I8T0IRI 01 RUSSIE
Jianoines, à laquelle il semblait qvm 90& «enoeloi jxe dût jamais résister* {tuîâKiu'il PAvait eotièremeat déifajl; avec liait miito k lîarvA.
Ce Dut «a passant açm les murscie Dv^e^ f ull alla fsins au roi Au^ste c^tta étraqge ylaiite, « qni MX causer de Tadmiration i la' postérité, ^ à ce que 4it Norbert ; ^ peut au moins causer quelque étounament C'était tieaucoiip rjisqui^ que de se mettre wtre les mains iPun .çdnce auauel jyi aarait ù^ nu royaume. U r^epassa parla Silésie et iimt^ w
Ce pays était entièrement dévasté parla ffuerre» ruiné jpiar tles (iactUms, et ea piioie à joutes les ealaSnltés. Charles avançait par la Haaovle » et choisissait lie chemân Je moins praticable. Les habitants, réfugiés dans âiis marais, voulurent au moins Uu fali^ acheter 4e passage. Six mille pajsans lui députèrent un veÂUaid de leur corps ; cet bonune» d*une flgure extraordlnaice, i^tu tout de blanc, let armé de deux carabines « harangua Charles ; «t comme on jCmt&aMt pas trop bien ce (}u'll élisait, on prit le partf de lie itoer aux Feuxdo folnce, au milieu cfô aa harangue^ Les paysans^ désespérés , se retirèrenJt et a'amtoQDt On saisit tous ceux qu^on put trouver : on t^ Ahligealt de se pendre les «ns les autres, et ie dernu^ était forcé de tse passer iUiiH»éme ia ocsDdo aia oo«« etd^étre son pnopreibswmu. Oô réduisit «a eendres toutes leurs babItatioQ& C*^t to cbapielain lil)[»4>eiig qui Mtesle 4îe fait, dont il fat témoin : on ne peut ni le réotts^ Jii «'im^eher de frém&u
Oiffirtes suTive & quelques' lieaôflr de Grod^ eft Uthuanie: en hil dit que le eru* est ei^ personne diois cette Tflle» avee qcrelqttetf troupes ; 11 prend avtfe^ M, wiis é^lbérer^ huit eents gardes sëvlemeiil, et court à* Grod^no. Un officier alleBiand, nmnmé Mulfète, qaf ccMumandait uA corps* de troupes à une porte* de la Yille, ne dente pas, en? tofant Clmries* xn, qull ne soit sui^t es son améer 11 M Hrre le passage, as lieu de ï& dlisputer ; Ta^ bmue se répand dans la ville ; dtacnn eroit^ que Tannée saédoise est entrée*: le peu de* Russes qtA veulent résfîster sont taffîés enr plèee» parla garde suédoise ; Ions les officier»' coi^rment au czar qu^une armée victorieuse' se rend mattresse de tous les postes* de la ville. Pierre se retire auf delà des rempartt^ et Charles met un^ garde ûé trente hommes* à la porte même par' oA 1% état vient dé sortir.
Dans eettie eimfusion, qu^tiques J^uitës, dcmt on avait pris la mafsMif pour* loger le roi de Suède, parce que c*éta!t hk plus belle de Grodno, se rendent là nuit auprès ^ etar, et lui apprennent cette fols' la vérité. Aussitôt Pfenre rentre dans la vîifev fbrce lia garde sué^ doise r on combat dans les" mes, dans les pU^ ces; nafer ééj& Fàrmée dh roi arrivait Loi caear AiH enfin oMligé de céder;, et de laisser fof ville au pouvoir du tafiaqtteup qui ftfsalV tnnnbter la Pologne; #
Cfiarier avait augmenté ses troupes etf Lt* vonie et en Finlande, et tout était à craindre de ce côté pour les conqiiMv de Pfenre.
comme du côté de la Lithuanie pour ses anciens Etats, et pour Moscou même. Il fallait donc se fortifier dans toutes ces parties, si éloignées les unes des autres. Charles ne pouvait faire de progrès rapides^en tirant à l'orient par la Lithuanie, au milieu d^une saison rude, dans des pays marécageux , infectés de maladies contagieuses que la pauvreté et la famine avaient répandues de Varsovie à Minski. Pierre posta ses troupes dans les quartiers sur le passage des rivières, garnit les postes importants, fit tout ce quMl put pour arrêter à chaque pas la marche de son ennemi , et courut ensuite mettre ordre à tout vers Pétersbourg.
Charles, en dominant chez les Polonais, ne leur prenait rien; mais Pierre, en faisant usage de sa nouvelle marine, en descendant en Finlande, en prenant Borgo, qu^il détruisit, et en faisant un grand butin sur ses ennemis, se donnait des avantages utiles.
Charles, longtemps retenu dans la Lithua« nie par des pluies continuelles, s^avança enfin sur la petite rivière de Bérézine, à quelques lieues du Borysthène. Rien ne put résister à son activité : il jeta un. pont à la vue des Russes ; il battit le détachement qui gardait ce passage, et arriva à Hollosin, sur la rivière de Vabis. C'est là que le czar avait posté un corps considérable, qui devait arrêter Timpétuosité de Charles. La petite rivière de Vabis* n'est qu'un ruisseau dans les sécheresses; maUi
£nnu8e,Bibit8di
alors c'était un torrent impétueux, profond, grossi par les pluies. Au delà était un marais, et derrière ce marais les Russes avaient tiré un retranchement d'un quart de lieue, défendu par un large fossé et couvert par un parapet garni d'artillerie. Neuf régiments de cavalerie et onze d'infanterie étaient avanta* geusement disposés dans ces lignes. Le passage de la rivière paraissait impossible.
Les Suédois, selon Tusage de la guerre, préparèrent des pontons pour passer, et établirent des batteries de canons pour favoriser la marche; mais Charles n'attendit pas que les pontons fussent prêts ; son impatience de combattre ne souffrait jamais le moindre retardement Le maréchal de Shwerin, qui a longtemps servi sous lui, m*a confirmé plusieurs fois qu'un jour d'action il disait à ses généraux, occupa du détail de ces dispositions : « Aurez-vous bientôt terminé ces bagatelles? » et il s'avançait alors le premier à la tête de ses drabans ; c'est ce qu'il fit surtout dans cette journée mémorable.
Il s'élance dans la rivière, suivi de son régiment des gardes. Cette foule rompait l'impétuosité du flot; mais on avait de l'eau jus^ qu'aux épaules, et on ne pouvait se servir de ses armes. Pour peu que l'artillerie du parapet eût été bien servie, et que les bataillons eussent tiré à propos, il ne serait pas échappé un seul Suédois.
Le roi, après avoir traversé la rivière, passa encore le marais à pied. Dès que l'armée eut franchi ces obstacles à la vue des Russes, on
>e vift en bsUdUe ; on attaqua stptibis leura^ retffaneheiiients 9 et les Russes ne oédèrest qtt*à la septième. On ne leur prit qm doose pièces de cam^^agneet vtfflgt-qaatreanrtiers k gBQttaâeSyderavenmêniedeshistcurle&ssiiéchois; n étaii donc visible que !e ezsar aiitt réossl à ftMmier des troupes aguerries; et eette ?k> toire d^BoUosln, ea cen^laBA €b«iiesi 201 de= gloire, ponmitt lai: fàifv sortir toar les àem^ gère qail allait courir en pénétrant dans dea pays si élo%Dés^: on ne pouvait marclMr quTeir; corps s^arésir de bolv en bols, de* marala eoi marais, et à cïïwqae pas il fallait coBÉbattre-: mais les Suédois, aiecoueumés à tout renverser deraat eux, ne ledoufièraur vÊ daogiar ol: fatigue»
XVII» — Ghaiies XII pesfle le BoryBtMne, »'«Bfoao» êo^ Ukraine* prend mal ses mesures; une de ses arm^ est défaite par Pierre le Grand ; ses munitions soiir pânlaes. Il Satanée dans «es déaerta. li«iitar«saa laLsaine.
Bniln Charles arriva sur la rive dû Bbfy»thène, à une petite ville nommée Mohflav K C'était à cet endroit fatal qu*on devait appren« dre 8*il dirigerait sa route à forieat versHbscou, ou au midi vers rUkraine. Son armée, ses ennemis, ses amis, s^attendalent qfilX marcherait à la capitale. Qu^que chemfior qçfif prît, Pierre le suivait d^ufs Smolensk avec» me forte armée ; on ne s'attencbdt pas qu'il prendrait le chemin de ru&ralUe; cette étrange résolution M fiit inspirée pav M&-
*. En tm» JÊBoffietr.
Be{>pa, hetann des €k)saqQes; c'étidt un ^Mllaixl de soixante et dix aas, qui, n*i^ant point d^enfaats, «emblait ne devofr peiner qu'à fiislr tranqiuilleni^t sa rie; la reeonnaiaBance deTaât encore l'attacher an enr, auQoel ii devait «a place; mais soit quHl eût, ea efiet, à se plufMdre de ce prmce, tmt >qae la g^loire de Gbaries XII Veûit ébloui, eeît plntM; qu'il ^^ler- «ehftt ft devenir fndépeitdant, il airaît trahi aon iMenfaiteur et s^était éotmé en secret an roi -de Suède, se flattant «de faire «rec lui rén>lter toute sa nation.
C3iar4es ne 4outa pas de triompher de tout Femp&e russe, quand ses troupes viotorieoses seraient secondées d^un peupte si betliquenx. n devait recevoir de Mazei^ les vivres, les munitions, rartillerie, qui pouvailent lui manquer ; à ce puissant secours devait se joindre une année de seize à dix-huit mille coail)attants, qui arrivait de Livonie, conduite par le géiaëni Lev^haupt, conduisant après elle une quantité prodigieuse de provisions ée fgaeiTe et de bouche. Charles ne s^iaquiétait pas si le csar était à portée de tomber sur cette armée, et de le priv«* ^hm seceuni si nécessaire. Il ne s^nformsdt pas si Maieppa était «n état de tenir toutes ses promesses, M «e Cosaque avait assez de cré^t pomr foire changer une nation entière qui ne prend ecms^ que d'eDe-mème, et sil restsdt ettfin assez de ressourees à son année duis un malheur; et en cas que Mazeppa fftt sans fidélité ou sans pouvoir, Il comptait sur sa valeur et sur sa fortune. L'armée suédoise
avança donc au delà du Borysthène^Tersla Desna ; et c'était entre ces deux rivières que Mazeppa était attendu. La route était pénible, et des corps de Russes voltigeant dans ces quartiers rendaient la marche dangereuse.
MenzikofT, à la tête de quelques régiments de cavalerie et de dragons, attaqua Tavantgarde du roi, la mit en désordre, tua beaucoup de Suédois, perdit encore plus des siens, mais ne se rebuta pas. Charles, qui ac» courut sur le champ de bataille, ne repoussa les Russes que difficilement, en risquant longtemps sa vie et en combattant contre plusieurs dragons qui Tenvironnaient Cependant Mazeppa ne venait point : les vivres commençaient à manquer. Les soldats suédois, voyant leur roi partager tous leurs dangers, leurs fatigues et leur disette, ne se décourageaient pas ; mais en Tadmirant, ils le blâmaient et murmuraient
L'ordre envoyé par le roi à Levenhaupt de marcher avec son armée, et d'amener des munitions en diligence, avait été rendu douze Jours trop tard , et ce temps était long dans une telle circonstance. Levenhaupt marchait enfin: Pierre le laissa passer le Borysthène ; et quand cette armée fut engagée entre ce fleuve et Jes petites rivières qui s'y perdent, il passa le fleuve après lui, et l'attaqua avec ses corps rassemblés, qui se suivaient presque en échelons. La bataille se donna entre le Borysthène et la Sossa^
> Sn rosse SoGSEa.
jir
Le prince Menzikoff revenait avec ce môme ' corps de cavalerie qui s'était mesuré contre Charles XII; legénéral Bauer le'suivait, et Pierre conduisait de son côté Télîte de son armée.
Les Suédois crurent avoir affaire à quarante mille combattants, et on le crut longtemps, sur la foi de leur relation. Mes nouveaux mémoires m^apprennent que Pierre n'avait que vingt mille hommes dans cette journée ; ce nombre n'était pas fort supérieur à celui de ses ennemis. L'activité du czar, sa patience, son opiniâtreté, celle de ses troupes animées par sa présence, décidèrent du sort, non pas de cette Journée, mais de trois Journées consécutives, pendant lesquelles on combattit k plusieurs reprises.
D'abord on attaqua l'arrière-garde de l'ar^ mée suédoise près du village de Lesnau, qui a donné le nom à cette bataille. Ce premier choc fut sanglant, sans être décisif. Levenhaupt se retira dans un bois et conserva son bagage. Le lendemain, il fallut chasser les Suédois de ce bois; le combat fut plus meurtrier et plus heureux : c'est là que le czar, voyant ses troupes en désordre, s'écria qu'on tirât sur les fuyards et sur lui-même, sil se retirait Les Suédois furent repoussés, mais ^
ne furent point mis en déroute.
Enfin, un renfort de quatre mille dragons ariva : on fondit sur les Suédois pour la troisième fois : ils se retirèrent vers un bourg nommé Prospock : on les y attaqua encore; Us marchèrent vers la Desna, et on les y pourfoivit Jamais ils ne furent entièrement rom-
. ^pus; maâ» ihi perdir^t i^ns de huit mille hooimes, dÉxnsept canons » quarjUJÉl^-quatre dn^peaax : le cauur fit prisomidiers chiqûaiite- 8ix officiers» et près de neuf ceali sc^dAtsu Tontee grand conTOi qu'on ameimità Caïadoi ^ demeori^aifkpoitvoiff d«vaiQqiieiir«
Ce fat la première fois< que le cizar défit e»
S person&e, dan» une batoille rangée^ ceux qnf
t ' s'étaient signalés par tmic de victoires su* bbs-
' troupes- : â reaierctaît Die» de ce succès^
\ quand il apprit qae son géitéral! Apnoiiii vck
nait de remporter un avantage en In^giiei à
quelques Ueues de Narva y airantagev ài la t6»
ritéy moins conaidérarUe que la Tict(^ïe d#
) Lesnau; mais ee concours d'éfénemenii heo^
\ reux fortifiait ses espérances et le couragr
de son armées
^ Ghaiie» XII ^iprit tontes c«r fusesth»' bo»*
"1» veUes, lors(|u'il était près de passer la DoiMa
, dan» rUkraine; Mazeppavint enfto' le tmmver r
\ il devait lui amen^ trente adlle homiBCff et
* des provisions immenses; mai» il m'arrtfv
* qu'avec dem régiments, et plutûl ett fiigttUf qui deiaandaît du secours, qu'em princ» q9ï
* ' venait en donner. Ce Cosaque avait marché*^
en effet, avec quimre à seize msMe des stener, i leor ayant dit d'abord qu'ils allaient oontivi lu
roi de Suède, qu'il» anraâeot la gMre d'anrê»' ' ter ce béroe d^ sa marcbe, et que le ciar
leur aurait une étemelle obligation d'un al
grattd service.
* • A qu^ue» milles de la Desna^ A !emr déb*
' Clara enfin son projet; mai» ces: bnevor guni
en eurent barreur: ils ne voulmpenl point tfi^
hit nm monarque doot ils &'a?aiait point h Bb plafndpe, pour xm Suédois qui venait h main •amée dans leur pays, qui, aiiirès TAVOir quitté, ne pourrait phis les défendre, et fui les lalis- «erait i ia discnéCion des Busses irrités, et des Polonais, autrefois leurs snattres et toujours leurs ennemis : ils TetonxwèrtxA ejbbez eux, et donnèrent avis au csar de la défection de leur ^ef. Il ne resta auprès de Matseppa
fi«vSron deux réginients, dont les oCUcîers eat à «ses gages.
H était encore maître de quelques places 4ab8 rukraine, et surtout de BaHiurln, Heu de •sa FésMenoe, regardé conune la capitale des Cosaques : elle «est située près ébs f(»iéts «ur la rivière de Desna, mais fort loin du ^hamp de bataille où Pii^pe arait vaincu Le- 'iFenfaaupt. Il j avait totgiouns quelques Juments russes dans cm quartiers. Le priniee tllen^koff fut détadié de Tarmée du. czar; il f «rrfva par de graoïds détours. Charles ue pouvaitgarder tons les passade» ; U ne les con* {lafesalt pas même : il avait n^Ugé de s'an- |iar^ du poste important de Starodoub qui mkie droit à Bathuria, à iraiviers sept ou huit lieiuee de forêts que âa Besna Innmse» Son «Dseni avait tonijonns sur lui Ts^antage de -eonnaltre le fiays. MenaJctefT passa siisânent avec le prince Gallitzin : on se présenta <tevant Bathnrin ; elle fut prîse ^esqiue sans ré- «fstaace, saoesgée et réduite eii cendres Un magasin destiné pour le roi de Suède, et ies trésors de Maaeppa, fnreot enlevés. Les Cosaques élurent un autre iietman, mmaoé Sfcp-
ropasky, que le czar a^réa : il voulut qu^un appareil imposant fit sentir au peuple Ténormité de la trahison; Farchevêque de Kiovie et deux autres excommunièrent publiquement Mazeppa; il fut pendu en effigie, et quelquesuns de ses complices moururent par le supplice de la roue.
Cependant Charles XII, à la tête d'environ vingt-cinq à vingt-sept mille Suédois, ayant encore reçu les débris de Tarmée de Levenbaupt, fortifié de deux ou trois mille hommes que Mazeppa lui avait amenés, et toigours séduit par Tespérance de faire déclarer toute rUkraine, passa la Desna loin de Bathurin et près du Borysthène, malgré les troupes du czar qui Tentouraîent de tous c6t tés, dont les unes suivaient son arrière-garde, et les autres, répandues au delà de la rivière* s'opposaient à son passage.
Il marchait, mais par des déserts, et ne trouvait que des villages ruinés et brûlés. Le ih>id se fit sentir, dès le mois de décembre, avec une rigueur si excessive que, dans une de ses marches, près de deux mille hommes tombèrent morts à ses yeux : les troupes du czar souffraient moins, parce qu'elles avaient plus de secours; celles de Charles, manquant presque de vêtements, étaient plus exposées à Tàpreté de la saison.
Dans cet état déplorable, le comte Piper, ehancelier de Suède, qui ne donna jamais que de bons conseils à son maître, le conjura de rester, de passer au moins le temps le plus rigoureux de Fhiver dans une petite ville de
l*Ukraine, nommée Romna, où il pourrait se fortifier, et faire quelques provisions par le secours de Mazeppa. Charles répondit qu*il n'était pas homme à s'enfermer dans une ville. Piper alors le conjura de repasser la Desna et le Borysthène, de rentrer en Pologne, d'y donner à ses troupes des quartiers dont elles avaient besoin, de s'aider delà cavalerie légère des Polonais qui lui était absolument nécessaire, de soutenir le roi qu'il avait fait nommer 6t de contenir le parti d'Auguste, qui commençait à lever la tète. Charles répliqua que ce serait fuir devant le czar, que la saison deviendrait plus favorable, qu'il fallait subjuguer l'Ukraine et marcher à Moscou K
Les armées russes et suédoises furent quelques semaines dans l'inaction, tant le froid fut dolent au mois de janvier 1709; mais dès que le soldat put se servir de ses armes, Charles attaqua tous les petits postes qui se trouvèrent sur son passage. Il fallait envoyer de tous côtés des partis pour chercher des vivres, c'està-dire pour aller ravir à vingt lieues à la ronde la subsistance des paysans. Pierre, sans se hâter, veillait sur ses marches, et le lais-* sait se consumer.
Il est impossible au lecteur de suivre la marche des Suédois dans ces contrées ; plusieurs rivières qu'ils passèrent ne se trouvent point dans les cartes : il ne faut pas croire que les géographes connaissent ces pays comme nous connaissons l'Italie, la France et l'Ai-
* Avoué par le chapelam Norberg, tome II, p 8C3.
lensgue; la gà&ga^pbéid ek eoaone da^w Im jBTts eeltti qui « le plus besoin d'être {Mérfeo* itionné : «trnnbitioft a jusqu'ici pris plus 46 jBOin ée «Lévaster lu 4en« qpe de Jia décrirai
€oiiteiiioii&-Mus de «avoir que Gbaiies enfin itray^ersa Haute VUknme au mois de lévrier, brâlant partout <âes fillages^ et en trouvant que ies BinMes ai^alient ï^lé». U )a'ava«içA au Md-es^ ju8qu!a«x déaertfit addes bordés par 4a8monta3nie8 qui jsépanent les Tartares Nogals ûfis GosiH|iies>dii Tanals : ciest à rorienl; àQ «es montagnes que sontilesautels d'Aiecftodre. a se trouvait donc aiii d^ de l'Ukraine dans le diemlfi que pr^nient les Tartares pour aller en Rufiflde:; etquand Mifutià., U fallut reîlîoiiuv •nar eur ses pas ipom* smbsisier : ler luabitants se cadiaient dans «des tanières a/vec lieors iiSHH diaux; ils idispntaiient quielquefois leur bouplittm anactfoldate qui ¥en«ke«t renlever; tes pagnsaDs dont >Qn puft se fifàm (ureat mis à «ort::!Ce sont là, tditHm» Im droits de la ^gneme j Ae dess transcrire ici (Çuekiues lignes ■du chapelain Norbeiis * » P^f^r faire voir^ ditil, couAten le^wi mmmi l» jtmice^^nom inaérerons un MiUet 4e w tmin au ^colonel Hielmen : « Monsieur le colonel, je suis bien ;aise qn'^n ait .attrapé tes paysans qui ent:enlevé un ÂnédDis ;: qitaiid 4MI ies auna oonvain* CVS de èeur cntoe^ on les punira soivaiit f«Rigeûoe du cas, en les faisaui mourir.
€iMiRun« et pins Ivis Bisaïa. m Tels sont tes •entimente de jnstloeretd'bumanité d^ cou-
* Tome II, p. ïïi%
ii^sMSiir d'un roi; mzH 8t kà pAystâf de rukratoe avalent pa faire peadré de» paywmtf d'Q^arogoâHe enrégimenté»; Q8i se croyatîettt ' en jlrolt de venir de i^ lohi leur ravir la* no«fritare de leun feii»nefl> et delisurs enfkntK leacondésieurs et le» cftapdfebiK» âet ces Ukra-^ niens n'aoraffenl-ik pas pu bénfr leur JifôtkTef
Mait^% ttégociftft depois longtemps avee les Zapenivfeais ciui babttent vers les dent rf-^ veii du^ Borystbèiie^ el dont «te partie habile les lies ds ee fleuve K (Test cette partie q«f con^Mse ce peuple sans femates et sai» famdlieSf soMstant de nQ)MeB, entassant leurs' prcuvlsiofis dans leurs îie9 pemdeuil Thiver, et les àiuirt v«ndte au print^nps dtos la petite ygBiè de Pultava; les autres habitent des bimrgs à ùPMh et à gSRicbe du fleuve. Tous ensemble cMsteent un hetiuan particulier, et cet hetnan est surbcHrdonné à celui de rUkraifie. Crtui qui était alors à )s tête des Zaporavieiw alla tnmver Itoeppai; ces deux barbares s'abouchèrent, faisant porter chacun devasp^} eux ime queue de eherval et une massuei
Po«r ftkirs connattre ce que c'était que* cet hetman des Zaporavtens et sou peuple, Je m crote pae" iadigne de lUistcÉre de rapporter comment le traité fut fiiit Utzepp» dtoca uar grand repaoïr, servi svec quelque vadsseme* d*aiig8Bl, k rhetman zapofuvlen et ft se^prin^ cipaux of Aciers : quand ces dkeft fluvnt ivres d'eaurde-vie, ito jurèrent ài table, sur rEvragi^, qu*il0 DDumiraieBi de0 Itonfines et des vl^
Très à Charles XII ; après quoi ils eniportèrent la vaisselle et tous les meubles. Le maître "«l'hôtel de la maison courut après eux, et leui remontra que celte conduite ne s*accordait pas avec TEvangile, sur lequel ils avaient juré; les domestiques de Hazeppa voulurent reprendre la vaisselle : les Zaporaviens s^attroupèrent; ils vinrent en corps se plaindre à Mazeppa de Taifront inouï qu'on faisait à de si braves gens, et demandèrent qu'on leur livrât le maître d'hôtel, pour le punir selon les lois : il leur fut abandonné, et les Zaporaviens»
selon les lois, se jetèrent les uns aux autres ce pauvre homme, comme on pousse un ballon; après quoi on lui plongea un couteau cUins le cœur.
Tels furent les nouveaux alliés que fut obligé de recevoir Charles 1(11; il en composa un régiment de deux mille hommes : le reste marcha par troupes séparées contre les Cosaques et les Kalmouks du czar, répandus dans ces quartiers.
La ville de Pultava, dans laquelle ces Zaporaviens trafiquent, était remplie de provisions, Bt pouvait servir à Charles d'une place d'armes : elle est située sur la nviôre de vorskia, ftssez près d'une chaîne de montagnes qui 1». dominent au nord ; le côté de Torient est uii vaste désert ; celui de Toccident est plus fertile et plus peuplé. La Vorskia va se perdre, à quinze grandes lieues au-dessous, dans le Borysthène. On peut aller de Pultava au septentrion gagner le chemin de Moscou, par les défilés qui servent de passade aux Tartares s
cette roxM est difficile ; les précautions da czar rayaient rendue presque impraticable :
mais rien ne paraissait impossible à Charles, et il comptait toujours prendre le chemin de Moscou après s'être emparé de Pultava : il mit donc le siège devant cette ville au commencement de mai.
XVin. ^ Bataille de Pultava
G*est là que Pierre Tattendait : il avait disposé ses corps d'armée à portée de se joindre et de marcher tous ensemble aux assi^eants.
Il avait visité toutes les contrées qui entourent rukraine, le duché de Séverie où coule la Çesna, devenue célèbre par sa victoire, et où cette rivière est déjà profonde ; le pays de Balcho, dans lequel TOcca prend sa source ; les déserts et les montagnes qui conduisent aux Palus-Méotides : il était enfin auprès d'Azoph, et là il faisait nettoyer le port, construire des vaisseaux, fortifier la citadelle de Taganrok, mettant ainsi à profit, pour l'avantage de ses Etats, le temps qui s'écoula entre les batailles de Desna et de Pultava.
Dès qu'il sait que cette ville est assiégée, il rassemble ses quartiers. Sa cavalerie, ses dragons, son infanterie. Cosaques, Ralmouks, s'avancent de vingt endroits ; rien ne manque à son armée, ni gros canon, ni pièces de campagne, ni munitions de toute espèce, ni vivres, ni médicaments : c'était encore une so* périorité qu'il s'était donnée sur son rival.
Le 15 Juin 1709, il arrive devant Pultava
tftc une avnée d^enviroft soiiante Éfto cettV' battAikts. L» ririère VorskJa était cntfs M et Cbarie»; les assiégeantd an MnrcN>i]«it| te Russes a« sud^efl.
Pierre remottte la ririère an-dearas dv 1»
ville; établit se» pooti^ fait passer son aneée» et tire un long retranchement qtt*oii eos»* mence et qii^on achève en une seule nuit, visà-vis Tarmée ennemie^ Charles pot jnger alors si celui qu'il méprisait et qu'il comptait détrônera Moscou, entendaift Tart de la guerre. Cette disposition faite» Pierre posta s» eava^ lerie entre deux bois» et la eounrrlt de plusieurs redoutes gandes» d'artillerie. Tontlas les) mesures ainsi prises^ il va reconnaître lecamp des assiégeants pour en fomer Pattaque»
Cette bataille allait décider du destin de le Russie, de la Pc^ogne, de la Suède» et de dJ^uc monarques* sur qui FEiirope> avait les yeux.. On ne savait, chea la pLiip6n*t' des nationS' attentives à ces grands intérêts, ni 06 étaient ces ùswL princes^ ni quelle était leur irttoa^ tion : mais» a^rès ai^oir tu partir de Saxe»
Charles Xll victofieux à la tête de Tarmée la plus formidable, après avoir sa qn^il pennnii<» vait partout son ennemi, ea> ne doutait pas qu'il ne dût raccabler ; et qu'ayant deoné des^ lois en Danemark, en Poii^gueyen iittemagnei il n*aUàt dicter, duv^ le Kr^nelin de Moscou, le» comlitions de la pidx et faire nr ciar, après; avoir fait un roi de Pologne; Tal v» éw lettres de i^usieurs ministres c|ai conUmiaient leura eours dann cette opiaic» généntlei'
Le risque n^étaît point égal entroeeedeiti
zivam* S tCbarlBB p^d^t une vie tant de lob
fKTOdîgiiée, ce n^étalt «près tout qu'un béros
ae moine. Les provjiiDces de rUJ&ralne, les
ilroiiitièi^ de hWmwale et .de Russie, oes-
sslmit citons 'd'être àévmtéeiBi la PoIo^rq- r
.prenait» tme ssl tranquillité, son iroi lâritime,
d^ jiéicQncillié a^ec Jie eeai:, son bienâdieur. i
l^Siiède(eiii£2),##séecd'bo«mne6 et d'arsent, i
fiouirait tponvar des motils de oonsoliatjon :
jnalasi Je^esar périssait, ^es tnwanx jmoieases,
utiles à tout le genre humain, étalent ense-
wtiÙM awee iui, 0t ie ^plus vaste empire de la
lerre retombait .dans Je chaos 4ûnt il étstt à
peine tiré.
OuQ}q^esoo]lps suédois let russes avâieiM; été g>lus d'une fois laux mains ^us les muns delà Kûle. '(parles, .dans une de ces rencontres, aidait élé «tressé d'un coup de carabine qui lui fracassa isys os du pied;; il essuya des topératkms douloureuses âu'il soutînt avec soa courage ordinaire, 'et fut .obligé d'être quelques .Joufs au lit Dans cet^t il appnlt que Pierre ^vaJyt lîattaquer,: «es idées de gloire ne lui p^<9tnirent pas dJe l'attendre dans ses retran^ ^dmneats; il sortit des siens, en jse faisant porsiier sur un brancard. Le journal de Pierre le Grand arwe que les Suédois attaquèrent av6C une vaXeur à opiniâtre lesredoutes garnies de caiM^is «qui protégeaient sa cavalerie, que, malgré sa résista^iee et «algré un feu «ontinuel* ilis ee rendinaot malAnes de deux redoutes. On a écrit que Tinfaniieriesuédoiset jmaltnesse 4e 4eux redoutes, «crut la bataiUa gi^goée et cria ^jctoire.1 1» Gb.apelain .Nqip-
berg, qui était loin du champ de batailla, aa bagage (où il devait être), prétend que c^est une calomnie; mais que les Suédois aient crié victoire ou non, il est certain qu'ils ne Teurent pas. Le feu des autres redoutes ne se ralentit point, et les Russes résistèrent partout avec autant de fermeté qu'on les attaquait avec ardeur. Ils ne firent aucun mouvement irrégulier. Le czar rangea son armée en bataille, hors de ses retranchements, avec ordre et promptitude.
La bataille devint générale. Pierre faisait dans son armée la fonction de général major; le général Bauer commandait la droite, Menzikoflf la gauche, Sheremeto le centre. L'action dura deux heures. Charles, le pistolet à la main, allait de rang en rang sur son brancard, porté par ses drabans ; un coup de canon tua un des gardes qui le portaient, et mit le brancard en pièces. Charles se fit alors porter sur des piques ; car il est difficile, quoi qu*en dise Norberg, que dans une action aussi vive on eût trouvé un nouveau brancard tout prêt Pierre reçut plusieurs coups dans ses habits et dans son chapeau : ces deux princes furent continuellement au milieu du feu pendant toute l'action. Enfin, après deux heures de combat, les Suédois furent partout enfoncés : la confusion se mit parmi eux, et Charles XII fut obligé de fuir devant celui quMl avait tant méprisé. On mit à cheval, dans sa fuite, ce même héros qui n'avait pu y monter pendant la bataille: la nécessité lui rendit un peu de force: il courut en souffrant
d'extrêmes douleurs, devenues encore plus cuisantes par celle d'être vaincu sans ressource. Les Russes comptèrent neuf mille deux cent vingt-quatre Suédois morts sur le champ de bataille ; ils firent pendant Faction deux à trois mille prisonniers, surtout dans [ la cavalerie.
\ Charles XII précipitait sa fuite avec environ
I quatorze mille combattants, très peu d'artil-
' lerie de campagne, de vivres, de munitions
et de poudre. Il marcha vers le Borysthène, au midi, entre les rivières de Vorskla et I de Sol S dans le pays des Zaporaviens. Par
delà le Borysthène, en cet endroit sont de grands déserts qui conduisent aux frontières de la Turquie. Norberg assure que les vainqueurs n'osèrent poursuivre Charles; cependant il avoue que le prince Menzikoff se présenta sur les hauteurs avec dix mille hommes de cavalerie et un train d'artillerie considérable, quand le roi passait le Borysthène.
' Quatorze mille Suédois se rendirent pri-
sonniers de guerre à ces dix mille Russes :
Levenhaupt, qui les commandait, signa cette ' fatale capitulation par laquelle il livrait au
i ezar les Zaporaviens qui , ayant combattu
pour son roi, se trouvaient dans cette armée fugitive. Les principaux prisonniers faits dans la bataille, et par la capitulation, furent le comte Piper , premier ministre, avec deux secrétaires d'Etat, et deux du cabinet; le feldmaréchalRenschild, lesfénéraux Levenhaupt,
SHpenbak, Rosen, Stakelber, CrentE, flumilix>n ; trois aides de camp généraux, raiiéiteiir générât de Tarmée, cinqnante^iieaf officiers de l'état-major, cinq colonels, parmi lesquels ^rteft un prince de Wirtemberg; seiae mfile fieaf «ent quarante-deux soldats ou bas-olliciers; enfin, en y comprenant îst
ques <kL roi et d'autres personnes suivant rannée, il y en eut dix-tait mille sept cent ^|uaran<fee-sa au pouvoir du vainqueur; «e qui, joint aux neuf mille deux cent vingt- ^luatre qui furent tués dans la bataille, et à près de deux mille hommes qui passerait le vorysthène i la suite du roi, fait voir quMl ftvarten effet vlngtnsept mille combattants fious ses ordres dcns cette journée mémorable*.
H était parti de Saxe avec quaraute'Cfaa nodlle combattants; Levenhaupt en avait amené plus de seize mille de Livonie; rien ne restait de toute cette armée florissante, et d'une nombreuse artillerie p«^ue dans ses marches, enterrée dans des marais, il n'avait conservé que 4ix-huft canons de fonte, deux obus et douze mortiers. Cétait avec ces faibles armes qu*il avait entrepris le siège de Pultasa, et qu'il avait attaqué une armée pourme d*une artillerie formidaMe : aussi racouae-t-
4 On a imprimé il Anurterdui^, en 4X80, les mèmoinr de Pierre to Qrm^ par le pféteada boyard Ivaa Nè»tesuranoy. U est dit dans ces mémoires qae le roi de Suéde, avant de passer le Borysthène, envoya im offleier général offrir la paix an czar. Les quatre tomes de ces mémoires sont nn lissa de faussetés et dlnepties pareilles on de gazettes compilées.
oacTavc^ montré depuib» ssKi départ d^AUe»
magne plus de valeur que de prudence* Il n'y eut de morts», du côté des Russes^ que clnquante-deuXr officiers et douze cent quafnrep vingt-treize sc^date : c'est une preuve <|ue leur disposition était meilleure qiue celle de Chwl^ et que leur feu fut infiniment supé^ rieur»
Un ministre envoyé k la. cour du caar pré^ tend, dans ses mémoireSy que Pierre ayant appris le dessein de Charles Xil de se retirer chez les Turcs, lui écrivit pour le cox^'urer de ne point prendre cette résolution désespérée, et de se remettre plutôt entre ses buuo» ^u*entre cellei»de Feanemi naturel de tous Tes princes chrétiens^ Il lui donnait sa pa^ rôle dlumneur de ne point le retenir prisonxûer et de terminer leurs difiBérends par une paix raisonnable. La lettre- fut portée par un exprès jusqu'à la rivière de Bug, qui sépare les déserts de rukraine des Etats du gmcd-se^neur. n arriva loi^que Charles' était déj4 en Turquie^ et rapporta la lettre à son maître. Le ministre sgoute qu'il tient ce fatt de oeliri^ même qaà avait été chargé^ de la lettre; Cette aneedote^ ik'est pas sans wai-* semblanee, mais eMene se trottve ni dam le journal de Pierre le Grand;, ni dan» aueuB«de» mémeires qu'on mi'a eoiiiîé&. Ge qui ttit le plafi important dans c^^ bataille, c^eet qne; de toute» celles qui ont jamais' ensanglanté' la terre* e'^est 1* seule ^t au lieui de ne produire que la destruetbn , ait servi aif bon^ heur dtt genre humain, puisqu'elle » donné-
au czar la liberté de poUcer une s^nde par* tie du monde.
Il s'est donné en Europe plus de deux cents batailles rangées depuis le commencement de ce siècle jusqu'à Tannée où j'écris. Les victoires les plus signalées et les plus sanglantes n'ont eu d'autres suites que la réduction de quelques petites provinces, cédées ensuite par des traités et reprises par d'autres batailles. Des armées de cent mille hommes ont souvent combattu; mais les plus violents efforts n'ont eu que des succès faibles et passagers : on a fait les plus petites choses avec lesplus grands moyens. Il n'y a point d'exemple, dans nos nations modernes, d'aucune guerre qui ait compensé par un peu de bien le mal qu'elle a fait; mais il a r&ulté de la journée de Pultava la félicité du plus vaste empire de la terre.
XIX.— Suites de la victoire de Pnltava. Cliarles XII réfugié chez les Turcs. Angnsle, détrôné par lai,rentre dans ses Etats. Conquêtes de Pierre le Grand.
Cependant on présentait au vainqueur tous les principaux prisonniers; le czar leur tt rendre leurs épées, et les invita à sa table. Il est assez connu qu'en buvant à leur santé il leur dit : « Je bois à la santé de mes maîtres dans l'art de la guerre; » mais la plupart de ses maîtres, du moins tous les officiers subalternes et tous les soldats, furent bientôt envoyés en Sibérie. Il n'y avait point de cartel ft entre les Russes et les Suédois : le czar en
arait proposé un ayant le siège de Pultara, Charles le ref osa, et ses Suédois furent en tout les victimes de son indomptable fierté.
C'est cette fierté, toujours hors de saison, qui causa toutes les aventures de ce prince en v.
'/urquie;. et toutes ses calamités plus dignes d'un héros de VÂriosle que d'un roi sag9; car, dès qu'il fut auprès de Bender, on lui *^
conseilla d'écrire au grand vizir, selon l'usage, t
et il crut que ce serait trop s'abaisser. Une pareille opiniâtreté le brouilla avec tous les ministres de la Porte successivement ; il ne savait s'accommoder ni au temps ni aux lieux K '
Aux premières nouvelles de la bataille de .
Pultava, ç« fut une révolution générale dans les esprits et dans les affaires en Pologne, en Saxe, en Suède, en Silésie. Charles, quand il donnait des lois, avait exigé de l'empereur d'Allemagne, Joseph !«', qu'on dépouillât les catholiaues de cent cinq églises en faveur
[ des Silésiens de la confession d'Augsbourg;
I les catholiques reprirent presque tous les
temples luthériens dès qu'ils furent informés de la disgrâce de Charles. Les Saxons ne songèrent qu'à se venger des extorsions d'un vainqueur qui leur avait coûté, disaient-ils, vingt-trois millions d'écus. Leur électeur, roi de Pologne, protesta sur-le-champ contre rabdication qu'on lui avait arrachée; et, étant
^ Lalfotraye, dans le récit de ses voyages, rapporte une lettre de Charles XII an grand yizir; mais cette lettre est fausse, comme la plupart des récits de ce voya> geur mercenaire, et Norberg lui-même avoue que le ' roi de Suède ne voulut Jamais écrire au grand vizir.
rentré dans les bonfi«s grâces <!n ezar, 'il i^ampressa de remo&ter sur le tH^e de Pologne. La Suède, oonsterBée, crmt loBgtenps mm roi mort, et 4e cénat ineertata ne pouvait prendre aucun parti.
Pierre prit ineotitinent c^ui de profiter de %a ▼tctob*e : il fait partir le maréonal Sbereneto avec une armée pour la Livonle, sur les frontières de laquelle ce général «tétait signalé tant de Ms. Le prince Menciitoff fat envejé en idiligence arec une nombreuse cavalerie pour seconder le peu de troupes latoôes en Mogne, peur eneourager towte la noblesse du parti d'Auguste, pour chasser le compétiteur ^e Ton ne regardait plus que comme un tiebelle, et powr dissiper quelques troupes suédoises qui restaient encore sous le général suédois Granau.
Pierre part bientût liM-ciième, passe par la Elofie, par les palatlnats de Ghelm et de la kaiute Volbinie, arrive k Lublin, se concerte «iree le général de la Llthuanie ; fl yoft ensuite les troupes de la couronne, qid prêtent servent de fidélité au roi Auguste ; de là il se -i«nd à Varsovie, et îoidt à Thom du plus beau de tous les triomphes, celui de recevoir les remerctsMnts d*un roi auquel fl rendatt ses Etats. CestlàqU'Ë conclut «in traité contre la /Suède a¥ee les rois de Danemark, de Mo^ gne et de Prusse. Il s'agissait déjà de reprendre loiÉes les ccmquètes deiGvstsre-Adolphe.
Pierre fUsait revivre les anciennes préiten- Itia&s des ezars sur la Uvonie, ringrie, la GaiiéUe* et sur une partie de la Finlande; le De-
I nevark revendiquait la Scaaie; le loi da Pruseey la PoméraBie.
' Lar valeur infortuikée de Charles ébranlait
ainsi tous les édifices que la valeur heureuse de Gustave-Adolphe avait élevés. La noblessepolonaise venait en foule confirmer ses se^-
i . ments à son roi, ou lui demander pardon de l'avoir abandonné ; presque tous reconnais-
^ saient Pierre pour leur protecteur.
Aux armes du czar, à ses traités, à cette révolution subite, Stanislas n'eut à Imposer que sa râsdgnation: il répandit un écrit (m*oa appelle Universalf dans lequel il dit qu*û est prêt à renoncer ^ la couronne si la» ropubUquePexige.
I Pierre, après avoir tout concerté avec le rof
I de Pologpsep et ajant ratifié le traité avec le Danemark, partit incontinent pour achever sa négociation avec le roi de Prusse.
Il n'était pas encore en usage chea les sour verains d aller faire euxrmêmes les fonctions de leurs ambassadeurs : ce fut Pierre qui introduisit cette coutume nouvelle et peu sni'-* vie. L'électeur de Brandebourg, premier roi de Prusse,, alla conférer avec le czar à Marienverder, petite ville située dans la partie occidentale de la Poméranîe, bâtie par les chevaliers teutoniqucs» etenolavée dans la ftsière de la Prusse devenue royaume. Ca royaume était petit et nauvre, mais son noiir yeau roi y étalaitr^Mandil voyageait«vIapompe la plus fastueuse-; c'est dans cet éclat qull. avait d^Areçu Pierre Ason premier passage,»
quand, ce prince (juitta son empire, pour àuer
sMnstrnire chez les étrangers. Il reçut le vain« queur de Charles XII avec encore plus de magnificence. Pierre ne conclut d'abord avec le roi de Prusse qu'un traité défensif, mais qui ensuite acheva la ruine des affaires de Suède.
Nul instant n'était perdu. Pierre, après avoir achevé rapidement les négociations, qui partout ailleurs sont si longues, va joindre son armée devant Riga, la capitale de la Livonie, commence par bombarder la place, met le feu lui-même aux trois premières bombes, forme ensuite un blocus, et, sûr que Riga ne peut lui échapper, 11 va veiller aux ouvrages de sa ville de Pétersboug,à la constuction des maisons, à sa flotte ; pose de ses mains la quille d'un vaisseau de cinquantequatre canons, et part ensuite pour Moscou.
Il se fit un amusement de travailler aux préparatifs du triomphe qu'il étala dans cette capitale; il ordonna toute la fête, travailla lui-même, disposa tout
L'année 1710 commença par cette solennité nécessaire alors à ses peuples, auxquels elle inspirait des sentiments de grandeur, et agréable à ceux qui avaient craint de voir entrer en vainqueurs dans leurs murs ceux dont on triomphait: on vit passer, sous sept arcs magnifiques, l'artillerie des vaincus, leurs drapeaux leurs étendards, le brancard de leur roi, les soldats, les officiers, les généraux, les ministres prisonniers, tous à pied, au bruit des cloches, des trompettes, de cent pièces de canon, et des acclamations d'un peuple innombrable, qui se faisaient entendra
quand les canons se taisaient Les yainquenra à cheval fermaient la marche, les généraux à la tête, et Pierre à son rang de général major. A chaque arc de triomphe on trouvait des députés des différents ordres de TËtat et au dernier, une troupe choisie de jeunes enfants de boyards vêtus à la romaine, qui présentaient des lauriers au monarque victorieux.
A cette fête put>lique succéda une cérémonie non moins satisfaisante. Il était arrivé, en 1708, une aventure d^autant plus désagréable que Pierre était alors malheureux. Matéof, son ambassadeur à Londres auprès de la reine Anne, ayant pris congé, fut arrêté avec violence par deux officiers de justice au nom de quelques marchands anglais, et conduit chez un juge de paix pour la sûreté de leurs créances. Les marchands anglais prétendaient que les lois du commerce devaient remporter sur les privilèges des ministres : l'ambassadeur du czar, et tous les ministres publics qui se joignirent à lui, disaient que leur personne doit être toujours inviolable. Le czar demanda fortement justice, par ses lettres, à la reine Anne; mais elle ne pouvait la lui faire, parce que les lois d' Angleterre permettaient aux marchands de poursuivre leurs débiteurs, et qu'aucune loi n'exemptait les ministres publics de cette poursuite. Le meurtre de Patkul, ambassadeur du czar, exécuté Tannée précédente par les ordres de Charles XII, enhardissait le peuple d'Angleterre à ne pas respecter un caractère si cruellement profané : les autres ministres qui étaient alon
à Londres' furent obligés de répondra pot»
celai du czar ; et enfin tout ce gue put faire la reine en sa faveur, ce Ait crengager lei^^ Parlement à passer un acte par«léqu^ doré^ navant 11 ne serait plus permto de mre arri^' | ter un ambassadem* pom* 068 dette» ; mai» ^ après la bataille de Pultava i! Mut faire* tam Batlsfsiction plus aathentf<}u& La raine loi ûî des excuses publiques par nue ambassade solennelle. H. de Widworth, ehoi^ peur eetl0 cérémonie» commença sa harangue par cei^ mdts ; Trè$ haut et trèg pwissutnt' empensmrm i n lui dit qu^on avait mSs en prfso» cëvi ^uf avalent osé arrêter soit ambasBadetuff 0t qu'on les avait déclarés fnf&mes; n*en était rien, mai9fl suffisait d^Ie dire; et le titre* d'empereur, que la reine ne lui donnait pa»
avant la bataille de Pultava, nvarquait mêmhla considération qu'A avait en Europe. On htf donnait déjà communément ce titre ea HoK lande ; et nonnsenlement ceur qui ravalent va travailler avec eui dans^ les chantiers de Sajp*' dam,, et qui s'intéressaient davantage k sm gloire, maisr tous les principaux de PEtat Tap^ pelaient à Tenvl du nom d empereur, et eé!é-« braient sa victoire par des l^tear en prâsenm du ministre de Suède.
Cette considération unfferselle qaTU Mtaif donnée par sa victoire, Û Tàugmeittait en nef
Eerdant pas un moment pour en profiler. El* ing est d'abord assiégée : c^est une tille hau* aéatique de la Prusse royafe en Pologne ; les^ Suédois y avalent encore une gamnon. Lm Russes montent à Tassaut, entrent daw 1»
iriUe^ et la garaison se rend prisonnière de ^guen^e i cette place était un des grands magaaios de rèarles XII; on y trouva cent qnatre-TJDgt^PQis canons de Ixronie, et cent cin-
Suante-sept «ortieirB. Aussitôt Pierre se h&te *iato de (tfoscou à Pétyrsbourg : à peine arriy&f il s'entorque sous sa nouvelle forteresse 4e GrooAk>t, eôtoie les «Otes (le la Garélfe, et, Oïalgré une violente tempête, Il amène sa flotte devant Vîborg, la capitale de la Carè* Ue >ea FinLuide, tandis que ses troupes de itenie approchent sur des marais ^acés ; la ?ille est investie, et le blocij» 4e la capttale 4e la LbfGQxe est resserré. Viboirg se read bienti^t apr^ la brèdie fiite, et une garnliBon, composée d'envinon quatre mille hommes» capitule, mais sans pouvoir <^bten!r les bonneurs de la guenne; eUe fut faite prison- Sûiuûère malgré la capitulation. Pierre se j^aignalt de i^osieurs infractions de la part Jes Suédois; il promit de rendre la liberté à ces troupes quand les Suédois auraient uHstùi h ses plaintes : il falM smr cette affaire demander les ordres du roi de Suède, toujours inflexible ; et ces soldats, que Charles aurait pu délivrer, restèrent captifs. (Test ainsi que le prince d^Orange, roi d'Angleterre, Guillaume Ilf, avait arrêté, en 1695, le maréchal de BouflQers, malgré la capitulation de Namur. Il y a plusieurs exemples de ces violations, et il serait à souhaiter qu^il n*y en eût point
Après la prise de cette capitale, le siège de Riga devint bi^^tôt un si^?e régulier, poussé
.avec vivacité : il fallait rompre les gflaces
' dans la rivière de puna, qui baigne au nord les miH*s de la ville. La contagion qui désolaH depuis Quelque temps ces climats se mit dans Tarmée assiégeante, et lui enleva* neuf mille hommes : cependant le siège ne fut point ralenti; il fut long et la garnison obtint les honneurs de la guerre ; mais on stipula dans la capitulation que tous les officiers et soldats
. livoniens resteraient au service de la Russie comme citoyens d'un pays qui en avait été démembré, et que les ancêtres de Charles XII «y^lOUt usurpé ; les privilèges dont son père avitit dépouillé les Livoniens leur furent renms, et tous les officiers entrèrent au service du czar : c'était la plus noble vengeance qu^il
/ pût prendre du meurtre du Livonien Patkul, son ambassadeur , condamné pour avoir défendu ces mêmes privilèges. La garnison était composée d'environ cinq mille hommes. Peu de temps après, la citadelle de Pennamunde fut prise; on trouva, tant dans la ville que dans ce fort, plus de huit cents bouches à feu.
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