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de Saint - André , occupée par les Ottomans; elle éclata, et lit voler en l'air les bataillons, les canons et le reste des ouvrages. L'armée da grand-visir fut quelques jours à revenir de sa terreur.
Bientôt, renonçant aux mines, et se bornant à être soutenus de leur artillerie , les intrépides assaillans vinrent démolir, à l'aide des leviers, des masses de fer et de leurs bras, tout ce qui restait du bastion. Chaque poignée de terre était teinte de leur sang. Ils vinrent à bout de le détruire.
De son côté, la garnison, dont chaque chef était transformé en soldat, opposait la même constance. Un retranchement nouveau se trouvait formé derrière celui qu'on abandonnait. Il tombait chaque jour de part et d'autre un si grand nombre de morts et de blessés, qu'on ne pouvait comprendre qu'il restât des bras pour l'attaque, ou qu'il en lesikl pour la défense. La place était aux abois.
Mais le grand-visir l'ignorait, et il n'était pas éloigné d'un accommodement qui lui eût permis de lever le siège sans honte; le seul defterdar osa lui représenter que tant de dépense d'hommes et d'argent ne pouvait être
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justifiée que par le succès, et qu'il fallait emporter Candie , ou mourir.
Sur ces entrefaites, uil nouveau secours de iG6u. Français partit des ports de Provence. Les ducsdeBeaufortetde Na vailles le conduisaient. Leur apparition eut le même eiïet et la même issue que celle du duc de la Feuillade. Paraître et combattre fut le cri de l'imprudence française, à laquelle la sagesse vénitienne ne put opposer que des conseils qui ne fareiit pas écoutés. Dès la nuit suivante , une sortie fut entreprise ; mais les signaux fu'rent mal entendus. Deux colonnes se rencontrèrent et se chargèrent dans leur méprise. Les tranchées des assiégeans n'en furent pas moins emportées ; tout fuit devant les Français; les batteries même furent abandonnées. Le hasard met le feu à un magasin où se trouvaient plus de cent trente barils de poudre; un cri funeste d^'.Garâ la mine! devient pour les vainqueurs le signal d'une terreur panique. Ils rompent leurs rangs , ils jettent leurs armes; ils fuient en désordre, et courent vers la place sans même être poursuivis. La perte du seul duc de Beaufort ajouta un malheur à la honte de. cette journée. Son corps ne fut point retrouvé ; on crut que sa fête était dti nombre de celles que les janis-
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saires avaient présentées au visir; mais l'opinion la plus générale fut que le duc de Beau-, fort avait été enterré sous les ruines du niagasin. Enivrés de ce succès, les Ottomans ne doutèrent pas que Candie ne capitulât le lendemain.
En effet, le duc de Navailles sonna la dernière heure de la ville assiégée, en annonçant le jour de son départ. Rien ne put le retenir* ni les prières ni les reproches du clergé et des habitans , ni la vue des femmes et des enfans qui , prosternés à ses pieds , le suppUaient de ne pas les abandonner. Les Français partirent, et Candie capitula.
J669. Ainsi se termina, après deux ans et quatre mois d'attaques régulières , le plus meurtrier peut-être de tous les sièges qui durait , sous le nom de blocus, depuis vingt- cinq ans. Le drapeau blanc fut arboré sur les ruines de Candie au mois d'avril i66g.
Une trêve de trente ans en fut la suite. Venise abandonna file entière à la réserve de la Sude, de Spina-Longa et du cap Carabuse, havres sans défense, qui ne méritaient pas d'être disputés, et que, pour fhonneur de ses armes, et plus encore pour fintérêt de soa commerce, la république s'obstinait à con-
server. Achmet, content de son trioraplie , ne persista pas à refuser. Il permit aux Vénitiens de garder Glissa dans la Dalraatie, comme refuge des Candiots qui voudraient abandonner leur pays. Il n'exigea pas de contribution plus forte que par le passé pour les îles de l'Archipel, dont Venise était en possession; il exempta même de toute charge les îles de Zante et de Géphalonie; modération qui prouve, à la gloire du gouvernement ottoman et du généreux Kiuperli, que les sultans et leurs ministres n'abusaient plus de la victoire , et commençaient à reconnaître des droits au malheur, comme les peuples les plus civilisés.
Candie ne tomba que parce qu'elle ne pouvait plus se défendre ; ses braves habitans avaient épuisé toutes les ressources de l'art militaire, du courage et du désespoir. La gloire de la république de Venise s'augmenta par ce désastre ; mais l'empire ottoman perdit sa formidable réputation, parce que ses succès vinrent trop tard, et furent trop chèrement achetés.
La guerre de Candie coûta la vie à trente mille chrétiens; mais deux cent mille musulmans y périrent. Suivant les registres du defterdar5dans les deux dernières années du siège, il y eut sept cent mille écus de dépensés à
payer .seulement les chrétiens transfuges on espions, ies soldats qui se distinguaient et les têtes qu'ils apportaient, estimées sept francs^ chacune. Cette guerre porta un nouveau coup à la milice des janissaires, dont le plus grand nombre y périt: elle ruina l^i marine ottomane, qui ne s'est jamais rétablie. Mais ce qui n'est pas moins digne de remarque , c'est la modération avec laquelle la Porte souffrit sans se plaindre l'atteinte que la France n'avait pas craint de portera raliiancc antique et mutuelle, on secourant presque à la fois les impériaux et les Vénitiens. « Les Français sont les vrais ;) amis des Ottomans, » disait au grand-visir Tarabassadeur Noinfel. — « Les Français sont D) nos amis, reprit en souriant Achmet Kiu- » perli; mais nous les trouvons toujours avec > nos ennemis. »
L'époque de la guerre de Candie fut aussi 1ère politique où l'on vit, du sein de la servitude, la nation grecque s'élever par adresse et par une sorte de génie subalterne, jusqu'à la confiance du gouvernement ottoman ; de là bientôt à la possession exclusive de ses secrets, et par suite , au partage d'une ombre de puissance dont les desccndans avilis des républicains c'
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des empereurs s'enorgueillissent comme de la grandeur souveraine.
C'était seulement au négoce et aux; arts mécaniques que les Grecs, courbés sous le joug, se livraient depuis plus de deux cents ans, lorsque le grand-visir Achmet Kiuperli donna à un homme de cette nation, nommé Panajotti, le poste d'interprète ou de drogman de la Porte Ottomane. Cette faveur fut la récompense des services que cet agent habile venait de rendre au siège de Candie.
Cette fortune inespérée réveilla chez les Grecs 1 ambition et l'esprit dinirigue qui les ont distingués dans tous les temps. Ici commença cette longue dynastie d'hommes adroits, avides et instruits, qui établirent auprès du divan et des grands - visirs la nécessité et l'habitude de se servir de leurs talens, qui érigèrent, par un système constant de patience , de manœuvres et de souplesses, la confiance du gouvernement en patrimoine; mais il est seulement utile d'observer ici que , sous le règne de Mahomet IV et sous le visiriat d'Achmet Kiuperîi, les Grecs succédèrent aux renégats dans les fonctions d'agens intimes et dans les relations diplomatiques. Aussi cette partie de leur gouvernement commença-t-elle dès-lors à être dirigée avec
plus de lumières, pins de finesse que les Ottomans n'en eussent trouvé en eux-mêmes. Mais ces faibles ressources des petits souverains , disciples de Machiavel, ne servaient point à arrêter la décadence d'un empire dont les vices attaquaient le cœur d'un vieil état rongé par une lèpre secrète , et que sa force allait abandonner.
La conquête de Candie jeta cependant un grand lustre sur le règne de Mahomet IV, eî la tprreur de ses armes lui valut de nouveaux, sujets : les Cosaques znporogues , las du joug des Polonais , se mirent sous sa protection. Dorosentko, leur hetman , vint rendre hommage au sultan, et lui demander, comme son vassal, les t i^gs et le sandgiack alem.
Léo Polonais , qui se croyaient les maîtres de ce peuple libre , prirent leur inconstance pour un crime , et ravagèrent leur pays. Cette pénin.sale forinée par le Niester et le Dnieper, entrecoupée de défilés et de marais, était une utile bairière pour les Polonais ou les Russes , auxquels les Cosaques volages se donnaient toar-à-toiir. Les Oltomans allaient profiter de ces froufières nouvelles ; Kiuperli , pour proiéger les Cosaques, marcha contre la Podolie avec cent cinquante initie hommes. Le sultan ,
eii personne , accompagna T armée , pour apprendre à ses peuples, qui ne lui donnaient que le nom diAvadgi, ou chasseur, qu'il savait employer son courage contre d'autres ennemis que les bétes farouches ou la Romélie ou de la Macédoine : il passa le Danube près de Galacz en Moldavie , et vint mettre le siège devant Kaminiek.
Environnée du Smotrix , torrent rapide dont 1G72.' les bords sont couverts de rochers escarpés , celte ville semblait à l'abri de toute attaque derrière ses remparts inaccessibles qu'elle devait à la nature. Au bout de neuf jours de tranchée ouverte , Kaminiek se rendit. Dans la Russie noire, Léopold, investie et pressée, ouvrait SCS portes , quand le roi de Pologne , Michel Koribut, aussi lâche qu'il avait été imprévoyant, envoya demander la paix, et souscrivit, le 18 octobre 1672, l'infâme traité de Bouczacz, contre lequel tous les Polonais se révoltèrent: ils appelèrent de la pusillanimité de leur roi à la valeur de leur général, le célèbre Jean Scbieski. Ce grand homme vengea l'honneur de sa nation , et anéantit le traité de Bouczacz sur le champ de bataille de Choczim. La victoire y fut disputée pendant quatorze heures ; huit mille janissaires et douze mille Ottoœaus y perdireut la vie.
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Les Polonais allaient poursuivre leurs cnûemis vaincus, que ni la présence ni les menaces de leur sultan ne pouvaient ramener au combat, lorsque la mort de Michel Karibut appela toute la noblesse polonaise à Cracovie , pour Félection d'un nouveau roi. La victoire de Choczim n'eut d'autre avantage que de réunir tous les suffrages en faveur de Sobieski , et il fut proclamé.
1G74. L'année d'après, les Polonais, vainqueurs des Ottomans àMohilow sur le Dnieper, furent a leur tour vaincus à Zorawna. Les deux armées, lasses de se combattre sans succès décisif, conclurent la paix au milieu du tumulte des armes. Kamiuiek fut ajoutée à l'empire du Croissant.
1676. Mais ce faible avantage fut compensé par une perte irréparable; Aehniet-Kiuperli mourut, héritier de l'expérience, des grandes vues et du beau caractère de son père Mehemet. Pendant un visiriat de quinze années, Achmet avait fait voir autant de talens que de vertus. Toujours sévère, mais toujours juste; brave sans férocité, humain sans faiblesse, désintéressé, économe, dans l'occasion libénd et magnifique, il mérita la faveur et la confiance de son maître , sans sacrifier jamais le bien
public auxintérêts particuliers de son souverain, parce que, dans les devoirs des ministres dignes d'estime, ces deux considérations ne se séparent point. Aussi le sultan , dans sa reconnaissance , offrit-il les sceaux de l'empire à Mustaplia- Kiuperli, frère d'Acbmet, comme s'il eût voulu que le visiriat fût héréditairement attaché à cet illustre nom.
Sur le refus du modeste Mustapha, Mahomet nomma grand-visir leur beau-frère , Gara- Mustapha, déjà caïmacan, déjà formé par les exemples de la famille qui l'avait adopté; mais trop fier, trop ambitieux, trop avide, trop avare, malgré de brillantes qualités , pour marcher sur les traces d'Achmet , et encore moins pour le faire oublier.
Son orgueil ne tarda pas à détruire tout ce que l'adresse, la fermeté, la sagesse de son prédécesseur, avaient acquis ou conservé. H commença par perdre les utiles alliés que la prudence d'Achmet avaient garantis à fempire. Dorosensko, Ihetman des Cosaques, reçut de Cara-Mustapha des refus et des menaces, au lieu des honneurs et de la protection qu'il était en droit den attendre. Bientôt, à l'instigation de leur chef, les Cosaques, délestant (-gaiement les Polonais qu'ils redoutaient, elles Ottomans qui les humiliaient, implorèrent l'appui des
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Russes, dont leur inconstance s'était déjà dégoûtée.
'''' Le czar Fédor - Alexiowitch reçut avec joie de nouveaux sujels qui lui apportaient en tribut leur valeur et leur patience éprouvées dans les fatigues et dans les dangers; qui lui donnaient, pour place frontière, la ville de Tchiquirin, et qui reculaient jusqu'au Dnieper les limites des états russes, dont ils devenaient les vedettes.
En vain Cara-Mustapha tira du château des Sept-Tours un Georges , fils de Bogdan- Kilmineski, ancien hetman des Cosaques, qu'il opposa àDcrolensko.Une armée russe vint soutenir les nouveaux vassaux des czars. Cette guerre, imprudente par ses causes , honteuse par son issue , laissa aux Cosaques la liberté de choisir à quelle puissance ils voulaient obéir. Le grand-visir dissimula les aSronts qu'il devait à son incapacité; il retira d<^ l'Ukraine les débris d'une armée qui avait trouvé son tombeau dans Tchiquirin.
<^' Il ne tarda pas à en lever une encore plus formidable; mais de plus grands intérêts appelaient les armes ottomanes sur un autre théâtre: et en effet , jamais la fortune ne leur avait promis de plus brillans succès, ne leur avait permis un plus vaste espoir.
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