe n'avait été honoré à ce point ! Ce digne représentant du tzar, d'ailleurs d'une naissance peu distinguée , parvint à obtenir les éloges les plus flat« teurs de la part des ministres anglais ; car ils rapportèrent à la reine qu'il développait autant de pénétration dans les affaires , que de dignité et de noblesse dans ses procédés (9). Nepeïa présenta à Marie et à Philippe la lettre, de son souverain , accompagnée de quelques zibelines y et leur dit que les présens les plus riches qu'il
était chargé de leur offiir de la part de son maître , avaient été pillés par les Ecossais lors du naufrage de Chancelier. La reine envoya au tzar les plus beaux tissus des manufactures de drap , des armes Krillantes , un lion et une lioniie. liC doyen de là compagnie anglaise en Russie , ayant invité ^ pour la 4ernière fois , Nepeïa à un splendide banquet , préparé à Londres dans la salle des manufacturiers de drap , lui déclara que ce n'était ni Ift cour , ni le trésor qui avaient fourni aux dépenses occasio-* nées par sa présence en Angleterre ^ mais que eux seuls s'en étaient chargés avec le plus vif plaisir y en témoignage de leur dévouement , de leur amitié empressée, autant que sincère, pour lui et pour la Russie (i o). Ils le prièrent, en m&ne temps , d'accepter une chaîne d'or de la valeur de cent livres sterlings , avec quatre vases précieux. Il s'embarqua en septembre i55j , et amena à Moscou des artisans , des mineurs , des médecins ; parmi ces derniers se trouvait entre autres le célèbre docteur Standich. Ainsi la Russie ne laissait échapper aucune occasion d'emprunter des étrangers ce qui pouvait contribuer à perfectionner sa civilisation.
Le contenu des lettres flatteuses de Marie et de Philippe ^ dans lesquelles Jean était désigne
SOUS le titra à^auguste empereur, lui causèrent beaucoup de satisfaction; et^ en apprenant de Kepeia tous les honneurs , tons les témoignages d'affection do^t cet ambassadeur avait été comblé à Londres^ il considéra les Anglais comme les amis las plus précieux de la Russie. Il ordonna de leur assigner des maisons dans toutes les villes de commerce , à Moscou , à Vologda , et il les traita luir-même avec tant d'égards et de bien* veillance , que toutes les lettres qu'ils écrivaient à Londres étaient remplies de sentimens de gratitude envers notre souverain. Le chef de l'escadre ^nglaise^ Antoine DgenLison ^ arrivé , en 1 55 j , à l'embouchure de la Dvina , se rendit à Moscou et de Ikà Astrakhan, pour tâcher d'établir des relations de^tommerce avec la Perse. Le tssar, en accordant une entière confiance auxnégocians de Londres , entra dans leurs vues , et fNromît de leur faciliter les moyens de transport des marchandises anglaises, jusque dans ces contrefis lointaines. En un mat, m$ liaisons avec la gra^d^ Bretagne , liaisons ficmdées sur des avantages vém* proques, sans aucufi mélange de dangers ppU-^ tiques, avai^t un certaîmcaractère de loyauté ef d'amitié qui ; en augmentant l'éfilat du règne â& Jean , étaient une nouTeHe preuve de la sagesse de son gouverpement» Les n^ocians des autres
i553 — nations de l'Europe ne manquèrent pas de mettre à profit la découverte , faite par les Anglais , de cette nouvelle source de commerce , et l'on vit bientôt arriver des vaisseaux hollandais ou bra* bançons sur les côtes septentrionales delà Russie, et trafiquer avec nos marchands à l'embouchure de nos fleuves , ce qui dura depuis i555 jusqu'en
Lies événemens que nous venons de retracer n'étaient pas les seuls objets qui occupaient l'activité du tzar ; car outre qu'il pacifiait Kazan , soumettait Astrakhan , imposait un tribut à la Sibérie, étendait sa puissance jusqu'à la Perse, et le commerce de la Russie j usqu'à Samarkand , le Helder et la Tamise , il soutenait encore la guerre contre le khan Devlet-Ghireï ,. la Suède et la Livonie, sans cesser de surveiller les mouvemens de la Pologne.
deCrimë^ L'entière décadence de la principauté de Kazan jeta l'effroi en Tauride. Devlet-Ghireï , dans la colère qui l'animait, aurait voulu pouvoir exterminer la Russie : toutefois, redoutant nos forces, il cherchait à gagner du temps , et à nous tromper par l'assurance de tes intentions pacifiques, ou bien menaçait, sans cesse, de nouvelles incursions. En i553, le tzar s'était rendu à Kôlomna,' à la tête d'une nombreuse armée , dans Fattente
DE Russie; i6g
d'une irruption; mais le khan envoya à Moscou un traité écrit, par lequel il consentait à rester ami de la Russie au moyen de riches présens , et ne donnait du reste au tzar que le titre de grand prince.
Le monarque lui répondit que les Russes n'achetaient l'amitié de personne, et lui annonça en même temps, avec modestie, la prise d'Astrakhan. Alors quelques uns des conseillers d'État proposèrent au tzar d'accomplir l'oeuvre de gloire si heureusement commencée, et d'assurer à jamais le repos , la prospérité de la Russie par la conquête du dernier empire des descendans de Bâti. Si Jean eût suivi ce conseil, il aurait avancé de deux siècles un des événemens les plus glorieux du règne de Catherine II ; car il est vraisemblable que la Crimée se serait trouvée dans l'impossibilité de s'opposer aux efforts de la Russie, qui , voyant à ses pieds deux États qu'elle venait de conquérir, pouvait considérer le troisième comme une facile proie. Deux cent mille guerriers couronnés par la victoire , étaient prêts à se précipiter sur un repaire de brigands, plus propres au pillage qu'en état de résister à des forces militaires. Le moment des conquêtes est souvent marqué, et une occasion qu'on laisse
échapper ne se retrouve pas de long-temps ! Mais
une semblable entreprise o^àit encore trop de chances hasardeuses. La tonte de la Crimée n'était pas parfaitement connue des armées; les stepps, réloignement et la difficidté de se procu*< rer des subsistances^ inspiraient un juste eâroi ; ensuite le t^ar appréhendait de soulever contre lui le sultan^ souverain maître de la Taùride y sLvec le€[uel il était en relations d'amitié; car ^ en excitant contre nous les princes nogais ^ Soliman avait eu soin de caeher la haine qu'il portait à la Russie. Lettre de Hadressaméme à Jean une lettre écrite ericatacteres d'or^comtme une marque de sa haute considération y en lui donnant les titres de tzar fortuné et de sage prince. Il rappelait à son souvenir l'ancienne amitié qui atàit subsisté entre la Porte et la Russie , et envoyait des marchands a Moscou pour y faire des emplettes. Un autre motif portait également le tzar à épargner la Tauride . Il espérait réussir, ainsi que son aïeul ^ à la faire servir d'instrument à notre politique pour nuire à la Lithuanie. L'expérience, à la vérité , aurait du suffisamment démontrer le peu de secours qtf il y avait à iitteùdre d'un pareil au:dliaire ; inais il fallait de nouvelles épreuves pour nous convaincre de la nécessité d'exterminer ces barbares^ et, en attendant, on leur laissa en main le fer et le feu pour dévaster la Russie.
Le tzar ne tarda pas à s'apercevoir de la mau- i553 — vaîse foi de Devlet-Ghireï, et à la nouvelle qu'il allait porter la guerre contre les Tcherkesses dé Piatîgor, nos amis y Jean fît partir de Belef ( en j uin 1 555) le voïévode Tchérémétief, à la tête de treize mille enfans-boyards ^ strélitz et cosaques^ pour se rendre, parla route de Mourafsk, dans les plaines de Mamaï , aux environs de Prékop ^ et s'emparer des troupeaux du khan. Mais Devlet- incursion Ghircï, quittant ses positions, se jeta sur les ^' ricniT frontières de Russie avec soixante mille hommes. Tchérémétief y qui se trouvait près des montagnes saintes et de Doutza^ ajaht eu avis de ce mou^ vement deTennemi, en informa le tzar et marcha en toute hâte sur les traces du khan , qui se portait contre Toula. Jean lui-même partit aussitôt de Moscou avec le prince Vladimir , Siméon , ex- tzar de Kazan^ tous les voïévodes et lesenfans* boyards. Il résolut de ne pas attendre, comme cela s'était toujours fait autrefois, les Tauriens sur rOka , mais s'avançant au-delà du fleuve, il marcha droit à leur rencontre : par cette tnanœu vre , Devlet - Ghireï se trouvait entre deux armées, sans se douter du danger, et sa perte était certaine sans l'indiscrétion des secrétaires du tzar. Us avaient annoncé aux gouverneur^ de l'Ukraine , alors à Moscou , que le khan était pris comme
dans un filet , le tzar le tenant de front ^ tandis que Tchérémétief avançait sur ses derrières ; et qu'attaqués par tous les deux à la fois, les ennemis ne pourraient échapper à leur entière destruction. Les gouvermeurs s'empressèrent de répandre cette heureuse nouvelle , qui parvint aux oreilles de Devlet, parle moyen de quelques habitans que les Tauriens avaient faits prisonniers. Alors, saisi de terreur, il donna ses ordres pour la retraite. Cependant le brave Tchérémétief, aussi vigilant qu'actif, s'était emparé des bagages du khan , de soixante mille chevaux , cent quatre-vingts chameaux, et après avoir détaché une partie de son armée pour escorter cette riche proie jusqu'à Mtzensk et à Rézan , il avait pris position à cent cinquante verstes de Toula, avec sept mille hommes seulement : l'armée du khan, qui fuyait avec la plus grande précipitation , le rencontra alors , et malgré la grande disproportion des forces , Tchérémétief engagea sur-le-champ le combat; il enfonça l'avant garde de l'ennemi , s'empara de l'étendard des princfes de Chirinsk , et passa la nuit sur le champ^ dé bataille. Les choses en étaient là^ lorsque l'on amena au khan deux prisonniers , desquels il voulut obtenir des renseiguemelis, en leur faisant subir la question ;
Tua d'eux conserva une fermeté inébranlable; mais l'autre n'ayant pu résister aux tourmefts qu'il endurait^ avoua que les Busses n'étaient qu'en petit -nombre* Devlet-Ghireï , à qui l'apjproche de la grande armée causait les plus .vives alarmes , fut cependant honteux de céder la victoire à cette poignée de braves, et ordonna de les attaquer^ le lendemain mâtin , avec toutes ses forcés. On combattit pepdant huit heures consécutives, et à plusieurs reprises les Russes fir^t reculer Tennerfii ; les Janissaires du Sultan, préposés à la garde du khan et de Fartillerie, fu*^ rent les seuls qui tinrent ferme* Par ];nalheur , le héros Tchérémétref fut blessé; les autres voïévodes étant moins intré^rides , les trouçtes ralentirent leurs efforts , tandis que l'ennemi redoublait d'audace. Enfin les Russes mis en désordre»
cherchèrent leur salut dans la fuite. C'est alors que deux officiers , Alexis Basmanof et Stephan Sidarof , déployèrent la plus grande énergie ; ils font battre les tatnbours , sonner de la trompettç^ rallient les fuyards et prennent poste dans une position barricadée; Le khan les ayant fait attaquer , fut repoussé par trçis fois , sans pouvoir parvenir à les forcer : craignant enfin de perdre im temps précieux , il renonça à ce projet ver» Tome VIÏÏ. 18
2n/^ . lîISTOlKE
ja fin du jour, et s'enfouça dans les stepps avec toute soa armée.
Le tzar était près de Toula lorsqu'on vint lui annoncer que Tchérémétief venait d'être battu, et que le khan marchait sur Moscou avec d'in* nombrables forces. De timides courtisans conseillaient au souverain de rétrograder âtir l'Oka ;
r mais les plus intrépides l'etigageaient à marcher
en avant. Docile à l'avis de ces braves ^ il entra dans Toula, où bientôt après il vit arriver Tchérémétief , Basmanof et Sidarof avec le reste de leurs guerriers. Instruit que le khan fuyait avec précipitation vers là Tauride , et qu'il était împossible de l'atteindre , le tzar repril! le chemin de Moscou. II récompensa les valeureux compagnons de Tchérémétief, que ce combat à outrance avait illustrés , bien que la victoire li'eut pas secondé leurs efforts. Plusieurs d'entre eux moururent de leurs blessures et entr^autres Sidarof atteint d'une balle et percé d'un coup de lance j après avoir voué glorieusement sa vie au service de la patrie, ilâe dépouilla de son armure et mourut couvert d'un froc.
Guerre ^® ^^^^ ^* alors ob}îgé de tourner son atten-
SLède* ^^^^ ^^ côté de la Suède. Gustave-Viasa, qui voyait avec inquiétude la puissance progressive de la Russie , forma des liaisons avec le roi de
DE ÎIUSSIE. 1275
Pologne, la Lîvonîe, le duc de Prusse et le Dane- ^^^^s^, marck, pour s'opposer ^ar. les communs efforts des puissances du Nord , aux suites dangereuses de l'ambition de Jean. Comme le commerce avantageux que faisait la Russie avet T Angleterre, contribuait beaucoup à grossir les craintes du souverain suédois, il chercha à engager la reine Marie à Ib prohiber comme cohtraire à la pros- ^
péritë de la Suède , en ce tju'il procurait de nouvelles ressources , et une augmentation de forces a son ennemi naturel (11). Mais, malgré ces démarcheis d'une politique ombrageuse, Gustave n'était pas plus porté à la guerre que le tzar , car la Suèdfe n'était que trojp convaincue de sa faiblesse , et le monarque de Russie ne songeait , en aucune manière , à étendre ses conquêtes de ce côté : toutefois les discussions occasîonées par la fixation des frontières , déterminèrent les deux puissances à la guerre. Les Russes s'appujant sur l'ancien traité, conclu entre le roi Magnus et les Novgorodièns , considéraient les rivières dés^nées dans cet acte , tomme frontières des deux puissances^ tandis que les Suédois, ^ sans avoir égard à Cjes limites, allaient à la pêche, fauchaient les prairies , laboyraient les terres sur notre territoire , et ne voulaient faire droit à aucunes réclamations. Il en résulta que le&
Russes brûlaient leurs moissons ^ et que ^ par représailles , les Suédois livrèrent aux flammes plusieurs de nos villages y massacrèrent quelques enfans-boyards , dont l'un fut par eux exposé sur un pieu. Ils nous enlevèrent aussi quelques districts en Laponie , et tentèrent également d'incendier le monastère isolé de St.-Nicolas , sur la Petchenga. Le 'prince Paletzky , gouverneur de Novgorod , ayant envoyé à Gustave ua officier nommé Kouzmin y il fut arrêté à Stokholm comme espion ^ sur la fausse dénonciation du commandant de Vibourg , et le roi ne fît aucune réponse à Paletzky y disant qu^il voulait écrire au tzar lui-même pour s'expliquer à ce sujet. Alors les habitans de Novgorod , ayant pris les armes , s'emparèrent de quelques portions de territoire, objets de contestation; mais ils furent complètement battus par les Suédois. Cependant on proposa encore , de part et d'autre , ' d'arranger les choses à l'amiable , et d'approfondir les causes de ces mécontentemens réciproqifôs : on convint du temps et du lieu où devaient se rendre des fondés de pouvoirs dçs deux puissances. /Mais ceux de Suède ne s'étant pas présentés , le tzar ordonna au prince Noghtef et aux voïévodes de Novgorod de défendre leurs frontières , tandis que Gustave qui craignait une
DE RtJSSIE. 277
invasion^ se rendit lui-même en Finlande, sans autre projet que de se mettre en défense. Mais son amiral Brahé, enflammé du 4ésir de se signaler , engagea le roi à commencer les hostilités, lui garantissant un succès certain. Il lui rapportait aussi que le bruit de la mort de Jean se répandait de tous côtés j que la Russie était en proie aux discordes et aux troubles civils; et qu'à la tête de vingt mille guerriers qu'il croyait pouvoir rassembler , il pénétrerait jusque dans le cœur des États russes. Le vieux Gustave , séduit par ces insinuations trompeuses , consentit à agir offénsivement , et Brahé forma de suite le siège de' Notebourg ou Orechek , avec de la cavalerie , de l'infanterie et un grand nombre de bâtimens de guerre : il canonna vivement les murailles de cette ville et mit le feu à plusieurs villages. Cependant lesRussesse hâtèrent de prendre toutes les mesures qu'exigeaient les circonstances; la forteresse se défendit avec vigueur, tandis que le prince Noghtelîd'un côté , et l'intendant Siméon Tchérémétief de l'autre, resserraient l'ennemi , enlevaient ses détacheraens et s'empâtaient enfin des convois et des vaisseaux.
L'automne étant survenu, Brahé, après avoir perdu beaucoup de monde dans l'intervalle d'un mois, s'en retourna en Finlâcnde. Il acquit quel-
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que gloire en effectuant sa retraite , malgré les continuelles attaques, des Russes y et les repoussa^nt avec intrépidité dans toutes les rencontres.
Dans le courant de l'hiver une nombreuse armée s'était rasseniblée devant Novgorod , et cependant le tzar manifestait encore des intentions pacifiques. Les voïéyodes écrivirent au roi que , contre toute conscience , il avait violé la trêve , et qu'il serait seul responsable du sang qui allait couler , si , dans un intervalle de deux mois, il ne se rendait lui-même aux frontières , ou s'i| n'envoyait , à sa place , des dignitaires chargés d'examiner les plaintes^ les mécontentemens r^iprpques , et d'en punir les provocateurs. Gustave ne fit aucune réponse ; maia le gouverneur de Vibourg déclara aux yoïévodes (jué l'amiral l^rabé avait commencé lesr hostilités sans y avoir été autorisé parle roij et que les Suédois, qui venaient de donner aux Russes dés preuves de leur bravoure , n'en étaient pas moins disposés à renouveler l'ancienne amitié contractée entre les deux nations. Cette réponse n'ayantpoint paru satisfaisante, les voï^vodes Tcheaiatef, ]^iet:ç^^y et Kaïboul , tzarévitch d'Astrakhan , pénétrèrej:)t en Finlande ; ils prirent sept pièces de canons abandonnées par les Suédois à K.ivena , brûlèrent cette petite yîUe et rencontrèrent l'enuçiru à cinq
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Ferstes de Vibourg. Les Suédois culbutèrent notre avant-garde , et se postèrent sur une montagne. Malgré l'avantage de cette position que, par une manœiivre habile , les voïéyodes moscovites par^ vinrent à tourner , la victoire se fiisa sous nos drapeaux y et les principaux officiers de larmée royale furent iaits prisonniers. Les Suédois s'é« tant renfermés dans Vibourg ^ les Russes ne cessèrent pendant trois ^ours de foudroyer cette forteresse; mais n'ayant pu faire brèche à ses épaisses murailles. Us dévastèrent les rives delà Voksfi : ruinèrent Neithlos et emmenèrent avec eux une multitude de capti& Les annulâtes disent (jue l'on vendait un homme pour une grivna, qt une fille pour cinq aUines. Jean, satisfait de9 succès de ses vQÏévpdes , envoya au prince nogaï, Ismaël, plusieurs armures suédoises, en lui écri^ vant : « Voici de nouveaux trophées russes ! Lq » roi àes^llemaHdss^éiant mal çcMnporté envet^ A) nous, nous avotHs battu ses troupes, |[iousnou$ » sommes emparés de ses villes et avons détruit » ses .villages. C'est ainsi, que nous punissons no$ >) ennemis : reste à jamais^ UiOtre ami ! »
Gystave avait dès. sa )eun4^s9e &i^ preuve d'une / prudence, d'**nemodérationv qui pouvaient servir d'exemple aux souverains, et il sut 9e placer au rang des héros sans le concours de la gloire
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que procurent les armes ; car^ en délivrant sa patrie d'un joug étranger , il n'aspirait qu'à la paix ^ à la tranquillité et à la prospérité qui en découlent : dans cette circonstance^ il sut ap-« précier l'inconséquence de sa conduite , et per-* suadé que , sans de puissantes alliances ^ la Suède ne pouvait lutter seule contre la Russie, il envoya >^ à Moscou, Canut, l'un des grands de sa cour. Les dépêches , par lesquelles il demandait la paix, étaient rédigées d'une manière à la fois polie et affectueuse ; il accusait le prince Dniitri Paletzky , ex.-gouverneur de Novgorod , et prouvait que ce n'était pas la Suède, mais bienlaJRtissîe qui avait commencé les hostilités. Canut offrit les présens de Gustave, consistant en dix peaux de renards de Suède , et quoîqu'envoyé ennemi , il eut l'honneur d^être admis à la table du monarque; car cet ennemi présentait l'olivier de la paix. Le tzar, dans sa réponse à Gustave, exprima une opinion diâërente sur les causes de la guqrre ; mais il n*en consentit pas moins à la terminer. « F'osgenSfécriYadtA}, ont exercé leur fureur » sur nos terres ; non-seulement ils ont incendié >j les villages' et massacré nos sujets, mais ils » oat même profané les temples^ "enlevé les » croix, les images, <èt détruitjes clochers. Les ^ V, habitans de Novgorod réclamaient les secoure.
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» de notre grandç armée , composée de Mosco-^ » vites , deTatars, de Tchérémisses et d'autres » guerriers. Nos voïévodes brûlaient d'impa* }) tience de marcher sur Abo et Stpkholm; » mais nous les avons retenus ^ éloignés que nous » sommes de désirer l'effusion du sang humain. » Tout le mal qui a eu lieu est résulté de ce que , » dans l'orgueil qui remplissait voire âme , vous » avez refusé de vous entendre avec les gouver- » neurs de Novgorod , boyards les plus distin- , » gués de notre empire. En supposant que vous » ignoriez ce qu'est Novgorod , vous pouviez fe » savoir en prenant près de vos marchands des » informations à ce sujet. Ils vous diront que » ses faubourgs seuls sont plus considérables que » votre ville de Stokholm. Soyez donc moins » orgueilleux^ et nous resterons amis. » Gustave suivit ce conseil. Le secrétaire d'État Stein Erik- 1557. son; Laurent, archevêque d'Upsal; Agricola, évêqued'Abo, et Olof Larson, garde-des-sceaux, arrivèrent à Moscou en février i557 , avec leur suite et cent cinquante chevaux de relais, comme' . ambassadeurs , et furent confinés à l'hôtel de Livonie où ils étaient traités ainsi que des prisonniers , ne pouvant avoir de communications qu'avec les dignitaires du tzar. Us offirirent à Jean un bocal d'argent garni He sa soijicoupe , dînèrent
avec lui au palais de granit , et furent obligés de souscrire à toutes les conditions qui leur furent ioiposées. Au lie» de renouveler d'interminables discussions ^ relativement à la fixation des limites territoriales , on rétablit les anciennes ; mais les ambassadeurs insistèrent long-temps pour que les prisonniers suédois fussent remis I sans rançon, et que le roi fut autorisé à traiter directement avec le tzar. Les boyards répondirent :
« i^. Vous devez, comme auteurs de4a guerre , » rendre la liberté sans rançon aux Rufôes . soit ' » marchands ou autres , tombés en votre pou- » voir. Quant à nous , comme fondés en droits , » nous vous permettons de racheter les prison- >> niers suédois où vous pourrez en découvrir , » pourvu cependant qu'ils n'aient point embrassé » notre croyance.
» 2**. Il ne peut être qu'honorable pour le roi > » de traiter avec les gouverneurs de Novgorod. >) Savez-vous quels sont ces gouverneurs^ Les » enflons ou petits-fils de souverains de làtbua- » nie, de K^^an ou de Russie. Le gouverneur )) actuçl , prince Glinsky , est neveu de ce célèbre *) Michel Glinsky si renommé en Allemagne, w Nous vous demanderons à présent a vous- » même , iion pas comme un reprodbe ïmis. plu- >) tôt comme une sîmple question : quel est
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» votre souverain ? 1} est certain qqe c'est une }) tête couronnée; piais y a-t-il si long-temps » qu'il a quitté le commerce de bœufs ? Enfin , » lors même qu'il s'agirait di^ plus gr^nd monar- » que f l'humilité est préf^^rable à l'oi'gi^eil ? » Les ambiissadeurs furent obligés de céder ^ elles boyards > pour leur ténjioigner quelque condescendance^ consentirent à ne point dqnner ^u raT> 4an§ le traité , le titre de parjure. Une trêve de quarante ans fut conclue , par un acte ré€Ugé à ]\[pscou , et confiri^é par Is^ signature et le sceau des gouverneurs de Novgorod. Pend^n^t le cours de ces négociations , les ambassadeurs furent traités 4'^ne p^anière si l^ginprable , que janaais les Suédois n'avaient oJ()tenu autant d'égards de lak part du père et de V^ieul de Jeans. Les digtii-r. taire£^ Içs plus 4isting\iés venaient à leur ren^ coi^tre^ Iprsqu'ils se rendaient aU palais ^ où ib étaient chargés de les introduire* On les traitait spipiptuei^nient^ ^t ils étaient servis en ir^isfiella d'or . Le tzar , au lieu de présens , leur envoyât vingt prisonniers fînlandajys sans rançon. Les historien^ suédois assurent, que Jean , ayant té- AQ^gâé le désir d'assister aune discussion théor^ iQjôque éptçe l'archevêque d'Upâal et notre métropolitain; il fut convenu qu'elle aurait Ueu. en langue grecque ; mais Vinterprètç ne saisissant
pas le sens des mots les plus importans , les expliquait d'une manière si absurde^ que le tzar ordonna de mettre fin à cet entretien , et , pour témoigner sa bienveillance à Tarchevêque , il lui passa au cou une chaîne d'or.
Dans le cours de cette guerre , de peu de durée , avec la Suède, le roi Auguste et le grand maître de Litom'e, devaient tout naturellement être portés pour Gustave; mais, malgré leur promesse de secoiàder ses efforts , ils n'en restèrent pas a^el^il Li' '^^^'^ paisiblcs spectatcurs de l'événement. Le thnanie. premier se contenta d'interposer sa médiation en faveur du roi , en suppliant le tzar de ne point opprimer la Suède , disposée à agir de concert avec la Pologne contre les infidèles. « Je n^op^ » prime personne y répondit le souverain à Au- » guste; je possède un vaste empire dont la » grandeur y depuis Rurii jusqu^à moi y ri a » cessé de s"* accroître : les conquêtes ne peuvent » me flatter y mais je tiens à V honneur* » En prolongeant la trêve avec la Lithuanie , jusqu'^en 1 502 , Jean consentait à conclure une paix perpétuelle, a condition qu'Auguste le reconnaîtrait comme tzar; mais le roi s'obstina dans ses refus, disant qu'il n'aimait point les nouveautés; que ce titre, d'ailleurs, n'appartenait qu^à l'empereur d'Allemagne et au sultan. Nos boyards présen-»
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tèrent aux ambassadeurs les lettres du pape Clément ^ de l'empereur Maximillen ^ du sultan ^ du roi d'Espagne ^ de la Suède et du Danemarck ^ qui déjà accordaient à l'aïeul et au père de Jean le titre en question; ilsleur montrèrent également la dépêche la plus récente du roi d'Angleterre. Mais ces preuves légales des droits de Jean, furent insuffisantes pour engager Auguste à changer d'avis. L'on eut dit qu'il redoutait un titre plus encore que la puissance de la Russie. Jean lui ayant fait annoncer d'une manière solennelle la conquête d'Astrakhan y le roi lui témoigna sa reconnaissance de cette attention de sa part^ et lui écrivit qu'il se réjouissait de ses succès contre les infidèles. Une pareille assurance n'était peut-être pas sincère ; cependant les brigandages, de Devlet-Ghireï , qui n'épargnait pas la lithuanie ^ auraient pu amener les deux souverains à contracter une alliance sincère^ si de nouveaux démêlés concernant leurs intérêts réciproques , ne fussent venus y mettre obstacle. Quoique le khan eût payé cher sa dernière irruption en Piussie , où il avait perdu ses bagages et même une bonne partie de son armée dans les combats contre Tchérémétief , il ne s'en attri^ buait pas mo^s la victoire et prit de nouveau les armes. Les Cosaques , qui , sous le comman-
oien.
:iS6 iiisToïKE
^^^' deihent de Rjefely, Tobservaient entre le Dnieper etleDoh , rapportèrent aii tzar (en mai i556) que Devlet-Ghîreï ayait établi son camp près des eaux dé Konsk , et qu'il portait ses vues sur Toula oa Kozelsk.
A cette nouvelle Tarmée se rassembla en quelques jouts , et le tzar l'ayant passée en revue à Serpoukhof ^ se disposait à ^e porter à la rencontre de Tehnemi au-delà de Toula , lorsqu'il
^^^y apprit que le danger avait disparu. L^illtrépîde
attaque Is- .**^ * O r^ jr
latu-Kir- Rjefsky ayant su attirer à lui trois cetitS cosaques de là petite Russie lithuanienne y avec les hetmanns Mlinsky et Yeskovitch , avait attaqué klâm-Kirmen près d'Otchakof; il combattit pendant six jours consécutifs <;ontre le kalga du khan , tua un grand nombre de Tauriens et de Turcs, leur enleva leurs troupeaux et se retira chargé de butin , forçant Devlet-Ghiriéï , par cette diversion hardie, à retourner pronipterhéht sur ses pas pour défendre la Tauridè , désolée, en outre, par une contagion mortelle. Dans le même temps Dmitri-Vichnevetzky, prihce lithuanien , descendant de S. Vladimir , offrit ses services au tzar: ils furent accueillis avec beaucoilp de satisfaction, car c'était un guerrier habile , ardent et déterminé. Chef des cosaque^ du Dnieper dont il était chéri , et commandant
ff
de Kanef , le système pacifique d'Auguste ne '^^; pouvait lui convenir ; il lui fallait des elcploits^ Vijchnedes dangers ; et séduit par les glorieuses conque- «^c «u »ertes de la Russie , îl brûlait du désir de s'illustrer «^r , et
s^empare
sous les drapeaux de son ancienne patrie , que de Khorla Providence conduisait visiblement à une gra,ndeur extraordinaire. Vichnevetzky, hé voulant poitit se présenter comme simple transfuge, sortit de la Lithuanie à la tête d'un grai\d nombre de cosaques dévoués , s'empara de l'Ile de Khortitza , près de l'embouchure du Dnieper , où il construisit aussitôt un fort ; il écrivit ensuite au tzar qu'il ne demandait point de troupes , ne réclamant que l'honneur de porter le nom de Russe, et d'enfermer le khan en Tajiride, comme dans une caverne. Assuré de la bienveillance de Jean , ce brave guerrier ayant brûlé Islâm-Kirmen, s'empara des canons qui s'y-trouvaient , les transporta darts son fort de Khortitza , et repoussa toutes les attaques 9 que , pendant vingtquatre jours y le kban ne cessa de renouveler contré cette ile. D'un autre côté lés princes Tcherkesses s'emparaient , au nom de la Russie, P»îsc d«
1 m 11/-» Temrouk
de Temrouk et Taman , sur la côte a Azof , ou ci Taman. était anciennement la principauté de Tmoutorokan. Devlet-Ghireï frémit de terreur ; îl s'imagina que Rjeisky , Vichnevetzky et les princes
L ' Tcherkesses fàrmaieiatt ks edrt>s d'avatit-garde de té dans les la grande armée russe • et , croyant voir arriver
campe- " , . .
mens po- Jean lui-même . il demanda la paix ; dans son
gaïs et .... .
laaricns. dc'sespoir, il écrivît au sultan que tout était perdu s^il ne sauvait la Crimée. Jamais , dit un historien contemporain , il ne s'était présenté d'occasion plus favorable d'extirper le reste des Mogols auxquels le ciel faisait sentir les effets de sa co— 1ère. Les campemens nogaïs y |adis si peuplés , si riches , devinrent déserts pendant l'hiver rigoureux de i557; ^® bétail et les hommes périssaient de froid dans les stepps. Quelques mourzas s'étant réfugiés en Tauride, y trouvwent la peste et une famine occasionée par la rigueur de la saison . A peine reçtait-il au khan dix mille cavaliers en état de tenir la campagne , et encore xnoins aux Nogaïs. Livrés à de sanglantes dissen->« sions^ ils ajoutaient encore à ces désastre^. Leurs divers campemens se faisaient la guerre entre eux^ et les seigneurs tauriens conspiraient contre la vie de Devlet-Ghireï, afin de placer «ur le trône , Tokhtamouicb^ tzarévitch d'Astrakhan, qui était alors en Tauride. Cette conspiration^ ayant éfé découverte , Tokhtamoiiieh s'enfuit en Russie et . fut à mêmte de donner au tzar des renseignfifnens positifs sur l'état de faiblesse apqujçl la Crimée se , • trouvait réduite.
Mais, s'il faut en croire l'illustre Kourbsky, le gouvernement russe ne suivit pas le chemin qui lui était tracé par le doigt de Dieu , et il donna aux infidèles le temps de se remettre.
Vichnevetzky ne put se maintenir à Kortitza, et résister aux troupes turques envoyées par le sultan au secours de Devlet-Ghireï : après avoir épuisé ses munitions et ses subsistances, il abandonna le fort et se retira sur les frontières de la Pologne , où il 'occupa Tchertass et Kanef, dont les habitans avaient pour lui beaucoup JÎ!;^^^^ d'affection ; il écrivit à Jean qu'il était tout prêt ^^^^1' à marcher de nouveau contre Devlet-Ghireï, mais qu'il pouvait rendre à la Russie un service plus important encore , par la conquête de toutes les provinces méridionales du Dnieper. Cette proposition était sans doute séduisante. Toutefois , ne voulant point enfreindre la trêve avec la Pologne, le tzar ordonna à Vichnevetzky de restituer Tcherkass et Kanef à Auguste ; ensuite , ayant lait venir ce voïévode à Moscou , il lui donna , k titre *de domaine particulier, la ville de Bélef avec plusieurs riches villages , afin d'en faire un sujet d'inquiétudes pour le khan et pour le roi de Pologne. Cependant Devlet-Ghireï reprenait ha- 1558, leine ; mais quoiqu'il témoignât toujours le même désir de vivre en paix avec la Russie , qu'il eût