‹ Histoire de l'empire de RussieChapitre 8 sur 45 · H4 HISTOIRE · texte numérisé non relu

H4 HISTOIRE

iSQn. trateur zélé de cette ile jusqu!alors inaccessible et sauvage^ éclaircissant les forêts, perçant des chemins y desséchant les marais ; il y introduisit des cerfs, du bétail , e'tablit des pêcheries, des salines^ en un^iot employa tous ses moyens à embellir ce désert. Un air plus salubre tempera bientôt l'âpretë du climat. Cest dans le couvent de Solovky que Timmortel Sylvestre , aimé , respecté de Philippe, avait terminé sa carrière (25). Il est vraisemblable que le déplorable changement de caractère du tzar avait été plus d'une fois le triste objet de leurs entretiens, et que Texilé avait ouvert au prieur son âme, autrefois charmée de la conversion du jeune prince, heureuse de la tranquillité , du boiih^r de FEtat. Ces eun tretiens avaient pu préparer Philippe au grand exploit qui lui était réservé , bieii que ce pieux anachorète, retiré à l'extrémité de l'univers, fîiitloin de pressentir une semblable gloire. Personne ne songeait à lui, à rexception de Jean qui , après avoir rejeté Germain , imagina de donner la métropole à Philippe, de préférence à tous les évêques ou archimandrites , afin de témoigner par là le prix qu'il mettait aux vertus chrétiennes , afin de prouver que les déserts les plus reculés ne les. dérobaient point à ses yeux. Le prieur de Soloyky ayant reçu du tzar une

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lettre flatteuse qui l'appelait à Moscou^ pour i5G6. 1^72 conseil ecclésiastique > célébra l'office dirm ^ donna la communion à tous ses frères^ et. quitta ^ en pleurant, sa solitude chérie, comme s'il eût prévu que son corps seul y retournerait i^n jour. A trois verstes de Novgorod, il fut accueilli par tous les habitans de cette ancienne capitale qui le comblèrent de félicitations, de présens, et le supplièrent d'intercéder pour eux auprès du tzar, car le bruit avait couru qu'il les menaçait de sa colère. Jean reçut Philippe avec des honneurs extraordinaires : il le fit diner à sa table , et après un entretien rempli de bienveillance, il lui annonça qu'il le nommait chef de l'Église. Le pieux solitaire, saisi d'ét<mnement , fondit en larmes et refusa ce brillant fardeau , conjurant le souverain de ne pas confier un poids si énorme à une aussi faible barque ;le tzar fut inflexible. Alors Philippe donna son consentement sous une condition. Prince j lui dit-il^ Je me soumets à votre volonté^ mais calmez ma conscience par la suppression dé Vopritchnina ! Qu^il n'y ait qu^une Russie! car y selon lès paroles du Très^ JFfauty tout empire dipisé deviendra désert. Il m^est impossible de vous bénir sincèrement lorsque je vois la patrie en deuil* Jean, avait de l'empire sur lui-même : il réprima à l'instant, un

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I jW6. qiouyement de colère , et répondit avec calme : STgnorez^pous donc que les miens veulent me dé^ vorer? que mes proches préparent ma perte? U commença à démontrer la nëcesskë de sa noU'* yelle institution; mais itnpatienté bientôt par les courageuses objections du vieillard^ il lui ordonna de se taire* Chacun pensa que Philippe serait^ comm^ Germain^ ignominieusement éloigné. On vit le contraire. Jean ne voulait point encore lui donner la gloire d'être persécuté pour m vertu ; il désirait seulement l'engager au silence , le faire paraître faible aux yeux de la Russie^ et le rendre, pour ainsi dire, complice des {»*incipes de son règne , projet dans Fexécution duquel les principaux prélats lui servirent d'instrumens. D'après ses ordres, ils supplia rent Philippe d'accepter, Sans conditions, la dignité de métropolitain ; de ne songer qu'au bien de l'Église, et , au lieu d'irriter le monarque par son audace, de calmer, au contraire, S(m courroux ; d'employer la douceur pour le convertir* Ils prétendaient que , dans cett^ occasion, la ftrmeté de Philippe serait la preuvfe d'un orgueil incompatible avec l'esprit d'un véritable serviteur de Jésus-Christ; le devoir d'un prélat élant "de prier e^ de guider le t^ar sur la voie du nliît , mats non pas de s^ingérer des affaires du

gouyeroement. Plusieurs 4'eiitre eux approu** iSto. Taient intérieurement la hardiesse de Philippe y saps la posséder euxTmêmes ; d'autres y particu** lièremeut Pimen de Novgorod et Philothée de Rezan y ambitionnant les honneurs du monde y flattaient les passions de Jean. Leurs, représentations ébranlèrent Philippe : il n'était pas plus intimidé par la colère du tzar^ qu'ébloui par l'éclat de la tiare ^ comme la suite Fa prourë; mais il fut troublé peut-être par la crainte que le refus de cette haute dignité ne fÀt eu effet la suggestion d'un secivet orgueil, une coupable obstination , im manque de confiance en celui qui règne sur les rois et ne leur permet pas d'outrepasser les limites de ses décrets suprêmes » dictés sans doute par la sagesse^ bien qu'inexplicables pour l'esprit humain. U répondit en conséquence : Que la polonté du monarque ei dea pasteur^ d$ l^ Église ^U accomplie.

On dressa un acte dans lequel il fut stipula que le métropolitain nouvellement élu donnait aux évéques y ainsi qu'aux archevêques y l'assu^ rance formelle de ne se mêler en rien de ce qui concernait Y opritchnina ^ de ne pas abandonner la métropole cous prétextç que le tzar n'avait pas satisfait à ses demandes et lui avait défendu de s'occuper des affaires séculières. Les prélats

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I Sec. ayant apposé leurs sceaux à ce traité , Philippe , rennemi déclaré des légionnaires, fîit proclamé métropolitain , nomination qui excita une satis^ faction générale parmi les Russes , et le mécontentement des vicieux favoris de Jean. Il sem- Wait que le monarque eût remporté sur ses passions , une glorieuse victoire , en rendant hommage à la vertu. Le métropolitain avait cédé, il est vrai ; mais il avait pu faire connaîtra aux Russes sa noble manière de penser : ils connaissaient le but de ses désirs, et, sous un tel pasteur, ils osaient fonder quelques espérances pour l'avenir. Tous les gens de bien entendirent avec enthousiasme le discours vraiment pastoral adressé à Jean par le nouveau chef de FÉglise; ce discours avait pour objet, I**. l'obligation imposée aux souverains de se regarder comme pères de leurs sujets, d'observer la justice, de récompenser les services rendus à rÇtat j 2**. les vils flatteurs qui se pressent autour du trône, s'emparent de l'esprit des princes en servant leurs passions et non pas la patrie , louent ce que l'on doit blâmer, ravalent ce qui est digpe d'éloges; S^. la fragilité des grandeurs humaines; 4^. les victoires d'un amour sans armes que les bienfais publics font remporter, et plus glorieuses encore que les triomphes de la

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guerre. Jeapi lui-iBiême paraissait écouter avec »5e6. attendrissement la yoix du chef de l'Église retentir sous les voûtes de ce temple , abandonné' ^ depuis sh long -temps au silence. On aurait dit ^ae ces accens^ jadis chers à son cœur^ lui rap^ pelaient des temps fortunés et lui faisaient goû-^ ter une douceur dont il avait perdu le souvenir. Pendant plusieurs mois^ la paix et Fespérance régnèrent dans la capitalç; les plaintes contre les légionnaires se calmèrent. Le monstre sommeillait ! . ; . Le tzar flattait le métropolitain ^ et ce yertueux vieillard, comme s'il eût craint d'oublier le déisert de Solovky et l'austérité de ses premiers vœux, fit ériger dans Moscou une église en l'honneur de saint Sosime et saint Sabatius , vénérés dans cette île^

Ce calme, effet des remords. ou de là dissi^ mulation de Jean, était le précurseur d'un nouvel orage ; du fond de son antre d' Alexan* drorsky , le tyran portait sur Moscou un regard féroce. Lui qui avait voulu étonner la Russie par l'élection d'un métropolitain auquel pei>* sonne ne songeait , ne tarda pas à regarder Philippe comme un instrument des boyards, objets de sa haine. Il se persuada que l'idée d'exiger Fabolition de Vopritchnina (:i4) ^"^^ avait été suggérée par eux, et qu'ils excitaient le peuple

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idOB. conitre eette lëgioDé En effet ^ les satellites qu'il enrayait comme espions dans la capitale ^ lui rapportaient que ^ dans les rues et les places publiques ^ on les fuyait comme la peste j ique par-/r tout où Ton Yoyait paraître un opritclmik^ 1^ citoyens gardaient un profond silence. L'imagi^ nati<Mi de Jean se remplit bientôt d'iatrigues et de complots qu'il croyait urgent de découvrir, de prouver, et la circonstance suivante donna

ïfî67* lieu à de nouveaux massacres. Un jour on remit jneépoque eu secrct, ûiix princcs Belzky,'Mstislavsky, Vo-

des massa- ..«i. •• 9 1/ t-«'J/»

crc». rotinsky , ainsi qu au grand ecuyer ffeodorof, ^principaux boyards moscovites, une lettre signée par le roi Sigismond et par Kotkëvitch, hettmanû de Litkuanie, dans laquelle on les engageait à abandonner un prince cruel pour entrer au service de Pologne, leur promettant de riches fiefs. Le roi et l'hettmann rappelaient aux deux premiers qu'ils étaient d'origine lithuanienne ; au. troisième que jadis il avait «té prince souverain ; enfin , à Técuyer Féodorof que , dans plus d'une occasion, le tzar lui avait déjà £kît pressentir son courroux. Les boyards s'empressèrent de présenter cette lettre à Jean ; ensuite ils répondirent au roi qu'il était contre les lois de l'honneur d'exciter à la trahison de fidèles suj^6ts ^ prêts à mourir pour un monarque

redoutable seuleinent pour des criminels. Oue '^* dans le cas où Sigismond désirerait les attirer à sa cour, il devait leur céder alors toute la Lithuanie, la Gallicie^ la Prusse, là Russie blanche, la Volhynie et la Podolie. Comment y écrivait Féodorof h Sigismond , avez - vous pu ifttaginer qu' ayant un pied dan^ la tombe y je voudrais perdit mon Ame par une infâme tra^ hisan ? Et qu^irah-je faire aupi^ès de vous ? Je ne éuis plus en état de conduit vos légions ; je n^aimê point les festins y je n'ai pas appris vos danses et j^ ignore Vart de vous amuser. Dans sa lettre à Kotkévitch, il ajoutait : par quoi avezr-vous cru me séduire? je suis riche et respecté! Fous me menacez de la colère du tzar^ je n^en reçois que des marques de faveur I II est yraisemblable que Jean se chargea lui-même de fiaiire parvenir à Sigismond ces répcmsés écrites toutes dans le même style; tcHitefois on ignore s'il les expédia; du moins, lui qui se plaisait à accuser le roi de secrètes intrigues, ne parla jamais , dans ses ^ relations avec la Pologne , de cette imprudente et déloyale invitation à nos boyards. Si , en fabriquant de semblaMes lettres au nom de Sigismond, le tzar avait pour but d'éprouver la fidélité des grands de sa cour ^ il en eut en cette circonstance une preuve suffi-

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*567* saDtte. à s€s yeitx^ mais de peu d^impoïtance pour la Russie ; car un citoyen qui laisse aux ennen^is l'espoir de Fengager un jour à la trahison^ est en quelque sorte environné déjà de& ombres^ du soupçon. Pour cette fois les princes Belzky^ Mstislavsky et Vorotinsky furent épargnés ; mais Féodorof ^ homme fidèle aux anciens usages^ honoré pour ses exploits^ blanchi dans l'administration de FÉtat > revêtu depuis dixneuf ans de la dignité de grand-écuyer > seigneur généreux ^ magnifîqtte^ se vit tout à coup l'objet de la calomnie. Il faisait encore son service avec zèle , achevant ses jours auprès de sa sainte épouse , dont il n'avait pas eu d'enfant ; il se préparait ^ en un mot^ à rendre compte de sa vie au tribcinal suprême^ lorsque son juge terrestre le déclara chef de conspirateurs , croyant ou plutôt feignant de croire que ce débile vieillard songeait à détrônei:' le tzar pour régner sur là Russie. Jean eut l'air empressé de déjouer cette prétendue conjuration alarmante : en présence de toute sa cour (sS), il revêtit Féodorof dés ornemens royaux , plaça la couronne sur sa tête ^ le fit asseoir sur le trône, un sceptre dans la main ; puis^ se découvrant^ il lui fit une profonde inclination et dit : Salut y à grand tzar de Russie! tu reçois de moi Vhon^

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neur que tu ambitionnais; mais si y ai eu la^ >5^puissance de te cré^r souverain, j^ ai aussi celle de te précipiter du trône. A ces mots il lui enfonce un poignard dans le cœur. Ses satellites achèveat le vieillard , traînent hors du . palais son corps défiguré et Tabandonnènt aux clliens•^ La femme de cet infortuné fut également égorgée. Ensuite on punit de mort tous les prétendus complices de l'innocent Féodorof, tels que les princes Kourakin-B^ulgakof, Dmitri Riapolovsky, illustre guerrier qui avait remporté plusieurs victoires sur les Tatars de Crimée , et trois princes Rostovsky, dont Vun était voïévode à Nijni- Novgorod (26). Trente légionnaires expédiés de Moscou vinrent le trouver au moment où il était en prières à l'église, f^ lui dirent : Prince JRos-' topsky y au nom du tzar y vous êtes notre pri-^ sonnier. Le voïévode, à ces mots, ayant jeté son bâton de commandement^ se remet entre leurs mains. On le dépouille et on le conduit, entièrement liu , jusqu'à vingt verstes de la ville, sur les bords du Volga, où l'on s'arrêta. Que voulez-vous faire? demande-t-il de sang froid : Nous allons abreuver nos chevaux y lui répondent les opritchniks. Ce ne sont pas les chevaux y dit le malheureux , c^est moi qui dois boire de cette eau ! Au même instant il'est décapité, et on

1^- jette son corps dans le fle^uve. On apporta sa tête à Jean ^ qui^ la poussant du pied ^ dit^ avec un sourire barbare : Il aimait naguère à se baigner dans lé sang des ewiemis sur le champ de bataille^ il s^est enfin baigné dans le sien propre (37). Le prince Tchéniatef, capitaine distingué^ crut pouvoir éviter la mort çn se ren* fermant dans un monastère; il renonça au inonde^ à sa femme ^ à ses enfans; mais les assassins Farradièrent de sa cellule et le ^rent expirer au miliei^ d'aiTreux tourmens. Kourbsky rapporte qu'ils le grillèrent dans un poêle et lui enfoncèrent des aiguilles sous les ongles* Le prince Tourontaï-Pronsky , qui avait servi le père de Jean^ qui avait participé aux campagnes les plus glorieuses pour la Russie ^^ voulut également se faire moine; il fut noyé (28)! Tutin , trésorier du prince^ connu par ses richesses^ fut haché en morceaux avec sa femme, ses deui^ jeui^es filles, ses dei^x fils en bas âge, et cet horrible supplice fut exécuté par le prince Tcherkasky, frère de la tzarine!.,.. Kazarin Dqubrovsky, chancelier du conseil, périt de la même .manière : grand nombre de gentilshommes furent massacrés au moment où ils se rendaient à l'église et à leurs tribunaux, sans soupçonner aucun danger* Les opritchniks , ai"-

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mes de longs poignards, de liaches^ parcou- «seraient la ville pour chercher des victimes , immolant publiquement de dix à vingt personnes par jour. Dans les rues, sur les places, on vojrâit partout des' cadavres auxquels personne n'osait donner la se'pulture; car les citoyens craignaient de sortir de leurs maisons, et le lugubre silence qui régnait dans Moscou n'était interrompu que par les cris fi^cès des bourreaux du tzar. Le vertueux métropolitain' luimême était muet pour les citoyens et les boyards désespérés. Mais Dieu voyait son cœur ! Dans ses secrètes exhortations au tz;ar , il lui adressait les plus sanglans reproches, malheureusement inutile*, car ce prince l'évitait et ne voulait plus le voir : les gens de bien venaient trouver Philippe ; ils lui montraient en jgémissant les rues teintes de sang, et ce vertueux prélat consolant les affligés au nom du Père céleste , leur promettait de ne pas épargner sa vie pour sauver celle de ses compatriotes , engagement sacré qu'il isut t^emplir.

Un dimanche, à l'heure de la messe, Jean, i568. îaccompagné de quelques boyards et d^iine foule de satellites , se présente danà la cathédrale de P Assomption, couvert, lui et fea suite, de soutanes noires et de bonnets élevés : le métropoti-

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x568. tain occupait sa. place ordinaire ; le tzar s'approche de lui et attend sa bénédiction ; mais sans proférer une parole > le prélat avait les yeux fixés sur Pimage du Sauveur. Saint père t lui dirent alors les boyards, voici le prince , donrnez4uipotre bénédiction. MoTsVhilii^peîetànttLn regard sur Jean, répondit : noni dans cet appa-reil^ sous ces étranges vétemens^jeTie puis reconr naitre le tzar orthodoxe. Je ne le reconnais pets davantage dans le gouvernement de V Empire... O prince! nous offrons en ces lieux des sacrifices au seigneur y et derrière F autel le sang de chré^ tiens innocens coule à grandsflots: Jamais^ depuis que le soleil luit aux yeux des mortels ^ on n'a vu un monarque , éclairé fie la enraie foi , déchiret aussi cruellement ses propres Étais (2g) l Chez les païens eux-mêmes ^ dans les pays infidèles f on trouve des lois^ de la justice y de la compas sion pour les hommes ; il n'en existe point en Russie ! Les biens y la vie des citoyens n'ont plus de garanties : on ne voit que meurtres , que brigandage y et tous ces crimes se commettent au nom du tzar! F^ous êtes élevé sur le trône , mais il est un étre-^ suprême ^ notre juge et le vôtre. Comment paraitrez-vous devant son tri-^ bunal couvert du sang des justes ! étourdi de leurs cris cfe douleur ! car les pierres que vous

foulez aux pieds crient vengeance au ciel! O iS08. prince, je voua parle comme pasteur des âmes, et je ne crains que Dieu seul. Jean^^ frémissant ^ de rage y frappe de soa bâton le paye du temple, et s'e'crie d'une voix tejrrible : Moine auda-^ deux î jusquUcije vous ai trop épargnés y rehel" les que vous êtes la dater de ce jour , je serai tel que vous me représentez.».^ A ces mots ]). sort de Féglise y le regard menaçant, et dès le lendemain les assassinats recommencent. Au nombre des grands on rit périr le prince Pronsky (So). Les prim^ipaux officiers du métropolitain furent tous arrêtés > torturés, mis à la qu^tion à Teffet de leur faire avouer les secrets dessains de Philippe ; tourmens inutiles qui tue produisirent aucune découverte. Jean n'osait pets encore porter la main sur le prélat lui-même , plus que jamais chéri, respecté par le peuple : il suspendait le coup qu'il voulait lui porter. En attendant que faisait-il? Voici, à ce sujet, le rapport de témoins oculaires.

Au mois de juillet i568 (5i), à minuit, les j&Toris du prince, Viazemsky, Maluta-Skouratof , Griaznoï, k la tête de la légion des élus , enfon^ cent les maisons d'un grand nombre de seigneurs, de négocians , enlèvent les femmes connues par leiir beauté, et les conduisent hors de la ville.

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i568, Au lerep du soleil , ils sont rejoints par le tzar en personne 5, escorté de mille satellites* On se met en route : à la première couchée on lui présente les femmes ^ parmi lesquelles il en choisit quelques unes^ abandonnant les autres à ses far voris. -Ensuite il fait avec eux le tour , des murs de Moscou 5 brûlant les métairies dès boyards disgraciés, mettant à mort leurs fidèles seryiteurs, exterminant jusqu'aux bestiaux/ surtout dans les villages de Kolomna qui appartenaient au grand écuyer Féodorof (Sa) ;^rentré dans Moscou, il fit reconduire chez elles les femmes enlevées , dont plusieurs moururent de honte et de douleur*

Jean fuyait le métropolitain , miais il le voyait quielquefois à Féglise. Un jour (le 28 juillet) Philipj>e officiait dans le couvent de Novodîévilchîé , et faisait le Ibng des murailles une procession oii se trouvait le tzar avec ses opritchniks. Le métropolitain s'etant aperçu qu'un de ceuxci avait eu reffronteri^ de se meltreune calotte «u]r la tête, s'arrêta, et Saisi d'indignation, il en avertit le monarque ; mais déjà le soldat avait «nlevé «t caché sa 'calotte. On persuada au tiar que cette accusation était un CGmiefoi^ à plaisir pour .exciter le peuple cont?re ses favoris ^ «t ce prince oubliant Umte bienséante , insulto pubii-

qiiefBent le^nëh^p^itain > le tsraita'd^imposteor y ^^^^ de sédîtîeus^ de ^célërat; il p70te^a>qii'il saurait pitmver ce<[u'il avançait, et, sans tarder da^vantage , il fit procéder à rinstruction; de la procédure, d'après les conseils de Fartificieux Ëus« tadke, son confesseur , enaemi secret' dé Philippe. Aussitôt on expédia à<S(dovky, Papknutius^ éyéque de Souzdal , Théodose , archimandrite du coaven^d'Aiidroiiik, et le prinee Temkin, jadis' lUustreguerriert, «àts devenu depuis , ainsi que les Basmanofs 'et autres^ serviteur zélé de la tyrannièw FaUait^l aller aussi léin pour trouvter cF^infàmes'Cakimniateurs? Où pouvait s'en dispenser; mais c'était* à' la • souTce même^ou elle * a^it brillé avec tant d'édat, que le tiar voulait ternir la Vertu. C'est dans cette île éloignée' où Philippe s'était rendu illustre par sa sainteté, qu'il ^prétendait mettre au jour ITiypocrisie, l'impureté' de soi^ âme, idée qui paraissait à Jeafi^'un admirable artificCi Ses envoyés employèrent tour à tour lés caresses et les n^naces potor engager lés moines à calomnier impudemment ieur-ancieu prieur ; tous répondirent que Philippe était saint de fait et de cœur ! un seul osa soutenir le ^ototraire. Cétâif Payssi, leur nouveau directeur , guidé par l'espoir de devenir évê^e. On fitun Tecueîl de délations supposées; Tome IX. • 9

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]568. de fiiux témoignages ; on le présent au tzar^ et le métropolitain reçut Tordre de comparaître devant son tribunal, composé du souverain, des évêques et des boyards. Le plus profond silence régnait dans cette assemblée, et le prieur Payssi, faisant l'office d'accusateur, calomniait le saint homme avec une inconcevable audace. Au lieu d'entrer* dans une justification devenue inutile, le métropolitain se contenta de dire tranquillement à Payssi que le mauvais grain qu'il semait ' ne lui rapporterait point d'heureux fruits; ensuite s'adressant au tzar : prince, lui dit-il^ vous pensez que je pous crains ou que je redoute la*

" mort : désabusez- vous 1 Parvenu avec honneur à une vieillesse avancée y étranger pendant tnà vie solitaire aux passions tumultueuses , aux intrigues du monde 9 je n^ai d^ autre ambition que Celle de remettre ^ dans le même état , mon âme entre les mains du Très^Haut , mon souve^ rain meittre et le vôtre : mieux vaut périr, mar^ tyrinndèent, que desouffrir ai» silence, dans la . dignité de métropolitain, les horreurs, les im^ piétés de ce malheureux temps. Agissez comme il vous plaira à morp é^rd. Voici le bâton pas^ toral , voici lœ mitre blanc fie et le manteau , marquas d'honneur dpnt vous m^avezrevétu. JEt vous, prélats , archin;iandrites ,, abbés , serviteurs

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des autels , paissez auec zèle le. troupeau du i568. Christ : prêparez-vous à en rendre compte et redoutez te juge céleste plus encore que celui de ce monde {^V). Après ces mots, il allait s'éloigner, lorsque le tzar s'y opposa et lui dit que be pouvant être son propre juge , il devait attendre sa sentence ; il le força de reprendre les ornemens de métropolitain et d'officier enfcore le 8 novembre jour de Saint- Michel -Archange : mais au moment où Philippe , revêtu de ses habits sacerdotaux, disait la messe dans le temple de l'Asjsomption , on voit paraître le boyard Basmanof , tenant un papier à la main , accompagné d'une troupe diopritchniks armés. A son aspect le peuple est frappé de stupeur. Basmanof fait lire à haute voix l'écrit dont il était porteur, et Ton apprend que, par décision de l'assemblée du clergé, Philippe est dépouillé du rang de chef de l'Église. Aussitôt les soldats pénètrent dans le sanctuaire, saisissent le métropolitain, lui arrachent les marques de sa dignité, le revêtent d'une soutane grossière, le chassent de l'église à coups de balais^ et le conduisent en traîneau au couvent de l'Epiphanie. Le peuple en larmes courait après son pasteur qui , d'un air serein, bénissait les citoyens et leur disait, priez le Sei^ gneur! Le lendemain il ftat amené,*pour entendre

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i568. sa sentence^ à un\ribunal présidé par Jean luimême. Elle portait que , conyaincu de délits graves et de sortilèges , Philippe devait terminer ses jours en prison : alors il fit au monde de magnanimes et touchans adieux, sans adresser aucun reproche à ses juges» Néanmoins il "conjura pour la dernière fois le -tzar d'avoir pitié de la Russie, de ne paô déchirer son peuple; mais , pour son bonheur et celui de ses £j:ats , de se rappeler comment avaient régné ses aïeux ^ et lui-même dans sa jeunesse. Le prince, au lieu de lui répondre , fait lin signe à^ ses soldats qui se saisissent de Philippe, Tentraînent et le jettent dans un cachot^ chargé de fers. Il y resta huit jours. Oh le transféra ensuite dans le monastère de Siaînt-Nicolas, au bord de la Moskva, où on le laissa dans un entier dénûment. souffrant et n ayant, pour se soutenir, d'autre ressource que la prière. Dans îe même temps le tzar exterminait Tillustre famille des Kolitchçf : il envoya à Philippe la tête de Jean Borissovitch , son neveu, et lui fit dire, voilà les restes de ion parent chéri ^^ tês enchantemens n^ont pu le sau" <^^r/ Philippe se lève à ces mots : il prend la tête, la bénit et la remet à l'envoyé de Jean. Cependant ce prince* craignit bientôt les suites de l'attachement des Moscovites pour le m^étro-

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politain dépose : }1 apprit que du matin au soir i5G8. ils se portaieht en foule autour du couvent de Saint-Nicolas 9 et que là y les yeux fixes sur la cellule de Fillustre captif, ils se racontaient mutuellenient les niiracles opérés par sa sainteté'. Il prit le jparti de faire conduire le prisonnier au monastère d'Otrotch, situé dans le gouYCmement de Tver et fit procéder sur-le-ctamp à l'élection d'un nouvieau métropolitain. Cette dignité fiit accordée à Cyrille , archimandrite de Troïtzky , en dépit de Pimen qui nourrissait Tespoir de succéder à Philippe*

' Délivré d'un pisisteur sévère', inflexible, qu'il venait de faire remplacer par un homme honnête, à la vérité, mais faible et sans caractère, Jean se trouva libre de s'abandonner désormais à sa férocité ; jusque-là il avait fait périr des individus, il commença à exterminer des villes entières ! Torjek fut le pl*emïer théâtre de ces meurtres. Dans un jour de foire une querelle s'étant élevée entre les opritchniks et les habitans, le tzar déclara aussitôt ceux-ci coupables de rébellion et les fit mettre à la torture ou précipiter dans la rivière. Les mêmes scènes se renouvellèrent à Kolomna , ville dans l'arrondissement de laquelle se trouvaient les propriétés de l'infortuné Féodorof ; l'affection qu'ils lui por-

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i568. ' taient^ était aux yeux de Jean un motif suffi- , sant pour les traiter ,en traîtres et eti rebelles. En un mot^ la tyrannie avait atiBint son plus haut période; m'ais combien de temps ellç devait dtirer encore !.... Rien ne pouvait désarmer le barbare! ni la résignation, la générosité de ses victimes , ni les fléaux qui , à cette époque,

Pcfie. affligeaient la Russie. En proie au;L horreurs de la persécution^ elle était dévastée en même temps par une peste qui y avait pénétré de l'Esthonieet de la Suède. Au mois de juin i566, l'épidémie commença à exçrcerses ravages dans la province de Novgorod, le mois suivant à Novgorod même ainsi qu'à Polotsk, à Ozéritché, à Ne vie, à Veliki-Louki , à Toropetz et à Smolensk. Les hommes mouraient subitement, d'un signe, disent les chroniques; ce qui signifie sans doute une tache ou un abcès. Bientôt un grand nombre de villages, et, dans l^s villes, des rues entières devinrent un désert : les églises ne retentissaient plus du chant des prêtres qui s'immolaient à la sainte obligationde secourir les citoyens, et, pour les remplacer, il fallut faire venir des pasteurs des autres villes. En général il mourait plus d'ecclésiastiques et de gens du peuple que de militaires : la peste étant parvenue jusqu'à Mojaïsk, le tzar y fit établir un cordon de troupes

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chargées de veille^ à ce qu'aucune personne arrivant des lieux infestés, de la contagion , ne pût pénétrer dans la capitale. La communication entre plusieurs villes futégalemeût interrc^npue. La crainte, la faim, i^ne cherté excessive augmentaient les souffrances générales, et, pour comble de malheur, la récolte manqua dans plusieurs provinces. Dans celle de Kazan et autres environnantes, on vit paraître tout à coup une innonibrable quantité de rats qui, sortant des forêts parnuée$, rongeaient le blé sur pied, en gerbes , et dans les greniers. Les laboureurs faisaient d'inutiles efforts pour arrêter les dégâts de ces animaux destructeurs. La peste commença à diminuer au retour du printemps, mais elle se renouvela plusieurs fois encore.

Pendant le cours de ces calamités intérieures de FÉtat , au milieu de l'abattement des grands et . Op^radu peuple, Jean ne négligeait pas les affaires liiaircs 'et de la guerre ou de la politique extérieure, et, tion«. dans ses relations avec les puissances étrangères, il se montrait encore avec éclat, avec grandeur : les Polonais n'avaient obtenu aucun succès dans leurs attaques contre la Russie , cat le boyard Morozof qui se trouvait à Smolensk , et le prince Nogtef, commandant à Polotsk, annoncèrent au tzar que de légers détachemens de l'armé^ russe

iSGg.

. ^f lions militaires 'e négocia*

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i565— battaient reniiemi sur tons fes points. La Russie *^* désirait viyre en bonne intelligence avec la Tauride ; mais le prince Spat , Yamgourtcliêy-Azî , Oulan-Achm*!;^ transfuges kazanais^ en faveur à la cour du khan , lui persuadèrent qu'il était la dupe deé protestations du tzar, qui y tout en parlant de paix , doi^nait aux cosaques Tordre de construire une Ville sur le Don , et de préparer des barques sur la Psla y sur le Dnieper , dans l'intention de prendre Azof et de s'ouvrir une routjé jusque dans la Tauride, Ils ajoutaient que Jean était plus habile , plus heureux et par conséquent plus à redouter que tous leà princes de Moscou, ses prédécesseurs ; car, nialgré la guerre qu'il avait eue avec la Tauride, il avait su conquéi^ir Kazan, Astrakhan, la Livonie, Polotsk; qu'il s'était emparé du pays des Tcherkesses , et dominait encore sur les Nogaïs. Enfin que si Devlet-Ghireï abaEidoimait Sigismond , le tzar serait en moins d'un an maître de la Pologne , et qu'après Fa voir écrasé il ne manquerait pas la première occasion favorable pour détruire le dernier royaume de Bâti. Ces représentations produisirent un effet d'autant plus certain qu'elles étaient appuyées d'un présent de 5o,ooo ducats envoyés aux avi<tes Tatars par Sigismond. Aussitôt le khan se mit en campajgne , ayant écrit

DE HUSSIB. lij

au tzar : rappelle-ioi que tes ancêtres se conttn-' i565 — talent de leur pcpys et re^ectaient le territoire musulman : si tu veux lapait'^ rends-moi Kazan ' et Astrakhan : tnaîs Jean avait faît se? dispositions et se tenait sur ses gardes. Les cosaques parcouraient les déserts du Don à Feffet de déccMivrir îes premiers mouvémens de l'ennemi ; les villes frontières étaient garnies de troupes , et le principal corps d'armée , commandé par les princes Bekky et Mstislavsky^ était campé sur le bord de f Oka. Au mois de septembre de l'année i565^ le khan passa le Donetz^ conduisant de la grosse artillerie sur des chariots ^ et ^ le 7 octobre, il forma le siège de Bolkhof , qui fut valeureusement défendue par les voïévodes Zolotioï et Kackin. Dans une sortie vigoureuse , ils firent «n grand nombre de prisonniers et empêchèrent les Tatars de brûler le faubourg : en même temps l'armée russe îs'approchait. Le kban intimidé jprofita de la nuit potir battre en retraite , se plaignant des Polonais dont le roi avait promis, en l'engageant à porter la guerre en Russie , d'agir activement de so» côté , et n'avait pas tenu parole.

Cependant Nagoï , ambassadeur russe , restait en Tauride où il déployait une ccmstante activité. Il soudoyait les Juifs , gagnait par ses

tf

l58 HISTOIRE

i56g. "" largesses le^ officiers du khan ; ^tretenait ^ nombreux espions; réfutait les faux bruits que l'on faisait courir ^r la mort de Jean; de sorte qu'instruit 4p tout ce qui se passait^ il donna avis à ce prince des intelligences^ que Devlet- Ghireï entretenait avec les tatars de Kazan >les Mord viens et les Tchér^misses. « De secrets émis- » saires de ces traîtres ^écrivait-il , assurent aUx » Tatars qu'en entrantdansleur pays, ils trouve- , » ront soixante-<lix mille auxiliaires zélés et qu'à » KazàncomtneàSviajsk, on massacrera lesRusn ses jusqu'au dernier. » Devlet-GhirA voulut forcer Nagoïà quittet la Tauride; mais> en sujet dévoué aux intérêts de son maitre, celui-ci répondit : je mourrai ici ou je n^en sortirai qu^ après V arrangement de^ affaires ^^ y ovX'dJiX parler de la paix qu'il conservait l'espoir de conclure; car le parti de la Russie ou celui de la Pologne avaient tour à tour le dessus dans le conseil du khan. Pat exemple en 1 567 , Devlet-Ghireï ravagea, sous l'autorisation du sultan, une partie des possessions du roi^ pour n'avoir pas payé le tribut avec exactitude : toutefois il ne se déterminait pas, pour cela, à ratifier la paix avec les Russes. Il demandait à Jean de plus riches doïis, de la valeur de ceux que Moscou envoyait jadis à Mahmed-Ghireï, et lui faisait défense de

s'^pparer di4. p'ays des Tcherkesses. f A la suite '^5 — de plusieurs conseils tenus avec ses boyards, le tzar, éludant les demandes di|.]ifaan, lui proposa en marine, pour son fils ou son petit-fils, la fille du tzar Schih-Aleï, qui Jui apporterait en dot la ville de Kassimof, apanage de son père (celui-ci venait de niourir presqu een même temps que les deux primSçs de Kazan , Alexandre et Siméon) : mais Bevlet^-Gliireï hésita; il fit des réflexions dont le résultat fut de nouvelles et inadmissibles demandes en restitution de , Kazan et tl' Astrakhan*

Les négociations avec la Pologne se Continuaient également. Sigismond semblait désirer la fin d'une guerre onéreuse pour lui, et, de son côté, le tzar paraissait aspirer au repo^; ce qui apportait dans Ips prétentions réciproques de ces deux princes une modération/ rare. Ce fut uniquement pour se conformer à l'ancien usage qu'à leur arrivée à Moscou , les ambassadeurs du roi revendiquèrent Smolensk et que les boyards russes réclamèrent Kief , la Russie Blanche et la Volhynie. Personne, dans le fait, ne songeait sérieusement à ces restitutions devenues impossibles. Sigismond consentait même à céder Polotsk aux Russes , et Jean fit dire aux ambassadeurs : désirant par dessus tout le re^

^^^ — pos dès cKrétiens^ je n^exijge plu^du roi te titre de tkaJr : il suffit que les au^tres souverains nie V accordent. Le point le plus litigieux était la Livôûié ; lei propositions de Sigismoncftebdaient à cdri^erver cette province sôus la domination des dèui puissances^ qui^ i*éiihissant leurs forces pour chasser les Sue'dois de l'Esthonie, animaient ensuite partagé cfeUe-ci, par portion égale , eiitre la Pologne et Ik Russie. A ces conditions, il s'eifghgeait à devenir Fa mi smcèire de Jean et à lui donner le titre de tzar. Mais celui-ci exigeait Riga ^ Venden y Volmar , ' Ronnetourg , Koken- HaUsen ; en échange desquelles villes il cédait au roi Ozerîichë , Loukômle , Di'issa , la Courlandê avec douze petites villes en Livonie , consentant à i'endrèr , sang ràïiçôn , tous les prisfonniet*s lithuaniens et à racheter lés siens.' Les ambassadeurs faisaient au sujet de Riga et de Venden de fcrtes objections; enfin ils dirent aux boyards que lés deùx^soùvèrains concluraient plus facilement la paix dans ùnè conférence personniéile sur la frontière, et cette idée sourit d'abord à JeaU : on i5t choix d'un lieu convenable. Le tzar et le roi , escortés chacun de^finq mille géntilshoTnmes , devaient se rendre, te premier à $itiolensk , lé second à Orschd ; mais les ambassadeurs né vouluteht pas prendre sur eux

DB RUSSJLB. l4l

(l'arji^tçr Ip céréi^nia^ deFeiitreyuf^ Par exçnj- ^^""

plç^ Jean voulait ^ le preiniier jour, recevpir dsips

s$L tente et traiter le roi Sigismopd; ce qui paraissait, aux epvoyéç polonais inçorapatible avec la digi^ité de leur souverain , de sorte que deux mois se passèrent en inutiles pourparlers.

Au mois de juillet i566, Jean offrit à la Rus- Atwmsie un spectacle extraordinaire. Il réunit en con- Etau. 9eil gênerai , i^on-seulement le haut clergé , les boyards , officiers de la couronne , trésoriers , secrétaires, gentilshommes des première et seconde classes ; niais encc^e Içs bourgeois , le$n;iarchands et les propriétaircïs des provinces. Ilsçrumit àlçur examen les négpciations entaniées.aveç laPologne, et les.consulta avant de se, décider à la paix ou à la guerre. L'avis .unanimç de trois cent trepteneuf membres de cette assemblée., fut que le t^ar ne pouvait montrer une plus grande coadesceuT dance, sans nuire essentielleinent aii;!C intérêts de la Russie; qu^.Riga^ Venden, étaient indispensables pour protéger Dorpat > ainsi que Pskof , et même Novgorod, dont le comn^çjrce, souffrirait.ou s'anéantirait peut-^être entièrçmçnt , si ces villes livoniennes restaient entra Iqs mains du roi. Us ajoutaient que le^ deux souverains étaient les maîtres de se voir sur la frontière , pour assurer Is^ tranquillité des chrétien^ , mais

lAU HISTOIRE

1^65— qu'à eà juger par les apparences, Sigismond ne cherchait qu'à gagner du temps pour arranger y dails cet intervalle , les affaires difficiles de son royaume , faire sa paix avec ^empereur et grossir son arrae'e en Livoriîe. Prince^ dît le clergé^ ifous êtes libre d^agir selon ^ue Dieu vous l* inspirera. Notre deuoir ^st de prier pour le tzar et il ne nous convient pas de lui donner des conseils! Les militaires s*e'crièrent qu'ils étaient

; tous prêts à verser leur sang dans les combats : ■ les citoyens offrirent le sacrifice de tout ce qu'ils possédaieht pour subvenir aux frais de la guerre, si*le fier Sigismond refusait les conditions de paix qui lui étaient proposées. Mais , dans cette assemblée nationale, les opinions étaient-'felles libres? La franchise re'gnait-élle dans sa réponse? Voilà ce qu'il serait difficile de déterminer : au moins^ ce conseil avait quelque chose de solennel , et le peuple pénétré de vénération voyait son souverain , non pas au milieu de ses odieux satellites, inaîs dans la vraie splendeur d'un monarque , écoutant la voix de la patrie par la bouche dé tout ce qu'elle avait de plus illustre. Spectacle digne d'une autre époque de ce règne! L'assemblée ayant confirmé sa décision par un acte authentique , les seigneurs polonais reçurent pour réponse que le tzar s'expliquerait avec

BB HUSSIE. 145

le roi^ par le moyen de ses ambassadeufi , con- yS65 — seirtant^ jusque-là, à suspendre les hostilités, de même qu'à e'changer les prigonniei-s. Ainsi se tertijîna cette importante affaire. Après le départ des grands de Pologne (iSôy) le boyard Kolïtchef et Nagoï, intendant du palais , furent expédiés à Sigismond, en qualité de plénipotentiaires chargés de conclure la paix, ce qui pe s'était jamais Yu; car, jusque-là, tous les traités avec la Pologne avaient çté signés à Moscou* Sigismond reçut les boyards russes à Grodno : à leur entrée chez lui , tous les seigneurs polonais se levèrent; mais les ambassadeurs , qui avaient aperçu le prince Kourbsky parmi eux , détour^ nère»t la face d'un air de dédain» Il leur était ordonné de demander la tête de ce traître. Us eurent neuf conférences avec les grands officiers du roi , sans pouvoir s'accorder sur aucun point ; Jean exigeait impérativement la cession de la Livonie entière, aussitôt qu'il en aurait chassé les Suédois et les Danois, abandonnant la G)urlande à Sigismond. Le roi avait un désir sincère de faire la paix ; cependant il crut devoir rejeter ces propositions et refusa de livrer Kourbsky ; on résolut alors de continuer la guerre. Je voisf écrivit-il à Je^n , que uous voulez Vejff^usion du sang. Vous -parlez -de paix et vous mettez vos

l44 HISTOIAB^

ï^5— arw4e8jfn mouuementij^ espère que\l0 Seigneur béhiraines,arrme^danêi zme indispensable etjasie cléfmse.

En effet le& trofUpesrusises» parties de Yiazina^ l^qrpgoboug^ e!^ Smokifâk^ se portaient sur Ye-» UJii-^Loul^^ ayant pour but Ftoc;cu])ation db la Livouie. Après, avoir &it, construire ^ sur lea frontières de Xâthuanie y les nouvelles forteresses d'Of^viat^. Oula^ Sokol» I^opié'^ 1^ moQwqu^> accorapagné du tzariévitcb Jeai?^ ^ sortit de Moscou pour se rendre, à l'armée» Le 5 octobre oa lui p^lpsenta-^ préside ^Medno^ llambassadeur-de Si^$^ond^ Youry.Bonikovsky, q^i lui remit la, lettre, du rpi> dont nou^ venons de citer un passage. Jea^ ^it dans sa t^nteau milieu de^ ses boyard^ a,rme$>,c(H]i^me lui>> d^ p^d en cap. Yo^ry , dit-il jà l'envoyé , nmi^ auons enpqyé à nofrefr^m Sighsm&nd, na^pl^^ illustres boyards^ a^ecdes proposiiions modérées t II aJaU arrêter fmsi ambaswdeui^s ^ il l$s a Jmtragés ^ déshono^ rési I Ne soyez, donopa^ suip/âs de nous ^oir ar* mes de la èQrte , car vous venez dfi la pari de nçtre frère af^eo des trçiits empçisQnnés* Après ces mots il s'iQforma : de la santé* duToi > ordonna à Youry .de s'a^eoir ^ sans lui donner s^ main à bais^; puis ayant fsut sortir de sa tente tous Iç^ officiers^ à l'exception des conseillers^ des

grands boyards et des secrétaires, il ëbouta le i565 — discours de Fambassadeur. Ensuite il lefit traiter magnifiquement dans une autre tente et i)ar^ tir immédiatement après pour les prisons de Moscou : violation du droit deîs gens que lie sauraient excuser, ni les grossières expressions de la lettre de Sigismond, ni les plaintes que les boyards Kolitchef et Nagoï, arrivés en même tçmps qu^oury au camp du tzar, lui avaient portées sur les mauvais^ traitemçns qu'ils avaient essuyés en Pologne.

Indépendamment d'une multitude d'officiers , de gardes-du-corps , qui formaient la 3uite de

Jean , Févêque de Souzdal , Paphnuti , l'archimandrite Théodose , le prieur Nicon , l'accompagnèrent encore jusqu'à Novgorod où il resta huit jours , priant avec assiduité dans l'ancienne église de Sainte-Sophie, et s'occupant de la disposition des troupes destinées à se |)orter contre les villes frontières de la Livonie. Tout à coup son ardeur guerrière parut se ralentir. Il se présenta des embarras , des dangers que le tzar n'avait pas prévus et au sujet desquels il convoqua un conseil des boyards. Le i3 novem- ; bre , ils se réunirent dans le village d'Orchapsky, près de Krasnoï . et délibérèrent avec le souverain s'il était à propos d'entamer le siège des Tome IX. lo

l46 HISTOIRE

i565— villes ennemies OU de différer la campagne. Plusieurs considérations faisaient pencher pour ce dernier parti : le mauvais état des chemins arrêtait là nlarche de la grosse artillerie , en faisant périr les (ihevaux ; la désertion se mettait parmi lés troupes ; il fallait ^ en attendant les opérations militaires , camper dans des lieux sans ressources et pauvres en grains. On savait aussi que te roi rassemblait , dans Borissof ^ une armée à la tête de laquelle il avait le dessein de se porter , pendant Fhiver , sur Polotsk et Veliki-Louki : on craignait de fatiguer les troupes en assiégeant les forteresses^ tandis que^ d*un atitre côté, Fennemi pouvait faire une irruption dans nos propres frontières : enfin, comme le bruit courait qu-un grand nombre d'habitans de la Livonie périssaient de maladies contagieuses, on redoutait pour l'armée la communication d'une épidémie. Il fut donc décidé que le tzar retournerait dans sa capitale , tandis que les voïévodes resteraient à Veliki- Louki et à Toropetz pour observer l'ennemi.

Ce ne fiit pas sans éprouver un seci^et mécontentement que Jean reprit le chemin de Moscou. Toutefois son ataour-propre eut lieu d'être consolé par la conduite postérieure du roi, qui suivit son exemple. Après avoir, en i568, ras-

semblé une amiëe forte de phis de soixante t565 mille hommes, il se vantait de surprendre Moscou , marchant ainsi sur les traces d'Olgerd ; mais , s'étant mis en campagne avec une cour hrillante , Sigismond resta plusieurs semaines dans la province de Minsk,' sans rien entreprendre ; ensuite il licencia son armée principale et s'eil retourna à Grodno , se contentant d'envoyer quelques troupes contre la Russie occidentale. Les travaux de la nouvelle forteresse de Kopié étaient dirigés par les princes Serébrianoï et Paletsky. Celui-ci périt dans une attaque inopinée des Lithuaniens, et le premier parvint à peine à se sauver dans Pplotsk. Aux environs de Véligc les troupes ennemies firent prisonnier le grand officier Golovin , détruisirent dans le gouvernement de Smolensk un grand nombre d'habitations, et, au commencement de 1669, s'emparèrent d'Izborsk par surprise : mais ies Russes les en ayant chassés aussitôt, saccagèrent la Livonie polonaise et brélèrent tme partie de Vitebsk. Malgré la continuation des hostilités, l'échange des prisonniers s'opérait sur la frontière. Sigismond renvoya le prince Temkin , et Jean accorda la liberté au voïévode DovoïnA , dont l'épouse était riiorte à Moscou. Le tzar consentit à rendre son corps

l4^ HISTOIRE

i5(55— aux Polonais^ à condition que le roi renyerrait à Moscou celui du prince Pierre Schouïsky , vivement réclamé parles fils de cet infortuné voïévode • Les boyards étaient d'avis de ne point interrompre les négociations entamées avec la Pologne : docile à leurs conseils, Jean fit élargir et ^ amener en sa présence renvoyé de Sigismond^ qui était resté sept mois en prison : Yqury y lui dit-il d'un ton de; bonté , çous^ étiez porteur d^une leitte si injurieuse , que voua auriez du perdre la vie ; mais nous n^ aimons pas le sang. Allez en paix retrouver votre maure qui vous a oublié dans le malheur. Nous som^ mes prêts à le voir ^ nous désirons mettre un terme aux maux de la guerre. Salut de notre part à notre frère Sigismond Auguste I Les négociations ayant dès lors repris leur cours, les courriers se succédaient de part et d'autre. En parlant aux boyards ceux de Sigismond donnaient à Jpan le nom de ^jsar^ et, comme on leur demandait l'explication de cette nouveauté, ils répondirent : nous en avons reçu V ordre des grands polo^ nais. Les courriers moscovites avaient également des instructions pacifiques. La suivante est surtout remarquable : « Si vous avez, en Pologne, occasion de parler au prince Kourbsky ou à un autre transfuge russe de considération , dites-

DE RUSSIE. l49

lui : « i^s infâmes trahisons ne portent aucune i5(S5—

» atteinte ni à la gloire y ni à la prospérité du

}) grand izar de Moscovie. Dieu le renâpicto^

>} rieux ^ tandis qu^il vous punit par la honte

» et le désespoir. Mais avec un transfuge de la

» classe ordinaire^ ne dites pas un seul mot;

}} crachez-lui seulement à la figure et tournez-lui

» le dos.... Si l'on vous demande ce que c'est

}} que les opritchniks de Moscou, re'pondez :

» Nous ne connaissons pas les opritchniis : <*

» celui auquel le izar ordonne de demeurer » près de lui y y demeure : celui auquel il donne )) V ordre de s'éloigner , s'éloigne : tous les » hommes dépendent de Dieu^et du tza?\ »

Enfin Jean et Sigismond convinrent de cesser Xièvc les hostilités. Les ambassadeurs polonais de-thuanie. vaient se rendre à Moscou pour y conclure une paix sincèrement désirée par les deux puissances^ désirs que les circonstances du temps rendent faciles à expliquer. Sigismond n'avait point d'enfans : guidé par uu profond amour pour sa patrie, il voulait consolider la puissance de la Pologne et de la Lithuanie en les unissant par il'indissolubles liens , craignant que chacime de ces deux puissances ne se choisît , à sa mort, un souverain particulier. Ce projet était louable, utile, mais de difficile exécution , les seigneurie

l5o HISTOIRE

i565 — polonais et lithuaniens vivant entre eux dans une inimitié continuelle. L'autorité du roi était seule capable de mettre un frein à leurs passions. Ce prince ambitionnait la paix afin de pouvoir consommer le grand œuvre de la réunion proposée alors à la diète de Lublin^ et le tzar portait ses vues sur la couronne de Si^ gismond , car le bruit courait que les seigneurs polonais songeaient à choisir pour leur roi ^ le

' H fils d'un prince de ]Vfoscou^ c'est-à-rdire le tzarévitch Jean. En conséquence les courriers russes avaient ordre de prendre, à ce sujet , des informations précises en Lithuanie et de flatter les grands de Pologne. Le tzar cessait les hostilités pour étoùSer les sentimeus d' inimitié des Lithua-f mens contre lés R^isses.

Afiaîrcs Le changemenli survenu dans les relations de la Suède avec la Russie contribua puissam^ment aux dispositions pacifiques de Jean à Fégajrd de Sigi^nfônd. Le roi Erik qui voulait conserver FËsfJionie, en dépit du Danemarck et de là. Suède, availj bes(Hn non*seulemeht de la paix, mais encore de Falliaficedu tzar, et, pour réussir dans ce projet^ tous les moyens lui sera- Maient bons : il fut même sur le poibt de commettre un crime infôme. Catherine, sœur de Sigismond, princesse vertueuse autant que belle.

DE RUSSIE. j5i

demandée en mariage parle tzar, et qui, peut- J^ être, aurait épargné de grands malheurs à lui et à la Russie, avait, en 1662, épousé Jean, duc de Finlande , fils feiyori de Gustave Vasa. Depuis long-temps Tenvieux, l'insensé Erik avait conçu pour ce frère une haine que vint augmenter encore l'alliance contractée par celui-ci avec le roi de Pologne, et, forgeant des calomnies, il le fit emprisonner. Cet événement fournit à Catherine l'occasion de déployer sa générosité. On lui donna le choix de renoncer au monde ou à son époux ; pour toute réponse , elle montra son anneau nuptial sur lequel étaient gravés ces mots : rien que la mort (34) ! et pendant quatre ans ^ renfermée avec l'infortuné Jean dans la prison de Gripsholm , elle fut pour lui un ange consolateur. Elle ignorait que deux tyrans lui préparaient un sort bien plus afireux ! Sur une proposition du tzar , Communiquée d'abord par une correspondance secrète, suivie d'un traité officiel, Erik consentit à lui livrer Catherine comme l'objet d'un étrange amour ou comme victime du ressentiment qu'il conservait d'un refus injurieux. Au mois de février 1567, le chancelier Nils Gillenstiern , accompagné de quelques officiers suédois , arriva directement au bourg d'Alexandrovsky : ils y furent traités

i565-^ avec magnificence et signèrent Falliancè entre la Suède et la Russie. Dans la rédaction de Tacte, le tzar nommait Erik son frère et son ami, lui cédant à perpétuité la province d'Esthonie ^ s'engageant à le secourir daùs la guerre par lui entreprise contre Sigismond, ainsi qu'à lui procurer la paix avec le Danemarck et les villes anséatiqnes; de son côté, Erik promettait d'envoyer sa belle-sœur à Moscou (35). Ces dispositions étant faites, le fcbyard Voronzof et le gentilhomme Naoumof, porteurs du traité, se rendirent à Stockholm; les boyards Morosof, Tchibatof , Soukin furent choisis pour aller recevoir la princesse à la frontière ; mais la Providence ne permit pas le triomphe des coupables projets de Jean. Accueillis à Stockholm avec les plus grands honneurs, les ambassadeurs russes y restèrent une année entière sans obtenir aucun résultat de leurs négociations. Erik, les ayant un jour invités à diner avec lui , se trouva mal au moment du repas et ne put se mettre à table. Depuis lors les ambassadeurs ne virent plus le roi. On leur disait qu'il était malade ou absorbé par les travaux de la guerre avec les Danois. Les conseillers d'Erik, chargés seuls de suivre les négociations entamées , déclarèrent à Voronzof qu'ils regardaient comme contraire à toutes les lois

DE EUSSIE. l53

divines et humâiûes de livrer Catherine au tzar, i5(S5 — d'enlever une femme à son époux , une mère à ses enfans. Il ajoutaient que , par une action aussi oppose'e aux préceptes de la religion chre- tienne , le tzar se déshonorerait à jamais , et quTErik pouvaitproc^^r^r à Jean une autre sœur de Sigismond , encore à marier. Enfin , disaientils y c^est d Vinsu du roi que les ambassadeurs suédois ont conclu le traité relatif à Catherine > Le boyard moscovite ne ménagea dans ses réponses^ ni les conseillers, ni leur maître. Il leur démontra qu'ils étaient des imposteurs , des par^ jures, et sollicita vivement une entrevue avec Erik. Ce malheureux roi ^e trouvait dans une déplorable situation. Plusieurs actes cruels, insensés, avaient excité contre lui la haine générale. Il craignait également le peuple et la noblesse; déchiré de remords, sa raison s'égarait , et il venait à peine de rendre la liberté à son frère que déjà il songeait à l'emprisonner de nouveau. Dans le trouble qui l'agitait, livré à une terreur pusillanime, tantôt il déclarait aux ambassadeurs russes qu'il allait se rendre à Moscou ; tantôt il voulait envoyer Catherine au tzar (56). Enfin Forage amoncelé sur sa tête vint à éclater : le 29 septembre i568, les envoyés moscovites aperçurent , dans là capitale , une

l54 HISTOIRE

i565— efFrayante agitation , dcmt ils ne fièrent pas 1 ongtemps passibles spectateurs. Des soldats armes de fusils ou l'ëpée à la main se précipitent dans la„ maison qu'ils habitaient^ brisent les serrures, s'emparent de tout ce qu'ils trouvent, argent , fourrures, etc., et poussent l'audace jusqu'à de'pouiller les ambassadeurs et les menacer de la mort : au mépae instant paraît le prince Charles, le plus jeune des frères du roi. Voronzof , en chemise , lui dit d'un ton ferme que l'on en agissait ainsi dans up repaire de brigands et non pas dans un rqyaume chrétien : aussitôt Charles, ayaiit fait sortir les soldats furieux, expliqua au boyard l'événement qui venait de renverser du trône un tyran insensé* Il lui dit que Jean , son frère, devenu roi , désirait conserver la paix avec le tzar , et que l'offense faite aux ambassadeurs, suite du désordre inséparable d'un changement de gouvernement , ne resterait pas impunie. Les envoyés demandèrent leur, congé et quittèrent Stockholm; mais ils restèrent huit mois à Abo , gardés en prisonniers, et n'arrivèrent à Moscou qu'au mois de juillet 1 569. C'est alors que le tzar apprit le sort de son. frère et ami y Erik, solennellement condamné par les Etats du royaume à mourir en prison pour divers crimes ( portait la sen-

DE EUSSIE. l55

tence ) et pour un traité avec la Russie , dés- ^5 — honorant autant que contraire au christianisme (37). il est facile de se représenter le dépit du tzar ; cependant il sut cacher son ressentiment et permit aux ambassadeurs suédois ^ Paul Just^évéque d'Abo> et autres dignitaires^ de se rendre à Moscou ; mais ils îvœenlpUlés et retenus prisonniers dans Novgorod , par représailles du traitement que Voronzof et Naoumof avaient essuyé en Suède, Cet acte qui lui parut une juste vengeance ne le satisfaisait pas entièrement. U songeait à en obtenir une plus éclatante encore en chassant les Suédois de la Livonie y et ce fut là un des motifs qui le déterminèrent à conclure une trêve avec Sigismond , afîn de n'avoir pas à combattre deux iennemis à la fois.

Dans le même temps il fallut soncer à dé^ impor-

*- ^ , ^ , tante en-

tourner un autre danger cr ui menaçait la Russie, trepriscdu

. , , Y ' ^ Suftan.

mais qui n alarma le tzar que passagèrement et ajouta, sans victoire, un nouvel éclat militaire à son règne. Le faible Sélim voulut exécuter ce que le grand Soliman avait médité contre la Russie. Il entreprit de rétablir la domination ottomane sur les bords du Volga, à Finstigàtion de quelques princes nogaïs , khiéviens et boukhares qui lui avaient représenté lé monarque

^5 — russe comme détruisant la religion de Mahomet et leur fermant le chemin de la Mecque, (r As- » trakhan^ disaient-ils, principal port de la » mer Caspienne , est rempli dek vaisseaux de » tous les peuples de l'Asie, et le trésor du tzar » en retire journellement environ mille du- » cats. » Ces raisons étaient vivement appuyées par les ambassadeurs polonais qui se trouvaient à Constantinople. Devlet*Ghireï soutenait, seul, qu'on ne pouvait arriver à Astrakhan ni en été, ni en hiver. Dans cette dernière saison à cause du froid que les Turcs ne pourraient pas sup^ porter, dans Fêté à raison du manque d'eau; qu'il était donc beaucoup plus avantageux d'attaquer l'Ukraine russe. Sans avoir égard aux con* seiis du khan, Sélim envoya à CaïFa quinze mille spahis et deux mille janissaires (a), au printemps

(a) Les Spahis , cavalerie permanenle , soudoyée par FÉtat , forment aujourd'hui chez les Turcs un corps d'environ douze mille homines , divisés esi six boulouks ou régimens, dont lé premier, fort de près de huit mille hommes, se distingue des autres -par la cornette rouge.

Le secoiid boulouk marche sous la cornette jaune. C'est aui^ spahis de ce régiment , qtii formaient la principale forcç d'Osman P'. , qu'on doit attribuer les premiers succès des Osmanlis et la fondation de l'Empire. Ils jouissent de très-grands privilèges , et tous les cavaliers de ce boulouk sont traités comme officiers. Ils sont cinq cents.

DE BUSSIB. l57

de i569f il avait donné à Kassim^ pacha de ^j^^"" cette ville, l'ordre de se rendre sur la Pérévoloka, d'établir des canaux pour joindre le Don au Volga et conséquemment la mer d'Azof à la mer Caspienne; de s'epaparer d'Astrakhaû, ou au moins de fonder, aux environs de cette ville, une forteresse qui attestât la puissance du sultan. Le Si mai, le pacha se mit en marche. Le khan, à la tête de cinquante mille cavaliers, suivit son exemple, et ils se réunirent dans la plaine de Katchalinsk , pour attendre les bâtimens qui arrivaient d'Azof en remontant le Don, Ces bâtimeîis chargés de canons de gros calibre et de beaucoup d'or n'avaient à bord que cinq cents soldats et deux mille cinq cents rameurs , pour la plupart jesclaves chrétiens enchaînés. Dans les passages où l'eau était basse, les Turcs débarquaient leur artillerie et la traînaient le long du rivage avec une peine incroyable. Deux mille

Le troisième, de là cornette verte, est fort d'environ mille hommes.

Le quatrième, de la cornette blanche, est de la même force que le préce'dent.

Les cinquième et sixième, qui ont des cornettes mipartie rouge et jaune, verte ou blanche , forment ensemble un effectif d'environ quinze cents cavaliers.

[Note du Traducteur,)

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^^— Russes auraient pu, sans effusion de isang, s*emparer feeilement et deà canons et de la caisse. Les esclaves attendaient leur arrivée avec autant d'espoir qu'elle inspirait d'effroi aux* Turcs, mais personne ne plaraissait. Effrayés de la marche des Turcs, les &)saques du Don s'étaient réfugiés au fond de leurs déserts, de sorte que le i5 août, les barques arrivèrent, sans accident, à la Pérévoloka. Alors commença un travail pénible autant que ridicule. Kassim entreprit de faire creuser un canaldu Don au Volga; en ayant réconnu l'impossibilité, il donna l'ordre de faire traîner les barques par terre. Les Turcs refusèrent d'obéir, en disant qu'il fallait que le pacha eut perdu la raison pour entreprendre des travaux que tous les ouvriers de l'empire Otto-r man ne pourraient exécuter dans l'espace d'un siècle. Le khan était d'avis de reprendre le chemin de la Tatiride, lorsqu'à la satisfaction de Kassimdes ambassadeurs d'Astrakhan arrivèrent sur ces entrefaites. Qi^el besoin açez^vous de vaisseaux ? lui dirent-ils : nous vous en four^ nirotis autant que vous voudrez : délivrez-^nous seulement de la puissance des Russes. Le pacha fit cesser les murmures de l'armée et, le 2 septembre, il renvoya les canons à Azof : ensuite, avec douze pièces d'artillerie légère, il se mit en

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marche pour Astrakhan ^ dont les habitans se i565 — préparaient à le recevoir comme un libérateur : leur espérance fut déçue.

Nagoï> ambassadeur de Rusisie en Tauride, avait écrit au tzar pour lui annoncer le projet du sultan, et, malgré des retards considérables, ses lettres parvenaient à Moscou. Une guerre contre la Turquie n'offrait à Jean que des dangers certains : il s'occupa donc de rassembler une atmée nombreuse à Nîjni-Novgorod : en même temps il faisait partir le prince Sérébrianoï à la tête d'un corps de troupes pour occuper Astrakhan et il envoyait de riches présens au pacha de Caffa pour l'intéresser à la paix. Le pacha accepta ces présens ; il baisa avec respect la lettre de Jean, rendit, pendant trois jours, les plus grands honneurs aux courriers moscovites , et le quatrième il les fit mettre en prison; mais les inquiétudes du tzar cessèrent aussitôt qu'il eut été instruit du petit nombre des Turcs et du peu de zèle que Devlet-Ghireï montrait pour cette expédition. Il en prévit les suites et ne se trompa point dans son calcul.

Le 1 6 septembre, le khan et le pacha vinrent camper à peu de distance d'Astrakhan sur des ruines qui étaient vraisemblablement celles de l'ancienne capitale des Khozars. C'est là que nos

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î565— traîtres les attendaient, les Astrakhanais avec

des vaisseaux et les Nogaïs prêts à servir ceux-ci. Kassim^ après avoir donné aux derniers Tordre de rapprocher leurs campemens du Volga, commença la construction d'une nouvelle forteresse sur les ruines , et Içs Turcs apprirent avec un extrême étonnement, que Xe pacha avait l'intention d'hiverner sous les murs d'Astrakhan, dont une poignée de Russes contenait la population. Cette faible garnison lui paraissait si redoutable qu'il n'osait pas tenter l'assaut. L'armée devait regarder le projet du pacha comme une mesure insensée. En effet, il donnait aux Russes le , temps de se préparer à la défense; il laissait au tzar la facilité d'envoyer une armée au secours d'Astrakhan, tandis qu'il épuisait ses troupes par des travaux forcés et par la disette , les habitans de cette ville ne pouvant lui fournir une suffisante quantité de blé. Les murmures se changèrent bientôt en révolte ouverte, à la nouvelle qu'aussitôt après la construction de la nouvelle forteresse le khan devait retourner en Tauride. Les Turcs déclarèrent avec fermeté que nul d'entre eux ne consentirait à hiverner en pays ennemi. Kassim s'obstinait à l'exécution de ses plans ; il menaçait les mécontens ; mais tout à coup, le 26 septembre, il fit mettre

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le feu aux ouvrages en bois nouYellement élevés i5^ et sVloigna d'Astrakhan avec Devlet-^Ghireï, On peut attribuer cette résolution subite à la présence du prince Sérébrianoî, arrivé dans la ville avec un corps de troupes, que Ton annon-. çait devoir être suivi bientôt par un autre plus considérable. Les Turcs et les Tatars de Crimée, fuyant jour et nuit, rencontrèrent sur le Biélo-Otéro , à soixante verstes d'Astrakhan, un courrier du sultan et un autre de Lithuanie. Les dépêches de Sélim ordonnaient au pacha de tenir jusqu'au printemps sous les mui*s de la ville assiégée. Il lui annonçait un renfort.de troupes fraîches qu'il allait lui envoyer de Constantinople, ajoutant que, l'été prochain, la Russie verrait au sein de ses provinces flotter les étendards ottomans, sous lesquels le khan devait aussi s'avancèi^ sur la route de Moscou , après avoir conclu alliance et amitié avec la l^ologne (58). Cette lettre n'arrêta point la fuite de Kaâsim, auquel De vlet - Ghif eï servait de guide; celui-ci, qui avait ses motifs, conduisait les Turcs par des déserts où l'on ne trouvait ni eau, ni vivres. Les hommes et les chevaux périssaient d'épuisement, et les Tcherkesses, placés en embuscade, n^avaient qu'à se montrer pour faire prisonniers les hommes harassés de Tome IX . • 1 1

i565— fatigue et à demi-morts. Il eût iété facile aux» Russes d'anéantir entièrement cette déplorable armée, s'ils ne s'étaient conformés au principe d'abandonner à lui-même un ennemi en fuite. JLes Turcs désespérés maudissaient le pacha et n'épargnaient pas le sultan qui les avait envoyés dans un pays inconnu, dans V affreuse Russie , pour y trouver, au lieu de la victoire, la famine et une mort ignominieuse. Après un mois de marche, Kassim, à la tête d'une troupe d'ombres livides et décharnées , arriva à Azof, où il ne put se , soustraire qu'à force d'or au fatal cordon , persuadé que l'unique cause de sa disgrâce était d'avoir trop tardé à se mettre en campagne ; Devlet-Ghiréï démontra au sultan l'impossibilité de prendre et de garder Astrakhan, trop éloigné des États de Turquie. Puis s'adressant à l'ambassadeur moscovite en Crimée: Votre maître y lui dit-il, doit me savoir gré de ma conduite : j^ai ruiné V armée du sultan; je n'ai consenti ni à assiéger Astrakhan ^ ni à construire une nouvelle forteresse sous les murs de cette ville ^ d^ abord pour être agréable au tzar y ensuite parce que je, ne veux pas voir les Turcs maîtres des anciens camps tatars» Pour compléter, de ce côté, la tranquillité de la Russie, le feu ayant pris aux magasins à

poudre d'Azof, les fit sauter avec la forteresse, J^"" et daps un incendie allume , di!t-on, par les Rus$es, une grande partie de la ville fut re'duite en cendres, ainsi que le port avec les vaisseaux de guerre qu'il contenait.

La description de cette campagne; désastreuse de l'armée de Sélim est conforme au rapport d'un témoin oculaire, Siméon Maltzof, officier du tzar, dont le nom mérite d^étre signalé à la postérité. 11 venait du pays des Nogaïs, lorsque, sur les bords du Volga, il fut surpris, entouré par une troupe d'ennemis et n'eut que le temps • de cacher dans un arbre de Fîlê dé Tsaritzine les instructions du tzar, qu'il considérait comme un dépôt sacré. Il ne se rendit que couvert de blessures et à demi-mort. Enchaîné sur un canon, e;Lpirant de souffrances, de soif et de faim , menacé de la mort à chaque instant, il songeait encore à être utile aux intérêts de son maître. U épouvantait les Turcs par ses récits ; il leur persuadait que les habitans d'Astrakhan et les Nogaïs les attiraient dans un piège ^que le schah de Perse était allié du tzar qui lui avait envoyé cent pièces dé canon et cinq cents pierriers pour attaquer Kassimf que le prince Sérébrianoï, à la tête de. trente mille hommes, voguait vers Astrakhan , tandis que le prince Bclzky s'y ren-

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*^ — dait par terre avec des forces innombl^Ues* Maltzôf engagf^it aussi les autres prisonniers à appuyer, de leurtçmoignâgne, ses diverses assertions; il proposait aux Grecs, ainsi qtfaux Valaques qui se trouvaient avec Kassim, de passer du côté des Russes dans le cas oh on donnerait une bataille : etifin , il invitait les fils de Devlet-Ghireï à prendre du service en Russie. f^otre père ^ leur disait-il, a une fàmiUe nom^ breuse. Il vous enperra décote et d* autre ^ Votre portion n^ est pas ce qu'elle devrait être ^ car •vous errez en Nomades , de déserts en déserts* A Mo<scou y au contraire y vous trouverez des honneurs j des richesses^ et votre père lui-même enviera votre sort. Ainsi, sans espérance de re*» voir jamais la Russie, sans songer en aucune manière à la gloire ou à des récompenses, ce zélé, citoyen voulait, avant de mourir, être utile encore à s(m prince et à ^ patrie. Voilà quels étaient les serviteurs de Jean le Terrible, et ce souverain s'abreuvait du sang de ses su-jeis!... La Providence sauva Maltzof: racheté dans Azof par-NagoÇ, notre ambassadeur, il revint à Moscou et fit savoir au tzar que la Russie n'avait rien à redouter de la part des Ottomans. Ainsi, les opérations extérieures ou les relations de la Russie avec les ptiissances étrangères

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étaient assez heureuses : eu attendant la paix id65^ avec la Pok>gne, elle conservait s^ nouvelles et importantes conquêtes dans ce pays et méprisait la Suède affaiblie. Elle avait vu la fuite et la ruine de l'armée du sultan. La connaissance des mauvaises dispositions du khan à l'égard des Turcs éloi^ait toute inquiétude à son sujet et laissait espérer de conclure la paix avec lui. Jean avait uùe ^rmée considérable^ des frontières fortifiées } sur les bords éloignés du Terek> il venait de faire construire une ville destinée à protéger Temrouk, son beau-père, prince des Tcherkesses , autant qu à consolider la domtiimtion russe dans ces contrées. Thamas, schah de Reiatioiu

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Perse, ambitionnait l'amitié de Jean, qui, ja- Perse. lottx de conclure avec ce priûce un traité d'alliiœce contre le sultan, envoya^ à cet effet, l'ot» 6eier Khoznikof, en Perse, au moié de mai 1569. La Sibérie était tributaire de Moscou; wn nouveau prince, Édiger, tsarévitch de Schiban, ayant, vers l'année i565, fait mettre à mort l'officier russe chargé de percevoir le tribut, le tzar, par représailles, avait donné l'ordre d'arrêter à Moscou l'ambassadeur de Sibérie; mais bientôt il lui ayait r^ndu la liberté à la sollicitation d'Ismaël, prince des Nogftïs, et, en 1669, un traité solennel cos^clu avec

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