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dans son palais, et mourut au bout de quatre
jours.
La faiblesse d'Amurath III a jeté une telle défaveur sur son caractère comme souverain, que les historiens nationaux n'ont rien transmis qui puisse fixer, d'après leur jugement, celui de la postérité. L'opinion qu'on doit avoir de ce sultan est assurément peu avantageuse , si l'on considère de quels grands souverains il occupa la place pendant vingt années. Les traita principaux qui le distinguent, sont l'avarice, la défiance , la timidité , l'irrésolution. Ses défauts ne furent pas des vices, ses qualités ne furent pas des vertus. Sa politique eut une marche constante : il suivit ses desseins avec obstination ; mais la faiblesse de son esprit eut plus de part à son système de conduite que la force de son caractère. C'est ainsi que, sans aimer la guerre, il la fit faire eu son nom presque toute sa vie. Comme musulman , il fut sobre, et ne but jamais de vin.] Fidèle au précepte qui ordonne le travail manuel, Amurath III faisait des flèches, comme Mahomet II cultivait ses jardins, comme Soliman I faisait des babouches, et Sélim II des croissans à l'usage des pèlerins qui vont à la Mecque.
Ses actes , comme spuverain , sont dignes de
quelques observations. On a vu l'atteinte que sa faiblesse laissa constamment porter -à son autorité; en effet, sous son règne, les janissaires se révoltèrent jusqu'à dix fois. Il ne les apaisa Jamais qu'en leur faisant jeter des sacs d'argent par les fenêtres du sérail ; et nous rangeons au nombre des faits démentis par la pusillanimité de ce sultan et par la majorité des historiens, ce mouvement d'indignation et de courage qui lui fit, dit-on, un jour ouvrir les portes da palais, et tomber , le cimeterre à la main ,' sur la milice révoltée. La nature avait donné en adresse d'esprit à ce prince bizarre, ce qu'elle lui avait refusé en forces morales ; il sentait la nécessité de laisser ses visirs gouverner en son nom, et c'était avec une singulière sagacité qu'il évitait d'êlre gouverné par eux. Il avait soin de les déposséder et de les rétablir sans cesse , épargnant , non pas leurs biens , mais Jeurs vies. Dans. cette mutation rapide , plus favorable à la sûreté du prince qu'à fintérêt des peuples , on eût dit que la roue de fortune qui, aux fêtes du Béïran, amuse les Ottomans, et qui élève ou abaisse continuellement les mêmes hommes, était l'emblème annuel du visiriat sous le règne d'Amurath III.
Dans sa politique extér^ure, il sembla suivre
liS . HISTOIRE
les leçons du Florentin fameux , son conteniporain qui a pris pour héros et donné pour modèle Bergia , fils d'Alexandre VI, duc de Valenlinois. Amurath entretenait des agens secrets dans les cours de lEurope. Un chrétien, nommé Lopès , lui découvrait les secrets de Sixte-Quint et des princes d'Italie; enfin , sans se mêler du différent, sans faire autre chose que promettre des secours qu'il n'envoyait pas, ce sultan regardait avec plaisir les Portugais luttant contre les Espagnols, et les Russes combattant les Polonais ; et c'est ici le lieu de placer une réflexion. On a mis sur le compte de la générosité cette politique ottomane , de ne point attaquer les puissances chrétiennes , quand elles étaient en guerre les unes contre les autres. Cette conduite n'est que la maxime des Sélim et des Soliman mise en pratique et recommandée par cet adage oriental : V Quand on rompt un œuf contre un autre , 3) on ne se salit pas les mains. »
Cette prudence n'apjDartient pas aux seuls Ottomans ; elle est de ton» les tems et de tous les pays : les Daces Tavaient mise en usage contre les Romains (i).
(i) Scoryle , au rapport de Frontin, daus ses Stratagèmes,
Prévenons aussi une réflexion que les esprits judicieux ne manqueraient pas de faire. En voyant Amurath se déclarer 1 héritier de ses pachas, on applaudit, parce que la confiscation semble venger les sujets dépouillés ; mais si un sultan devenait, selon l'expression de Ricaut , le frère aîné de toutes hs personnes riches et puissantes ^ sans distinction^ on se demanderait comment un ordre social aurait pu subsister depuis autant de siècles , là 011 le prince succéderait, en ne laissant aux enfans que la part qu'il lui plairait; là oii il hériterait quand il n'y aurait pas d'enfans mâles , et oii les filles n'auraient que l'usufruit. Mais d'abord , les grands eux-mêmes peuvent mettre leurs fortunes à l'abri des confiscations , en les abandonnant , sous le nom de wacoufs , aux mosquées , ce qui laisse la jouissance de la presque totalité de ces biens aux descendans, jusqu'à l'extinction entière de ligne directe. Ensuite il n'est pas vrai (|u'un sultan ail jamais eu la puissance de se constituer héritier des biens de ses sujets
pour dissuader les Daces d'attaquer les Romains pendant leurs dissensions, fit entrer un loup au moment où deux gros chiens se battaient; ils ne manquèrent pas de lâcher prise, et de se jeter sur l'ennemi commun. Voilà, leur dit -il, ce que feront les llomains, si nous intervenons dans*leurs querelles.
!i3o HISTOIRE
sans distinction; c'est une erreur adoptée par l'anglais Ricaut et par le président de Montesquieu. Pour ne point interrompre la narration historique , nous renvoyons , pour la solution pleine et entière de cette question , dans la conclusion de cet ouvrage, oiinous établissons la condition des personnes , et où nous traitons de l'hérédité et des successions, articles les plus importans de la législation d'un peuple chez qui la polygamie est permise. '
DE L'EMPIRE OTTOMAN. 'i3ï