‹ Histoire de l'empire de Russie (volume 2)Chapitre 8 sur 18 · Tome V. i · texte numérisé non relu

Tome V. i

et \eà avk d'JÉ)âîgée. Il retint danà ar câfiiitale et serra tendrement daps s^ braa son cmcle Vladimir , heureux de oe que, da^s rimpas^ibilité où il s'était trouTe de défendre les autres villes , il retrouvait ^u moins Moscou intacte.

t{io. Cet illustre petif-Gls deXalita ne survécut pas vSi?- long-temps k Vexpédito» d'Ëdigée j il mourut le Brave. ^^^^ j^ uohle réputatio» d'un; prinet valeureux* qui sacrifia tou)aurs son amUtion au banheur de sa patrie^ Le premier, il renonça aux auti« ques droits d'ancienneté; il lut le premier de tous les priuces russes qui aient aerpi mu^ les cr^TM de leurs mmuM* U faut okercher k cause de ses débats mu^neirtanÀ avec Dmitri Donsir koï dans l'humeur séditieuse de ses boyards, plutôt qye dans ses prétentions au titre de grand prince. Ce généreux sacrifice de Yl^^diBiir aug«tnente encore , aux yeux de la postérité , la gloire d'un héros, qui, par une attaque bien combi-r née , décida la yi^toire de Kjoutilipf ^ et peut«* èlrç le sort de la Russie. Cb^ voit dans nos an«i Clames archives les traités de ce priqce avec Vas^ sili , ainsi que son te^ament. U rendit à son neveu les villes de Volok et de Rjef , e^ reçut de lui , en échange , Ou^tçh , Gorodets^ sur le Volga , Kozelsk et Alexin , à titre de patrmoine ; il s'enga j^t de pluS; si Vassili venait à lùoui^ip ^

à obéir k ^on fils coinme k m^^ squy^i^ Ji^^

k lui eaY?yer çe^eafirts, jhhïi: ^o^bww4pi? }é» troqpG* mosicpvites, D^p* «w te^t*psPti yi«L(li>T

pgiir Andréïévit<?b r^oiiMPfio^ft sqn ^féHm »% iê§ enkas au graad prÎQÇQ^ ^t l^gUf à^es.t^û^ifil» aon tier^ 4e§ revenus d^ IMqjscqii j yî^i^pei^ mr $uitç Içs di«iK>^ition^ r^lativos «ux di^çi?«to ajpa» pages qu'il Içur lai**^., Çç ^itap^Qt :6**faitdm pré^enc^ d^p ftbW^ Nipft^ dç R^donèjâ, SaU)t» ^bb^ d^ ^t,f^uv^yr , et 4^ <îiiiq be^yârds d« Vladimir^ C^t gçte ?t i^3 tr^ît^ dQi^t iiop$. veacni dç p«-ler ai^dôiiSM^f prQuv^eftt qp§i k graoïi prii^çe et VUdiwir , «^nîméi» du ni^me àédrti^ secouer le JDug de« Tafc^r»,* 09fiient d peine *'an

baadonner i m^ w doux e^p^nr; a^^r YJadîmif

y fixe eiicor^ $^ p^rt dw tribut qw Vaçsili pty#t ^

mt l^U Lh£M)« > .

Eu effet , d'uprèp leçi nouveau)! cbftngiwmm Éwn«-

, mens dans

^urveaus d^os la borde » le gP4nd prince ji^^ea la horde. il propon de différer le œomelit de $e d^larer IndépeAd^tt Témv , doQt les aooak^ Ofiantales '4' i* pe font poipt mention „ détrèna Boulât ^ et après avoir poursuivi Ëdigée jusque mr las borda d« U mer Noire , il fut lui-m^me obligé de oédei le tràpe de liaptcbaK à ^^lénî^Saltan, âa de Tolbt8W(M>ui«:h" Ce prince. > ellié de Vitovte^ i^i».

jCl44 HISTOIRE

notre ennemi , envoya en Russie des ambassa^ deurs pour déclarer au grand prince y avec les plus terribles menaces y que y d'après la volonté du khan 'y la {Hrincipauté de Ni)ni devait être rétablie comme par le passé et remise aux fils de Boris Constantinovitch et de Kerdiapa y ses héritiers légitimes. Ces princes s'étaient rendus à la horde y pour solliciter les bonnes grâces du khan. Un an avant cette époque y Daniel Boris- $ovitch y le plus entreprenant d'entre eux y à la tête de la garde des princes bulgares y avait battu à Liskof, Pierre Dmitriévitch, frère de Vassili, tandis que Talitch y voïévode de Daniel y secondé për le tzarévitch de Kazan y avait y avec moins de cinq cents hommes y Russes et Mogols^ pillé la ville de Vladimir y qui n'était plus que l'ombre de cette célèbre capitale de l'empire d'André. Pour expliquer ccft événement, les annalistes rapportent que Vladimir n'avait pas alors de murailles ; que le gouverneur de la place était absent y et que les ennemis y sortis tout à coup d'un bois y avaient surpris la ville en plein midi y au moment où tous les habitans se livraient au sommeil. Le métrop<difain Photius lui-même, successeur de Cyprien y qui se trouvait alors au aaîii# lao , près de Vladimir , ne put échapper aux Tàtars qu'en traversant les impénétrables

D£ RU.SSI^. ^45:

déserts de Senège. Quoi qu^il ea soit , ni la yictoire de Liskot, ni le pillage de» maîscms et d^^ églises de Vladimir , ne purent rétablir Daniel: sur le trône de son père ; car ses alliés^ )es Mo*. gols de Kazan , s'empressèrent de regagner leur* pays avec le butin qu'ib avaient fait., Cepen-. dant l'autorisation du Ihan restée entre les mains*^ des princes de Nijni , l'amitié de Zé}ém<-Saltan: poiir Yitovte , l'étroite alfiaqce que- Jean ^ prince i de Tver, venait de renouveler avec celui de; Lithuanie, et le projet qu'il avait de se rendre à la horde, parurent des dangers si pressans à Vassili Ihnitriévitcfa > qu'il résolut d'aller Itiimême implorer la bienveillance du khan, ac-^^ compagne de ses plus illustres boyailds» 11 partit, donc , avec de riches présens, pour la capitale de Kaptcbak. ; .

Zéléni-Sa^tan n'était plus : Kerimberdeî, antre fils de T<jJLhtamouisch , avait enlevé le trône avec la vie à cet ennemi des Russes. Lors de. la n«>rtdeson père , . Kerimberdeï avait san,. doute , ainsi que - ses autres frères , trouvé un asile dans les provinces de Moscou , et il c<m-* servait pour Vassili i^ie apiitié fondée sur la r^K>nnaissance : du moins il le combla de carresses, et celui^i, ayant rempli parfaitement le but de son, voyage , revint avec l'assurance que

^ InstbtKÊ

le§ ântiétts f^fîfeiéè dé BôUfcdâl ne tYoutet^kiit pirià de |n*6tttteui' dàW le Ihan, rt qilë VitWW Aé p6trrmit pJuê cîotnple^ iUi* iott amitié qtièhd â s'dgîfaH dé lé îtëdbndèi' dilii^ ^at haiîie contiir teè Rti^e^^ Jean MkhalloVitbh^ t>kîcicè de'IV«f , Al* ëgàtemertl Wefl t*èéu t)ât*KeridH herdrï ; il fnt Mtdmé à gak*der Koebiâ > ttiàlgi^ë tontes los |»^étetitîùito éê son ftepê Yâélali. Ce inâiheQreU3t prinde > d'isd>(itHi enfefmë par lê$ Iteutêtiatts dé Ttet*, s'dchàppà de ^ priSori/ et, Apthê âvt^ir «ri*é dàm \é^ fùfèU ^ U àllft ëûCcés-

^yëmetit à Mdâ6dti et chez le kbàli , §àm pôu^ vcili» ffOBter tiîi pltotfecîtèur rtuHe part. Vàssilî Diâitrié^tcb k rametid àvéë liui de Ife îiêifdè; dép^dàntU lié tc^tilot pé2» ë'intëréàëe^ 8ti ^ott à'^tï iiiàlé^ M point de §e in'Oùillei' «Vét Jééù, qui s'était montré si généreux lors di!i ètégé dé Miiscôa •• cat^ pébdànt feiii* èéjtmi' à ta hotÀé , ils â¥bkht/atttiôtlhaiâsàhcéêti^éti^ftlè, et Jeah iWit assuré sinéèfement (|ii'n ti'àtalt îaiHcùÂS dëssèîii* ci>tttrâîres aU tèpos dé la ^alldè Jirîtttîjjàùté.

Il parait certain cjue , lofs de Mn ' Séjour iiatls h éapltaîe dù khan, VkâslR kVâîfc rèhobVélé !V Wîgtttîort dé payéf tt^ibul^ ûirt ^ogôMl, tàt il l'âé^tiktà jtJ^îjtfà ëa taiort, mkl^vé leè dlfe6f*dres iirtérieux^è et lés fH^èfôetifeè réVoktîdiis de la horde. Kêritiibé*^d«fl /àttîî deSRilSèés, éfaît l>n-

DE RCrSSIE. 24?

ncnri déclaré de VHoTte^ qui aT^ait tàehé éc lui ,4,5 — ravif'la couronne • Le priilce lilbuanmi ataît pro- '^^^' clamé roi de Kaptchak uh prince niogol noibme Betsaboula | il l'avait Bolennelklment rerétu >'dans Vilhà , de toutes les naanfues de la dij^nitérbyiile, et TàVàit pftré d'un riete bottnet et d'mie superbe pelisse reëouverté de drap éctflate. Ketituberdeï défit ce kbàtl > ci^éatut^ dl^ Vitovte ; il lui trancba la tête ; niàfe bientôt «près il pérït luimême de là màih de Èén frèn Oeremferdeo , allié dévoué du prince lithuanien* Outre ce khan souverain , il paraissait sans cesse chez les Mogols d'autres rois qui se déchiraient eiitfe eux>. et dévastaient nos frontières.

Cepetidant le vieux Ëdigée , qui avait ^édé la horde de Raptchak ou du Volga aux fils de Tokhtamôuisch , régMit indépendant aussi aux environs dé ïa mëi*W<riÉre4 Ennemi de VitoVte, il avait ^ eti litê) fàVâgé plusieurs provinces HthuanlehUe^ , et n'ayalit pu s'ettiparer de k citadelle de Kiéf, il eti àv^t pifié et incendié les églises , ainsi que lé moM^ière de t^stcitersàj. Husieuri milliers de cHoyetië JTufisat emménéi eh captivité , et dépuîë Cette époque > dit l'his^ torien Dloiigosch , Kiéf n'offrit plus que des ruines. Enfin Ëdigée , voulant le repos , envoya à Vitovte trois charaeaUx couverts de drap rouge ^

!â4^ HISTOIRE

et TÎngt-«ept chevaux^ avec la lettre saivànte : u Illustre prince ! la. triste ^vieiUease nous a tou^ » deux atteints au milieu de nos fatigues et de » nos exploits. Consacrons à la paix le reste de » notre carrière. La terre a dé)à englouti le » sang que nous avons versé dans ces combats » produits par nos haines mutuelles ; le vent ^ » emporté les paroles outrageantes qui nous » mettaient les armes à la main-; les feux de la » guerre ont épuré nos cœur§ ; Teau de l'oubli » éteint la flamme. » Cette lettre fut suivie de la paix.

, Pendant la longue guerre qu'il fit à l'Ordre de Prusse , Vitovte vécut en bonne û^telligence avec VassiliDmi^riévitch. Celui^^ri s'offrit même à lui envoyer des secours : au [siège de Goloub ou Koulm , en 1422 ,. Vitovte avait pour auxiliaires les troupes de Moscou et de Tver , ou les Grands Russes y comme il est dit dans la correspondance de l'Ordre à cette époque. En même temps que Vitovte donnait au grand prince toutes les assude^ w'"^- tances possibles d'amitié , il menaçait Novgorod , gorod. çgtte puissance indépendante. Afin de se ménager à la fois l'amitié du prince de lithuanie et celle du souverain moscovite , les Novgorodiens reçurent de nouveau , chez eux, Lougveni y fils d'Olgerd , auquel ils confitsrent le gouver-

nement dcis TÎlles de leur dépendance , et demandèrent à Vassili , son frère G>nslantm pour Keutenaiit : nrtais cette pcditique adroite n'eut pas tout lé succèa qu'ils en attendaient. Lors de la paix avec les Allemands , Vitovte et le roi Yagaïlo ordonnèrent à Lougveni de se rendre en Lithuanie ^ et ils se réunirent tous trois pour renvoyer aux Novgôrodiens les traités précédemment conclus. Lougveni leur écrivit q^'il rompait tous ses liens avec eux , parce qu'ils étaient odœux à ses frères ^ qui n'avaient avec lui qu'une même àme et un même cœur. « Qu^il w y eût guerre entre nous y déclarèrent au conseil » de la naticMi , les ambassadeurs du roi et ceux » de Vitovte, au nom de leur .souverain : vous » nous apiez solenâellement promis démarcher » apec nous contre les jillemands ^ et vous ne » Vapez pas fait ; pous nous maudisset en tous w lieux et nous donnez le nom: dUnfidèles. P^ous » cojnhlez de bienfaits le fils de Youri , ci^ » depant prince de Smolensk, notre ennemi. » Féodor Youriévitch demeurait effectivement dans cette ville , où il jouissait de la généreuse protection du gouvernement. Ce jeune prince déclara à ses protecteurs qu'il ne voulait pas êta*e la cause d'une rupture qui pourrait leur être si fune^e , et il se retira aussitôt en Allemagne.

Les Novgorodkns âfirdietit prti recourir au grand pt*fhte ; tùhh^ côinmi^ îb ti'avimit pas ccafiance éti ki > ïh l&clièfeht euit-ntémes de désarmer Vftovte ^ et , ^elôn la €hroMi(;u« , la paîx ftit eondtié sût y ancien pied en i4t4^ ^^^ l'intention dû prince de Litliuaiiie n^était pas de leur faire là guefte : il voulait simplement éprouTer leur femiétë par des menaces^ dans Tesperance que cette puissance républicaine consei^tirait à entrer ààm les vtiés politiques de k li&tianie ^ c'est* à-dtre f à conclure avec elle un traité d'alUance ofletlsive et défensive , et à lui fournir des trompes ou de l'ai^ént ^ en cas de guerre eontre les Al^ letnand^. Soh ambition se bornait alors à ce projet } tkf , si Vâsiîli avait , sans coup fia'ir , cédé à iion b^u^père la^ ville de S&olensk y il n'aurait pas fôit la même t^hosëà l'égard de Novgorod > cottsidérée depuis si long-temps cotnme une pro* vihce de lâ gt^ande ptîncipàiité* Cependant les WoVgorodîens tinrent ferme et gardè^nt le droit de faire lâ paix (m la gttèilre \t leur gré , et Aon pâS Stolon le bon plaisir dû prihéè de LîthUftnle. "IPetidàTit tout le règne de Vassîlt, îlâ û'eufêât aucune guêri*e dé côn^éqUeiicé âVeC leS ètlbèirllfe du dehors. Leé Suédois venaieht pâi* iùU "pAlet les envirbtis de là petite ville d^Yâiiià , âUjotît^ d'hui Yambourg , la CàréKe et les borda de la

DE RtrssiK. i5i

Neva ^ mais ils S6 retiraient ^tet pr^crpitâtioti. Pur droit de représailles ^ hê Russes brùlëretit le faubourg de Yibou^g et plusieurs villages voi* sins de œtte ville i Jac(}ued y gouverneur de la provihce de k Dvina > alla fftire la guéï^re en Norvège ^ avec Un petit détachement de troupes. Les Môurmanê ou Norvégiens , àri tlotiibï*e de cin^ eentg ^ âbotdèi^ent ttu lieu où eât maintenant Ardiàttgél , y livrèrent aux flammes trbî§ églises, et firent périr ^ de là manière là plus barbare y Ud meines des» moUastèi'es de St.-Ni(rolâS et de St.-»-Michd. U y eut, tri i4^6^^ur lés bords dé la Névà , ûft (èbtigrës où les Allemand* dé Lîvo- BÎe et lès Novgorodiens signèrent ufae pait aux éonditiôiis anéiéhriement établies sôus Aleiàndire NévAy > relativement au tommeréeet àuk limites respectives dès deux Etatè. Ce traité fut {ronclu in nom des Allemands , pat* Sfert , alors grande maître ; par Vilrab , maréchal du pays ; Didrich , Commandeur de ftével , et Jeah de Wéndétt j et du éôté des Russes , pâf le ptitieë Féodôi^ iPatrîkevîtcb , lieutenant môstOVite , par déu* pos- Skdhiks et tro|^ bojârds ; Hôfewin , tômmânàtiit 'dé .FélUn , et Celui éë Nâirvâ , ie ietidî-

ïeut à cet effet à Novgorod.

Cette république jouit alors plus lohg^tèmps ^u*à Tordinaîre des douceurs de là paix. Sa

uSs HISTOIRE

traïKpiîUité ne fut troublée que par un seul événement y que nous allons rapporter ici ^ afin dé montrer quelle cause insignifiante suffit quelque^ fois pour agiter un Etat populaire. Un homme du peuple y nommé Etienne y irrité contre lé boyard Daniel Bojine y le saisit dans la rue et se mit à crier : « Graves gens y aidez-^moi à ine » défaire A^ un scélérat. » Le peuple prend aussitôt le parti d'Etienne y et , sans auti*e forme de procès y il précipite le boyard du haut du pont* Un pêcheur généreux sauva cet infortuné , et en fut puni par le pillage de sa maison , que dévasta la populace en furie. La chose aurait pu en rester là ; mais Daniel y brûlant de se venger , fait mettre son aggresseur en prison; aussitôt tous les citoyens du quartier marchand s'ébranlent : ils sonnent le tocsin y prennent les armes y arborent un drapeau et se précipitent dans la rue où demeurait le boyard Daniel. En quelques instanU sa maison est rasée y et Etienne rendu à la liberté. Jaloux de l'opulence des boyards, auxquels ils attribuaient la cherté du blé y ces forcenés pillent quantité de maisons et le monastère de St. -Nicolas , sous prétexte que c'était là que les boyards avaient leurs magasins. Le quartier de Sainte-Sophie, habité par les citoyens les plus distingués , s'arme enfin pour s'op-

DE KUSSIE. ^53

poser à tant de licence. Toutes les cloches sont mises en branle , on court , on crie , l'on se cUs^ pute SLjéc acharnement la possession du grand pont, et l'on porte même la rage jusqu'à se lancer de part et d'autre des nuées de flèches. On eût dit , en un mot , que l'ennemi était entre dans la ville y et que ses habitans , selon leur expression favorite, mouraient pour Sle. -Sophie. Cette révolte eut lieu pendant un orage si violent , que le ciel , sillonné d'éclairs, paraissait tout en flammes ; mais la sédition du peuple était plus terrible encore que l'orage. Enfin , Siméon, archevêque de Novgorod , qui , de simple moine , et sans même avoir été prêtre ni diacre , avait été élevé par le sort à cette haute dignité , Siméon , prâat d'une rare vertu , rassemble les prêtres dans le temple de Sainte -Sophie, endosse ses ha-* bits pontificaux , et , accompagné de tout son cler* gé y il s'avance au devant du peuple , s'arrête au milieu du pont, él là , le saint crucifix à la main , il répand ses bénédictions sur les deux partis. En un moment le silence succède au bruit et à l'agitation; les adversaires restent immobiles; les ^nnes et les casques tombent à terre , et sur tous les visages l'attendrissement fait place à l'ex*pression de la fureur, n Retournez dans vos maij* sons apec la paix du seigneur!» leur dit le

ja54 HISTOIRE

véneri^blç piL^ur j à ces m^ > tova ]m citoy«p$ 8« sépar0iiti eik frèrça, pw^ea d'ua wiiot te-

l'archevêque $i|Bwa.

Lee pîovgoFodiew yivsâenl en paix arec h gradé .piiQ<>e } mm cette bcmne intelligence ^

plutèt pimvil4e qw sincère, ne les wipechait pue

de le craindre sans cesse et de W mole^tçr au^ tant qne celft était en leur pQnvqir. En 1417, Sin^éop Ja4ov$ky et Michel Rassokhin , des^rtours navgorodiens y rass^odidèreat des bandée de Yagabpnds k Oustiougue et eur la Viatl^a i e»^ suite , avec yn boyard de YQuri , frère de Vassili, ils sortirent des provîncee inoseovites, et tpnpi"» bèrent eur ]^ pays de la Dvi^ > qu ils brûlèrent JiholpiQgorç i ^n revanche les ?fovgarodiens chassèrent ces brigands, et brûlèrent Oustiougue, comme à l'insu de leur gouyernepaet^t , de n^me que Bassolhin ^t Jadovsky avaient sembla agir sans le con^ntement du prince de Moscou* Une altercation qid eMt lieu , en i^w 9 entre Vassili et son frèjp* Gon^^i^tin , fournit wx Novgoro* dien^ l-QÇQa^çn& de cays^r au premier un àé^ plaisir asse? sensible. D'après le nouveau régie-? ment sur le drpit d^ succession , le grand prince

exigea de $es frères qu'ils reconnussent , par ser^ ment, le droit d'aineçse de §on fils Vassili, qui

DB HUSSIE. ^55

n'avait encore que dnq ans. Coostantm ^ ayant refusé de souscrire à cette condition ^fut privé de son apanage ; ses boyards furent arrêtés et leurs biens confisqués. Irrité contre le gran4 prince , Constantin se réfugia à Novgorod , où le gouvernement, méprisant le courroux de Vassîli , reçut le prince exilé avec Ifis témoignages de la plus vive amitié , et lui assigna , pour i^pa^ nage, toutes les villes qui avaient jadis appartenu k Lougvenî. Malgré tout son dépit , le grand prince sut cacher son ressentiment, et, affligé des horribles fléaux qui désolaient alors la patrie , il se réconcilia avec son frère;

La peste qui avait paru quelquefois en Russie Peste, depuis le temps de Siméon-le-Superbe , n'y exerça jamais d'aussi grands ravages que sous le ^ règne de Vassili : elle éclata quatre fois a P^of et à Novgorod, et deux fois dans les provinces de Moscou , de Tver , de Smolensk et de Rézan. Les symptômes en étaient absolument les mêmes : des glandes , un crachement de sang, un frisson, une forte chaleur, et une mort inévitable. Cette horrible épidémie venait à Pskof de Dorpat, de Livonie , ou quelquefois d'autres contrées; ' et si elle disparaissait quelque temps ^ elle se manifestait de nouveau par l'emploi des effets atteints de la peste. Après avoir , tour à tour, parcouru

VAàe , r Afrique et TËurope f ce . cruel fléau ne fît nulle jmrt un aussi long séjour qu'en Russie, où, depuis i352 jusqu'en 14^7^ il fit périr , à différentes^ époques , une grande partie de la population : s'il faut en croire Krantz , historien allemand , il mourut dans l'espace de six mois , à Novgorod seulement , plus de quatrevingt mille personnes : « Les hommes , dit-il , » tombaient au milieu des rues , et rendaient j >i en un moment , le dernier soupir ; ceux qui » n^ étaient pc^ encore atteints de la contagion » cdlaient enterrer les cadapres j mais bientôt » eux-mêmes ^privés de la vie , étaient ensevelis n dans la tombe qu'ils avaient creusée* » Les jeunes , les prises d'habit monastique , étaient de vains secours pour se soustraire au trépas. La mort , qui promenait sa faux avide dans les villes et dans les villages , cherchait des victimes jusque dans les saintes retraites* On construisait des églises ; on vouait tout son bien aux monastères pour conjurer cette affreuse maladie. Afin de fléchir le céleste courroux, les superstitieux Pskoviens brûlèrent douze prétendues sorcières ; et sachant, par tradition, que la plus ancienne église chrétienne , qui avait existé dans leur ville > était sous l'invocation de S. Vlasse, ils la reconstruisirent à son ancienne place p dans l'espérance que

Dieu y «itendraît plutôt leurs prières. Mais leurs malheurs n'étaient pas à leur terme; le lâ septembre 1419^ il tomba une neige si e'paisse, qu'il FaoUnc. fut impossible de rentrer le blé dans les graiiges. Une famine générale désola toutes les provinces de la Russie pendanrt trois années entières ; on se nourrissait de la chair des chevaux, des chiens, des taupes, de celle même des cadavres. Les halntans mouraient par milliers dans les maisons, ou bien tombaient sur les grands chemins, victimes du froid extraordinaire , pendant l'hiver de 1422. L'okof (a) de blé se vendit d'abord un rouble ; à Koslroma îï en coûtait deux , et à Ni j ni six (ce qui équivalait à une Kvre un quart d'argent). Enfîn , ne sachant plus où s'en procurer, et itislruits qu'il y avait des magasinîs dé vivres daiisPskof , les babitans dé Novgorod, de Tver, de Moscou, du pays des Tchoudes et de la Carélife se précipitaient en foule vers cette province , les riches pour acheter et emporter du blé , les pauvres pour implorer la comniiséra- , tiori publique. Le priî^du seigle y monta' bientôt jusqu'à deux roubles le tchetverté , et ce prix exorbitant força les Pskoviens de prohiber l'ex-

{à) Mesure de blé qui contient quatre tchelvert'es , ou huit osmînes ; le Ichetverte confient douze cent vingt-neuf pouces cubiques de Paris.

â58 HISTOIRE

porta! ion du grain ; ils chassèrent tous les étran«gers g et ces infortunés , avec leurs femmes et leurs enfans , succombèrent , sur la grande route^ au cruel besoin de la faim. Novgorod et Moscou furent en outre désolées par de yiolens incendies. En 142 1 une grande partie de Novgorod et dixneuf monastères furent la proie d'une inondation , qui engloutit également une quantité de maisons et d'églises, et força les habitans à se loger sur les toits. Pour surcroît de maux ^ ces terribles phénomènes furent accompagna d'hi-vers sans neige , d'orages afireux , de pluies de pierres, et de la célèbre comète de 1402 , que les superstitieux d'Italie regardèrent comme l'avantcoureur de la mort de Jean Galéas , duc de Milan, td^s sar ^^ uu mot Ics Russcs Croyaient généralement ■lo^e. ^" alors que le monde allait finir , et cette opinion était partagée par les gens les plus éclairés de cette époque. « Jésus-Càrist , disaient-ils , a an- » nojicé que les derniers jours du monde seraient » signalés par d^étonnans météores , par la fa- » mine y la peste, la guerre et par un houlever^ » sèment universel ; que les nations et lefi em* » pires s^ élèveraient les uns contre les autres : » ces prédictions se réalisent aujourd'hui. Les » Tatars , les Turcs y les Francs , les Aile-" » mandSf les Polonais , les Lithuaniens rem-

ifi plissent l^ univers du bruit de leurs combats. » Notre patrie orthodoxe est elle - même un h théâtre de discordes : le prince tire l^épëe ^) contre le prince , le frère aiguise son glaive » pour en percer son frère ; le neveu forge sa » lance pour immoler son oncle.» lues actes publics même font preuve de cette opinion. Lors du traité de paîx signé , en i Sgy , entre les Pskoviens et les Novgorodiens , Farchevêque Jean y employé comme médiateur, les conjure de vivre en frères par ces paroles : « jimis , w vous %H)yez la fin des temps. »

Ce fut au milieu des pleurs et de la désolation a? ^«^"««^

. . • i^aS, mort

publique, dîsent les annalistes , que Vassili ter- «le Vassiii. mina sa carrière , à Tâge de cinquantre-trois ans, tcre. après en avoir régné trente-six. Sans avoir les aimables qualités de son père , sa bonté , sa dou^ ceur , ni surtout sa bouillante valeur , il mourut avec la réputation d'un prince sage > doué d'un génie vraiment administratif, estimé par les princes , par le peuple , également respecté de ses amis et de ses ennemis. Nijni-Novgorod , Souzdal , Mourom , plusieurs des anciens apa* xiages de Tchernîgof , dans le pays des Viatitches , comme Toroussa , Novossîl ^ Kozelsk , Pérémysle , de même que des provinces entières appartenant à Novgorod-la-Grande ^ telles que

Béjetski-Verlh, Vologda, furent réunies à sa domination. Ce prince consolida sa puissance dans Rostof , dont les souverains, dépendans de Moscou depuis Jean Daniel,ovitch , s'e'taient montrés les fidèles servitçurs de Vassili , qui les >vait envoyés comme lieutenans pour administrer d'autres villes. 11 est dit , dans une chronique^ que Vassili envoya contre Viatia , sous les ordres du prince Siméon Riapolovsky, une armée qui revint sans aucun succès; mais les actes publics de ce temps attestent , au contraire , que cette province fut réunie par lui aux Etats moscovites , et que Youri Dmitriévitch , prince de Galitch , frère de Vassili , en fut le chef. Cependant Viatka , comme ancienne république , conserva toutes les institutions de son gouvernement po- . pulaire. Vassili n'avait voulu soumettre par la force de ses armes ni le pays de Rézan , ni celui de Tver ; il n'en avait pas moins une autorité suprême sur leurs princes , et il fit faire ainsi un grand pas à l'unité monarchique en R«srsie« En augmentant la puissance de Moscou par d'importantes, acquisitions , il maintint Tintégrité de son territoire contre la rapacité dc^s Lithuaniens , et dépendit moins des MogoU que tous ses prédécesseur. Peut-être fit-ilune faute en politique d'avoir donné à Vitovte le temps de

respirer âjprès la défaite de ce prince par le khan Timatir-Koutlouk ; peut-être aurait-il dû renouveler une alliance avec la horde , se coaliser avec Oleg , prince de Rézan , pour fondre sur les Lithuaniens , afin de réunir la Russie méridionale à celle du Nord , et secouer ensuite d'autant phis facilement le joug des Tatars, Mais pour porter un tel jugement , connaissons-nous bien la force des circonstances oà il se trouvait? Le succès d'une entreprise aussi grande et aussi audacieuse était-il effectivement vraisemblable ? Le prince de Moscou , souverain de six ou sept des goovernemens actuels de la Russie septentf ioiiale , avait - il des moyens sufBsans pour anéantir la puissance de Vifovte , qui , possesseur de la plus belle ^ de la plus populeuse moitié de ce vaste empire , souverain de toute la Lithuanie, et maître de disposer à son gré des forces de la Pologne ^ pouvait facilement remplacer Tarmée qu'il avait perdue sur les bords de la Vorskhla. L'intention du grand prince n'était pas , sans doute , de ménager son beau-père et de sacrifier l'es intérêts de sa patrie à un lien de parenté ; car , plusieurs fois , ilous 1 avons vu prêt à combattre Vitovte ; mais il agissait ainsi parce que ses lumières en politique' lui prescrivaient cette manière d''agîr comme la meilleure.

Le succès seul peut justifier la témérité, tandii qu'une audace intempestive et malheureuse entraîne à sa suite la perte des empires ;, et souvent

' la patrie doit de la reconnaissance à celui qui fut moins jaloux du titre de grand ^ qu'attentif

, à ne point chercher le danger sans nécessité. Il suffit que y assili ait su mettre un frein à l'avidité de son beau-^re ^ et l'empêcher d'engloutir le peu de provinces indépendantes qui restaient encore à la Russie. Depuis 1408 ils vécurent l'un et l'autre dans la plus parfaite harmonie ; et deux ans avant la mort du grand prince , son épouse se rendit chez son pçre , à SmoJensk , non-seulçraent pour le voir , mais peut-être pour ménager de grapds intérêts poli-* tiques. Vassili ^quî se sentait^ors près du terme de sa carrière , voulut s'y prendre à temps, pour affermir son fils sur le trône des grands princes.w Tesu- Il dit, dans son testament, qu'il confie cet enfant ^^^ ' chéri et sa mère, à la protection , à toute la sollicitude de son beau-père et de son beau-frère , le prince de Lithuanie. Vitovte s'y engagea solennellement au nom de Dieu ^ ce qui porte à croire quft la princesse Sophie servit de médiatrice entre son père et son époux. Vassili lais:sait son fils ,. encore enfant j il connaissait l'ambition de ses frères , surtout celle de Youri et

DE RUSSIE. :t65

de Constantin^ qui auraient pu s^opposer au nouvel ordre de succession , d'après lequel les oncles étaient subordonna à leur neveu ; il es* péra que le fier et puissant Vitovte , flatté de la confiance qu'il lui témoignait , la justifierait par son zèle à défendre les intérêts de son petit-fils , intérêts qui, d'ailleurs, se trouvaient d'accord avec ceux de notre patrie j car l'ancienne loi relative au droit d'aînesse , obscure et embrouillée, avait été la principale cause des divisions intestines de la Russie. Le grand prince pouvait-il effectivement attendre des services désintéressés d'un beau-père , vieilli au milieu des manœuvres astucieuses de l'ambition ? Cette confiance parait plutôt une ruse qu'une blâmable crédulité : elle ne reposait que sur des mots j elle imposait à Vitovte l'obligation de défendre son petit-fils , en cas de violence de la part de ses oncles, et ne donnait a la Lithuanie aucun nouveau moyen d'assenùr Moscou ; car le conseil des instituteurs et des boyards du grand prince , encore enfant , savait fort bien ce qu'il fallait demander ou refuser à un protecteur étranger.

Dans ce testament , Yassili donne à son fils le titre de grand prince; il le confie à sa mère, lui lègue tout ce qu'il a reçu lui-même de son père , et ses acquisitions (Ni jnî-Novgorod etMourom);

a64 HISTOIflE

z^ tier^ 4ç Moscou (cj^r lies deux tiers resf^Mis ap-r partçnaieot aujf a^utrps (î|s dp Dmitri Dopskoï et à ytadimip Andrpiévitch) ^ RoJloraiiç^ , et plusieurs domaînes 4?ps diflërerites proyiftees ; il lui lègue , e\i outre , \m grand pré situé de l'autre côté de la Mos!^ya, le w^oulin dç ^thod^nta^ u^i^e maison à la porte 4ç Barovitst , et i;ne ^utrp hors' de la ville près de Ssjint- Vladimir* ; entre ^utre& effets précieux , i\ lui ^^isse un liiopj^et d'pr , un §upçjrl)e collier, la croix du p^triarc^e Phi^c^tlnée, un vase en pierre , envoyé par Vitpvtç , une coupe de crista^ ^ présent du ro^i Y^gaï^o , etc. : il donne tout le reste et pluj^iç^i^rs yiillagçs à son épousç, ajout^qt : « Je i^eux qu^ la princesse >; Spphie en ait la jouissance ^ et qu'elle distri" » bue la justice jusqu^à la fin de ses jours y en 5) ces iieux qi^i , après sa mort , jurant partie de )) V hérita^ de nqfre cher fils^ : quant aux vil- » lag^s qu^elle a achetés} elle ^ est maitresse de 3) les d^ner à qui bon lui semblera- Je lègue d » chacune de me^. filles ^ cinq farnilles de mes )) esclaues ; les valeté seuls d^e Ifx princesse Tes- » teront attachés d sçn service. Je rends la\ » liberté d tous les aufr^s. n Cet écrit est scellé de cinq cachets en cire, dont quatre appartenans à des boyards ; le cinquième , qui est celui di;i grand princç , représente un cavalier j au bas-

on Yôît la signature ,. en grec, aîi métropolitain Photius, Nous observerons que Vassili, qui re-> connaît solennellement ici son fils comme son successeur à la dignité de grand prince , avait , du vivant de Jean , son fils aîné , mort enfant , dressé un semblable testament , dans lequel il dit : « ^t ^i Dieu accorde au prince Jean la cou* » ronne des grands princes : » preuve qu'il admettait encore^ comme indispensable , Tassenti^ ment du khan. Ce premier testament est de l'année 14^7, et n'est muni que d'un cachet d'argen t doré , avec l'image de S. Basile-le- Grand , et l'inscription suivante : Sceau de Vassili Dmitriéi>itch , grand prince de toute la Russie •

Parmi les actes qui nous restent de cette épo- '^^^'^

* ^ ^ * avec le

que , on Jdous a ansaiî conservé un traité conclu , P"nce de en 1 4o5 , entre le grand prince et Feodor Olgo- ' vitch, prince de Rézan. Féodor s'engage à respecter YassiU comme son aine , à regarder Vladimir Andréievitch et Youri Dmitriévitch comme ses égaui: ^ et ks autres fils de Dmitri Donskoï commç ses cadets : il jure de n'avoir aucune liai- SOU avec les khans , ni avec Vitovte , sans l'agrément de Va«$ili ; de l'instruire de tous les mouvemena et projel^dç la horde; de vivre en bonne harmonie a^n: les princes de Torotissa

et de NoYOssîl ^ vassaux du grand prince ; il reconnaît en outre l'Oka comme limite entre ses Etats et ceux de Moscou, etc. : Vassili, de son côté , lui eède Toula , et lui promet de ne chercher à soumettre ni la province de Rézan ni ses princes ; il donne à Féodor le nom de grand prince / mais ^ €[uoiqu'en général il lui parle le langage de supérieur à inférieur ^ cependant il a soin d'en tempérer l'orgueil par des expressions pleines de douceur et d'affabilité.

Un des faits les plus brillans pour la Russie ^ durant 1© règne de Vassili , est le service que le grand prince rendit à l'empereur Manuel , maître du célèbre empire de Constan,tin-le-Grand , déjà près de sa décadence . L'Asie mineure , la Thrace ^ et nombre d^autres provinces avaient été cédées aux Ottomans : Constanti^ople y assiégée par ces fiers ennemis ^ n'avait du son salut qu'à Tamerlan ^ l'heureux vainqueur de Bajazet ; Manuel enfin ^ réduit à l'extrémité ^ resserré dana sacapitale^ n'avait plus de trésors pour solder une armée capable de le défendre : instruit de la position déplorable où se trouvait un monarque du Pressens ï^émc cultc que lui , Vassili lui envoya , en i SgS, cXe***^" une quantité considérable d'argent par le moine Osliébia. Il fit plus , il engaj^a tous les princes

russes à suivre son exempl^^es présens furent

jaj^a

Bii Russie; JS167

reçus à Cônstantinople avec les transports de la plus vive reconnaissance ; l'empereur , le patriarche, le peuple , élevèrent jusques aux nues la générosité des Russes; et, en i4i4^ pour res*^ serrer les nœuds d'amitié cpii l'unissaient à la M oscovie , Manuel maria Jean, son fils> à la fille de Yassili, nommée Anne. C'est ainsi que de&fîancées du même nom commencèrent et finirent les alliances de parenté entre les Russes et les empe-reurs d'Orient. Le mariage de la première Anne, Vne mie épouse de S. Vladimir, eut d'heureuses suites ' ^^ouse pour là Grèce j mais la petite-fille du héros du reur. Don n'y vit que des. scènes désastreuses; et au bout de trois ans cette princesse infortunée succomba au fléau de la peste. Son époux,, qui ré-<

gna sous le nom de Jean Paléologue ^ n'eut pas d'enfans.

Les affaires ecclésiastiques dç ce temps sont ^^^lHl très-mémorables dans notre histoire : nous avons *'*i"^* vu que , sous Dmitriji la Russie avait deux métropolitains,, Pimen au nord, et Cyprien au midi. La mort du premier réunit les deux métropoles > et Cyprien, qui était, à cet effet, à Constantin ' nople , sortit de cette capitale en grande pompe , accompagné d'un nombre considérable de pré- • lats russes et grecs. Le grand prince, les boyards et le peuple connaissaient déjà toutes les qualités

personnelles de Cyprîen . Ils allèrent , en cérémonie , à sa rencolitre , i Kotly , charmés de ce «que le chejf de tout le clergé russe allait établir , de nouveau, sa résidence à Moscou. Ce métropolitain était, en effet, animé d'un grand zèle pour la foi : sa moralité était sans reproche ; il punissait avec rigueur tous les torts des évêques, et surtout leur désobéissance aux volontés dû prince. 11 infligea un juste châtiment à^Euphèmé Visslène, évêque de Tver, accuse par le prince , le clergé et le peuple , de plusieurs contraventions aux lois ; il lui ôta son épiscopat , et lui donna ordre de vivre dans une cellule du monastère de Tchoudof ; à l'invitation de Vitovte , il dégrada Antoine , évêque dé Tourof , le dépouilla de la mitre blancbe ainsi que de tous les ornemens pontificaux , et le^ renferma dans le cou vent de Saint-Simon . En 1401 , Sarva, évêque de Loutsk , dans la Russie lithuanienne , appelé à un concile de neirf archevêques rassemblés à Moscou ^ fut obligé de renoncer k son évéché , pour avoir, sans doute , encouru la disgrâce de Vitovte. Nous avons parlé jiloshaut du sort de Jean, archevêque de Novgorod, qui resta pendant trois ans enfermé dians le monastère de Saint-Nicolas , uniquement/ pour servir le ressentiment du grand prince contre ce défenseur'

zélé des droits de Novgorod. Toujours attentif à ne rien faire contre l'intérêt ou la volonté des maîtres de l'Etat , Cyprien garda sous sa surveillance les évêcbés de la Russie méridionale • et jouit du plus grand crédit auprès de Vassili Dmi* triévitch. Nous croyons devoir faire mention ici d'un écrit soi-disant adressé à Cyprien par ce prince y ^t relatif aux jugemens ecclésiastiques. Cet écrit est inséré dans plusieurs chroniques , où Ton ajoute qu'il est extrait de l'ancien droit ca'-^ non moscovite. Il y est dit : a M oï , grand prince i> V^assili Dmitriévitek ^ par suitç des réflexions » que j^ ai faites avec mon père le, Tnéiropolitain » Cyprien^ je renouvelle les anciens statuts » ecclésiastiques de S. f^ladimir, mon aïeul ^ » et ceux de son fils Yaroslaf, in» cor^ormant , » en tout, au droit canon grec. • ., Van 6911 » ( i4o5)« » Ces deux prétendus régleraens de S. Vladimir et d'Yaroslaf sont évidemment controuvés. Le sage Vassili pouvait-il croire à leur authenticité? Le métropolitain , lui-même , pouvaît>-il présenter à l'approbation de son souverain des lois absurdes^ en vertu desquelles un mot injurieux dit aune femme ^ emportait a^ec soi une amende cent fois plus forte que des crimes et des forfaits infâmes? A une fervente piété, Cyprien joignait toute la pénétration d'un esprit

là^O HiStOtRË

éclairé. ^Objet de Testime du clergé de Coifêtati'tinôple , il fut appelé au concile convoqué pour destituer solennellement Macaire , usurpateur de la dignité patriarclialé^ et son nom accompagna celui des plus illustres ecclésiastiques grecs signataires 4^ la sentence qui condamnait Macaire. Ami de la retraite , il demeurait ordinairement hors de Moscou , dans le village de Golénischtchef^ entre les monts Varabïof et Poklonnaïa. Là^ au sein du repos , et dans la contemplation de la belle nature , il traduisit beaucoup de livres du grec en russe > et composa la vie du métropolitain S. Pierre^ ouvrage dans lequel il parle de lui dans les termes les plus modestes , et fait la description des troubles , des malheurs dont il a été le témoin dans la Grèce. Zélé serviteur de Jésus- Christ y il eut la douce satisfaction de convertir au christianisme les trois seigneurs mogols , Bakhti y Khidir et Mamat y qui y éclairés par ses saintes instructions y témoignèrent le désir de se faire baptiser. Cette cérémonie se célébra avec pompe sur les bords de la Moskva^ en présence du grand prince et de toute sa cour y au son des cloches y et aux bruyantes acclamations de joie d'une foule innombrable de peuple. Les Mosco^ vites pleurèrent d'attendrissement lorsqu'ils virent leurs anciens y leurs fiers ennemis > prêter

DE 11USSIÉ4 2^1

une oreille attentive à la^oix du métiro{>olitaia ; leur cœur tressaillit de joie à la douce pensée que le triomphe de notre religion était ^heureux présage du prochain triomphe de notre patrie. Les néophites reçurent les noms d'Ananias, d' Azarie et Mizaïl y jeunes hommes si célèbres par leur sainteté ; et le même jour on les rit se promener dans la ville ^ saluer amicalement les habitans de la capitale^ qui , dès-lors^ les regardèrent comme

leurs frères. Honoré de l'estime et de l'amour universel , Cyprien mourut dans un âge trèsavancé. Quelques jours avant sa mort , arrivée en 1406 y il adressa à Vassili y à tous les princes russes , aux boyards y au clergé y aux laïcs y une lettre dans laquelle il leur donne sa bénédiction^ et leur demande y en chrétien y le pardon de toutes ses offenses. A la lecture de cette lettre y faite au peuple dans l'église de l'Assomption y par Grégoire , archevêque de Rostof , des soupirs et des sanglots se firent entendre de toutes parts ; depuis cette ^>oque , tous les métropolitains de Moscou y au moment de leur mort y composaient de pareilles lettres d'adieu y et en ordonnaient la lecture lors de leur enterrement.

Le successeur de Cyprien (1409) fut Photius, Grec de la Morée , fort instruit dans la langue slavonne y quoiqu'il écrivit toujours son nom en

grec : cet hoimne , sàyant et vertueux ^ n'eut pas beaucoup de succès dans son administration. Installe dans la Russie septentrionale y au moment où elle venait d'être ravagée parEdigœ , il employa tout son zèle à améliorier les biens dès mé* tropolitains y pillés par Tennemi y dilapidés par d'avides seigneurs russes. Les domaines de l'église étaient (avenus la proie des laïcs : il fallut les faire restituer , et, à cet eflfet , plaider contre des gens puissans^ contre des princes et des boyards. Ces recherches indisposèrent contre Photius un grand nombre de personnes; elles l'accusèrent de ^nger beaucoup plus aux affaires temporelles qu'aux spirituelles , et lui repro-* chèrent son trop grand amour pour les rich^ses. Ces inculpations pouvaient être fondées en' partie ; au moins le grand prince le regardait d'assez mauvais œil y et comme il n'aimait pas le métropolitain^ il fut spectateur a^ez indifférent des maux que la métropole eut bientôt à souffrir.

L'adroit Vitovte voyait , sans doute y depuis long-temps avec peine y les provinces qu'il possédait en Russie y sous l'autorité spirituelle d'un* pontife étranger. Les chefs de notre églfce portaient le nom de métropolitains de Kief , mais ils dem enraient à Moscou , dont ils servaient les souverains avec zèle. Maîtres de la conscience

DK RUSSIE. 273

des citoyens y ils nourissaient entre le nord et le midi de la Russie y un esprit d'union et de fraternité dangereux pour le gouv^nenient lithuanien : comme ils avaient y en outre y des revenus considérables dans les provinces méridionales ^ ils en épuisaient toutes les richesses qu'ils faisaient passer dans la grande principauté de JVfoscou. La prudente politique de Cyprien avait éloigné l'exécution des projets de Vitovte. En quittant les Etats lithuaniens pour se rendre à Moscou y capitale d'un souverain de sa religion y et conséquemment métropole^ ce pasteur n'avait point abandonné Kief ; en 1 396 y il avait fait un voyage dans cette ville^ où il resta dix-huit mois ; il visita les autres évéchés de sa juridiction, et chercha, en général , à complaire à Vitovte. Photius^ au contraire y moine dès sa jeunesse y très-peu savant en politique , et élevé dans la haine contre l'église latine , attachait peu de prix à la bienveillance de ce prince, très-zélé pour le catholicisme } il refusa même de faire ses visites pastorales dans les provinces lithuaniennes , dont cependant il exigeait impérieusement les revenus. Vitovte convoqua alors tous les évéques de la Russie méridionale , et leur proposa d'élire un métropolitain particulier , leur ordonnant de lui Tome V. 18

âklk'esser contre Pfaôtius une plainte dam kquellé ils le t'epré^nferdient comme un prélat négligent. iPhotÎQs fît d'inutiles eâbrts pour détourner l'orage : il se hâta de se rendre à Kief afin de se récfôncilier avec Vitovle , ou d'aller, trouver le patriarcbe de Constantinople ; mais ce fut en vàîn : il se vit dépouillé de tous ses biens en Lithuànie , et contraint de retourner à Moscou. Ses vicaires furent chassés de la Russie méridionale ; ses villages et ses terres confisqués au profit du prince, qui en disposa en faveur des seigneurs lithuaniens. Du consentement de son clergé , Vitovte envoya à Constantinople un savant bulgare , nommé Grégoire Tsamblak , auquel il remît des lettres extrêmement flatteuses pour l'empereur et pour le patriarche , les suppliant de vouloir bien sacrer cet homme respectable, en qualité de métropolitain de Kief. Le pa-* triarche , ami de Photius , ayant refusé de souscrire aux vœux du prince lithuanien , tous les ëvéqûes de la Russie méridionale se rendirent à Novgorod , où , conformément au désir de leur souverain , ils sacrèrent eux«-mémes Tsamblak , après avoir donné à la connaissance du peuple Tàcte mémorable que voici :

■ w Tous les dons sont parfaits, venant » d'en haut y de la main du père des lu^

» mières (a) • Nous avons reçu ce don céleste ; nous )) en avons goûté toute la douceur , nous , évêques }} des pays russes , amis et frères en Jésus-Ghrîst ; » nous , Théodore , archevêque de Polotsk et de )} laLithuanie; Isaak , évêque de Tchernigof;' » Denis de Loutsk; Gerassim de Vladimir; Se- » bastîen de Smolensk ; Khariton de Kholm ; » Euphème de Tourof. Notre cœur a été seAsi^ » blement affligé de voir l'église de Kief , la pre- » mière de la Bussie , abandonnée , et n'avoir un » pasteur que de nom ; le métropolitain PKotiug » a méprisé notre clergé : il arefusé de le gouvcr- » ner et de le visiter ; il s'est uniquement occupé >) à s'enrichir de nos revenus , et a transféré à >) Moscou les ornemens des anciens temples de » Kief, Le Dieu de miséricorde a enfin touché #) le cœur du grand prince Alexandre Vitovte ^ » hospodar de Lithuanie et de beaucoup de pro* » vinces russes ; il a chassé Photius et demandé » un autre métropolitain à l'empereur et au pa^ » triarche ; mais ceux-ci , aveuglés par la cupi-* » dite, n'ayant pas agréé notre légitime prière , le » grand prince a convoqué alors un grand conseil » auquel il a appelé nous autres évêques , tous

(a) Omne dation optimum et omnc donum perfectum desursum çst, descendens à patrc lummum , etc.

Ëpist. Jacobi, cap. I.

» les princes lithuaniens , russes et autres , à lui

» soumis , les boyards , seigneurs , archim^n-

» drites , abbe's et prêtres. Nous nous sommes

» rassemblés dans l'église de Notre-Dame dans

» la ville de Novgorodok de Lithuanie; là, avec

» la bénédiction du Saint-Esprit, et en vertu

» de l'autorité que nous en avons reçue des

» Apôtres, nous avons sacré métropolitain de

f) l'église deRief , le nommé-Grégoire à la place

» de Photius , dont nous avons exposé la mau-

» vaise conduite au patriarche. Que le monde

» ne dise donc pas : Le prince P'^itopte est d^ une

» autre religion, et il ne s^ occupe point de

» V église de Kief, mère des églises russes , de

» même que Kief est celle de toutes les villes

» russes. De temps immémorial, lesévêquesonteu

^ le droit de nommer les métropolitains , et sous

» le règne du grand prince Isiaslaf , ils ont sacré

» Clément, Les Bulgares , plus anciens que nous

» dans la religion chrétienne , ont un pontife

ïi particulier; il en est de même des Serviens

» dont le pays , sous le rapport de l'étendue et

» de la population , ne saurait être comparé aux » États d'Alexandre Vitovte . Mais à quoi bon

» parler des Bulgares et des Serviens ? Nous

il avons suivi le règlement des Apôtres ; ils nous

D ont transmis; comme à leurs disciples etsucces-

» seurs 9 la puissance du Saint-Esprit^ qui agit n également sur tous les évéques. Toutes les fois » qu'ils se rassemblent au nom du Seigneur, » les évéques peuvent , en tous lieux , élire un » digne pasteur , choisi par Dieu lui-même. Que » des imprudens ne disent donc pas : Séparons- » nous d^eux , puisqu'ils se séparent de l' église » grecque. Non; nous conservons au contraire » la tradition des SS. Pères, ennemis de toute » hérésie : nous respectons le patriarche de Cons- » tantinople et les autres, nos frères en reli- » gion ; mais nous ne saurions admettre l'auto- D rite illégitime que les empereurs grecs s'arro- » gent dans les affaires ecclésiastiques ; car ce » n'est pas le patriarche , cfest l'empereur qui » nomme les métropolitains , et qui trafique ainsi » de la dignité du souverain pontife : c'est Ma- » nuel qui , beaucoup moins Jaloux de la gloire » de l'église que de grossir ses trésors, nous » a envoyé trois métropolitains à la fois, » Cyprien , Pimén et Denis. C'est dans de tels » abus qu'il faut chercher la cause de tant de » dommages , de troubles , de meurtres même , n et plus malheureusement encore la cause du » déshonneur de notre métropole. C'est après » avoir bien réfléchi qu'il ne convient pas à » un empereur laïc ^ de vendre le rang de mé-

» tropolitain , que nous avons élu ce digne pas- » teur* Le ï5 novembre i4i5. »

• Vainement Photîus ëcrivît aux seigneurs et aux hàbitans de la Russie méridiobale, qu'il ne reconnaissait point le sacre illégal de Grégoire ; qu'il le regardait comme l'acte d'une puissance purement temporelle , et d'un souverain étranger^ persécuteur de V orthodoxie ^ notre ancienne et jadis unique métropole fut dès-lors divisée , et le nom de métropolitain de Kief ne fut plus qu'un titre de ceux de Moscou. Grégoire Tsamblak, homme instruit et d'une grande érudition , avait formé , pour sa gloire,. le projet de réunir les églises grecque et latine. \\ se rendit en effet à Rome et à Constantinople avec plusieurs seigneurs lithua^ nîens ; mais il en revint sans aucun succès, et mourut^ en 1419 , béni au midi de la Russie, à cause de son zèle pour la religion, et maudit^ comme apostat, dans la métropole de Moscou . Il institua ime cérémonie solennelle en l'honneur de S. Paraske va de Tarnof , dont il a écrit la vie : il composa aussi beaucoup d'instructions chrétiennes. Son successeur à la métropole de Kief, fut Gerassim , évêque de Smolensk , nommé par le patriarche de Constantinople, en i435.

ïiance ju- Outre le règlement de Vassili sur les jugemens ecclésiastiques, règlement que nous avons cite

comme apocryphe , nous avons trouvé parmi le^ monumens de son règne une autre ordonnance beaucoup j^u^ authentique sur lie droit civil. Cet acte est d'aatant plus intéressant ^ que ^^ depuisYaroslp^f-le-Orand jusqp'au quinzième siècle, on ne rencontre ni dans les annale^, ni dans les archives , rien de relatif à Tancienne législation russe «Oet ^cte judiciaire est adressé aux habi-;^ tans de la Pvina qui , en 1 597 y avaient reconnu l'autorité suprême du grand prince de Moscou* £11 voici le contenu.

w Tout boyard , soit de Moscou , soit de la » Dvina> que moi , grand prince ^ vous enverrai D connue lieutenant ^ doit agir çonforméniçn^ D à cette ordonnance.

» £n cas de meurtre y il sera fait les;glus se- » vères perquisitions pour en découvrir Tau-r » teur ; s'il arrivait que les recherches fussent inu- » tiles y le canton où le meurtre se sera commis » est tenu de payer dix roubles au lieutei;ia^t ; )) pour une blessure accompagnée d'effusion de » sang y trente écureuils ; pour une contu- » sion y quinze y sauf le châtiment particulier k » infliger au délinquant.

» Toute injure faite à un boyard, ou toute » voie de fait contre lui , sera punie par le lieu- )) tenant au moyen d'une amende pécuniaire

uSo HISTOIRE

» proportionnée au rang ou à la naissance de M Toflensé.

» Les lieutenans et gentilshommes n'inter- )) viendront pas dans une qui^relle qui ^ survenue » au milieu d'un festin , se terminerait dans le )) lieu même où elle aurait commencé ; mais si w cette dispute ne cesse qu'après le festin , le lieu- » tenant est autorise à prendre une peau de » martre.

» Tout laboureur ou faucheur qui , en travail- » lant dans un champ ou dans un pré , détruirait » la ligne tracée pour limite y sera tenu de donner » un mouton, ou de payer de trente jusqu'à » cent vingt écureuils. Cependant il ne fautpoint » lier le coupable. En général, tout accusé qui » fournit une caution , doit rester libre. Les sei- » gneurs préposés à la décision des affaires n'exi- )) geront rien d'un homme enchaîné , parce que, » dans ce cas, toute promesse est nulle.

» Sera acquitté tout individu qui , rencontré » avec un effet dérobé, prouvera ne l'avoir )) point enlevé et découvrira le voleur. La pre-r » mière fois, le voleur paiera le prix de l'effet volé ; » la seconde , il sera imposé a une forte amende )) pécuniaire , et la potence serait sa punition » s*il récidivait une troisième fois. Dans tous ces i cas, le voleur doit être marqué.

» Paiera quatre roubles au trésor tout individu » convaincu de s^étre rendu justice lui-même y et » sera regardé comme tel tout bourgeois ou la-- » boureur qui , à la connaissance du lieutenant , « aura accordé, pour de l'argent , la liberté d'un y) voleur pris sur le fait.

» Les lieutenans donneront un acte de condam« )) nation contre celui qui y de ce prëalable/hent » sommé , manquera de comparaître à leur triy) bunal.

» Un seigneur n'est point responsable aux » lieutenans de la vie d'un esclave qu'il a y par » inadvertance, îr^ip^éjusqû^àce que m.orts^en' » suive.

» Dans les procès , les lieutenans percevront w la moitié de chaque rouble,

» Ceux qui auraient reçu quelque injure du ^) lieutenant , adresseront leurs plaintes à moi, » grand prince. Je le sommerai de se justifier; » et s'il ne comparait point au terme prescrit , w j'ordonnerai à mon officier d'en agir avec lui » comme avec un coupable.

» Les marchands de la Dvina ne pourront » être jugés à Oustiougue non plus qu'à Vo- » logda etàKostroma. S'ils sont convaincus de » vol , on me les présentera pour entendre leur . » sentence, ou bien on portera plainte contre

» eux à mes lieutenans dans la provmce de la )) Dvina.

» Sont exempts des frais d'importatiop tpv»$ les » habitans de la Dvina qtii feront le commerce » dans les provinces de la grande principauté , ^ » condition pourtant qu'ils paieront aux lîeute^ ^ nans d'Oustiougue et de Vplogda d^ux me- )) stres de sel par barque , et deu^ écureuils par w chariot. » — ^Vient ensuite la taxe de ce que Voji doit payer aux gentilshommes et officîfsrs- juges pour leurs peines et voyages ( ainsi qu'il est dit daiis Taticien droit russe ).

Ces lois ne sont plus déjà celles d'Yaroslafle-Grand, puisque le vol y est puni de mort^ tandis qu'aisicîennement il n'entralpait qu'une amende pécuniaire : sous le nom ^écureuils , ^ont nous avons parlé ici pouf n^^ntrer le prix attaché à chaque délit, il ne faut plus comprendre les monnaies de peau d'autrefois ; mais effectivement des peaux: d'écureuils, comme on peut le voir par l'article de l'acte cidessus , où il est dit que le lieutenant perçoit , pour une querelle , une peau de martre. Il ne serait pas probable que pour une blessure accompagnée d'effusion de sang , et pour avoir fait disparaître un sillon de séparation entre deux champs, le coupable n'eût payé que trente morceaux de

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peaux d'écureuils , soitittiè hUllè felatîvetnênt au prix de l'ancien argeht de peaux. Au reste , cet * argent ou le» itiaè^/1^8 avaient encore cours> à cette ëpôqptte f dans le pays de là Dvina ; fear ce ne fut qu'en i4io que le gouvernement de Novgorod \é remplaça par des sous de cuivre lithuaniens y et par les ortcmgue^ suédoises dé même mëtal , qu'ils vendirent ensuite âilx Alleàiâhds : à ces monnaies ils firent , en 1 420 , succéder des pièces d'argent , semblables à celles de Moscou et des autres provinces de Russie. Lefs Psko viens suivirent cet exemple , et à dater de cette époque , toute la Russie eut sa prbpi'e monnaie d'argent. Le prixdes kounes baissa telleilient , qu'en 1407 , les Pskoviens donnaient quinze grivnas en kounes pour un demi rouble d'argent.

Nous ajouterons les détails suivans au règne de Vassili Dmitriévitch .

C'est sons ce prince que les Russes commencèrent à compter les années de la création à dater du mois dé septembre , tandis que jusque-là ils avaient toujours commencé par le mois de mars. Ce fut, sans doute, le métropolitain Cyprien qui introduisit cette nouveauté, pour imiter les Grecs qui comptaient alors de la sorte.

Dès le règne de Dmitri Donskoï , plusieurs de l^os citoyens les plus distingués commencèrent

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à prendre des noms de famille, indiîpendam-' ment des surnoms qqi servaieat à les distinguer. Cet Usage devint plus fréquent sous Vassili , et les anciens noms slaves tombèrent enfin en désuétude.

Moscou eut à se glorifier , à cette époque ^ de plusieurs peintres d'images célèbres par leur talent ; tels ijue Siméon-le-Noir , le moine Prokhor^ Daniel de Grorodetz , et le religieux André Roublof , dont la réputation était si grande , que pendant cent cinquante ans , ses images servirent de modèles à tous les autres peintres. En i4o5 , il peignit Téglise de TAnhonciation , dsuis le palais du grand prince , et , en 1408, la cathédrale de Notre-Dame à Vladimir ; la première avec Prokhor et un Grec nommé Théophanej la seconde avec Daniel. Il parut égalemei^t à Moscou plusieurs fondeurs distingués. En 14^0^ l'un de ces artistes enseigna à un citoyen de Pskof, appelé Théodore^ le, moyen de fondre des lames de plomb pour couvrir les églises ; il reçut en récompense quarante-six roubles des Pskoviens. Les Allemands de Dorpat cachaient aux Russes tous les arts utiles , et empêchaient leurs ouvriers d'aller exercer leurs talens en Russie.

En 1404, Lazare , Servien de naissance, ej

tnoine du mont Athos^ fabriqua, dans Moscou, la première horloge à sonnerie qui y eût encore paru. Cette horloge , qui coûta cent cinquante roubles , c'est-à-dire , environ trente livres d'argent, fut placée dans la cour du palais du grand prince, derrière l'église de l'Annonciation; et le peuple regarda comme un prodige, cette nou-^ velle production de l'art.

En 1 394 , le grand prince , afin d'augmenter les foi*ti/îcations de sa capitale , avait fait creuser, depuis le champ de Koutchkof , ou la porte actuelle de Stretensky, jusqu'à la Moskva, un grand fossé de la profondeur d'un homme, et large d'une sagène. Comme ce fossé devait traverser beaucoup de rues et de cours , il fallut raiser un grand nombre de maisons , ce qui causa un déplaisir sensible aux propriétaires. Dès cette époque Moscou était déjà plus vaste que Bielgorod d'aujourd'hui.

En iSgo , un jeune homme de noble famille, nommé Osée, et fils du gouverneur du grand prince , fut mortellement blessé à des jeux militaires, qui , au rapport de la chronique , se célébraient alors à Kolomna : ceci prouve qu'à l'exemple des autres Européens , nos ancêtres avaient des tournois , exercice si propre à enflammer le courage et l'amour des jeunes gens pour la gloire.

286 ïiiaTOîHE :

Dans un,^ lettre adressée, en i^io , par le métropolite Photius à Jean, archevêque deNovgo^ rod , nous trouvons quelcjues détails assez curieux sur les coutumes et moeurs de w tem{tô. Photius lance rexcommuwi^^tÂ^ contre tout couple qui serait uni sans la ))âaédiCition de l'église et du prêtre ; il enjoint de célébrer les mariages après la messe , et non pas le soir; il ne peirmet qu'aux jeunes ,gens sans enfisin^ de se remarier en troisièmes noces , et à condition de n'entrer de cinqf au& dans l'église , ou bien d'oii^tenir l'absolution^ p^r un repentir sincère et par les latmes d'une fervente contrition; il interdit aux filles de se marier avant l'âge de douMe ans; défend d'approcher de la sainte table à tpus ceux qui osent boire du viii, avant le diner , et blâme sévèrement les: }uremens , les mots indécens en usage parmi le peuple. Il défend au clergé le commerce et l'usure i aux religieuses d'habiter leis mêmes nto-? nastères que les moines , aux prêtres veufe de demeurer dans les couvent de femmes, auxgen» crédules et superstitieux , d'écouter les contes bleus des diseuses de bonne aventure , ainsi que de recourir à leurs dangereux poison^* En général,, ce métropolitain fit preiuve du plus grand zèle pour faire comprendre le véritable esprit du christianisme ; il adressa un. grand nombre d'jns-

tr notions pastorales au clergé ^ aux princes et au peu{4e.

Dix-hia$,t ans avant sa ïnort , Vassili Dmitrié-r vitch eut à pleuref la hkmI: 4e sa mère Eudoxie^ épouse de Diûiiri Donskoïi^ célèbre par son e^rit et plus encore par ses vertus chrétiennes. Sa dé^ votion 9 sa pieuse inclination à orner les églises , la font comparer à Marie , épouse de Vsévoloct* le-Grand, petit-fils de Monomaque. C'est eUe qui fonda , dans te Kremlin , le monastère de TAsceusion , pour les filles ; l'église de la Nativité de Notre-Dame , et aùti^s temples décorés et peints par le Grec Théophane et Siméon-le-Noir. Cette pieuse princesse chérissait la vertu autant qu'elle en abhorrait le masque : afin de cacher, sous une apparence d'embonpoint , sa maigreur , résultat de jeûnes continuels et de mortifications^ elle portait plusieurs robes , se parait de perles , et paraissait toujours avec un ^air riant; rien ne la comblait de joie comme lorsqu'elle entendait la médisance élever des doutes sur sa vertu , répandre partout qu'Ëudoxie cherchait à plaire , et que même elle avait des amans. Ces bruits parurent si outrageans aux fils de Donskoï, et surtout à Youri Dmitriévitch , que celui-ci ne put cacher à sa mère combien il en était afiligé. Eudoxie les fit enfin venir , et ôta devant eux une

0S& HISTOIKE

psgrtîe de ses yêtemens : c^ Croyez maintenant^ n dit - elle à ses fils « saisis d'effroi à la vue de son corps maigre et desséché par trop d'abstinence, ce croyez que votre mère est chaste ; mais que ce » que pous venez de voir reste à jamais un «e- » cret pour le monde. Celui qui aime Jésus' w Christ doit supporter la calomnie^ et remercier » Dieu de lui envoyer cette épreuve. » La médisance fut bientôt réduite au silence. Peu de temps ayant sa mort, Eudoxie abandonna le monde ; elle entra dans un âionastère , où elle prit le nqm d'Euphrosine, et termina sa carrière, honorée de celui de sainte.

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