‹ Histoire de l'empire de Russie (volume 2)Chapitre 11 sur 18 · I>C RUSSIE. 4^S · texte numérisé non relu

I>C RUSSIE. 4^S

était alors sous la domination de Sedi>-Achniet ^ dont les ambassadeurs arrivèrent chez le grand prince : Chemyaka refusa de contribuer aux dé^ penses occasionées par la réception de ces députés^ et , au lieu de fournir les présens qu'il devait envoyer au Ihan^ il répondit à Vassili qu'il ne reconnaissait pas Sedi^Achmet comme souverain légitime de la horde. — « f^ous sapez, écrivirent Lettre i) alors les évêques à Dmitri , combien de peines "*'"'jj^^ M a éprouvées votre père pour usurper la grande w principauté j contre la volonté de Dieu et » toutes les lois humaines. Après avoir versé à » grands fiots le sang des Russes y il monta ef^ w fectivem^nt sur le trône y mais son règne ne fut » pas de longue durée: obligea^ abandonner Mos- » cou, avec cinq de ses domestiques y il replaça » lui-même la couronne sur la tête de f^assili. » Usurpateur pour la seconde fois, à peine eut-il »> atteint le but de ses désirs qu^il descendit dans ^) la tombe , coupable aux yeux de Dieu et des » hommes. Réfléchisse^ également au sort de » votre frère. Ce prince fer et présomptueux qui » nageait dans te sang des chrétiens, des moines w et des prêtres, en est-il plus heureux aujour^ w d'hui? retracez vos propres actions d votre M souvenir. Lorsque V impie Machmet campait M devant les murs de Moscou, vous avez refusé

4o4 HISTOIRE

» de secourir potrs souverain^ pous avez cause

» la ruine des chrétiens j la mort dé tnillien de

» braves ^ l^ incendie des temples saints et k

» piol dès filles du seigneur^ Fous répondrez m

i) Tout^Puissant de tous ces forfaits. Lors de

}) y invasion du barbare Mamouteh > le grand

» prince vous a dépéché quarante courriers , voub

» suppliant de marcher avec lui contre les en"

» nemis; rien n'a pu vous fiéchir. Nos fidèles

» guerriers sont tombés cm champ d^homeur:

» leur gloire est immortelle^ mais leur sang

» retombera sur vous. Le ciel brisa les fers de

)y Fassiliy et vous, second Caïn, second Spiato-

}) polk > aveuglé par V ambition ^ altéré du sang

j> de votre frère j vous lui avez fait subir le plus

» cruel supplice y eus mépris de vos serRiensei

» de votre religion. Mais quel avantage vous

w en est-il reuenu ? quel profit en ont retiré vos

» sujets ? Kous régnâtes y il est vrai y mais ce

» règne fut-il long? fut-il tranquille? Troublé

I) sans cesse par la crainte ^ déchiré de remordS)

» nous vous avons vu errer de province enpro"

>i vince ; livré, pendant le Jour, aux plus cuisans

» soucis; en proie, pendant la nuit, aux songes

w et aux visions les^plus horribles! Pour avoi'f

^ voulu trop acquérir y vous avez perdu le p^^

*) que vous aviea. Le grand prince est remonté

% sur Bon trône ; il rayonne d'une noupelle » gloire : car V homme ne saurait enlever ce qui w a été donné par Dieu. Vous ne devez la vie » qu^à la générosité de Vàssili ^et te monarque^ » après avoir eu confiance en votre serment ^ » est de nouveau trahi par vous. L'attrait du » titre de grand prince ^ qui n'est réel que lors-^ » qu'il vient de Dieu ; la soif' de l*or^ qui vous » dévore , ou les charmes d^une beUe femme M suffisent pour vous fendre parjure, infidèle à j) vos engagemens : vous prenez le nom de grand w prince, et vous demandez dés troupes auK » Novgorodiens^ sous le prétexte de chasser les » Tatars appelés par le grajîd prince et qu'il » n'a pas encore renvoyés. *— C'est à vous qu'il » faut attribuer là cause de ce retard : depuis » long-temps déjà il n'y cuirait plus de Tatars w en Russie, si vous vous fussiez montré vérita*^ » hlement ami du souverain. Mais il connaît » toutes vos intrigues. C^est à votre instigation » que Mamoutek , tzarévitch de Kazan, a » chargé de fers l'ambassadeur moscovite. J^ous » regardez Sedi'-Achmet comme un usurpa-^ i) teur; cependant n'est-ce pas d cétie même » cour que votre père a été Jugé avec le grand » prince? ne sont-ce pas les jnêmes chefs, les » jnêmes princes qui servent aujourd'hui Sedi-^

4o6 HISTOtRE »•

» AcJimet ? Six mois sont écoulés depuis le terme » fixé pour la restitution des saintes croix, des » images ^ des trésors de Moscou y et vous re- » tenez toutes ces richesses entre vos mains f }) Prince Dmitri , nous venons donc tous , servi" » teurs des autels , ainsi que nous le prescrit » noire devoir ^ vous prier d'apaiser votre con- » science j de satisfaire à toutes les réclama^ M tions du grand prince ^ prêt à vous pardonner » et d vous rendre ses bonnes grâces , a notre n recommandation 9 pourvu que vous montriez » un véritable repentir. Mais si ^ dans votre » fol orgueil , vous riez de la sainteté des ser- » mens, vous attirerez vous-même sur votre » tête tous les foudres de l'autorité spirituelle; » vous deviendrez r ennemi de Dieu j de V église, » de la religion , et serez maudit à jamais , avec » tous vos partisans et, adhérens* »

Cette lettre ne put émouvoir le cœur insensible de Chemyaka^ et deux ans se passèrent sans effusion de sang* Ce temps fut employé^ d'un côte, a fiaire des propositions de paix , de l'autre en intrigues secrètes et souvent même publiques. Enfin Dmitri prit les armes^ avec le pro j et de s'emparer a ri^nproviste deRostroma; mais le prince Striga et le valeureux Féodor Bassénok repoussèrent les assiéfireans. A cette nouvelle • Vassili Tssr

sembla ses troupes et les évêques ^ témoins des sermens de Chemyaka^ afin de le vaincre ou de le faire rougir de ses perfidies : le métropolitain lui-même accompagna l'armée sur le chemin de Galitch. Animé des sentimens d'un vrai pas-^ teur des âmes , il fît de nouvelles tentatives pour désarmer les ennemis : il y réussit pour quelque temps ; mais bientôt Chemyaka poursuivit le cours de ses afireux complots et de ses projets de vengeance. Voyant alors que la mort seule pouvait les réconcilier , Vassili prit le parti de frapper un coup décisif; il appelle un grand nombre de princes , de voïévodes des autres villes , et en forme une armée formidable. Chemyaka, dont le dessein avait été d'abord d'éviter le combat , se met en route pour Yologda ; mais^ tout à coup, il change de sentiment, et va camper près de Galitch : il fortifie cette ville , en encourage les citoyens , et attend la victoire du grand nombre de ses canons. Vassili , qui , privé de la vue , ne pouvait conduire lui-même ses troupes au combat , confia au prince Obolcnsky le commandement des troupes moscovites et tatares. Cette armée laissa le souverain sous Tégide d'une garde fidèle, et s'approcha de Galitch, en bon ordre , animée du meilleur esprit. Chemyaka était campé sur une montagne escarpée derrière de profonds

4o8 HISTOIRE

ravins^ ce qui rendait Tattaqoe très-âîffîcile ; les deux armées, également braves, s'apprêtaient a combattre vigoureusement; les Moscovites brûlaient d^ désir d^'anéantir un ennemi odieux ^ couvert de la honte de ses nombreuses perfidies : Cbemyala promettait à ses guerriers tous les honneurs et toutes les richesses de Moscou. Les troupes de Vassili avaient l'avantage du nombre , et celles de Dmitri celui de la position. Le prince Obcdensky s'attendait , ainsi que le tzarévitch , à une embuscade dans les ravins ; mais Chemyab n'y avait pas songé , s'imagipant que les Moscovites, fatigués d'une marche pénible à travers des défilés , en sortiraient en désordre , et qu'il lui serait facile alors de les culbuter par le choc de troupes fraîches : il resta donc ipamobile dans ses positions , observant les mouvemens de l'en-* nemi , depuis les bords du lac jusque dans les défilés. Enfin les Moscovites arrivèrent au pieu de la montagne et se précipitèrent tous ensemble vers son sommet ; leurs derniers rangs servaient de soutien aux premiers qui eurent à résister à l'attaque impétueuse des troupes galliciennes. La mêlée fut terrible ; depuis long-temps les Busses ne s'étaient battus les uns contre les autres avec autant d'acharnement : ce combat est qdémorable comme le dernier effet funeste des

DE IIUSSIE. 4^9

discordes de nos princes. 11 fut à ravatitage des Moscovites , qui détruisirent presque tOute l'infanterie ennemie. Les boyards de Chemyaka fu- a:)*»"^^^^. rent faits prisonniers, ût ce prince lui-même bataille ceréussit à peine à se sauvera Novgorod. A la nou- les guerres velle de cette victoire , Vassili versa des larmes princes. de joie ^ en adressant au ciel de vives actions de grâces ; il donna aux Gallicieas la paix et des lîeutenans , réunit cet apanage à la grande principauté et retourna dans sa capitale pour y célébrer son triomphe.

Cependant les No vgorodiens s'empressèrent de donner un asile à Chemyaka. Fiers de protéger un illustre fugitif, ils espéraient encore pouvoir opposer, avec succès , l'esprit turbulent de ce prince aux projets ambitieux de Vassili. Ils ne voulurent pas venir au secours de Dmitri , mais ils ne Fem- 9 )"«»• péchèrent, en aucune manière, de faire des préparatifs de guerre contre le grand prince , ni de rass^îibler des troupes avec lesquelles il parvint, au bout de quelques moià , à s'emparer d'Oustiougue. Chemyaka, dont l'intention était de conquérir les provinces septentrionales des États moscovites , crut que le plus sûr était de gagner le cœur des habitans : il s'abstint donc de toucher h leurs propriétés , et se contenta de leur serment de fidélité : mais ceux qui ne voulurent

4lO filSTOIKH

point trahir le grand prince , furent condanraés à mort ; le cruel Chemyaka leur faisait mettre des pierres au col , et ces vertueux citoyens allaient périr ainsi* dans les eaux de la Soukhona. Il se rendit bientôt à Vologda pour s'ouvrir un chemin en Galitch (a). Malgré tous ses pfforts, il ne put réussir à prendre une seule ville , et revînt à Oustiougue , où le grand prince le laissa en repos pendant près de deux ans. inTasion Ce temps fut employé par Vassili à faire fcce '** aux Tatars. Kazan , dont le voisinage commençait déjà à devenir dangereux pour les provinces ' moscovites, était alors gouvernée par Mamoutel, fils de Machmet , assassin de son père et de son frère. En 1446 , sept cents Tatars de la garde^de Mamoutek mirent le siège devant Oustiougue, qui se vit réduite à leur payer une contribution en fourrures ; mais , à leur retour, ces brigands se noyèrent dans la Vetlouga. Deux après , Jean , fils du grand prince , à peine âgé de dix ans, se mit a la tête d'une armée destinée à chasser les Raasanais du territoire de Mouromçt de Vladimir; letzarévitch Kassim , fidèle ami de Vassili , défit, dans les environs de la Pokhra et du Bitiougue ,

(a) Il ne faut pas confondre cette ville avec la capitale de Galicie. Cette Galitch se trouve dans le gouvemement actuel de Kostroma.

d'autres bandes de Mogols qui étaient venus piller les environs d'Eletz, et jusqu'à la province de Moscou. L'invasion du tzarévitch Masovscha »45>. causa bien plus d'eflfroi à notre capitale. Sedi- Achmet , son père , khan de la horde Bleue ou de Nogaï , exigeait un tribut de Vassili , et voulait l'y contraindre par la force des armes. I^e grand prince alla d'abord à la rencontre du tzarévitch, en rase campagne ; mais, instruit de l'approche d'un grand nombre de Tatars , il retourna dans sa capitale , laissant au prince de Zvénigorod l'ordre de leur fermer le passage de FOka : ce lâche voïévode , saisi de frayeur, s'enfuit avec toutes ses troupes , et laissa de la sorte le passage libre à l'ennemi. Vassili confia la défense de Moscou au métropolitain Jonas , à sa mère Sophie , à son fils Youri , et aux boyards ; il en*voya son épouse avec ses plus jeunes enfans à Ouglitch , et lui-même il se retira sur les bords du Volga, pour y attendre les voïévodes des différentes villes, avec leurs gardes.

Bientôt on vit paraître les Tatars : ils mirent 2 juiiieu le feu aux faubourgs et commencèrent l'attaque, Le temps était sec, fort chaud, et le vent poussait, droit au visage des soldats postés sur les murs du Kremlin, d'épais nuages de fumée et une pluie d'étincelles, de tisons ardens, qui les étout^

4l2 HISTOIRE

faient et les empêchaient de distinguer les objets, jusqu'à ce que les faubourgs ayant été dévorés par les flammes , l'atmosphère s'éclaircit entièrement. Les Moscovites firent alors une sortie , et , après un combat qui se prolongea jusqu'à la nuit , ils forcèrent les Tatars à se retirer. Malgré la fatigue , personne ne songea à se reposer dans le Kremlin , et , comme on s'attendait à un nouvel assaut , on prépara les canons et les arquebuses. Le soleil se lève , et les Moscovites ne voient plus d'ennemis ; tout est calme et tran* quille. On envoie des espions au camp de MazoV' cha , et Ton n'y trouve personne ! Il n'y restait que des chariots remplis d'ustensiles de fer ou de cuivre , et la campagne était couverte d'armes, de marchandises jetées çà et là ; car l'ennemi, qui s'était retiré pendant la nuit , n'avait emporte que ses plus légers bagages , laissant tout le reste à la merci des assiégés. Les annalistes rapportent que les Tatars entendirent dans le lointain un très-grand bruit , et que s'imaginant que c'était le grand prince à la tête d'une puissante année, ils avaient été saisis d'une terreur panique , et s'étaient tous mis à fuir. Cette nouvelle surprit et combla de joie les Moscovites ; la princesse Sophie dépêcha un courrier pour l'annoncera Y^issili^ qui se préparait déjà à passer le Volga ^

près de Tembouchure de la Doubna. 11 se hâta de se rendre dans sa capitale , et descendit droit à l'église de Notre-Dame , où se trouvait la célèbre image de Vladimir j il rendit grâces au ciel ainsi qu'à cette puissante protectrice de Moscou ; il baisa avec reconnaissance la tombe miraculeuse du métropolitain Pierre, reçut la bénédiction de Jonas , et embrassa tendrement sa mère , soit fils et les boyards ; il se fit ensuite conduire au milieu des cendres des faubourgs , et là il tâcha par ses discours de consoler les habitans restés sans habitation : « Dieu ^ leur dit -il, vous a » punis pour mes péchés : mais fermez vos cœurs » au désespoir» Les traces de la destruction » vont disparaître ! Sur ces monceaux de cendres » s^ élèveront de nouvelles habitations. Je serai » votre père ^ je vous affranchis de toute espèce » d^ impôts j et mes trésors seront ouverts, pour » tous les pauvres. » Le peuple , dit l'annaliste , ainsi consolé par la compassion et la bonté du souverain , oublia tous les maux qu'il avait soufferts , et dans ces lieux , la veille encore théâtre des horreurs de la guerre, on jouissait du spectacle de la plus joyeuse fête. Vassili dîna avec sa famille, avec le métropolitain , et les personnes les plus distinguées dé la ville ; les citoyens qui n'avaient plus de maisons se traitaient les

uns les autres dans les rues , sur des monceaiix de poutres brûléçs.

t)ès que VasslH vit la paix et le calme rendus à la grande principauté , il ne vo^ulut plus souffrir que Chemyaka régnât dans Outiougue ; il fit d'asse:^ longs préparatifs , sortit enfin de Moscou ^ et resta à Galitch , donnant ordre à son fils Jean et aux princes ses yassaux ^ de se rendre par dif-

1452. férens chemins sur les bords de la Soukhona. H parait que Chemyaka était loin de s'attendre a cette attaque , car il n'osa faire aucune résistance; il laissa un lieutenant à Oustiougue, et s'enfuit au nord des provinces de la Dvina ; il y fut poursuivi par les troupes du grand prince , et après avoir erré de ville en ville , il parvint à se réfugier à Novgorod • Les voïévodes moscovites n'épargnèrent nulle part les amis de ce prince; ils furent faits prisonniers , et leurs biens livrés au pillage. Enfin après avoir mis dans Oustiougue des lieuteiîans de Vassili , ils retournèrent à Galitch chargés de butin. Mais Chemyaka respirait encore , et son cœur féroce , implacable , cherchait 4^ nouveaux moyens de vengeance. Sa

'453. niort parut nécessaire à la sûreté de l'Etat, et

Mort de , 1 • 1 •! 1«

aK'mya- OU lui donna du poison dont il mourut sur-iechamp. L'auteur d'une action si contraire à la religion , aux priiicipes de la morale et de Vhon-

neur , est resté inconnu. Les Novgorodiens enterrèrent Chemyaka dans le monastère de Yourief , avec tous les honneurs dus à son rang. Un ^^ !"»"«'• homme de loi y nommé Beda ^ qui apporta à Moscou la nouvelle de sa mort , fut élevé au rang de secrétaire par le grand prince , qui fit paraître à cette occasion une joie indiscrète.

Tranquillisé par la mort de cet ennemi aussi Progns

- . ... , . de rauto-

dangereux que cruel, vassiii commença a agir crade. d'une manière plus ferme , plus hardie en faveur '^^* de la monarchie. Jean de Mojaïsk avait refusé de marcher avec lui contre les Tatars ; le grand prince lui déclara la guerre , et le força de fuir avec toute sa famille en Lithùanie , où se retira aussi le fils de Chemyaka, sorti de Novgorod; les habitans de Mojaïsk implorèrent la clémence de Vassili : « Je vous donne la paix pour tou- » jours j répondit le grand prince ; dès à pré^ » sent vous êtes mes sujets y et vous serez corn-- » mandés par mes lieutenans. »

Les Novgorodiens avaient accordé un asUe Soumîsaux ennemis de Vassili, sous le prétexte que *Novgo- Ste .-Sophie n'avait jamais refusé de protéger de inalheureux fugitifs. Outre Chemyaka, ils avaient offert un refuge à Vassili Grebenka, prince de Souzdal , qui n'avait pas voulu reconnaître la souveraineté de Moscou. Le grand

rod.

4l6 HISTOIRE

prince avait encore d'autres sujets de méconten* tement : les Novgorodwns refusaieut de recourit à son tribunal ; ils s'emparaient des revenus du prince, regardaient les décrets de leur consd national comme des actes de législation suprême > méprisaient Fàutorité des lieutenans moscovites, et avaient pour principe qu'il était prudent de ne céder c[u'à la dernière extrémité. Cette occasion se présenta bientôt. Ils savaient que Yassih faisait des préparatifs de guerre ; ils avaient en* tendu des menaces, et avaient même reçu les traités de paix qu'on leur avait renvoyés en signe de déclaration de guerre , mais ils affectaient 1456. toujours de la fermeté. Le grand prince , accom* pagné de toute sa garde, se rendit à Volok, où, malgré la rigueur de l'hiver , les troupes qui y arrivèrent de toutes parts formèrent, au bout de quelques jours, une nombreuse armée, commandée par plusieurs princes et par les voïévodes les plus illustres. Alors seulement les Novgorodiens commencèrent à s'alarmer ; leur possadnik parut dans le camp du grand prince , pour lui demander humblement la paix; maisVassilifo* sourd à toutes ses propositions. Le prince Obolensky Striga, et le fameux Féodor Bassénok, le héros de ce temps, furent envoyés contre Boussa, ville marchande et fort opulente. Comn»*

DE, K^SSIE. 4^7

personne ne s'attendait à une attaque de Ten^ nemi , les Moscovites s'en emparèrent sans coup férir , et trouvèrent tant de richesses , qu'euxmêmes en furent étonnés. Ce détachement devait, sans délai, rejoindre le grand prince, et il se retira de la ville , emmenant les prisonniers et le butin qu'il y avait faits. Les voïévodes restèrent en arrière avec deux cents hommes : tout à coup l'an voit paraître cinq mille cavaliers novgorodiens commandés par le prince ^e Souz^ak Les Moscovites sont d'abord saisis d'effroi; mais Striga et Féodor Bassénok disent à leurs compagnons que le grand prince s'attend à voir arriver des vainqueurs et non pa$ des fuyards; que sa colère est plus à redouter qu'une bande de loches et de traîtres; qu'enfin il faut mourir pour le bon droit et pour le souverain. Les Novgorodiens voulaient écraser Tennemi; ils furent arrêtés par des haies de branchages et par des neiges profidndes. Ayant re^ marqué qulk étaient couverts de fer de pied en cap , les voïévodes moscovites firent tirer sur les chevaux, qui, couvertsde ble^ures, se mirent à se cabrer et à renverser leurs cavaliers. Les Novgorodiens ainsi désarçonnés ne pouvaient se servir de leurs longues piques;- la confusion se mit dans les ran^ av^icés : ceux de derrière Tome V. 27

4i8 HistoiîiÊ

prirent la fuite , et les Moscovites , après avoir tué quelques hommes ^ amenèrent ajji grand prince le premier possadnik de Novgorod, homme Toutcha , fait prisonnieir sur le champ de bataille.

Cette nouvelle porta la terreur dans Novgorod. On sonne le tocsin; le peuple se rassemble en foule autour du palais d'Yaroslaf; les magistrats se consultent , incertains du parti à prendre ; le bruit et les cris se font entendre du matin au soir. Les citoyens étaient noihbreux, mais il j avait peu de braves ; se méfiant les uns des autres , un très - petit nombre osait compter sur son proipre courage ; enfin l'on cria de tous côtés qu'il n'était plus temps de guerroyer, et qu'il fallait entamer des négociations. On fit aussitôt partir l'archevêque Euphème, trois possadniks , deux che& militaires , et cinq illustres citoyens ; il leur fut ordonné de ne point épargner les paroles fl.atteuses ni mémie l'argent, en cas de nécessité. Cette ambassade eut tout le succès désiré : l'archevêque trouva Vassili à Yagéblitzi ; il parla à tous les princes , à tous les boyards, les engageant à devenir pacificateurs; il supplia le grand prince de ne point perdre un peuple imprudent, mais si utile à la Russie par son industrie, son commerce, et prêt à réparer sa

if^'

t>É RUSSIE. 419

£s^ute pat la fidélité la plus inviolable. Ces promesses ne purent fléchir Vassilî , qui exigea de l'argent et d'autres dédommagemens. Les Novgorodiens donnèrent au grand prince huit mille cinq cents rouble^, et on signa un traité par lequel ils s'engagèrent à lui payer l'impôt territorial,, ainsi que des amendes judiciaires. Us annulèrent tous les décrets de leur conseil national i tendant à limiter l'autorité du souverain ; ils firent serment de ne recevoir cheifc eux ni Jean de Mojaïsk , ni le fils dé Chemyàka, ni aucun des ennemis de Vassili; ils renoncèrent aux terres achetées par leurs concitoyens dans lès provinces deRostof et de Biélo-Ozéro; promirent de n'ap-, poser, dans. leurs actes, que le sceau delà principauté , etc. Vassili , pour leur prouver sa générosité, leur rendit Torjek. Ce traité de paix fut également signé par les Pskoviens , qui^ ayant oublié leur ancienne et longue inimitié contre Novgorod , lui avaient fourni des secours , et se trouvaient en rupture avec Vassili. C'est ainsi que le grand prince , qui venait d'humilier Novgorod , facilita à son fils les moyens de la soumettre entièrement.

A cette époque, Jean Féodorovitch , prince de Le prince Bézan , petit-fils du célèbre Oleg, mourut dans éUré dans

. X ^ . ^1 Moscou.

im monastère. Ce pnnCe, au moment de mou-

rir , confia son fils Vassili , Âge de huit ans ] e\ sa fille Théodosie , au grand prince y smis réfléchir combien cette marque de confiance pouvait être funeste à l'indépendance de la principauté de Rézan. Sous le prétexte de .procurer aux enfans du défunt une meilleure éducation -, Vassili les prit auprès de lui dans Moscou^ et il enyoya ses propres lieutenaiis à Rézan y où il régna dès lors comme isuzerain.

Ingratî- ^^^ ambition qui faisait tous les jours de nouwtiït vea«3c progrès, finit par étouffer en lui les sentimens les plus sacrés de la morale. Vassili de Boro£^ , petit-fils du célèbre Vladimir4e-Braye ^ beau-frère et fidèle compagnon d'armes du grand prince^ lui avait sacrifié ses Etats et sa patrie. Indigné des perfidies de Tinfàme Chemyaka, il avait constamment refusé d'entrer en relations avec lui , il s'était condamne lui-même à un triste exil , il avait cherché un asile dans les contrée^ élcangères , et n'avait eu d'autre pensée que celle de rendre la liberté et le trône à la victime de Chemyaka : quelle faute pouvait anéantir le souvenir, d'un dévouement aussi vertueux ? Estil vraisemblable que le fils d'Yaroslaf , modèle d'amitié pendant que Vassili^privé de la couronniC, gémissait dans un cachot y ait pu le trahir éskus la, bonne fortune ; au moment ok ce prince ,

vainqueur de tous ses rivrfux, régnait au seîn de la paix et de la grandeur ? Jusqu'alors le prince de Borosfk ne s'était pas montré trop ambitieux : satisfait de son apanage héréditaire et d'une partie des revenus de Moscou , il avait cédé, sans murmurer , à Vasfiili , Oustiougue , Gorodetz , Kozelsk , Alexin, provinces appartenant jadis à son grand-père ; il avait reçu en échange , de Vassili, Verlih--Bejetzky et Zvénigorod , s'engageant par de nouveaux traités à reconnaître les enfans de ce prince comme héritiers de la grande principauté. Il est plus probable que Vassili, possédé du désir de devenir monarque de toute la Russie , chercha un prétexte de jeter le masque de la reconnaissance^ fardeau si pesant pour les âmes faiUes : des calomniateurs vinrent offrir leurs odieux services à un prince déjà trop disposé à la crédulité ; et sans autres formalités,* Vassili fit arrêter son la jnîiiet. beau'frère qu'il envoya , sous bonne escorte , à Ouglitch. L'apanage de ce prétendu coupable fut déclaré propriété du grand prince ; et Jean , fils du prince de Borolsk, avec sa belle-mère, se retira en Lithuanie où il se réunit à Jean de Mojaïik , autre fugitif, pour chercher des moyens de vengeance contre leur persécuteur. Ils conclurent entre eux une éth>ite alliance et signèrent le traité suivant : « Vous, prince Jean

» Andréïévîtch , vous serez mon frère aine. Le » grand prince a eu la perfidie de tous chasser )) de votre patrimoine ; il retient mon père en » captivité , contre toute espèce de droit , mais » nous saurons noits faire rendre justice. Pre-* )) nous les armes , et alliqns reconquérir , vous, » votre héritage , moi , mon père et mes Etats. » N'ayons plus qu^un cœur et qu'une âme. Ne » signez aucune condition avec Vassilî sans ma « participation. S^il est assez barbare pour faire » mourir mon père en prison , jurez de me venw ger ; et lors même qu'il le délivrerait, sans conw sentir à se réconcilier avec vous , je fais sern ment de voler à votre secours. Si Dieu nous » accordait le bonheur de vaincre ou de chasser >j Vassilî, je vous reconnais pour grand prince , » à condition que vous rendrez à hion père les » villes qui lui appartiennent ,, et que vous me » donnerez Dmitrof et Souzdal. Rejetez les dis- » cours dés calomniateurs et ne me condamnez » point sûr les rapports de la médisance ; faites- )) moi part de tout ce que vous entendrez, et )) ne doutez aucunement de la sincérité des ser- » mens que ^e ferai en face de la sainte croix. » J'aurai le tiers des villes et du butin que nous » pourrons obtenir; et si, en punition de nos » péchés, nous ne pouvions réussir dans nos

4) justes projets , nous deyiendrons inséparables » jusque dans notre çxil , et tous me verrez » toujours partager votre sort dans telle contrée )) qu'il vous plaira de choisir pour asile y etc. » Cette dernière supposition seule se réalisa , car ils moururent tous deux dans Texil. Les ennemis du prince de Moscou trouvaient bien un refuge en Lithuanie , mais ils n'y trouvaient aucun secours de troupes ou d'argent. Casimir envoya des ambassadeurs à Vassili pour lui faire des

protestations d'amitié^ car il ne songeait qu'à garantir la sûreté de ses provinces russes. Les fidèles serviteurs du prince de Borosfk voyaient avec douleur la captivité de leur souverain *; ils firent de vains eflForts pour le délivrer de la prison où il languissait depuis quelques années : ils s'engagèrent par serment à se rendre secrètement à Ouglitch , à enlever le prince ^ et à se retirer ensuite avec lui au-delà des frontières; malheureusement leur complot fut découvert. Ces fidèles serviteurs suivaient en cela leur zèle pour un monarque injustement retenu dans les fers : cependant le grand prince les punit comme des malfaiteurs , et leur fît subir de cruelç supplices : quelques-uns eurent les mains et la tête coupées ; plusieurs furent condamnés à perdre le nez y d'autres enfin à être Inoutés s mais ces in-

nocentes victimes moururent sans honte , car leur conscience était pure. Le peuple se coiïtenta de déplorer leur triste sort.

Après s'être , de la sorte , approprié Galîtcb ^ Mojaïsk et Borofsl , Vassili ne laissa de prince apanage que Michel de Véréïa ; tous les autres disparurent : les petits -fik de Kirdiapa, qui . avaient régné , pendant plusieurs années , dans Taticienne province de Souzdal ^ en qualité de vassaux de Moscou , furent contraints de Tabandonner. Déjà tous les revenus de Moscou grossissaient le trésor du grand prince , et toutes les villes étaient gouvernées par ses lieutenans. Viatka seule ^ comprise dans la province de Galitch, ne voulut point se soumettre à Vassili. Les habitans de ce pays avaient^ comme nous l'avons vu, prêté du secours à Youri ^ k Chemyaka et à VassiliJe-Louche ; quelques années auparavant ils avaient même incendié Gleden, 1^58 — forteresse d'Oustiougue ; le prince Riapolovsky, ' c envoyé pour mettre à la raison les citoyens de 'v?"tka* Viatka , a^iégea long-temps la ville de Khlinof sans aucun succès ; car les voïévodes moscovites n'avaient pu résister aux présens des insurge : l'année suivante on leva de nouvelles troupes, qui , avec la garde du grand prince , avec un grand nombre de princes , de boyawis et d'offi-

DE AtrSSIE. 4^^

cîers , marcbèrent contre cette répubiiqtic sédi* lieuse ; Tarmëe se reunît aux habitans d'Oustiougue ; on prit le bourg de Kotelnitcb^ celui d'Orlof , et l'on .soumit Viatka au prince de Mos* cou. Cependant l'esprit de liberté ne pouvant , tout d*un coup , disparaître dans cet Etat populaire , fondé à rînstaï* de Novgorod , Vassili se contenta d'un tribut et du droit de disposer.de ses forces militaires .

Malgré toute son ambition^ il n'avait pas encore osé toucher à la province dfi Tver , dont le prince iBoris Alexandrovitch mourut indépendant en 1461 y laissant la couronne a s6n fils, nommé Michel. Vassili n'inquiéta plus les Novgorodiens : il alla même passer deux mois dans leur ville , et leur témoigna toute sorte de bienveillance : il en agit de même envers les Pskoviens, qui lui envoyèrent un présent de cinquante roubles , avec des plaintes contre les Allemands , ac^^ko^f! le priant de leur laisser, pour lieutenant, le prince Alexandre Tchertorijsky . Vassili donna son consentement; mais Tchertorijsky lui-même , peu jaloux de cet honneur , se retira en Lithuanie. Alors les Pskoviens témoignèrent le dfôir d'avoir pour chef, Youri , fils de Vassili : ce jeune prince leur fut envoyé de Novgorod par son père ; il fqt reçu avec toutes les marques de la joie la plus

TiTe y et couronné dans l'église de la Trinité : on lui remit la fameuse épée de.Dovmont; Youri la prit , et jura d'être le défenseur de la patrie de la célèbre Olga. Il fallait tirer yengeance des Allemands de Livonie, qui^ au mépris de la paix qu'ils avaient signée pour vingt ans avec les Busses y étaient venus brûler une de leurs églises sur la frontière. Mais la querelle se termina sans combat ; l'Ordre demanda une trêve , conclue ensuite pour cinq ans, à Novgorod, du con* sentement du grand prince. Les ambassadeurs de l'archevêque de Riga , ceux de Dorpat se rendirent, à cet effet , dans cette ville, et le prince Youri suivit son père à Moscou, après avoir reçu cent roubles des Pskoviens , et leur laissant , à sa place , Jean Striga Obolensky.

fiîcursîoii II est certain que, pendant les dernières armées de sa vie , Yassili ne payait point da tribut aux Mogols, ou qu'il satisfaisait mal leur cupidité; car, malgré les guerres civiles qui les déchiraient, ils inquiétaient souvent la Russie , où ils n'arrivaient , J55 plus par bandes, mais par troupes entières. L'ar-

*^^' • mée de la horde de Sedi-Acbmetparut deux fois sur notre territoire ; et le voïévode de Moscou battit les Tatars en deçà de l'Oka , au-dessous de Kolomna ; Jean , fils du grand prince , les chassa loin des bords de cette rivière. Quelque teaips

après ^ Âchmat^ fils de Kitchîm^ et khan de la grande horde , assiégea Péreslavle de Bézan ; bientôt oblige de s'éloigner avec perte et couvert de hopte ^ il accusa Kazat-Oulan ^ son principal capitaine ^ d'être le secret partisan des Busses. Le grand prince formait le projet d'une expédition contre le tzar de Razan , ennemi de Moscou , lorsqu'ayant rencontré les ambassadeurs de ce prince à Vladimir^ il conclut la paix avec lui. Vassili ne parvint pas à une vieillesse trèsavancée ; les malheurs et les peines morales auxquelles il fut en butte avaient .épuisé ses forces physiques. Comme il maigrissait et dépérissait à vue d'œil , et dans la fausse idée qu'il était attaqué de phthisie , il eut recours à un remède fort en usage alors , regardé comme efficace , et qui consistait a se brûler tout le jcorps avec de l'amadou allumée : bientôt le malade fut couvert de blessures , dans lesquelles se mit la gangrène. Le grand prince , voyant le danger où il se trouvait , témoigna le désir de revêtir l'habit monastique ; mais on le détourna de ce projet , et il fit son testament , dans lequel il nomma Jean ^ son fils aine , héritier de la grande principauté ; lui assignant le tiers des revenus de Moscou , et les deux autres tiers à ses plus jeunes fils. Il donna à Youri la ville de Dmitrof ; Mojaïsk , Serpou-

Mort de VaMÎli.

Son caractère.

Lhof^ et tous les domaines de sa mère Sophie ( morte religieuse en i4^5); à son troisième 61$ , André F'. , Ouglitch , Verkh-Béjétsly , Zvénigorod ; à Boris , son quatrième fils , Volok- Ijamsky , B jef et Boussa ; à son fils cadet , André second^ Yologda^ Koubéna etZavzérié; à leur mère ^ Bostof ( à condition de ne point toucher h la propriété des princes de cette ville), le petit bourg de Bomanof^ son trésor, tous les domaines qui avaient appartenu aux grandes princesses, ainsi que ceux achetés par lui, ou confisqua pour crime de baute trahison ; ce qui constituait une très-grande masse de richesses. U exigea, en outre, de ses fils le serment d'obéir à leur mère , non^ seulement dans les affaires de famille , mais également dans celles de TEtat. Cest ainsi qu'il rétablit lui-même les apanages , après tant d'eflbrts de sa part pour les anéantir ; ce qui prouve que , satisfait d'avoir rendu la grande principauté de Moscou héréditaire dans sa famille , il s'inquiétait fort peu de l'avenir , et pensait beaucoup plus aux avantages momentanés de ses enfans , qu'au bien durable de l'Etat : il n'avait enlevé des villes aux autres princes que pour satisfaire son ambition personnelle ; il suivit l'ancien usage, parce qu'il n'eut point l'énergie nécessaire pour établir un nouveau système de gouvernement ,

mars

DE HUSSIfi. 4^9

c'est-à-dire, une véritable monarchie. Ce qu'il j a de plus singulier dans ce testament , c'est que Vassili recofnmande son épouse et ses enfans à Gasiniip , roi de Pologne, auquel il donne le non;i de frère. Cet acte eist signé par le métropolitain Théodpse , d'abord archevêque de Rostof , et choisi y un an auparavant , par nos évêques, pour occuper la place de Jooas, qui n'était plus. Vas- ^^ JZ™ sili mourut à l'âge de 47 ans, avec le fîstux titre de premier autocrate de toute la Russie , depuis Vladimir Monomaque (12). Avouons pourtant qu il fit beaucoup pour hâter les progrès de son successeur : le commencendent de son règne lie fut pas brillant; ignorant dans l'art de gouverner , si bien connu de son aïeul , il perdit soçi honneur et ses Etats; cependant il laissa la principauté de Moscou plus puissante qu'il ne l'avait reçue; car, en dépit de ce {nrince pu»llanime^ la main de la Providaice , bénissant les efforts généreux de Kalita et de Itoitri Don^oï , semblait pousser la Russie vers sa grandeur*

Outre les guerres civiles, fléaux de notre pa- , Cvwmté

, , , , des mœurs

trie, sous VassiliJ' Aveugle , le règne de ce prince de ce fut souillé par |dusieurs crimes qui attestent la férocité d€;s mœurs à cette époque. Deux princes furent privés de la vue , et deux autres empoisonnés. Non-seulement la populace , dans sa fu-

45o HISTOIRE

fureur , noyait et brûlait, sans formalités , ceux cpi'elle croyait' coupables de quelque crime : nonseulement les Russes se comportaient de la ma-* nière la plus barbare envers les prisonniers; ^nais , jusqu'aux peines commandées par la loi , tout indiquait la plus grande cruauté. Jean de Mojaïsk y ayant condamné à mort le boyard André , regardé comme sorcier , le fit brûler publiquement avec sa fettime. Ce fut sous ce règne que Moscou vit , pour la première fois , un supplice inconnu à nos ancêtres : à dater de cette époque , Ton commença à donner le hnout aux personnes même de la plus haute' distinction , accusées de quelque crime contre TEtat ; et c'est aux Mogols que nous devons l'intïnodaction d'un châtiment si avilissant pour Thumanité.

Supcrsti- La superstition régnait dans les esprits , et l'on se formait des idées absurdes sur les événemens les plus naturels. Les annales de ce temps sont remplies de contes sur l'apparition de phénomènes extraordinairies : tantôt le ciel brûlait de feux de différentes couleurs; tantôt c'était l'eau qui se changeait en sang ; les images saintes répandaient des larmes ; les animaux revêtaient des formes extraordinaires : le 3 janvier i446^ d'après le récit fabuleux d'un annaliste novgorodien ,

DE RUSSIE. 45l

il tomba une si forte pluie de seigle ^ d*orge et de froment , qu'une espace de quinze verstes , entre la Msta et le Volkof , se trouva couvert de grainç. Les paysans s'empressèrent de les ramasser et de les porter à Novgorod , comblant par là les vœux des habitans accablés par l'excessive cherté des vivres.

Le même annaliste • qui trace le tableau des ^fn^^-

' 1 . ment dans

malheurs de sa patrie , y fait entrer aussi le *** ^^"^ changement des monnaies. Le possadnik et ^Novgo* autres magistrats choisirent cinq ouvriers auxquels ils oràonnèrent de refondre l'ancienne monnaie d'argent , et de prendre , pour leur peine , une dienga pour deux grivnas qu'ils frapperaient. Bientôt ensuite on abolit les anciens roubles , ou les lingots d'argent. Cette mesure indisposa le peuple qui se mutina , en criant que le gouvernement , gagné par les monnoyeurs , ne songeait qu'à leur procurer de l'ouvrage , sans s'inquiéter de la perte que cette innovation allait causer aux citoyens. Plusieurs personnes , accusées d'avoir fait de la fausse monnaie , furent jetées dans le Volkhof ; les biens des autres furent livrés au pillage.

Nous avons décrit les saints exploits d'Etienne AflTaires de Ferme , dont le zèle apostolique introduisit tiques. le christianisme sur les bords septentrionaux de

452 HISTOI&E

la Kama; ses successeurs dans Tepiâcopat de cette contrée encore peu connue , furent Isaac et Pitirim f objets constans de l'amour des Permiens parleurs vertus et leurs bienfaits. Les peuples sauvages qui se trouvaient dans If voi^nage ^ encore {dongés dans les ténèbres, de l'idolâtrie y haïssaient cette nation ^ nouvellement convertie à la religion chrétienne y et Tinijuiétaietit par de continuelles incursions. En i44^9 Assika, prince des Yogoulitches , vint , avec son fik y porter la guerre sur les bords de là Yitchegda et en emmena beaucoup de prisonniers au nombre desquels se trouvait l'évéqûe Pitirim lui-ikiênie , qu'il fit périr de la manière la {dus barbare.-^Ç'est la première fois qu'il est fait mention des Yogoulitches dans nos fastes.

A cette époque le célèbre n»»naslère de Soloft j fut fondé dans une île sauvage de la mer Blanche, au milieu des forêts et des marécages. Dès l'année 1439^ un pieux moine , nommé Châtias ^i^antt la croix dans cette triste contrée , où il se construisit une cellule. Quelques années ^près^ S. Sozime y fSnda l'église ^e la Tranis%uratioii , et y établit une communauté , avec FasseatîiBent de l'archevêque Jonas et celui du gouvernement de Novgorod , qui lui accorda l'aie en tonte propriété. Bien difiërens des aubn^s Ëuropéètis qm

allaient s'enrichir sous prétexte d'éclairer des peuples encore sauvages du flambeau de la Mainte religion : le pur amour, inspiré par le christianisme pour la retraite et le silence , étendait, en Russie , les limites des contrées habitées , et arborait la sainte croix dans des déserts affreux , jusque-là inaccessibles aux passions humaines.

Ce fut sous le règne de Vassili-F Aveugle que les Busses furent attérés du malheur des Grecs, comme de leurs propres désastres. Des étrangei's nommés Ghozz^ dans les annales orientales , et dans celles de Byzance , Oguziens ou Ouzes ( de même origine que les Torques), qui avaient longtemps mené une vie nomade dans les déserts d'Astrakhan, avaient servi sous les drapeaux de S. Vla- ' *dimir ; ils étaient ensuite venus s'établir près de K-ief , et , jusqu'à l'invasion des Tatars , ils formaient une partie de la cavalerie russe. Ce peuple valeureux avait contribué, en Asie, à établir et à rjenverser plusieurs puissances , comme celles des Gaznevides, des Selgincides et de KharaAm; il prit enfin le nom de Turcs Ottomans , et fonda c«tte monarchie puissante , redoutable pour les trois parties du monde , si célèbre encore de nos jours. Osman ou Ottoman , émir du àultan d'ikoni , profita de la chute de son empire , détruit par les Mogols ; pour se déclarer indépen-

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