kO
obez le grand prince. Les MoscoTÎtes regardaient avec curiosité kurs frères , déjà &ics à des usages étrangers y tandis que les boyards de la Russie lithuanienne étaient frappés d'étonnement à la vue de la grande et majestueuse Afoscou ^ d<Hit le nom était à |>e}ne connu cent ans aupara*- VMit ; ils admiraient la magnificence de ses églises , de ses cetlrens , et le luxe de la cour de VassiU leur retraçait tout ce que la tradition racontait de Téclat de la cour d'Yaroslaf-le*- Grand. Us admirèrent surtout le bon ordre qui régnait dans la capitale ; ordre inconnu dans leur^ contrées , où les trônes des descendans de Vla^ dimir étaient yacans , et les peuples gouvernés par des seigneurs lithuaniens, étrangers à 1|l langue slavonne , comme aux anciennes mœurs du pays. Le grand prince combla tous ces boyards de caresses , et ce qui excita une surprise générale, fut qu'il donna en apanage à Svidrigaïlo non-seulement Péréiaslavle , Yourief , Volok> Rjef et la moitié de Koloipna , mais encore qu^il lui accorda même Vladimir , cette ancienne capitale de la Russie , avec ses domaines , ses revenus et tous ses habitans ; ceci prouve clairement combien il S^e promettait d'avantages de l'amitié de ce fils d'Olgerd. Le fier , l'imprudent Svidrigaïlo se mit à parler d*une manière positive des secrètes TbMEV. i5
:3â6 HISTOIRE
intellîgeDces qu^il entretenait avec les seîgneurg lithuanieDs ; il se vanta de conquérir en quel*ques inois> ayee le secouï^s des Moscovites y tous les Etats de Vitovte ; il promit à Vassili , Novgorod - Severskjr , et l'engagea à renouveler les hostilités contre -son beau-père. Le grand prince n'était pas crédule y mais il pouvait espérer que , secondé par le frère d'Yagaïlo, il trouverait des amis en Lithuanie y ou qu'il obtiendrait une paix avantageuse. La dernière de ces deux chances se réalisa en partie. Vitovte rencontra son gendre sur les bords de l'Ougra. Outre les Lithuaniens y sa nombreuse armée était composée de troupes kiéviennes ( commandées par Olelko y petit-fils d'Olgerd), de celles de Smolensk et même d'Allemands , que lui avait envoyés le grand-maître de Prusse. Syidrîgaïlo chercha vai^ nement des traîtres parmi les soldats de Vitovte ; tous y jusqu'aux Russes eux-mêmes y étaient prêts à combattre vigoureusement contre les troupes du g^and prince. Cependant le gendre et le beau-père , guidés par une égaie prudence , ne faisaient agir que dfs légers détachemens y ayant toujours soin d'çviter une affaire générale ; après de longues négociations^ on convint enfin que l'Ougra servirait désormais de barrière entre la Lithuanie et les Etats moscovites y dans le gou-
Tonie.
DE RUSSIS. ^27
vernement actuel de Kalouga. Les villes de Kozelsk , de Pérémysle , de Luboutsk , furent rendues à la Russie y et fbrmèi*ent ^ depuis cette époque , l'apanage de Vladimir-le-Brave. Fidèle aux lois de l'honneur, le grand prince refusa de livrer Svidrigaïlo entre les mains de Vitovte^ et il obligea en outre son beau-père à respecter^ à l'avenir , les possessions des Pskoviens ; ceuxci firent ensuite un traité de paix partîculi^ avec la Litknanie.
La protection de Vassili fut cependant loin avc^iTud'assurer la tranquillité de Pskof Son frère Constantin était revenu à Moscou aprps avoir enlevé aux Allemands la ville de Porkh, située de l'autre côté de la Narova. Le maître de Livonie , Conrad Fittinhof , se réunit aux C<mrlandais/et défit les Pskoviens dans un combat où il leur tua trois pos*^ sadniks etsept cents de leurs meilleurs citoyens. Rentré deux autres fois encore dans leurs provinces f il brûla plusieurs villages , et fit quantité de prisonniers , parmi lesquels se trouvaient même beaucoup de Novgorodiens , qui , poussés par leur haine contre les Pskoviens , avaient refusé dans cette circonstance dç réunir leurs forces à celles de Pskof, pour repousser leur ennemi commun. Ces guerres partielles avec la Livonie n'avaient prdijiairement aucunes suites^importantes. Le projet
des ADemands était bien , sans doute ^ d'ajouter Pskof ht leurs Ëtâts, ainsi qu'on peut s'en assurer par le traité conclu en i4o3 entre eux, Vitovte et Svidrigaïlo ; mais , plus ambitieux que puîssans , ils se contentaient de piller , de tuer quelques <:entaines d'hommes , et reconnaissaient ensuite eux-mêmes combien la paix était nécessaire à leurs intérêts commerciaux. Le droit des gens était # peu respecté , de part et d'autre , que l'on faisait quelquefois périr les ambassadeurs. £n 1404 ^leshabitansde Neuhausen sabrèrent un député pskovien, et ceux de Pskof usèî^nt de représailles à l'égard tfun envoyé de Dorpat. Ces hostilités durèrent jusqu'en 14 '7> époque où Ton ironclut, pour dix ans/ un traité de paix dans lequel le grand prince fut reconnu comme médiateur ; mai^ les Pskoviens , par leur fidélité à observer les conditions de cette paix , excitèrent de nou^ veau contre eux le courroux de Vitovte,. qui prétendit les forcer à déclai'er une autre fois la guerre à la Livonie. Ils envoyèrent des ambassadeurs eh Lithuanie et à Moscou pour apaiser ce prince ; tous leurs efforts furent inutiles^ Vitovte ne cessa de leur faire des ngienaces : cependant elles restèrent sans efiet, sans doute par consi-* dératîon pour son gendre , dont les Pskoviens reconnaissaient toujours l'autorité suprême, et
duquel ik recevaient leurs prkices, ses Uetitenang.
Jusqu^ici , le rè^ie de Vaseilî avait été illustre et fkaimié. Sans répandre uœ goutte de sang , il avait augmeatéla puissance de la grande pnncipaute par d'important» acquisitions : il voyait^ avec satisfaction, la tranquillité, le bon ordre, l'o- |Milencerégoerparnûlesliabitansdesesprovinces ;: son trésor enfin ét;ait iojtact, puisqu'il n'en partageait plus les revenus avec la borde } il pouvait raêpgie $e regiu*der comme indépendant des Ta-tars. De temps entenipslesambassadeurs du khan parioissaient bien, il est vrai,^à la cour de Moscou;^ le txavéyitch Ejlak y était venu en i4oS , et Mirsa, trésorier de Schadibek, y avait fait un voyage en i^o5 ; mais, au lieu de tribut ,^ ik n'avaient reçu que d'a3ses& minces présens , et il& étaient retaonrués vers leur n^tre avec la réponse que la grande principauté de Moscou se trouvait hors d'état de payer son tribut aux khans. Plusieuf^ fois Timour-Koutlouk et Schadibek avaient ordonné à Vassili^fe comparaître à la horde , et . ce prince, attendant, toujours l'issue des guerres civiles qui déchiraient les Mogok , avait constamment refusé d'y envoyer aucun de ses frères ou de ses boyards.
Tokhtamouisch , abandonné par Vitovte , errait encoi^ dans le fond des déserts, y cher-
35o HISTOIRE
chait des amis /et conservait Thenreux espoir de reconquérir sa couronne ; mais il périt près de Tumen , dans un combat contre un détachement de l'armée de Schadîbek. Afin de fomenter les révoltes et les séditions à la horde , le grand prince offrit un asile dans ses Ëtats aux fils de Tokhlamouisch. Le faible khan souffrit cette insulte , et le fameux Edigée , frère d^armes de Tamerlan , Edigée , le vainqueur de Vitovte , et prince tôut-puissant dans les camps tatars y se trouva engagé dans des relations amicales avec Vassili. 11 lui donnait le tendre nom de fils, ainsi que l'insidieux conseil de déclarer la guerre à la Invasion Lithuanic, tandis qu'il engageait en même temps Vitovte à conquérir la Moscôvîe. C'est ainsi que les Mogols , jadis redoutables par leur force seule^ commençaient déjà à employer la ruse, arme de la faiblesse , et tachaient de semer la discorde parmi des souverains dont la puissance leur donnait de l'ombrage. En 1407 , il s'était opéré un changement à la horde, lorsque Jean, prince de Tver, s'était rendu dans la capitale • des khans , pour y obtenir justice contre Youri , frère du dernier prince de Kholm , qui voulait usurper le trône de Tver ; Boulat-Sultan avait chassé Schadibek , gendre d'Edigée , et s'était emparé de la couronne ; mais il dépendait d'Edigée plus
DE RUSSIE. 25t
encore que ses prédécesseurs. Cet adroît vieillard^ s'apercevant que ni le prince de Moscou , ni Vitovte ne voulaient se décider à la guerre^ forma enfin le projet de soumettre le premier par la voie des armes. Il était à la tête d'une nombreuse armée; déjà il était entré en campagne, et il assurait encore Vassili de la sincérité de son amitié : il lui écrivit la lettre suivante : c< Le roi » Boulât s'avance avec la grande horde pour }) punir ton ennemi , le prince de Lithuanie , de » tout le mal qu'il a causé à la Bussie. Hàte-toi » de témoigner toute ta reconnaissance à ce n monarque, et si tu ne peux te rendre en » personne auprès de lui, envoie dans son camp » ton fils , ton frère ou quelqu'un de tes sei* » gneurs. » Cette lettre fut apportée à Moscou par un officier tatar ; des affidés que Vassili avait à la horde, Tinformèrent des préparatife de guerre qui s'y faisaient ; mais Edigée sut cacher aux sei» gneurs mogols le véritable but de ses armemens, et le grand prince, d'après toutes les nouvelles qui lui étaient adressées , crut effectivement que les Mogols avaient l'intention de marcher contre la Li-^ thuanie .Tout le monde était à Moscou dans la [dus par&ite sécurité ; il n'y restait plus qu'un très-petit nombre d'anciens boyards , et toute l'autorité se trouvait entre les mains des jeunes conseillers du
aSl. HISTOIRE
grand prince } dans leur fol orgueil , ils crurent très-fkcile de tromper le \icux Ëdîgée , et de disposer , en notre faveur , des forces des Mogok. Cependant Vassili, surpris de la mardbe rapide de Tannée du khan^ y envoya sans délai un boyard , pour avoir des données plus certaines sur le dessein du général tatar ; il donna en même temps des ordres pour lever des troupes en cas^^ d'attaque. Ëdîgée retint l'ambassadeur de Vassili^ et l'on apprit bientôt que les troupes du kfaau s^avançaient à grands pas vers la cabale.
Cette nouvelle ébranla la fermeté du conseils Yassili n'osa pas entrer en campagne ; il fit ce que son père avait fait en pareille circonstance j il se retira à Kostroma avec sa femme et ses^ enfans^ abandonnant la défense de la capitale à son oncle Vladimir-)e4)rave^ à ses frères^ et à une foule de boyards. Le grand prince comptait beaucoup aus^ sur les fortifications de Moscou^ sur les terribles effets de son artillerie et sur l'hiver, dont la rigueur, alors extraordinaire., était peu favorable a un siège de longue haleine ; ce ne fut pas la crainte seule qui l'engagea à s'éloigner. 11 était plus capable qu'un boyard ou qu'ua simple lieutenant d'engager les villes du nord de la Russie à se lever en masse contre lennemi pour dâivrer ainsi la capitale ; car les Tatars ne pou-%
vaient trâoqailiaxient en former le sîége, instruits ^mt le grand prince rassemblait une nombreu$e armée qui tomberait sur leui^ derrières : mais les Moscovites pemerent tout autrement , et murmurèrent de ce que leur souverain ive songeait qu'à se sauver lui et ses enfans , tandis qu'il abandonnait ses sujets à la fureur des ennemis. Vainement le prince Vladimir , dont les cheveux
blancs attestaient les nombreux exploits ^ qui rayonnait encore de toute la gloire acquise par lui à la bataille du Don , cherchait à ranimer le courage du peuple par sa grandeur d'âme et son impassible tranquillité dans le danger ; rien ne put rendre l'énergie à ces citoyens consternés. Afin de mieux assurer la défense de la ville ^ Vladimir fit brûler tous les faubourgs : plusieurs milliers de maisons habitées par de paisibles familles, peu aisées 9 mais industrieuses, furent en un instant dévorées par les flammes. Au lieu de songer à sauver leurs biens , les habitans se précipitaient en foule vers les portes de la ville. Ainsi privés de leurs habitations^ tonduisant leurs enfans par la main, ou les portant dans leurs bras , les pères et mères demandaient pour unique faveur qu'on leur permît d'y entrer. Mais l'impérieuse nécessité commandait un cruel refus.; car trop de monde pouvait amener la famine dans la
place. Ce spectacle était déchirant : de tous côtés des torrens de flammes et de fumée , partout le trouble, les gémissemens et le désespoir; et, pour comble d'horreur , d'infâmes scélérats, joyeux du désastre public , pillaient les maisons que le feu n'avait pas encore dévorées.
Le 5i novembre au soir , les Tatars se montrèrent dans le lointain, car ils craignaient l'elBet' de l'artillerie ; et le premier décembre , Edigée lui-même arriva avec quatre tzarévitchs et ua grand nombre de princes. Il s'arrêta à Kolomna, envoya un détachement de trente mille hommes sur Kostroma , contre le grand prince , et dépécha un tzarévitch pour ordonner au prince Jean de Tver, de venir le joindre sur-le-champ avec toutes ses troupes , ses arquebusiers et ses canons. Cependant les Tatars se dispersèrent dans les provinces de la grande principauté ; ils prirent, c'est-à-dire, ils brûlèrent Péréiaslavle Zalessky, Rostof, Dmitrof , Serpoukof, Nijni- Novgorod et Gorodetz ; ils firent prisonniers les habitans de ^tes ces villes , dont ils pillèrent les églises et les couvens. Heureux celui qui trouvait son salut dans la fuite ! loin d'opposer la moinlire résistance , les Russes semblaient un troupeau de timides brebis abandoimées à la dent meurtrière des loups dévorans. Les habitans des
villes et des campagnes tombaient aux pieds de ces barbares dans la cruelle attente du sort qui leur était réservé ; sort affreux ! Les Mogol&leur tranchaient la tête ou bien ils se donnaient Thorrible plaisir de les percer de leurs flèches ; les plus jeunes et les plus beaux étaient destinés à Tesclavage , tandis que les autres , dépouillés de leurs vêtemens , périssaient victimes du froid ou des ouragans, au milieu des neiges épaisses qui couvraient la terre. On liait les prisonniers et on les menait à la chaîne comme des chiens ; un seul tatar suffisait pour conduire quarante de ces infortunés.' C'est alors que Ton s'aperçut du peu de compte qu'il fallait faire de défenseurs étrangers : le fier Svidrigaïlo, qui commandait dans Vladimir et dans cinq autres villes , où il avait rassemblé une nombreuse garde, Svidrigaïlo, qui devait tout à la bonté du grand prince , dont la sincérité ne s'était pas même démentie lors de la funeste guerre de Lithuanie, courut sel cacher dans les forêts pour se soustraire aux féroces Mogols. Ce faux brave , après avoir ainsi dévoilé toute sa lâcheté , sortit bientôt de la Russie avec d'énormes richesses , et la honte d'avoir porté ' l'ingratitude jusqu'à piller , dans sa retraite , nos villages et les faubourgs de nos villes.
Êdigée forma le siège de Moscou ; il atten-
(lait avec impatience « pour commencer TaltàT que , l'arrivée du prince de Tver , qui devait lui amener des machines de siège. Mais Jeaa Mikhaïlovitch fit dans cette occasion ce qu'on devait espérer d'un vrai Russe et d'un çincère ami de la patiîe : il frémit à l'idée de contribuer à la perte de la gi^ande principauté , malgré tous les eflbrts de celle-ci pour assu jétir à sa puissance la province de Tver. 11 partit avec un peti^ nombre de boyaixls pour aller trouver Edigée j mais arrivé à moitié chemin , il retourna à Tver sous prétexte /de maladie. Une conduite sk gé* néreu$e aurait pu lui coûter c^ier^ si un sort heureux n'avait sauvé Tver et Moscou.
Les troupes enyoy ées par Edigée à la poursuite du grand prince revinrent sans avoir p^ l'atteindre. Malgré ce contre-temps , malgré la désobéissance du prince de Tver , et le manque où il se trouvait de machines de siège , le général tatar s'obstinait à vouloir s'emparer de Moscou j^ sinon d'assaut ^ du moins par famine ; il résolut dé prendre ses quartièTs d'hiver à Kolomna. Mais les nouvelles qu'A reçut de la horde déjouèrent toite ses plans. Il n'était plus ce temps où les successeurs de Bâti ne comptaient leurs soldats que par centaines de mille; ce temp^ où ils pouvaient menacer à la fois l'orient et
DE ItUSSIE. 257
roccîdcnt. Les dissensions intestines y les combats, la peste , le héros du Don et Tamerlan avaient tellement diminué la population des camps tatars > que Boulât , ayant envoyé son armée en Russie , était resté sans défenseurs , et s'était trouvé sur le point d'être fait prisonnier par un Izarévitch séditieux qùî avait voulu s'emparer de sa capitale. Le khan suppliait son général de revenir au plus tôt. Les circonstances étaient , en effet, de telle nature qu'Edigée n'avait pas un moment à perdre; car, d'un côté, il redoutait le grand prince , qui rassemblait une armée à Rostroma , et de l'autre il appréhendait dans la horde , des ennemis plus dangereux encore. 11 rassembla ses généraux et décida que, sous quelques heures, il fallait songera la retraite; mais, aiîn de donner à cefte retraite l'air d'une victoire plutôtque celui d'une fuite, et autant pour son honneur que pour sa propre sûreté, il envoya déclarer aux commandans de Moscou qu'il consentait à ne point s'emparer de leur ville , pourvu qu'ils lui payassent une forte somme d'argent. Moscou offrait alors le spectacle de l'activité guerrière et celui de la piété la plus fervente . Du matin à la nuit on voyait les murs couverts de eombattans ; ies prêtres chantaient des cantiques dans les églises , et le peuple jeûnait.
« Les riches, dit un annaliste, promettaient i) au ciel de soulager les pauvres ; les forts , de » ne point opprimer Içs faibles j les juges , d'être ») fidèles aux règles de la justice ; mais tous ont » menti devant le Seigneur. » Vladimir Andreiévitch , les princes , les boyards avaient en vain attendu l'assaut pendant trois semaines entières : prêts à manquer de vivres, craignant les horreurs de la famine , ils furent fort étonnés de la proposition d'Edigée. Ne sachant à quoi attribuer une humeur deyenue tout d'un coup si pacifique , ils lui donnèrent , avec joie , une sonune de trois mille roubles , et adressèrent les plus vives actions de grâce au Très-Haut , lorsque,, le 21 décembre, ce prince, précédé de son butin et de ses bagages, eut opéré sa retraite de Kolomna! U prit encore sur son passage la ville de Rézan , et bientôt il fut hors dés frontières de Russie. Mais les traces de sa terrible invasion y restèrent long -temps ineffaçables. Selon les contemporains , « toute la n Russie depuis le Don j usqu'à Biélo-ozéro et à » Galitch , fut ébranlée par cet orage. Des pron vioces entières devinrent désertes, et celui qui » échappait à la mort ou' à l'esclavage , avait » à déplorer le sort de ses proches ou la perte » de. son bien. Partout régnaient le désespoir
DE RUSSIE. 23g
» et la désolation y ainsi que l'avaient prédit quel- » ques devins ^ trois ou quatre ans auparavant : 1) beaucoup de phénomènes avaient également » annoncé le courroux céleste ; les saintes imagçs » dégouttaient d'huile sainte et de sang , etc. >j Superstition qui reparait dans toutes les circonstances de cette nature. Les esprits faibles^ attérés d'un coup imprévu , en cherchent or^ «
dinairemeut les présages surnaturels dans les temps passés , comme- s'ils espéraient éloigner à Faveuir de semblables malheurs , en faisant plus d'attention à ces indications secrètes de la Providence.
Au reste, si l'on en excepte le butin et les prisonniers^ Édigée ne retira aucun fruit important de son expédition , à laquelle il s'était préparé pendant quelques années j et les menaces dont est remplie la lettre foudroyante qu'il écrivit en chemin au grand prince, n'eurent aucun effet. Voici le contenu de cette lettre mémorable :
, « Êdigée , d'après un conseil tenu avec les .,Êd^^^* » tzarévitchs et les princes, à Vassili , prince de » Moscou , salut. — Instruit que les enfans de » ToKhtamouisch ont trouvé un asile dans ton » pays, le grand khan m'^ ordonné de marcher >» contre toi. Nous savons tout ce qui se passe
tl^O HISTOIRE
» 4âns les provinces de la principauté dt ]lio^ >> cou : non-seulement vous outragez nosniêj^' » cbands , contre lesquels vous exerces toutes >» sortes de vexations^ mais les ambassadeurs » même de notre souverain sont V<di)jet de vos » insultes. Demande à tes vieillards i^ l'on se » conduisait ainsi par le passé ? La Russie était » renommée pour sa fidélité envers nous : elle » conservait un saine respect pour les kbans ; » elle payait exactement son tribut et témoi- » gnait de la considération aux ambassadeurs » comme aux marchands de la horde. Au lieu » de te conformer à ces coutumes salutaires , » qu'as-tu fait ? Lorsque Timour est monté sur >} le trône , as-tu comparu devant lui ? as- tu » même daigné lui envoyer un prince ou un » boyard? Après la mort de Timour, et pen- » dant les huit années du règne de Schadibek , » as-tu fait le moindre acte de soumission? » Enfin , depuis trois ans que Boulât porte la w couronne , as-tu paru à la horde comme il » est de ton devoir de le faire , en qualité de » premier prince russe ? Toutes tes actions sont » criminelles. Les Russes se sont comportés en » brèves gens , tant qu'a vécu le boyard Féodor » RoschKa, parce qu'il vous retraçait continuel-* » l«ment tous les bienfaits des khans. Mainte-
DE KUS6IS* 2^1
n Haut 'tu. n'écoutes plus que les conseils do « Jean y ton trésorier , ton ami , et fils indigne » de Koschka; tu rejettes les avis jprudens de » tes vieillards. Réponds et vois les ravages de » ton pajs^ suites funestes de ta conduite! Si » tu veux éviter la foudre qui menace tes États , w si tu veux régner paisiblement , recueille les n conseils de tes plus sages boyards ^ dTUa y de » Pi^re , de Jean Nikititch et autres gens sensés , » et envoie^nous un de ces seigneurs avec un » tribut tel que la Russie le payait au roi Tchaw nibek. Voilà le seul moyen d'éviter l'entier » anéantissement de ta puissance. Tout ce que » tu as écrit aux khans sur la pauvreté du peuple » russe est un tissu de mensonges : nous avons >( nous-méme parcouru tes provinces , et nous » savoir que l'on te paie un rouble pour deux n socs de ckarriifê. Où passe 4onc cet argent? n Le pays des chrétiens serait resté intact ; nous » n'aurions jamsds songé à y porter la guerre , » si tu nous avais payé exactement le tribut ; tu » ne serais pas toi-même forcé d'errer comme » un miséi'able fugitif. Réfléchis et cède aux con- » seils de la prudence. »
Mais le grand jHrince ^ instruit à son tour de;s nouvelles séditions qui agitaient la horde , crut plus sage de regarder comme nuls les ordres