CHAPITRE III
Le grand prince f^ASSiLi FasMiiifitch y
V aveugle*
Prodige. — Guerre civile. — Peste. — Invasion des Lithuaniens. — Congres en Lithuanie. — Caractère de yitovte. — Événemeris en Lithuanie. — Incursions des Tatars. — Jugement dans la horde. — Guerres civiles. — Crime. — Rupture avec Novgorod. — Naissance de jean4e^rand, — Tribut de la horde. — ^ Exil du khan k Bélef. — Royaume de Kazan. — Mort de Dmitri-le- Rouge. — Concile de Florence. — Nouvelles discor* des. — Affaires de Novgorod, — Guerre. — Valeur de Mustapha. — Invasion du roi de Kazan. — • Captivite du grand prince. -— Terreur et désastres de Moscou. — Brigandages exercA par le prince die Tvcr; •— Yassili mis en liberté. — Tremblement de terre. -— Cruauté de Chemyaka. — On arrache les yeux au grand prince. — Imprudence de Chemyaka. — Proverbe. — Perfidie. — Soumission de Vassili. — Fiançailles du jeune Jean. — Fuite de Chemyaka. — Serment. — Sage gouvernement de Yassili. — finlle du pape. — Jean est associé au trône de son père. — Traités. — Lettre mémorable. — * Dernier combat célèbre de la guerre
atgO ttïSTOIRE
civile des princes. — Invasion des Tatars. — Mort de Chemyaka. — ' Progrès de la monarchie. — Soumission de Novgorod. — Un prince de Rëzan élevé à Moscou. — Ingratitude de Vassili. —Soumission de Yiatka. — Affaires de Pskof. -^ Incursion des Tatars. — Mort de Vassili. — Son caractère. — Mœurs cruelles de ce temps. — Superstition . — Changement de monnaies à Novgorod . — Affaires ^ecclésiastiques. — *• Prise de Constantinople - par les Turcs. — Commencement de la horde de Crimée.
JL E nouveau grand prince n'avait que dix ans lorsqu'il monta sur le trône. Bien moins favorisé de la fortune que son père et son aïeul , il dépendait comme eux , au commencement de son règne , du conseil des boyards. La grande principauté de Moscou , dont le territoire n'avait jamais encore été le théâtre des guerres civiles , devait en éprouver toutes les horreurs sous le règne de Vassili l'aveugle : il lui fallut voir son prince gémir dajis un état d'avilissement qu'il ne mérita que trop par sa conduite ; et c'en était fait de la puissance de Moscou comme de notre patrie, si le ciel , les circonstances et la fidélité du peuple ne l'eussent sauvée , en dépit des mauvais conseillers qui environnaient le trône, rt^digd. Le fait suivant , que les annalistes donnent pour certain, nous explique pourquoi Vassili reçut, dès le berceau ^ le titre à^ grand prince .
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Son père, vivement inquiet de ce qne son épouse Sophie souflfeait trop long -temps des douleurs ^e l'enfiantement , conjura un reli^eux du monastère de Saint-Jean de prier pour Theureuse délivrance de la princessiBi « Dissipez vos alar-^ » mest\\k\ dit celui-ci, Dieu vous donnera un » fils qui héritera de toute la Russie. » Le confesseur du grand prince , prêtre du monastère de Saint - Sauveur au Kremlin, était alors dans sa: cellule } il entendit , tout d'un coup , une voix: qui lui disait : «Va , et donne un nom au grand }) prince J^assili. » Soudain le prêtre ouvre la porte ; mais , étonné de ne rencontrer personne , il court au palais, on il 'apprend qu'au mênre^ instant , Sophie avait donné le jour k un fils. Le vœu général , ainsi exaucé , fit prendre pour unt ^ge le messager invisible dont Tecclésiaétique avait entendu ta voix , et l'on donna te nom de Yassili à cet enfant , désigné , dès lors , par le peuple , pour devenir un jour son souverain; on crut voir en lui un prince dont le règne serait illustré par les actions les plus glorieuses. Ces espérances ne £irent point réalisées ; mais on peut leur attribuer, sans doute , le zèle particulier que les Moscovites témoignèrent toujours pour Ce petit-fils du héros du Don.
- Yassili Dmitriévitch étant mort pendant la
Guerre nuit, le métropolitain Photius dépêcha^ sur-lecivUe, champ f un de ses boyards à Zvënigorpd^ pour sommer le prince Yomi Dmitriéyitch , et ses autres frères , de reconnaître leur neveu pour grand prince. Youri, qui, malgré le nouveau règlement , conservait toujours Tespoîr de succéder à son frère aine, refusa de se rendre à Moscou. 11 se retira à Galitch; et, dès qu'il eût appris Favénement solennel du jeune Vassili au trône de la grande principauté, il lui envoya un courrier chargé de lui faire les plus terribles menaces.
Youri, persuadé que son neveu n'avait pas l'intention de renoncer à ses droits d'ancienneté . et résolu de soutenir les siens , se hâta de rassembler une armée dans les villes de son apanage ; mais il fut prévenu par le grand prince, qui, réuni à ses autres oncles, marcha surKostroma, et l'obligea à se retirer d'abord à Ni jni-Novgorod, ensuite de l'autre côté de la Soiira. Constantin Dmitriévitch , envoyé à sa poursuite avec la garde du ^and prince , revint à Moscou sans avoir pu livrer bataille. Dans cette extrémité, Youri ayant demandé un armistice pour un an, Ya^ili, d'à*» près le conseil de sa mère , de ses oncles et de Vîtovte , lui envoya à Galitch le métropolitain Photius, qui fut accueilli, ptès de la ville , par
toute la famille du prince ; surjuis d'y voir une multitude de peuple rassemblé de différentes provinces y le prélat s'aperçut bientôt que le projet de Youri avait été de l'intimider par ce nombre d'hommes , dont il avait couvert toute la montagne située à l'entrée de Galitch^ du côté de Moscou. Il lui fit sentir , d'un ton iro-« nique , que les laboureurs ne sont pas des guerriers; qu'il y a de la différence entre des chemises de toile et des cuirasses; puis il entama la grande question de la paix. Youri lui donna à entendre qu'il ne voulait qu'une suspension d'armes; et il irrita tellement Photius par ses discours, que celui-ci partit sur-lechamp sans vouloir donner sa bénédiction pastorale au prince ni à la ville. Les annalistes rapportent que le jour même du départ du métropolitain, une épidémie s'étant fait sentir à Galitch , Youri , frajj^pé de terreur , monta aussitôt à cheval pour rappeler Photius; qu'il le joignit au-delà du lac , dans le village de Passinkof , et que par ses larmes, par son repentir , il parvint à toucher Photius. Ce vénérable pasteur retourna sur ses pas , et consentit à bénir tout le peuple ; ce qui mit un terme à la contagion. Le prince envoya deux grands seigneurs à Moscou pour faire la paix ^ et promit de n'élever aucune
foule sur le pont. Aussitôt les assiégés coupent les cordes y et les Lithuaniens tombent sur les pieux auxquels ils détneurent suspendus , et où ils périssent au milieu des tourmens les plus aigus. Ceux qui furent faits prisonniers en souffrirent de {dus terribles encore , car ils furent écorchés tout vifs en présence de Vitovte , qui , persuadé , d'après ce trait de barbarie , que les Busses étaient décidés à se défendre jusqu'à la dernière extrémité, se retira à Voronatch , avec le reste de son armée. Là il s'éleva un orage si terrible , que ies Lithuaniens crurent voir le jugement dernier. Vitovte, lui-même^ tenant fortement embrassée la colonne qui soutenait sa tente , s'écria , dans la terreur dont il était frappé : a Mon Dieu, » ayez pitié de moi ! w Ce^'malheureux commencement le disposa à faire la paix. Inquiétés par les Allemands, abandonnés des Novgorodiens , trompés même dans leur espoir sur la médiation du grand prince , dont l'ambassadeur ne put rien opérer en leur faveur , les Pskoviens s'engagèrent à payer à Vitovte quatorze cent cinquante roubles en argent. Deux ans après, ce prince attaqua les Novgorodiens au sujet de quelques déhats survenus relativement aux limites de leurs Etats respectif. Un historien polonais, contenvporain, représente les habitans de Novogord
eomme des hommes pacifiques ^ adonnés , à la volupté et au luxe, pleins de confiance dans leurs inaccessibles marécages. Ils se moquèrent , dit le même historien, des menaces de Vitovte, et lui firent dire qu'ils lui préparaient de Thydromel pour son arrivée ; mais ce vieillard infatigable f au milieu des glaces de la vieillesse y sut frayer à sa nombreuse armée une route à travers les marais dangerepx de la forêt connue sous le nom de Forêt Noire.
Là marche était ouverte par dix mille ouvriers armés de haches , et le chemin fut bientôt aplani au moyen de quantité d'arbres abattus, qui servirent de pont à l'infanterie et à la cavalerie ; les caissons , les arquebuses , les canons furent transportés par la même voie, et Vitovte alla mettre le siège devant Porkof. Les jannalistes disent que le plus grand des canons de siège avait été fondu par un ouvrier allemand et qu'il était traîné par quarante chevaux. Cette énorme bouche à feu brisa, d'un seul coup, une tour de pierre de la ville^ ainsi que le mur de l'église de St. -Nicolas; mais une trop forte charge la fit. voler en éclats , et ses débris causèrent la mort d'un grand nombre de Lithuaniens , entre autres du fondeur lui-même et du voïévode de Polotsk. La ville était conunandée par le possadnik Gré-
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goîre «t l'illustre Isaac Boretskî; dé^spëront de pouvoir défendre la forteresse , ils allèrent audevant de l'ennemi et lui offrirent cinq mille roubles. Les Novgorodiens , de leur côté, envoyèrent dans le camp des Lithuaniens l'archevêque Euphème et plusieurs magistrats , également chargés d'acheter la paix. Vitovte aurait sans doute pu assiéger Novgorod; mais, trop sage pour ne pas préférer le» certain à l'incertain, il exigea dix mille roubles et mille pour les captifs ; ensuite il repiût le chemin de la Lithuanie , après avoir dit aux députés : ce qu^il ne vous arrive » plus désormais de m^ appeler un traître et un w ivrogne. » Cette somme qui présentait la valeur de cinquante-cinq poqdes d'argent, fut très-onéreuse pour les Novgorodiens : ils furent obligés de parcourir toutes leurs provinces pour les rassembler. Chaque homme fut obligé de porter un rouble au trésor j ce qui semblerait prouver qu'il n'y avait à Novgorod que cent dix mille hommes ou propriétaires contribuables de la couronne.
Malgré ces expéditions de Vitovte au nordouest de la Russie , ce prince vivait en paix avec Vassili son petit-fils. Il l'obligea même , par serment , à ne se mêler en rien des affaires de Novgorod et de Pskof, et, en 1429, il lui envoya
uie.
rinvîtation la plus amicale de venir passer quelque temps à sa cour. Yassili se rendit aussitôt à ses instances; il partit accompagné du métropolitain Photiuset trouva , à Troki , l'octogénaire Vitovte, entouré d'une foule de seigneurs lithuaniens. Les plus augustes hôtes se réunirent bientôt chez en i^hliuale prince de Lithuanie ; on y voyait les princes de Tver , de Rézan , d^Odœf , de Mazof, le khan de Tauride , Ilia [hospodar exilé de Valachie , les ambassadeurs de l'empereur d'Orient , le grand-maître de Pi^usse avec le grand-commandeur de liivonie et le roi Yagaïlo. Cette assemblée solennelle de têtes couronnées et de princes * offirait y selon les annalistes , le spectacle le plus curieux : les illustres hôtes tâchaient , par l'éclat de leurs vêtemens, par le grand nombre de leurs serviteurs , d'éblouir le magnifique Vitovte , qui, à son tour , les déconcertait par des festins somptueux, tels qu'onn'en avait jamais vus en Europe; on tirait chaque jour, des caves du grand prince^ sept cents tonneaux d'hydromel , sans compter le vin de Romanie et la bierre. Les cuisines pouvaient à peine suffire pour apprêter sept cents bœufs et génisses , quatorze cents moutons , cent buffles, autant d'élans et de sangliers. Cependant ces fêtes splendides , qui durèrent environ sept semaines à Troki et à Vilna , laissaient en-
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core le temps de s'occuper d'affidres sérieuses : d'après le conseil de Tempereur Sigismond qui ^ en 14^9 y avait eu avec lui une entrevue à Loutsk, Vitovte devait se faire nommer roi de lithuanie et recevoir la couronne des mains du légat du pape ; mais ce vieillard ambitieux eut le chagrin de voir les grands de Pologne s'opposer h ce projet^ dans la crainte que la Lithuanie^ devenant un royaume particulier , ne se séparât de la Pologne, au préjudice de ces deux États; c'était précisément le désir du rusé Sigismond. Toutes les menaces de Vitovte furent inutiles : le pape lui-même prit le parti des seigneurs de Yagaïlo ; il défendit au prince lithuanien de penser davantage à la couronne royale y et aux réjouissances publiques succéda la maladie du prince ^ irrité des obstacles qu'il rencontrait dans l'exécution de ses projets. Tous ses hôtes le quittèrent, à l'exception de Photius, qui demeura encore quelques jours à y ilna, afin d'opérer, sans doute, la réunion de la métropole de Kief à celle de Moscou. Enfin ce prélat fut congédié avec toutes les marques possibles de bienveillance, et il apprit à Novogrodok la nouvelle de la mort de Vitovte. Ce prince , alors le plus célèbre des souverains du nord de l'Europe , fut , pour notre patrie, un eanemi bien plus terrible que Gédiraîn
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et Olgerd y ayant , pat ses conquêtes ^ resserre nos limites au sud et à l'ouest. Petit de corps, ^Caractère mais doué d'une grande âme ^ il savait profiter du temps et des occasions pour commander aux peuples et aux princes , pour distribuer avec justice les peines et les récompenses. A table , en voyage ^ à la chasse , son esprit était continuellement occupé. Il sut prodiguer habiletnent^ et d'une main libérale ^ les immenses trésors dont ses conquêtes et le commerce avaient enrichi ses États ; inaccessible à la pitié , il riait des principes de la morale en politique. Ce qu'il donnait auaujourd'hui, demain il le reprenait sans avoir aucun tort à reprocher. Peu jaloux de s'attirer le cœur des peuples ^ il se contentait d'inspirer la crainte. Sobre à l'exemple d'Olgerd, il s'était interdit l'usage du vin et de l'hydromel trop spiritueux, mais il aimait les femmes^ et souvent ^ au sortir du champ de bataille , on le vit diriger son coursier vers son palais , pour voler dans les bras de .sa jeune épouse. C'est avec lui, dit un historien polonais ^ qu'on vit briller et s'éclipser pour jamais la gloire du peuple lithuanien.. Heureusement pour la Russie ^ qui était infailliblement perdue si les successeurs de Y itovte eussent hérité de son génie ainsi que de son ambition ; mais Svidrigaîlo^ frère de Yagaïlo, et Sigismond^
fils de Kestoutiy tour à tour maîtres dé la Lî-« thuanie , en épuisèrent les forcespar des discordes civiles , par des guerres avec la Pologne et surtout par le brigandage tyrannique qu'ik y exercèrent eux-^mêmes. Toujoursplongé dans les vapeurs du Évëne- vin , exemple d'inconstance et de légèreté , Svi- Lithuanie. drigaïlo , gcudrc de Boris , était cependant aimé des ïlusseSy à cause de son zèle pour la religion grecque ; mais il fut banni par Sigismond , frère de Vitovte , et réduit quelques années ap^ès à se faire berger dans la Moldavie. Sigismoad fut le plus cruel des tyrans; dévoré delà soif de Vùr , altéré du sang des seigneurs , des marchands et des plus riches citoyens , il les livrait à la mort pour s'emparer ensuite de leurs biens ; trop criminel pour avoir confiance aux hommes , il avait aux portes de son palais des betes féroces au lieu de satellites ; mais tant de précautions ne purent le soustraire au fer des assassins : Jean et Alexandre^ princes de Tchertorysk, petits-fikd'Olgerd, purgèrent la terre de ce monstre. Casimir^ fils de Yagaïlo^ lui succéda en i44^ji ^tle débonnaire Michel^ fils de i^gismond, mourut exilé en. Russie y empoisonné^ dit-on^ par quelque scélérat^ soudoyé par les grands de Lithuanie; les NovgoroN diens firent, en 1 4^ i ? un traité de paix avec Sviàrigaïlo, et ua autre en i436, avec Sigismond*
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Nous n'avons aucune connaissance des événemens qui eurent lieu dans la horde pendant tout ce temps^. En 1 426 , les Tatars firent quelques incursînn prisonniers dans les provinces de Kezan ; trois ans après, une bande nombreuse commandée par un tzarévitch et un prince , ravagea les villes de Galitch , de Kostroma , de Plesso et de Lougue; mais cette invasion n'avait d'autre but que le pillage. Les habitans de Rézan atteignirent les brigands : ils leur enlevèrent le butin et les prisonniers qu'ils .avaient faits. Les oncles du grand prince poursuivirent même le tsarévitch jusqu'à Nijni. Le prince de Starodoub , fâché de ce que la lenteur de ces derniers l'avait empêché de joindre l'ennemi, se sépara secrètement de l'armée moscovite avec sa garde et passa au fil de Tépée l'arrière-garde des Tatars. Pendant l'automne de l'année i43o , Aydar , prince de la horde , ravagea la Russie lithuanienne et fît le siège de Mtsensk dont le commandant était Grégoire Protassief, homme plein d'honneur et de courage. Grégoire ayaiit refusé de se rendre , le prince t^tar eut l'adresse de lui faire quitter son poste par les protestations de l'amitié la plus sincère et de l'attirer dans son camp où il le fit prisonnier ; mais le khan Machmet , pour lors souverain de ht horde d'Or et scrupuleux observateur du droit
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des gens y fît des reproches sanglaos à Aydar et combla de caresses le valeureux Grégoire auquel il rendit la liberté : exemple de loyauté bien rare parmi des barbares ! A la même époque le grapd prince envoya son général^ le prince Féodor Pestri y dans la Bulgarie du Volga et dans celle de la Kama où les Russes firent un grand nombre de prisonniers.
Six ans s'étaient écoulés depuis le traité de paix entre le jeune Vassili et son oncle Youri^ et l'article , portant que la contestation survenue entre les deux prétendans à la grande principauté devait être jugée par le khan, restait sans exécution; soit que les rois de la horde se succédassent avec trop de rapidité , soit que , dans l'espoir de soumettre son oncle ^ Vassili voulût éviter un jugement honteux pour nos princes. En 1428^ ils convinrent, par un nouveau traité , que chacun d'eux conserverait ses domaines ; mais au bout de trois ans de paix, Youri ayant déclaré la guerre à son neveu , celui-ci proposa à son oncle d'aller trouver le khan Machmat, proposition qui fut acceptée. Après avoir donné aux églises des preuves de sa munificence , Vassili , le cœur empressé de douleur ^ quitta Moscou un beau jour d'été ; il dîna dans une prairie près du monastère i5 août, de St.-Siméon , et ne put s'empêcher de verser
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des lannes à la vue des clochers dores de la capitale.
Aucun des grands princes de Moscou n'avait encore péri à la horde ; les boyards tâchaient de consoler le jeune Vassili en lui retraçant les hon« neurs et les caresses qu'on y avait prodigués à son père î mais l'idée qu'il allait se remettre entre les J«Rement mains des infidèles^ et qu'il descendait d'un trône illustre pour se jeter aux pieds des barbares^ accablait de tristesse l'âme de ce faible jeune homme 4 Youri y parti après lui y arriva en même temps dans le camp de Boulât^ baskak de Moscou , ami de Vassili et ennemi de Youri* Mais ce dernier trouva un zélé défenseur dans le puissant mourza Téguinia , qui l'emmena avec lui passer l'hiver en Tauride , lui promettant de lui procurer la dignité de grand prince. Vassili avait par bonheur à son service un boyard, nommé Jean Dmitriévitch ,• dont l'adresse , l'activité et l'éloquence lui furent du plus grand secours; il sut mettre tous les seigneurs des Ihans du parti de son jeune prince , en leur représentant qu'il serait honteux pour eux de soufirir que Téguinia réussit seul à procurer â Youri le rang de grand prince ; que ce mourza finirait inévitablement par usurper le souverain pouvoir sur la Russie et la Lithuanie ^
où dominait Svidrigaïlo y ami de Youri ; que le
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roi de la horde , lui-même , serait forcé de respecter le puissant Tegui nia, et que tous les autres courtisans deviendraient ses esclaves. Ces paroles, d'après un annaliste, blessèrent profondément les seigneurs de la horde , et en particu-* lier Boulât et Aydar. Us s'empressèrent d'intéresser vivement le roi en faveur de Vassîli et noircirent tellement Téguînîa dans l'esprit de Machmet , que ce prince crédule leur promit de punir ï^^i. demortlemourza,s'îIosaitsedéclarerpourYouri. Au printems, l'oncle de Vassili arriva dans la horde avec Téguinia qui , instruit des intentions du roi 5 se garda bien de les contrarier. Machmet nomma pour terminer le différent de Toncle et du neveu , un tribunal qu'il présida luimême. Vassili prouvait ses droits au trône par le nouveau règlement des princes de Moscou, dont les dispositions portaient que le fils devait succéder au père et non le frère au frère. Ce règlement fut réfuté par l'oncle : il soutenait qu*il fallait s'en rapporter aux annales et au testament de Dmitri Donskoï dans lequel lui , Youri , était nommément désigné pour son successeur, au cas oii Vassili Dmitriévitch viendrait à mourir. Jean^ boyard de Moscou , s'approcha de Machmet et lui dit : « Souverain roi ! votre vil esclave vous » conjure de lui permettre de parler pour son
» jeune prince : Youri établit ses droits à la » grande principauté, sur les anciennes instituai tions de la Russie ; tandis que notre souverain » les fonde sur votre généreuse protection, car » il sait que la Moscovie fait partie de vos vastes )) domaines. Vous êtes maître d'en disposer sui- » vaut votre bon plaisir ; mais daignez réfléchir » q^e l'oncle ose prétendre , tandis que le neveu » ne fait que supplier. Que signifient des annales » et des titres éteints , là, où tout dépend de la » volonté du roi. N'est-ce pas cette augustç » volonté qui a confirmé le t6stanaent de Vassili M Dmitriévitch , dans lequel il a nommé son fils » héritier de la principauté de Moscou ? Depuis » six ans que Vassili est sur le trône , ne l'en au- » riez-vous pas fait descendre , si vous ne l'a- » viez reconnu pour prince légitime ? » Ce discours artificieux eut tout le succès qu'on pouvait en espérer. Machmet reconnut Vassili comme grand prince , et selon une ancienne coutume asiatique , signe de la souveraine puissance d'un prince sur ses vassaux , il ordonna à Youri de jnener son cheval par la bride. Vassili , par respect pour son oncle , refusa cet honneur. Sur ces entrefaîtes on vint annoncer au roi que Ritchim, prince des Mogols, avait levé contre lui l'étendard de la révolte , et le mourza Téguinia profita du
trouble où cette nouvelle avait jeté le khan , pour obtenir de lui la permission de disposer en faveur de Youri de la ville de Dmitrof , apanage de feu Pierre Dmitriévitch. Au retour des. deux princes en Russie, Oulan, grand seigneur mogol y fit asseoirVassilisurle trône de la grande principauté, dans la ville de Moscou ; cérémonie qui fut célébrée avec la plus grande pompe , à la porte d'Or de l'église de Notre-Dame. Depuis ce temps la ville de Vladmir perdit tous ses droits au rang de capitale, quoique , dans leurs titres, les grands princes missent toujours son nom avant celui de Moscou .
Guerres ^^ décision du khan n'avait pas étouffé les QiYûes. germes de discorde entre l'oncle et le neveu. Youri , qui craignait tout de la part du grand prince, partit pour Dmitrof , où Vassili envoya aussitôt ses lieutenans avec ordre de chasser ceux de Youri. Deux causes accessoires contribuèrent encore à faire éclater la guerre civile. Jean , ce seigneur moscovite qui avait rendu de si grands services à son souverain , osa, pour récompense, prétendre à l'honneur de lui faire épouser sa fille ; mais soit que la prétendue n'eut pas le bonheur de pUîre au grand prince , soit que celui-ci, de concert avec sa mère , trouvât cette alliance peu con« venable , Jean se vit trompé dans son espoir , et
Vassîli contracta avec Marie , fille de Yaroslaf , et petite - fille de Vladimir - le - Brave , un mariage qui mit le comble au dépit du fier boyard. « Comment j se disait-il , ce jeune în^ » grat in* est redei>ahle du trône qu^il occupe ^ » et il ne rougît pas de me déshonorer! >^ Dans sa fureur il sortit de Moscou , se rendit d'abord à Galitch , chez Constantin Dmitriévitch ^ oncle de Vassili, puis à Tver^ et enfin il retourna chez Youri , à Galitch. Leur haine réciproque pour le prince de Moscou servit de gage à leur union : ils oublièrent tout ce qui s'était passée et cherchèrent ensemble des moyens de vengeance . Comme $ février. le boyard ne doutait pas du succès de la guerre , son avis fut de la commencer le plus tôt possible . Cependant les fils de Youri, Vassili-le-Louche et Dmitri Chemyaka, qui prenaient part aux • réjouissances célébrées à Moscou à l'occasion des noces du grand prince , devinrent tout à coup ses ennemis au sujet d'un événement singulier, dont le souvenir se conserva long-temps parmi les Moscovites. Dmitri, prince de Souzdal, avait jadis fait présent à Dmitri Donskoï , son gendre , d'une ceinture d'or , avec des chaînes enrichies de diamans. En iSôy, aux noces dé ce dernier, un officier supérieur , appelé Vassili , la changea secrètement contre une autre de moindre valeur^
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et donna la véritable à son fils Nicolas , qni avait épousé Marie , fille aînée da prince de Souzdal : après avoir passé de mains en mains , cette ceinture fut remise àVassili Youriévitch-le-Louche, qui la portait le jour de la noce du grand prince. Pierre, gouverneur de Rostof , Payant reconnue, en parla à Sophie , mère de Vassili ; et cette princesse , charmée d'avoir retrouvé un bijou si précieux , oublia la bienséance au point d'arracher publiquement la ceinture au fils de Youri. Au fort de la querelle qui s'échauflFa , le Louche et Chemyaka , enflammés de colère , sortirent du palais , en jurant de venger l'auront qu'on leur avait fait : ils exécutèrent sur-le-champ Tordre de leur père , et sortirent de Moscou pour se rendre àGalitch..
Ces princes , dont l'intention avait été d'abord de rétablir la concorde entre Youri et le grand prince , se réunirent alors au boyard Jean pour fomenter la haine de leur père contre le prince de Moscou. Us s'avancèrent aussitôt à la tête d'une nombreuse armée , et firent tant de diligence , que le jeune Vassili ignorait tout, jusqu'au moment où le gouverneur de Rostof vient lui annoncer que Youri était à Péréiaslavle. Déjà le conseil du grand prince n'était plus celui de Dmitri Donskoï ou de son fils ; l'insouciance et la
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pusillanimité prc^idaient à toutes les délibérations. Au lieu de troupes , on envoya , à la rencontre du prince de Galitch , des ambassadeurs chargés d'apaiser son courroux par des paroles flatteuses. Youri , qui se trouvait alors sous les murs du monastère de la Trinité / ferma loreille à toutes les propositions de paix : le boyard Jean et d'autres voïévodes allèrent même jusqu'à insulter les députés moscovites, et à les chasser ignominieusement. Le grand prince ras- ^3 avril. sembla à la hâte quelques soldats et marchands plongés dans l'ivresse , et il rencontra l'ennemi sur la Kliazma, à -vingt verstes de la capitale ; mais, se sentant trop faible pour s'opposer à l'armée de .son oncle , il prit sa mère et sa femme , et se retira à Tver , d'où il partit ensuite pour Kostroma. Il trouva cette ville occupée par le vainqueur, entre les mains duquel il tomba. Prisonnier de Youri , qui , déjà maitre de Moscou, s'était fait proclamer grand prince , Vassili tâcha de l'attendrir par ses larmes. Le boyard Jean et le fils du prince de Galitch regardaient tout acte d'indulgence comme une démarche imprudente ; Youri n'avait pas le cœur plus sensible ; mais, d'après le conseil de Siraéon Morozof, l'un de ses boyards auquel il accordait trop de confiance , il céda Kolomna en apanage
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à Vassili. Les deux ennemis se prodiguèrent des témoignages réciproques d'amitié ; et , après un festin splendide donné à l'occasion de cette paix^ Youri fit de riches présens à Vassili , et lui laissa la liberté de partir pour la ville de son apanage. La suite prouva bientôt que Morozof avait trompé son souverain , ou qu'il s'était abusé luimême ; car Vassili y arrivé à Kolomna , rassembla de toutes parts le peuple , les boyards et les princes. Tous , fidèles à sa voix , le reconnurent pour prince légitime , et prodiguèrent à Youri le nom d'usurpateur ; en vertu du nouvel ordre de successioriy si favorable à là tranquillité publique^ le fils succédant à son père se voyait entouré des mêmes boyards, serviteurs zélés du fei| prince, tandis que le frère, jusque-là maître d'un apanage ' étranger , amenait dans ses nouveaux domaines ses propres boyards , dont le but était de supplanter les anciens , pour exercer en leur place les charges importantes du gouvernement, pour introduire de nouveaux usages, souvent contraires au bien de l'Etat. Ces réflexions indisposèrent tous les esprits contre Youri autant que contre l'ancien et fimeste système de succession. En peu de jours Moscou devint entièrement déserte , et les citoyens quittèrent , sans regret , leurs demeures et leurs jardins pour se retirer.
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5ivec leurs effets les plus précieux , à Kolomna , où les maisons se trouvèrent en trop petit nombre pour les abriter , et les rues trop étroites pour contenir leurs bagages. En un mot f cette ville devint la véritable capitale de la grande princicipauté , tandis que Moscou se vit le séjour du désespoir et du plus morne silence : rarement un homme en rencontrait un autre , et le reste de la population se préparait à quitter ses foyers. Evénement unique dans notre histoire , et dont il faut attribuer la cause moins à l'amour du peuple pour Vassili , qu'à son zèle pour le règlement d'après lequel le fils devait succéder à son père au rang de la grande principauté.
Youri reprocha à son favori Morozof les conseils imprudens qu'il lui avait donnés ; mais Vassili-le-Louche et Chemyaka , ses fils, princes d'un caractère violent, ne se contentèrent pas de paroles ; ils allèrent trouver le boyard dans sa maison, et lui dirent : Ta as perdu notre père! aussitôt ils lui plongent leur épée dans le cœur , et se retirent à Kostroma pour laisser à leur père le temps de calmer sa première fureur. Le prince Youri, voyant l'impossibilité de rester plus long-temps à Moscou , partit lui-même pour Galitch , et fit ^re a son neveu qu'il lui cédait la capitale. Vassili y reparut bientôt en
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trioipphe , suîvi de ses boyards^ et d'un peuple immense qui poussait des cris de joie : sa rentrée dans cette ville présentait le coup-d'œil le plus intéressant 5 toute la route , depuis Kolomna jusqu'à Moscou , offrait le tableau d'une rue extraordinairement vivante , où les hommes à pied et à cheval luttaient de vitesse afin de courir après leur prince , de même que les abeilles s^ empressent autour de leur reine, pour nous servir de la naïve et touchante expression de nos annalistes.
Mais ces événemens n'étaient que le prélude des désastres qui devaient affliger le règne de Vassili. Youri fit à la vérité une paix d'après laquelle il rendit Dmitrof à son neveu , reçut en échange d'autres domaines , et jura de renoncer pour jamais à la cause de ses fils aines ^ qu'il regarde , dans ce traité , comme, les ennemis et les perturbateurs du repos public. Mais il viola bientôt sa promesse ; et des troupes , qu'il avait envoyées de Galitch à ses fils, défirent l'armée moscovite sur les bords de la Koussa . Pour se venger , le grand prince ravagea la capitale de Youri , i434, qui se réfugia à Biélo-Ozéro. Youri rassemble aussitôt une armée, appelle à son secours les habitans de Viatka , et remporte , avec ses trois fils, une victoire si décisive sur Vassili, près
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de Rostof , que ce prince pusillanime , n'osant ^as retourner dans sa capitale , s'enfuit à Novgorod , d'où il erra successivement a Mologa , Rostroma et ^ijni-Novgorod. Youri assiégea Moscou y et y au bout de huit jours, il se rendit maitre du Kremlin : il y fit prisonnier la mère et l'épouse de Vassili : le peuple était dans la consternation. « Ne me trahis pas dans V Infor" » tune , » écrivait le grand prince à son cousin Jean, fils de feu André de Mojaïsk. u Prince , » lui répondit celui-ci , jamais mon cœur ne » vous trahira / mais J^ ai une i^ille et une mère : » je dois songer à leur sûreté ; et je vais me M rendre auprès d* Youri. » Déjà Chemjaka et Dmitri-le -Rouge étaient à Vladimir avec leurs troupes, et se préparaient à marcher sur Ni j ni ; déjà Vassili, tremblant, méditait une fuite à la horde , lorsque la fortune vint opérer en sa faveur ce qu'il avait en vain espéré des Moscovites.
Youri prit de nouveau le titre de grand prince, et fit un traité d'alliance avec ses neveux , Jean et Michel Andréiévitch , souverains de Mojaïsk, de Biélo-Ôzéro , de Kalouga , de même qu'avec le prince Jean de Rézan , les sommant tous de n'avoir aucune relation avec Vassili le proscrit. 11 est à remarquer que tous ces traités commea-
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caient par ces mots : par la grâce de Dieu , formule dont on ne s'était pas encore servi dans les actes publics. ... 11 fut en outre stipulé, dans le traité de Bézan , que Toula resterait à Jean Féodorovitch; mais, qu'à son tour, celui-ci refuserait de recevoir chez lui les princes de Mestchersk , en cas de fuite ou d'infidélité de leur part. Ces princes , soumis à celui de Moscou , tiraient probablement leur origine d'Alexandre Oukovitch , qui avait vendu à Dmitri Donskoï la propriété de Mestchéra. Youri était alors âgé de soixante ans : ce prince , à qui le ciel avait refqsé cette pénétration, cette fermeté si nécessaire aux souverains^, n'avait , en aspirant à la couronne, d'autre but que de satisfaire sa vanité ; et il n'eût pas , sans doute , été capable de relever l'éclat de la grande principauté , lors même qu'il aurait pu se maintenir sur le trône 6 juin, de Moscou. Il mourut subitement , et laissa un testament écrit , à ce qu'il parait , long-temps avant sa mort , et dans lequel , ne partageant entre ses fils que les villes dont il avait hérité de son père, il leur ordonnait de payer au grand prince , sur les revenus de Galitch et de Zvénigorod, mille vingt-six roubles sur les sept mille formant le tribut qu'on devait à la horde. Vassili n'était donc pas encore proscrit , ou bien (ce cpx
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n^ëst pas très-vraisemblable ) Yourî pensait donc à lui restituer la grande principauté? Le Louche, fils de Youri, se fit, sur-le-champ, proclamer prince de Moscou , et se hâta de mander cette nouvelle à ses frères; mais ceux-ci, qui n'avaient pour lui ni estime , ni attachement , lui répondirent : « Dieu n^a point voulu voir notre » père sur le trône de la grande principauté , » et nous ne souffrirons pas que tu V occupes. » Aussitôt ils firent leur paix avec Vassili^ et chassèrent le Louche de la capitale. Remonté de la sorte sur le trône de Moscou , le grand prince s'empressa de prouver sa reconnaissance à Chemyaka; il lui donna Ouglitch avec Rjef, province héréditaire de feu Constantin Dmitriévitch , leur oncle ; il céda Verkh-Béjetsky à Dmitrî-le-Rouge, et garda pour lui Viatka et Zvénîgorod , apanage de Vassili-le-Louche. Ce traité, rempli des plus grandes protestations d'amitié réciproque , est parvenu jusqu'à nous. Chepfiyaka, suivant l'usage , y reconnaît Vassili pour son aîné ; il se met sous sa protection , s'engage à le servir en temps de guerre , et à lui payer une partie du tribut du khan ; à condition que le grand prince seul communiquera avec la horde , et qu'il procurera aux princes apanages U protection dit khan.
5l8 HISTOIRE
Mais une alliance entre des princes aussi pusillanimes que cruels pouvait-elle être sincère ? Nous avons déjà vu le féroce Chemyaka rougir sa main du sang du boyard Morozof ; nous verrons également Vassili souillé d'une action infâme , et digne de la barbarie asiatique.
Vassill-le-Louche , frère de Chemjaka , les surpassait encore en cruauté. Ayant appris qu'un prince nommé Romain ^ compagnon de sa fuite, avait l'intention de le quitter secrètement, il ordonna de saisir cet infortuné , auquel il fît couper un bras et une jambe. Après de vains efforts pour engager les Novgorodiens à prendre sa défense , ce prince ravagea les rives de la Msta , les provinces de Béjestk et de la Dvina , et entra, avec une foule de Vagabonds, dans la partie septentrionale de la grande principauté. Défait près de Yaroslavle , et obligé de s'enfuir à Vologda, il y fît prisonniers ks magistrats moscovites , et reparut bientôt avec de nouvelles troupes sur les bords de la Rostroma ; alors le grand prince fit avec lui un traité par lequel il lui cédait la ville de Dmitrof ; mais cette paix ne fut pas de longue durée; quelques mois après, Vassili -le -Louche sortit de Dmitrof pour se rendre à Galitch , appela à son secours les habîtans de Viatka , et après avoir , à la suite d'une
DE RUSSIE. Sig
convention , pris Oustioiigue , il fit mourir de U manière la plus perfide le prince Obolensky, lieutenant de Vassili, ainsi que beaucoup d'autres citoyens. Sur ces entrefaites , Chemyaka , fiancé à la fille de Dmitri ZaozersKy, se rendit à Moscou pour inviter le grand prince à ses noces; Vassili, qui avait tant de sujets de plaintes contre le frère de Cheniyala, le fit enchaîner et conduire sous bonne escorte à Rolomna, action tout-à-faît contraire aux lois de l'honneur, et qui ne saurait même être légitimée par les soupçons que pouvaient exciter les secrètes et hostiles intentions de ce fils de Youri , intentions dont on ne l'avait pas encore convaincu. La guerre se ralluma de plus belle , et les ennemis se rencontrèrent dans la province de Rostof : le Louche se mit à la tête des troupes de Chemyaka et de celles de Viatka ; de son côté Vassili s'avança soutenu par Dmitri-le-Rouge , le plus jeune des fils de Youri , par Jean de Mojaïsk, et par Baba, l'un des princes de Droutsk , venu à son secours avec un régiment de lanciers lithuaniens. Déjà l'on se préparait au combat, lorsque le Louche, qui donnait à la trahison le nom de ruse permise , demanda une trêve à laquelle Vassili eut l'imprudence de consentir. Au moment où il venait d'envoyer ses troupes pour fourrager, on crie
aux armes de tous côtes. Les troupes de Viatka se précipitent sur le camp moscovite , dans l'espérance de faire prisonnier le grand prince,* abandonné de sa garde ; mais Vassili déploya , dans cette occasion, autant de présence d'esprit que de fermeté. A peine il est informé de cette attaque impétueuse , qu'il saisit une trompette , et , sans quitter sa place , il sonne lui - même l'alarme dans le camp. Des milliers de com« battans accourent aussitôt , et les ennemis , qui s'attendaient à profiter de la négligence ou de la jstupeur des Moscovites , sont surpris de trouver une armée rangée en bataille. Quelques instans suffisent au grand prince pour les culbuter , les chasser et les disperser. L'infortuné fils de Youri, qui avait si ardemment désiré faire Vassili prisonnier , tomba lui-même entre ses mains. Le général Tobolin et le prince Baba atteignirent le Louche au moment où ce lâche prenait la fuite, et Vassili fit crever les Crime, yeux à SOU cousin , crime dont on n'avait pas eu d'exemple en Russie depuis le douzième siècle. Pour apaiser les remords dfe sa conscieï^fe-, il accorda la liberté à Chemyaka, et lui rendit' les villes de son apanage. On conclut ensuite lin traité d'après lequel Chemyaka reconnaît son frère aine ennemi du grand prince , et s'engage
à restituer toutes les richesses, et en particulier, les images et les croix enlevées à Moficou par son père j il promet de plus de renoncer à Zvënîgorod, et de partager à Tamiable, avec son jeune frère Dmitri-le-Rouge, les autres domaines héréditaires, et ceux que lui avait donnés le grand prince à Ouglîtch et à Rjef. Le malheureux prince , si cruellement privé de la vue , survécut encore douze ans à son supplice : mais il passa ce temps dans la réclusion , oublié de tout le monde, même de ses frères. Cependant le souverain de Moscou sera puni de sa barbarie , et il n'aura pas même le droit de se plaindre du monstre qui l'égalait en cruauté.
Ce jeune prince, alors paisible possesseur de Rupture la principauté de Moscou , n'était en désunion *^*^ gorod^ qu'avec Novgorod. Au commencement de son règne , cette république avait envoyé des troupes pour punir les habitans d'Oustiougue des brigandages qu'ils avaient exercés dans la province de la Dvina , et avait imposé sur cette ville une contribution de cinquante mille écureuils, et de deux ijent quarante zibelines. Cet acte d'autorité avait indisposé le grand prince contre les Novgorodiens; mais, comme il ne voulait pas leur faire ouvertement la guerre , il consentit à leur céder toutes les terres que son père s'était appro-
ÏOIVIE V. 21
priées dans les districts de ^VerkhrBejetsky, de Volok-Lamsky et de Vologda, à condition que leurs boyards lui restitueraient les domaines des grands princes ; mais il n'accomplit pas sa promesse et ne leur envoya ses gentilshommes pour 1437 — partager les terres, que lorsque les Novgorodiens '44or lui eurent cédé le tribut territorial qui se prélevait à Torjek. Il était dit dans la convention, signée à cette occasion, que le grand prince percevrait une grîvna neuve sur quatre laboureurs ou de toute charrue attelée de deux chevaux. ' Ce traité ne fut conclu que pour un an ; au bout de ce terme , les Novgorodiens renouvelèrent leur querelle avec Vassili , méprisant l'avis de ceiix qui leur conseillaient de ne point irriter le souverain de Moscou. Les annalistes rapportent que , vers cette époque , la magnifique égl^e de Saint-Jean s'écroula tout d'un coup à Novgorod j ce qui remplit tous les esprits de terreur , car cet événement semblait présager la chute prochaine de la république : il était plus juste de chercher ce présage dans les inconséquences de son système politique , et surtout dans les pro^s de la puissance des grands princes qui avaient , de plus en plus ,. occasion de se convaincre que Novgorod cachait sa faiblesse sous le masque d'un orgueil uniquement fondé sur les souvenirs de
son antique gloire. Les dangers dont les Mogols et les Lithuaniens ne cessaient de menacer la principauté de Moscou , n'avaient pas permis aux successeurs de Jean Kalita de songer à soumettre entièrement à leur autorité cette puissance républicaine et marchande ; ils s'étaient contentés de chercher à s'approprier les fruits de son commerce. Vassili usa des mêmesmoyens: vers la fin de l'hiver de l'année 1 44^ 9 î^ s'avança à la tête de ses troupes contre les Novgorodiens , qui n'obtinrent la paix qu'en lui payant la somme de huit mille roubles. Cependant les Pskoviens , pour seconder les intentions (JjLi grand prince , avaient pillé plusieursvillages dans les provinces de Novgorod , et les habitans du pays de la Dvina étaient venus ravager ceux de la principauté de Moscou. Le 22 ianvier de la même année ( i44o ) > Vassili eut un Naissance fals qui rut nomme Jean iimothee^ et reserve Graud* par la Providence à de grandes actions^ dont la plus célè];)re devait être la destruction de Novgorod. D'après la manière de penser de ce tempslà ^ le sort à venir d'un prince aussi extraordinaire 'pouvait-il échapper à la sagacité pénétrante des devins ? Une chronique rapporte qu'à l'instant même de la naissance de Jean , Mysaïl , vieillard vertueux de Novgorod, vint trouver l'archevêque Ëuphème , et lui dit : « Cest véri-
» tablement aujourd'hui que le grand prince » triomphe : Dieu lui a donné un héritier. Oui, » Je vois en lui un enfant gui s^ illustrera par les y> faits d^armes les plus glorieux. Il sera baptisé » par Zénobie ^ abbé du monastère de la Sainte ^ » Trinité ^ et recevra de lui le nom de Jean; » gloire à Moscou ! Jean soumettra les princes » et les peuples : mais malheur à notre patrie ! » Novgorod tombera à ses pieds ^ et ne se rele^ » vera plus ! » Les annalistes ne doutaient pas de la vérité de cette miraculeuse prédiction , inven-' tée sans doute pendant le cours des exploits im-* mortels du fils de Vassili. * ,
Tribal «le VassiU tâchait de vivre en bonne intelligence la horde. ^^^^ j^ khan , ct , d'après des actes authentiques
de cette époque j il lui payait exactement le tribut ordinaire 9 quoique plusieurs annalistes prétendent que Machmet , par amitié pour' Vassili , avait affranchi la Russie de toute espèce d'impôts. Les invasions des Tatars dans la 4>rovince de Rézan n'avaient pas inquiété les Moscovites ; mais le changement qui s'était opéré dans la horde , troubla le repos de la grande principauté. Le khan En 145? > Machmct, banni de ses domaines par ici Ritschim , son frère ^ vint se réfugier en Russie ,
où il s'empara de Bélef ^ ville de Lithuanien jadis bienfaiteur de Vassîli, sur Tamitié duqifel il avait
droit de compter , il fut surpris d'apprendre que ce prince lui ordonnait de s'éloigner au plus vite des frontières de la Buésie. Ce khan , dont l'infortune n^avait point rabaissé la fierté , refusa d'obéir ; car il avait avec lui une troupe d'environ trois mille hommes. Il faillit recourir aux armes ; Vassili envoya contre Machmet une nom- ^breuse armée qu'il confia au commandement de. ses cousins Chemyaka et de Dmitri-le-Rouge. Mais*ces lâches princes ne se montrèrent aux yeux du peuple que comme des chefs de brigands ; tous les villages^ depuis Moscou jusqu^à Bélef , se
virent le théâtre de leurs fureurs. Partout ils pillaient les malheureux habitans dea campagnes ^. enlevaient leurs bestiaux , leurs biens , et chargeaient de butin des chariots entiers* La fin de leur expSédîtion fut telle qu'on devait l'attendre d'un, pareil commencement. Ils s'approchèrent de Bélef, où ils eurent la maladresse de rejeter toutes les propositions de paix qui leur furent faites de la part de Machmet, eflfrayé de leur nombre. LesTatars furent forcés de se renfermer dans la forteresse , après avoir perdu dans un combat le gendre de Machmet. Le lendemain le khan envoya trois princes pour obtenir une capitulation , et pour dire eu son nom au chef de notre armée : \^.Je vous donne en otage mon fils
» Mamouteclj et Je ferai tout ce que vousexi* » gérez de moi ; si Dieu me fait la grâce de » reconquérir mon royaume y je ni* engage, à y) protéger la Russie ^ et d vous affranchir de » tout tribut* »
Les généraux moscovites ayant femié Foreille à toutes ces ofires , « Insensés , leur dirent les » envoyés de Machmet, en élevant la voix , jetez^ » un coup d^œil sur vos troupes y » et ils leur montrèrent les Russes qui, frappés d^une terreur panique , s'éloignaient des murailles de la ville. Toute l'armée moscovite prenait lâchement la fuite en poussant de grands cris. Chemyaka et les autres princes la suivirent. Les Mogols pouvaient à peine en croire leurs yeux ; ils se mirent enfin à la poursuite des Russes, dont les uns furent tués, les autres foulés aux pieds ; les vainqueurs allèrent rejoindre leur khan , et lui annoncèrent que la formidable armée diî grand prince s'était évanouie comme une ombre. Un si brillant succès n'aveugla pas le prudent Macfamet : il réfléchit qu'éloigné de ses domaines , il lui serait impossible de rester plus long-temps en Russie, et de résister au grand prince; il sortit donc de Bélef et traversa le pays des Mordviens pour se rendre dans la Bulgarie , à l'endroit même où se trouvait l'ancienne Razan^ ravagée par les Russes
en 1S99. Pendant à peu près quarante ans ^ cette ville n'avait été composée que de ruines et de misérables chaumières qui servaient de demeures à quelques pauvres familles. Machmet choisit un nouvel et meilleur emplacement près de l'ancienne forteresse ; il la fit reconstruire en bois , et l'offrit pour asile aux Bulgares , aux Tchérémisses et aux Mogols , habitans de ces * contrées, sans cesse exposés aux fréquentes incursions des Russes. Au bout de quelques mois , Kazan était déjà une ville très-peuplée. Les habitans de la horde d'Or , ceux d'Astrakhan , d'Azof , de la Tauride, s'y rendirent de toutes parts , et s'empressèrent de reconnaître Machmet pour leur souverain et leur protecteur.
C'est ainsi que ce prince , exilé de Kaptchak , J^"*^""*^ devint le restaurateur , ou , pour mieux dire , le fondateur du royaume de Kazan , établi suf les débris de l'ancienne Bulgarie , autrefois florissante; par son commerce et par la civilisation de ses habitans. Les Mogols s'y confondirent avec les Bulgares pour ne plus former ensuite qu'un seul peuple, dont les descendans sojit connus aujourd'hui sous4e nom de Tatars de Kazan , nom qui , pendant près (Je cent ans, porta l'efiroi dans les provinces russes circon voisines. Un an était a peine expiré , que Machmet se présenta^ avec un
azan.
petit corps de troupes , sous les murs de Moscou , d'où le lâche et pusillanime Vassili se hâta de sortir pour se réfugier au-delà du Volga , confiant le soin de défendre la capitale à Youri Patrikié^itch , prince lithuanien. Heureusement les Tatars n'avaient pas de moyens assez puissans pour s'en emparer : ils se contentèrent de piller, .brûlèrent Kolomna, et s'en retournèrent chez eux chargés de butin. Cependant Kilschim , frère de Machmet , régnait dans la grande horde ou horde d'Or , au milieu des dangers , des révoltes, entouré de séditieux. Aveuglés par l'animosité la plus insensée , les Mogols s'entre-déchiraient , s'akreuvaîejit de leur propre sang , et Mansoup , preiiiier prince de la horde , périt de la propre main du khan Kitschim.
Après le siège honteux de Bélef , la prudence défendait à Vassili de se fier davantage au zèle et à l'honneur des fils de Youri ; cependant , en i44û f '^^ fit ^vec eux xm nouveau traité d'alliance, dont les conditions furent les mêmes que celles du précédent ; c'est-à-diré , qu'il le^ laissa paisibles possesseurs de l'apanage de leur père , avec jouissance d'une partie des revenus d^ Moscou. Mort de Dmitrî, le plus ieune de ses deuxJrères, mourut Roiigc. bientôt après à Galitch*, sans autres titres a la célébrité que la beauté de son physique et les
circonstances extraordînaires qui accompagnèrent ses derniers instans : il perdit inopinément l'ouïe , le goût et le sommeil ; voulant recevoir les sacremens , il en fut long-temps empêché par un saignement de nez continuel , j usqu'à ce qu'en- . iln oti lui eût bouché les narines pour lui donner la sainte communion. Enfin la crise se calma ; Dmitri demanda du vin , quelque nourriture , et s'endormit bientôt si profondément , qu'on le crut mort. Les boyards donnèrent des larmes à Jeur prince ; ils le couvrirent d'une couverture , et après avoir bu quelques verres d'hydromel , ils se couchèrent eux-mêmes sur des bancs qui se trouvaient dans l'appartement. Tout à coup le prétendu mort jette sa couverture , et , les yeux fermés , se met à chanter des cantiques. Tous les spectateurs, saisis d'effroi , vont partout annoncer ce miracle , et bientôt le palais est rempli de chrieux. Pendant trois jours entiers , le prince ne fît que chanter et citer des textes de l'Ecriture Sainte; il était revenu àluiet reconnaissait ses amis, mais il ne pouvait rien entendre ; enfin il-iw.ourut avec le nom de saint; car les annalîfeles rapportent que son corps transporté à Moscou ^pour y être enterré dans la cathédrale de Saint-Michel Archange y découvert au moment de l'inhumMion , c'est-à-dire, vingt-un jourft après , avaifc^encoi^e
53o HISTOIRE
toute la fraîcheur de la vie; qu'on n'y aperçut aucun symptôme de corruption , aucune tache livide. Les domaines de Dmitri tombèrent en partage à Chemyaka , qui vécut encore quelque temps en bonne intelligence avec le grand prince . de vioT^n Pendant ces deux années de calme , les Mos- ^^' covites et toute la Russie furent troublés par un
événement de haute importance , objet de scandale pour notre Église ! Ce fait , dont les annalistes nous ont laissé jusqu'aux moindres détails^ flatta l'ambition de la cour de Rome , mais il ne servit qu'à redoubler la haine de nos ancêtres contre les papes. Le métropolitain Photius était mort «n i45i ; à ses derniers momens il avait adressé au grand prince et au peuple uAe lettre aXtendrissante , dans laquelle il retraçait tous les chagrins qu'il avait éprouvés pendant le cours de son épiscopat. 11 y regrettait ses jeunes années passées djins les douceurs de la Retraite , déplorait le partage de la métropole, la mort prématurée de Vassili Dmitriévitch , enfin, fes désastres et lès dissensions intérieures delà gfa'nde- principauté. Après la mort de ce respectable, prélat, notre Eglise resta six ans sanâ chef, pendant que lesi troubles civils déchiraient la Moscovie. Gérassim , mjéfropolitain de Lithuanie^ crut pouvoir profiter de ces conjonc-
DE RUSSIE. " 35l
tures pour ranger les évêques de la Russie sous
sa domination spirituelle ; mais tous ses sucicès
se bornèrent à sacrer Euphème , archevêque de
Novgorod; les autres prélats refusèrent toute
communication avec cet intrus. Enfin y dans .un
conseil des évêques , rassemblés par ordre de
Vassili , pour nommer un métropolitain , tous
jetèrent les yeux sur le célèbre Jonas , évêque
de Rézan , qui fut élu à l'unanimité, w C^est
i> ainsi ^ disent les annalistes^ que furent ac^
» compiles les paroles remarquables du bien--
» h^reux Photius. Ce prélat y visitant un jour
» V abbaye de Saint-Simon, aperçut un jeune
w moine paisiblement endormi : il ne put s^em-'
» pêcher a admirer sa physionomie douce et
» majestueuse^ il fit à son sujet beaucoup de ,
» questions à l^ archimandrite , et termina par
» dire que ce jeune moine serait un jour le chef
» de r église russe. » Ce jeune homme était JOQas.
Cependant cette prédiction ne se réalisa que dans
la suite , car , avant l'arrivée de Jonas à Cons-
tantinople , le patriarche de cette ville * avait
nommé, *pour gouverner notre Eglise, Isidore
de Thessalon^ue , homme adroit, insinuant^
éloquent , théologien célèbre , également versé ,
dans les lettres grecques et latines (8). Dans un
voyage qu'il avait fait en Italie , peu avant cette
époque, Isidore s'était acquis Taniitié du pape , et il est même à présumer que ce ne fut pas à Tinsçu de ce pontife qu'il brigua la dignité de métropolitain de Russie. Leur intention était , saQS doute y de rencontrer moins d'obstacles dans les projets que méditait la cour de Rome et dont nous allons rendre compte.
JeanPaléologue , époux d'Ançe, princesse de Moscou y régnait à Constantinople , continuellement menacée par les Turcs. Privé de presque toutes les provinces qui avaient formé le célèbre empire de ses ancêtres y reserré dans sa capitale et réduit à voir les drapeaux d'Amurat flotter sur les rives du Bosphore , ce prince cherchait un protecteur dans Févêque de Rome, dont la volonté avait , il est vrai, cessé d'être une loi pour les souverains de l'Europe , mais qui, cependant, ne.laisisâit pas d'influer encore sur leurs conseils. Le Saint-Siège était alors occupé par Eugène IV, vieillard aussi habile qu'ambitieux. Au nom de S. Pierre, il promit solennellement à l'empereur Jean de soulever toute l'Europe contre les ' Turcs f à condition que les Grecs ,^ après un examen impartial des dogmes des deux églises , em- . brasseraient ceux de l'église latine, afin de calmer pour toujours la conscience des chrétiens et pour ne plus faire^qu'un seul troupeau sous les lois
d'un même pasteur. L'intention d'Eugèrie n'était pas que l'on se soumît en esclaves,; il voulait une discussion solennelle , et désirait que la vérité , qui jaillirait de ces débats , servit à jamais de loi à toute la chrétienté. L'empereur consulta les patriarches , auxquels d'anciennes préventions in^iraient encore une invinciblq aversion pour toute alliance Spirituelle avec l'orgueilleuse cour de Rome ; mais Amurat II avait déjà les»yeux fixés sur Constantinople , comme sur une proiç qui lui était dévolue : on fit taire les préventions, et il fut arrêté que l'on convoquerait un huitième concile œcuménique en Italie. Outre l'empereur et le4iaut clergé des deux églises, tous les souverains de l'Europe devaient s'y rassembler dans l'esprit de la fraternité chrétienne. Là , Jean Paléologue, après avoir conclu avec eux la réunion intime des deux communions , devait leur retracer, d'une manière frappante., tous les dangers auxquels étaient exposés et son empire et l'églisç orthodoxe, faisant retentir à leursx)reilles, le ^int nom de J&us-Christ , et celui de Constantîn-le-Grand. Le succès pouvait-il paraître douteux? Eugène en répondait : il se chargea de faire face à toutes les dépenses qu'exigaient le voyage de l'empereur et celui du clergé grec en Italie; car Byzance , autrefois si fîère , si opu-
lente , ne rougissait plus de recevoir raumône des e'trângers. Des vaisseaux de guerre , envoyés par Eugène , parurent dans le port de Constantinople j l'empereur avec son frère , le despote Démétrius , Joseph , patriarche de Constanlinople^ et sept cents ecclésiastiques des plus^ distingués de l'église grecque s'y embarquèrent, le 24 novembre 14^7 f en présence d'une mûlti- . tude innombrable d'hommes qui faisaient retentir leSj airs de vœux ardens pour les Voir revenir avec la paix de l'Église^ et une armée de Croisés , capable de repousser les infidèles (9).
Après un voyage inutile ^en Grèce , Jonas re-^
touruft dans son diocèse de Rézan ; il avait étd
comblé de caresses et d'honneurs par l'empereur
et le patriarche, qui lui dirent en prenant congé
de lui : « Nous avons déjà sacré Isidore , mais
M 'nous pous pron^ettons ^ du moins , la métro^
>) pple de ^Russie y dès qu^elle sera vacante, n
Le nouveau métropolitain partit bientôt après
lui , et arriva à Moscou non-seulement avec le
nom y m^is avec tous les droits de chef, spirituel
de toute la Russie ^ car Gérassim de Smolensk
n'était plus : en 1^35, il avait été brûlé vif à
Vitebsk par ordre de Svidrigailo , alors prince de
Lithuaoie ( instruit des intelligences secrètes
< que ce prélat entretenait avec Sigîsmond , fils de
Kestouti, ennemi de ce cruel fils d'Olgerd). Les lettres flatteuses de l'empereur et du patriarche adoucirent Vassili , qui reçut Isidore avec toutes les démonstrations possibles d'amitié ; mais, pen« dant qu'il lui faisait des présens et qu'il lui donnait des fêtes brillantes dans son palais du Kremlin^ il apprit avec surprise que le métropolitain avait l'intention de partir pour l'Italie. L'éloquent Isidore tâchait de prouver l'importafice du huitième concileetla nécessité indispensable^pourlaRussie^ de prendre part à cette auguste réunion ; cependant tout le brillant de son éloquence n'éblouit point Vassili. Le savant Grçc lui peignait la splendeur d'une assemblée où l'orient et l'occident allaient, par l'organe de leurs princes et de leurs prélats , fixer à jamais les dogmes inviolables de l'Eglise, (c Nos pères et nos aïeux y ré^^ondit Vas- » sili, n^ ont jamais poulupréter Voreille à la réu-^ » nion des religions grecque et latine f ce n^est }} pas non plus jhon intention* Cependant , si » telle est ifotre- manière de penser y vous n^ài^ez^ » qu^à partir^ je ne m'y oppose pas y songez » seulement à la pureté de notre croyance >} et rapporteZ'la intacte I » Isidore jura d'être fidèle à l'orthodoxie et partit de Moscou , le 8 septembre 1437» accompagné d'Abraham> évêque de Souzdal , ainsi que d'un grand nombre de
prêtres et de laïcs , formant une suite d'environ * cent personnes. Nous allons offrir à la curiosité du lecteur quelques circonstances de ce premier voyage dçs Russes en Italie ; il a e'té décrit , avec beaucoup de détails^ par un de ceux qui lavaient entrepris.
Euphème , archevêque de Novgorod , se trouvait alors à Moscou; il accompagna Isidore jusqu'à son diocèse , et Boris , prince dç Tver , envoya avec lui en Italie, un de ses âeigneursliommë Thomas. De Vouichni-Volotchok , le métropolitain descendit la Msta jusqu'à Novgorod, où^ commte à'Pskof^ le clefgé et les citoyens lui témoignèrent leur zèle, leur amouf, par des fêtes splendides e tpar de riches présens. Il s'était montré jusc^'alors rigide observateur de toutes les cérémonies sacrées de l'orthodoxie ; mais une fois sorti de la Russie , il jeta le niasque et montra
une scandalmise prédilection pour la foi latine. Accueilli eii Livonie par l^veque de Dorpat et {)ar nos prêtres (car il* y avait dans cette ville defux églises russes \ I§idOre ne baisa les images grecques qu'après avoir bai^é respectueusement la croix du clergé catholique. Cette action fit frémir ses compagnons de voyage ; et dès ce moment •ils n'eurent plus de confiance en lui. L'arche- ' ^4que de Riga et les magistrats comblèrent égale-
• Dfe' RUSSIE. 557'
meta le métropolitain d'honneut^s et de preve- * ïMinces; c'était à^qui lui donnerait des concerts et des festins : il y reçut > de la part du grandmaitre de Tordre Teutonique > une lettre extrêmement polie , remplie d-expressioœ ttès-ftart-' leuses f dans laquelle ce prince lui oIBnait ses services et des avis pour traverser. en sùVete les domaines de l'Ordre ; mais Isidore s'embarquaà Riga^ et, après s'être fait précéder par terre' d'un convoi de plus de deux cents chevaux , il aborda , le 19 mai 14^ # à Lubeck ^ d'où il se. rendit en Itsdie p^ Lunebourg > Brunsvdck , Xieipzig , Erfwrt, Bamberg , Nuremberg , Augsbourg et le TyroL Partout il rencontra Fhospitalité la plus amicale et la plus respectueuse ; partout il examina , avec le plus grand intérêt , non-^eulengient les monastères et les églises , mais < «ncore les chefe-d'ceuvre des arts , les; productions de *l'ii^4ustrie des peuples civilisés. Ce fiit avec, étonnement que les Russes , jusqu'alors sédentaires dans leur patrie , abrutis sous le joug de llgnorance et sous celui des barfjares, .virent en Allemagne des villes florissantes , des édifices somptueux , solides et commodes , de valstes jardins*, des aqùéducs en pierre, ou, pour nausservir de leurs propres expressions , des rivières lancées par la main de Vhçmme», 11 est à remar-
^Êm
588 HisToritE
<pji&^ qae, de toutes les villes (f AUèmagne , £i»fert fut celle qui leur parut la plus i:icbe et la mietit fournie eu marchandises de toute espèce. Les montagnes du Tyrol fixèrent l'attention de nos iK>yageurS par leurs sommet^ couverts d^énormes masses de' neiges , aussi anciennes que le htûndêj et plus hautes que les nuages ^ dit l'auteur de la relation : spectacle^ en ^et^ bien frappant pour les habitans d'un pajrs plat , et skiguKer , surtout ^ par le mélange de climats di£Kérens ; car les Busses voyaient à la fois le règne étemel de l'hiver sur le sommet des montagnes , tandis que sur leur penchant la nature oiraiA à leurs regarda * surpris tous les charmes > toutes les jnroductâons de l'été f des berceaux d'orangers et des citronniers croissans au milieu de parterres naturels ; tabâeaux inconnus^ dans notre patrie boréale I Le i8 août^ Isidore arriva à Ferrâre , ou cet illustre chef de l'église russe ^ <^ prélat sanant et ami d'Eugène , ^tait , depuis qudque^ mois^ attendu, par l'empereur et par le pape.. Outre les cardinaux , les miétropolitains , les évéques , et ' autres ecclésiastiques de distinction qui se trouvaient alors dans cette ville , on y remarquait encore les ambassadeurs de Tl'ébisonde , de l'ibé- • rie, de l'Arménie et de la Valachie ; mkh un grand objet d'étonnement pour Jean Paléologiie,
Dri RUSSIE. 55^
©tait de n'y voir ni l'empereur d'Allemagne^ ni les autres souverains de l'occident. L'église latine, était alors en proie aux dissensions et à la discorde • Depuis sept ans y le concile de Bâle ^ si célèbre 4ans rbi$toipe ^ agissant avec indépendance ^ sei riait de$ bulles d'Eugène y faisait la loi dans les afi&ires de l'église , promettait de réformer les abus du pouvoir spirituel , et jouissait enfin d'uQ^ telle influence y que presque tqus les princes de \%\m>i^y imbus de ses principes, avaient refusé de participer au concile d'Italie* Quoi qu'il en soit, .les séances commencèrent avec beaucoup de solennité dans l'église de Saint-George , aprè? une longue contestation Stur la préséance entre l'empereur Jean et le pape- Celui-ci prétendait s'asseoir au milieu du temple ,en qualité dp chef daUtreligicHi; Jean voulait présidjer li^ji-memeV ainsi que l'avait faitl'empçreur iCkmstantin iQrsdi^ condle de Nicée. Pour xuiettre un, terme à ceç débats, il fiit décidé qu'au milieu de l'église > vis-à-vis de l'autel , on placerait le saint évangile à la droite duquel , parmi les catholiques , le pape occuperait la première place et U plu^ élevée; plus bas, tm trône pour l'empereup -d'Allemagne , alors absent : à gauche , mais ' plus- éloigné^ de l'autel , l'empereur Jeaii , éga^i \em»n% sur uç trè^ç^ jU'iOrigine du. jSaint-El-^
i^O HIStOlKE*
prit , le Purgatoire , FOstie sans levain , la prééminence du pape , tels étaient les quatre poii^ts sur lesquels il s'agissait de statuer. Des orateurs furent choisis de part et d'autre. C'était du côté des Romains ^ les cardinaux Albergati , Julien ^ évêque de Rhodes , etc. ; pour les Grecs , Marc, évêque d'Ephèse , homme plein de zèle et d'éloquence ; Isidore de Russie , et le jeune Byssarion, évêque de Nicée , célèbre par son génie , par ses connaissances , mais trop flexible en matière de religion. Quinze séances furent consacrées à la question sur le Saint-Esprit ; les prélats de notre religion soutenaient qu'il ne provenait que du Père , mais les Romains ajoutaient et du Fih, alléguant en leur faveur quelques vieux manus-< crits des SS. Pères, rejetés des Grecs comme apocryphes. Les raisonnemens les plus subtils , toutes les finesses.de 1^ dialectique théologique .échouèrent contre l'expression Filioquef et l'on ne put s'accorder sur cet article du symbole : déjà Marc d'Ephèse tonnait contre l'hérésie latine ; déjk , au lieu de cette fraternité qui constitue le véritable esprit de l'Eglise , la diseorde augmentait de jour en jour parmi les membres de cette auguste réunion. Les Grecs. commenfÇaient à regretter leurs foyers , et s6 plaignaient d'étçe m^l entretenais. , Eugène ; gui voyait aussi "
DE iusSIE.' 341
avec peine le peu de fruit de ses démarches, et l'inutilité de ses dépenses , proposa à l'empereur , à la fin de l'hiver, de se rendre à Florence, sous le prétexte qu'il redoutait une peste à Ferrare ; mais son véritable but était d'obtenir des Florentins une somme d'argent considérable pour l'honneur de voir le concile dans leur ville (10).
On ne peut lire , sans attendrissement , les pages de l'histoire qui rapportent les derniers entretiens que Jean Paléologue eut secrètement avec les prélats et les seigneurs grecs. Ce prince infortuné leur ouvre son âme toute entière : il leur
* représente , d'un côté , son amour pour l'ortho-
* doxie^ de l'autre les désastres de l'empire , et Tespérance de le sauver par la réunion des deux églises. « Dieu m^est témoin ^ dit-il^ que je ne » pense qù^au salut de ma patrie et à la gloire » de Jésus-Christ : mais après une si longue ab^ ')) sence ,• comment retourner dans nos foyers » sans autre fruit que la honte et le désespoir ? » J^a vie est courte , et je n^ai pas d^enfans $ » aussi mes propres intérêts disparaissent-ils » devant la sûreté de t^ empire et la paix de 1) V église qui me sont plus chères que tout au » monde. » Notre métropolitain blâmait l'opiniâtreté de Marc d'Ephèse et des autres prélats*, cf // vaut miteux ^ disâit-il , s^unir de cœur et
542 hlSTOIRR
» d'âme avec les Romains que de partir d'ici i) sans aucun avantage^ et sans savoir oùaller? » Byssarîon représenta lé déplorable état de l'iem* pire en termes bien plus touchans encore. Enfin, après bien des contestations, les Grecs forent obligés de céder et de convenir :
I**. Que le Saint-Esprit provient dû Père et du Fils;
a**. Que lé pain a^yme et le paan levé peuvent être indifféremment employés pour le saint sacrifice de la messe ;
S"". Que les justes jouissent d'une béatitude éternelle dans le ciel ; que lés pécheurs souffrent,' et que les ânles tièdes se purifient , ob brMées ' par le feu , ou ensevelies dans d'épaisses ténèbres, ou balottées par la tempête, du enfin tourmentées de quelquç autre manière ; que, lo^s de la r^rrection des corps, qui aura lieu au juèement' dernier, les hommes comparaîtront <ïevant le tribunal cfe Jésus-Christ , afin de rendre compte de leurs actions ; . ^
4*' Q"^ 1^ pap^ est le vicaire de Jésus-Cj^rist, le chef de Téglise , et que le patriarche de Constantinople n'occupe que la seconde place après lui, etc.
Là dernière séance du coiicile eut lieu, le 6 juillet, dans la cathédrale dé Florencç, où
DE ftvssiï;. • . ^ 545
]lùur produire plue d'effet sur l'esprit des peuples, ' les deux E^^^s réunirent la pompe et la soleii*nité de leurs cérémonies ; Eugène oâëbra la ihesse«eii pr&ence d'une foule innombrable y aiu milieu de ses gardés rangés en haie , couverts de cuirasses d'argent ^ armés de massues , et té^ Haut chacun un cierge daiis la maiû; la tntfêique imf>ériale retentit dans les murs sacrés du temple, . et les louanges du Treshflaut furent chantées en grée et en latin. Eugène, les yeux baignés de larmes de joie , leva les mains au ciel ; il donna 9k bàtédiction à l'eàipereur , aux pirinc^ , aux évèqoes , et aux magistrats de la république de FloTttice ; puis il ordonna au cardinal Julien et à l'archevêque Bjssarion démonter sur les degréi du maitre-autel et d'y iîre le ^orét d^ Union j rédigé en ces termes : « Que le ciel et la terre tred* J9 saillent d*allégre^e ! Elle est anéantie la ligné » dé démarcation qui séparait l'Eglise d'orient de A celle d'otecident . La paix est fixée poumon jours » sur la pierre angulaire de Jésus-Ghrist r deut I) peuples , jadis divisé; , n'en forment plu^ qu'uh » steul ; les sombres» nuages dé la tristesse et de >i la discordé se sont d&sipés pour faire place à A la douce lumière du plus heureux , du plus dén sirable accord. Gloire à la sainte EgKse notre . • » mère î Qu'efle se réjouis^ de voir ses eiifans de •
)) ïK>ii\îeaii réanis par l'amour , après a^p^oîr été ' w si long-temps separéa ; qu'ejle rende grâce aii M Tout-Puisant qui daigne essuyer les^ larmes » amères qu'elle a versées, pour eux. Et* vous ^ », fidèles enfans du monde cbrétieu , rendez » grâce à l'église catholique^ votre mère /de ee » que les;Pèi:es de l'orient et de l'occident ont » bravé les dangers d'un long voyage , en ont A> genéiîeuseiiaent supporté toutes les fatigues, )) pour assister à ce saint concile , et pour rallu*- )> mer l'amour, déjà éteint parmi les chrétiens. » , Viennent ensuite lesartidesJsmmentionnésdela i^concîliation et ceux de l'accord dan&les dogmes de la foi, le tout signé par Eugène , huit cardinaux , les deux patriarches ' latins de Jérusalem et de Grado, par huit archevêques, cinquante évéques et autres ecclésiastiques de distinction : d'acte fut signé au nom des Grecs ^,' par l'empel'eur, trois grands vicaires du trône des patriar^ ches ( c9f Joseph, patriarche de Cohstantinoplcf,, était mort à Florence quelques jours avant la fin des séances), dix-sept métropolitains et tout ce qu'il y avait de prélats „ à l'exception de Marcd'Ephèse , cet implacable vieillard" aussi insen-^ sible aux menaces qu'inaccessible à la cupidité. Instruit que cet homme, ferme djns son opinion, avait refusé d« signer, le pape furieux s'écria ; •
* DE.RCSSIJE. , 345
' (( ]Âimi tout €0 que hûu^ aidons fàil est inutiïel f) Il 'exigea eiijsuite . que l!em^reur lui arrachât soii consentement^ ou qu'il le punit comme rebelle 5 Ti^;^ Marc partit secrètement pour se soustraire à la, persécution. :.;
^ Les seuls fruits que lés Grets retirèrent de leur Référence , furent quelques milliers de florins qu'il^ re.çuTjBnt d'Eugène; ensuite celui-ci s'en- ^s^^ à envoyer à Coustantinople trois cents soldats, avec deux galères, pour défendre cette capitale au nom de tous les princes de l'Europe; il promit de plus puissans Recours à Jean , dans le cas oii il en aurait besoin. Le pape consentit .encore à insérer dans Tacte que les pèlerins qui se rendaiei^t tplis le$ ans par mer, d'Europe en Pa- Jestine , aborderaient toujours à Coustantinople,. pour procurer quelques avantages aux habitans de cette ville. Enfin il congédia l'empereur de la manière la plus hoiaorable , et , après deux ans d'absence , ce prince;^ retourna dans la Grèce , où il eut à déplorer la mortprtematurée dé Marie , sa jeune épouse. 11 lui fallut de plus être témoin d'une se-, .4itîon générale de sbn clergé à la nouvelle <ie ice qui s'était passé au concile de Florence. Les avis se trouvèrent partagés : les uns voulaient obéir aux articles de ce ccJncile ; tes autres , ^ et .c'était le plus granâ nombre^' disaient, que la
yéritable relig^ était en danger ; qu'ohé allk^ncé aussi illégale atec le pape , âûssi hqmîliaiYte pour leà Grecs ^ n'avait pas été conchie par des pasteurs fidèles 9 mais plutôt par des traîtres, éblou»de l'or des Romains ; ils ajoutaient que Mare d'E^hèsé seul s'était montré le digitô serviteur de Sésas^ Christ , etc. La victoire resta à ces opposâns, eu dépit de l'empereur et du nouveau patriarche Métrophane , zélé défeùseur du déci^et d'Union } le peuple fuyait les temples èù leurs partisaiA ^aélébraient la me^e , ïes traitant d'hérétiques et ^ d'apostat ; malgré enBn tous les efforts du pape Eugène et de sori successeur , malgré l'évidente ei inévi^ble perte de leur patrie , les Grecs voulaieiit plutôt mourir que de consetitir a ce que le Sàint-rËspritprovintduFils, à l'admission du pain azyme et du Purgatoire : exemple lnémoral>le de ténacité dans les opinions théologiques !
Au reste, il est cYicore très-dôyteux, que ié pape eût pu sauver l'empire, lors même que TEglise d'orient se fût soumis à son autorité spirituelle^ Les .^èdes des croisades étaient passés; le zèle pour le christianisme avait fait place en Europe à «ne politique égoïste et méfiante. Chaque ptînce avait son système particulier, et cherchait son avantajge an 'préjudice de celui des autres ; l'Allemague , théâtre de la guerre siaiglante alloméé
par le schisme de Jean Hos , s'afikiblissait dé plus en pluà sons le règne long et faible de Frë-. dëric ni : r Angleterre était engagée dans une lutte opiniâtre Contre la France ; l'Espagne ^ dirisée , ne portait pas encore ses vues au-delà ée sesâ'ontières; le Portugal s'occupait uniquement de Ik navigation et de ses nouvelles découvertes en Afrique., ainsi qûel'Italie de ses aifaires ecclésiastiques^ du commerce et de ses dissensions intestines; le Danemarck et la Suède > pauvres 'en habitahs et en ressources pécuniaires^ s'étaient unis pour peu de temps, à leur commun préjudice ; et dans un état continuel de crainte l'un * vis-à-vis de l'autre , ces deux États ne pré-naient aucune part aux affaires des puissances européennes. Les Hongrois et les Polonais seuls» défenseurs des rives du Don , avaient osé déployer quelque 2èle pour s'opposer aux succès des armes d' Amui^t ; mais la batailler de Vam , si funesteau rpi Vladïslas , les fit ,^ pour long-temps , rè-' noncér à la guerre contre les valeureux Mifôulmans: L'autorité ecclésiastiqua avait encore une * gr^knde influente surles esprits et dans les conseils des princes ; mais, elle n'avait plus la même unité ; car, en jugeant les papes , les conciles de Constance et de Baie avaient appris aux peuples que ces pontifes n'étaient point des être divins et in-
548 HÏSTO'iRE
faillibles. Ces bruyantes assemblées de l'afîstoi- - cratie ecclésiastique préparaient de kwn la chute de l'autorité spirituelle, ainsi que Fentîere iodé*pendance du pouvoir des rois. Lés évêques des divers pays différaient dans leur façon de penser, préférant, sous plusieurs rapports, les avantages de leur patrie à ceux que leur promettait le pape. Etait-ce au milieu de semblables circonstances qu'Eugène pouvait répondre de l'unanimité des souverains de l'Europe pour renverser l'empire
* ottoman, ou périr sur les rives du Bosphore , afin
d'arracher Byzance à sa perte? pouvait-il comp^-
' ter sur ces princes , qui tremblant au seul nom
' d' Amurat et de Mahomet II , demeuraient dans
pne lâche inaction ? En vain le roi d'Albanie, le
célèbre Scan^erberg , leur avait ouvert le chemin
de la gloire, en triomphant lui seul, avec une
poignée de soldats, de W nombreuse armée d^
sultan; incapables dfc l'imiter, ils ne rougirent
' point d'entraîper dan^ leurs pï'oprès tlissensions^
ce héros, la terreur des infidèles. Noiis dirons
enfin que non-seulement Jean i^aléologue ne
réussit point , mais que , d'après toutes les proBa^
bilités, il n'aurait pu réussir dans son projet de
. détourner, par la réunion des deux Eglises, la chute totale de l'empire grec.
L'archevêque Byssarion et le niétropolitaiot
ÙE RUSSIE. ^9
ïsidore^ conii)(ie les principaux auteurs de cette UDion apparente, reçurent du pape le chapeau de* cardinal.; le premier resta en Italie, et le second partit de Florence , le 6 septembre , avec le titre de lëgat apostolique, pour tous lés pays; .septentrionauix.: il s'embarqua à Venise., travers;^ là mer Adriatique et se rendit par la Dalmatie et la Croatie à Bude , capitale de la Hongrie ; de là il écrivit dans tous les diocèses de sa juridiction , en Lithuanie, en Russie et en Livoni^ , des lettres ainsi conçues :
(( Isidore, parla grâce cle Dieu, métropolitain » de Kief et de toute la Russie , le'gat aposto- » lique (à latere) , à tous les chrétiens en général » et à chacun eu particulier : salut éternel, paix >y et bénédiction.
' » Réjouissez -vous maintenant dans le Sei^ Mgneur : l'Eglise d'orient et celle d'.occideqt* » viennent de renouveler , pour toujours, l'heu-: » reux accord qui les unissait primitivement, >j Russes, Serviens, Valaques, chrétiens zélés » de l'^gKse de Constantïnople , et vous tous qui » cvoyez en Jésus-Christ ^ célébrez cette sainte » alliance par des transports d'allégresse et pigr » les cérémonies les plus sçxlenelles. Anîmez- >i vous de senlimens fraternels pour les chrétiens w de Rome, fl n'y a plus qu'un seul Dieu et qu'une
55o* HISTOIRE
» sevh TtUfféM } l'amour et U pimc dQiVwt rér )) gner à jamais parmi vous : et Yau3 , pejuplçs » latins^ ne fuyez poiat les Grées ^ reconnus à » Rome pour vrais chrétiens : priez dans leurs V temples comme ils le feront dans les vôtres ; )} confessez-vous indifier^mnent au:ic prêtres de }) l'une ou de l'autre religion; accepte^^d'ei^x le H corps de notre Seigneur Jesus-Christ , égale-* n ment sacré dans le pain azyme comme àa,ns le ïi pain levé. C'est ainsi que l'a ordonné TEglise » catholique votre mère commune. »
Isidore se hâta de se rendre à Kief^ ou il fut reçu par le clergé comme le seul et unique mér tropolitain de tous les dioc^e;^ russes ; au printemps de l'année i44o> il airiva à Moscou avec une lettre du pape pour le grand prince. £ug?He y rendsàt eompte « de y heureuse issue du concile » de Florence^ événement si glorieux pour la ^ Russie j puisque son premier pasteur avait }} le plus coopéré à en accélérer le succès» ^ Dans cette lettre^ toute remplie d'e^cppeftîons amicales et du ton le plus modeste ^ le pape coïk- }iu:iât Vassili d'être favorable à Isidore et de lui accorder les revenus dont avaiei^t^ en^ tout teinpsy joui les^ métropolitains. Cependant le clergé et le peuple attendaient avec impatience l^r pcél jivt à.l^église de Notre-Dame djws le Jiremlin. Isi-
.dore y parat entouré cte plusieurs digaitak*es, précédé de la cropc latioe et detroi^vinasses d'ar^ geftt. Le3 Busses, d'abord surpris de cette iiou«ve^uté, lefureatbiendaYantage encore, lorsque pei]^daat la mesise , .le, métçopc^taiû fît menlkm *du pape Ëp^èoe , lau^Ueu des patriarches oecomé" piques. Après Toffice diyin , |b diacre d'Isidore ];nonta sur uae estrade et lut', à haute voix , l'acte du buitièsi\e coacile4e Florence > si peu d'accord aiJFec rancieime doctrine de notre ÉgHse : tous, les ^iisiçtans , prêtres et laïcs , se regardèrent étonnés^ ne sachant que penser de ce qu'ils venaient d'en* tendre. Cependant le nom de conseil œcumé^ . nique ^ cdui de l'eoqpereur Jean^ l'as^ntiaient des [urâats illustres et orthodoxes de la Gxèca^ qui, de temps immémotial , nous avaient enseigné la foi , imposèrent sile&ce aux évéques et
aux seigneurs.
Une se:ule voix se fit entendre: c'était œUe du grand prince : imbu , dès son en£auice^ de . toutes les ^maximes de l'orthodoxie et des opi^ nions des Sfi. Pères , relativement au symbole de la foi ^ il s'aperçut d'abord que les Grecs s'en étaient écarté». U s'e^flamn^ aussitôt d'un saint aèle } ei, pour démasq^ier l'impiété', il entame ai^ee Isidore une discussioi:]^, à la suite de laquelle ^ le tx'aîte pebtiquçm^at 4e £ua pasteur ^ d'^é^
55^ msltotRE * • '
rétiqoe et corrupteiit des âiileà. Il Rassemble ua * conseil des évêques et des boyards les plus versés dans leis connaissances des saintes Ecritures / if leur ordonne d'examiner scrupuleusement le <fécrfit d'Union du concise de Florence* La sagacité du grand prince fut généralement approuvée^ et les évéques, les grands lui adressèrent ces pa-» rôles: ^Gràcesvous soient rendues , 6 prince^ qui ^ ^ pendant notre sommeil, €wez veillé pçur nous ,' ^ et qui, seul, avez sauvélafei en découvrant » la vérité ! Le métropolitain Va troquée , cette » . auguste foi , contre Vor de Vévéque de Êxmie ; ïi et en échange il nous a apporté d^ hérésie. » Isidore employa vainement tous les ressorts d^ son éloqùem^e pour réfuter ces argumens : Vassili le fit^ enfermer dans le monastère de Tchoudof , avec ordre de l'y garder jusqu'au moment où il se repentirait de sa faute , et renoncerait à toute alliance avec l'Eglise latine. C'est ainsi qu'échouèrent , à Moscou , les projets de ce Grec ambitieux , dont l'adresse et l'éloquence avaient tant influé sur le concile de Florence , assemblée célébré , où tout ce que , la Grèce avait d'hommes habiles et savans avaient lutté contre Rome. Le génie d'Isidore vînt se briser contre la saine rai^n du grand prince ^ dont l'opinÎQa ^it que tout changement , 'en fait de
dï: RUSSIE. 555/
religion y ne sert qu'à refroidir le zèle des fidèles, et que les dogmes inviolables des ancêtres valent mieux que les innovations les plus subtiles. Instruit qu'Isidore s'était secrètement échappé du monastère où il était retenu y Yassili eut la prudence de ne., point envoyer à sa poursuite , ne voulant pas employer de mesures violentes contre ce métropolitain dépossédé y qui y entré en Russie avec orgueil , avec tout le faste de là grandeur, fuyait maintenant ainsi qu'un criminel y tremblant de frayeur que les Moscovites ne le brûlassent vif comme hérétique. Isidore se retira à Rome , porteur de la triste nouvelle de notre peu de -soumission aux v(donl^ du saint-siége^ Pour le récompenser de tout le «le qu'il avait montré pour sa cause y le pape lui accorda une ides premières places dans le conclave des car-^ dinaux, où il porta toujours le nom à'éi^éque de Russie. De son eèté y le grand prince ^ du consentement de tous les évéques; éleva une' •se-' conde fois Jonas au rang de métropolitain y et fit partir, en i44^> pour Constantinople , le boyard Polyeucte , chargé de remettre , à l'empereur et au patriarche y une lettre dans laquelle il racontait toute Thistoire de la religion chré^ tienne dans notre patrie, depuis le règne de Vla*- 4imir. Il ajoutait : «Après la mort du pieux Pho-. Tome V, .33
» tius f la Russie , alors exposée aux invasicHis h des barbares^ en proie aux troubles intérieurs, p resta quelque^ années sans pasteur. Enfin ^ )} nous vous envoyâmes Jonas, éyéque de Rézan, » homme célèbre, dès sa jeunesse, par sa piété et ï> par ses vertus , vous priant de le reconnaître » pour métropolitain de toute la nussie ; mais , Jt) soit i:etard de notre part , soit caprice de la » vôtre, il vqus a plu de nous donner Isidore. i) Dieu m'est témoin que j'ai hésité long-temps à i) le reconnaître ; mais la lettre flatteuse du pa- » triarche , les prières de votre ambassadeur , » et surtout l'éloquence humble et soumise d'I-
3) ^idore , ont touché mon cœur Mais pois-
» qu'au mépris de ses sermehs , il a trahi l'or- » tbpdoxie , nous avons assemUé les véritables » pasteur$ de notre pays , et les avons priés de j) ^ procéder à l'élection d'un nouveau métropoli- » tain , i^us di^ne de ce glorieux titre , ainsi » que cela se pratiquait jadis parmi nous dans » les circonstances eittraordiuaires. Cependant, »' trop fidèles aux anciens usiiges pour nous en j^ écarter en quoi que ce soit, nous vous deman- » dons votre consentement impérial , ainsi que » la bénédiction du patriarche, afin de bien vous I» convaincre , que tant que )a Russk existera , A) nous ne nous séparerons jamais de l'Ëglise
J9 grecque. J^espère que vous ferez droit à notre ^) requête , et nous donnerez promptement des jg nouvelles de votre santé. C'est alors que notre ti cœur jouira d'une joie sans mélange aujour* » d'hui y et à Tavenir , dans tous les siècles ^ » amen t »
Cet ambassadeur ne parvînt point a Constat!-* tinople ; car ^ selon l'annaliste ^ sur la nouvelle que l'empereur tl'Orienjt s'était totalement déclaré pour la religion' latine y Vassili ordonna à son boyard de revenir sur ses pas ; et il parait qu'à dater de cette ^oque j ce fut Jonas qui présida à la décision des affaires de notre Eglise ^ bien qu'il n'en fût pas encore solennellement reconnu pour le chef. Quant aux évéques de la Russie méridionale i ils eurent un métropolitain particulier^ nommé Grégoire, Bulgare de nation , disciple d'Isidore ^ et sorti de Moscou avec ce prélat. Ils admirent le décret d'union du eoncile de Florence , qui , en Lithuanie et en Pologne , leur procnra tous les privilèges et avantages dont jouissait le clergé latin, privilèges confirmes, en i44' 1 P^"^ ^"^ ordonnance du roi Vladîslaslll(i i). Casimir, successeur de Vladislas, écrivit au grand prince pour l'engager à reconnaître également le métropolitain de Kief comme chef de tous les évêqucs moscovites. Il disait , dans
sa lettre , que le pouvoir eccl^astique ^ ainsi réuni sur une seule tête , contribuerait à cimenter une alliance fraternelle entre les Russes du nord et ceux du midi ; mais nos évêques lancèrent l'anathème contré Grégoire. La métropole de Moscou resta 9 de la sorte ^ indépendante; et celle de Kief , qui demeura sous la puissance de Rome , comprenait les diocèses de Briansk^ de Smolensk, de Pérémysle , deTourof, de Loutsk, de Via-' dimir^ de Polotsk , de Kholm et de Galitch.
Telles furent les suites du célèbre concile de* Florence, source, pendant quelques années , de débats théologiques, de querelles et d'anathèmes , jusqu'à ce qu'enfin les désastres de Constantinople* eussent mis un terme aux discussions , aux efforts réitérés de l'ambitieuse cour de Rome , pour soumettre l'Eglise de Byzance à sa domination. Le clergé moscovite , sorti victorieuit d'ùlve lutte* aussi scandaleuse , n'en devint que plus fortement attaché aux dogmes de l'orthodoxie.
Les Russes avaient besoin de la paix dé l'Église pour supporter avec plus de courage les malheurs politiques dont bientôt il plut au ciel d'affliger notre patrie^
KoDTtllA ^^ ^® printemps de l'année 144' f^^ guerre
inimitié, g^ ralluma entre le grand prince et Dmitri Che-
myaka. Ce dernier , ayant appris que l'armée
moscovite s^q^^rochàit d'Ouglitch^. s'enfuit dans la province de Novgorod, y rassembla quelques milliers de vagabonds y et alla mettre , à Tim^ proviste, le siège devant Moscou avec le prince Alexandre Tchertorîjsky , sorti de la Lithuanie pour venir à son secours. Zénobi, abbé du monastère de la Sainte-Trinité , parvint , il est vrai , ' à les réconcilier ; mais Chemyaka , qui craignait toujours le grand prince , fit savoir aux Novgorodiens qu'il avait llntention de fixer désormais son séjour, dans leur ville : a Prince y lui répon- » dir^t-ils avec fierté , qu^il en soit selon votre >K bon plaisir; si vous voulez demeurer parmi )9 nous , nous vous y recevrons : dans le cas con- }) traire y, restez où vous étes^n Soit que cette réponse lui déplut , soit que les circonstances oit se trouvait alors la république le détournassent du projet d'y chercher un asile , Chemyaka resta dans son apanage.
4 Novgorod, agitée au dedans-, et menacée au dehors par de nombreux ennemis , n'avait ni un gouvernement vigoureux , ni un bon système politique. En 144^9 ^^^^ aucunes preuves des crimes dont on les accusait , un grand nombre de personnes furent brûlées vives , lapidées ou jetées dans le VolVhof par le peuple , comme incendiaires. Plusieurs années sans récolte , une
t443 — cherté excessive , qm dura dix ans , jetèrent le ,^ . desespoir et la consternation dans le cœor de deN<Hrgo- tous les citoyens. wLes cris et les géttiîssemens , » dit un annaliste , retentissaient dans les rues , » dans les places publiques^ et Ton voyait les » pauvres errer comme des ombres , et suc- » comber au cruel tourment de la faim. Les i) enfans tombaient morts aux pieds de leurs pa^ >) rens ; les pères et les mères aux yeux de leurs B enfans. Les uns, pour se soustraire à la fa- )» mine , s'enfuyaient en Litbuame , en Alle- » magne ou à Pskof ; d'autres, pour se procurer » du blé, se faisaient esclaves des marcbands >» jui& et mahométans. La justice était bannie ïi des tribunaux et de la ville , devenue le sëjcHir ^ de la chicane , un repaire de faux témoins et » de dilapidateurs : plus de lois , plus d^honneur » parmi nos anciens ; enfin, noDs étions devenus » un ol>jet de risée pour les peuj^bs voiâns. h Des dangers extérieurs vinrent se jokidre à ces déi9£ûtres publies. Au Ueu d'entretenir avec les grandes puissances qui l'environnaietit , cette bonne intelligence j seul moyen de soul^ir un État faible , Novgorod , aveuglée au point de mécontenter tous ses voisins , allait rester sans amis. Vassili Youriévitch , l'un des prittceis de Sousulal , petit-^iils de Kirdiapa , anime d'une
DE ntJssrE. 559
haine héréditaire contre Moscou , avait été favorablement accueilli par les Novgorodiens , qui lui avaient confié Je gouvernement de là ville d'Yama. Pour ajouterV encore au mécontentement du grand prince, ils appelèrent auprès d'eux Jean Vladîmirovitch , petit-fils d'Oîgerd , et lui donnèrent des domaines, dans l'intention de gagner les bonnes grâces de Casimir : cependant ce prince ne leur en sut pas plus de gré. Il ordonna de recevoir ses lieutenans dans leur capitale , et de renoncer pour toujours à tout acte de soumission envers le monarque de Moscou. « Oeatpour vous , leur disait-il , que je re- » fàse de faite la paix apeù lui : reconnaissez » mon autorité / c^est le seul moyen de vous » assurer une utile protection contre tous vos » ennemis, n I^es Novgofodîeœ rfétaient pas encore disposés à trahir notre patrie; ils se moquèfent de Ti^mbitieux projet de Casimir , renvoyèrent Jean en Lithuanie , et acofteillirent ^ une seconde * fois , Youri , fils de Lougveni , qui se trouvait alors à Moscou. Les Pskoviens firent d^inutiles efforts pour mériter leur amitié ; vainement leur" donnèrent-ils un exemple de prudence par de vives draiarches pour vivre en l)onne intelligence avec Moscou ^ destinée à arracher y tèt ou tard ^ le nc^xl-ouest de la Russie
56o HISTOTRlt
a rayidiié des étrangers. Les lieutenans de Pskof étaient quelquefois Russes^ quelquefois- Lithuaniens ; m^ ces princes y régnaient tou)Ours au nom du souverain moscovite. Ils devaient être approuvés par lui ^ et ne prêtaient serment de fidélité au peuple qu'après le lui avoir préalable* ment prêté. Il en était tout autrement des No vgorodieng, qui ne voyaient plus de frères, comme par le passé , dans les habitanis de Pskof ^ mais des sujets du prince de Moscou , et leurs concurrcms dans les avantages résultant du comntierce avec l'Allemagne. Les uns et les autres faisaient la paix ou la guerre , et concluaient des traités particuliers avec les puissances étrangères^ sans aucun égard à leur intérêt commun. En 1442 9 IcsNovgorodiens arrêtèrent tous les marchands allemands , tandis que les Pskoviens faisaient le commerce et vivaient en bonne intéll^isnce avec les villeé Anséatiques. La Finlande suéiioise était alors gouvernée par le maréchal d'Etat , Charles Knoutson ; cpii Tavait reçue en apJmage du conseil suprême et du roi. Ce maréchal faisait sa irésidence à Yibourg : il observait les plus grands ménagemens envers les Novgorodiens , mais il était , au contraire , fort irrité contre les Psjioviens, qui avaient pendu quelques Finois accusés de vol. Pour se venger
DE RUSSIE. 36l
de cet acte de violence , il leur fit , sans aucune déclaration de guerre , beaucoup de prisonniers, dont il exigea une forte rançon* F^e d'Oberberghen, grand - maître de Tordre liyonien^ renouvela I pour dix ans, la paix avec Pskof , en i44^ ; et , à la même époque , il était en guerre avec Novgorod. U incendia les faubourgs dp Yama , et fit dire aux habitans , par ironie , que ce n'était pas lui , mais le duc de Clèves , qui était venu d'outre-mer pour combattre les Russes. C'est ainsi que s'exprime une de nos chroniques ; mais les papiers de l'ordre Teutonique , conserves dans lesarchivesdeKœnigsberg, nous donnent les éclaircissemens suivans sur la cause de cette guerre. En i438, le grand-maltre de l'ordre Teutonique écrivit à Youri , prince de Novgorod , une lettre dans laquelle il le priait de vouloir bien accueillir favorablement Eberhard , jeune prince de Clèves , qui traversait la Bussie pour se rendre en Palestine ; de lui donner assistance et protection pendant le cours de son voyage : mais Eberhard revint à Riga , où il se plaignit < des Novgorodiens et des outrages qu'il avait essuyés dans leur pays. Les chevaliers prirent fait et cause pour le prince ; ils rassemblèrent une armée qui , comme à leur insu , commença les hostilités. Finke protestait que
rOrdre ne voulait autre chose qu'obtenir satisfaction pour l'injure faite au prince <îe Clèves , et pour beaucoup d'autres , souffertes par les Allemands , de la part des Russes séditieux y insàlens j Jaloux du bien d^ autrui j et toujours prêts n se plaindre. Casimir ^grand-duc de Lithuanie , ÎQterpqsa son autorité comme médiateur, en qualité de souverain de Novgorod y titre qu'il ne prenait que parce que , d^uis le temps de Gédimin, les Novgorodiens avaient appelé des princes lithuaniens pour commander dans leurs villes de district. Finke reçut avec bonté' les ambassadeurs de Casimir ; mais il n'eut pas honte de faire arrêter le député nôvgorodien , de le dépouiller de tout ce qu'il avait , et de le chasser de Livonie dans lîn état complet de nudité. Les Novgorodiens irrités , ravagèrent les possessions livoniennes au-delà de lalVarova; de leur côté, les Allemands mirent tout à feu et à sang sur les bords de l'Ijora et dé la Neva; ils assiégèrent même une seconde fois Yama, dont ils voulurent renverser les murailles au moyen de leurs canons ; mais au bout de cinq jours ils furent , obligés de lever le dége. Les annalistes allemands ajoutent que les Russesâttirèrent le grand-maître dans un défilé où ils lui tuèrent quantité de monde ^ et que celui-ci , après une nouvelle invasion sur
le territoire de Novgorod , ne retira , au lieu de la vengeance qu'il espérait , que la honte d'avoir échoué dans son entreprise. Cependant le fier Finke rejeta toutes les propositions de paii des Novgorodîens , et signifia h leurs ambassadeurs à Riga , qu'il ne consentait à la paix , que sous la condition expresse que les Novgorodiens lui céderaient tout le cours de la Narova , avèfc son île. Jusqu'alors les Livoniens n'avaient employé que leurs propres forces ; ils formèrent , à la fin ^ le projet d'armer contre les Russes une partie considérable de l'Europe, par l'entremise du grand-maltre de Prusse , intime allié dh TRome et des souverains du nord. Il ne s'agissait plus de pillages ni d'insignifiantes escarmouches; c'était ira coup décisif qu'ils voulaient porter. En 1447 ; l'Ordre conclut avec Christophore , roi de Danemarck , de Norvège et de Suède, un traité, par lequel ils s'engageaient à réunir leurs forces pour conquérir le pays de Novgorod : les Allemands devaient garder Koporié et Néïschiot ; les Suédois , Orekhof et Landskron , etc. Le grand-maltre de Prusse conjura le pape de l'aider de ses prières et de ses trésors dans tine entreprise dont le but était de soumettre les infidèles Russes ; il écrivit de plus à l'empereur ,. aux électeurs , et invita tous les chevaliers catho-
liques de rAUemagne à servir la cause de Dieu; de la Ste. -Vierge , et à punir , comme ils le méritaient, les infâmes apostats , habitans des rives du Volkhof; il demanda à toutes les. villes Auseatiques, à Lubeck^ Vismar, Rostock etGreis* valden, de défendre à leurs marchands toute exportation de blé chez les Novgorodiens. Des chaloupes livoniennes y armées en guerre y croisaient sur la Neva , et s'emparaient , sans en excepter même celles des Suédois et des Prussiens leurs alliés , de toutes les baripi^ qui se rendaient au Ladoga , chargées de provisions de bouche >Un cprps de l'armée de Tordre Teutonique s'embarqua à Dantzick pour Narya., en même temps que l'autre marchait de Mémel sur la même ville. Ces troupes étaient composées d'infanterie , de cavalerie, et de canonniers commandés par le chevalier Henri , très-habile dans l'artillerie. A Brandenbourg , Elbing , Rœnigsr berg , et dans toute les villes de la Prusse , on ordonna des prières publiques pour l'heureux succès des armes cJirétiennes contre les pay^^ (contra paganos) de Novgorod , et leurs allies les Moscovites y les J^alaques et les Tatars : des messes et des processions solennelles devaient obtenir du ciel l'entière destruction de cette, ancienne république russe, grande plutôt par ^^
noiïT que par ses forces , et désolée alors par la fainftie et les maladies.
Quelles furent les suites de ces menaçans préparati6 ? Nos chroniques disent simplement qu'en 14489 les chevaliers livonîens> le roi de Suède et celui de Prusse , c'est-à-dire , le grand-maltre de l'ordre Teutonique , livrèrent aux Novgorodiens ^ sur les boihds de la Narova , un combat, à la suite duquel ils se retirèrent ; elles ajoutent que f près de Nénoxa , les habitans de la Dvina défirent les Suédois , arrivés par mer de la Laponie. Novgorod ne fut secourue ni par lès Tatarsp ni par les Vcdaquesy ni même par les J!fo«copites. ti Je leur donne des princes et non pas » d^ armée f » écrivait Casimir aux Allemands. Les actes de TOrdre ne font mention que d'un personnage marquant dont ils taisent le nom y et qui, en i447 ^ venait de la Moravie , avec six cents^ cavaliers y au secours de Yourî, fils de Lougveni , prince de Novgorod.
A la ipême époque les Novgorodiens avaient encore deux autres ennemis , Boris , prince de Tver > qui ravageait sans pitié leurs provinces; et le peuple yougorien , qui , opprimé par eux , s'était déclaré indépendant. Les voïévodes de la Dvintf furent envoyés avec trois mille hommes contre les rebelles. Ceux-ci employèrent la ruse
pour se défaire de leurs ennemis. i< Donnez-Mus, }} leur dirent-ils ^ le temps de rassembler le 9Hbut » que nous depons, et nous vous Rapporterons » nou^m4mes* » Les Russes > endormis par leurs (NTomesses, furent complètement défuits. Les Novgorodiens soumirent enfin ces tributaires séditieux ; ils employèrent ensuite les voies de la douceur pour apaiser le prince de Tver ; ils conclurent^nfin un traité avec les Pskoviens j et signèrent avec le^ Allemands une trêve de vingt* cinq ans.
GKicnP6. Mais La principauté de Moscou va nous offrir des événemens d'uM plus grande importance* La mort de Vitoyte , aïeul et tuteur de Vassili > en rompant les rapports d'amitié qQ.i paraissaient exister entre la Lîthuanie et noire patrie ^ donn^ un lai^uvel ess^ à la haii^e natureULe et réciproque de ce3 dei^x puissances , haine à laquelle n V vaiei^t pas peu ccoilribué les débats survenus re^ lativement aux a#airès de l'Eglise. Moscou était devenue le refuge des ennemis de Casimir. A son départ^ de Novgorod % Youri , fils de Lougrenî , s'était emparé , à^ force o^iverte « d^ 3moIensk 9 de Pololsk et de VitebsV ; ):nais 9 reconnaissant rimpossîbilité de s'opposer à Casimii^ f ^ s'était retiré aiuprès du gr^uui p^ni^e. Néanmoins la • guerre 1^ fut déclarée qu'en i^j^.Vmàwl l'hiver
de cette année , Vassîlî envoya contre Briansk et Viaznia deux princes mogols alprs à son service , et la rapidité de leur attaque favorisa leurs succès f si Von peut donner ce pom ^ des c<Hn'bats dont Tunique but était le brigandage. Les Tatars et les Moscovites, ayant ravagé tout le pays jusqu'aux portes de Smolensk , virent bientôt paraître des vengeurs : sept mille Lithuaniens f contnnandés par sept seigneurs y livrèrent au pillage les environs y sans ^éfense , de Kozeldi , de Kalouga , de Mojaïsk et de Véréïa. Quelques centaines de Russes se rassemblèrent aussitôt sous le commandenoent des voïévodes de ces villes ; et , malgré l'inégalité du nombre , ils eurent Taudace d'attaquer, à Soukhodrof, les généraux de Casimir ; mais leur courage ne put leur donper la victoire ; ils furent comjrfiètement battus. Au reste, les Lithuaniens ne prirent aucune ville , et se retirèrent avec leurs prisonniers.
Le ^and prince n'avait pu les repousser , occupé , qu'il était alors, à combattre un autre ennemi. Mustapjia , tzarévitph de la horde d'Or , s'étaÂt jeté sur la principauté de Rézan; il l'avait pillée , et n'en était sorti qu^après avoir fait quan-< tité <le prisonniers , dont il avait exigé une forte rançon. Bientôt on le vit repiaraitre à Péreslavle,
mais ce n'était plus pour demander de Targent ; il venait supplier les habitans de lui accorder un asile. On était alors au moment le plus rigoureux de rhiver ; la terre était couverte de neiges profondes ; et par un froid cruel y les Tatars y ayant perdu tous leurs chevaux , ne pouvaient rejoindre leurs habitations. Les citoyens de Péreslavle n'osèrent rejeter leur demande ^ et ils leur permirent d'entrer. Le grand prince ^ instruit de cette circonstance ^ envoya aussitôt le prince Obolensly ^ à la tête des troupes moscovites et mordviennes ^ pour chasser le tzarévitcfa de nos frontières. Mustapha y qui redoutait y à la fois; et les habitans et l'armée du grand prince, sortit de la ville à la sommation des premiers ; 4I alla se poster sur le bord de la Listana , où il attendit l'ennemi de pied ferme. D'un coté il fut attaqué par l'infanterie et la cavalerie moscovite armées de massues^ de haches et de piques ; de l'autre par les cosaques de Rézan y et les Mordviens y montés sur de longs patins (a) y annés de javelots et de sabres. Les Tatars ^ saisis par le froid ^ réduits à l'impossibilité de se servir de leurs arcs^ résolurent ^ malgré leur petit nombre^
{a) Ces patins s'appellent en russe liji : c^est une espèce ûe planche mince , courbëe à la pointe , dont on se sert pour marcher plus lestement sur la neige.
dé commencer le combat corps à corps. Toute retraite était interceptée , ils auraient pu se rendre pour sauvA* leur vie ; Mustapha rer Valeur <ie
. - ^ 1 • . Mustapha.
poussa cette honteuse idee> et se battit jusqu'à la dernière extrémité. Jamais les Tatars n'avaient déployé un courage plus héroïque ; animés par l'exemple de leur chef ^ ils périssaient en désespérés y et se jetaient au devant des piques de leurs ennemis . Mfistapha mourut de la mort àes braves y prouvant; par là , que le sang de Genghiskhan et de Timour n'avait pas encore cessé de couler d^ins les veines des Mogols; ses compagnons restèrent sur le champ d'honneur , et \\ n'y eut de prisonniers que les blessa ; ce qui honore les vainqueurs , c'est qu'ils envièrent la gloire des vaincus. Quelque temps après, les Tatars de la horde d'Or portèrent la guerre dans les provinces de Rézan et de Mordva, pour venger la mort de Mustapha; mais ils en furçnt bientôt chs^és. ^
On vit alors paraître d'une autre côté un en- invasion
, , f -1 . j du tzar de
nemi. plus dangereux. Le grand pnnce apprend iUzan que Oulou-îMakhmet / tzar de Kazan , a déjà pris l'ancienne Nijni-Novgorod , abandonnée sans défense, et qu'il marche sur Mourom. Aussitôt iji rassemble une armée , et Chemyaka , Jean de Mojaisk , Michel son frère , prince de Véréïa , et Tome V. n/^
SyO HISTOIRE
Vas^itie Borofsk, petit-fils de Vladimîr-le Brave , viennent se ranger sous sesidr^eaux. Malhmet se retire; mais notre avant-garde réussit à défaire les Tatars près de Mourom : au lieu de se mettre à la poursuite du tzar, Vassîli, qui redoutait, pour ses soldats, les rigueurs de l'hiver, prit le parti de retourner dans sa capitale. Au printemps il reçoit la nouvelle que Makhmet assiège Pîijoi- Novgorod , et cpi'il a envojré k Souzdal ses deux fils, Mamoutek et Yagoub. L'armée était licenciée , et il fallait la rassembler de nouveau : le grand prince se rendit, avec les seules troupes de Moscou , à Yourief , où il rencontra les voïévodes de Nîjni - Novgorod , qui , après avoir longtemps souffert de la disette , avaient mis le feu à la forteresse , d'où ils étaient sortis pendant la nuit. Quelques jours après, les Moscovites forent joints par les princes de Mojaïsk , de Véréïa et de Borofsk , à la tétè de fort peu de monde. Chemyaka trompa Vassili : non-seulement il refusa de marcher lui - même , mais il tie lui envoya pas un seid soldat. Le tzarévitch-Bcrdata, ami et fidèle serviteur des Russes, était encore t> juin. ^^ arrière avec son corps. Le grand prince alla camper près de Souzdal , sur la Kan^nka : à la nouvelle que l'ennemi approchait, les soldats endossent leurs cuirasses , élèvent leurs drapeaux.
DE RirSSIË. 571
^t se rangent en bataille. Fatigués d-attenike sans Toir paraître les Mogols , tk retoumeat dlns leur camp; Vassili se met à fiouper avec les autres princes , et tient table avec eux jusqu'à minuit : le lendemain , après avoir entendu les matines , au lever du soleil , il se ^ecoucbe. Cependant on apprend que l'ennemi a passe la Nerle , et l'alarme est bientôt générale dans le camp; ta grand prince saisit ses armes , s'élance hors de sa tente, range son armée , et la mène au combat, enseignes déployées et au son des trompettes. Mais cette 'bruyante troupe , commande par les pettts-fils du vainqueur de Mamai et de Vladimîr-le-Brave, «e formait pas plus de quinze
cents hommes , s'il faut s'en rapporter au récit des annalistes; ce n'est pas que les ressources des Etate moscovites fussent épuisées , mais VassîH ne savait pas , comhie son grand-père , créer, d'un seul mot , d'innombrables armées. Le pays n'avait rien perdu de sa population ; le gouvernement seul avait perdu de sa vigueur et de son énergie.
Cependant cette poignée de braves paraissait une troupe de héros sûrs de la victoire. Méprisant les Tatars , les princes et les soldats faisaient peu d'attention à la supériorité de leurs forces , et , contre toutes les règles de la prudence, ils les
attaquèrent en rase campagne, près du monastère de St.*-Euphième. Dès le premier choc rennemi^ deux: fois plus nombreux que nous y ^'enfuit devant les Russes : mais cette fuite n'était qu'une ruse pour engager notre armée à se disperser
> dans la plaine, ^événement semble au moins le prouver. Les Moscovites se mettent à poursuivre l'ennemi dans le plus grand désordre, ne pensant qu'au butin; les uns dépouillent les morts; d'autres courent en avant, comme des insensés, pour s'emparer des bagages des tzarévitchs o\],pour faire des prisonniers; mais , tout a coup, les Ta* tars s'arrêtent ; ils font volte-face et cernent , de
V tous côtés, les prétendus vainqueurs, dispersa et saisis d'étonnement. En vain nos princes s'efforcèrent de rengager le combat ; on se battit enr core long-temps, troupes contre troupes, corps à corps; mais enfin le nombre l'emporta, et les Russes , après avoir immolé cinq cents Mogols , mordirent tous la poussière. Le grand prince luimême donna l'exemple de la plus intré{Nide va* leur. 11 eut la main percée par une flèche^ il perdit plusieurs doigts ; et la tête couverte de treize blessures , les épaules , la poitrine meurtries de Le grand <^^^ps> il sc rendit prisounicr, avec Michel, prince Kh^riJoa' ^^ Véreia et ses principaux boyards. Jean de Mojaïsk tomba à terre , étotirdi d'un coup vio-
lucr.
lent; cependant ses ecuyers k mirent sur un autre cheval et réussirent à le sauver. Vassili. de ' Boro&k s'enfuit également, mais fort peu eurent ce bonheur. Lia mort ou l'esclavage avait été le partage de leurs infortunés compagnons. . Les tzarévitchs brûlèrent encore quelques villages et restèrent deux jours dans le monastère, de St.- Euphème , pour se reposer. Ils dépouillèrent en-suite Vassili des croiiç d'or qu'il portait au cou , et les firent parvenir à la mère ^t à l'épouse de ce naralbeureux'prince pour attester leur victoire. Cette affireuse nouvelle répandit la terreur dans notre capitale ; la cour et le peuple s'abandonfiètent à la plu» profonde douleur. Moscou avait déjà vu ses souverains , dans l'infortune ,■ obligés de prendre la fuite; elle n'avait pas eu encore à déplorer leur captivité. Effraya par de fauxl>ruits sur le nombre des troupes tatares , dont ils attendaient à chaque instant la funeste arrivée , les habitans des environs abandonnaient leurs, maisons pour chercher un asile dans les murs du Kremlin. Un nouveau désastre mit le coniUe au malheur de Moscou et de ces fugitifs. Pendant la 14 juillet. nuit il y eut dans le Kremlin un violent incendie qui dévora tous les édifices en boié sans exception : les églises et les murailles de pierre s'éqroulèrent même en plusieurs, endroits;; plus .de trois
mille peraoniits tt d^s ricbeases iàmienaes devinrent ÎM proie de ee te irrîble fléau. L» mère et rëpouse du grand prinee, arec leur» boyards^ s'élo^nèrent de ce théâtre d'korreurs et se retirèrent àHostofy abendonnant le peuj^ au pluseruel désespoir. Sans prince, sam gouvernement^ sans eapîtale^ cbacun cberehaif'à se sauter; mak beaucoupde cesfby ardsne sachimt wt se f éfagier^ empêchaient les autres de sortir de la viUe« La populace décida 9 dans une bruyairte assemUëe^ qu'il fallait d'abord songer à fortifier la ville : aussitài on choisit des che& ) on défend la fuite^ on punit et Ton garotte eenx qui osent désobéir } on répare les portes et les murs de la ville ; oncommence enfin à reconstruire les maiioiit. En im mot , le peuple fit lui-méine renaître Vordre du sein de l'anarchie et tira Moscoo du naâieu de ses cendres , espérant que Dieu lui rendrait Brigan- aussi son souveraiu. Cependant le prince Boris prince de de TvcT profita de l'état cruel où ae totHivmt
Tver.
celte malheureuse Capitale pour envoyer ses vote-» vodes à TorjeL , avec l'm^dre d'y dépouUler de leurs biens touà les marchands moscovites.
Malgré tons les vices et les défauts de Vassili^ les Russes de la grande principauté voyaient en lui seul leur souverain légitime , et voulaient lui rester fidèles ; sa captivité leur paraissait le plus
grand de tous leurs maux. Au.Uau àe ifiarcher sur Moscou , ainsi que les halntaos l'avaient aru dans leur terreur panique , les tzarévitchs victorieux ^ à la vérité^ mais auxquelà il ne restait que fort peu de troupes, ne songèrent qu'à s'éloigner au plus vite de Souzdal p avec leur butin et leur illustre prisonnier , pour aller rejoindre leur peK à Nijni. Makhmet lui-ménie ^ qui craignait lë^ Russes^ ne }ugea pas à propos de rert^r plu$ longtemps sur leur territoire^ et comme il ÊCMinattsaii les dispositions de Ckemyt^a , il lui envoya ua ambassadeur nommé Biguitch ,. avec de gfàndef. protestations d'anûtié : 'û se retira à Koinrmoui^ck emmenant avec lui le grand prince et Michel de Véréïa.
Charmé d'un malheiîiF qui favorisait son 9xxt^ ^sio(t^ bitipn et sa haine pour l'iofortuné Vassili , Che* xaiyala reçut le mpurza du khan avec les plus g|ran<^ honneurs; il le traita magnifiquement , lui fît de riches présens et envoya avec lui, à Makhmet, son premier se^tahre, Théodore Doubeasky chargé de conclure le traité, dont les principales conditions étaient que VassiH re^beraitci^tif à perpétuité^ et que Chemyaka rece-^ vr4t le titre de grand prince , dépendant de l'autorité suprême du khan de Kazàu. Makhm^tf inquiet d'être longrtemps sans recevoir de nou-
velles de Bîguîtclr, s'imagina ou crttt au bruit ' qui courait^ que Ghémyaka l'avait fait mourir et que son dessein était de se déclarer souverain Lei".oc- de la Russie. Un autre événement vint encore grand' coutribucr à un heureux changement dans le mis en li-^ dOT* de Vassili. Kazau fut conquke, à cette époque , par un pnnce bulgare ou mogol , nomme Libeï ( tué dans la suite par Mamoulek , fils du khan ). Le roi qui désirait retourner, sans délai en Bulgarie , consulta ses courtisans : il fit venir le grand prince et lui déclara qu'il était 13>re. Vassili rendit grâces au ciel et à la bonté du roi, qtd n'avait exigé de lui qu'une modique rançon; il sortit sur-le-champ de Kourmouisch avec le prince Michel , ses boyards, et beaucoup d'ambassadeurs tatars y chargés par leur maître de le conduire jusqu'à sa capitale. Il dépécha un cour* rier a Moscou pour aMer portei* cette heureuse nouvelle aux grandes princesses , et lui-même il fit la plus grande diligence pour arriver dans sa chère patrie. Cependant le secrétaire de Chemyaka et le môurza Biguitch descendirent rOka, depuis Mourom jusqu'à Nijni. Mais à la nouvelle que le grand prince avait recouvré sa liberté , ils retinrent du monastère de Doudin à Mourom , où le prince Obolensky, lieutenant dans cette ville , fit arrêter Biguitch.
Le i". octobre, jour où il fut permis à Vassili J^îït'"^d^ de retourner en Russie , Moscou éprouva un ^^"''^^ tremblement de terre , phénomène bien rare dans les pays septentrionaux. A six heures du soir le Kremlin , le fauboui^ , les maisons et les églises , toute la ville, en un mot, sentirent une légère secousse qui ne dura que quelques instàns; un grand nombre d'habitans étaient alors plongés dans le sommeil;' d'autres furent saisis d'effroi, «'imaginant que la terre entr'ôuvrait déjà ses abîmes pour engloutir la capitale. On ne parla xjue de cela pendant quelques jours dans la ville et sur la grande place. On regardait ce phénomène comme l'avant - coureur de quelque désastre public , et l'on n'en reçut qu'avec plus de joie la nouvelle inattendue de l'arrivée du grand prince. Non -seulement dans la capitale , mais dans toutes les villes et dans les villages même , ses fidèles sujets célébrèrent, ce jour comme un jour de fête solenndle , et ils vdlèrent au-devant de Vassili. Il rencontra à Péréïaslavle sa mère , son épouse , son fils , un grand nombre de princes, de boyards, d'officiers, et tant de soldats qu'il aurait pu marcher à leur tête contre l'ennemi le plus redoutable des Busses. Ce 2èle et cette solennité rappelèrent le souvenir du héros Dmitri , loi'sque son peuple courut à sa
rencontre après la bataille du Dca* Qu'aïeul avait ébloui les Russes dfe Tëclat de sa g)U»re; le petit-fils touchait les cœurs paœ son infortune et soti salut inespéré ; mais ce fut ayec douleur qat Vsfêsili rentra le 1 7 novembre dans sa càjutale , encore couverte de cendres , au milieu desquelles s'élevaiisnt à peine quelques édifices : lui-même n'ayant point de palais , il établit provisoirement sa demeure dans une maison de campi^ne appartenant à sa mère^ et quelque temps après, il alla occuper , dans le Kremlin , la maison de Youri f prince de Lithuanie.
Mais la mesure des maux que le sort avait ré-
Crime de t j • ? '. '^
chemyaka serves au grand prince n était pas encore com-^ blée : il lui fallut bientôt éprouver le plus cruel de tous , afin d'attester à la face de la terre , qu'ici bas même la Providence traite quelquefois l'homme selon ses œuvres. Dmitri Chemjaka redoutait le grand prince; il se retira à Oeglitch, avec la fenne résolution de perdre son ennemi, qui y ne connaissant point encore tonte la noirceur de son âme, eut l'imprudence de croire à la fausse soumission de ce prince , et de reiu>uvêler leur ancien traité de paix. Chemjaka fit sçjcrètement alliance avec Jean de MojaïsL , prince faible , cruel et léger , auquel il lui fut facile de faire accroire que Vassili avait solennel-
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lement promis* à Makbmet de lui abandonner la grande principauté de Moscou j à eondhion qu'il le lasserait régner à Trer. il sut , par la même Cftlomnie ^ faire entrer dans son complot Boris de Tver^ trompé par cette fausse inculpation ) et craignant de se voir priyé de son apanage. Les principanx conseillers et rnstigateors de ces princes étaient les séditienx boyards de feu Constantin Dmitriéritck , jaloux des boyards de la grande principauté. Il se trouva même h Moscou des traîtres qui prirent le parti de Chero jaka , bien que ce prince ihX généralement détesté : le boyard Jean Starkof , quelques marchands, plusieurs gentilshommes et jusqu'à des religieux entrèrent dans la conspiration. Il ne s'agissait pas de guerre ; la perfidie et la trahison devaient mouvoir tous les ressorts de cette macbinration , dont le but était de prendre inopinément la capitale , et de s'emparer de la personne du grand prince ; on commença par observer tous ses mouveiMens jusqu'à ce qu'il pût s^offrir une occasion favorable.
Vassîli , accompagné de ^ses deux fils et de ^44^^ quelques courtisans , était allé \ à l'exemple de son père et de ion a'ieul , visiter le monastère dé la Trinité , si célèbre par les vertus et les reliques de S. Serge ; les conjures en donnèrent
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aussitôt avis à Cheniyaka, ainsi qu'a Jean, prince de Mojaïsk , tous deux alors à Rouza , avec un régiment entier. Pendant la nuit du 12 février, ils arrivent dans le Kremlin , où régnait le csdme le plus profond ; personne ne pensant aux ennemis , tous les habitans s'étaient livrés au sommeil , à l'exception des traîtres qui , avec précaution, ouvrent à leurs compagnons les portes de la ville. Us s'emparent aussitôt de la mère , de l'épouse , du trésor de Vassili , d'un grand nombre de boyards dont ils pillent les maisons ; en un mot , ils prennent la capitale. Chemyaka envoya , dès la même nuit, Jean de Mojaïsk avec des troupes au monastère de la Trinité.
Dans l'ignorance de tout ce qui se passait^ le grand prince entendait la messe sur le tonabeau de S. Serge, lorsqu'un officier, appelé Bounko ^ accourt dans l'église , et lui découvre tout le complot. Cette nouvelle , de la part dîun homme d'abord son fidèle serviteur^ et passé ensuite du côté de Chemyaka , parut peu certaine au grand prince; il lui dit : « F'ous ne désirez que. nous » brouiller : ne suis-je pas en paix avec mes n frères ? » Il fait aussitôt chasser Bounko du mo* nastère ; mais bientôt après il se ravise , et ordonne à queh}ues-uns de ses gens d'aller occuper une montagne située sur le chemin de Moscou.
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L'avant-garde de Jean les ayant aperçus , en informé son prince , qui fait couvrir quarante ou cinquante traîneaux , de nattes sous lesquelles il cache des soldats ^ et il les dirige sur la montagne. Les gardes de Vassili n'ajoutaient aucune foi à la nouvelle de l'approche de l'ennemi ; ils regardèrent fort tranquillement passer le prétendu convoi : mais aussitôt arrivé sur la montagne , les nattes tombent , et l'on voit paraître ^des gens armés qui se saisissent de la négligente garde du grand prince . Trop certains que la victoire ne pouvait plus leur échapper , ils montent à cheval , et se rendent , au grand galop , au village de Clémentief . Vassili ne pouvait plus douter du péril : il voyait déjà les cavaliers de ses propres yeux ; il court à l'écurie , et demande un cheval ; il ne trouva rien de préparé pour son évasion : tous ses gens , glacés d'effiroi , ne savent ni ce qu'ils disent , ni ce qu'ils font. Cependant les conjurés sont déjà aux portes du monastère : le grand prince se réfugie dans l'église , dont le bedeau lui ouvré la portç , qu'il referme sur lui. Au bout de quelques instans le monastère est rempli de gens armés : Jean de Mojaïsk^ luimême , s'avance à cheval vers l'église , et demande où est le grjlhd prince. « Mon cher frère , » lui crie Vassili ^ qui reconnaît sa voix , ayez pitié
» de moi f Ne m* arrachez pas de ce lieu saint : » je consens à n'en sortir jamais ; j'y pren^ » drai V habit monastique, ^^fy ^f^i^rrcU dans » V état religieux. » Il détache alors Fimage de la Ste .-Vierge , placée sur le tombeau de S, Serge ; va ouvrir, sur-le-champ , la porte de Féglise , et court à la rencontre de Jean , auquel il adresse ces mots : « Mon frère et moH ami ; c'est devant » ce saint Crucijîx , devant cetfe divine image, » dans cette église , sur la tombe du vénérable/' » Serge, que nous nous sommes juré amitié et » fidélité éternelle ; d'où vient donc que vous me » poursuivez îExpliquez-moi ce tristeproèlème. a « Prince , lui répondit Jean , si fèous voulions » vous faire du mal, ce mal retomberait sur » nous. Nous ne désirons que le bien de la )) chrétienté, et nous n'agissons ainsi que p&ur » eff^rayer les serviteurs de Makhmet, qui vous » ont accompagné , et pour les forcer à dirtii* » nuer votre rançon. » Le grand prince remet ^ aussîtèt l'image à sa place , se prosterne devant le tombeau de S. Serge , et commence à prier à hante voix , avec tant d'onction , avec tant de ferveur , que ses ennemis même ne purent retenir leurs larmes; mais le prince Jean s'inclina légèrement devant les images^et se hâta de sortir de l'église ^ disait tout bas à Nikita , boyard de
ChetnyaKa : Assurez-vous de la personne de Vassili . w Où donc est inon frère Jean ? » demanda ce prince , aussitôt qu'il eut fini sa prière. « Tu » espristmnier du grand prince Umitri Yourié- » vitch , ») lui répondit Nikità en le prenant par le bras. {(La i^lonté de Dieu soit accomplie! » Telle fut la seule réplique de Vassili. Le cruel boyard fit jeter Tinfortuné dans un traîneau , avec un moine , et le conduisit , de la sorte , a la capitale : toi|^ les boyards moscovites furent enchainéis ; les autres serviteurs du grand prince n'obtinrent la liberté qu'après avoir été pillés et dépouillés de leurs vêtemens. ^
Le leçdemain on amena Vassili à Moscou , On crève dans le palais de Chemyaka , qui habitait une au grand autre maison. Pendant la nuit du quatrième jour, on arracha les yeux au grand prince , au nom de Dmitri Youriévitch, de Jean de Mojaïsk , et de Boris de Tver, qui lui firent dire ; « Tu chéris y> les Taiars , au point de leur fixer des pilles » entières pour les entretenir! tu ne ces^ses de » gorger les infidèles de Vor et de P argent des » ch'rétiens! tu accablés^ le peuple d^ impôts! » tu as fait creuer les yeux à notre frère » Vassili-le-Louche ! » On fit partir le grand prince et son' épouse pour Ouglitch : sa mère fut envoyée à Tchoukhloma : Jean et Youri ,
fils de Vassili , protèges par leur inûoceiice , échappèrent à la persécution ; leurs gouverneurs les avaient cachés dans le monastère de S. Serge , et pendant la nuit ils se retirèrent , avec leurs pupilles , chez le prince Jean Riapolovisky , dans le village de Boïarovo, non loin de Youref. Ce fidèle prince , secondé par ses deux frères , Si* niéon et Dmitri^ prit les ar];neS| rassembla un assez grand nombre de soldats^ et conduisit ces enfans, l'espoir d£ la Russie , à Mourom^ place fortifiée , qui lui sembla plus sure que toute autre ville.
Cependant la terreur régnait dans toute la grande principauté. On y déplorait le sort du trop malheureux Vassili , et l'indignation y éclatait de toutes parts contre Chemyaka. Yassili Yaroslavitçh, prince de Borofsl, et frère de lagrande princesse Marie , honteux de rester en Russie après le crime affreux qui venait de s'y consommer^ se retira en Lithuanie^ où Casimir lui donna en apanage Briansk , Gomel , Starodoub et Mtislavle : mais tous les nobles de Moscou prêtèrent, quoiqu'à contre - cœur , serment de fidélité à Dmitri Chemyaka. Un seul, nommé Théodore Bassenok , osa déclarer solennellement que jamais il n'obéirait à un barbare ni à un usurpateur. Dmitri le fit enchaîner ; mais Bassenok s'échappa de sa prison, et se réfugia en Lithuanie,
^"vùC beaucoup de ses partisans , auprès de V^ili Yaroslavitch , qui le créa lui et le prince Sin^éon Obolensky> ses lieutenans dans la ville de Briansk. Ghemyaka , revêtu du titre de grand prince , donna Souzdal à Jean de Mojaïsk ^ son odieux complice ; mais bientôt après il lui reprit cette province pour la céder , en vertu d'un traité , à Vassili et à Féodor Youriévitch , petit - fils de Kirdiapa. H eut l'imprudence de la reconnaître comme leur légitime patrimoine^ ainsi queNijni^ Gorodetz et même Yiatka , anéantissant , de la sorte y l'œuvre utile ^ de VassUi F'., qui 'avait réuni la principauté de Souzdal à celle de Moscou. Dans ce traité, Ghemyaka ne se réserve que l'honneur de l'ancienneté. Il consent à ce que les Youriévitchs , ainsi que leur bisaïeul Dmitri Constantinovitch , régnent indépendans , et cori^espondent immédiatement avec la horde. Les deux parties contractantes s'engagent à n'entamer aucunes négociations avec le malheureux Vassili; les villages et terres achetés par les boyards de Moscou , aux environs de Souzdal , de Gorodetz , de Nijni , dey aient rentrer > sans aucune indemnité , au pouvoir des anciens propriétaires , etc. Quel motif put engager Gheniy aka à se montrer si généreux envers deux exilés , qui , ayant refusé de servir Vassili-l'A-