‹ Histoire de l'empire de RussieChapitre 8 sur 15 · I.— Campagne da Prath · texte numérisé non relu

I.— Campagne da Prath

Le sultan Achmet Ili déclara la guerre ft Pierre i^; mais ce n^était pas pour le roi de Suède; c'était, ccmime on le croit bien, pour ses seuls intérêts. Le kan des Tartares de Crimée voyait avec crainte un voisin devenu si puissant La Porte avait pris ombrage de ses vaisseaux sur les Palus-Méotides et sur la mer Noire ; de la ville d'Azof fortiAée, et du port de Taganrok, déjà célèbre; enfin, devant de grands succ^, et de l'ambition oue les succès augmentent toujours.

11 n^est ni vrais^nblaldeni vrai que laPorto Ottomane ait fait la guerre au czar vers loi

Palus*Méotides, parce qu^un vaisseau suédois avait pris sur la mer Baltique une barque dans laquelle on avait trouvé une lettre d'un n^mstre qu^on n^a jamais nommé. Norberg décrit que cette lettre contenait un plan de la conquête de Tempîre turc, que la lettre lut portée à Charles XII, en Turquie, que Charles l'envoya au divan, et que sur cette lettre la guerre fut déclarée. Cette fable porte assez avec elle son caractère de fable. Le kan des Tartares, plus inquiet encore que le divan de Constantînople du voisinage d^Azof, fut celui qui, par ses instances, obtint qu'on entrerait en campagne.

La Livonie n'était point encore tout entière au pouvoir du czar, quand Achmet 111 prit, dès le mois d'auguste, la résolution de se déclarer. Il pouvait à peine savoir la reddition de Riga. La proposition de rendre en argent les effets perdus par le roi de Suède à Pultava 8^ait de toutes les idées la plus ridicule, si celle de démolir Pétersbourg ne l'était davantage. Il y eut beaucoup de romanesque dans la conduite de Charles à Bender; mais celle du divan eût été plus romanesque encore^s'il eût fait de telles demandes.

Le kan des Tartares, qui fut le grwd moteur de cette guerre, alla voir Charles dans sa retraite. Ils étaient unis par les mêmes intérêts, puisque Azof est frontière de la p^ tite Tartarie. Charles et le kan de Crimée étaient ceux qui avaient le plus perdu par l'agrandissement du czar : mais ce kan ne commandait point les armées du grand sei-

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gneur; il était comme les princes feudataires d'Allemagne, qui ont servi Tempire avec leurs propres troupes, subordonnées au gé^ nérai de l'empereur allemand.

La première démarche du divan fut de faire arrêter dans les rues de Gonstantinople l'ainbassadéur du czar Tolstoy, et trente de ses domestiques, et de renfermer au château des Sept-Tours. Cet usage barbare, dont des sauvages auraient honte, vient de ce que les Turcs ont toujours des ministres étrangers résidant continuellement chez eux, et qu'ils n'envoient jamais d'ambassadeurs ordinaires»

Ils regardent les ambassadeurs des princes chrétiens comme des consuls de marchands; et, n'ayant pas d'ailleurs moins de mépris pour les chretiens que pour les juifs, ils ne daignent observer avec eux le droit des gens que quand ils y sont forcés ; du moins jusqu'à présent ils ont persisté dans cet orgueil féroce.

Le célèbre vizir Âchmet Couprougli, qui prit Candie sous Mahomet IV, avait traité le nls d'un ambassadeur de France avec outrage, et, ayant poussé la brutalité jusqu'il le frap-

Eer, l'avait envoyé en prison, sans que ouis XIV, tout fier qu'il était, s'en fût autrement ressenti qu'en envoyant un autre ministre à la Porte. Les princes chrétiens, très délicats entre eux sur le point d'honneur, et qui Tout même fait entrer dans le droit public, semblaient l'avoir oublié avec les

Turcib Jamais souverain ne fut plus offensé daiM

]« personne de ses ministres que le czar de Russie. Il vit, dans Tespace de peu d'années, son ambassadeur à Londres mis en prison pour dettes, son plénipotentiaire en Pologne et en Saxe roué vif sur un ordre du roi de Suède, son ministre a la Porte Ottomane saisi et mis en prison dans Constantinople comme un malfaiteur.

La reine d'Angleterre lui fit, comme nous avons vu, satisfaction pour Toutrage de Londres. L*horrible affront reçu dans la personne de Patkul fut lavé dans le sang des Suédois à la bataille de Pultava; mais la fortune laissa impunie la violation du droit dés gens par les Turcs.

Le czar fut obligé de quitter le théâtre de la guerre en occident, pour aller combattre sur les frontières de la Turquie *. D'abord il fait avancer, vers la Moldavie, dix régiments qui étaient en Pologne ; il ordonne au maréchal Sheremeto de partir de la Livonie avec son corps d'armée ; et, laissant le prince MenzikofTà la tête des affaires à Pétersbourg, il vi^ donner dans Moscou tous les ordres pour la campagne qui doit s'ouvrir.

Un sénat de régence est établi ; ses régiments des gardes se mettent en marche : il ordonne à la Jeune noblesse de venir apprendre sous lui le métier de la guerre; place les uns en qualité de cadets, les autres d'officiers subalternes. L'amiral Apraxin va dans Azof

1 n est bien étrange que tant d'auteurs confondentla Talachie et la Moldavie.

eonunander sur terre et sur mer. Toutes ces mesures étant prises, il ordonne dans Moscou qu'on reconnaisse une nouvelle czarine: c'était cette même personne faite prisonnière de guerre dans Marienbourg en 1702. Pierre avait répudié, l'an 1696, Eudoxîa Lapoukin *, son épouse, dont il avait deux enfants. Les lois de son Eglise permettent le divorce ; et si elles l'avaient défendu, il eût fait une loi pour le permettre.

La jeune prisonnière de Marienbourg, à qui on avait donné le nom de Catherine, était audessus de son sexe et de son malheur. Elle se rendit si agréable par son caractère, que le czar voulut l'avoir auprès de lui : elle l'accompagna dans ses courses et dans ses travaux pénibles, partageant ses fatigues, adoucissant ses peines par la gaieté de son esprit et par sa complaisance ; ne connaissant point cet appareil de luxe et de mollesse dont les femmes se sont fait ailleurs des besoins réels. Ce qui rendit sa faveur plus singulière, c'est qu'elle ne fut ni enviée ni traversée, et que personne n'en Tut la victime. Elle calma souvent la colère du czar, et le rendit plus grand encore en le rendant plus clément. Enfin, elle lui devînt 8l nécessaire qu'il Tépousa secrètement en 1707. Il en avait déjà deux filles, et il en eut l'année suivante une princesse qui épousa depuis le duc de Holstein. Le mariage secret de Pierre et de Catherine fut déclaré le jour mô»

On LapoitebSii.

me qae le czar * partit avec elle poor aller éprouver sa fortune contre Tempire Ottoman.

Toutes les dispositions promettai^t un heureux succès. L*hetman des Cosaques devait contenir les Tartares qui déjà ravageaient rukraine dès le mois de février; l'armée russe avançait vers 1© Niester ; un autre corps de troupes, sous le prince Gallitzin, marchait par la Pologne. Tous les commencements fur^t favorables : car Gallitzin ayimt rencontré près deKievîe un parti nombreux de Tartares joints à quelques Cosaques et à quelques Polonais du parti de Stanislas, et même de Suédois, il les défit entièrement, et leur tua cinq mille hommes. Ces Tartares avaient déjà fait dix mille esclaves dans le plat pays. C'est de temps immémorial la coutume des Tartares de porter plus de cordes que de cimeterres, pour lier les malheureux qu'ils surprennent Les captifs furent tous délivrés, et leurs ravisseurs passés au fil de Tépée. Toute l'armée, si elle eût été rassemblée, devait monter à soixante mille hommes. Elle dut être encore augmentée par les troupes du roi de Pologne. Ce prince, qui devait tout au czar, vint le trouver, le 3 juin, à Jaroslau, sur la rivière de Sane, et lui promit de nombreux secours. On proclama la guerre contre les Turcs au nom des deux rois ; mais la diète de Pologne ne ratifia pas ce qu'Auguste avait promis ; elle ne voulut point rompre avec les Turcs. C'était le sort du czar d'avoir dans le roi Auguste un al-

Journal de Pierro le Grand.

)ié qui ne pouvait jamais l'aider. D eut les mêmes espérances dans la Moldavie et dans la Vs^achie» et il fut trompé de même. ^

La Moldavie et la Valachie devaient secouer le joug des Turcs. Ces pays sont ceux des anciens Daces, qui, môles aux Gépides, inquiétèrent longtemps l'empire romain : Trajan les soumit; le premier Constantin les rendit chrétiens. La Dacie fut une province de Tempire d'Orient; mais bientôt après, ces mêmes peuples contribuèrent à la ruine de celui d'Occident, en servant sous les Odoacre et sous les Theodoric.

Ces contrées restèrent depuis annexées & l'empire grec ; et quand les Turcs eurent pris Constantinople, elles furent gouvernées et opprimées par des princes particuliers. Enfin elles ont été entièrement soumises par le padisha ou empereur turc, qui en donne Tinvestiture. L'hospodar ou vaivode que la Porte choisit pour gouverner ces provinces est toujours un chrétien grec Les Turcs ont, par ee choix, fait connaître leur tolérance, tandis que nos déclamateurs ignorants leur reprochent la persécution. Le prince que la Porte nomme est tributaire, ou plutôt fermier : elle confère cette dignité à celui qui. en offre davantage, et qui fait le plus de présents au ¥izir, ainsi qu'elle confère le patriarcat grec de Constantinople. C'est quelquefois un drog« mail, c'est-à-dire un interprète du divan, qui obtient cette place. Rarement la Moldavie et la Valachie sont réunies sous un même yaivode, la Porte partage ces deux provinces

pour en être plus sûre. Démétrius Cantemir av^t obtenu la Moldavie. On faisait descendre ce vaivode Cantemir de Tamerlan, parce que le nom de Tamerlan étai^ Timur, que ce Tîmur était un kan tartare ; et du nom de Timur-kan venait, disait-on, la famille de Kantemir.

Bassaraba Brancovan avait été investi de la Valachie. Ce Bassaraba ne trouva point de généalogiste qui le Ht descendre d'un conquérant tartare. Cantemir crut que le temps était venu de se soustraire à la domination des Turcs, et de se rendre indépendant par la protection du czar. Il fit précisément avec Pierre ce que^Mazeppa avait fait avec Charles» 11 engagea même d'abord Thospodar de Valachie, Bassaraba, à entrer dans la conspiration, dont il espérait recueillir tout le fruit* Son plan était de se rendre maître des deux provinces. L'évêque de Jérusalem, qui était alors en Valachie, fut Pâme de ce complot Cantemir promit au czar des troupes et des vivres, comme Mazeppa en avait promis au roi de Suède, et ne tint pas mieux sa parole.

Le général Sheremeto s'avança jusqu'à Yassi, capitale de la Moldavie, pour voir et pour soutenir l'exécution de ces grands projets. Cantemir l'y vint trouver, et en fut reçu en prince; mais il n'agit en prince qu'en publiant un manifeste contre l'empire turc L'hospodar de Valachie, qui démêla bientôt ses vues ambitieuses, abandonna son parti, et rentra dans son devoir. L'évêque de Jérusalem, craignant Justement pour sa tête, s'enfuit et

se cacha ; les peuples de la Valachie et de la Moldavie demeurèrent fidèles à la Porte Ottomane, et ceux qui devaient fournir des yi* Très à Tarmée russe les allèrent porter à rar« osée turque.

Déjà le vizir Baltagi-Méhém^t avait passé ie Danube à la tète de cent mille hommes, et marchait vers Yassi le long du Pruth, autre* fois le fleuve Hiérase, qui tombe dans le Danube, et qui est à peu près la frontière de la Moldavie et de la Bessarabie. Il envoya alors le comte lV)niatoivski, gentilhomme polonais attaché à la fortune du roi de Suède, prier ce prince de venir lui rendre visite et voii" son armée, (parles ne put s'y résoudre; il exigeait que le grand-vizir Ivi fît sa première visite dans son asile près de Bender : sa fierté remporta sur ses intérêts. Quand Poniatowdd revint au camp des Turcs, et qn^l excusa les r^^ de Charles XII : Je m'attendais bien^ dit le vizir au kan des Tartares, que ce fier paten en userait ainsù Cette fierté réciproque, qui aliène toi]gours tous les hommes en place, n^avança pas les affaires du roi de $nède : il dut d'ailleurs s'apercevoir bîaiitôt que les Turcs n'agissaient que pour eux et ncm pas pour lui.

Tandis que Tarmée ottomane passait le Danube, le czar avançait par les frontières de ht Pologne, passait le Boryiàthène pour aller dégager le maréchal Sheremeto, qui, étant au midi de Yassi sur les bords du Pruth, était menacé de se voir bientôt environné de cent mille Turcs et d'une armée de Tartares.

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Pierre, avant de passer le Borysthène, avaH craint d'exposer Catherine à Un danger qui devenait cljfique jour plus* terrible; mais Catherine regarda cette attention du czar comioa un outrage à sa tendresse et à son courage; éUe fit tant d'instances que le czar ne put sa passer d'elle : Tarmée la voyait avec joie à cheval à la t&te des troupes; elle se servait rarement de voiture. Il fallut marcher au delà du Borysthène par quelques déserts, traverser le Bog, et ensuite la rivière du Tiras, qu'on nomme aiyourd'hui Niester; après quoi l'on trouvait encore un autre désert avant d'arriver à Yassi sur les bords du Pruth. Elle encourageait l'armée, y répandait la gaieté, envoyait des secours aux officiers malades, et étendait ses soins sur les soldats.

On arriva enfin à Yassi, où l'on devait éta* hlir des magasins. L'hospodar de Vadachie, Bassaraba, rentré dans les intérêts de la Porte, eA feignant d'être dans ceux du czar, lui proposa la paix, quoique le grand vizir ne l'en eût pas chargé; on sentit le piégé; on se borna à demander des vivres qu'il ne pouvait ni ne voulait fournir. Il était difficile d'en faire venir de Pologne ; les provisions que Gantemir avait promises, et qu'il espérait eu vain tirer de la Valachie, ne pouvaient arriver; la situation devenait très inquiétante. Un fléau dangerem^ se joignit à tous ces contre-temps ; des nuées de sauterelles couvrirent les campagnes, les'dévorèrentet les infectèrent; l'eau manquait soMvent danalamarche, sous un soleil brûlant et dans des déserts arides ; on fut obli«

gé de faire j;>ortpr à rarmée âe l'eau danis'deB tonneaux. « '

Pierre, dans cette marche, se trfMivait, par Kxm fatalité singulière, à portée de Charles XII; car Bender n'est éloigné* que de vingt-cinq Ûeues communes de Ttf droit «û 1 armée russe campait auprès de Yassi. Qfss partis de Ciosaques pénétrèrent jusqu^à la retraite *de Charles ; mais les Tartares de la Grimée, qui voltigeaient dans ees quartiers, mirent le roi de Suède à couvert d*une surprise. Il attendait avec impatience et sans crainte, dans son camp, révénement de la guerre.

Pierre se hâta de marcher sur la rive droite du Pruth, dès quMl eut formé quelques magairins. Lé point décisif était d'empêcher les Turcs, postés au-dessous sur la rive gauche, de passer ce fleuve et de venir à lui. Cette maiiœuvre devait le rendre maître de la Moldavie et de la Yalachie; il envoya le général Janus avec Tavant-garde pour s^opposer à ce passage des Jures: mais ce général n'arriva que dans le temps même qu'ils passaient sur leurs pontons; il se retira, et son infanterie fut poursuivie jusqu'à ce que le czar vînt luimôme le dégager.

L'armée du grand vizir s'avança donc bien* tôt vers celle du czar, le long du fleuve. Ces deux armées étaient bien différentes : celle des Turcs, renforcée des Tartares, était, diton, de près de deux cent cinquante mille hommes, celle des Russes n'était alors que d'envi-* ron trente-sept mille combattants. Uft corps assez cotisidérable, sous le général Renne,

était au delà des montagnes de laMçldayte^sar ' * la rivière de S>reth, et le Turcs coupèrent la communîcatlDn.

Le oear commençait à manquer de vivres»

et à peine ses troupe campées non loin du fleuve pouvaient-eHes avoir de Teau; elles * étaient exposées à une nombreuse artillerie placée par le grand vizir sur la rive gauche» avec un corps de troupes qui tirait sans cesse sur les Russes. Il parait, par ee récit très détaillé et très fidèle, que le vizir Baltagi-Mébémet, loin d'être un imbécile, comme les Suédois Font représenté, s'était conduit avec beaucoup d'intelligence. Passer le Pruth à la vue d'un ennemi, le contraindre à reculer el le poursuivre, couper tout d'un coup la communication entre 1 armée du czar et un corps de sa cavalerie, enfermer cette armée sans lui laisser de retraite, lui ôter l'eau et les vivres» la tenir sous des batteries de canon qui la menacent d'une rive opposée : tout cela n'était pas d'un homme sans activité et sans pré> voyance.

Pierre alors se trouva dans une plus mauvaise position que Charles XII à Pultava: enfermé comme lui par une armée supérieure»

éprouvant plus que lui la disette, et s'étant fié commQ lui aux promesses d'un prince trop peu piàssant pour les tenir, il prit le parti de la retraite, et tenla d'aller choisir un camp avantageux, en retournant vers Ya^i. «

11 décampa la nuit ; mais à peine est-il en marche que les Turcs, tombent sur son arrière-garde au pointdu Jour. Le régiment dei

gardes Préobazinski arrêta longtemps leur

»• impétuosité. On se forma, on fit des retran-

* chements avec les chariots et le bagage. Le

même jour, toute Tarmée turque attaqua en-

' core les Russes. Une preuve qu'ils pouvaient

' se défendre, quoi qu'on en ait dit, c'est qu'ils

se défendirent très longtemps, qu'ils tuèrent

f beaucoup d'ennemis, et qu'ifs ne furent point

^ entamés.

Il y avait dans l'armée ottomane deux officiers du roi de Suède, l'un le comte Poniatowski, l'autre le comte de Sparre, ayec quelques Cosaques du parti de Charles XIÏ.

Mes mémoires disent que ces généraux conseillèrent au grand vizîr de ne point combattre, de couper l'eau et les vivres aux ennemis,

* et de les forcer à se rendre prisonniers ou de mourir. D'autres mémoires prétendent qu'au

t contraire ils animèrent le grand vizir à dé-

truire avec le sabre une armée fatiguée et languissante, qui périssait déjà par la disette* La première idée paraît plus circonspecte, la seconde plus conforme au caractère des géné-

• raux élevés par Charles Xïl.

Le fait est que le grand vizir tomba sur Tar-

rière-garde au point du jour. Cette arrière* garde était en désordre. Les Turcs ne rencontrèrent d'abord devant eux qu'une ligne de quatre cents hommes ; on se forma avec célérité. Un général allemand, nommé Allard, eut la gloire de faire des dispositions si rapides et si Sonnes, que les Russes résistèrent pendant trois heures à l'armée ottomane sans perdre de terrain.

La discipline à laquelle le czar avait accoutumé ses troupes le paya bien de ses peines»

On avait vu à Narva soixante mille hommes défaits par huit mille, parce qu'ils étaient indisciplinés; et ici Ton voit une arrière-garde d'environ huit mille Russes soutenir les efforts de cent cinquante mille Turcs, leur tuer sept mille hommes, et les forcer à retourner en arrière.

Après ce rude combat, les deux armées se retranchèrent pendant la nuit; mais Tannée russe restait toujours enfermée, et privée de provisions et d^eau même. Elle était près des Dords du ft-uth, et ne pouvait approcher ùa fleuve; car sitôt que quelques soldats hasardaient d'aller puiser de l'eau, un corps de Turcs, posté à la rive opposée, faisait pleuvoir sur eux le plomb et le fer d'une artillerie nombreuse, chargée a cartouches. L'armée turque, qui avait attaqué les Russes, continuait toujours de son côté à la foudroyer par •on canon.

Il était probable qu'enfin les Russes allaient être perdus sans ressource par leur position, par 1 inégalité du nombre et par la disette.

Les escarmouches continuaient toujours; la cavalerie du czar, presque toute démontée, ne pouvait plus être d'aucun secours, à moins qu'elle ne combattît à pied ; la situation paraissait désespérée. Il ne faut que jeter les veux sur la carte exacte du camp du czar et de l'armée ottomane pour voir qu'il n'y eut jamais de position plus dangereuse, que la retraite était impossible, qu'il fallait remporter une

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