Tome IX
i583. » pas de leur mauvaise foi dans les affaires ^ et » nous apportent des draps avaries. Quelques- » uns d'entre eux entretiennent de secrètes in- » telligences avec les rois de Suède et de Dane- » marck^ ennemis du tzar; ils leur rendent des » services y écrivent en Angleterre des horreurs » contre les Russes^ qu'ils traitent de barbares » ignorans. Jean n'a pu oublier de si graves of- » fenses que par respect pour la reine ^ et sans >) doute il ne peut entrer dans l'esprit de cette » princesse de dicter des lois à un souverain » qui jamais n'en a reçu ni des empereurs ^ ni • » des sultans^ ni des plus illustres moujarques. » Aussitôt l'ambassadeur répondit avec l'accent du dépit : « Il n'existe pas de souverain plus » illustre qu'Elisabeth ; elle ne le cède en puis- » sance ni à l'empereur^ soudoyé par Charles YIII » pour faire la guerre à la France^ ni au tzar f) lui-même. » A ces mots, Jean^ courroucé^ fit sortir Bow^ du palais ^ ainsi que celui-ci le rapporte. Toutefois sa colère se dissipa bientôt^ et^ donnant des éloges au zèle avec lequel l'ambassadeur soutenait la gloire de sa souveraine, il ajouta : « PlAt à Dieu que j'eusse moi-même un » serviteur aussi fidèle I » Pour témoignage de sa condescendance patticulière , le tzar consentit à laisser aux Anglais seuls le droit d'entrer dans
les ports de la Karëlie^ de Vargons^ de Mëzène> i583. de Petscltenga et de Schoumsk^ destinant ceux de Poudôgersk et de Kola aux autres commerçans. Bows répétait sans cesse : « Nous ne voulons au- >y cuns conûurrens. » Gt)mïne il soupçonnait les hauts dignitaires du tzar ^ et principalement le secrétaire d'État André Tchelkalof, d'être gagnés par l'or des marchands hollandais, il demandait à traiter directement avec le tzaî*^ qui le faisait venir souvent, et le renvoyait toujours comme un homme opiniâtre et inflexible.
Dans Fespoii: de terminer au moins les négociations de mariage , le tzar ordonna , le 1 3 décembre, à Bows de se rendre secrètement au palais, sans épéeni poignard» Dès qu'il parut, tous les courtisans sortirent de la salle d'audience , où il ne resta que les boyards prince Théodore Troubetzkoï, Nicétas Yourief , Dmitri Godounof , Belsky, et les gentilshommes du conseil Tatistchef, Tchérémissinof, Voïékof, tous assis dans un coin éloigné. Les secrétaires Tchelkalof, Trolof et Streschnef, se tenaient debout près du poêle. D'un signe de la main, Jean fit approcher de lui Bows avec son interprète , Yourief, Belsky et Tchelkqilof. Jl leur raconta tout ce qui était relatif aux négociations de son mariage en Angleterre, tout ce qu'il avait appris
54^ nisTaiRR
iSHS. k' ce sujet de Pifsenisky et du mëdectû Robert : il pftrk de son iateutievi d'épouser Marie Has^ tiûgs , désirant savoir si la reine donnait Bon agrément à cette ixniod y et si elle ne s'opposerait pas à ce que la prétendue embrassât la religion grecque. « Le christianisme , répondit » Bows y est partout le même y et il n'est pas » présumable que Marie consente à changer de » religion. Elle est d'ailleurs d'une santé faible y h d'une physionomie peu agréable, et la reine » a des parentes à un degré plus rapproché, » infiniment plus belles ; je ne puis les nommer I) sans son assentiment; mais le t2ar peut de* n matider la main de celle qu'il trouvera le plus » à sob goût. -—Dans quelle intention étes-vou$ » donc venu ici ? i*epartit Jean y était-ce potir » me signifier des refus , me prodiguerd'inutiles )» dtsccjprs, ^J^'^^ï' ^^s prétentions immodérées >^ au s(ujet desquelles mon ambassadeur à Lon- >j dres a déjà répondu aux ministres d'Êlîsa- » beth ? Venez- vous m'offrir une nouvelle négo- » dation de mariage y sans me donner le ïiotn » delaprétendue, et c<mséqttemmentîlIlprat^ca- )) ble ? Vous êtes un ambassadeur ignorant ei » insensé. i(d ne demande pas à Elisabeth cPin* » tervenir comme arbitre entre Batory et moi, » mais seulement une alliance avec l'Angle-
M terre. » Après ces mote y il ordonna ^ Bows <*'>^'* de se préparer à partir. Alors celui-ci regrettait le mnuyais succès de sa mission ^ chercha à s'excuser par son ignorance des usages Russes : il 8uppUa le tzar de s'expliquer encore avec Éli^ sabeth y l'assui^ant que flattée de Tidée d^un lien de famille avec un si grand monarque^ elle ^ui ferait parvenir les portraits de dix ^ et peut-être davantage ^ des plus illustres 9 des plus belles demoiselles de Lcmdres^ et que^ malgré son ^mour de la paLac^ elle pourrait, en cas de guerre^ fournir à la Russie des secours ^o homn^es et. eo argent 9 si Jean voulait consentir à rendre aux né^ gocians anglais tous leui^ anciens droits e^lusi& sur le commerce de la Dvina septentrionale. L'espoir de devenir Tepoux d'une anglaise ai- i58j. mable , charmait encore l'imagination du t^ar : il mettsût aussi beaucoup de prixè l'ani^i^ d'$r lisabelh^ de sorte qu'il se décida à &xre partir pounLondresiine nouvelle ambassade ^ Bien qu'il fi&t personnellement irrité contre Bows# il fit punir,. sans examen ^ quelques fonctionnaires russes dont celui-ci disait avoir à se plaindre , a(in que cet homme bourru et Tapaae , selon les expr^s- '.aions des actes ministériels ^ ne quittât point )a Russie avec un sentioient de ^haine contre elle; maisav^atJeidéijpiart.d^ JBoKvs^ avant la pptiû-
55o HISTOIRE
1584. nation d'un ambassadeur à Londres^ un événement vint changer le cours des choses.
Maladie ]S[ous touchons à la description d'une heure
n mort de . * ^
Jean. grande ^ solennelle ! Après avoir trace la vie
de Jean^ nous allons voir sa fin^ également étonnante , et faite pour effrayer l'imagination^ car le tyran mourut comme il avait vécu, c'està-dire^ en exterminant les hommes. Les tradi-
tions contemporaines ne dç'signent pas ses dernières victimes. Peut-on croire à l'immortalité de l'âme et ne pas fre'mir à l'idée d'une semblable mort ? Ce moment terrible que sa propre conscience et d'innocens martyrs lui avaient depuis long-temps prédit ^ approchait en silence, bien que ce prince n'eût pas atteint une vieillesse avancée et qu'il conservât , avec sa. force d'esprit^ toute l'ardeurde ses désirs. Il jouissait d'une Sftnté wobuste et croyait pouvoir espérer encore de longues années ; mais quelle force physique pourrait résister au choc dès passions effrénée» qui agitent la sofnbre existence d'un tyran? Le délire continuel de la rage et de la crain|e^ le remords sans repentir, les odieux transports de la dissolution , les tourmens de la honte , une impuissante fureur dans les revers des al*mes , enfin le vér rongeur de l'inÊiaticide, tourment anticipé sur celui des enfers , avaient.
DE RUSSIE. 55ï
pour Jean ^ excédé Is^ mesure des forces humai- >^> nés. Souvent il éprouvait une langueur douloureuse^, symptôme précurseur de destruction; mais il luttait contre elle et ne commença à s'affaiblir visiblement que dans l'hiver de Fannée i584* A cette époque^ parut une comète dont la queue avait la forme d'une croix. Le tzar s'étant rendu, pour la voir^ sur l^ escalier rouge ^ l'observa Tong-temps et dit à ceux qui étaient près de lui : Foilà le présage de ma mort! Poursuivi par cette idée , il fit chercher en Russie et en Laponie y des astrologues y de prétendus magiciens, eu rassembla environ soixante et leur assi^a pour résidence une maison dans Moscou ; tous les jours , son favori Belsky allait discuter avec eux au sujet de la comète; Bientôt Jean fut attaqué d'une maladie alarmante. Ses entrailles commençaient à se corrompre et son corps s'enflait; on assure que les astrologues lui ayant annoncé qu'il n'avait plus que quelques joiu's à vivre, c'est-à-dire, jusqu'au i8 mars , il leur avait imposé silence en les menaçant de les faire brûler vifs, s'ils avaient Taudace de répandre cette prédiction : dans le courant de févi4er , il s'était encore occupé- d'affaires; mais le lo inars on expédia un courrier pour retarder , en raison de la maladie du tzar, l'arrivée de l'ambassa-
55a HISTOIRE
1^1- dèut polonais qui se rendait à Moscou : Xeaâ aVàit îui-iliême dotlh^ cet oirdre. tl conservait encore quelque espoir dé se rétablir. Néanmoins il Convoqua les boyards et dicta son testament ^ dans lequel il déclarait lé tzarévitch Féodor, rhérîlier de la éôuronne ; il choisît des hotànles marquans pour côhsfeillers, chargés de veiller à la prospérité de l'État, et d^alléger à ce jenne prince, faible de corps et d^dme , le fardeau des affairés; c'était le prince Jean Schouïsky, célèbre par la délfense de Pskôf ; Jean Mstisla vsky , fils de la propre nièce du grand duc Vassili ; Nicétas Yourièf, frère de la Vertueuse Arla^ tasie, première tzarine ; Boris Godounôf et Belsky. Il assigna la ville d'OtigUtch pou1> apanage au tzarévitch tlhiîtrl, encore en bas âge, et à là mère de ce jèùhe prlhce dotit l'éducation fut confiée au seul Bèlsky. Pour témoigner sà reconnaissance à toUS leâ boyài'ds et vôïévodes, il les appelait ses amià, ses Compagnons d'ar^ mes d'ans là conquête deS royauhies infidèles , dans les victoires remportées» Stir*lës éhevalîers de i^ok*dre de Livonie , sur le khan et le ètkltan. ^eb exhortations à Féodor avaient pour Dttt de l'engager à régner aveé piété , âmouf'ét tha^ rite, lui feôhSéillânt , ainsi qu^aù* fcrttq '^Hnttipaux dignitaires de PÉtat, d^évitèr la gtoterre
cfs ntJssiE. 555
avet les pdlssaiices chrétiennes. li parla des ><^4ëUltes dëdastteuses de celle de Liveaie et de Suède, déplora Ti^ptiièemeiit de la Russie , pres^ crivit une diminution d'impôts et la mise en liberté de tous les détenus y même des priàon«niers polonais et allemands. Il semblait que se préparant à quitter le trône et le monde , il toulût se réconcilier avec sa •conscience, avec rhiimanité, avec le Tout-Puissant. On aurait dit que son âme, plongée jusque-là dans un criminel délire, retenait à elle-même; qu'il désirait préserver son fils dé ses funestes erreurs; qu'un rayon de la grâce éclairait au pied de la tombe , ce ctœur ténébreux et glacé j qu'au mo^ ment où l'ange de la mort lui était apparu poul: l'appeler à la vie éternelle , le repentir avait eftfin trouvé place dans son coeur ! . . . .
Cependant, que faisait-il dans les momens où la maladie lui donnait quelque relâche? un doiibUrfeux silenôe régnait à la cour , car toujours la cour pleure ou feint de pleurer un monarque mourant. La charité chrétienne portait l'attendrissement dans tous les coeurs : oubliant là truauté du tzar, les citoyens, prosternés dans tes temples, y formaient des vœux pour son rétàbli^Dèmeut ^ les ^milles ^èrséeutées , les
VièttVfes, lès orphelins des iuAOèeUs immolés par
i5a(. sa fureur imploraient en sa ÊLveur l'assistance
céleste et lui^ touchant au seuil de la toinbe^
il se faisait porter 5 dans vta fisiuteuil^ à l'appartement qui renfermait ses trës(»*s ! ... il contemplait ses pierres précieuses ! Le 1 5 mars ^ il les montrait avec satisfaction à im anglais nommé Horsey^ lui expliquant ^ dans le langage d'un savant connaisseur ^ la qualité des diamans ou des hyacinthes. S'il faut en croire encore un récit affreux, sa belle-fille, l'épouse de Féodor, s'étant approchée du malade pour lui prodiguer de tendres consolations, recula d'horreur, et s'enfuit épouvantée de sa lubricité !••• Était-ce là un pécheur repentant? Pensait-il au prochain et terrible jugement de Dieu ?
Déjà les forcés du tzar diminuaient sensiblement , et le délire de la fièvre égarait ses idées. Étendu, sans connaissance, il appelait à haute voix le fils qu'il avait tué ; il le voyait en imagination; il lui parlait avec tendresse... Toute* fois, le 17 mars, il se sentit un peu mieux par l'effet d'un bain tiède , de sorte qu'il fit dire à l'ambassadeur de Pologne, alors à Mojaïs^, de se rendre incessamment à Moscou. Le lendemain, s'il faut en croire Horsey, il dit à Belsky : « Al- » lez annoncer la mort à ces imposteurs d'as- » trologues. D'après leurs contes , c'est aujour-
» d'hui que je dois mourir, et je sens renaître >^» » mes farces ^ » Attendez^ répondirent ceux-ci^ la journée ri est pas écoulée. On prépara un second bain dans lequel il resta environ trois heures; ensuite il se coucha, et prit quelque repos. Un instant après, il se lèye, il demande un }eu d'échecs^ et assis sur son lit, en robe de chambre, il arrange lui-même les pièces pour jouer avec Belsky. Tout-à-cdup il tombe et ferme les yeux pour Féternité !... Les médecins accourent aussitôt, et le frottent avec des essences spiri- 18 Mari, tueuses pour le rappeler à la vie, tandis que le métropolitain , exécutant sans doute la vo lonté du tzar à lui connue depuis longtemps, lisait sur le corps les prières du sacre monastique dans lequel il reçut le nom de Jonas... Dans ces momens solennels, un profond silence régnait au palais. Bien que tout le monde s^at-^ tendit à l'événement, on craignait de s'înterro^ ger à ce sujet. Jean n'était plus qu'un cadavre inanimé ; cependant il paraissait encore redoutable aux courtisans qui le regardaient sans oser en croire leurs propres yeux, ni publier sa mort : mais enfin le Kremlin retentit bientôt - de la grê^nde nouvelle : on entendit criei* le tzar nf est plus! et à l'instant, le peuple poussa des cris lamentables A quoi les attribuer? Cet
tôa4. attendrisiement preiiaît41 sa source daos les craiBles que la faiblesse de Fëodor inspirait sur le sort de TÉtat? £tait-*ce pour payer le tribut d'une religieuse pitié au monarcpe défunt^ Viea qu'il eût été féroce et sanguinaire ?... Ses obsèques eurent lieu ayec une grande pompe, dans l'église de Saint-Michel. Les assistans versaient des pleurs ; toutes les physionomies exprimaient l'affliction , et la terre reçut dans son sein les restes de Jean4e-Terrible I L'opinion des hommes était muette devant le jugement de Bien, et pour se3 contemporains le rideaii tomba sur 11 scène de son existence. Les souvenirs ^ les tombeaux restèrent pour la postérité !
Attache- Parmi les nombreuses 'et cruelles épreuves Busses au accumulées par le destin sur la Russie^ après absuiu. les calamités àxL système féodal^ soustraite à peine au joug des Mogpls , elle avait dû se Toir encore la proie d'un tyran ! £Ue le supporta » et conserva l'amour de l'aristocratie , persuadée que Sdeu lui-même envoyait parmi les^homnes la pes^e^ les trembiemens die terre et lestynos. An lieu de briser entre les mains de Jean ie sceptre de fer dont il l'accabla:tt ^ ieik se swinsit au destt»tieur pendant vingt-quatre années^ sans autre <9ei^tien que la prière et la patience^ th d'obte»4r, dans des temps plus heureux^ Fient-
DB HUSSIB. 5^
le^Grand et Catherinr^IL ( L'hiaUiro n'aime p9i$ f^à citer les vivans. ) Comme les Grecs aux Ther^ mopyles ^ d'humbles et généreux martyrs peVis** saient sur les ëchaCsiuds, pour la patrie^ la religion et la foi jurée ^ Bans concevoir même ridée de la révolte. C'est en vain que 9 pour excuser la cruauté de Jean > quelques historiens étrangers ont parlé des* fiuctions qu'elle avait anéanties : d'après le témoignage universel de nos annales^ d'après tous les documens officiels^ ecs firctions n'existaient que dans l'iesprit troublé du tzalr. Si les boyards , le clergé , les citoyens eussent tramé la trahison qu'on leur imputait avec autant d'absiidité que des soriilég^s, ils n'auraient point rappelé le ligro de son antre d'Alexandrovsky. Non, il s'abreuvait du sang des agneaux 9 et le dernier regard que ses vio* times jetaient sur la terre demandait k leurs contemporains, ainsi cfu'à la postérité^ justice et un souvenir de comipassion*
Malgré toutes les explications possibles , mor Compa-
raison en-
raies- et métaphysiques, le caractère de Jean 9 trejcanet lieros de verta dans sa jeunesse , tyran Aan^v- tyrans. Batne dans l'âge mûr et au déclin de sa vie, e^t luie énigme fienr le cœur humain, et nous aurions révoqué en doute les rapports les plus atithentic|uess«ir «a i^ie^ si -les^nmialesides autnea^
i584. nations n'offraient des ex^rl{)le$ aussi étonnans. Caligula, d^ abord modèle des souverains y en^ suite monstre affreux y Néron , Félève du sage Sénèque, objet d^ amour ^ objet d^ horreur ^ n'ont^ ils pas régné à Rome ? Â la vérité ils étaient payens; mais Louis XI était ckrétien, et ne le cédait à Jean ni en férocité^ ni en déyotion^ moyen qu'ils croyaient propre à effacer leurs crimeSé Tous les deux étaient pieux par crainte^ tous les deux également cruels et voluptueux. Ces êtres dénaturés^ contraires à toutes les lois de la raison y paraissent dans l'espace des siècles comme d'effrayans météores^ pour nous montrer l'abîme de dépravation où peut tomber Utiiîtëde l^homme, et nous faire trembler !... La vie d'un istoire. ^YBxx cst uuc Calamité pour le genre humain; mais son histoire offre toujours d'utiles leçons aux souverains et auxiiations. Inspirer l'horreur f du mal^ n'est-ce pas répandre l'amour du bien
dans tous les cœurs ? Gloire à l'époque où Fhistorien^ armé du flambeau de la vérité, peut, sous un gouvernement autocrate, dévouer les despotes à im éternel opprobre, afin de préserver l'avenir du malheur d'en rencontrer d'au^ tresl Si l'insensibilité règne au-delà du tombeau , les vivans au moins redoutent la malédiction universelleet la réprobation de l'histoire.
DB BtJSSIfi. 559
Celle^i est insuffisante pour corriger les nte- 1584. chans^ mais elle prévient quelquefois des crimes toujours possibles^ parce que les passions exercent aussi leurs fureurs dans les siècles de civilisation. Trop souvent leur violence porte la raison à se taire ou à justifier d'une voix servile les excès qui en sont le résultat.
Ainsi ^ l'esprit supérieur de Jean y ses lumières Mélange
, , ' 'de bien et
et ses connaissances unies à ime éloquence peu ^e mai
- , dans le ca-
commune y ne l'empêchaient pas de se livrer ^ ractère de sans pudeur j à une honteuse dissolution : doué d^une nilKiTioire rare ^ il savait par cœur la Bible^ l'histoire dés Grecs et des Romains 5 celle de Russie, et ne s'en servait que pour leur donner d'absurdes interprétations en faveur de la tyrannie. Il se vantait de sa fermeté^ de son empire sur lui-même , parce qu'il savait rire aux éclats dans des momens de craint^ et d'agitation intérieure : il se vantait de sa justice en punissant des mêmes peines^ et avec un égal plaisir^ le mérite ou le crime; d'avoir l'âme élevée et véritablement royale , de savoir conserifer la dignité de son rang y en donnant l'ordre de mettre ai pièces un éléphant qu'on lui avait envoyé de Perse, parce que cet animal n'avait ^ pas voulu s'agenouiller devant lui ; en faisant châtier de malheureux courtisans qui osaient
560 0ISTQIRB
1584. jou^ IMe^^ €fw Hi aux Mrtet ou stnx ëc^^os: il pr^temUit «ofin avair u» esprit profandémeat politique 9 en détFuifiant pur système» à des époques détwmïné^ et awee une sorte de fretil calcul 9 les ^milles les plus illustres^ sous le ymu preteiite qu'elles étaient daB^reuses pour le pouvoir souTerain ; en ëleyant à leur place das £iiroille3 nouvelles et obseures; ea portant sa maîa exterminatrice jusque sur Las temps à Tenirf ear^ sembkJbles k ces nuiées d'insectes mal- ÊM^ns qui jt^)orteiilt la fattîne^ la bande de dâat^ui^s p de (Calomniateurs p âL^pritohrâks p formée par ses «oin^^ laissa, an dîsparaissaxit, le germe du mal parmi le peuple^ et si le joug de B&ty avait abaissé l'esprit national des Russes» le règne de Xea» fitf sans doute bien loin de le relever*
Cependant il faut rendra jwtioe meine à wk tyrav. Dans les accès 4n mal 5 Jean montrait quelquefois encore le sjmulaçra d'iw 9?f4[Ml monaj:*qme» zélé^ infatigable, faisant preuve id'uAe g^and^ pénétration dans les aAaîf^> U aimait k se comparer à Alexandre4e-Girand, pour les vertus guerrières, lui qui n'avait pas l'ombre ' de «counag^ dans l'àme , ce qui ne TempêclMi pas de passer pour cosiqitérant. Quant à la pivbti^ue exAén^Qure, il smvit «crupuleusennent
les grands desseins de son aïeul. Il aimait la i584. juitibe dans les tribunaux, et souvent il examinait lui-même les procès, écoutait les parties, lisait tous les papiers , et décidait sur-le-champ. Les oppresseurs du peuple, les fonctionnaires iniques , les concussionnaires étaient punis par des peines corporelles et diffamantes : couverts d'habits somptueux , il les faisait placer sur un char et promener de rue en rue par des bourreaux. Il défendait au peuple tout excès de vin. Seulement aux fêtes de Pâques et de Noël, il était permis aux Moscovites de se divertir dans les cabarets; dans tout autre temps, les gens ivres étaient envoyés en prison. Jean n'aimait pas les reproches hardis, mais quelquefois il détestait une basse adulation; nous allons en rapporter une preuve : les voïévodes princes Joseph Scherbatoï et Youry Boriatinsky, prisonr nîers en Pologne , rachetés par lui , comblés de ses faveurs, eurent l'honneur de dîner avec lui. Il leur fit diverses questions sur la Pologne : Scherbatoï disait la vérité, tandis que Boriatinsky avançait de grossiers mensonges, assurant que le roî n'avait ni troupes ni forteresses, et qu'il tremblait au seul nom du tzar. « Paupre roi, dit Jean en secouant la tête, que je le plains t» et tout-à-coup , saisissant sa canne, il la mit en Tome IX. 36
v584. pièces sur le dos de Boriatinsky, eu s'ëcriant : «< Foilà ton salaire , impudent imposteur I >> ^ol matière de religion ^ celle des Juife exceptée ^ il se distinguait par une sage tolérapce : il avait permis aux luthériens et aux calvinistes d'avoir des églises à Moscou. Il est vrai qu'il les fit brûler l'une et l'autre cinq ans plus tard , soit par crainte du scandale j soit parce qu'elles excitaient le mécontentement du peuple. Néanmoins il n'empêcha jamais ceux qui profSsssaient ces communions de s'assembler pour la prière dans la maison de leurs pasteurs. Il aimait à soutenir des disputes théologiques contre les savans allemands^ et tolérait la contradiction. C'est ainsi qu'en iSyo il eut une discussion solennelle ^ dans le palais du Kremlin ^ avec un certain Rotzita, théologien luthérien^ qu'il voulait convaincre d'hérésie. Rotzita^ assis sur une place élevée , couverte de riches tapis , parlait avec une entière liberté, et défendait les dogmes de la confession d'Augsbourg; il reçut d'honorables marques de la &veur du tzar ^ et écrivit un volume sur cette conférence remarquable. Un prédicateur allemand , nommé Gaspard , voulant complaire à Jean, embrassa la religion grecque à Moscou, et plaisantait avec lui sur la doctrine de Luther, au grand scandale de ses
compatriotes. Aucun d'eux toutefois ne se plai- > oignit jamais d'avoir souffert la moindre vexation. Ils vivaient tranquillement à Moscou^ dans le nouveau faubourg allemand^ sur le bord de la Yaonza^ et s'enrichissaient du produit de leur industrie et de leurs métiers. Jean témoignait son estime pour les sciences et les arts^ en comblant de ses faveurs les étrangers éelai- • rés. Sans établir des académies^ il Êivorisa l'instruction publique en augmentant le nombre des écoles ecclésiastiques^ où les laïcs pouvaient aussi apprendre à lire^ à écrire^ la religion et même l'histoire^ à la honte de boyards^ qui en général ne savaient pas écrire h cette époque. En général 9 Jean est célèbre dans les annales russes comme administrateur et législateur de ses États.
Il est hors de doute que Jean III, ce prince réellement grand , avait , après avoir donné un code civil à son peuple ^ institué diTcrses administrations pour activer l'action du pouvoir absolu ; outre l'ancien conseil des boyards , les actes du temps font mention d'une cour du trésor et des collèges ; mais c'est là tout ce qui est parvenu jusqu'à nous, tandis que nous avons des notions précises et authentiques sur plusieurs tribunaux et cours de justice qui exis-naux.
i584. taient à Moscou sous Jean IV. Les collèges^ cours principales^ ou tchètés, portaient les dénoijiinations suivantes : coiir des ambassades ^ de là guerre^ des domaines et de Kazân. La première connaissait particulièrement des affaires extériieurès ou diplomatie : la seconde , de Fadministratioh de Farmëe : la troisième^ des terres concédées aux fonctionnaires et aut en&nsboyards pour prix de leurà services : la dernière enfin ^ des affaires des royaumes de Kazan^ d'Astrakhan^ de Sibérie éV de toutes les villes situées sur le Volga. Lidépendamment des attributions susdites ^ les trois premières cours s'occupaient aussi de Tadministration des villes de provinces : singulière organisation ! Les plaintes , les procès commencés dans les provinces où les gouverneurs rendaient la justice avec leurs tiouns (juges) et les starostes (espèce de maire d'une commune ou d'un village), akles de centeniers, étaient poHés ensuite devant les tchètes^ où siégeaient les plus illustres dignitaires de l'État; ensuite chaque affaire importante , civile ou criminelle , piassait au conseil des boyards, de sorte que personne ne pouvait être condamné ni à mort, ni à la confiscation des biens , sans la sanction du tzar. Les gouver* neurs de Smolensk^ de Pskof , de Novgorod et
DE R1SJS5ÏE. 565
deKazéfi^que Ton changeait presque tous les .»58^. ans, pouvaient seuls , et dans des circonstances extraordinaires, faire punir les coupables. Les nouvelles lois et institutions, les impôts, etc. , €taif nt toujours publie's par la voie des tchète$. Le domaine particulier , ou apanage du tzar , avait sa propre juridiction. On fait encore mention des cours ou administrations nomme'e^ ^&a^ des strélitz , des postes, de la maison du tzar, du tre'sor, de la commune ou de la ville de Moscou, du bureau des armemens et approvisionnemens , du tribunal criminel et de celui dfis serfs, où se décidaient les procès relatifs , aux domestiques esclaves des seignieur^. Dans toutes ces cours , ainsi que dans les administrai^ tions ou tribunaux de provinces , les personnages les plus importans e'taient les draks lettrés ^ ou Secretaisecrétaires : on les employait aussi dans les ne-»- de robe. gQciations avec les puissances étrangères, dans les affaires de la guerre, ppur la correspondance et les contributions , ce qui excitait Tenvie et le mécontentepient de la noblesse militaire. Ces diaks, ou gens de, robe, qui non-seulement savaient lire et écrire mieux que les autres, mais qui connaissaient à. fond les lois, coutumes et réglemens , composaient parmi les serviteurs de FÉtat un corps particulier, classé d'un degré
î^4« au-dessous des gentilshommes et plus hRut que les enfans-boyards de la cour et lès nëgocîans de marque. Les secrétaires du conseil ne le ce* daient en dignité qn^aux conseillers d'Etat, tek que les boyards , les diolniks et les nouveaux gentilshommes du conseil y institués par Jeaii en i5j2y afin d'ouTrîr la porte du conseil à des dignitaires plus distingués par leur esprit que par leur naissance; car à travers ton» les abus d'un pouvoir illimité, il respectait quelquefois les anciens usages ; par exemple y il ne voulut jamais accorder le titre de boyard à s&a jrfos cher favori , M aluta Skouratof , crai^ant de ravaler cette dignité suprême par la ra|)ïide élévation d'un homme de basse extraction. Jean augmenta le nombre des fonctionnaires poMicS; et leur donna plus de considération dan» Fordve social; en chef habile, il organisa encore de nouveaux degrés d'illustratiœi pour le& princes et les gentilshommes, en divisant les premiers en deux chapitres , princes simples et princes serviteurs de l'Etat ; et les seconds , on gmtil^ Gentils- hommes pmrsret gentilshommes cadets. Le nom-
pairs et bre dç gens de cour s'accrut aussi par la citation Princes de s€olniks , eUf échansons , à la fois oiEciers de
d?rEtetf bouche et chfifergés de fonctions militaires, avec ^ "'*'• no rang de plus que les gentilshotmnes cadets.
Nous avons déjà fait mention des irïiithutions *^ militaires de ce règne. Jean, dont la lâcheté sur mcnipou le champ de bataille couvrait de honte les drapeaux de la patrie , Ini làissïi cependant une armée rhietix disciplinée et beaucoup plus nom* breuse ^il^elle n'en avâii jànïais eu jusqu'alors. Il extèrhiinà les plus célèbres voïévodes sans détruire le courage â€É guerriers qui, surtout, en faisaient preuve d^îis l'adversité : eri effet, Batory , cet illustré ènliemi de ïa flussie , parlait avec admiration , au jésuite Pôssevin , de leur . mépris de la' nibi^t dan$ la défense des villes , de rîmperturbable sang-froid avec lequel ils prenaient la place de feurs càiAaràdes^ tués^ pat* l'étineïui , ou fautes éti Vàit par Pëxplo^sion des mines, formant sûr la brèche Un rempïirt de lètfris corps ; 6Mi^s de combattre jour et nuit , ri'àyanï cfue du pain pbur nourrittrre , suecombànt à la famine , ih ne se rendaient pas , pour rester*' fiHèlès 'rf* leur souverain. Leurs ^mmes pàï*afi^kient âifprèd d'eux au milieu du danger, cii'èrchànt à éieiàdi^e les incendias, lança'nt sur PèUiWtoides^utresWde gro^sscs pierres. Étâi^ntife'eÀ Campagne? ces guerriers dévoués à la patrie' se distinguaient sinon par leur habile*té, arti' moins . par une admirable patience ; ils supportaient , sans murmurer, la rigueur des hi-
1584- vers et Fintempérie du climat , u^ayant pour abri que des tentes légères qu d^ misérables ^ huttes ouvertes à tous It^s vents^ Dans les temps antérieurs ^ il n'ayait été fait mention que dç voïévodes : à l'époque que nous décrivons on parle ordinairement de$ golovas ovf chefs dç division (i), qui, conjointement avec les premiers, devenaient responsables epvers le Izar du résultat de chaque affaire.
Lois. Jean compléta le code civil promulgué pa r son aïeul, en y insérant de nouvelles lois, sanS; néanmoins, changer Fesprit pu le systèpie des anciennes. L'aïeul avait fait défpnse aux magistrats de s'enrichir aux dépeins des plaideurs; le petit-fils imposa une forte amende sur les juges convaincus de concussions ou d'injustices préméditées ; celles commises sans intention étaient^ seules , exemptes de châtiment. Les secrétaires coupables étaient punis par l'emp^îçonpemeut; les employés subalternes par le knqut; Ceux qui avaient des plaintes à porter contre* un gouverneur de province > devaient le faire j^vant qu'il nefiit destitué; maislescaloainiateursreQeiViaieiit une. punition corporelle et payaient en outre upc amende pour l'atteinte portée à Thonneur du dénoncé. Les impots ou taxes au profit. des ma-
(a) tyii mot russt goloi^n , iêie, - -
DE BUSSIE. 569
gistrats Je la couronne ne furent point aug- i584. mente's , bien que le rouble eût perdu de sa valeur : en iSSj il ptait évalué à i6 schellings 8 pences ; et çn 1 582 , çnviron ^ trois anciena zlotes ou florins àç Pologne : sous, le règne de Féodor , il valait un marc^ et au commepcenpient du dix-septième siècle, deux ipixdalers et dix dengas. Ainsi quç cela s'était pratiqué jusqu'alors 5 on admettait , pour la décision des procçs ^ les témoignages , le serment , le duel , çt le sort entre les étrangers e^t les Russes. Le secrétaire enregistrait l'affaire , qui était signée ensuite par les anciens et les jurés. En cas d'amiable accommodement, objet constant des désirs du législateur, les parties étaient déchargéesde toute rétribution. S'il y avait accusation de vol , on prenait, dans le voisinage , des informations sur celui qu'çlle concernait : un hbnuue connu par $a mauvaise con^ dnite était soumis à la quiestion et enfermé ppur la yie y s'iLn'àtouait pas son crime. C^lvii dont l'ins-^ truction de la procédure faisait, reconnaître les bonnes moeurs, était jugé conformément à la loi. Les peines étaient celles en vigueur jusqu'alors: le knout pour le premier vol :1a mort pour le second, ^insî que pour le meurtre, la haute trahison, la reddition, par perfidie, d'une place à l'ennënii', le sacrilège. La peine capitale était
SyÔ HISTOIRE
1584. gërïëralement appliquée aux incendiaires et aui brigands^ et même aux itoposièurs malinten- (ionntfs, aux cafforiintateùi's. H fallait , pour qu'on ajoutât foi aux délatioife d'un vofeùr , qu'elles fussent appujrées dû tëmoîgtfage de vînfgt citoyens contfus par leur probité. Les gens ôtf employés des gouverneurs ne pouvaient arrêter nî mettre aux fers un iirdividu, sûns èh avéïrprealable- •menl: donné <;annaîssd:nce aux anciens et aux jurés. Nous* reAiarcîftrons ici plus de précautionsfy pliis de respect pour YimmatÂtë que dans les fois de Jeata III. Celles du code civil sont aussi plûÉà pa^firifes , plfls: côm^te^î' pâf eiefaipte, les hiéhs pîértrimonteuX' et ceux âfcqûis y soAt déjà distinguée : en cas de vente coï^ihe d'engagement! des ptemieP^ , les pa^eiis du véiideur oU proprîétâtrc de riitimèûble engagé, pouvaient, dans FeSpaée de quarante atn!d , rachefet lesdits biens , s'ils i/a voient pas sifgôé, ^()mnie'téAioin&, le contrat de Vente ^li FtfCte d*hypothèque. S'ils pi^utaient établir la preuve que ce bien ne valait pas k somifâe mentiY)kinée a^ titre df^achat , ils ïi'étaient tenus qu'au pàieml^it de sa valeur i^éellé ^ur résilier le marché.
Lès biens acquis né se rachetaient pas. Pour qu'utie lettre de change fAt valable^ il &llait qu'elle fttl revêtue du sceau du boyard et de la
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digjnatiiré du secrétaire^ formalités pour lesquelles il y avait un droit à payer^ Dans les poursuites pécuniaires on devait toujours consulter les registres oit se trouvaient désignés les noms ^ les facultés des citoyeus et laf qualité de l'impôt par eux payé à la couronne. iJne copie . de ces registres était déposée dans le^ cours de Moscou y une autre chez les anciens et les jinrés. Toute ($e mande qui excédait les moyens de l'accusé > testait à la charge du defifiandeur. Sans déroger auî droits des seigneurs relativement ù leurs vassaux ou serfs ^ le législateur apporta divers changemens aux anciennes institutions : les enfens nés, avant la servitude, d'un sujet qui avait vendu sa liberté, restaient gens libres : les sommeliers , les intendans de villages ne pouvaient être considérés comme esclaves y sains itti titre d'achat particulier portant la signature des boyards-. Lo^sqisîe les? pères et mères avaié^nt embrassé Fétat monastique , ils perdaient le droit de mettre leurs enfaus en esckivage. Les créa^nciers ne pouvaient asservir leurs débiteurs, qui étaient obligés seulement à leur payer tes intérêts de la dette. S'ils retenaient chet, eut un de ceux-ci à titre d'esclave, et que cet homme vint à prendre la fuite en volant son maître, ce dernier n'avait le droit de réclamer ni justice
SjH HiSTOIRE
lâfii* ni satisfaction. Les ea£stns-boyards et leur postérité ne pouvaient jamais perdre la liberté.
En confirmant la validité des lettres d'affranchissement^ le tzar défendit de les accorder ailleurs qu'à Moscou , Novgorod et Pskof , sous le sceau des boyards ou des gouverneurs, faute d'être de nulle valeur, lors même qu'elles Seraient écrites de la propre main des seigneurs. La loi relative au libre changement de séjour des paysans ou leur passage d'un village à Fautre, portait, qu'indépendamment d'une rétribution pour la maison précédemment habitée par eui, ils étaient tenus de payer deux altines par maison au propriétaire, pour les frais occasionnés par cette mutation : dans le cas où ils auraient laissé des terres ensemencées, ils devaient , après en avoir fait la récolte , donner encore deua: autres altines au seigneur : il leur était permis de se vendre comme serfs ^ux propriétaires. Confor^ mément aux anciens usages, le tzar confirma le pouvoir judiciaire aux évêques, leur laissant le droit de juger les prêtres, les diacres, les moines V l^s veuves âgées nourries aux dépens de l'église : il permit aux mendians et défendit aux bourgeois de loger dans les monastères. Le j^èglement concernant les marchés fut complété par les articles suivans :
DE RUSSIE. SyS
!•». Rien ne peut être acheté à un marché ou i584. dans une boutique sans caution.
2**. Chaque cheval vendu doit être marqué par les agens du timbre , et enregistré par eux : on payera deux deniers à la couronne pour éviter toute espèce de contestation : le contrevenant à cette dispositiqn sera puni d'une amende de deux roubles au moins.
On doit encore faire mention d unç loi nouvelle grelative aux offenses à l'honneur : elles se payaient aux enfans-boyards en proportion de leurs revenus ou dé leurs appointemens ^ et aux secrétaires de la cour, d'après l'évaluation du tzar ; pour un, étranger ou un négociant de marque , l'amende était portée à 5o roubles j pour les marchands y bourgeois y ou gens de moyenne classe y et les bons serviteurs des boyards y 5 roubles ; pour la basse classe et les paysans y i rouble. On payait toujours aux femmes le double de ce qui était fixé pour leurs maris, comme marque d'une estime particulière pour l'honneur d'un sexe faible.
Jean avait déclaré à la fin du code que ses lois n'avaient pas d'effet rétroactif, et ne changeraient rien aux décisions antérieurement prononcées , bien que celles-ci ne fussent point encore mises à exécution; ensuite, que de nouveaux
i58i. cas pouvant se rencontrer dans les jugemens di^ tribunaux ^ ils donneraient lieu à de nouveaux règlèmens qui seraient ajoutés au code : en effet, depuis i55o jusqu'en i58o> il publia plusieurs ordonnances additionnelles. Il supprima en i556 le droit sur les jugemens rendus^ et le remplaça par des appointemens accorde's . aux gouyer* neurs ; il établit un impôt général sur les villes et les communes^ remettant Finstruction des affaires criminelles aux juges élus par les citadins ou par les habitans des campagnes^ aux chefs de villages^ aux anciens^ aux centeniers; il défendit les duels judiciaires dans tous les cas où l'affaire pouvait être décidée par témoignage OU par serment , c'est-à-dire qu'il abolit pour jamais cet antique usage ^ reste des temps de la chevalex^ie et des siècles d'ignorance. Il ordonna de punir lés faux témoins par le knout et une amende pécuniaire très-onéreuse. Enfin il ajouta aux lois les articles suivans :
I*. « Si, dans l'instruction d'une procédure, » les dépositions des témoins se contredisent, et
» n'éclairent pas suffisamment la cause, il faut » alors s'eh rapporter à la majorité de cin- » quante ou soixante voix : si des deux côtés le » nombre des voix était égal, on devra ordon- )) ner une nouvelle enquête, et convoquer les
» habîtans dçs villages voisins pour découvrir 1584. M la vérité. Le témoignage de ciiwf ou six per- >} sonnes peu connues est in^uâis^at pour la » condamnatio» de l^aceusé : m^ïs la parole >i d'un boyard, d'un secrétaire ou 4'^*^ fonc- M tionnaire est toujours regardée fipmrxxe digne D de foi. Si les deux parties s'en rapportent au w témoignage d'un même homme, celui-ci 4é- }} cide TafFaire. Un boyard ou un gentilhomme » devient responsable du faux témoignage de » ses gens , et c'est sur lui que tombe la colère » du tzar : toutefois il est innocent si lui-même » il dénonce leur imposture au tzar. Le premier » devoir des anciens est de prévenir Jes fraudes }} et complots dans les déclarations des gens de i) leur commune; en cas de négligence, de ra^u- M vaise foi, de partialité de leur part, ils sont i) punis sans misérisorde. »
2**. « Un serf affranchi ne doit plus servir son » ancien maître, autrement sa lettre d'affran- • » chissement serait de nul effet. »
5**. (( Si un homme, qu'un maître se serait )} approprié comme esclave, justifie de son état » libre , et si , ayant été relâché sous cautioune- » ment , il s'évade , sa caution doit payer pour jù lui au demandeur la somme de 4 roubles , sauf » toute poursuite ultérieure. »
576 HISTOIBE
iSSj. 4*. « Celui qui ferait un fitux contrat de tente j) d'un homme libre doit être puni de mort. »
5*. (( Un prisonnier de guerre peut devenir » esclave ; mais la mort de son maître l'affran- » chit': quant à ses enfans> ils restent toujours » libres , à moins qu'il ne se soit marié à une » esclave, ou qu'il ne se soit vendu par contrat: » les étrangers qui ont embrasse le christia- )i nisme peuvent se faire esclaves , toutefois en » le déclarant au trésorier du tzar y et dans le » cas où ils ne seraient pas au service de la » couronne. »
6*. (c Pour le paiement d'une dette de loo » roubles, on accordera le délai d'un mois, et » celui de deux à un homme au service de la » couronne ; ce terme expiré, le débiteur inexact w est livré en personne au créancier jusqu'i ce » qu'il se rachète , sans néanmoins que cela » puisse devenir esclavage à vie. »
Cette poursuite pour dettes se nommait /^wi^ége : voici comment elle ise Élisait : un agent de police amenait le débiteur nù-pieds , dans la rue, à la porte de la chambre de justice, et, pendant la durée de la séance , il le frfippait sur le pied avec une verge 2 quelquefois il ne k faisait que pour la forme jusqu'au moment ou les juges retournaient dans leurs maisons. Cet
usage asiatique a ëtë aboli par Pierre -le-Grand. 1584.
7**. « On exigera des gens au service le paie- » ment de leurs anciennes dettes dans l'espace » de cinq années^ de i558 à i563^ sans inté- » rets ; le remboursement des dettes récentes M aura lieu avec les inte'rêts réduits de moitié, » c'est-à-dire à raison de dix pour cent , au lieu » de vingt, taux ancien et onéreux que le tzar » supprima, »
8**. ce Un mari, aprèfe le décès de sa femme, » s'il n'a pas d'enfans d'elle, rendra sa dot aux » parens sans intérêts. )>
9**. (c Celui qui ne retire pas des effets en- » gagés doit être prévenu de l'expiration de son » terme, que l'on peut prolonger de dç^ux ou » trois semaines; ce nouveau délai expiré, les » effets engagés seront portés, chez l'ancien ou » chez les jurés, et tendus loyalement devant » téoioins dignes de foi : on retiendra sur le » montant de la vente la dette avec les inté- -» rets : l'excédant sera remis au débiteur; mais » dans le cas où le produit de cette vente ne » suffirait pas pour solder le créancier, le dé- » biteur serait obligé de faire face au déficit. »
lo^. (c Le créancier poursuivant n'est tenu à la » production d'aucun titre, si, en présence des ju- » ges, sa partie adverse se reconnaît son débiteur.