Tome IX. iS
i564. suppose le désir de devenir souverain d^Yaroslqf^ mais bientôt, emporté par la passion , cet homme infortui;ié perdit , avec Favantage du bon droit , la Conscience de sa vertu , conso* lation si précieuse dans le malheur! Il pouvait, sans crime comme sans remords, chercher dans la Pologne même un refuge contre son persécuteur : malheureusement , ses ressentimens Fçnîralnèrent, et il se joignit aux ennemis de sa patrie ! Favorablement accueilli par Sigismond, gui lui donna en toute propriété le riche fief de Rovel , il livra à ce prince son âme et son honneur ; il lui prodigua des conseils dont Fex^ cution devait causer la ruine de la Russie, lui reprochant sa faiblesse , mettant tout en œuvré pour lui persuader d'agir avec plus de résolution, de nç point ménager son trésor à Feffet Invasion d'exciter le khan contre le tzar. Bientôt on apnais tiàês p^it à Moscou que 70,000 hommes , Polonais , Crimée. ^Lithuaniens, Prussiens, Allemands, Hongrois, Valaques, marchaient surPolotsk, commandés par le traître Kourbsky , tandis que Devlet- Ghireï, à la tête de 60,000 .brigands, avait pénétré dans la province de Rezan.
Cette dernière nouvelle causa au tzar une pénible surprise; elle It^i parvint au moment où il se rendait en pèlerinage à Souzdal, attendant,
d'an jour à Fautre, un nouveau traite du khan : iSSi. car ceiuî-ci lui avait promis paix et alliance. En effet l'acte était prépare', et déjà Nagoï, ambassadeur russe, se disposait à quitter la Tauride, lorsque For de ^igismond vint tout changer. Aussitôt Devlet-Ghireï se précipite sur la Russie qu'il supposait sans défense, le roi lui ayant écrit que Jean se trouvait, avec toutes ses troupes, sur les frontières de la Livonie. Il est vrai que , trompé par les assurances amicales du khan, le tzar avait licencié Farmée d'Ukraine, de sorte que Rezan, assiégée par Devlet-Ghireï, n'avait pour résister à ses attaques que le courage de ses propres citoyens. Cette ville dut son salut à l'héroïsme du boyard Alexis Basmanof et de son fils Féodor, favoris de Jean, qui se trouvaient alors dans leurs riches domaines, sur les rives de FOka. Les premiers, ils donnèrent avis de l'invasion de l'ennemi, prirent les armes, et, à la tête de leurs gens, mirent en déroute plusieurs détachemens tatars : ensuite ils se jetèrent dans Rézan , dont les antiques murailles tombaient en ruines, mais où leur zèle, leur intrépidité, secondée par les exhortations de Févêque Philotée , enflammèrent les habitans d'un courage extraordinaire. Le jour, la nuit, les Tatars tentaient de continuels autant qu'inutiles
i^v assauts ; leurs cadavres étaient entasses au pied des remparts et Fartillerie de la ville portait le ravage jusque dans leur camp. Devlet-Ghireï apprit bientôt que le tzar e'tait à Moscou ; que déjà le voïëvode Fe'odorof et Yakovlef , à la tête de sa garde ^ campaient sur les bords de l'Oka ^ oii de nouvelles trompes de Mikliaïlof et de Didilof devaient les joindre; enfin que d'audacieux partisans russes battaient ses détachemens et s^approchaient même du gros de son armée ; de sorte que, sans attendre les Ta tars détachés pour incendier le pays aux environs de VOka. et de la Vojà, il fit une retraite plus rapide encore que son invasion. On ne jugea pas à propos de le poursuivre : Mamaï , un des plus distingués parmi' les princes de sa nation, ayant voulu piller les villages situés près de Pronsk, fut fait prisonnier avec 5oo hommes : il en resta plus de 3,000 sur le champ de bataille, et, six jours après, le pays, débarrassé des Tatars, était rendu à la tranquillité. Jean, qui avait laissé la tzarine avec ses enfans dans le bourg d'Alexandrovsky, était sur le point de quitter sa capitale pour se rendre, en personne à Farmée, lorsqu'un courrier des Basmanof vint lui annoncer la fuite de l'ennemi. La gloire personnelle de ses deux favoris ajoutait encore à sa
joie, et il leur envoya sur-le-champ des mé^ i564. ^ dailles d'or.
Toute Tattention du tzar se porta dès lors sur Polotsk, où les armées russes obtenaient également de brillans succès , à la honte du traître Kourbsky et dii fier Radzivil, principal voïévode de Sigismond. Us avaient établi leur camp à deux verstes de la ville, entre la Dvina et la Polota , espérant s'en rendre maîtres par Peffet de la crainte ou de la trahison ; mais le prince Tchéniatef, voïévode de Polotsk, répondit à leurs propositions par des décharges d'artillerie, tandis que Siméon , ex-tzar de Kazan , les princes Pronsky et Obolensky , s'avançaient de Veliki- Louki sur les derrières de Tenriemi ; car , prévoyant l'effet des conseils de Kourbsky, le tzar avait eu soin de renforcer ses troupes sur cette frontière. Par une suite ordinaire'* de la destinée des traîtres, Kourbsky n'inspirait aucune confiance à Radzivil , et, méprisant ses avis, celui-ci redoutait une bataille dans laquelle il pouvait se trouver pris entre deux feux. Il resta donc dixsept jours dans l'inaction, perdant beaucoup de monde sous les batteries de la ville, et le 4 octobre il repassa la Dvina pour aller camper sur le territoire lithuanien : d'un autre côté, les voïé- 6Novemi>, vodes moscovites , après avoir chassé les Polo-
2564. nais^ enlevèrent Ozeritchë à Fassaut^ sms qiie Fillnstre vainqueur de Schouïsky fit le plus léger mouvement 'pour sauver cette forteresse importante. Dans le cours du même automne^ le prince Prosorovsky repoussa les troupes ennemies des environs de Tchernigof, et mérita la faveur du tzar en s'emparant de l'étendard de S^pieha , seigneur Polonais. Kourbsky à la tête de i5,ooo Caréliens entra, pendant Fhi ver, dans la province de Veliki-Louki ; ses opérations militaires se bornèrent à ravager les villages et les monastères. (( C^la s^ est fait contre jna volonté y écri- » vit- il au tzar, il m^a été impossible c£ arrêter » une soldatesque avide. J* ai, porté la guerre » dans ma patrie ^ atnsi que Datfid^ persécuté » par Saiily en répandit les maux sur la terre n d'Israël, n Les entreprises des généraux polonais contre * la provhice de Livonie entraient aussi dans les dispositions générales du roi , qui , pour fecilitér les succès du khan et ceux de Radzivil, avait donné au prince Poloubensky^ ainsi qu'à d'autres voïévodes , l'ordre de se porter sur Màrienr bourg , Dorpat , et la province de Pskof. II. y eut plusieurs affaires assez sérieuses , dans lesquelles les pertes et les avantages fiirent balancés. Un jour le valeureux Vechniakof> voïévode
moscovite 9 défit Fennemi : une autre fois le i564. prince Jean Schouïsky et Schérëmëtief le jeune eédèrent le champ de bataille aux Polonais ; mais ceux-ci ne purent ni s'emparer de Krasnoï^ ni défendre les environs de Schmillen, Venden, Volmar, Ronnebourg: le brave Boutourlin enleva de ces diverses villes 5^200 prisonniers, exploit que le t^ar récompensa . par une médaille d'or*
Les forces polonaises se trouvaient divisées. Le roi en avait dirigé une partie contre les Russes etFautre contre les Suédois, car ceux-ci Fattaquaient par terre , tandis que leur flotte faisait la guerre aux Danois, se déchirant entre eux pour la malheureuse province de Livonie. Jean, qui se regardait comme seul et légitime souterain de ce pays , éprouvait une secrète joie de leurs divisions et riait des efforts de ces différentes puissances : il espérait même «attiser en- Ambatcore le feu de cette guerre, et trouver dansgîand-" VolfgandV grand-maitre de Fordre Teutônique , roîdrc un nouveau frère d'armes contre Sigismond. Cet que/"*' ordre, anéanti en Prusse, avait été rétabli en Allemagne, plutôt dans ses titres et cérémonies , que sous le rapport de son esprit et de son caraîctère. Volfgand écrivit au tzar que , soutenu par tes troupes de Fempereur , il pouvait faire la con-
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i564, quête de la Prusse j quHl désirait F^Uiance de la Russie , afin d'attaquer Sigismond avec leurs forces réunies^ et que, pour ces uégociatious , il envoyait des ambassadeurs à Moscou. En effet , dans le mois de septembre i564, ceux-ci y arrivèrent y porteurs des lettres de l'empereur Ferdinand et du grand maître ; néanmoins leur con- 1 tçnu n'avait pour but que d'implorer la liberté de Fùrstemberg, ce vieillard retenu en captivité, et ne parlait ni d'alliance, ni de guerre. Le tzar, peu satisfait, répondit avec hittneur que le grand-maitre changeait d'idée d'un jour, à l'autre ; qu'il voulait bien accorder Riga et Venden à Fùrstemberg, dans le cas où Volfgand reprendrait qes villes à Sigismond; enfin que l'empereur lui ayant écrit par des envoyés étrangers, au lieu de lui adresser directement des ambassadeurs , n'obtiendrait de lui aucune réponse.
Ainsi Is^ trahison de Ko^irbsky et les projets de Sigismond pour ' ébranler le trône de Russie n'eurent d'autre résultat qu'une alarme mo-
D<fç?ri mentanée dans Moscou. Mais le cœur de Jean ricux de était cu proic à de vives inquiétudes , qui ne lui laissaieiil; aucun calme : de jour en jour son courroux s'enflammait davantage; de noirs soupçons l'agitaient sans cesse, et tous les seigneurs yertueux lui paraissaient autant d'ennemis se-
crête, partisans de Kourbsky. La tristesse de ^^ileurs regards semblait lui cacher de perfides projets. Sa conscience coupable lui faisait interpréter leur silence même comme des menaces ou des reproches; en un mot, il voulait des accusations et se plaignait d'en recevoir trop peu. Les délateurs les plus audacieux ne faisaient qu'irriter en lui la soif du sang ; cependant il semblait qu'une main invisible suspendit les effets de sa cruauté' ,• le tyran frémissait à l'aspect des victimes qu'il avait devant lui : il s'étonnait de les voir exister encore et ne cherchait qu'un prétexte à de nouvelles horreurs. Tout à coup , à l'entrée de l'hiver de 1 564 9 1^ bruit se répand dans Moscou que, sans faire connaître le but de soù voyage, le tzar allait partir, accompagné de sa famille, de ses gentilshommes, de ses gens de robe et de guerre, convoqués à cet effet des villes les plus éloignées, avec leurs femmes et leurs enfans (5). Le 3 décembre on voit arriver, de grand matin , sur la place du Kremlin, quantité de traîneaux dans lesquels on transporte aussitôt de l'or, de l'argent , des images, des croix, des vases précieux, des vêtemens, de la monnaie, etc. Le tzar se rend à l'église de l'Assomption, où il était attendu par le clergé et les boyards ; il ordonne au métropoli-
go HiSTOIAB
»564. tain de célébrer Toffice, prie avec ferveur, reçoit la béuëdiction d'Âthanase ^t présente gracieusement sa main à baiser aux boyards , aux officiers et aux marchands. Ensuite il monte en traîneau avec la tzarine et ses deux fils , ainsi qu'Alexis Basmanof, Michel Soltikof,Viazemsky, Tche rbatof et d'autres fovorîs; puis^ escorté par im régiment de cavalerie, il part pour le village de Kolomensky : le mauvais état des chemins le força à s'y arrêter quinze jours , car à la suite d'un dégel extraordinaire et de fortes pluies, la débâcle des rivières s'était opérée. Le 17 dé^ cembre le tzar, suivi de tous ses bagages , se fit conduire dans le bourg de Taïninsky , de là au monastère de Troïtsky, et enfin il arriva , pour la fête de Noël, à la Slobode Alexandrovsky. Indépendamment du métropolitain , il se trouvait à Moscou un grand nombre d'évêques , ignorant , ainsi que les boyards et le peuple , ce que signifiait ce voyage insolite et mystérieux du souverain; ils se livraient à l'inquiétude, à la frayeur, et s'attendaient à quelque sinistre événement : un mois s'écoula de la sorte.
i565. Le 5 janvier, l'officier Poli vahof apporta au Jean au * métropolitain une lettre du tzar , dans laquelle tei^ci^au ce prince détaillait les séditions , les désordres , ^^^** les crimes du gouvernement des boyaixls, pen-
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dant sa minorité. Il cherchait à prouver qu'à cette époque, les grands et les dépositaires du pouToir avaient dilapidé le trésor public, les terres et les fiefs.de la couronne, ne-songeant qu'à s'enrichir sans s'occuper du sort de la patrie, et que, toujours animés du même esprit, urs de leurs criminelles intrït que les voïévodes refusaient irétiens, s'éloignaient du serit la Russie aux dévastations oloDais et des Allemands; » et » lorsque, ajoutait-il, prenant l'équité pour M gaide, je témoigne mon ressentiment à ces » fonctionnaires indignes , le métropolitain et » le cierge prennent la défense des coupables , » pour nous déplaire et nous importuner : en » conséquence , ne voulant plus supporter vos » perfidies , le cœur cruellement ulcéré , nous » avons abandonné le gouvernement de l'État et « sommes parti-pour suivre le chemin que nous » indiquera la Providence. » Les secrétaires Mikhaïlof et Vassilief lurent à haute voix, devant le peuple assemblé , une autre lettre adressée aux marchands et aux bourgeois. Le tzar y donnait aux bons Moscovites l'assurance de sa bienveillance, et terminait en disant que son mécontentement et sa colère n'avaient pas le peuple pour objet.
i565. A cette nouvelle une consternation générale nation gë- se répandit dans Moscou^ car Tanarchi^ padans Mos- raissait plus terrible encore que la tyrannie, (c Le tzar nous a abandonnés ! s'écriaient les » habitans , nous sommes perdus ! qui nous dér » fendra contre les attaques des étrangers ? » Comment les brebis pourraient^ elles rester » sans pasteur? » Le clergé, les boyards, les grands officiers, les employés des tribunaux, supplièrent le métropolitain de tout employer pour fléchir le tzar, (x Qu'il punisse, disait-on » d'une voix unanime, qu'il punisse les sédi- » tieux et les conspirateurs ! n'a-t-il pas sur » nous droit de vie et de mort ? Mais l'Etat ne » peut rester sans chef! il est notre souverain » légitime, celui que Dieu nous a donné; nous » n'en reconnaissons pas d'autre. Nous vous sui- » vrons tous ; noua lui porterons nos têtes; nous » nous prosternerons devant lui^ la face contre » terre y nous le toucherons par nos larmes. » Les marchands, les bourgeois tenaient les mêmes discours, auxquels ils ajoutaient encore : (( que le » tzar nous désigne ceux qui le trahissent, nous n en ferons justice nous-mêmes. » Le métropolitain était décidé à partir sur-le-champ pour se , rendre auprès du tzar; les membres du conseil furent d'avis que, dans un pareil moment, le chef
de FÉglise ne devait pas abandonner la capi- «565. taie livrée à un trouble inexprimable. Les affaires étaient suspendues^ les tribunaux, les boutiques, les corps de garde se trouvaient aban-» donnés et déserts. On choisit pour principaux ambassadeurs Pimen , archevêque de Novgorod , et Levky , archimandrite de Tchoudof. Us furent suivis par tous les autres évêques, et bientôt Ton vit partir aussi les princes Dmitri Belzky et Mstislavsky, tous les boyards, les grands officiers, les gentilshommes, les employés de la justice, qui se mirent en route en sortant du palais métropolitain sans prendre le temps de rentrer chez eux. Ils étaient accompagnés d'un grand iiombre de marchands et de gens du peuple , qui allaient comme eux pour se proster* ner aux pieds du souverain et le fléchir par leurs larmes*
Les prélats s'arrêtèrent à Slotina, d'où ils envoyèrent quelqu'un à Jean pour se faire annoncer. Il les fit escorter par ses gardes jusqu'au bourg d'Alexandrovsky^ et, le 5 janvier, il les reçut dans son palais. Après avoir béni le tzar, au nom du métropolitain, les évêques le supplièrent , les larmes aux yeux , de rendre ses bonnes grâces aux Moscovites , de reprendre le timon de FEtat, de régner et d'agir selon son
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i565, bon plaisir; ils lui demandèrent enfin d'ac«» cepter les hommages que les boyards venaient rendre à leur souverain. Alors on fit entrer ceuxci qui, pénétrés c^une semblable émotion > employèrent la même énergie pour conjurer le tzar d'avoir pitié de la Russie > agrandie par ses victoires , ses sages institutions, célèbre par la valeur de ses peuples nombreux, riche des trésors de la nature, plus illustre encore par sa piété. Les dignitaires ecclésiastiques et civils lui disaient à la fois: « Si vous méprisez les gran- » deurs et les vanités de ce monde , souvenez- » vous au moins qu'en quittant Moscou , vous » abandonnez ces temples sacrés où se sont ac- » complis sur vous les miracles de la gloire )) divine; où reposent les reliques des Saints : » n'oubliez pas que vous êtes non- seulement » le pasteur de l'Etat, mais encore celui de » l'Eglise, le.premier monarque de l'orthodoxie! » Si vous vous éloignez , qui conservera la vérité » et la pureté de notre religion? Qui sauvera des )} millions d'âmes de la damnation éternelle ? » Le tzar leur répondit avec son abonda'nce accoutumée. Il répéta aux boyards ses reproches ordinaires sur leur insubordination , leur négligence, leur esprit de révolte; après quelques citations historiques, il démontra que, de tout
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temps , ils avaient été Tunique cause de Teffu- i565. sion du sang et des guerres civiles en Russie ^ toujours ennemis des légitimes successeurs de Monomaque; enfin ^ leur adressant une accusation nouvelle, il pre'tendit qu'ils avaient voulu le faire périr , lui , son épouse et son fils.... Les boyards gardaient un profond silence. «'Mais, » ajouta-t-il, par égard pour mon père, le mé- » tropolitain Âtkanase, par considération pour » vous, vénérables intercesseurs, archevêques » et évêques, je veux bien consentir d reprendre » mon sceptre , sous des conditions que je vous » ferai connaître. » Ces conditions étaient que Jean serait entièrement libre de châtier les traîtres , par la disgrâce , par la mort, par la confiscation de leurs biens, sans avoir à supporter ni représentations, ni importunités de la part du clergé. Dans ce peu de mots, Jean venait de prononcer la sentence d\in grand nonxbre de ces mêmes boyards qui se trouvaient en sa présence; toutefois aucun d'eux ne semblait songer à sa vie., absorbes qu'ils étaient par le désir de ren- <lre le souverain à l'État ; à travers des larmes de joie et des bénédictions on entendait les seigneurs et le clergé vanter l'excessive bonté de Jean , bien que par cette décision il enlevât aux ecclésiastiques le droit antique et sacré d'inter-
«566. céder pour les innocens et même en faveur des coupables , encore dignes de clémence. Ce despote menaçant, comme s'il eût été touché de la soumission des victimes qu'il venait de dévouer, ordonna aux évêcjues de célébrer avec lui la fête de TEpiphanie. Il retint dans la Slobo4e les princes Belzky et Tchéniatef , laissant retourner à Moscou les autres boyards ou fonctionnaires , afin de ne point interrompre le cours des affaires. La capitale impatiente attendit long-temps le retour du tzar : il s'occupait, disait-on, avec ses courtisans , d'une affaire secrète que l'on tremblait de deviner. Enfin, le 2 février, il fit son entrée solennelle; et, dès le lendemain^ il convoqua le clergé , les boyards , tous les nobles et les magistrats : son aspect excita dans l'assemblée un profond étonnement. Nous allons décrire ici l'extérieur de Jean IV : ce prince, grand, bien fait, avait les épaules hautes, les bras musculeux, la poitrine large, de beaux cheveux, de longues moustaches, le nez aquilin; de petits yeux gris, mais brillans, pleins de feu, et au total une physionomie quL avait eu autrefois de l'agrément (6). A cette époque il était tellement changé, qu'à peine on pouvait le recou- Tiaitre. Une sombre férocité se peignait dans ses traits déformés. Il avait l'œil éteint, il était
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presque cKauve , et il ne lui'' restait |Aus qttè »«^ quelques poils à la. barbe (7)^ inexplicable eflfet de la fureur ^i <iéTôrait $on âme i Âprè$ une nouvelle ënumëration des fautes aommise^ par les boyards 9 il répéta son consentemëut à gar^der la couronne ,6'ëtendit longuement sur l'obligation imposée aux pritM^es de biiii&tenir fe tranquillité dans leurs États et ^e prendre^ ii cet effet, toutes les miesures qu'ils jugent convena* blés ; sur le néant de la vie humaioe , la nécessité de porter ses regards, au-<deià idn tombeau ; enfin it proposa l'ctablissement de Vapritchni-* éuWîsna (a) y nom jusqu'alors iiM^onnu (8). Jean dit à K)^teb-^ l'assemblée que pour sa ^x)pre •sûreté, autant que pour celle <ie l'Empire, il voulait Forîner auprès 4e «a persimne une garde particutièvei Cette idée n'étonna personne , on o^tmaissait êk méfiance, ses craintes, inséparables^ d'u»^ ccfn^ science coupable ; mais on était surpris des circonstances et de • Inorganisation d'un établis;^'' ment dent les résultats firent de nouveau trem-^ bler la Russie.
I*. Le t«ar déclara ^ue les villes de Mojaïsk, Viaerna^ Kocelsk, Péremyclile , fiélef, Likhvin ,' Yaroslavetz , Soùkliodrovi , Medin , Souzdàl ,
(a) <S^i'-k'àke'JégM€n dléius, >