‹ Histoire de l'empire de Russie (volume 2)Chapitre 13 sur 18 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

État de la Russie j depuis Vinvasion des Tatars jusqu^à Jejn III.

Parallèle de la Russie avec les autres puissances de F'Ëurope. -— Suite de notre asservissement. — Introduction de la peine de mort et des punitions corporelles. — Heureux efiets de la religion. — Changement de Tordre civil. —Commencement d^FautocraUe. —Progrès tarcBfe de la monarchie. — Puissance progressive de Moscou.— Le bien naît quelquefois du mal. — Privilèges ivt clergé. — ^ Caf actëre du clefgë russe. — Ëloignement des Russes pour les moeurs des Tatars. — Jimisprudence* — Art milit^ôre. — Origine des. CosaqB| — Commuée: — Inventions. — Arts. *— Littérature. — Proverbes. — £lhansons. — Langue.

£ii^FiN houSl touchons au but 'des longs efi^rj& de la Mbscovie : 11 ^st Venu cq çioment où les Busses -vont secouer le JMg^ où la ^atHe va*

^'^^^^^^^'^^^^^^' ^^s } avant de porter nos

regards sur çt grand ëyénenveût , le lecteur ne

' s^ pas lâche 4e trouver ici auelquesîdées sur

Yéisâ. ^ la Russie a cette 4pû(]ue^sur^«ùites

de l'esclavage dans lequel «lie eut à gémir pendant deux siècles entiers.

Il y eut un temps où y fondée , agrandie païf ParaHèie

kl • 11 1 ^j •*. ' de la Rus-

pouYOïr monarchique^ elle ne le cédait en sie avec les

rien , sou$ le rapport de la force et de la civi* pufMan-

!•,• •> • * / ces.

lisation , aux premières puissances européennes ^ établies par les nations germaniques sur les débris de l'empire d'Occident. Sous un système d'uniformité ^ avec le caractère > les lois ^ les < usages et les constitutions reçues des princes varègues ou allemands ^ elle s'était montrée, dans la nouvelle organisation politique de l'Eu-* rdpe , avec des droits réels à la considération des souverains. Elle avait l'inappréciable avantage de se trouver sous l'influence inmiédiatê* de la Grèce, seule puissance qui iï'eùt pas été renversée par les barbares.- Le règne d'Yaros*. laf-le-Grand fut sans doute cette beureuse épQque pour la Russie. Afifermie dans le christianisme et dans l'ordre politique , efte avait dés ^ * pjjjêtresr pour éclairer les consciences' , des écoles, des lois, des institutions commerciales, une 1 sufrxpée nombreuse , wa^e flotte , une monarchie '^ . et la liberté ^ civile. jQu'était J^EJurofife au.cenvmencement du onzième siècle , sin#n \é théâtre dm la tyrannie ieodalç ? Offrait-elle d'autreç ta7 * , Meatrx ^ cekî de^ la faiblq^se ées souycfains ,

444 HISTOFRE '

de Faadace des barons , de Tesclavage du peuple; celui enfin de Tignorapce et de la superstition ? îje génie d'Alfred et celui de Charlemagoe brillèrent^ k la vérité, au milieu de ces ténèbres ; mais leur éclat passager s'éteignit bientôt :.il ne resta d'eux qu'un glorieux souvenir. Leurs institutions f leurs vues bienfaisantes descendirent avec eux dans la tombe.

. La division de notre patrie en apanages, SCS jiombreuses guerres civiles , épuisèrent ses forces et arrêtèrent les progrès des lumières en 'Russie. Elles restaient au même point, ou ne g^avançaîent qu'à pas lents, tandis que le reste de l'Europe s'élançait vers la civilisation. Elk

' dut aux croisades la connaissance des arts et des

sciences dé l'Orient. Ces lointaines expéditions

.firent renaître le commerce et lui donnèrent plus

; 'jd'^tenduiB. Les villes et les villages s'afiTrancfai-*r^nt à prix d^argent du despotisme des baroBS ; 'Iqg souverains, de* leur propre mouvement, accordèrent^ Ifurs Sujets dès droits et des privi-

- léges favorables a l'intérêt général , à Tindustck et même auxbonnes mœurâiUne meilleure police commençâ^à réprimer la wolence y à garantir la sûreté des gi'and^ if ou tes , à protéger la vie et les ^propriétés des citoyerfs. La découverte du code jte^Qàtimen , ^Arnalfi ,f at une jbeure^ époque

pour la jurisprudence européenne. Les idées, sur cet important objet de gouvernement, devinrent plus claires et plus fixes. Uusage univer-? sel de la langue latine donna lieu au clergé, comme aux laïcs , de puiser des pensées et des connaissances dans les ouvrages des ancieqs, échappés à l'inondation des barbares. En un mot, dès la moitié du onzième siècle, l'état de l'Europe s'améliora visiblement , tandis que , depuis Yaroslaf-le^Grand jusqu'à Bâti, la Rpssîe , arrosée du sang et des larmes de ses peuples , vit l'ordre , le repos , si nécessaires aux progrès des lumières , troubla sans cesse par de cruelles guerres civiles ; de façon qu'au treizième siècle, nous n'allions plus de pair avec les puissances occidentales , sous le rapport de la civilisation.

L'invasion de Bâti bouleversa notre patrii»., . La dernière étincelle de son existence politique aurait pu s'éteindre ; heureusement elle se con- > serva sous des cendres. La Russie ne fut point anéantie ; seulemen ton vit ^raitre un nouvel ordre de choses affligeant pQur l'hutnapi^ , sur- » tout au premier coufMi'œil. Cependant des ôb- * servations plus approfondies nous font décou** vrir dans le mal même la source dn bien : dans la destruction, le germe .de la régénération.^ ^

• I^es twèbre^ de la barbarie , <m obscurcissant

•fi

l'horizon de la Russie ^ nous cachèrent TEùrope au moment où les découvertes et les bienfaits de la civilisation s'y multipliaient dé jowr en jour. Alors que les peuples s'afiranchissaîent du servage, et que par d'étroites alliances entre elles> les villes faisaient cause commune contre la tyrannie , l'invention de la boussole vint étendre la navigation et le commerce ; les métiers, Its arts et le^ sciences furent encouragée par les govivernemens ; des universités instituées dans plusieurs pays; l'esprit s'habitua bientôt à la contemplation ,^ à l'enchaînement logique des idées ; les mœurs s'adoucirent ; les guerres perdirent cette férocité qui les avait jadis caractérisées. La noblesse rougit du brigandage ; l'honneur .et la grandeur d'âme guidèrent les nobles chevaliers , défenseurs de l'innocence opprimée ; enfin les hommes s'accoutumèrent k connaître et il chérir ôette politesse , ces égards mutueb qm font le charme de, la société... Pendant ce temps, la Russie, déchirée par les Mogols^ s'épuisa^nt en efforts pouf ne pas disparaître entièrement , pouvait-elle songer aux progrès de

la civilisation ?

Si le$ Mpgols en eussent agi avec nous ^OQfime ils l'avaient fait dans la Chine et dans rinde , ou çonftne les Turcs s'élaiw^t conduits

en tSrèce } s'ils eussent renoncé à leurs c^serts , à leur vie nomade , pour s'établir dans l'enceinte de nos villes , peut-être leur empire subsisterait-il encore aujourd'hui. Heureusement le climat rigoureux de la Russie leur fit rejeter cette idée. Le seul but; des khans était de nous gouverner de loin; car , peu jaloux d'administrer ' . eux-mêmes nos provinces, ils n'exigeaient de ', * nos princes que de l'argent et de la sou^mission. Mais les ambassadeurs de la horde , et les ba^- Si^jcs^^©

' notre tiS-

laks , qui représentaient la personne des kljans^ ^ervisseavaient une puissance arbitraire ; lés marchands, et jusqu'aux vagabonds mogols, se conduisaient » à notre égard comme avec des esclaves. Quelle • devait être la suite naturelle de cet état * de * • choses ? l'avilissement moral du peuple. L'or- •

gueil national s'anéantit parmi les Russes; ils «

eurent recours aux artifices , qui suppléent à la force chez des hommes condamnés 4 une obéissance servile. Habiles à tromper les Ta^rs^^ ^Js ^ devinrent aussi plus savans dans l'art de.«e tromper mutuellement. Achetant des barbares leur *■ , sécurité personnelle, ils furent plus avîdefs d'ar* » . gent et moins sensibles aux iajures , à la honte / * ^ exposés s^ns cesse à l'insolence de tyrans étraii-^ \

gers. Depuis Vassili Yaroslavitch ji^/squ'^Jean K.alita , période la plus .désastreuse de notre hîs- *

448 HlSTOIRi

toire 9 la Russie offrait plutôt l'aspect d'une soq?-

bve forêt que celui d'un empire. La force tenait

lieu de droit ; le pillage , autorisé par l'iropu-

" ^nite , était exercé par les Russes comme parles

Tatars. Aucune sûreté sur les routes ni dans

Fintcrieur des maisons; et, telle qu'une maladie

. • contagieuse , le vol attaquait toutes les proprié-

. ^ . tés. Lorsque ces horribles ténèbres de désordre

commencèrent à se dissiper, et qu'après des

• • ** temps de stupeur , la loi , cette âme des société ,

; âe fut réveillée de son spmmeil léthai^qne, il

fadlut recourir à une sévérité inconnue aux an-

*ciçiis Russes. La cruauté des supplices ordonnés

y par la loi atteste sans doute l'endurcissement

^ des/cceurs , et ne vient jamais qu'à la suite de

crîrties soiïvent répétés. Le bon, le généreux

Monomaque disait à ses enfans : w Ne faites point

» périr le coupable^ car la vie d'un chrétien

>• est sqcréê^. » Et cependant le vainqueur de

. afeaiâî, diHit l'âme n'était pas moins belle que

celle du-vaînqueur des Polovtsi , Dmitri institua

inti#aùo la peine de mort, comme le seul moyen d'épou-

ÎITiîi» *de vanter le crime. De légères amendes pécuniaires

puitidon» avaient pfa jadis repnmer le vol parmi nos an-

•orporcl- ^^^^^ j)^g ig quatorzième siècle, la potence

ëtsiit Aéjà ie supplice réservé aux voleurs. Le Russe du siècle d'Yaroslîtf ne connaissait les coups

que tlans la chaleur d'une dispute» Ce fut le joug des Tatars qui introduisit parmi nous les punitions corporelles; on était marqué pour un premier vol^ et battu du kaout pour les crimes d'Etat; mais la honte de la flétrissure pouvaitelle être très^efficace dans un pays où un homme marqué n'était point banni de la société ? Si nous avons vu des crimes dans notre histoire ancienne , les temps dont nous parlons nous présentent des traits bien plus forts de la férocité des princes et du peuple ; car ^ en s'empjrant des âmes , le sentiment de l'oppression, la crainte, la haine, impriment aux mœurs un caractère sombre et farouche. Les circonstances servent toujours à expliquer les qualités morales d'un peuple. Cependant comme l'effet dure souvent plus longtemps que la cause, les petits-fils, bien que vivans dans d'autres circonstances , ont quelques restes des vertus ou des vices de leurs aïeux , et il se pourrait même -que le caractère stf tuel des Russes conservât quelques-unes .des taches dont l'a souillé la barbarie des Mogols.

- Plusieurs auteurs ont pensé que la superstition ^ nous avait empêchés de prendre les armes contre ces tyrans ; que les Russes , considérant dans cçs ennemis les instrumens de la colère du Très-Haut , n'avaient pas osé se révolter contre Tome V. s ' 29 •

^5o HISTOIRE

les exécuteurs des volontés célestes , comme la populace croît encore jusqu'à présent que les moyens ordinaires soiït insuffisans pour ëtein- •dre.un incendie allumé par la foudre- L'histoire contredit évidemment cette assertion : elle nous fait voir plus d'une fois les Russes essayer témé* rairement de briser leurs chaînes ; mais elle nous montre leurs tentatives, infructueuses, faute d'utiionetde fertneté.Nous remarquerons qu'avec plusieurs autres sentimens élevés, qui jadis avaient fait la base^de notre caractère, on vît s'afïaiblir en nous le courage, alimenté surtout par l'orgueil national : tandis qu'autrefois nos princes n'avaient connu d'autres lois que leur épee, ils recouraient alors aux plus lâches artifices , aux plus viles dépositions. Nos anciens capitaines, pour embraser le courage de leurs guerriers , leur parlaient de honte et de. gloire :1e héros du Don promettait aux siens la couronne des martyrs ; et. si pendant deux siècles , marqués du sceau de l'esclavage , les Ilusses né perdirent point toute moralité, tout amour pour la vertu et pour la patrie , rendons-en grâce ^ux heu- Heureux rcux cffets de la religion. C'est à elle qu'ils sont TeUglon. * redevables d'être restés hommes et citoyens ; elle préserva leur cœur de l'endurcissement; elle leur faisait entendre la ^^oix de la conscience^

DE RUSSIE. , 45l

Endn^ aune époque où ie nom de Russe était avili, ce peuple s'honorait de celui de chrétien, et chérissait encore sa patrie comme le séjoui: de la vraie religion.

L'ancien ordre intérieur de l'Etat fut changé i Change-

' , .'- • iTi^ raent dan*

tout ce qui portait quelque empreinte de liberté ', i ordie cU tout ce qui pouvait rappeler les anciens droita dont avaient joui les citoyens > fut restreint et disparut. Les princes , qui , à la horde / rampaieni aux pieds des khans , en revenaient pour exer-cer le pouvoir tyrannîque qu'ils recevaient de ces c]|efs suprêmes. Sous la domination des Mogol^, on vit s'exécuter facilement et sans vîoleiice ce que n'avaient pu faire ni Yaroslafle-Grand, ni André Bogolubsky, ni Vsevo^ lod III. Ni à Vladimir, ni dans aucune ville , à l'exception de Novgorod et de Pskof , on n'en-^. tendit plus la cloche du velché ou assemblée du peuple , cette voix du suprême pouvoir national , souvent séditieuse, mais toujours chère aux descendans des Slaves-Russes. Ce droit de nos anciennes cités n'était plus l'apanage des villes modernes, et Moscou, Tver, qui s'élevèrent sous les Mogols, ne purent en jouir. Nos annales ne font mention que d'un seul concile tenu à Moscou; encore en parlent-elles comme d'un fait extraordinaire. C'était à l'époque où la capitale, mena-*

cée par l'ennenii , abandonnée de son souyerain , se voyait en proie à l'anarchie et réduite à la dernière extrémité. Les villes perdirent même le privilège d'élire leurs chefs militaires; car , par l'importance et l'éclat de leur rang , ils excitaient l'envie des officiers des princes, et souvent celle des princes eux-mêmes.

L'origine de nos boyards se perd dans la nuit des temps , et cette dignité pouvait être plus ancienne encore que celle des princes ; elle dé* signait les héros et les citoyens les plus illustres , dont l'emploi , dans les républiques slaves ^ était de commander les armées et d^exercer la justice. Quoique cette dignité paraisse n'avoir jamais été héréditaire, mais toujours personnelle; bien que dans la suite elle fut devenue une récompense accordée par le souverain , chacune de nos anciennes villes avait ses boyards particuliers à la tête des autorités locales ; les boyards du prince eux-mêmes jouissaient d'un certain droit d'indépendance. Dans les traités des quatorzième et quinzième siècles, on confirme ordinairement la liberté , à eux concédée , de ps^er du service d'un prince à celui d'un autre. Mécontent à Tchernigof , un boyard, à la tête de sa garde , se rendait à Kief, à Galitch , à Vladimir; où il trouvait de nouveaux domaines > de

nouvelles ma?:'ques de considération publique. En un mot, ees premiers fonctionnaires de l'État paraissaient , depuis long-temps ,! au peuple , des hommes supérieurs ; et' par le droit ex-clusif qu'ils avaient d'occuper les principaux en> plois auprès de la personne du prince , ils formaient chez nous une espèce d'aristocratie. Mais lorsque la Russie méridionale fut tombée au pouvoir des Lithuaniens; lorsque Moscou eut augmenté sa puissance par la réunion des villes et terres appartenant aux princes apahagés^; lorsqu'enfin le nombre des princes souverains fut réduit , et que l'autorité du chef de l'Etat eut acquis une plus grande extension , lar dignité de boyard perdit beaucoup de son importance primitive. Dans quelle ville de Russie un boyard poursuivi par Vassili-F Aveugle aurait-il pu trouver du service ? Déjà Tver , affaiblie, se préparaît elle-même à subir le joug de Moscou. L'auto?rité du peuple favorisait aussi celle des boyards ^ qui pouvaient , à l'aide des citoyens , avoir influence sur le prince, ou , réciproquement, par le prince sur les citoyens. Ce soutien ayant dLsparu,^ il fallut obéir au souverain , sous peine d'être regardé comme traître ou comme rebelle, et il n'exista plus aucune voie légitime de s'opposer à ses volontés. En un mot, on vit naître l'autocratie.

454 iriSTOlRK

Commen- Ce changement fâcheux , sans doute , pour les

cément de " r 1 i

Tautocra- citoycns ct Ics boyaros de ce temps , fut le pms grand bienfait de la Providence pour la Russie. Malgré quelques formes de cette liberté républi» caine , qui ne peut convenir qu'à de petits Etats, nos ancêtres n'avaient pu résister aux volontés de monarques tels que S. Vladimir et Yaroslat le-Grand; mais ils se servirent/ de ces formes au moment ou l'empire, déjà morcelé, s'affaiblissait encore par la lutte do pouvoir des princes avec celui du peuple. Si, dans d'imminens dansers , Rome avait reconnu la nécessite d'un dietateur , quel autre moyen la Russie^ vaste cadavre deffuis l'invasion de Bâti , aurait-elle pu employer pour raviver son existence , pour ressusciter son antique gloire ? Il fallait , pour la réussite de ce grand projet , qu'il fut conçu dans le secret , qu'il fîit produit par* une seule pensée, exécuté par un seul bras. Ni les bruyantes assemblées populaires, ni les lentes délibérations de l'aristocratie, n'auraient produit cet éflet. Dans son abaissement même , le peuple est quelquefois capable de grands eflbrts de générosité; mais cela n'arrive que lorsqu'il est dirigé, animé par le génie des grands hommes qui le font mouvoir. Le pouvoir des boyards fit naître des intrigues et des séditions. Si le conseil des grands

est parfois Toraclé à^ la sagesse pour les princes ^ combien de fois aussi l'esprit de parti ejt les pasr siôns n'en dictent-ils pas les décrets ? On vit à différentes reprises les boyards fomenter des -guerres civiles parmi les princes russes ; souvent même on les entendit porter plainte contre eux devant les khans. L'autocratie • en déracinant t:es abus , éloigna les princîpau^t obstacles ppr posés à notre indépendance ,. et contribua à la réunion des divers Etats qui formèrent la Russie monarchique ^ sous Jean III , destiné à achever cette œuvre du génie .

L'histoire atteste qu'il est un temps pour Ter- Progr^^ reur comme pour la vérité. Combien de siècles Tauiocrali'a-t-il pas fallu aux Russes pour se convaincre que la réunion des apanages était indispensable à la prospérité de l'Etat ! Quelques-uns de nos souverains avaient tenté cette réunion , mais faiblement, mais sans cette énergie qui seule . |>ouvait en assurer la réussite f et leurs successeurs détruisirent de nouveau tout leur ouvrage. Que de lentet(r , que défausses mesures ne remarquons-nous pas liiéme dans les efforts de Moscou pour atteindre à l'unité de l'Etat , bien que cette ville fut plus instruite à l'école de l'expérience que Rief et .Vladimir !

Le mode de succession fut amélioré j les an-

lie.

ciens apanages retournèrent à la grande principauté : mais bientôt celle-ci fut encore morcelée entre les fils et petits-fils de Jean Ralita. A proprement parler , la M oscovie ne formait point alors une véritable monarchie ; car les droits de justice , ceux des douanes et les revenus de la capitale , appartenaient en commun à tous ces princes. Ils avaient tous leurs institih' tions, leurs lois, leurs troupes, leurs monoaies particulières j et le droit d'ainesse ne donnait au grand prince d'autre privilège que celui d'exiger l'exécution de son système de politique , de se faire fournir des soldats pour la guerre et de l'argent pour les khans. Mais cette obligation n'était que conditionnelle. Si le grand prince violait le traité^ dont les engagemens étaient toujoure réciproques ; s'il cherchait à opprimer les princes apanages , ils pouvaient lui renvoyer cet acte et recourir à leur épée pour se faire rendre justice. Le peuple, les citoyens, les boyards des apanages ne connaissaient que leur prince particulier ; ils, ne prêtaient point serment au souve* rain de Moscou ; et , en cas de guerre civile, ils répandaient le :sang de ses sujets sans mériter le nom de rebelles. Tel était encore l'usage sous V^ssili-l' Aveugle , malgré sa prépondérance dans es affaires des princes ,. prépondérance si positive

cou.

qu'il lui eût été facile de devenir monarque absolu. "Tout dépendait d'une volonté ferme et d'un caractère résolu ; tout était mur pour un heureux changement, et nous allons indiquer, ou plutôt rappeler au lecteur , par quels moyens il s'était préparé.

Moscou , jadis l'un des plus pauvres apanages s^^^u^Jnt de la principauté de Vladimir, commença à j^'^^io^'! s'illustrer sous Daniel , auquel Jean Dmitriévitch , petit-fils d'Alexandre Nevsly , légua Péréslavle- Zalesky , et qui ayant vaincu le prince de Bézan, lui enleva plusieurs districts. Georges, fils de Daniel , beau-frère du khan Usbeck , réunit à sa principauté la ville de Kolomna , fit la conquête de Mojaïsk, et obtint pour lui, du chef de la horde , la grande principauté de Vladimir ; après lui , Jean Kalita , son fils , véritable auteur de la moi't d'Alexandre de Tver , devint réellementle chef de tous les autres princes, bien moins par la force de ses armes que par la protection dIJsbeck, dont il sut gagner l'amitié, en employant tour à tour et les flatteries et les présens.

Il est curieux de remarquer que le Joug des Tatars serpit à grossir le trésof* des grands priw ces. Le dénombrement des habitans , l'introduction de la capitation et de différens impôts jus-

^ju'alors inconnus , et prélèves àii nom du khsin , alluient^ par l'adresse des princes, augmenter leurs propres revenus. Il était facile de tromper dans des calculs , déjà forf; embarrassans par eux-mêmes , les baskaks , qui , d'abord tyrans de nos souverains , s'aperçurent qu'il était dans rintérêt de leur cupidité de devenir leurs amîs. Le peuple murmurait , il est vrai , mais il payait : la crainte de tout perdre lui faisait trouver de nouveaux moyens de satisfaire l'avidité des barbares. C'est ainsi que s'explique Tétonnante opulence d^ Jean Kalita. Il acheta un grand nombre de domaines dans différens apanages^ et fît même l'acquisition de provinces entières, dont IjBS priïv^es trop faibles , exposés sans cessé aux incursions des Mogols , ou opprima par sa propre ambition , furent contraints de lui céder leurs droits héréditaires , afin de trouver en lui un défenseur pour eux et pour leurs peuples. Ces princes , qui partaient le nom de rançonnés y restaient néanmoins dans leurs apanages , bien qu'ils les eussent vendus à Kalita^ et ils y jouissaient de' certains revenusi et privilèges. Ouglitch, Biélo-Ozéro, Galitcb, Bostof , Yarqslavle , redevinrent villes de la grande principauté , comme elles l'avaient été sous Vsévolod m. ;

Tel était le degré de puissance où Moscou était parvenue par les efforts de. Jean Kalita^ lorsque son petit- fils Dmitri osa livrer bataille aux Mogols. Ce hérps n'en retira que de la gloire; mais comme la gloire d'un Etat en augmente la force, le successeur Me Dmitri > fêté et honoré dans la horde, en revint avec des titres authentiques aux principautés de Souzdal , de Gorodetz et de Nîjni-Novgorod. Il rétablit ainsi dans son intégrité Vancienne grande principauté de Souzdal , telle qu'elle avait existé sous André Bogolubsky. Par l'acquisition à Famiable de Mourom, Toroussa, Novossil,Kozelsk et Pérémysle , anciens apanages de Tchernîgof , il étendit les limites de la Moscoviç , qui ^ outre ces possessions , maîtresse de Viatka , et comprenant déjà la plus grande partie des pays gouvet'nés jadis p?ir Yaroslaf-le-Grand , se trouvait consolidée par les bases mieux assurées de l'autocratie. Rurik , Sviatoslaf , Vladimir , s'emparaient des pays l'épée à la main ; les princes de Moscou atteignaient le même but par leure soumissions à la horde > soumissions humiliantes sans doute, mais auxquelles la Russie doitpeutr être son existence et sa grandeur. Y aroslaf avait contenu le peuple et les boyards par l'éclat de sa gloire : mais accablés par la tyrannie des khans,

46o HISTOIRE

les Busses ne disputaient plus sur leurs droits avec le monarque de Moscou, n'exigeant de lui que du repos, et sa protection contre les violences des Mogols : ils voyaient des princes, autrefois souverains, servir à la cour du héros du Don, de son fils, de Vassili-F Aveugle, et regrettaient moins leur ancienne liberté, t L'histoire n'admet pas l'optimisme , et ne doit pas chercher, dans les événemens, des preuves que tout est pour le mieux ; car la saine raison, premier guide de l'historien, lui.fait grâce de ces futiles subtilités. L'invasion de Bâti qui couvnt la Russie de cendres et de cadavres ; un esclavage aussi long , aussi cruel , accablant toute la nation, sont, sans contredit , une des plus grandes calamités que nous présententles fastes du monde. Dans le Cependant on ne peut s'empêcher de convenir

niJïl se *■ * ^ ^ /Il

trouve que ces malheurs amenèrent aussi des résultats

quelque- ^

fois le çreiv favorables. Il eût été à désirer, sans doute, (\^

uic du t

bien, quelqu'un des descendans d' Yaroslaf eût détourne ces désastres, en rétablissant l'unité monarchique en Russie ; il eût mieux valu que , par les principes de cette sage autocratie naturelle à cet Etat," eût assuré l'intégrité de soii territoire et la tranquillité intérieure de ses provinces; mais deux siècles n'ont point vu paraître un tel prince ; «» troisième aurait pu s'écouler encore , en dissent

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sîons et en guerres civiles , et , selon toute apparence, elles auraient entraîné la ruine entière de notre patrie. La Lithuanie , la Pologne , la Hongrie, la Suède, en auraient arraché des lambeaux f nous aurions perdu notre existence politique et notre religion qui doivent leur salut à Moscou , et Moscou elle-même est redevable de sa grandeur aux Mo»ols.

Un des effets les plus remarquables de la do- a^^'ciitc? mination des Tatars sur la Russie , fut d'y relever la dignité de notre clergé , d'augmenter les revenus des églises et des monastères. Les khans, dont la politique était d'opprimer les peuples et les princes , protégeaient l'Église et les serviteurs de Jésus-Christ ; ils avaient pour eux des bontés toutes particulières , traitaient avec bienveillance les métropolitains et les évêques , écoutaient favorablement leurs humbles prières, et leur respect pour les pasteurs désarmait souvent le courroux dont ils étaient animés contre le troupeau ; témoin le métropolitain Alexis qui rendit le calme à sa patrie , par sa médiation entre son peuple et la horde. Les personnages les plus marquans , dégoûtés du monde par les malheurs sous le poids desquels gémissait la Russie , allaient chercher la paix de l'âme dans de saintes retraites : en échangeant leurs habits de* boyards contre le

simple manteau de religieux , ils illustraient Tétât ecclésiastique dans lequel les princes eui^-nièmes entraient ayant de mourir. Les khans défendaient, sous peine de mort, à leurs sujets de piller, d'inquiéter même les monastères, et la piété s'empressait de les enrichir de legs précieux, de bleus meubles et immeubles. Chaque homme, aumo^ ment de sa mort , léguait quelque chose à rÉgUse; c'est ce que l'on vit , surtout lors de la peste qui exerça si long-temps ses ravages en Russie. Les dOAiaines de l'Église prospéraient , affranchis de tout impôt envers la horde et envers les princes. Outre les dépenses qu'exigeaient les ornemeos des temples, l'entretien des évêques et des moines, il restait encore assez de revenus pour l'achat de nouvelles propriétés. Les évéques de Novgorod employaient les trésors de Sainte-Sophie à subvenir aux besoins de l'Ètàt ; mais nos métropolitains ne suivaient point ce louable exemple; et tandis que le peuple languissait dans la misère, les moines , occupés du cptnmerce et libres de Caractère toutc Contribution , n'avaient d'autre soin que tiergé. celui de grossir continuellement leurs fortunes. Aussi , sans parler de la haute considération attafchée à la vie monacale , et des élans delà dévotion , les privilèges temporels seuls de l'état religieux séduisaient les habitants des villes et des

campagnes , qui se précipitaient en foule dans ces paisibles asiles ; car non-salement Festime publique , mais encore les richesses y dcyenaient la récompense de la pie'té : à l'abri des violences et des besoins, l'homme y trouvait l'avantage de moissonner sans avoir eu la peine de semer. 11 ne amis reste que fort peu de monastères bâtis avant ou après les Tatars : tous les autres sont pour nous des monumens de cette époque.

Cependant , malgré son éclat , malgré le rôle' important qu'il jouait , notre clergé ne montra jamais cette ambition démesurée que l'histoire reproche , à si juste titre , au clergé romain. Il était entre les mains des grands princes un ins-^ trument utile , et jamais il ne leur disputa laf puissance temporelle. Du consentement mutuel des deux partis , mais sans aucun ^roit légal, les métropolitains servaient d'arbitrés dans les querelles des princes ; ils garantissaient la sincérité et la sainteté des sermens j ils parlaient aux consciences en s'abstenant de toucher au glaive tem-» porel , dont lès papes menaçaient ordinairement ceux qui osaient braver leur volonté pontificale ; et si parfois ils s'écartaient des lois de la charité et de l'humilité chrétienne , c'était uniquement par soumission pour les princes , dont ils dépen-* daient entièrement, et qui les élevaient à la mé-»

tropole OU les en faisaient descendre à leui^ gré. En un mot, notre Eglise conserva toujours son caractère prîniitif : son principal objet fut toujours d'adoucir les mœurs , de calmer la fougue des passions', et de prêcher les vertus chrétiennes et civiles. Toutes les faveurs des khans furent vaines pour séduire nos pasteurs qui, lors de l'invasion de Bâti, exhortaient les Russes a mourir gëne'reusemeint , et, sous Dmitri Donsloï^ k vaincre et à triompher. Sous Vassili - l'Aveugle, au moment où ce prince venait d'abandonner sa capitale assiégée , le vieux métropolitain Jonas jura de sauver le Rremlio, ou de s'ensevelir sous ses ruines avec le peuple. Ce fut lui , si l'on en croit les annalistes , qui, dans son enthousiasme, prédît à Vassili la prochaine indépendance de là Russie. L'hî^toire vient à l'appui de cette grande vérité , avancée par des politiques philosophes , vérité que des esprits frivoles ne sauraient révoquer en doute , c'est que la religion augmente même la puissance d'un Etat* Dans les contrées occidentales de l'Europe , l'Eglise s'appropria un pouvoir temporel parce qu'elle eut à faire à des peuples à demi-sauvages , aux Goths , aux Lombards, aux Francs. Devenus chrétiens et maîtres de ces pajs^ il§ fqrent longtemps avant de faire accorder leur nouvelle

Noosti'a-

DË RUSSÏE. 465

migiôn avec leurs institations civiles , avaUt d'dtablir des barrières naturelles entre ces deux puissances j; FËgli^e grecque , au contraire , parut dans un empife bien organise , et il fut ditlicile au cierge d^usurper des droits étrangers à sa nature. Aufôice fut un bonheur pour nous que Vladimir préférât Constantinople k Rome.

Nuisible à là moralité des Russes^ mais favorable au pouvoir des princes et aux privilèges du clergé, ado^^**]"* la domination des Tatars n'apporta-t-elle pd& "^"^rZaZ quelque changement dans les mœurs du peuple > dans la législation , la vie domestique , la langue même des Ruâmes? Le faible emprunte ordinai* rement au plus fort : les prince^, les boyards ^ les marchands et artisans russes allaient séjourner dans les cadips des Tatars; les seigneurs > les marchauds de la horde habitaient souvent Moscou et les autres villes russes : mais païens d'abord , ensuite mahométans, les Tatars recevaient de nous le nom d'impurs; et tandis que nous adoptions avec empressement les usages grecs , que l'unité de religion nous faisait regarder comme sacrés ^ uous avions en horreur ceux d^s Tatars c car ce peuple réunissait à nos yeux, les dçux titres odieux d'ennemis et d'impies. D'ailleurs, malgré l'avilissement où nous plongeait Tesclavage , nous sentions la supériorité de notre existence civile sur

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