HISTOIRK
^56^"" d'un État où les (juatre puissances du Nord , dans une dangereuse rivalité^ cherchaient réciproquement À étendre leur domination.
N^oda- Tandis <ra'une armée suédoise prenait postions avec * . * • **
u Snède. scssiou dc Révcl, Erik proposait à la Russie paix et amitié 9 à condition qu'il traiterait directement avec le tzar lui-même et non pas ayec les lieutenans de Novgorod; ensuite que Ton rayerait du traité précédent l'important article par lequel Gustave Vasa s'était engagé à ne prêter secours ni à la Lithuanie^ ni à l'Ordre de Livonie. Dans leurs conférences avec les boyards . moscovites y les seigneurs suédois crurent les intimider par ces paroles : « 1/ empereur , le roi M de Pologne et celui de Danemarch pressent » notre souverain de se réunir à eux pour attor- » quer la Russie. Leurs ambassadeurs sont à w Stoclkolm : prih ne leur a point encore donné » de réponse décisive ^ car il attend la vôtre. » Les boyards répondirent que depuis sept siècles * la Russie^ fidèle à ses anciens usages^ observait le même système politiqiie. « On a vu en Suède, » ajoutaient- ils ^ une longue suite de princes .» avant J^rik : lequel d^ entre eux a dédaigné » de négocier avec Novgorod? Le refus de Gua~ ^) tave Vasa a attiré sur son pays la guerre » et des dévastations que son cotisentement' seul
DE RUSSIE. 5j
» a terminées* Gustave était un prince- sa^e ; i56»— >i Érïk est encore à se faire connaître* Il est » aisé défaire le mal, difficile de le réparer. » Jean a voulu conquérir deux royaumes , et h sa volonté n'a point trouvé d^ obstacles ; mais M votre nouveau roi, qu^orUil fait? Choisissez ii ou de confirmer le traité conclu par son père, » ou de voir, avant d^ arriver à Stockholm , s*al^ » lumer une guerre dont les feux seront longs à n s^é teindre • Croiriez-vous nous épouvanter avec » votre Lithuanie, V empereur, le Danemarcl ?* » CoaliseZ'Vous avec tous les rois , avec tous les » souverains de l^ Europe .*■ nous ne craignons w personne tj» Cette fermeté força la Suède à re* nouveler l'ancien traite. Il semblait d'abord que la paix ne dût pas être de longue durée , car Jean n'avait pu entendre sans indignation le rapport de ce qui s'était passé en Esthonie ; ensuite les fonctionnaires noygorodiens^ expédiés à Stockholm avec le traité^ s'étaient plaints à lui d^ayoir été fort mal accueillis par Erik ( qui leur avait même proposé de manger de la viande dans les jours maigres ! ) Enfin ces mêmes ambassadeurs avaient fait savoir au roi que nous ne resterions pas spectateurs indifTérens de ses entreprises; cependant^ malgré ces moti&j^ la bonne intelligence ne fut pas troublée^
5d HISTOIRE
i56o~ car le tsar ne voulait pas augmenter le iiomlM:*e de ses ennemis^ avant de s'être débarrassé des Polonais ^ qu'il regardait comme les plus dangereux. '^
Npuç avons parlé plus haut du projet formé par Jean de contracter un nouveau mariage. 11 se croyait certain d'y réussir, et son amourpçopre fut vivement blessé de se voir contrarié da^ ses desseins. Des ambassadeurs russes, expédiés à Vilna , parlèrent officiellement de paix à Sigismond, et lui firent, en secret, connaître le désir qu'éprouvait le tzar de devenir son beàur^frère. Us avaient ordre de choisir, selon la figure^ l^ embonpoint et la santé j entre la sœur aînée du roi, nommée Anne, et la cadette, nommée Catherine. Leur choix tomba sur cettç dernière. Sigismoud répondit qu'il ne pouvait donner son consentement sans avoir obtenu celui de l'empereur, du roi de Hongrie et du prince de Brunsvick, ses protecteurs et ses parens; qite la dot de. la future, conservée dans le trésor de Pologne, consistait en chaînes, pierreries, habits et or, pour la vakur de cent mille ducats ; qu'il ne lui paraissait pas conve»nable tle marier la cadette avant l'aînée ; cependant qu'il ne s'opposerait pas à cette union, à condition que Catherine resterait catholique.
DE RUSSIE. 5g
Les ambassadeurs ftyant témoigne le désir d'être "56a — présentés à cette princesse , on leur permit dé la voir à Téglise et on leur remit les portraits des,.deux soeurs. Mais Sigismond^ convaincu de la nécessité, de combattre pour la Livonie, ^regardait comme inutile une alliance avec Jean. 11 fit partir pour Moscou le maréchal Schimkowitsch , sous prétexte de traiter de paix et de mariage^ et en même temps il revendiqua Novgorod, Pskôff, le territoire de Séversk, Stoo*lensk I . « . L'ambassadeur polonais repartit et les hostilités recommencèrent par la prise de Tarvast, dont s'empara Radzivill, hetman lithuanien 5 entré en Livonie avec une armée considérable. Le siège durait depuis cinq semaines, et les généraux moscovites n'étaient pas encore veims au secours de la forteresse» Us se rassemblaient, Élisaient leurs préparatifs ; mais, sans cesse en dispute sur le droit d'ancienneté, ils refusaient d'obéir l'un à l'autre. La sévérité de Jean ne réprimait point cet ancien abus. Lui qui y pour un mot indiscret , pour un regard de reproche , pour une généreuse audace , traitait les grands avec tant de cruauté, montrait de l'indulgence pour cette coutume funeste. Tous les exploits de sa nombreuse armée se bornèrent à ravager de iK)]i:^veiiu quelques villages livo-
4o HISTOIRE
\SSu^^ niens. Les princes Wassili Glinsky et Sérebrianoï poursuivirent Radziyill et battirent un de ses détachemens à Pernau. Les Polonais^ ayant , mis des garnisons dans les forteresses les plus importantes de la Livonie méridionale^ abandonnèrent Tarvast, et Jean fit détruire cette ville de fond en comble. ,
ar^hîpV Alors Sigismond,. reconnaissant Finutilité de ^®8*«- ses longs efforts pour persuader au tzar de ne point troubler le repos de la Livonie, se vit forcé de recourir aux armes. « Radzivill, écri- » vait-il à Jean , s'étant rendu maître de Tar- » vast, a permis aux Russes d'en sortir, etFau- » teur de cette guerre sera responsable devant » Dieu du sang versé ; vous pouvez encore dé- » tourner ce fléau, en retirant vos troupes des » anciennes possessions de l'Ordre; dans le cas » contraire, FEurope jugera de quel côté se )i trouve la justice, de quel côté la honte et la )i barbarie ! » Les boyards déclarèrent au gentilhomme Korsak, porteur de cette lettre, qu'on ne lui rendrait pas les honneurs dus au caractère d'ambassadeur, la dépêche du roi étant remplie d'expressions inconvenantes; Jean répondit à Sigismond : (c Vous avez l'art de reje- » ter vos torts sur les autres. Nous avoua tou- » jours accueilli vos prétentions quand elles
» étaient justes; mais oubliant les traités con- iSOo- » firmes par vos ancêtres^ au mépris de vos n propres sermens^ tous entrez à main armée D dans les anciens domaines de la Russie : car 0^ la Liyonie fut et sera toujours à nous. Vous » me reprocher d'être fier et ambitieux : ma » conscience est tranquille ; je n'ai £iit la guerre )i que pour rendra la liberté aux chrétiens ^ pour » punir les infidèles ou les parj[ures. N'estKe . }} pas vous qui avez excité le roi de Suède à JD rompre la paix qu'il avait conclue avec Nov- » gorod? N'est-ce pas vous qui ^ au moment oîi » vous me parliez de paix et d'alliance , attiriez ^
» les Tatars de Crimée dans mes États? J'ai » entre les mains votre lettre au Khan : j'en » joins ici la copie pour vous fkire rougir !... » Ainsi nbus connaissons à fi)nd votre caractère » et n'avons plus besoin d'en savoir davantage. D Nous mettons notre espérance dans le juge >} suprême : il vous punira de vos cruels arti- » fices et de votre perfidie. »
Jean^ ayant toul-à-fait abandonné l'idée de Second
• . 1 mariagede
devenir beau-frère de Sigismond^ chercha, à Mn. l'exemple de nos anciens princes, une épouse dans les contrées asiatiques., Instruit que Tem- ^uk, un des plus illustres princes Tcherkesses, avait une fille charmante , le tzar donna ordre
4a HISTOIRE
i56o — de Famaaer à Moscou ; elle lui plut, et il la fit instruire dans la religion ekrétienne. Le mëtropolitaia qui la tint sur les font» de baptême, lui donna le nom de Marie. Les noces furent célébrées le 21 août i56i , mais Jean ne cessa de r^ gretter Githerine , ou du moins il conserva un profond ressentiment contre Sigismond, dont U se préparait, à tirer Vengeance, d'abord à cause de la Livonie^ ensuite pour on refiis injurieux à Forgueil du prétendant*
i56a. Cependant , malgré des menaces réciproques, les hostilités forent, de part et d'autre, d'assez peu d'importance : Jean redoutait le khan et entretenait, dans la Russie méridionale , une armée commandée par le prince Wladimir Andréïevitsch : Sigismond, qui avait réparti ses troupes dans les forteresses de Livonie, n'avait en campagne que de petits détachemens, qui firent le siège d'Opotschka et de Nével. Le prince Sérébrianoï battit les Lithuaniens près de Mstislavle ; Kourbsky incendia le faubourg de Witebsk ; Jes . autres voïévodes se portèrent de Smolensk sur Doubr^^i^^? Orscha, Kopyk et SchklofF; mais, en général , on pillait beaucoup plus qu'on ne combattait. Khodkevitsch , commai^ant des armées de Sigismond en Livonie, engageait les généraux russes à ne point perdre
Dfi RtJSSlE« 43
les koBotmes dans des esearmouckes mutiles : on i56a. alla même jusqu'à entamer des négociations de paix. Les seigneurs lithuaniens écrivirent au métropolitain et aux boyards de Moscou pour les engager à éloigner l'efifusion du. sang. Le vieux Macaire leur répondit : u Je ne connaU que les » affaires de V Église : ne me parlez point de » celles de VÉtcU. n Les boyards déclarèrent que Jean coesen^tait à la paix^ pourvu que Sigis^ iiiood n'élevât plus aucune difficulté au sujet de la Livonie et du titre de tzar. « Rappelé»^vous , n ajoutèrent41s, que laLdthuanie même est le » patrimoine des princes de Moscou. Pour » rendre la tranquillité aux deux États ^ Jean » a voulu épouser une de vos princesses : Sigis*- » mond a rejeté ses propositions!. ..Et par quel » motif? sans doute pour complaire au khan! » Le mal peut se réparer encore; mais il n^y a » point de temps à perdre, n Toutefois Tannée 1 563 approchait 9 et les ambassadeurs du roi, attendus à Moscou , ne paraissaient pas : Jean ne craignait plus le khan qui, après s'être mohtiré dans le midi de la Russie, avait fiiî des environs de Mtsensk; libre d'inquiétudes de ce coté, il médita de porter un coup sensible à la Lithuanie.
A l'entrée de l'hiver^ Tai^mée russe se ra^-
i5&i* sembla à Mojaïsk; le tiar s'y vendit en per-*^ sonne ^ le :25 décembre^ accompagné du prince Wlàdimir Andrëïévitsch ^ des tzars de Kazem ^ Alexandre et Simeon ^ de^ tzàrevitschs Ibak , Toklitamouisck ^ Bekboalath^ Kaïboula et des plus illustres voïévodes ou boyards. On assure que le Bombjhe des combattans s'élevait à deux cent quatre-vingt mille; celui des homines préposés aux bagages à quatre-vingt mille neuf cents y et que l'artillerie avait deux cents bouches à feu. Cette formidable armée entra si subitement en ^Lithuanie ^ q|ie le roi ^ alors en Pologne , n'en voulut pas croire la première nouvelle. Le 5 1 janvier^ Jean mit le siège de vaut Polotsk , et le 7 février, il emporta les fortifications extérieures. On ap* • prit alors que quarante mille Lithuaniens , commandés par l'hetman Radzivill , étaient partis de Minsk avec vingt pièces de canon. Ce générai avait promis au roi de sauver la ville assiégée; mais a3rant trouvé sur son passage les voïévodes moscovites , princes Repnin et Paletsky , il n'osa * pas tenter le sort d'une bataille; il voulut seulement inquiéter les Russes , et fit à ce sujet d'i-
ifi63. nutiles efforts; car le 1 5 février la ville était au pouvoir du tzar. Dovoïna , commandant de la forteresse, commit une imprudence qui devint utile au monarque russe : il avait admis dans
DE RUSSIB. 4^ '
la Yille vingt mille pajfisuns ^ qu'il en cltassa au iSSX bout de quelques jours ^ et fournit ainsi à Jean l'occasion de déployer une générosité dont les suites sont toujours dangereuse^ dans de pareilles circonstances. Ces infortunés ^ dévoués à une mort certaine; furent reçus comme des frères dans le camp des Moscovites. Guidés par la i^connaissance^ ils indiquèrent à leurs bienfaiteurs une grande quantité de blé enfoui par eux dans des fosses profondes^ et firent^ secrètement savoir à leurs concitoyens que le tzar était le père de ceux qui croyaient au même Dieu que lui; qu'il savait triompher et pardonner. En même temps une grêle de boulets tombait dans la ville, les murailles -s'écroulaient, et le lâche Dovoïpa , cédant au vœu des citoyens , se hâta pnse de de conclure une capitulation avantageuse avec un ennemi qui paraissait de facile composition, qui promit la liberté personnelle, l'intégrité des fortunes, et ne tint point parole. Polotsk était célèbre par son commerce, son industrie , ses richesses : le tzar non content de s^emparer du trésor public, se saisit aussi des propriétés dés Seigneurs ppulens , de tous les gentilshommes et marchands ; de l'or , de l'argent, en un mot de tout ce qu*il trouva de précieux. Il envoya à Moscou l'év^ue avec le voïévode de Polotsk , un
91.63. ^and nomln^e d'of&cier» du roi et de citoyens ; il fît détruire les églises lutines et baptiser tous les Juifs , ayec ordre de précipiter les mutins dans la Dvins^ Les étrangers seuls qui serraient comme auxiliaires dans Farmée lithuanienne , eurent à se louer de la générosité des vainqueurs. Il leur donna des pelisses magnifiques et des passe-ports y dans lesquels Jean se parait avec joie du titre de grand prince de Poloîsk , ordonnant aux boyards et officiers russes ^ tscher^kesses, tatars et allemands, de leur prêter secours et assistance dans leur route. Il fêta pendant quelques jours cette facile et brillante conquête de Uancienne principauté de Polotsk', héritage de la fameuse Gorislava ^ province ce-lèbre dans l'histoire de nos guerres civiles , et sauvée du joug des Mogols pour s'être soumise en temps utile à la Lithuanie ; il dépécha des courriers sur tous les points, afin que les Russes rendissent grâces au ciel de la nouvelle gloife qu'il venait d'acquérir , et il écrivit au métropolitain 'Macaire : « C^est aujourd'hui que se n réalise la prophétie du sainet métropolitain » Pierre , gui a dit que Moscou éièperait mn M bras au-dessus des épaules de ses ennemis» >y
Sigi^mondet les grands de son royaiune étaiaoït dans la consternation. Polotsk, ville célèbre par
DB RUtSIE. 4?
sa population y par ses j[*emparts , passait pour xSSX. le plus ferme boulevard de la Litbuanie ; elle était prise J et les Toïéyodes moscovites^ sans perdre de temps ^ marchaient sur Yilna ^ Mstis;« layle et la Samogitie y ravageant tout sur leur passagey n'éprouyant aucune résistance^ car Fhetman avait fui v^rs Minsk. Dans ces conjonctures les seigneurs lithuaniens écrivirent à no^ boyarft que les ambassadeurs étaient prêts à se rendre à Moscou^ si les Russes cessaient les hostilités. Le tzar, ayant fait répondre qu'un ambassadeur n'était ni maltraité , ni exposé à être tué ^ accorda aul Lithuaniens une trêve de six mois. Il fit réparer les fortifications , chanter un Te Deum dans la cathédrale de Sainte-Sophie à Polotsk , et confia la défense de la ville au valeureux prince Schouïsky; ensuite il en sortit, le 26 février, à la tête de son armée qu'il licencia à Veliki-Louki, et parth pour sa capitale; il rencontra en chemin les boyards envoyés pour le féliciter au nom de ses fils et de son épouse. La mère du prince Wladimir Andréiévitsch , Euphrosine , le traita magnifiquement à Staritza , apanage de sonfils« Le tzarévitsch Jean attendait son père dans le couvent ae Saint-Joseph ; et Féodor dans le village de Krilatsky, oii-de nouveaux festins étaient préparés. Le lendemain ,
i563. m m^rs^.au moment qù le tzar traTefsait le Naissance chaipp de Krilatsky^ le boyard TrokhaniotofT
du tf are- . ] n i a •
viischVas- arriva avec la nouvelle que la tzarine venait d'accoucher d'un fils nommé Vassili.* Le clergé attendait Jean avec les croix et les bannières près de Féglise de Saint-Boris et Saint-Gleb. Il remercia le métropolitain et les évêques des iÊeux qu'ils avaient formés pour lui , et ceux-ci félicitèrent le monarque sur son courage et ses
Triomphe exploits. Enfin il se reifdit en triom|)he à la cathédrale , au» milieu d'une foule de seigneurs et de peuple, qui faisaient retentir l'àir de leurs acclamations , comme lors de la prise de Kazan. Il ne manquait aux Russes qu'un sincère amouji* pour leur souverain, et celui-ci était loin d'éprouver le bonheur , car il n'en existe pas pour Mort du les tyrans. Le tzarévitsch nouveau-né ne vécut
ttaréritsch
que cmq^ semaines.
* Certain que la guerre avec la Lithuanie ne tarderait pas à recommencer, et comptant sur les favorables effets de sa victoire , le tzar crut Affaire» à propos d'en informer le khan ; il lui écrivit ' d'un ton à la fois engageant et superbe , lui rappelant la sincère amitié de M engli-Ghireï pour Jean -le -Grand, amitié si heureuse dans ses résultats pour les deux puissances, ainsi que le peu de succès des invasions des Tatars de Cri-
mée y iiwasions désastreuses^ il est Vrai , pour iS^la Ri^ssie ^ mais bien plus encore pour l^Tauride elle-même, déjà pauvre en hommes, en armes et en chevaux ; il lui parlait des églises chrétiennes érigéies à Kazan , à Astrakhan , louait la fidé*lité des princes tcherkesses et nogaïs;- enfin, plaignant l'inutile haine de Sigismond qu'il venait de couvrir de honte en ravageant ses États , il ajoutait : w Tous les grands-officiers du roi se sont » prosternés devant mes boyards, pour que nous ' » mettions fin à leurs infortunes. Ceux-ci ont » imploré le prince Wladimir Andréiévitsch , n et sont tombés à mes pieds en disant : Sei-- )» gneuvy vous avez la même religion! Pourquoi » ne pas arrêter t effusion du sang ? vous re- » gorgez de prisonniers qt de richesses; la plus }) forte ville de Sigismond est en votre pouvoir. » f^otre ennemi est dans les larmes et s^ahan" » donne à votre discrétion! Je n'ai voulu afili- » ger ni un frère que j'aime, ni mes bons ser-
M viteurs : nous sommes revenus à Moscou !.. • » Voyez si vous voulez être mon ami» » Déjà, 'depuis plusieurs années , les ambassadeurs du perfide Devlet Ghireï gémissaient dans ime étroite prison. On leur rendit la liberté pour témoigner à leur maître les bonnes dispositions du monarque russe à son égard ; mais , dans: sa lettre au Tome IX. 4
5o HISTOIRE
»563. kkan^ le tzar ne le traita pas àt frère ^ et au lieu du mot supplication , comme le voulait l'ancictn usage y on n'employa que celui de salut. Gepeibdant y Nagoï ^ ambassadeur moscovite^ eut ordre de déclarer sérieusement aux seigneurs de Cri* mée^ que la disgrâce des ÂdasclieâP^ des voïévodes Schérémétieff et du secrétaire Mikhaïloff avait pour unique motif la haine qu'ils portaient à Devlet-Ghireï. L'intelligence, l'adresse, et surtout les riches présens de l'envoyé produisirent les plus heureux effets : le khan conclut la paix , resta deux ans sans inquiéter la Russie et, pour preuve de l'intérêt qu'il portait à la fortune de Jean , il lui découvrit un secret d'une grande importance.
Nous avons vu que le redoutable Spliman ne regardait pas d'un œil tranquille les progrès de la grandeur moscovite et la ruine de plusieurs royaumes musulmans. Occupé de dangers plus rapprochés, 'plus pressans; absorbé par des* en** treprises plus dign^ de satis&ire son ambition y il avait dii^ré jusqu'alors l'exécuti<m de ses Projet du desseins. Enfin, à l'instigation du c^bre pros-r crit Yarligasch , prince d'Astrakhan , il conçut le vaste projet de réunir le Don et le Volga par un canal; de bâtir wne forteresse sur hi Pérévo^ loka ( à l'endroit où ces deux fleuves se r^ppro-
D£ RUSSIE. 5l
chent ) ; une autre snr le Volga , là oh se trouve i5tô, atijoiird^hai Tzaritzln ; line troisième' près de la raer CaspienBe , pour ûsâurer d'abord ,1a tranquillité de ses possessions aux environs de la mei* d'Azoff, et ensuite de reprendre Astrakhan, Kasan pour resserrer et affaiblir la Russie. Le khan devait être le principal éxéctrteùi* de cette entreprise. Le sultan lui avait ordonné de se porter sur Astrakhan, avec plx^niesfte de lui envoyer par le Bon de Fartillerie et des hommes habiles dans Fart des fortifications. Heureusement pour la Russie , ])evlet4]^hireï redoutait le despotisme des Turcs , plus encore que la puissance ^u tzar : il ne voulut point leur céder les royaumes de Bâti> et tandis qu'il tâchait de prouver au sultan l'impossibilité du succès, il instruisit le souverain de Moscou de ce plan , si dangereux pour la Russie, et qui depuis parut abandonné. Malgré ces relati(Mis d'amitié avec la Crimée, Jean flattait l'-ennemi déclaré de DevletOhireï, Isn^ël, chef des princes nogaïs , qui veillait à Ik sûreté d'Astrakhan, en nous donnant avi&des perfides intelitions de- ses princes, amis secrets du khan. Il mourut en 1 563 , vivement regretté de la Russie , et laissa un fik nommé Tin«-Akhmat , qui fut aussi chef de la horde des Nogaïs, et rechercha à l'exemple de sou père la faveur de Jean.
i563. Déj^ la Pologne y le Danemarck et la Suède mens^^"dë Combattaient pouF la Livonie. Par la reuniçn de LiYomc. içujps fQi»ees , les deux premières puissances voulaient réprimer ^ambition d'Erik; car les Suédois avaient enlevé à Sigismond, Pernau et Veissenstein , de même que Léal et Habsal aux Danois^ dont le souverain désirait l'alliance de Jeftn. Le tzar conclut un traité avec ce monarquje, et lui céda, comme par générosité, Œsel et Wicfe ; mais il rejeta avec fierté sa médiation dans nos affaires avec la Litbuanie , en disant : « Nous savons nous fcdre justice nous-'Tnénies, » et n^ avons besoin que de V aide de Dieu! i* Il fit assigner des maisons particulières pour les marchands danois à Novgorod et à Narva , à condition qu'on en accorderait égaleilietit à Copenhague et à Visby^ aux- Russes qui depuis long-temps y exerçaient le commerce. EUer Hardenberg, grand-maréchal de Frédéric, se rendit à Moscou .avec plusieurs officiers pour ratifier la paix; et le prince Romodanavsky fiit envoyé en Danemarck afin d'échanger les traités- De Ipur côté, les Suédois faisaient de puissans effort^ poui: attirer dans leurs intérêts le redoutable tzar. Erik s'excusa du peu d'égard aveclequel on «avait traité nos ambassadeurs, et envoya six de ses principaux seigneurs à
Moscou pour conclure une convention au su- i563. Jet de la Liuonie^ aTCC le tzar en personne et non pas avec les voïévbdes. Pour toute réponse^ ils n'obtinrent qu'un grossier sarcasme; Jean fit dire à Erik : h Lorsque Je me transpor- » ferai en Suède avec nia cour^ vous pourrez y » commander en maître; mais ce n'est pas le » cas présent; Je suis aussi éloigné de vous que » le ciel l'est de la terre ^ » Les Suédois furent Trêve arec contraints de ce'der. Le monarque russe ordonna au boyard Morozoff, lieutenant de Livonie , d'accorder au roi une trêve de sept ans, pour ce qui concernait cette province ; il permit à Erik de garder Rével ainsi que toutes les villes dont il s'était emparé en Esthohie, se reservant le droit, après l'expiration de la trêve, d'en chasser les Suédois comme des ravisseurs ; c'est-à-dire que Jean n'empêchait point les puissances belligérantes d'épuiser mutuellement leurs forces, disposé qu'il était à profiter de leur affaiblissement pour réunir la Livonie à son empire. Nous verrons cependant des résultats que.n'avait pas prévus sa politique.... Occupons-nous maintenant des événemens intérieurs de la Russie.
Le second mariage de Jean ne produisit pas les heureux effets du pi^emier. Marie, dont la beauté avait captivé le monarque , ne rempla-
54 HJ5T0JRE
i563. çait Ânastasie ni dans son coeur> ni aux yeux des
Russes , qui ne pouvaient plus attacher à Fidëe
Mauvais de la tzariue celle de la vertu du tzar. Les
caractère ^ . ^
derëpouge contemporains rapportent que cette princesse
tcherkesse était d*une humeur farouche^ cruelle
par caractère , et ne faisait qu'entrettnir Jean
dans ses mauvaises inclinations; elle ne sut pas
même alimenter les sentimens qu^elle |ui avait
inspirés d'abord et qui n'avaient pas tardé à se
refroidir; car déjà il avait goûté les charmes
dangereux dç F inconstance et foulait aux pieds
les lois de la pudeur. N'éprouvant plus pour
Marie qu'une extrême indifférence, le souvenir
de sa prpmièrè épouse le poursuivait sans cesse ,
et, pendant sept ans, il* envoya religieusement,
en mémoire d'Anastaçie, de riches aumônes aux
religieux du mont Athos. Il rendit les mêmes
honneurs à la mémoire de son frère Youri,
mort A la fin de l'année 1.563^ Ce prince, privé
de facultés intellectuelles, jouissait des marques
extérieures d'une haute considération , et aussi
incapable de diriger les affaires de la gui&rre
que celles de l'État, il commandait de nom
dans la capitale , lorsque le tzar faiss^it une ab-*
sence. Mais Jhlienne, son épouse, possédait de
sœur de rares qualités qui la faisaient regarder comme
ic^voiie. une autre Anastasie. Elle prit la résolution de
DE ADSai£. 55
renoncer au monde. Jean « la tzarine Marie ^ le i50S. prince Wladimir Andréiëyitsch , les boyards et le peuple^ tlans un profond silenoe^ la suivirent depuis le Kremlin jusqu'au monastère de Noyodieyitscliie^ oii elle, voulait finir ses jours dans la retraite^ sous le nom d'Aleïaildrine; elle était loin de prévoir que ce tzar^ qui semblait touché de sôp angélîque piété ^ dont les regards exprimaient la bienveillance et la tendresse^ deviendrait ^ dans un accès de fureur ^ son féroce meurtrier! U voulut que sa belle-^ur^ sous le voile d'uitô humble religieuse , jouît de tous les hon^ neurs attachés au trône. U lui forma une cour somptueuse^ lui donna des officiers pour la servir^ et de riches domaines^ comme s'il avait voulu rattacher son cœur aux vanités d'un monde qu'elle venait de quitter.
Avant la retraite' de Julienne ^ l'ambitieuse Euphro- Euphrosine , mère du prince Wladimir , avait rSommoembrassé ^ de gré ou de force, la vie mouasti- °**^*^"^* que y ayant encouru, ainsi que. son fils , la disgrâce du tzar , sur un rapport de leur secrétaire empri^mné pour sa mauvaise conduite. Le monarque fit comparaître les accusés devant le métropolitain et les évéques rassemblés. // cortvainquît y dit la chronique, la mère et le fils à^ iniquité; mais,- par égard pour l'intercession
56 HlîJTOIRE
du ckrgé, il eut la générosité de leur pardonner. Alors Euphrosiiie abandonna le' monde pour se retirer dand le couvent de Voskressensky , k Biflo-Ozëro, où elle fut conduite par les principaux officiers de la cour; quant au prince Wladimir^ Jean lui donna de nouveaux boyards et secre'taires , à la place des anciens^ qu'il prit à son propre service , c'est-à-dire qu'il entoura ce prince d'espions. Cependant il lui marquait toutes sortes d'e'gards ; il allait le visiter à Staritza y à Véréia , dans ses terres de Vouischegorod^ où il passait le temps en jfestins et en divertissémens. Il savait encore cacher ses ressentiraens sous Je masqué de Tamitié.
Mon du Le dernier lour de l'année î 563 fiit celui de Itfa-la mort du vieux et illustre métropolitain Macaire, accusé par les contemporains d'ambition, de timidité, mais loué pour son vertueux caractère : s'il né fut pa« le censeur courageux des vices du tzar , il ne les encouragea point par une basse adulation. Au moment de sa mort , déçouvrant son cœur devant Dieu et les hommes, dans une lettre d'adieu., Macaire écrit, qu'épuisé par de nombreux chagrins, il avait voulu plus d^une fois s'éloigner des affaires et se consacrer à la retraite; mais que lé tzar et les éyêques l'avaient toujoui's conjuré de rester à son poste. Ce pas-
metropo-
litain
caire.
DE mûssiE. 57
teur n^était donc point spectateur indiffèrent des 1S6S. excès du souverain, puisqu'il préférait le calme de la solitude à la haute dignité de métropolitain. Zélé pour les progrès de la foi chrétienne, Com-
r . . . ' . ' poiitionde
il fit traduire la vie des Saints crées ; il y ajouta Ja vie 41» celle des Saints de Russie , tant anciens que nou- du livre veaux y en l'honneur desquels il institua un service et des fêtes annuelles , dans un concile tenu le :26 février 1647; tels étaient Jean, archevêque de Novgorod, Alexandre NevsRy, Sabbatins, Sosime de Solovki, etc. Ce fut également Macaire qui présida à la coniposition du Livre des Degrés y conduit depuis Rurik jusqu'en 1 669 ; il contribua aussi à l'établissement de la première imprimerie à Moscou. Déjà, depuis près d'un siècle, l'Europe jouissait de l'heureuse découverte . de Guttemberg , Faust et Sehœffer 2 les monàfrques moscovites en entendirent parler et désirèrent profiter des avantages importans qu'elle offrait pour le progrès des lumières, objet de leur sollicitude. Le grand-prince Jean III avait pris à son service un célèbre imprimeur de Lubek, nommé Barthélémy; en 1 547 y Jean IV fit chercher en Allemagne des artistes instruits dans la typographie, et il^st vraisenàblabje qu'il en trouva de propres à former dés ouvriers russes dans Moscou; car, en i55$, il fit construire une
cou.
i563. maison particulière pour Fimprimerie , sous la ductiondê direction de deux typographes, FéodorofF, diacre ri^rkot de l'église de Sàiot-Nicolas , et Pierpe Mstislavetz, qnî, en 1564^ publièrent les^ actes et les épîtres des apôtres, le plus ancien des livres russes imprimés, remarquable par la beauté des caractères et du papier. On y^lit, dans un supplément , que Macaire donna sa bénédiction au tzar pour la bonne œuvre qu'il valait de faire, en procurant \ux chrétiens, au lieu de manuscrits incorrects , des livres iiuprimés qui contenaient les deux testamens et l'office divin^ travail pour lequel il avait fallu collationner les meilleures et les plus ancienneis copies, afin d'éviter les erreurs et dans les mots et dans le sens. Cette entreprise importante, inspirée par un zèle éclaire pour le christianisme, excita le mécontentement d'un grand nombre de copistes , dont le métier était de transcrire les livres d'église. Aux murmures de ces gens vinrent se joindre ceux des superstitieux, toujours surpris d'une innovation; et l'artiste FéodorofT, privé par la mort de Macaire d'un puissant et zélé protecteur, regardé comme hérétique, ftit contraint, pour échapper à ses persécuteurs, de se retirer en Litfauanie avec son associé Pierre Mstislavet^w L'imprimerie de Moscou, transférée à la Slobode Alexandrovàky (5) ,
DE BUSSIE. •'5g
^vaitfeit paraître une édition des Évangiles; mais »564. le tzar laissa la gloire de publier la Bible tout entière au prince Constantin de Wolhynie , Fun des descendans dé S. Wladiniir. Ce prince, en- PuWicafant zélé de notre Eglise , accueillit avec bonté Bible à Os^ Fexilé Féodoroff, et fonda uiie imprimerie dans ^^^^' la ville^d'Ostrog. Il se procura également à Moscou 5 par Fentremise de Harabourda , secrétaire d'État de Pologne j, une copie complète dé l'ancien et du nouveau Testament, la coUationna avec le texte grec qui lui avait été envoyé par Jéréraie , psd;riarche de Constantinople; chargea: quelques philologues de la corriger , et enfin la fit imprimer eniSdi; cette action lui mérita la reconnaissance de tous ses frères en religion. Entre autres mémorables événemens ecclésiastiques du temps de Macaire , nous remarquerons encore la fimdation de Y archevêché de Polotsk y érigé en Archevé- Fhonneur de cette anciei^ne principauté et de la louk.^ °" céièbre église de Sainte - Sophie de cette' ville. Triphon Stouj^ischin , ancien évéque de Souzdal, qui avait reçu la tonsure des mains de S. Joseph de Volok, prélat respecté pour ses vertus, mais vieux et débile , accepta , pour complaire au tzar, la dignité d^archevêque de Polotsk »
Après la mort de Macaire, tous les évêques se rendi rent a Moscou , pour procéder à l'élection
6o» HISTOIRE
i564. d'unnouveau pasteur de FÉgUse ; préalablement^ diaprés la volonté du tzar, ils arrêtèrent par un de'cret> que les métropolitains de Russie porte- Mitre raient désormais une mitre blanche , avec Vétole
blanche .»7».« .. • , ,
des métro- ^^/ûî dolma^tique ^ «ainsi qu'on représente, sur poitains. j^^ images, les métropolitains Pieiîre et Alexis,
Jean, archevêque de Novgord, et les. miraculeux Léontins, Ignace et ïsaïe de Rostoff.^ Par » quel nlotif , est-il dit dans cette ordonnance, » les prélats de Novgorod portent -ils seuls la » mitre blanche ? Nous en avons cherché la rai-
» son, et ne Fa vous trouvée dans aucun livre. » Rendons à nos , métropolitains leur ancienne » , marque de distinction ; et qu'à Fexemple des » archevêques de Novgorod et de Ka^an, ils » scellent tous leurs décret^ avec de la cire rouge. » Leur sciejau représentera d'un côté- l'effigie de » la sainte Vierge, avec Fenfant Jésus, et de » Fautre une main, qui donne la bénédiction. Sacre du» avcc le uom du métropolitain. » Quelques tain ?i£a- jours après^ Athanase, abbé du monastère de Tschoudoffet confesseur du tzar, fut choisi pour cheif du clergé Russe. Le service divin achevé , les prélats dépouillèrent le nouveau métropolitain de ses habits sacerdotaux, lui imposèrent sur la poitrine Vimage d^or de la porte du sanctuaire , le revêtirent d'une soutane et lui
nase.
DE ItUSSl^. 6l
mirent la mitre blanche sur la tête. Athanase 1564. monta sur le siège des métropolitains^ reçut les félicitations du tzar^ lui donna sa bénédiction^ et pria, à haute voix , le Tout-Puissant d'accorder à Jean la santé et la victoire. Il semblait que déjà il n'osât plus parler de vertu !
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