O HISTOIRE
1 58 1 . Opiniâtreté > élie voulait coritinuer la* guerre . Les voïëvodes de Pskûf étaient les seuls qui secondassent les vues des ambassadeurs moscovites.
i58ji. Le 4 janvier , daçs une attaque vigoureuse contre Zamoïsky ^ avec la cavalerie et l'infanterie sous leurs ordres 9 ils firent un nombre. considérable de prisonniers 9 tuèr^^t plusieurs officiers ennemis^ et rentrèrent dans la ville avec leurs trophées. Cette sortie était la quarante-^ixîème , et comme celle d'adieux aux Polonais ; car Zamoïsky fit dire aux ambassadeurs d'Etienne que la patience de l'armée était épuisée, et qu'il fallait ou* battre en retraite ou signer le traité. Alors Zbarasky ayant déclaré qu'il avait Tordre de râmpre les négociatums , Eletzky et Olférief se trouvèrent forcés d'accepter la' condition principale y n'osant pas désobéir au tzar et retour-
Conciu-ner à Moscou, sans v rapporter la paix: c'esl-
«ion d'une, ,. , j t i ^ * :l
uèvc. a-dire, quau nom de Jean, ils renoncèrent à la Livonie, cédant aussi Polotsk et Vélîge. De soTi côté , Batory consentait à n'exiger aucune , contribution en argent; à né iaire mention dans le. traité, ni du roi de Su^de^ ni des villes de Revtel et Narva en Esthotlie ; enfin à restituer au tzar Véliki-Louki 5 Ziavalotchié^ Nével, Kholm , Sebège , Ostrof , Krasnoï , Izborsl^ (îdof ^et toutes les autres villes du^istrict de Polotsk. Ces con-
DE &U.<iSlE. 44^
dilions une fèis arrêtées ^ (m côfielut ' une trêve i58a. de dii am, à j>artirdii ôjftnvter ï58è; mais pendant plusieurs jbùrs encore le3 titreâ et la rédaction donnèrent liéù à dé vives discussions. Une fois, entre autres^ dans un moment de vivacité l'AwmJ/^je'suitê Antoine s'oublia au point d'arracher des mains d^Olférief la minute du traité, qtt^îl jet^ par terre , et prit le dignitaire ràsse à la gorge. En perdant la Livonie, Jean avait la prétention d*étre désigné dans Tacte qui Fen dépouillait comme souverain et tzar de Livonie y dans le stni'dt Empereur ^ ce que ne voulaient entendre ni les ambassadeurs d'Etienne , ni celui du pape. Les premiers, comme par ironie, demandaient Smolensk, Veliki-Louki et toutes les villes de Sévérie pour se décider à lui accorder le titre de tzar; encore n'était-ce que de Kazan et d'Astrakhan, dans Facception de hospodar et désignant de la même manière les voïévodesde Moldavie. Possevin prétendait qu'au pape seul était réservée la puissance de concéder de nouveaux titres aux têtes couronnées. Enfin il fut convenu entre les plénipotentiaires que, des deux copies de l'acte de la trêve , celle destinée à la Russie donnerait à Jean le nom de tzar, souverain de Smolensk et de Livonie , tandis qu'on lui accordait seulement le titre de prihce
44^ HISXPIltE
i58a. dans celle &ite pour le roi quLs'y trouvait traite de aom^rain de la Lipœùe. Après avoir ratifié »feù*aitë par serment, les négociateurs s'embras-^ sçrent en amis, et, le 17 janvier, on annonça aux voïévodes la trêve qui venait de se conclure* A . cette nouvelle, le camp des Polonais, plongé Jusqu'alors dans un morne silence , se ranima tout à coup et se livra aux transports d'une joie bruyante. Les défenseurs de Pskof, dont les Jionorables exploits étaient terminés , offraient au ciel d'humbles actions de grâces. Zamoïsky les ayant invités à un festin , le prince Jean Schomsky y envoya ses plus jeunes voïévodes et se livra au repos, sans vouloir prendre, part à des réjouissauces.
Ainsi se termina une guerre de trois ans , moins sanglante que désastreuse pour la Russie ; plus ignominieuse pour le tzar que glorieuse pour Batory. Au milieu de ces événemens mémorables, Jean montra toute la faiblesse d'une âme dégradée par la tyrannie. Devançant la . grande idée de Pierre I". , ceHe d'avoir à sa disposition des poii;s de mer pour les relations politiques et commerciales de la Russie avec le reste de l'Europe , la conquête de la Livonie était devenue l'objet de ses constans efforts. U avait combattu vingt-Hjuatre ans pour arriver à son but.
DEt, RUSSIE.' 44^
avec mesure , avec prudence j ce projet avait oc- '^**casionuë à la Russie des pertes cansidérables en Sommes et en argent : cependant ce prince^ qui pouvait disposer d'une armée nationale presque aussi nombreuse que celle de Xerxès^ abandonnait tout à coup l'honneur et les intérêts de la patrie aux restes épuises de la troupe hétérogàie commandée par Batory. C'était la première fois que la Russie concluait avec la Pologne un traité aussi désavantageux et presque déshonorant; si elle conserva ses anciennes limites,^ la gloire tout entière en appartient à Pskof. Telle qu'une digue inébranlable , cette ville enleva à Batory la réputation d^inpincible. Si elle f&t tombée en son pouvoir^ loin de se contenter de la Li vonie ^ il n'aurait laisie à la Russie Bi Smolensk , ni la Sévérie, et peut-être même , profitant de Tespèce de charme sous lequel Jean paraissait assoupi , se serait-il emparé de Novgorod« En effet , les contemporains attribuaient à une puissance magique l'inconcevable paralysie des forces de la Russie. Us disent qu'effrayé parades vi&ions et des miracles, n'ajoutant aucune confiance à ce que les rapports de ses voïévodes avaient de i^assurant, le taar n'attendait que des malheurs de la guerre contre Batory. L'apparition d'une comète avait, disait-on, pré-
i58a. sage tes calamttës de la Russie : le jour de Noël , par un ciel éclaire des rayônsdu soleil^ la foudre avait embrasé la chambré' k x^oiicher dje Jean ^ daos la âlobode Alexandrovsky : on avait eliteodii aux enviiDns de Moscou une yoix terrible cpi e^^tfwfèzy f ayez y Russes/ Dans les mêmes Keux ^ une pierre sépulcrale en marbre ^ sur la-* quelle se trouvait une inscription mystérieuse et inexplicable , était tombée du ciel : le tzar étonné 9 avait ordonné à ses gardes de la briser , après l'avoir examinée lui^miâmé. Fables dignes d'un siècle de superstition i Ce qùie l'on ne peut mettre en doute y c'est ' que Ps&of ou pAutât Schouïsky sauva la Russie d'un immiaeixt péril : tant que noûs^coBBerreiroiis l'amourde la patrie et le nom de fthssés^le souvenir de cet important service se conservera dans notre hislioire.
Le 4 février^ ZamoKsky s'avc^nça en Livonie pour y prendre possession des villes et des places fortes qui dev^iient lui être livrées. Satis&its de s'éloigner de Pskof, ses compagnons d^armos dé-^ tournaient leurs regaixls de ses muraiUès entourées des tombeaux de leiSirs frères. Alors seulement la ville d^Qlga ouvrit ses portes. Ses habitans ^ ses guerri^»*^, qui arvaient si glorieusement prouvé leur dévouement pour la patrie ^ , traversé mille dangers , jouissaient du contente—
ment le plus pur que l'homme puisse éprouver. «^*- Il nVn était pas ainsi des Rus^s. établis en Livouie où, depuis long-temps, ils se regardaient comme dans leur patrie; ils y avaient leurs familles y des maisons , des temples , un évéché (à Dorpat ); et conformément au traité, il leur fgillait «sortir de ce pays, avec leurs femmes et leurs enfans , pour aller à Novgorod ou à Pskof. Accablés de regrets, ils versèrent des larmes en écoutant, pour la dernière fois, le son des cloches de Féglise orthodoxe, humiliée et proscrite; mais elles coulèrent avec plus d'amertume encore sur les tombeaux de leurs parens. Pendant près de six sièchfê la Russie avait compté la Li- TOQV6 au nombre de ses domaines , car elle avait gouverné ses sauvages habitàns dès le règne du grand Vladimir ; elle y avait bâti des forteresses sous Yaroslaf , levé des impôts dans la province de Borpat à l'époque la plus florissante de l'Ordre; toutefois elle renonçait solennellement à ce pays, arrosé de sang russe ; elle y renonçait pour longtemps, c'est -à-* dire, jusqu'aux conquêtes; du
kéros de Pultava ! Cependant le peuple ,
tbujoiirs ami de la paix , bénissait la fin d'une • guerre désastreuse. Quant au tzar , il semblait qu'il fût arrivé enfin à pouvoir jouir du repos qu'ambitionnait son âme timide ; mais la puis-
i58i. sance céleste vint s'y opposer. Dieu ayant choisi cette époque pour livrer au plus terrible des supplices j un cœur dans lequel la cruauté n'ayait pas éteint les sentimens paternels.
infaoïi- Le tzar préparait à la Russie un autre luimême dans la personne de Jean, son fils aîné, objet particulier de ses affections. Soit qu'il présidât au conseil ou qu'il parcourût l'Empire , il s'occupait avec lui des affaires de l'Etat ; mais il le prenait aussi pour compagnon de débauches et de meurtres , comme pour ôter à ce jeune prince les moyens de faire rougir son pèrej comme pour enlever à la Russie l'espoir d'être mieux gouvernée par l'héritier du trône. Sans être veuf, le tzarevitch avait aloi's pour troisième épouse, Hélène, de la famille des Schérémétief. Les deux premières, Marie Sabourof et Prascovie Salovoï, avaient été forcées de prendre le voile. Changeant de femme à son gré ou selon les caprices de son père , comme lui il changeait aussi de concubines ^ afin que la ressemblance fût plus complète entre eux. Toutefois ce prince dont l'éducation avait endurci le cœur d'une manière effrayante , qui était plongé dans la dissolution, déployait en même temps beaucoup d'esprit dans les affaires et paraissait sensible à la gloire ou plutôt à l'ignominie de sa patrie.
DE aussie; V 447
Pendant le cours des négociations pour la paix^ >583. tpuché de l'état déplorable, de la Russie^ apercevant Texpression de la douleur sur toutes les physionomies ^ instruit sans doute du mécontentement général ^ le tzarévitch se sentit animé d'un noble zèle. Aussitôt il va trouver son père et lui demande d'être envoyé avec des troupes pour chasser l'ennemi , délivrer Pskof et relever l'honneur de la Russie. Cette généreuse proposition excite le courroux de Jean : w Rebelle , s'écrie-t-îl , tu veux me détrôner^ de concert avec les boyards! » Et il lève le bras contre son fils. Boris Godounof essaie en vain de l'arrêter ; le tzar avec son bâton ferré lui fait plusieurs blessures^ et d'un coup violent sur la tête du tzarévitch, il renverse l'infortuné baigné dans son sang. A cet aspect , la fureur de Jean s'évanouit. Frappé de terreur, pâle^ tremblant, il s'écrie avec l'accent du désespoir : malheureux, y ai tuémonfils /.... Il se jette sur lui en versant des larmes. Il l'embrassait , essayant d'arrêter le sang qui coulait d'une profonde blessure ; il appelait à grands cris le secours des médecins; il implorait la miséricorde de Dieu et le pardon de son fils.... Mais la justice céleste venait d'accomplir ses décrets!.... Le tzarévitch, baisant les mains de son père, lui prodiguait de tendres
44^ HISTOII^E
iS8a. témoignages d'aniour et de compassion , l'engageant à ne pas s'abandonner au déses]x>ir. « Je meurs , lui disait-4I^^« soumis et sujet fidèle, » Il expira quatre jours après ( le 19 novembre ) y dans l'horrible repaire d'Alexandrovsky, Au milieu de ces murs où ^ pendant tant d'années ^ avait coulé le sang innocent ^ le tzar ^ baigné de celui de son fils , atterré , l'œil hagard , resta plusieurs jours assis auprès du cadavre de sa victime^ sans prendre de nourriture^ sans goûter un instant de sommeil ! Le 22 novembre y les dignitaires de la cour^ les boyards^ les princes vêtus d'habits de deuil, portèrent à Moscou les restes du tzarévitch. Jean suivit le cortège , à pied, jusqu'à l'église de Saint-Michel- Archange où il indiqua la place du tombeau parmi les sépultures de ses ancêtres. Les funérailles forent magnifiques et touchantes. On déplorait généralement le sort d'un jeune homme né pour le trône , qui aurait pu vivre pour le bonheur et la vertu, si son père, violant- les lois de la nature ^ ne l'avait plongé dans la dépravation et dans la tombe ! L'humanité triomphait, en plaignant le tzar lui-même.... Dépouillé des marques de sa dignité , couvert de lugubres vêtemens , dans l'appareil enfin d'un pécheur désespéré, il poussait des cris déchirans et se frappait la tête contre
DE RUSSIE. . 4i^g
la terre , contre le cercueil de son malheureux fils . »^-
Voilà comment les justes arrêts du vengeur céleste tombent quelquefois 5 dans ce monde même^ sur des monstres d'inhumanité 9 plutôt pour l'exemple que pour changer leur cœur pervers; car il existe dans le crime des limites au--delà desquelles il semble qu'il n'y ait plus de repentir sincère, plus de libre et décisif retour au bien. En proie à des tourmens qui an-ticipent sur ceux des enfers , ils achèvent sans espérance leur coupable carrière. Depuis longtemps le tzar avait franchi cette limite fatale , et le t^tôur d'un pareil monstre à la vertu aurait pu scandaliser les esprits faibles.... Pendatit quelques jours abandonné aux plus violentes angoisses, il ne connaissait plus les douceurs du sommeil; Au milieu des nuits, comme épouvanté par des spiectres, il se réveillait en sursaut, tombait de son lit, se roulait par terre , en poussant de lamentables cris; état affreux que l'épuisement de ses forces parvenait seul à calmer l Alors étendu sur un matelas qu'on lui préparait d'avance, un assoupissement momentané suspendait ses remords ; il appelait et redoutait l'aube matinale, craignant de voir les hoihmei et de leur montrer sa physionomie empreinte des tourmens de l'infanticide.