‹ Histoire de l'Empire Ottoman (volume 2)Chapitre 6 sur 10 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

Mustapha, empereur. — Son règne, sa déposition. — - Proclamation dOthman ,au trône impérial. — > Caractère belliqueux de ce jeune prince. - — Guerre de Pologne. — Haines mutuelles dv, sultan contre les janissaires, et des janissaires contre le sultan.— Desseins dOthman contre cette milice. — Pèlerinage à la Mecque annoncé. — Révolte des janissaires.

— Déposition et meurtre d'Othman. — Rétablissement de Mustapha. — Seconde déposition de Mustapha. — Amurath IV. — Révolte d'Abaza. — Les Ottomans retrouvent un maître dans Amurath IV.

— Aspect de l'empire des Sultans et de l'Europe chrétienne. — Guerre de Perse. — Prise d'Erivan.

— Prise de Bagdad. — Triomphe d' Amurath. — Sa mort. — Son caractère. '

XJn phénomène apparaissait dans la monarcliie ottomane; le frère d'un sultan avait vu ses jours respectés. L'humanité d'un maître aussi absolu que capricieux était une bien faible sauve-garde. Tant qu'Achmet I n'avait pas eu d'enfans, la tête du prince Mustapha était garantie mieux encore par la politique des grands , intéressés à ne pas le laisser périr dans la crainte que l'empire ne fût déchiré par

des guerres civiles à la mort du sultan. Mais , après la naissance de trois fils , aucune considération n'arrêtait plus, dans Achmet, l'inquiétude ombrageuse et héréditaire dont il était tourmenté. Deux fois il avait ordonné la mort de son frère, deux fois des songes effray ans lui avaient fait révoquer l'arrêt. Tout récemment il avait voulu le tuer de sa propre main ; mais une douleur subite l'ayant saisi tout-à-coup l'empêcha de consommer l'attentat. Cependant Achmet, dans la maladie dont il mourut, finit par faire approcher Mustapha ; et , devant les grands de l'empire, il le déclara son suc-; cesseur.

Il eût été permis à des peuples moins superstitieux que les Ottomans, de croire que la fortune ne réservait pas des destinées ordinaires à un prince échappé sain et sauf à tant de dangers pour s'asseoir enfin sur le trône. La crédulité des esprits faibles et f espérance des hommes sages furent également trompées. Jamais fantôme de souverain ne fut plus incapable de régner. Chacun des actes de son pouvoir porta le caractère de la démence et de la stupidité. On le vit à la fois nommer pachas du Caire et de Damas deux ichoglans à peine sortis de l'enfance -, on le vit dépouiller un officier

iga HISTOIUE

des spahis de âon timar, pour le donner à un paysan qui , à la chasse , lui avait présenté de l'eau fraîche. Méconnaissant enfin jusqu'au droit des gens le plus universellement reconnu, il laissa jeter dans une prison l'ambassadeur de France, le baron de Sancy, dont tout le crime était de n'avoir pas ignore l'évasion d'un Polonais renfermé aux Sept Tours : avant que les plaintes et les menaces du roi Louis XIII fussent arrivées à Gûnstanlinople, tout y avait changé de face.

Les grands de l'empire rougissaient du jong auquel ils s'étaient soumis. Le muphti , le caïmacan, le kislar-aga, la sultane validé ellemême, se réunirent pour faire descendre du trône un prince insensé.

Le grand- visir Mehemet, parti avec les janissaires pour aller de nouveau combattre les Persans, qui avaient repris les armes, revint sur ses pas pour favoriser cet orage naissant ; il était formé , et le seul Mustapha l'ignorait quand il éclata.

Le cannacan avait persuadé au stupide sultan de sortir de Constantinople, et il le retenait, depuis cinq jours, à une partie de chasse. Les janissaires rentrèrent en foule dans la ville; le muphti consacra par un felfa la déposition

DE L'EMPIRE OTTOMAN. igS

de Mustapha ; le defterdar l'accusa publiquement d'avoir dissipé , depuis trois mois de règne , des sommes immenses ; le kisiar-aga , administrateur des wacoufs, déclara qu'il avait détourné les revenus des mosquées, auxquels on ne peut porter atteinte que dans les guerres de religion ; les janissaires, les spahis, la milice entière réunie, demandèrent tumultueusement un des fils d'Achmet pour empereur. Le prince Oihman, âgé de douze ans, parut au miheu du peuple. Déjà il avait ceint le cimeterre impérial dans la mosquée d'Ejuh ; déjà il avait reçu dans l'hazoda les hommages du sérail et du divan : Mustapha n'avait pas encore appris le retour des soldats ni la révolution opérée dans Constantinople. Un détachement de pahis fut envoyé à sa rencontre. Personne ne se mit en devoir de le défendre; lui-même ne fit aucune résistance ; content de voir qu'on ne menaçait pas sa vie, il se laissa conduire dans une des tours du sérail, oii il végéta aussi stupidement qu'il avait vécu sur le trône. Son règne ne fut qu'un rêve de quatre mois, et Mustapha parut oublié dès le lendemain.

Pendant la minorité d'Olhman, le gouvernement de l'empire resta confié au grand-visir Mehemed et au capitan-pacha, Calil; mais la

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