‹ Histoire de l'empire de Russie (volume 5)Chapitre 8 sur 20 · Tome VIII · texte numérisé non relu

Tome VIII

agO HISTOIRE

rendu a la liberté notre ambassadeur Zagriatzky/ retenu , pendant cinq années^ prisonnier en Tauride ; qu'enfin Jean eût reçu de lui un traité d'alrliance par lequel il s'engageait à faire la guerre à la Pologne , les conditions qu'il y mettait étaient pleines de fierté, car ses prétentions allaient jusqu'à exiger un tribut semblable à celui qu'il avait obtenu de Sigismond et d'Auguste. Comme c^ est pour vous^ disait-il au tzar, que j^ ai rompu mon alliance avec la Pologne, il est juste que irons m,^en dédommagiez. En effet ses fils dévastaient alors la Volhynie et la Pddolie , cé^ qui causait un sensible chagrin à Auguste, car il considérait le khan comme l'ami de la Lithuanie. Les Tatars qui cherchaient un butin facile à acquérir , le trouvaient dans des provinces fertiles \ où les gentilshommes se faisant gloire de leur bravoure au .milieu des festins , fuyaient lâchement lorsqu'il s'agissait de défendre leurs possessions contre les Tatars. Le tzar ayant convoqué, à ce sujet, le conseil des boy ards , l'opinion unanime fut que les propositions du khan ne méritaient pas d'être prises en considération^ et qu'il fallait profiter de cette circonstance, pour proposer «n traité d'alliance à Auguste. Le prince Vichnevetzky fut renvoyé dans les contrées du Dnieper ; on lui donna cinq mille

DE RUSSIE. agi «

hommes de milice , des enfans-boyards , des stré*^ i558. litz et des cosaques , en lui ordonnant de se réunir aux princes Tcherkesses , pour agir contre la Tauride. En même temps ^ le tzar écrivait à Auguste , qu'il prenait le plus vif intérêt aux malheurs qui désolaient la Lithuanie ^ par suite de l'incursion des Tauriens ; que le temps était venu de prendre à cœur ce qui convenait réellement aux deux puissances , de réunir leurs forces pour extirper ces brigands , qui ne vivaient que de perfidies et de rapines; il ajoutait que, dans .^^^KT cette occurrence , la Russie était prête à le secon- liancc avec

' , ^ * ^ ^ laLiihua-

der de tous les moyens que Dieu avait mis à sa «»«• disposition. Cette proposition fut l'objet d'une agréable surprise pour le roi , les seigneurs , la nation et ceux qui , de même origine que nous , étaient unis à la Russie par la conformité de croyance ; l'ambassadeur moscovite fut porté en triomphe dans toute la Lithuanie. On lé regardait comme un messager de paix et de prospérité ' pour tous les habitans^ que la crainte d^une guerre avec la Russie tenait en continuelles appréhensions. Le roi et la cour lui firent les plus grands honneurs , et l'on ne cessait de rendre hommage à la sagesse^ à la magnanimité du tzar, Auguste, en témoignage de l'amitié sincère qu'il aous portait, mit en liberté plusieurs anciens pri-

sonniers moscovites , et envoya à Jean son grand écuyer Yan Voltchkof pour lui témoigner sa vive reconnaissance , promettant de faire partir , sans délais pour Moscou , ses dignitaires les plus distingue's , chargés de conclure une paix perpétuelle , ainsi que l'alliance proposée. De part et d'autre on parlait avec chaleur de la fraternité chrétienne qui unissait les deux nations ; on rappelai^ au souvenir le sort de la Grèce, devenue victime des dissensions des souverains de l'Europe ; enfin l'on annonçait la résolution de réduire la Tauride , et de s'opposer également aux entreprises des Turcs. Mais ces bonnes dispositions disparurent comme de vaines chimères ; l'horizon politique s'obscurcit de nouveau , et l'ancienne ini* initié entre la Russie et la Lithuanie reprit de nouvelles forces.

Affaires Ce fut la Livonic qui e^ devint la principale Die. cause. A la vérité les Busses n'étaient point en guerre avec elle^ mais on ne pouvait pas non plus regarder comme bien établie la paix qui régnait entre les deux puissances : cette situation durait depuis 1 5o5 , et ^ en renouvelant les trêves , on ne conservait , de part et d'autre, que les seules relations relatives au commerce. Jean , dont toute la sollicitude avait pour but d'augmenter la grandeur de la Russie , non-seulement

par des victoires, mais encore par tous lies moyens ^^* que procurent la civilisation y avait remarqué^ avec chagrin , la malveillance que lui témoignait la Livonie, en interceptant la route de Moscou à des gens habiles dans les arts et dans le métier de la guerre , ainsi qu'en général à tous les étrangers. Les chefs de l'Ordre disaient à ce sujet y dans leurs dépêches à Tempereur : a que D la Russie commençait à devenir dangereuse ; » que tous les princes chrétiens limitrophes » étaient obligés de plier devant son jeune sou*-* » verain, aussi actif qu'ambitieux, et de lesup- - » plier de leur accorder la paix (13). Ne serait- » il pas hors de saison, ajoutaient-ils , d'aug- » menter les forces de notre ennemi naturel , » en lui procurant , au moyen des arts , de » nouvelles ressources militaires ? Si nous per- » mettons aux artistes et aux ouvriers de se » rendre librement à Moscou , il est sur qu'a* » lors une foule de gens appartenant aux sectes p pernicieuses des anabaptistes , réformés et j» autres , poursuivies en Allemagne ^ se disant M tels , se rendront à Moscou , et deviendront » les plus dévoués serviteurs du tzar , qui , l'on }) n'en peut douter , a formé le projet de s'em- >) parer de la Livonie et de toutes les contrées ;i situées aux environs de la mer Baltique , afin

2g^ HISTOIRE

1557. „ d'être plus à portée de subjuguer la Litiiuanie, importans » la Pologue^ la Prusse^ la Suède , dont les états

attribués h . • •

Jean, » sont circonvoisîns. » Ce qu'il y a de certain^ c'est que Jean ne voulut pas souflfrir que les Livoniens apportassent des obstacles à l'exécution de ses intentions bienfaisantes pour la Russie , et qu'il résolut de se venger d'eux. Les ambassadeurs du grand-maître, Henri Hallen^ archevêque de Rîga , et l'évêque de Dorpat l'ayant supplié , en 1 554 , de renouveler encore la trêve V pour quinze ans, il y consentit sous la condition que le district de Dorpat lui payerait le tribut annuel fixé autrefois. Les ambassadeurs ayant témoigné une vive surprise , on leur exhiba le traité conclu avec Plettenberg en 1 5o5 , où il était fait mention de ce tribut/ oublié depuis cinquante ans. Aucunes de leurs observations ne furent admises ; on n'eut aucun égard à leurs motifs d'opposition , et Adachef leur dit , au nom du tzar : « Il en sera ainsi ^ sinon point de trêve. )) Il leur fallut céder, et Dorpat Vengagea, par un acte authentique , sous la garantie du grand-maltre , non-seulement à payer annuellement, à l'avenir, un marc d'Allemagne par habitant , mais encore de rembourser , dans l'espace de trois ans, le n:^ontant total de ce tribut , pouy les cin(|uante années écoulées, pendant

lesquelles il n'avait point été perçu . Le grand* maître jura, en outre, de ne point contracter d'alliance avec le roi de Pologne , et de rétablir a Dorpat , Revel et Riga , nos anciennes églises ^ détruites par les fanatiques de la nouvelle secte de Luther y circonstance qui déjà avait porté le père de Jean à menacer les Lithuaniens de leur faire sentir le poids de sa vengeance ^ en leur disant : « Je ne ressemble ni au pape, ni à Vent" » pereur , qui ne savent point défendre leurs » temples. » Le commerce fut déclaré libre d'après la volonté de Jean , auquel la ligue anséatique avait écrit pour se plaindre de ce que les autorités de Riga , Revel et Dorpat ne permettaient pas à ses négocians d'importer en Russie des métaux y des armes et des armures ; elles voulaient aussi faire passer , par l'entremise des Livoniens y les $ui& et la cire que les Allemands tiraient de la Moscovie. Du reste ^ le grand-maltre ne Voulut point consentir au ps^sage , dans ses États y des étrangers qui se rendaient en Russie : circonstance grave qui rendait la paix très-incer*taine.

' Ce traité ayant été rédigé à Moscou et revéta de la signature des ambassadeurs livoniens ^ Terpigoref , dignitaire de Jean , fîit envoyé à Dorpat pour obtenir Ja ratification d'usage ; c'est4-dire >

âg6 HISTOIRE

le serment de rérèque , des magistrats qui de* valent y apposer leurs sceaux. Mais l'evéque, le bourgmestre et les conseillers de cette ville furent atterrés par Tidée de devenir tributaires de la Russie , et malgré l'accueil honorable qu'ils firent à Terpigoref ^ ils délibérèrent secrètement entre eui , accusant les ambassadeurs livoniens de lé-gèreté , et d'avoir outrepassé leurs pouvoirs , irrésolus d'ailleurs sur le parti à prendre. Alors le chancelier de l'évêque, rusé politique , proposa de tromper la religion du tzar : « Jean y disait** » il , est renommé j a la vérité , par la puissance >) de ses armes ^ mais il mangue de pénétration » et de finesse. En conséquence , pour ne pas » V irriter , il faut déclarer que nous ne poupons » contracter aucune espèce d'engagement sans » la participation de l^ empereur des Romains y » notre souverain légitime; et c^est ainsi qu^en » employant sa médiation, nous obtiendrons n des délais, nous ferons naitre des lenteurs, » et il en arrivera ensuite ce quHl plaira à ^ I>ieu. » Cette ojûnion ayant obtenu un assentiment général, la formalité du serment fut remplie , et l'on remit le traité à l'ambassadeur moscovite , en lui signifiant qu'il ne pouvait avoir force de loi, avant d'être confirmé par Tempe* reur • « Le tzar mon maitre , répondit rambas-

M sadeur p n^a rien à démêler apec Vejnpereur ; j» donnez - moi seulement le traité , l^ argent » viendra après. » U ordonna ensuite à spn secrétaire de le renfermer dans une enTeloppe de soie , et lui dit d'un air ironique : a ^yez en » bien soinj car c^est un objet d^importance! » Terpigoref rapporta au tzar, qu'à la vérité toutes les formalités avaient été remplies^ mais que les Allemands songeaient à quelques détours trompeurs.

Jean ne laissa apercevoir ^ à ce sujet , aucun soupçon : mais depuis cette époque , ij. prenait , dans, les actes ^ le titre àe^souperairp de Livonie. De nouveaux ambassadeurs du grand maitre se présentèrent à Moscou^ en février iSSy , accompagnés de l'évéque de Dorpat ; mais aussitôt qpe le tzar eut appris qu'ils étaient venus les mains vides , et qu'au lieu d'argent ils n'apportaient que d'insignifiantes paroles, cherchant à prouver l'injustice de se^ prétentions, il leur donna l'ordre de sortir de Russie, en leur disant : « Vous vous êtes engagé de votre plein gré et » par un acte authentique ^ à nous payer un » tribut : c^est une affaire terminée* Si vous » vous refusez à Inexécution de vos promesses , » nous trouverons moyen de prendre nous-^ » mimes ce qui nous appartient* » U défendit

2gS HISTOIRE

aux négocians de Novgorod et de Pskof de se rendre en Livonîe, et fit déclarer aux Allemands qu'ils auraient la liberté de trafiquer en toute sûreté dans ses Etats. Le prince Chastounof fut chargé de fonder une ville, avec un port, à l'embouchure même de la Narova, afin d'établir par mer, une communication libre et assurée avec la Germanie ; et l'on s'occupa des prépatifs d'une guerre qui, selon toute vraisemblance, nous promettait des chances favpi^bles et de faciles conquêtes. Dans les temps de la plus grande gloire de l'Ordre et même sous l'illustre Plettenberg , la Livonie avait reconnu déjà l'impossibilité de faire, avec succès, la guerre à la Russie : maintenant , cet Ordre , privé de l'appui des chevaliers teutoniques, avait perdu non-seulement une partie de sa puissance , mais (k r i!*^^ la paix dont la Livonie jouissait depuis cinquante ans , avait enrichi le pays , augmenté les agrémens de la vie , engendré «nfin le luxe , la mollesse, et les chevaliers n'étaient plus habitués à cette rudesse de vie, inséparable de l'activité guerrière : confinés dans leurs magnifiques châteaux , ils s'y livraient à toutes sortes de jouissances, et s'il en faut croire les écrivains contemporains, abandonnés à de honteux penchans , ils s'enivraient au sein des plaisirs , oubliant le but

Page 1