‹ Histoire de l'empire de RussieChapitre 5 sur 45 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Suite du règne, de. J,E AN IV ^ i563 — iSôg.

Négociations et guerre avec la Pologne. — ^Transfuges russes en Pologne. — Trahison du prince André Rourbsky. — Sa correspondance avec le Tzan — Invasion des Polonais et des Tatars de Grimée. — Ambassade du grand -maître de Tordre Teutonique. — Départ mystérieux de Jean. —^Lettre du Tzar au Métropolitain et au peuple. — ^^Consternation dans Moscou. — Établissement de Vopritchnina (légion d'élus). — Seconde époque des proscriptions. — Slobode ou bourg d'Alexandrovsky, — Vie monastique de Jeafn. — Ses favoris étrangers. — Grandeur d'âme du métropolitain Philippe. — Troisième époque des meurtres. — T Peste. — Opérations militaires et négociations.

— Conseil national. — Trêve avec la Pologne. —Affaires de Suéde. — Entreprise importante du Sultan. — Désastre des Turcs. — Relations avec la Perse. — Tribut de Sibérie. — Commerce. — Ambassades d'Angleterre.

— Projet du Tzar de fuir dans ce royaume. — Le scélérat Booiélius. ^

ciaiionfct JuA trèvc que Jean avait accordée à Sigismond uPoiogJic^ n'empêchait pas les Russes et les Polonais de se

DE fiqssiE, 6$

harceler mutuellement. De legess detachemens «563. moscovites achevèrent la conquête de la principauté de Polotsk^ tandis qu'à la tête des Cosaques et des Tatars de Bielgorod, le prince Michel Vichne vetsky , général du roi de Pologne , ravagea it les districts de Tchernigof et Starodoub : enfin , le 5 décembre 1 563, les ambassadeurs de Sigismond^long-temps attendus, arrivèrent à Moscou, et , selon leur coutume, ils commencèrent par re^ vendiquer Novgorod , Pskof , indépendafnment de toutes les conquêtes de Taïèul et du père de Jean : ils portaient même leurs prétentions jusque sur celles du tzar; également fidèles à leur ancienne habitude , les boyards russes répondirent qu'afin de consolider la paix , il était nécessaire que les troupes du tzar reprissent aux Polonais, nonseulement Kief, la Yolhynie et la Podoliç^ mais encore Vilna , ancienne propriété de la Russie. Ils mirent en avant les torts , la perfidie , l'orgueil du roi qui refusait à Jean le titre de tzar et nourrissait le dessein secret de soumettre la Livonie à sa puissance, oubliant que, dès le onzième siècle , Yaroslaf-*lé-Grand avait fondé dans cette province la ville d'Yorief( Dprpat ) ; et qu'Alexandre Nevaky y avait porté le fer et la flamme, pour traiter les Allemands révoltés en sujets . rebelles et coupables. Les boyards

i963. ajoutèrent au aom du tzar : « Cet état de choses >i n'a jamais changé depuis le temps où vivaient^ w et îuon aïeul grand redresseur de torts y et » mon illustre père conquérant de nôtre antique }) patrimoine^ jusques à moi humble chrétien. » Dans la suite de là discussion on modéra néanmoins les prétentions réciproques : las Russes consentaient à ne plus faire mention de Vilna , de la Podolie et de la Volhynie : ils abandonnaient la Courlande à Sigismond^ ne se réservant que la principauté de Polotsk , espérant, par ces concessions, conclure une trêve de dix ou quinze a^is; toutefois les ambassadeurs ayant refusé de souscrire à ces conditions , Jean leur dit : (c Votre roi est le maitre de me refuser le » nom de tzar- Je ri! ai pas besoin de titres , car >y personne n^ ignore que ma dynastie descend w de César Auguste y et il est hors du pouvoir » des hommes de ravir ce que Dieu a donné* » Il est vraisemblable que Ton expliqua aux ambassadeurs une pareille généalogie, faite pour les étonner. Il est bon de savoir que les érudits du temps , pour flatter sans doute Forgueil de Jean, faisaient descendre Rurik, premier prince de Novgorod, d'un prétendu frère d'Auguste, nommé Pruss , qui , d'après eux , aurait abandonné Rome pour, venir régner sur la Prusse.

Sans entrer en explications au sujet des ancêtres i563, de Rurik^ les envoyés du roi rie voulut^ent point consentir à la cession de Polotsk et quittèrent Moscou le 9 du mois de janvier. V

Aussitôt, les voïévodes moscovites se mii^nt ise^. V. en campagne. Sorti de Polotsk, Schouïsky combina ses opérations contre la Pologne avec lés princes Sérébriainoï-Obolénsky , arrivés à Viazma, et tous reçurent du tzar Tordre de se réunir à Orscha , pour marcher ensuite sur Minsk et Novogrodok , en Pologne : il avait lui-même déterminé les campemens, tracé tous les mou-*vemens de Farmée; mais, par une singulière jEaitalité , Schouïsky j cet illustré conquérant de Dorpat, princer célèbre par ses exploits autant que par son humanité, commit la plus étonnante imprudence , comme si tout à coup il edt été aveuglé par la fortune. Il marchait, satis précautions > à la tête des troupes, dont lés armes et les bagages suivaient Farmée dans des traîneaux : point d'avant-^garde I personne qui songeât à Feonemi ! tandis que Radz:ivil, voïévode de Troïsk , campé près de'Vitebsk avec la garde du roi et Félite deâ troupes polonaises^, avait de nombreux espions et des rapports exacts sur la situation de ses ennemis. Arrivé aux ètivirons d'Arscha , dans une position resserrée et Tome IX. 5

66 HISTQIRB

iSfi^, couverte de bois, il se jette à Fimproviste sur les Russes ^ui, n'ayant le temps ni d|^ s'ariner> ni de former leurs rangs, sont défaits à Finstant. Voïévodes et soldats , tous prirent honteusement la fuite ! L'infortuné Schouïsky paya son imprudence de sa vie. Selon quelques rapports il périt d'un coup de feu à la tête et fut trouvé da^s un puits : d'autres disent qu'un paysan polonais le tua à coups de hacl^e (4)* Entre autres Qificiers de marque, les Russes perdirent les deu;x princes Siméon et Théodore Paletsky ; Iç vpïçvode Pletchtchéief , le prince Jean Okliabiliiiii furent faits prisonniers , ainsi que plusieurs epfans boyards; cependant sur vingt mille com,battons, noi^s ne perdîmes, pas deux eeqts homm^ dans ce désastre : te reste s'enfuit à Folotsk, abandonnant se$ b^^g^s et spn s^rtilkori^ entre les maii^s. djç l'ennemi* Le corps df^ Sqhouïsky fut porté en triomphe à Ylln^a. Les prisonniers furent p^és^ntés au roi , alors malade à Varsovie ; il fit chi^is^ter un Te JDeMm, et la joie lui rendit Is^ santé*

Cette victoire ne procura pas à Sigismopd les peureux résultats qu'il ^n ^tjtendait» Radzivil n'ayait point l'intention de Ijvrer bataille auj^ princes Obolen^ky y campés près d' Arscha ; il roulait seulement les faire sortir des Êtat^ du

roi ; à cet effet il expédia à Doubpoyna un cour- i564. rier polonais^ porteur de la nouyelle du désastre de Schouïsky. Ce courrier avait ordre de passer dans des lieux où il était certain de rencontrer d^s Russes : il fut enlevé et conduit aux 9 fëTrier. généraux qui, instruits de Févénement, reprirent en effet le chemin de Smolensk, mettant tout à feu et à sang pour se venger de^Tennemi. Depuis Doubrovna jusqu'à Krïtchef toutes les habitations furent dévastées, et ils traînèrent en esclavage une multitude de laboureurs. Penàant les cinq mois suivans , les deux armées restèrent dans une inaction complète : enfin , dans le courant de juillet, le prince Tokmakof , voïévode russe , à la tête de quelques troupes d'infanterie et de cavalerie , s'étant porté de Nevle sur Ozéristcha, dans l'espoir de s'emparer de cette ville , fut averti bientôt que douze mille ^^ \vLï\\et. Pol<mais, partis de Vitebsk, arrivaient au secours des assiégés : ce voïévode, connu par sa valeur, fit embarquer et partir pour Nevle l'infanterie et les bagages, et marcha, avec sa cavalerie seule , à la rencontre de l'ennemi, dont il battit l'avant -garde; mais, à l'approche du gros de l'armée polonaise, il se vit forcé de battre en retraite et fit inhumainement massacrer les prisonniers. BôutourUn, voïévode de Smolensk,

ï5<S4- qui commandait les enfans boyards > les Tatars et les M ordviens , recommença à ravager la rive droite du Dnieper , traînant à sa suite quatre mille huit cents prisonniers des deux sexes.: de leur côté , les Polonais inquiétaient par de fréquentes irruptions la province de Dorpat^ tandis que les Cosaques de Sigisraond pillaient les marchands et envoyés russes sur la routé de Moscou en Tauride : ces entreprises étaient dé peu d'importance ; mais la guerre ne tarda pas à prendre un caractère plus sérieux , et les dangers qu'elle présentait à la Russie s'augmentèrent bientôt par la trahison imprévue d'un des plus fameux voïévodçs de Jean.

Transfti- La terreur que les cruautés du tzar inspiraient enP^^^e à tous Ics Russcs , avait décidé un grand nombre d'entre eux à s'enfuir dans les pays étrangers , à l'exemple du prince Dmitri Vichnevetsky. Animé de zèle pour la gloire de sa patrie, pénétré d'amour pour son souverain tant qi^'il le vit sur le chemin de la vertu , il ne voulut pas s'exposer aux caprices d'un tyran. Il se retira auprès de Sigismond qui le reçut avec bonté , qui l'accueillit comme un ennemi de Jean, et chargea son propre médecin de le traiter d'une maladie grave que Ton regardait comme la suite d'un empoisoQuement ; mais ce brave guerrier

ne pouvait concevoir la pensée de verser le sang 1564. de ses frères ^i religion. Cédant aux secrètes sollicitations de quelques seigneurs moldaves qui l'engageaient à les délivrer d'Etienne , leur indigne hospodar^ il marcha avec une troupe de fidèles Cosaques à la conquête de nouveaux lauriers^ et se trouva victime de la perfidie. Peiv sonne n'étant venu se ranger sous ses drajpeaux^ il fut fait prisonnier par Etienne , qui l'envoya à Constantinople> où le sultan lui fit trancher la tête.

Vichnevetsky aVait été suivi en Pologne par les frères Tcherkasky , tous deux officiers distingués , menacés sans doute de la disgrâce du souverain. Il est des circonstances où la fuite ne peut pas être considérée comme une trahison ; où les lois civiles doivent céder à la puissance de la loi naturelle, qui autorise à fuir un persécuteur^ mais malheur au citoyen qui se ' venge sur sa patrie des injustices d'un tyran ! C'est pour l'historien un pénible devoir que celui Trahison de ranger un homme illustre au nombre des AndF"'**^* criminels d'État j toutefois il se doit à Fimpar- °"^ * ^' tialité. Un jeune et brave voïévode , couvert , dès Tâge le plus tendre , de glorieuses blessures; l'homine des combats y l'homme du conseil ; qui avait participé aux brillantes conquêtes dé Jean }

rjO HISTOlkc

i564. ^ëros à Toula , à Kazàn^ dans les déserts dés Bachkirs comme aux champs de la Livonie ; naguères favori, ami particulier du tzar, le p^rince André Kourbsky enfin , imprima sur son front le sceau de Tinfamié ! Jusqu'à cette époque rien n'avait souillé sa gloire aux yeux de la postérité : tout à coup le tzar , qui le considérait comme un ami des Adascheff, lui avait retiré son affection et ne cherchait que l'occasion de condamner un innocent. Ce fier voïévodé , lorsqu'il commandait à Dorpat, avait eu à supporter des reproches , des insultes diverses ; plusieurs fois il s'était entendu menacer , lorsqu'enfin il apprend que l'on prépare sa perte. Une mort honorable au milieu des combats ne pouvait effrayer son imagination ; mais , frémissant à l'idée du supplice , il expose à son épouse qu'il ne lui restait plus que deux partis à prendre y ou de mourir bientôt à ses yeux , ou d'avoir le courage de la quitter pour toujours. Cette femme généreuse répondit qu'elle était prête à sacrifier son bonheur pour sauver ks jours de son époux, et le prince, baigné de larmes , prend congé d'elle : il donne sa bénédiction à son fils , âgé de neuf ans , profite de la nuit pour sortir secrètement de sa maison , franchit les murailles de la ville, et , au moyen de deux" chevaux pré-

parés par un domestique affidé^ il arrive heu« iSCf.^ reusement à Volmar , ville occupée, par les Polonais : le voïeVode de Sigismond le reçut en ami et lui promit^ au nom de son maitjre y un rang^ une fortune dignes de lui. Avant tout > Kourbsky voulut expliquer au tzar les motifs de sa démarche hardie^ épancher la douleur^ l'indignation qui remplissaient son àme y et y cédant à l'impulsion du sentiment y il lui écrivit une lettre que son fidèle serviteur y Funique compagnon de sa fuite y se chargea de remettre lui-^néme. Il tint parole : arrivé à Moscou il trouve le tzar à l'entrée du palais et lui présente sa dépêche cachetée : « C'est y lui dit-il , de la part de mon D màitrè y maintenant exilé y le prince André » Kourbsky. » Le tzar, transporté 4e courroux, lui donne dans les jambes un coup dé son bâton ferré, et le sang coule de la blessure. Immobile, l'envoyé garde le silence , tandis qu'appuyé sur ce bâton , Jean se fait lire la lettre de Kourbsky; elle était ainsi conçue' :

« Monarque autrefois illustre, jadis béni du Corresm Seigneur, mais, pour la punition de nos pé-deKourbi- *r chés, consumé aujourd'hui dWe fureur in-uar. » femalè , corrompu jusques au fond de la côn- » science; tyran dont les plus infidèles souverains » de la terre n'offrent point de modèle, écoute-

^^i » moi ! Dans le tnmble qui boulevepse mo^ cœur

D affligé^ je dirai peu^ mais ayec l'accent de la

}} Terite. Pourquoi , au milieu d'aflTreux sup-

y> plice?, asrtu déchiré les forts dans Israël ^

» ces illustres guerriers que le ciel t'avait dont

i) nés ? Pourquoi as-tu versé leur sang précieux » . et sacré > dans les temples du Très-Haut ?

jt) N'étaient-ils pas enflammés de zèle pour leur

>) souverain , pour leur patrie ? Habile à forger

)) des calomnies j tu donnes aux fidèles le nom

n èfi traîtres, aux chrétiens celui d'enchan-

î) teurs; à tçs yeuiç Içs vertus sont dçs vices , la

» luiuière n'est que ténèbres : et eu quçi ces

>^ dignes protecteurs.de la Russie t'avaient-ils

» offensé? Ne sont-ils pasjes héros qui ont dé-

» truit les royaumes de Bâti, où nos ancêtres

)) gémissaient dans ui^ cruel esclavage,? N'ont-

)) ils pas couvert de gloire et ton «règne et ton

» nom , eu faisis^nt tomber devant toi les forte-

w teresses des Germains ? Quelle est la récom-

» pense de ces infortunés ? la mort !,.. Eh quoi!

» te croiras-tu doi;ic immortel ? N'est-il pas un

» Dieu et un tribunal suprême pour les rois ? Je

» ne détaillerai pas ici ce qu'il m'a fallu souffrir

>j de tes cruautés ; mon âme en est encore trop

n fortement navrée ; je n'ai qu'une chose à dire :

n tu m'as contraint d' abandonner la siainte R\iSn

DE RUSSIE. j5

n sie ! mom^saiig répandu pour toi crie ven- i^< » geance au Tout-Puissant ^ qui lit au fond des » cœurs. J'ai cherché à découvrir en quoi je » puis m'être rendu coupable^ soit dans mes » actions, soit dans mes pensées les plus se- M crêtes : j'ai scrupuleusement interrogé ma » conscience et j'ignore mon crime envers toi. » Jamais, sous ma conduite, tes bataillons n'ont }) tourné le dos à l'ennemi : ma gloire a re- » jailli sur toi ! Mes services ne se bornent pas )) à un ou deux ans passés dans les fatigues , n consacrés aux exploits guerriers; pendant un » grand nombre d'années j'ai souffert le besoin, }) la maladie , loin de ma mère , de mon épouse, » de ma patrie. Compte mes combats et mes » blessures ! je n'en veux pas tirer vanité, mais » Dieu sait tout : c'est à lui que je me confie , )) plein d'espoir dans l'intercession des saints et » de mon aïeul le prince Féodor de Yaroslàf.... » Adieu! nous voilà séparés pour jamais et tu )} ne me reverras plus qu'au jour du jugement » dernier; mais les pleurs des victimes innocen- » tes préparent le supplice du tyran. Crains les » morts eux;mêmes! Ceux que tu as massacrés >) sont auprès du trône du souverain juge et )} demandent vengeance; tes armées ne'te sau-^ i) veront pas : de vils flatteurs , ces indignes

y4 HISTOIRE

1^* » boyards compagnons de tes festins et de tes » débauches , corrupteurs de. ton âme , t'appor- » tent leurs enfans en sacrifice ; toutefois ils ne D te rendront pas immortel.

}) Cette lettre, arrosée de mes larmes, sera » déposée dans ma tombe; je paraîtrai avec » elle ,au jugement de Dieu. Amen ! Ecrit dani » la ville de Volmar , domaine du roi Sigismond, » mon souverain , de qui , avec Faide du Tout- » Puissant , j'espère les bontés et j'attends des H consolations dans ma douleur. »

Jean ayant écouté la lecture de cette lettre fit donner la question à celui qui Favait apportée, afin d'obtenir l'aveu de toutes les circonstances de la fuite de Kourbsjiy , de découvrir ses liai-, sons secrètes et le nom de ses partisans. Le vertueux Schibanof , dont le nom appartient à l'histoife, ùe dévoila rien; au milieu des torturés, il irisait l'éloge de son maître et se trouvait heureux de mourir pour lui. Tant de grandeur d'âme , de fermeté , de zèle et d'attachement , excitèrent la surprise de tous lès spectateurs ; le tzar lui-même en témoigna son admiration dans sa lettre à l'exilé; car, agité par la colère, troublé par l'inquiétude de sa conscience , il répondit sur-le-champ à Kourbsky :

H Au nom de Dieu tout - puissant , écrit-il ,

DE RUSSIE.* jS

» au nom de ce Dieu ^ maître de notre existence ~i^4< » et de nos actions ^ par lequel les rois régnent )) et les puissans parlent^ réponse humble et » chrétienne à l'ex-boy ard russe y notre conseilleur » et Toïévode, prince André Kourbsky, qui » forma le projet de devenir souverain d*Ya^ n roslavle-^^**

j) Pourquoi, malheureux, veux-tu perdre ton ' » âme comme un traître, en sauvant par la » fuite un corps périssable? Si tu es vraiment » juste et vertueux, pourquoi n'avoir pas voulu » mourir par les ordres de ton maître , et mé- » riter ainsi la couronne du martyre? Qu'est-ce » que la vie ? Que sont les richesses et les gran- » deurs humaines? Ombre et vanité ! Heureux >i celui à qui la mort peut procurer le salut de » Fâme I La conduite de ton esclave Schibanof » doit te faire rougir; il a conservé sa vertu » devant nous et nos sujets. Fidèle à ses ser- » mens il n'a point trahi son maître aux portes » du tombeau, et toi, pour un seul mbt qu'exhala » mon courroux, tu attires la malédiction due » aux traîtres non-seulement sur toi, mais en- M core sur l'âme de tes ancêtres : car ils ont » juré à mon illustre aïeul de nous servir avec » fidélité, eux et tous leurs descendans.

» J'ai lu ta lettre et j'en ai compris les exprès-

yÔ * HISTOIRE

i5(54. » sion$. Le yenin de Faspic est dans la bouche » du parjure j ses paroles sont autant de traits » empoisonnes. Tu te plains des persécutions » que je t-ai fait éprouver; mais tu ne serais » pas maintenant auprès de notre ennemi, isi je » n'avais pas été trop clément enters vous tous , )i ingrats que vous êtes ! Il est vrai que je t'ai

» quelquefois puni de tes- fautes JeFai fait

» toujours avec ménagement et en ami y tandis » que je t'accordais d'éclatantes récompenses. » Tu étais si jeune encore , voïévode et conseiller » du tzar , comblé d'honneurs et de richesses. » Rappelle à ta mémoire le souvenir de ton père ; » il vivait sous la protection du prince Michel » Koubensky ! Tu te glorifies d'avoir versé ton » sang dans les batailles; mais tu n'as fait que » payer ta dette à la patrie ; et d'ailleurs est- » elle donc si grande la gloire de tes exploits ? » Lorsque le khan fuyait de Toula, vous étiez » rassemblés à un festin chez le prince Temkin )è et vous aviez laissé à l'ennemi le temps de » rentrer dans ses déserts. ANevle, vous aviez » plus de 1 5,000 hommes sous vos ordres et » vous n'avez pu défaire 4>ooo Polonais! Tu » parles des royaumes de Bâti dont vous avez » fait la conquête ; sans doute tu entends par là » le royaume de Kazan , car tes yeux n'ont pas

» aperçu Astrakhan ; que d'efforts nous »-t-il 1564. » ÊiUu feire pour vous mener à la victoire? Non- » seulement vous refusiez de me suivre > mais » vous refix)idissiez encore, par vos discours )) insensés 9 le zèle de vos compagnons d'armes. » Lorsque sous les murs de Kazan , la tempête » eut dispersé nos vaisseaux y englouti nos mu- » nitions y vous vouliez fuir comme des lâches ; » vous demandiez une bataille décisive qui pou- » vaît compromettre le sort de l'armée , sans » autre but que celui de retourner- au plus tôt i) dans vos palais , ou vainqueurs ou vaincus. » Que faisiez-vous lorsque Dieu nous donnait ».une ville? Vous vous occupiez du pillage! » Pouvez-vous aussi vous vanter de la conquête » de la Livonie? A cette époque tu vivais transi quillement à Pskof et nous t'avons donné sept » fois, ainsi qu'au prince Schouïsky , l'ordre » de marcher contre les Allemands. A la vérité, » iptous avez pris alors plus de cinquante villes » avec un petit noiùbre de troupes; dis-le-moi, n ces avantages sont-ils dus à vos talens ou à » votre valeur? Non, vous les avez obtenus » seulement par l'exécution, bien que tardive, » de mes propres plans. Quels sont vos opéra- » tions ultérieures avec votre sage , votre pru- » dent Alexis Adaschef , qui commandait une.

jS HISTOIRE

"564. » armée nombreuse? A peine ave&-vous pu vous » emparer de Fellin ! Vous tous êtes retirés de » Yeissenstin ! Sans votre insubordinatkm ^ la » Livonie serait depuis long-temps en notre » pouvoir. Vous avez vaincu malgré vous , agis- » sant comme des esclaves dirigés par la con- » trainte.

» Vous avez, dites -vous, versé votre sang » pour moi ; mais que de sueurs, que de larmes » m'a coûté votre insubordination ? Qu'était la » patrie pendant votre règne et notre minorité ? » Un vaste désert de POrient à l'Occident U..*. » Après vous avoir soumis, j'ai élevé des villes » et des bourgs dans les lieux où erraient na^ » guères les bétes féroces. Malheur à la maison }} gouvernée pat* une femme ! Malheur à un État » gouverné par plusieurs maîtres ! César Auguste )) commandait à l'univers , parce que personne » ne partageait sa puissance. Byzance tomba » aussitôt que les empereurs commencèrent à » écouter les éparques, les inoines et les prê- » très, frères de votre Sylvestre. »

Jean détaille ici , contre ses favoris, des griefs déjà connus du lecteur et continue ainsi :

« Ce que tu dis de mes cruautés prétendues » est un impudent mensonge; je ne fais pas w périr les puissans d'Israël ; je n'arrose point

» de leur sang les temples du Seigneur. Les i564« » puissans^ les hommes vertueux vivent et sont » à mon service. Je sévis conti^e les traîtres » seuls ; mais dans quels lieux tes épàrgne-t-on? » G)nstantin-le-Grand n'a-fr-il pas sacrifié son » propre fils? Combien de chrétiens ton ancêtre » le prince Féodor n'a-t-il pas massacrés dans » Smolensk? Sans doute j'ai infligé beaucoup » de châtimeps , et ce pénible devoir a déchiré » mop cœur ; cependant tout le monde sait que D le nombre des trahisons est plus considérable » encore. Interroge les marchands étrangers qui » arrivent dans mes États ; ik te diront que tes » protecteurs sont des scélérats reconnus, que » la Russie ne pouvait plus supporter : et qui w sont-ils ces protecteurs de la patrie ? Des Saints » ou bien des dieux comme Jupiter, Apollon? }) Jusqu'à présent les souverains de Russie ont » été libres et indépendans : ils ont r^ompeûsé » ou puni leurs sujets , selon leur bon plaisir et » sans en rendre compte à qui que ce soit ; ja- » mais cet ordre de choses ne changera. Je ne >i suis plus un enfant : j'ai besoin de la grâce » de Dieu, de la protection de la Vierge Marie » et de tous les Saints , mais je ne demande >i point de leçons aux hommes. Gloire au Tout« >) Puissant ILa Russie prospère, n^s boyards

8o RISTOiRË

i564. » vivent dans la paix et la concorde; il n^y a » que VOS amis , vos conseillers qui machinent >) dans les ténèbres . , .

)) Tu me menaces du jugement du Christ dans » Fautre monde : crois^tu donc que la puissance » divine ne re'git pas également celui-ci ? Voilà » une hérésie manichéenne ! Selon vous , Dieu » règne aux Cieux, Satan dans les enfers et les » hommes sur là terre. Erreur! mensonge! La » puissance du Seignfeur s^étend partout, dans » cette yie et dans Fautre. Tu m'annonces que » je ne verrai plus ta face éthiopienne : ô ciel ! » quelle infortune pour moi !....( Tu entoures le » trône du Très-Haut <}e ceux que j'ai fait périr î » nouvelle hérésie ! Personne y a dit Fapôtre , ^ » ne peut voir Dieu. Oui , enferme ta lettre dans » ton cercueil , tu prouveras par là que la der- » nière étincelle du christianisme est éteinte » daïis ton cdeur , car un bon chrétien meurt en » aimant ^ en pardonnant , et non pas avec des » sentimens de haine.

)i Pour comble ^e trahison tu prétends que D Volmar, ville de Livonie, est un domaine du » roi Sigismond', et tu attends Feffet des bontés » de ce prince ," après avoir abandonné ton lé- » gitime souverain , -le maître que Dieu t'avait » donné , pour en choisir un meilleur. Ton grand

» roi est Fesclave des esclaves ; est-il donc éton- 1S64. » nant qu'il soit loué par des esclaves? Mais je » me tais, car Salomon de'fend de perdre ses » paroles avec des insensés et je te considère » comme tel. Écrit dans notre résidence de » Moscou, en grande Russie, le 5 du mois de » juillet. Fan du monde 7,072. m

Cette lettre , remplie de citations de Fancién et du nouveau Testament , de témoignages histori- . ques , d'interprétations théolqgiques et d'irohie$ grossières, forme un livre entier dans Foriginal. Kourbsky y répondit avec mépris , reprocliant au tzar Foubli de la dignité souveraine qu'il i^avalait par des propos injurieux, par un mélange indécent de la parole divine avec un tissu de mensonges et de calomnies : « Je suis innocent » et je gémis dans Vexil^ lui écrivit-il; les gens » vertueux seuls plaignent mon sort , ainsi je M n^ai rien à espérer de toi ; attendons/ le temps » de la vérité rlest pas éloigné. » *

Jusqu'ici nous n'avons à reprocher au fugitif que r^p^^^^ de ses plaintes, et le sacrifice d'un bon, d'un fidèle serviteur au plaisir de la vengeance, à la satisfaction de tourmenter son tyran par un langage hardi : au moins rien ne nous le montre encore comme criminel d'État , car nous n^ pouvons ajouter f6i à l'accusation qui lui

Page 1