‹ Histoire de l'empire de RussieChapitre 19 sur 45 · Tome IX · texte numérisé non relu

Tome IX

1577. De son côté^ Magnus prenait des yilles sans coup fe'rir. F^oulez-pous > écrivait-il aux Livoniens, sauuer votre existence , votre liberté '^ vos biens ? soumettez^i>ous à moi* Autrement vous verrez les Moscovites apporter chez vous la mort et V esclavage. Tous s^empressèrent de le reconnaître pour^roi, sous les conditions qu'exigeaitleur sûreté, et dans Tespoir d'échapper par ce moyen au courroux de Jean. En conséquence Magnus occupa, à l'insu du tzar, les villes de Ko^ kenhausen , Ascheraden, Lehnvard, Ronnebourg et plusieurs autres forteresses ; enfin Venden et Volmar où les citoyens lui livrèrent le prii^ce Poloubensky, voïévode de Batory . Aussitôt , avec un orgueil inconsidéré , il instruisit Jean de ces succès , exigeant que les Russes n'inquiétassent plus les Li voniens devenus suj ets fidèles de leur roi légitime : au nombre des villes soumises à sa domination, il allait jusqu'à nommer Dorpat. Il est facile d'imaginer, à cette occasion, l'extrême surprise de Jean ! Nous avons vu qu'en choisissant Magnus pour instrument de sa politique , il ne s'était point aveuglé jusqu'à lui accorder une confiance illimitée. Le souvenir de la trahison de Taube et de Kruse était encore présent à sa pensée ; il savait que les liens de patenté sont une faible garantie du dévouement d'un ambitieux, et

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il ne pouvait avoir oublie les bruits i|ui s'étaient 1577. rëpandus au sujet des secrètes intelligences de Magnus avec les grands de Pologne; mais^ dissimulant ses soupçons 9 il avait jusqu'alors garde le silence. En apprenant la conduite de Magnus il frémit de colère , et se précipita sur Kokenhausen^ où il fit mettre à mort cinquante Allemands de la troupe du traître et vendre tous les habitans comme esclaves : ensuite il écrivit la lettre suivante à son neveu. « A notre vassal » le roi Magnus : Je t'ai permis , à ton départ » de Pskof, d'occuper la seule ville de Venden, . . » et toi^ docile aux avis de gens mal intentionnés^ » ou entraîné par ta propre imprudence, tu » élèves de ridicules prétentions. Oublies- tu » que nous sommés près l'un de l'autre? Il m'est » facile de te mettre à la raison ; j'ai des sol- » dais et du pain, il ne me faut rien de plus. )) Obéis sUr-le-champ t toutefois si tu n'es pas » satisfait des villes que je t'ai données en par- » tage, traverse la mer et retourne dans ton » pays. Je puis aussi t'envoyer à Kazan. Quant » à la Livonie, je saurai bien la faire évacuer » sans ton entremise. » Alors, ayant expédié ses voïévodes sur Ascheraden , Lehnvard, Svanenbourg, Tirsen et Pebalghe, le tzar se reposa trois jours à Kokenhausen; là, se livrant

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«^77- à son goût pour les discussions théologiques , il eut de paisibles confe'rences avec le principal pasteur, sur la religion évangélique ; il s'en fallut peu cependant qu'il ne Fenvoyât au supplice, pour une comparaison indiscrète de Luther avec Fapôtre Saint-PauL Comme les places fortes de la Livonie me'ridionale ne faisaient aucune résistance j il marcha contre Erla dont il fit les habitans prisonniers, pour les punir de ne s^être pas rendus sur-le-champ; ensuite il se hâta d'aller attaquer Vendeç. En même temps Bogdah Belzky, av^c des tirailleurs moscovites, cernait la ville de Volmar> commandée par (ieorge Vilke> l un des ofeciers de Magnus, place regarde'e comme une des pins importantes de la Livonie et dans laquelle il ne voulait pas laisser entrer les Russes , répondant à leurs sommations qu'elle avait été soumise j^ar/^ sabre de son roié Toutefois, à l'aspect des préparatifs d'un assaut, il vint trouver le voïévode moscovite et lui dit : Je sais que mon roi a prêté serment de fidélité au tzar. Je m^ abstiens donc de verser du sang : prenez la ville ^ et moi je vais rejoindre Magnus. Mais on s'empara de lui et on l'envoya au tzar avec vingt Allemands î lès autres soldats de Magnus , au nombre de soixante-di?:> furent mis en pièces. Les marchands, tous les habitans chargés

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de fers , vfrent séquestrer leurs biens et leurs 1S77. maisons 1 Satisfait de cette expédition^ Jean fit présent d'une chaîne d'or à Belzky et donna des médailles aux gentilshommes qui Tavaient faite avec lui ,

Magnus se trouvait alors à Venden : il ne jù- 3i Aoftt. gea pas à propos d'aller au-devant du tzai* ; ce- dcMagnuî pendant , pour obéir à ses ordres , il lui envoya le voïévode polonais^ prince Poloubensky , avec deux officiers de marque^ porteurs de ses excuses. On rapporte que Jean ayant fait au premier Vslocùeil le plus flatteur , en obtint la confidence d'un secret d'une haute importance qui lui dévoila la perfidie de son vassal. Il apprit que Magnus entretenait de secrètes relations avec le duc de Courlandej; qu'il avait le projet de se sour mettre à Batory avec toutes les villes de la Livonie j enfin quHl détestait intérieurement et les Russes et leur tzar. On né peut deviner le motif qui décida ce voïévode à trahir ainsi la confiance de Magnus. Doit-on le rapporter au désir de se venger sur lui de la révolte deâ habitans de Volmar? Faut-il l'attribuer à une basse crainte, ou bien aux bontés Inattendues de Jean? Quoi qu'it en soit, le tzar pou vait légalement punir un traître et s'abandonner à un courroux juste autant' que naturel ; mais il savait par fois se d:ompter

1577. lui-même. Il donna donc^ de sang froid, Tordre de fustiger les deux envoyés de Magnus et lui fit dir^ de se rendre sans délai au camp des Russes. Saisi de terreur, et n'osant pas désobéir, Magnus vint se présenter à ce redoutable tribunal, accompagné de vingt-cinq Allemands de sa suite. En approchant du tzar, il descendit de cheval et tomba à ses pieds. Jean le releva, et, le regardant plutôt avec mépris qu'avec colère, il lui parla ainsi : « Insensé ! tu as donc eu l'audace >) de songer à Jte faire roi de Livonie l toi , un » vagabond, un mendiant que j'ai reçu dans ma » famille ! que j'ai marié avec une nièce bien » aimée; que j'ai vêtu, chaussé; à qui j'ai donné » des richesses et des villes I et tu m'as trj^hi , » moi ton souverain , ton père, ton bienÊiiteur? » Ose répondre; combien de fois n'ai-je pas enw tendu parler de tes desseins odieux? Cepen- » dant je ne voulais pas y ajouter foi et je gar- » dais le silence. Maintenant tout est dévoilé. >) Tu as voulu envahir la Livonie par intrigues » et par ruses pour te rendre esclave des Polo^ » nais ; mais , dans sa miséricorde , Dieu m'a » sauvé et te livre entre mes mains. Sois donc » victime de ta déloyauté : rends-moi ce qui » m'appartient et retourne ramper dans le » néant J n Magnus fut , avec toute sa suite ,

enfermé dans une maison inhabitée et délabrée 1577. où il passa plusieurs jours sur la paille. Portons maintenant nos regards sur ce qui se passait alors à Venden.

Les Russes^ entrés dans la ville sans résistance, avaient reçu des voïévodes Gatlitzin et Soltikof la défense expresse d^en inquiéter les habitans. On avait placé de nombreuses sentinelles^ préparé des maisons pour le souverain et sa cour; en un mot, tout présentait l'apparence de ta tranquillité : mais les Allemands de Magnus , redoutant la cruauté du tzar , s'étaient renfermés dans le château avec leurs femmes , leurs enfans , leurs biens , et refusaient obstinément d'en ouvrir les portes. Les Russes ayant essayé de l'enlever de vive force furent reçus par un feu de mousqueterie qui tua plusieurs enfans-boyards et blessa le voïévode Soltikof. Ces Â^emands étaient sourds à la voix de Magnus, qui leur criait lui-même de se rendre ; alors le tzar furieux donna sur-le-champ l'ordre d'empsi- 1er le prisonnier George Vilke, de détruire le château à coups de canon et de passer toute la garnison au fil de l'épée. Pendant trois jours entiers l'artillerie foudroya les murailles : elles s'écroulaient et leur destruction enlevait aux assiégés tout espoir de salut. Dans cette terrible

1577. position Tun d'entre eux sMcrie ; ce Mourons j » puisque telle est la volonté du Très^Haut; » mais r\^nQUs rendons pas au tyran ^ qui nous » ferait périr au milieu de tourmens affreux. » Faisons sauter le château! » Cette CQurageuse proposition, accueillie d'une voix unanime, est approuve'e même par les pasteur$^ qui se trouvaient avec les soldats. A F instant on transporte la poudre sou3 les voûtes de Fantique ha}>itation des grands maître^. Ces malheureux, dévoués au trépas , reçoivent la sainte communion et se mettent à genoux , ranges par familles , les maris avec leurs femmes , les mères avec leurs enfans : ils adressent au ciel de ferventes prières, et à l'aspect des Russes qui sp précipitaient sur la Lrèche , il$ donnent le funeste signal ! Âtis^itôt un officier de Magnus, nommé Henri Boïsmann, lance une mèche enflammée sur le tas de poudre ! L'édifice sauta avec une épouvantable détonation. Tout périt, excepté Boïsmann, qui étourdi par l'explosion, mutilé, mais existant encore , fut trouvé parmi les ruines. Il expira quelques instans aprèç et sop cadavre futempalé^.... Une effroyable vengeance retomba également sur les paisibles et malheureux habitans de Yenden. On les torturait, on les fustigeait, on les brûlait yif^ : leurs femmes, Içurs filles étaient déshono-

rees en pleine rue , la ville était entourée de ca- ^fir davfes prives de sépulture. En un mot ce châtiment de J^eiiden peut être classé au nombre des actes les plus atroces de la tyrannie de Jean. Il augmenta la haine que les Livoniens portaient aux Russes.

De Venden^ le tzar marcha sur Ronnebourg^ Triekau et Sînilten^ forteresses occupées par les Polonais : elles ne firent aucune résistance. Les chefs lui en ouvraient paisiblement les portes y satisfaits de la liberté qui leur était accordée de s'en retourner dans leur pays 9 sans armes et sans biens; les Allemands^ avec leurs familles ^ étaient faits prisonniers. Il ne restait plus qu'à s'emparer de Riga ; mais prévoyant que cette entreprise nécessiterait un siège difficile et sanglant^ le tzar se hâta de revenir à VolixvàXy pour s'y réjouir du succès de ses armes. U 'donna un grand banquet aux généraux de son armée y ainsi qu'aux prisonniers polonais de distinction rendus à la liberté. Le prince Alexandre Poloubensky fut particulièrementcomblé de marques de bienveillance. Après leur avoir fait présent de pelleteries et de coupes d'or ou d'argent , il leur dit avec fierté : retournez auprès du roi Etienne; persuadez-li^i de conclure la paix avec moi aux conditions quil me plaira

i577, lui imposer y car mon bras est puissant y vous en avez eu la preuve ^ qu^ il V apprenne itussiL... Volinar ranima dans Yêtme de Jean le souvenir

Lettre à du déserteur Kourbsky ; il lui écrivit upe lettre

Kourbsky. , ^ . « . •

qu'il chargea Poloubensky de lui faire parvenir ; elle était ainsi conçue : « Nous ^ grand souverain » de toute la Russie y d notre Bi-devatit boyards » Que Fhumilité soit dans mon cœur ainsi que » dans mes paroles. Je connais mes iniquités ; » mais la miséricorde divine est infinie : c'est » elle qui me sauvera, selbn cette expression de » l'Evangile : le Seigneur se réjouit à la vue d^un » pécheur repentant , plus qu^à celle de dix » y^/fi/^jé Cet abîme de bonté engloutira lespé- » chés d'un tyran, d'un adultère! Je ne me » vante pas de ma gloire : cette gloire n'est pas » à moi, mais à Dieu seul....* Voyez, prince, » l'effet des volontés du Très-Haut et nos des- » tinées respectives j vous a utres amis d' Ad^cschef » et de Sylvestre, vous avez voulu régner sur

» mes États où êtes- vous aujourd'hui? Ra-

» baissés par la suprême justice, transportés » de rage, vous avez proclamé partout qu'il » n'existait plus d'hommes de mérite en Russie ; » que, privée de vous , elle se trouverait sans » force , sans appui. Cependant vous avez dis- » paru, et les remparts des Germains sont tom-

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)) hé& deva»t la puissance de la croix yivifiànte J 1577. » Nous voici où vous n'êtes jamais venus..*. Que » dis-je? on t'a vu, toi, à Volmar, sinon comme » un glorieux vainqueur, au moins comme un » lâche déserteur > te croyant déjà bien loin de » la Russie, dans un asile sûr pour un traître » et inaccessible à ceux qu'il a offensés. Ici tu » vomissais des injures contre ton maître ; et D ton maître se' trouve en ce moment dans cette » ville, domaine de la Russie !.... De quoi suiar » je donc coupable envers vous? N'est-ce pas » vous-même qui , en me privant d'une épouse » chérie, êtes devenus les véritables causes de » mes faiblesses humaines? Il vous sied bien de » parler de la cruauté de votre souverain , vous » qui avez voulu lui enlever le trône avec la vie ! » Est-ce par la guerre , est-ce par le sang que » j'ai acquis ce trône, qui, dès mon bercwtu, » était ma propriété? Parjures ! ce prince Vla-r » dimir, objet de votre affection, pèssédait-il » quelques droits à la couronne , par son ori- » gine ou perses qualités personnelles? Insensé » autant qu'ingrat, il avait été jeté en prison » par ordre de vos pères....; C'est moi 'qui lui » ai rendu la liberté ! J'ai dû h m'occuper du )) soin de ma propre défense , et l'acharnement >i de mes ennemis réclamait une implacable

1577. » justice.... • Mais je ne veux pas devenir diffus jo et ce que je viens dédire est suffisanti^ Admire » la providence divine ! rentre en toi-même, ré- » fléchis sur tes actions ! Ce n'est pas l'orgueil D qui me porte à t'écrire j c'est la charité chré- }) tienne , afin que ce sôuveîiir serve à te cor- » riger et que tu sauves ton âme. m Certainement cette prétendue humilité ne pouvait ni corriger , ni tromper le traître ; ihais elle était de nature àcjrouvrir la plaie dé son cœur : c'était là le but du vindicatif monarque é Kourbsky , également avide de vengeance, attendait, pour lui répondre, un moment favorable et ce moment allait arriver.

Jusqu'à présent nous avons vu le tzar s'emparer de ce qui lui convenait; exercer*, sans obstacle , sa cruauté sur la Livonie ; se riant de la faiblesse de ses ennemis j pensant avec orgueil à la terreur, au désespoir des rois de Suède et de Pologne ; il croyait que tout était décidé par le triomphe de ses armes et qu'il ne restait plus qu'à consentir un traité du fort avec les faibles. Ayant donc détaché une partie de sa cavalerie sur Revel , pour dévaster de nouveau les possessions suédoises, il répartit son armée dans différentes villes , en confia le commandement général à Siméon ^ prince de Tver , à Jean

Schouïsky et à Basile Sitzky , et partit pour Dor- 1577. pat« On conduisait à sa suite le traître M agnus avec ses principaux officiers, attendant, d'heure en heure, un arrêt de mort j mais Jean, qui bravait à toute occasion les lois de la morale et de la justice, savait être indulgent pour la trahison, selon les intérêts de sa politique. C'est ainsi que se trouvant à Dunebourg, il s'abaissa jusqu'à correspondre gracieusement avec les déserteurs Kruse et Taube , lâches intrigans qui , à la nouvelle de ses succès , gavaient eu l'audace de lui offrir une seconde fois leurs services : guidé par les mêmes motifs , il excita une surprise générale en pardonnant aussi à Magnus, pendant son séjour à Dorpat. Il exigea de lui, outre un serment de fidélité , l'engagement de payer à la Russie 40,000 florins de Hongrie; lui rendit avec la liberté OberpalenetKharkus, et ajouta m^me à ces possessions les villes de Helmet, Zighesvalde, Rosemberg, etc. Il laissa à Magnus le titre de roi , se réservant celui de souverain maître de Livonie et fit tracer dans les églises de cette province l'inscription suivante, en mauvais vers allemands , composés , à ce que l'on assure, par Im-niême. Je suis Jean y souverain d'un grand nombre de pays y dont la désignation se troupe dans mes titres : je confesse la religion

1577. de mes pères ^ péritablement chrétienne^ selon la doctrine de V apôtre saint Paul^ de inéme que les bons Mosùopites. Je suis leur tzar naturel^ titre que je n^ai ni recherché j ni acheté, et mon tzar est Jésua^Christ* Jean quitta Dorpat pour se rendre à Pskof ^ où il passa en revue tous les prisonniers livoniens. Quelques-uns obtinrent leur liberté; d'autres furent expédies à Moscou , chargés de fers : ensuite , comme s'il eût été fatigué de ses grands exploits ^ il se hâta d'aller prendre du repos dans la solitude d'Alexandrovsky.

Nous sommes arrivés au terme de nos succès militaires en Livonie. Bien que d'ime faible importance pour la postérité, à cette époque ils n'en étaient pas moins brillans et glorieux pour les Russes, qui se vantaient de la prise de vingtsept villes en deux ou trois moh. Nous verrons bientôt , par un fatal revers du destin , les infortunes de la patrie et la honte du tzar !... Nous acquerrons une nouvelle preuve que la lâcheté e^t naturelle à un tyran ; les coups du sort sont pour lui lin châtiment plutôt qu'une épreuve et son cœur est aussi incapable de s'abandonner à la providence que de se confier au dévouement de la nation qu'il gouverne!.... Mais avant de décrire une guérite, dont les fastes de la Russie

n'offraient pas d'exemple, faisons paraître une 1577. dernière fois Jean IV , comme Fange des ténèbfes, , comme l'exterminateur de la Russie, baigné dans le sang de l'innocence.

Le nom d'opritchniis n'existait plus; toutefois Sixième la tyrannie n était pas rassasiée de victimes j seu- mcanres. lemcQt elles tombaient plus rarement et en petit nombre : c'était le crime fatigué de ses excès, endormi de lassitude, qui se réveillait de temps en temps ! il restait encore un nom illustre à porter sur l'immense liste des meurtres de ce règne sanguinaire , le premier des voîévodes russes , le premier serviteur du monarque^ celui qui, au plus beau moment de l'existence du tzar , lui avait envoyé dire : Kazan est 4 nouèl qui proscrit , disgracié , déshonoré par l'exil et la prison, mais incapable de vulgaires ressentimens , avait détruit l'armée des Tatars de Crimée sur les rives de la Lopasnia, et forcé le tzar à lui témoigner encore la reconnaissance de la patrie pour le salut de Moscou; le prince Michel Yorotinsky , enfin, fut livré aux supplices, dix mois après son triomphe ; il était accusé, par un de ses esclaves , de sortilèges et de secrètes entrevues avec des magiciennes dans le dessein d'at-* tenter à la vie du tzar. Délation absurde, trop commune à cette époque et toujours; agréable au

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1577. tyran! Ce grand homme, chargé de fers, fut amené devant le tzar. A l'aspect du déla,teur, à la lecture de l'accusation, Vorotinsky dit aVéfe douceur : a Seigneur ! mon aïeul et mon père » m'ont appris à servir avec zèle Dieu et mon » souverain; à recourir, dans mes chagrins, » aux autels du .Très-Haut et non pas aui«oi>- » bières. Ce calomniateur est mon esclave; il » est fugitif et convaincu de vol. Pourrais-tu » ajouter foi au témoignage d'un scélérat? » Jean voulftit y croire, car, jusque-là, c'était contre sa volonté qu'il avait épargné les jours du dernier des fidèles amis d'Adaschef , et oomme pour conserver au nîioins un des voïévodes illus- ' très par leurs victoires, au cas d'un péril extraordinaire. Mais les dangers étaient passés , et le liéros sexagénaire, couché, lié sur une bûche,

fut placé- entre deux brasiers ardens !.r

Jean lui-même se servait de son bâtoii ensanglanté pour approcher des tisons enflammés du corps de ce martyre : brûlé, respirant à peine , on voulut le transporter à Biélo-Ozéro, il expira en route , et ses restes reposent dans le couvent de Saint-Cyrille. « Homme illustre ! écrit >y Kourbsky, homme extraordinaire par la force » de ton âme et de ton esprit, que ta méuK>ire » soit à jamais sacrée dans ce monde ! Pwsse-t-

» elle ^rvîvre à une longue suite de siècles ! îS^;. » Tu as servi une patrie ingrate ou la vertu est » un crime, où la gloire est funeste. Mais- tu » auras pour toi la postérité. Ton nom a retenti » en Europe I On sait partout que ton courage , » que ton génie ont anéanti l'armée des infidèles » dans les plaines de Moscou, à la consolation )) des chrétiens, à la honte de l'orgueilleux Sul- » tan ! Reçois donc ici , à la face de Funivers, » l'hommage dû à tes grandes actions, et dans le ' » ciel, auprès du Christ > notre souverain maî- » tre , la béatitude éternelle réservée à un in- » nocent martyre î..i » Depuis. long-temps l'illustre race des princes Vorotinsky, descendans de saint Michel de Tchcïrnigof , est éteinte en Russie : le nom du prince Michel est demeuré l'héritage et la gloire de nos annales.

On fit périr en même temps que lui le boyard et Toïévode prince NicétasOdoïevshy, frère de la malheureuse Eudoxie , belle-sœur de Jean. Depuis long-temps il était dévoué au supplice , pour les prétendus crimes de sa sœur et de soii beau-frère; mais quelquefois le tyran trouvait du plaisir à différer les exécutions, faisant parade de sa clémence et comme pour jouir de la terreur, des angoisses prolongées de ses victimes^ Le vieux boyard Morosof eut le même sort

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