‹ Histoire de l'empire de Russie (volume 2)Chapitre 10 sur 18 · TOME V · texte numérisé non relu

TOME V

veugK, erraient d'une province de la Ru$sîe a l'autre ? C'est qu'il craignait la haine du peu^Je, - et qu'il avait la faiblesse de chercher un appui dans ces deux frères, dont l'un, au service de Novgorod, avait déployé beaucoup de valeur dans up combat contre les Allemands. Mais sourd à la voix de la conscience , étranger à tout principe d'honneur, incapable de suivre un bon sys- Condaite tèmc d' administration , Chemyaka, pendant le

insensée i • i >

de Che- court cspacc uc tcmps que dura son règne , ne fit qu'augmenter l'attachement des Moscovites pour Vassili , par l'habitude criminelle qu'il avait de fouler aux pieds la justice ^ les anciennes institutions, et jusqu'aux lumières du bon sens. Enfin ses violences introduisirent , parmi le peuple , ce proverbe encore en usage j u§qu'à présent :

Proverbe, ^-'^^ç^ j^n jugement à*la Chemyaka*

S'il ne fit pas n>ourir le grand prince , c'est qu'il n'avait pas l'audace de Sviatopolk T'. ; en le privant de la vue, il avait, pour se justifier, le droit de représailles , et le propre exemple de Vassili , qui avait fait crever les yeux au frère de ChjBmyaka. Mais les Moscovites, qui s'accordaient tous à voir une punition du ciel dans le malheur de Vassili , adressaient de ferventes prières à la Providence pour qu'elle les. délivrât d'un souverain odieux j ils se retraçaientles bonnes

qualités de TAveugle ; son zèle pour Forthodoxie, sa justice à toute épreuve , sa b(Mité pour les princes apanages y pour son peuple ^ et pour le cruel Chemyaka lui-même. Les espions que Dmitrî avait dans la capitale y dans la place pu-^ blique , dans les maisons^ des boyards et des ch toyens y ne voyaient partout que de la tristesse ; ils n'entendaient que des reproches. Plusieurs villes mémo avaient refusé de se soumettre à l'usurpateur : dans de semblables conjonctures y Chemyaka aurait dû faire preuve de résolution ; heureusement les scélérats n'en ont pas toujours ; ils s'effraient des moyens extrêmes , et manquent leur but. Il craignait les enfans du grand prince^ gardés dans Mourom par les princes Riapolovsky, quelques fidèles boyards et guerriers ; mais comme il ne voulait point user de violence , il fit venir à Moscou^ Jonas y évèqne de Rézan y et lui dit : « Saint Père! je vous promets le rang de métro-- » poUtain j à condition que vous me prêterez » votre ministère. Allez à Mourom ^ prenez les » enfans du grand prince sur votre parole sa-* » crée , et amenez-les moi : je suis prêt* à les » combler de mes faiseurs : je rendrai leur père » à la liberté y et je leur donnerai un apanage )) considérable y où ils pourront régner et vivre » dans l^ abondance. » Jonas y persuade de la sio-

cérité de ses paroles , partit pour Mourom ^ et fît tous ses eiforts pour s'acquitter de la com-* mission de Dmitri. Les boyards hésitèrent longtemps. t< Si nous n^ écoutons pas les exhortations » de revécue , se disaient*ils , Dmitri prendra » de force et Mourom et les enfans du grand » prince : alors ^ que deviendront-ils ? que de* h viendra leur malheureux père ? quel sort enfin >) 7202^^ est réservé à nous-^mémes f » Les boyards exigèrent un serment de la part du prélat ^ et ils conduisirent les enfans dans le temple de Notre- Dame , où révêque , après avoir chanté le Te Deum y les prit solennellement sur, ses habits pontificaux ^ dans la ferme conviction que Dmi«* tri ne leur ferait aucun mal* Les princes Biapolovsky et leurs amis, tranquillisés par cette cérémonie religieuse , portèrent eux - mêmes leur précieux dépôt à Chemyaka alors à Péreslavle. 6 mai. Cet h3(pocrite fit semblant de pleurer d'attendris* sèment lorsqu'il revit ces innocens : il les combla de caresses et d^embrassemens ; il les traita avec magnificence , leur fit des présens , et le troisième jour il les confia à Jonas pour les mener à Ouglitch , chez leur père. Jonas revint dans la capitale y où il occupa la maison du métropolitain ; mais Chemyaka , peu fidèle à sa parole , fit garder à vue Yassili et sa famille.

'Tant de perfidie surprit les boyards , et les Perfidie, bons princes Rîapolovsky étaient au désespoir. « Non , dirent-ils , avec la ferme résolution de » détrôner Dn^ifri, nous ne souffrirons pas que n le scélérat jouisse du fruit de ses forfaits ! » Le prince Jean Striga Obolensly ^ le seigneur Ochtchéra , et beaucoup de guerriers se joignirent à eux : il fut arrêté qu'ik se rendraient tous à Ouglitch de différens côtés , fixant le jour et l'heure pour se réunir sous les murs de cette ville, afin de s'en emparer et de délivrer Vassili. Cette conjuration n'eut pas tout le succès qu'on en avait espéré , mais elle produisit de très-heureux effets. Instruit du projet des princes Riapolovsky, secrètement sortis de Moscou , Dmitri envoya un de ses voïévodes à leur poursuite; mais ces valeureux chevaliers parvinrent à se défaire des émissaires de Chemy aka ; et voyant leur complot découvert , ils se rendirent en. Lithuanie auprès de Vassili- Yaroslavitch de Borofsk , pour concerter avec lui des mesures capables de procurer la liberté au grand prince. De là ik tendirent les bras à leurs nombreux partisans , qui abandonr&aient la capitale et les autres villes pour les re-^ joindre en petite Russie.

Cependant Chemy aka, objet de la malédiction universelle, tremblait dans son château de Moscou

"îgO HISTOIRE

aux nouvelles alarmantes qu'il recevait journellement de rindignation générale du peuple. Réuni à Jean de Mojaïsk, il rassembla les évêques^ et délibéra avec eux pour savoir s'il fallait délivrer Vassili ; Jonas l'exigea impérieusement : nF^ousavez, }y lui dit-il, enfreint toutes les règlesdela justice; » i^ous avez chargé ma conscience d^un affreux a péché : vous avez couvert mes cheveux blancs M (ïopprobre et d^infamie* Craignez la venw geance divine j si vous ne délivrez pas le grand -. » prince avec sa famille , et si vous leur refusez » y apanage que vous leur avez promis.: qu^a- » vez-pous à redouter d^un aveugle et de deux » enfans dans Vâge de T innocence ? Exigiez de )» Vassili, et nous serons témoins de son serment, » exigez quHl vous promette de n^étre jamais M votre ennemi. » Enfin, après avoir long-temps réfléchi , Chemyaka consentit à ce qu'on lui demandait.

Les perfides ne devraient pas compter sur la sincérité de ceux qu'ils ont déjà trompés; mais ces hommes criminels ^ habitués à briser tous les liens de la morale , pensent que tout le monde i^r a pas, comme eux , la force de fouler aux pieds la sainteté des sermens , et par là même ils deviennent par fois victimes de leur crcdolîté. Dmitri voulait, pour me servir de Vexpressioii

DE RUSSIE. Sgi

alors usitée^ ieWement enchaîner F dme de Vassili par la croix et l'évangile , qu'il ne restât plus à ce malheureux prince qu'à opter entre une servîle soumission ou la crainte de l'enfer; il se rendit à Ouglitch avec toute sa coiir , avec les princQS , les boyards, les évêques , les archiman^ drites ; puis il fit venir Vassili , l'embrassa cor* dialement , lui fit amende honorable , et, après toutes les démonstrations d'un profond repentir, il lui demanda pardon. Le grand prince, profondément attendri , répondit : w Je suis le seul soumis- » coupable : y ai mérité de souffrir pour mes ^y^^^i » péchés et mes impiétés. J'ai trop aimé la » gloire de ce monde ; j'ai enfreint mes sermens : » je vous ai persécuté y mes chers frères ; j' ai fait » mourir beaucoup de chrétiens^ et je méditais » encore la perte d^ un grand nombre de fidèles: » en un mot , je me suis rendu coupable des der- » nier supplices. Grâces vous soient rendues , » généreux prince, qui, en me témoignant de la » bienveillance, m'avez par là même fourni le » moyen de vous rendre témoin de mon repen-^ » tir. » Ces paroles , accompagnées de sanglots , semblaient couler de source ; la physionomie du prince , sa voix suppliante , tout semblait garantir la sincérité de ses discours j Ghemyala se trouvait pleinement satisfait, et la soumission an-

te

gëlique de Vassîli avait rempli tous les yeux de§ plus douces larmes. Peut-^tre le grand prince avait effectivement parlé d'après l'élan de cette charité chrétienne qui se nourrit de sentimens d'humilité , et ,feule aux pieds tout l'orgueil de la terre. La cérémonie du baisemeni de la croix fut suivie d'un repas splendide dans le palais de Cbemyata : Vassili. y assista avec son épouse , ses enfans , les boyards et les évêques ; ce prince reçut de riches pre'sens et la ville de Vologda en apanage. Il souhaita à Dmitri de régner heureuse* . ment sur la principauté de Moscou, et se rendit ensuite avec ses gens sur les bords du lac Kouben. Bientôt Chemyala s'aperçut de la faute qu'3 i5 sep- venait de commettre. Après quelques jours de "•É^* résidence à Vologda, qu'il regardait comme un triste lieu d'exil-^ Vassili alla faire un péteranage au nionastère de St.-Cyrille à Biélo^Ozéro, dont l'abbé, nommé Triphon, homme très-sensé, lui déclara , conformément à ses désirs , que le ser^ ment prêté à Ouglitch, arraché par la violence et la frayeur , li^avait aucune validité, w f^otre père )) vous a laissé Moscou pour héritage , lui dit » Triphon. Je prends surina conscience et sur » celle de mes frères le parjure que vous allez )) commettre/ maisy croyez- moi ^ retournez dans » votre patrimoine avec Vaide de Dieu et iH>tre

DE RUSSIE. SgS

i\ droit j tandis que nous prierons le ciel de cou-* )) ronner de succès Ventreprise de notre soupe^ }) rain.yy L'abbé ainsi que tous les moines don^ nèrent leur bénédiction à Vassili , cérémonie qui rétablit le calme dans son âme. Tous les jours un grand nombre de partisans accouraient auprès de lui, de différentes villes, entre autres des seigneurs de distinction et des officiers qui lui de-» mandaient l'honneur de servir , avec zèle et fidé* lité, les droits du monarque légitime de Moscou, Vassili avait en horreur le séjour de Vologda : il se rendit à Tver , où le prince Boris Alexandrovitch dépouilla les sentimens de haine dont il était d'abord animé , et lui promit de l'aider de tout son pouvoir , à condition qu'il donnerait en mariage à sa fille Marie , Jean , son fils , qui n'avait encore que sept ans. La cérémonie des Fîança'^

* * les da jeu •

fiançailles des enfans cimenta l'union entre leurs «« J*»"parens ; les troupes de Tver servirent de renfort à celles du grand prince, et Vaslsili prit la réso-^ lution de marcher sur Moscou.

11 fut bientôt joint par Vassili de Borofsk, les princes Riapolovsky, par Jean Striga Obolensky et Théodore Bassénok , qui avaient rassemblé une armée en Lithuanie. Ayant, par hasard, rencontré des Tatars en chemin ', ils se préparaient déjà au combat, lorsqu'ils apprirwt que

ceux qu'ils avaient pris pour leurs ennemîç , étaient des gens qui marchaient au secours de V^lir et commandés par les tzarévitchs Kassim et Yagoup, fils d'Oulou-Malhmet. « Nous venons » du pays des Circassiens et nous sommes les » amis du grand prince y dirent les Tatars. » Instruits du sort affreux où l^ont réduit ses

>^ infimes frères j le cœur pénétré du souvenir » de ses bienfaits et de son hospitalité ^ nous » sommes venus pour lui en témoigner notre re- » connaissance. » Les princes russes serrèrent tendrement les tzarévitchs dans leurs bras, et ils poursuivirent, ensemble, leur marche.

Chemyaka , instruit du projet de Vassili^va camper & Volok-Laipsky pour l'empêcher de s'avancer jusqu'à Moscou; mais le grand pnnce, certain du bon esprit qui animait les citoyens de la capitale , leur dépêche secrètement , à la tête d'un petit détachement, un de ses boyards affides. H évita l'armée de Chemyakar, et se trouvait déjà, dan^la nuit de Noël , sous les murs du Kreiwlin* Profitant du moment où l'on sonnait les'hiatines, où l'on ouvrait la porte de Saint-Nicolas à une des princesses qui se rendait à la catbédraW; ^ pénètre dans la forteresse , et le cliquetis des armes retentit bientôt de tous les côtés. Le lieutenant de Chemyaka s'échappe de l'qglise; celuide

Jean de Mojaïsk tombe au pouvoir des voïévodes de Vassili, et en moins d'une demî-heure ils sont maîtres du Kremlin. Les boyards eimemis sont charges de fers , tandis que les habitans prêtent , avec joie, serment de fidélité à Vassili.

Chemyaka apprit à la fois et la priise de Moscou, et la nouvelle que le grand prince marchait contre lui du côté de Tver , en même temps que Vassili de Borofsk s'avançait d'un autre côté avec les Tatars. Dmitri et Jean qui se défiaient de leurs troupes et de leur propre courage , s'enfuient à ^^^ Galitch ; de là à Tchoukhloma et à Kargopol , Chemyaka emmenant avec eux Sophie, mère de Vassili. Le grand prince se réunit près d'Ouglitch à Vassili de Borofsk , et il s'empara de cette ville sous les murs de laquelle il eut le malheur de perdre le lithuanien YouriDranitsa , l'un de ses plus braves voïévodes; il rencontra à Yaroslavle les tzarévitchs Kassim et Yagoup , et enfin il entra dans Moscou auxacclamationsdé joie de tout lé peuple. 11 avait auparavant dépêché vers Chemyaka le boyard Koutousof , chargé de lui dire en son nom : « Mon frère Dmitri ! quel honneur y quelle gloire » trouvet-vous à retenir captive ma mère^ voire » tante ? Cherchez une vengeance plus illustre : » jé suis assis sur le trône des grands princes. » Voyant l'épuisement de ses troupes fatiguées d'une

trop longue route, Dmitri consuha ses boyards sur les moyens de fléchir le graod prince, et convaincu eflectivement de l'inutilité de cet otage, il ordonna à Michel Sabourof, un de ses plus illustres boyards, d'accompagner la grande princesse jusqu'à Mos' cou . Vassili alla à sa rencontre dans le monastère de la Trinité, et fit un accueil si favorable a Sabourof que ce boyard entra sur-le-champ ^ son service.

Les princes Chemyaka et Jean de Mojaïsl che^ chèrent alors à faire leur paix par l'entrexnise de Vassili de Borofek et de Michel, frère de Jean ; ik reconnurent leur faute et proposèrent des setmens solennels de fidélité ; Chemyaka renonçait à Zvénigorod , Viatka , Ouglitch ^ Rjef : Jean à Kozelsk et à différens districts. Ils s'engageaient l'un et l'autre à restituer tout ce qu'ils avaient en* levé à Moscou : le trésor , les croix et les images précieuses , les biens des princesses et àes sei* gneurs, les anciens parchemins, leslettres-^patentcs des khan3 , à la seule çonditioii quç Vassili kur permettrait de régner tranquillement dans leurs apanages ; qu'il ne les appellerait auprès de to qu'après l'électiojci d'un métropolitain , seul en état de garantir leur sûreté personiielle dans la capitale. Le grand prince pardonna à Jean; m lui donna Verkh-Béjet$ky par égard pour son

Jfère Michel , et sa sœur Anastasie , épouse du J)rînçe de iTver ; mais il différa encore sa réconciliation avec Ghemyaka, et les troupes moscovites reçurent Tordre de se porter sur Galitch. Cepeadant, vaincu bientôt par l'intercession de leurs communs parens , Vassili consentit à pardonner à ce cruel ennemi qui s'engagea par les sermens les plus forts à devenir son véritable allié , à célébrer sa clémence jusqu'à son dernier soupir^ et à renoncer à jamais à toute prétention sur la grande principauté. La formule du serment Sermen. prêté par Dmitri, en cette circonstance, finit par ces mots : a Si Je manque à ma promesse ^ que » je sois à jamais privé de la grâce de Dieu et » des prières de ses fidèles et saints serviteurs sur » la terre ^ les jnétropolitains Pierre et Alexis, » Léontius de Rostof, Serge , Cyrille et autres} » ne m'accordent jamais leur bénédiction , les » évêques de russie , etc. n Le grand prince célébra la paix et le saint jour de Pâques à Rostof, chesi révêque Ephraïm , et révint en triomphe de Kostroma à Moscou.

Réconcilié , pour ainsi dire , avec la fortune Sas:© ad» par le dernier malheur qui Favait frappé , et tîon de comme doué, depuis sa cécité, d'une pénétration qu'il n'avait jamais encore montrée dans l'admîi>ïstratioh des affaires ^ Vassili employa tous ses

soins à consolider son trône et la puissance deia grande principauté de Moscou. 11 rétablit l'ordre et la paix dans l'intérieur de ses Ëtats^ et songea, ayant tout , à donner un métropolitain à la Russie^ privée depuis huit ans de ce chef spirituel, en raison dés discussions du xlergé de Constantinople , et des troubles de notre patrie. Les évêques Ephraïm de Rostof, Abraham de Souzdal, Varlaam de Kolomna, Pitirim de Ferme, se rendirent à Moscou : cçùx de Novgorod et de Tver y envoyèrent des. actes^ constatant leur entièit/e adhésion à toutes les décisions de ces prélats; et, conformément au vœu du souverain, ceux-ci 1448. "Sacrèrent Jonas^ métropolitain , à ce autorises pat la bénédiction du patriarche donnée à ceteVêque en 1437. Mais, dans les circulaires expédiées alors

à tous les évêques de la Lithuanie Russe , Jonss soutient qu'il a été élu par |es évêques de Russie, selon les instituti(^ns des apôtres. , et fait de sanglans reproches aux Grecs relativement au concile de Florence. C'est au moins à dater de cette époque que nous commençâmes a ne plus dépendre de l'église dé Constantinople , ce qui wi^ le plus grand hoqneigr à Vassili, La tutelle spW" tuelle des Grecs nous coûtait fort cher. Pendant cinq siècles , c'est-à-dire, depuis S* Vladiniw^ jusqu'à Vassiïi-l'Aveugle , nous ne tix)uvonsqu^

six métropolitains russes ; sans compter les presens qu'on envoyait aux empereurs et aux patriarches, les métropolitains étrangers , toujours prêts à quitter notre patrie , entassaient des trésors pour les envoyer en Grèce. Ils ne pouvaient apporter un zèle bien sincère aux intérêts de la Russie , et leur respect pour nos princes ne pouvait être aussi profond que celui de nos compatriotes. Ces vérités étaient évidentes ; riéan-r moins la crainte de toucher aux moses de la re-*ligion^ de scandaliser le peuple par une innovation dans ses anciens usages^ n'avait point^ jusqu'alors^ permii^ aux grands princes de se soustraire à l'aurite suprême du clergé de Constantinople ; la désunion de ce clergé , à l'occasion du concile de Florence , facilita à Vassili les moyens de faire ce que plusieurs de ses prédécesseurs s'étaient abstenus d'exécuter par timidité. Le choix d'un métropolitain était alors une affaire d'État fort importante; ces prélats étaient l'intrument le plus puissant du souverain de Moscou pour réprimer les autres princes. Jonas tacha de soumettre à son pouvoir les diocèses lithuaniens : il essaya de (wouver aux évêques de ces contrées que. Grégoire^ successeur d'Isidore, n'était qu'un schismatique latin et un faux pasteur ; mais tous ses efforts furent inutiles , et, loin d'atteindre ce but , il ne

fit que s'attirer le courroux du pape Ke II qui , fiuiie du pg^p ^jjç bulle de Tan 1 458 , déclare Jonas , jih

impie de V église y apostat ^ etc.

1449 — Le second objet sur lequel Vassili porta toute Jean est ^^^ attention, fut de consolider le droit de suc*

frône**^ *" ccssion de son jeune fils; il l'associa à son trône et lui donna le titre de grand prince ^^^^^ les Russes s'accoutumassent de bonne heure avoir en lui leur futur souverain : c'est ainsi qu'est ap

Traités P^^^ Jean , dani les traités conclus à cette époque avec Novgorod et differens princes. Lors des malheurs de Vassili , les Novgorodiens avaient reconnu Chemyaka pour leur prince; ils en avaient exigé le serment positif de maintenir tous les an* ciens droits : Vassili lui-même , soupirant alors après le repos et la paix^ leur jura, sur le saint crucifix, de ne point attaquer ces droits; de se contçnter des anciens reyenus des princes , et de renoncer à l'impôt territorial. Les seigneurs novgorodiens les plus distingués vinrent à Moscou pour y signer un traité parfaitement sew* blable à celui qu'ils avaient conclu jadis avec Yaroslaf et d'autres grands princes du treiweD*^ siècle. Vassili montra la même déférence envers les petits fils de Kirdiapa : il leur accordai» liberté de régner à Nijni, à Novgorod, àGorodetz , à Souzdal , à charge par eux de le recon-

naître comme leur suzerain , de lui rendre les anciennes lettres- patentes des khans relatives à cet apanage, de ne plus en recevoir de nouvelles et de renoncer généralement à toute espèce de relations avec la horde. — Jean de Rëzan s'engagea , par un traité , à renoncer à l'alliance des Lithuaniens et des Tatars ; à faire toujours cause commune avec Vassili , et ^ en cas de dispute avec le prince de Pronsk, à prendre le grand prince pour arbitre : celui-ci , de son côté, s'obligea à respecter leur indépendance, et rendit à Jean beaucoup de places que les princes de Bezan avaient autrefois possédées sur l'Oka. Dans un autre traité , il donne à Boris de Tver le nom de frère et d^égal, et l'assure que ni lui , Vassili, ni son fils ne songeront jamais à réunir Tver au:3C États moscovites , lors même que les Tatars leur en feraient la proposition» Afin de reconnaître les services de ses fidèles amis et compagnons d'armes , les princes Vassili de Borofsk et Michel , frère de Jean de Mojaïsk , le grand prince laissa au premier; Borofsk, Serpoukof, Louja, Khotoun, Badonèje, Pérémysle : ause-* cond, Véréïa, Bélozersk et Vouychégorod, Il fit plus : il leur abandonna une partie des revenus de Moscou , et affranchit , pour quelques années, plusieurs de leurs provinces, du tribut qu'elles Tome V. ^26

4o2 HISTOIRE

devaient payer au khan , c'est-k-dire, qu'il en prit le montant à son compte. — Tous ces traités furent signés par le métropolitain Jonas, dont Pentremise rétablit également la bonne intelligence entre le grand prince et Casimir. Harmann , ambassadeur lithuanien ^ était alors à Moscou^ avec des lettres des créance et des présens; le grand prince envoya Etienne , son secrétaire , en Lithuanie : Jonas prenait le titre de père de ces deux souverains , et assurait Casimir que Tunique désir de Vassili était de vivre amicalement avec lui.

NonveUe Une nouvellc perfidie de Chemy aka vint porter

perfidie de *■ • • / xr 1 fi

Chemya- le troublc daus la grande principauté. Vers la nn de Tan i447> les évêques russes Ipi- écrivirent, au nom de tout le clergé , qu'au lieu de rempw les conditions de paix , de restituer la caisse et les choses saintes enlevées par lui à Moscou , » pillait les boyards qui avaient abandonne son ^ service pour passer à celui de Vassili ; qu'occupe

à corrompre les sujets de la grande principauté, il entretenait de secrètes intelligences avec Novgorod, avec Jean de Mojaïsk, les habîtans de Viatka et ceux de Razan. — La horde bleue ou à^ Nogaï , disséminée dans les déserts qui se trouvent , partie entre Bouzoulour et la mer Bleue ou d'Aral, partie entre la mer ff oire et le Couban,

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