XIX. — Suite
Il manquait, pour être entièrement maître de la Ciirélîe, la forte ville de Kexholm sur le lac Ladoga, située dans une île, et qu*oa regardait comme imprenable ; elld.fut bombardée quelque temps après et bientôt r^n* due. L'île d'Oesel, dans la mer qui borde le nord de la Livonîe, fut soumise^vec la môme rapidité.
Du côté de TEsthonie, province de la Li* vonie, vers le septentrion et sur le golfe de Finlande, sont les villes de Pemau et de Revel; si on en était maître, la conquête de la Livonie était achevée. Pernau se rendit après un siège de peu de jours, et Revel se soumit
•ans qu^on tirât contre la ville un seul coup de canon; mais les assiégés trouvèrent le moyen d'échapper au vainqueur dans le temps même qu'ils se rendaient prisonniers de guerre : quelques vaisseaux de Suède abordèrent à la rade pendant la nuit ; la garnison s'embarqua» ainsi que la plupart des bourgeois; et les assiégeants, en entrant dans la ville, furent étonnés de la trouver déserte. Quand Charles XII remportait la vic- , toire de Narva, il ne s'attendait pas que ses troupes auraient un jour besoin de pareilles ruses de guerre.
En Pologne, Stanislas, voyant son parti détruit, s'était réfugié dans la Poméranîe, qui restait à Charles Xli; Auguste régnait, et il était difficile de décider si Charles avait eu plus de gloire à le détrôner que Pierre à le rétablir.
Les États du roi de Suède étaient encore plus malheureux qil^ lui : cette maladie contagieuse, qui avait ravagé toute la Livonie, passa en Suède, et enleva trente mille per- . sonnes d^s 4a seule ville de Stockholm ; elle y ravagea leâ provinces, déjà trop dénuées d'habitants; car,, pendant dix années de suite, la plupart ét^nt sortis du pays pour aller périr à la suite de leur maître.
Sa mauvaise fortune le poursuivait dans la Poméranie. Ses troupes de Pologne s'y étaient retirées, au nombre de onze mille combattants ; le czar, le roi de Danemark, celui de Prusse, rélecteur d'Hanovre, le duc de Holstein, s'unirent tous ensemble pour rendre cette année
inutile, et pour forcer le général Crassau, qui la commandait, à la neutralité. La régence de Stockholm, ne recevant point de nouvelles de son roi, se crut trop heureuse, au milieu de la conts^gion qui dévastait la ville, de signer cette neutralité, qui semblait du moins devoir écarter les horreurs de la guerre d^une de ses provinces. L*empereur d'Allemagne favorisa ce traité singulier : on stipula que l'armée suédoise qui était en Poméranie n en pourrait sortir pour aller défendre ailleurs soa monarque ; il fut même résolu dans Tempire d'Allemagne de lever une armée pour faire exécuter cette convention, qui n'avait point d'exemple : c'est que l'empereur, qui était alors en guerre contre la France, espérait faire entrer Tarmée suédoise à son service. Toute cette négociation fut conduite pendant que Pierre s'emparait de la Livoniey de l'Esthonie et de la Garélie.
Charles XII, qui pendant tout ce temps-là faisait Jouer de Bender à la Porte Ottomane tous les ressorts possibles pour engager le divan à déclarer la guerre au czar, reçut cette nouvelle comme un des plus funestes eoups que lui portait sa mauvaise lortune : il ne put soutenir que son sénat de Stockholm eût lié les mains à son armée : ce fut alors qu'il lui écrivit qu'il enverrait une de ses Dottes^ur le gouverner.
Les Danois cependant préparaient une descente en Suède. Toutes les nations de l'Eu* lY>pe étaient alors en guerre; l'iiispagnet le Portugal, ritalie, la France, l'Allemagne, U
Bollande^ TAngleterre, combattaient eneort pour la succession du roi d'Espagne Charles II, et tout le nord était armé contre Charles XII. Il ne manquait qu'une qu^^lle avec la Porte Ottomane pour qu'il n'y eût pas un village d^Europe qui ne fût exposé aux ravages. Cette qœrelle arriva lorsque Pierre était au plus haut point de sa gloire, et préciflément parce qK*U y était.
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