TOME V
dant : vers Tan 1292, il s'était empare de quelques places en Bythînie, en Paphlagonie et dans F Archipel. Ses successeurs surent marcher avec tant de succès sur les traces de cet ambitieux conquérant, que, déjà vers la fin du XW*. siècle , ils étaient maîtres de toute l'Asie mineure , de la Thrace , et qu'ils percevaient un tribut sur Constantînople. Tamerlan et les guerres civiles qui désunirent les fils de Bajazet arrêtèrent, pour quelque temps, le. cours impétueux de leurs conquêtes ; mais leur triomphe fut couronné sous Mahomet II , par la prise de Byzance* Cette cruelle catastrophe n'était pas un coup imprévu : depuis long-temps l'Europe l'attendait avec inquiétude ; et les victoires remportées par les Turcs sur les rois de Hongrie , JSigismond et Vladislas , portèrent l'effroi dans le cœur des souverains de l'Europe, devenus insensibles aux cris des Grecs, sur qui planait l'orage de la destruction. Au moment même où Mahomet s'apprêtait à assiéger leur capitale ^ alors qu'il disposait ses légions et construisait des forteresses sûr les bords du Bosphore , les Grecs , en proie au délire le plus insensé , se maudissaient les uns les autres , pour des opinions théologiques ! Le célèbre cardinal Isidore , jadis métropolitain de Bussie , se trouvait a cette époque dans les murs de Byzance : au nom du pape , il proposa à
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Goïiistanlin de^puissans secours , à condition que k clergé grec confirmerait le décret d'Union du concile de Florence. L'empefeur > les seigneurs^ le haut clergé y ùoiisentirent ; mais le peuple ne voulut point prêter l'oreille à cette réunion : des moines et des religieuses fanatiques allaient criant par les rues : « Malheur aucù hérétiques latins y » Vimage de la Ste.^P^ierge nous sauvera /... » Cependant l'étendard du sultan flottait déjà devant la porte de Sainte-Romain : Mahomet ^ à la tête de deux cent mille hommes et de trois cents galères s'approche de Constantinople dont la population s'élevait à Cent mille habitans, sur lesquels cinq mille seulement^ citoyens et moines^ s'armèrent pour sa défense ; les autres ne faisaient que se lamenter^ prier dans les églises y ou sonner les cloches afin d'étouffer le bruit effrayant de l'artillerie de Mahomet. Cette poignée d'hommes^ soutenue par deux mille étrangers, sous les ordres du brave Gétiois Justiniani , représentait toute la puissance de l'empire d'Orient. Les Grecs s'attendaient à quelque miracle en leur faveur ; mais il n'arriva que ce à quoi il fallait infailliblement s'attendre ; Mahomet renversa les murs de la ville : sur les cadavres des Janissaires , il entra dans Constantinople , et la mort glorieuse du magnanime Cmistantin mit \iii tçrme à l'emi^re
d'Orient* Ce prince généreux tomba au milieu
des ennemis en s'écriant : « Pourquoi me faut-il
» périr de la main d^un infidèle? n
Il est probable que quelques uns de nos com-
CoDstanii- patriotes furent témoins oculaires de cet événe-
nople par *■ ,
»e« Turcs, ment ; car l'annaliste de Moscou raconte , avec les plus grands détails , toutes les circonstances du siège et de la prise de Constantinople y ajoutant avec horreur que l'église de Sainte-Sophie , ce tem[de oiiles ambassadeurs de Vladimir avaient admiré la splendeur et la pompe du culte divin ^ fut convertie en une mosquée du £siux prophète. La Grèce était pour nous comme une seconde patrie ; les Busses se rappelaient toujours y avec reconnaissance ^ qu'ils lui devaient le christianisme > les premiers arts et diflërens avantages de la vie sociale. Dans la ville de Moscou ^ on parlait alors de Constantinople , comme dans l'Europe moderne , on parlait de Paris du temps ^ de Louis XIV. Nous n'avions pas (l'autre modèle pour la magnificence des cérémJoiiies de l'Église , pour l'éclat de la CQur , pour le goût , et l'opinion en général. Cependant, tout en compatissant au malheur des Grecs , nos annalistes portent un jugement impartial ^ur eux^ et sur les Turcs. Voici leurs jftropres expressions : a Skms » la crainte^fâç» lùi^ j^ i^n empir% est comme un
» coursier sam frein. Constantin et ses ancétreé » permettaient aux seigneurs d^opprimer le » peuple ; plus de Justice dans les tribunaux y » plus de courage dans les cœurs/ les Juges » composaient leurs trésors des larmes et du » san^ des innocens; les soldats grecs n^ étaient » plusjiers que de la richesse de leurs pétemens ; » le citoyen ne rougissait pas de recourir à la » perfidie; le soldat n^ avait pas honte de prendre » la fuite ; le Seigneur enfin lança sa foudre sur » d^ indignes souverains^ en suscitant Mahomet y M dont les guerriers se Jouent de la mort dans » tés combats; dont les Juges ne trahissent point » leur conscience. Il ne reste plus maintenant » d^ autre empire orthodoxe ^ que celui des Russes, » et voilà comme se sont accomplies les prédic- » tions de S. Méthodius et de S. Léon-^le^Sage, » qui annoncèrent Jadis que les fils d^Tsmaëlfen raient la conquête de Byzance;peut-^tre même » verrons-nous s^ accomplir celle qui promet aux » Russes de triompher des enfansd' Ismaël et de » régner sur les sept collines de Constantinople.» ^ous avons déjà fait mention dans l'hîstdire d'Yaroslaf-le -Grand de*cette ancienne prëdictior^^ objet de consolation pour les Russes! Les autres peuples de l'Europe^ sans liaisons lu^raes avec ia Grèce, restèrent presque in-
différons à ses malheurs, et le pape Nicolas Y se vanta même d'en avoir prédit la destruction, parce qu'elle avait manqué aux clauses du concile de Florence. Le cardinal Isidore , fait prisonnier par les Tares dans G>nstantinople , parvint à briser ses fers ; à son retour en Italie^ il écrivit à tous les souverains de Toccident , qu'il était de leur devoir de s'armer contre Mahomet, précurseur de F Antéchrist et fils de Satan ^ mais cette lettre éloquente, insérée dans les annales de l'Eglise latine^ ne produisit aucun effet (i 5). Récompensé , par la faveur du pape, de tout le zèle qu'il avait déployé et de tous les maux qu'il avait soufferts, Isidore mourut à Rome avec le titre de patriarche de Constantinople . Il fut enterré dans l'église de Saint-Pierre, après avoir pendant toute sa vie déploré la ruine de l'empire grec, sa chèi-e patrie , au salut de laquelle H sacrifia la pureté de croyance de ses ancêtres.
D'ailleurs , en déplorant le sort de la Grèce,, les Russes ne pouvaient penser /jue la puissance du nouvel empire turc dut jamais dé venir dangereuse pour eux. La pénétration n'était pas alors le caractère ^ notre politique; elle se bornait à voir les dangers présens, sans songer à ceux qui pouvaient* nous menace): un jour. Les Tatars et la Lithuanie limitaient sa sphère
d^activîté ; les Allemands de Lîvonîe et les -Suédois étaient les ennemis particuliers des républiques de Novgorod et de Pskof ; le reste était potir nous un monde tout-à-fait étranger, et plutôt un objet de curiosité que de politique.
C'est à dater du règne de Vassili qne nous 4êiaL(?rde voyons figurer la horde de Crimée , formée par ^ "'«**'. Edigée de différens camps mogols épars sur lès bords de la mer Noire. On rapporte qu'au moment de mourir, cet illustre prince conjura ses fils de ne point partager ses Etats ; niais , peu dociles au conseil delewr père, il eut à peine fermé^ les yeux , qu'ils effectuèrent ce partage , et qu'ils périrent tous victimes des guerres civiles. Les Mogols de la mer Noire élevèrent alors à la dignité de khati , un jeune homme de dix-huit *
^ns , nommé Azi ^ iPun des descendans de Genghiskh^ , arraché à la mort et élevé par un laboureur dans la simplicité de la vie des chamys. Pénétré de reconnaissance , ce jeune homme joignit à son nom celui de son bienfaiteur, et se fit appeler Azi-Ghireï.Tous les khans de Crimée,pour conserver le souvenir de cette particula- •
rîté^ ont conservé, jusque dans "les temps les ; plds modernes, le surnom de Gkireïs, D'autres
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historiehs écrivent qu^Azi-Ghîreï , fils oii pefîtfiîs de Tokhtamouisch j naquit à Troki ; ville de Lithuanie ,- et que Vitovte lui procura la souve- . raineté de la Tauride : cette opinion serait assez admissible^ car ce kban fut toujours Tami zélé des Lithuaniens^ et n'inquiéta jamais leurs possessions^ qui s'étendaient jusqu'à Itembouchure du Dnieper et du Dniester , ^t comprenaient le territoire de Rrementchoug, de Mitchourîn et d'Otchakof. Azi-Ghireï soumit à sa puissance un grand nombre de tribus tatares dans les environs de la mer Noire , et fonda une nouvelle horde indépendante , œnnue sous le nom de horde de Crimée. 11 imposa un tribut sur les villes que les Génois possédaient ei^ Tauride ; il avait des relations avec le pape , et , pour punir les Tatars du Volga de leurs fréquentes incursions dans les provinces de Clasimir , il défit le khan Sedi-Achmet, notre ennemi; colbi-ci, p^r fuir son vainqueur, chercha un refuge en Lithuanie, Oà il fut renfermé dans une prison : (c Démarche peu ^conforme à la saine V politique y dit un historteh polonais; car^ en » contribuant à l^ anéantissement de la horde » du F'olga* nous nous préparions c^s enr » nemis bien dangereux dans les Russes f Jai'^
M hles jusqu^ alors sous le joug des Moggls. » Ce nouveau repaire de brigands , célèbres sous la dénomination de Tatars de Crimée', fut une source d'inquiétudes pour notre patrie , jusque dans les temps peu éloignés de nous*
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