‹ Histoire de l'Empire OttomanChapitre 5 sur 9 · G HISTOIRE · texte numérisé non relu

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retourner et à rendre compte au sultan du nouvel état des choses , lorsque Rustan , qui avoit appris son arrivée , se le fit amener. Les réponses équivoques de capidji, augmentèrent les soupçons , et l'ordre fut donné sur-le-champ de le pendre connue espion. Le malheureux, dans cette perplexité , remit à Rustan les ordres secrets dont il était chargé. Le général proscrit lut son arrêt de mort , et ordonna à l'armée de se mettre en marche pour poursuivre ses triomphes. Il se contenta de répondre au sultan : « que sa vie appartenait à son sublime empe- » reur , mais qu'il aimait mieux la perdre sur » le champ de bataille , en servant son pays , » que par la main d'un bourreau ; qu'il avait 3> vaincu les Persans ; qu'il espérait encore les » battre ; que jusque-là il était nécessaire qu'il » vécût ; qu'ensuite son glorieux maître ordon- 3) nerait de son sort. » Pendant que le capidji rapportait la réponse de Rustan à Constantinople , ce proscrit remplissait sa promesse ; il atteignit les Persans à vingt-quatre lieues d'Erivan, les battit une seconde fois , et les repoussa jusqu'à Derbent.

Mais les dangers domestiques toujours renaissans qui environnaient d'inquiétudes le trône de Mahmoud , l'occupait trop journellement pour

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(qu'il fût sensible aux succès peu décisifs de la guerre étrangère : des étincelles de séditions né cessaient de reparaître. Le sang des coupables semblait féconder les cendres qui recelaient un feu caché. Le système d'une justice patiente, silencieuse et sévère , jusqu'à mériter le nom de barbare , aigrissait , inquiétait les janissaires et alimentait leur mécontentement. Six sebeggis furent rencontrés une nuit parcourant les rues et armés. Ils résistèrent à la garde chargée de la police de Gonstantinople ; mais ils furent enfin arrêtés. La violence des tourmens leur arracha la secret de leur entreprise, et le nom de leurs chefs. On trouva dans les maisons désignées , des drapeaux , des armes et une liste nombreuse de complices qui devaient se réunir à un jour et à une heure indiqués. Les six sebeggis et leurs chefs furent condamnés à mourir. Le sultan voulut , par sa présence , donner plus d'appareil à leur punition. Un des condamnés laperçut, et lui cria en s'adressant directement à lui : « Fils d'esclave , avant de ?) périr je veux bien t'apprendre que tant que >) tu suivras les conseils d'un visir odieux au » peuple et aux soldats ; tant que tu souSHras 3) que le pain d'orge et le son soient vendus •» plus cher que ne l'était autrefois le plus pur 3. 1:2

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» fromeni, tu ne seras jamais en sûreté sur ton

» trône. »

Les paroles d'un homme mourant font unt? impression profonde chez tous les peuples de l'Orient; mais les Ottomans y attachent un respect superstitieux. Cet oracle sinistre troubki le sultan , et frappa de terreur son grandvisir. Cabaculak se crut perdu; et pour sauver sa tête, il accusa plusieurs officiers du sérail de causer la cherté du pain par le monopole qu'ils exerçaient, et d'être les coupables auteurs des murmures du peuple. U inculpa dans cette accusation le kislar-aga, le capitan- pacha, et trente autres grands de l'empire. Mais le visir n'était pas assez puissant pour accréditer une calomnie. La sultane validé, protectrice des accusés, fournit les preuves de leur innocence vraie ou vraisemblable. Cabaculak fut convaincu du moins de négligence. Il ne fut pas même entendu. Sa déposition et son exil furent décidés au même moment. Une saïque vint l'enlever de nuit, et le transporta dans l'île de Négrepont. Les sceaux de l'empire furent donnés à Topal-Osman, pacha de Silistria.

j^3i« Au milieu de ces orages, il est intéressant de connaître le caractère et les principes polv-

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îiqties des ministres qui gouvernaient l'empire dont Mahmoud tenait les rênes.

Appelé au trône par des rëvoltés^ ce sultan .dirigeait tous ses efforts à prévenir les attentats auxquels il devait sa grandeur. Il trouva à son avènement le sérail soumis à la loi d'un kisjaraga, vieillard d'une sagesse profonde et d'unô prudence consommée. Ce ministre intérieur avait su se maintenir depuis trois règnes consécutifs. Témoin des deux révoltes de 1702 et €t de 1 700, spectateur de la déposition de deux sultans, il avait cru découvrir la cause du mal, et en connaître le remède. Depuis Mahomet II, les sultans avaient remis , avec plus ou moins de succès , leur pouvoir absolu dans les mains des grands-visirs , dont plusieurs étaient restés long-tems en place. Le vieux kislar-aga attri' buait à cette vaste puissance, à cette perpé^ tuité de ministère trop favorable à l'ambition, les causes des révolutions si funestes aux princes qu'il avait vu déposer. Il conseilla donc à Mah? moud de retenir dans ses mains le pouvoif suprême, de renouveler souvent ses visirs, et de ne permettre à aucun d'eux de rester plus de trois aifô dans cette place trop éminente.

Fidèle à cette maxime politique, Mahmoud travailla moins à sa gloire qu'à sa tranquillité ^

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et changea ainsi temporairement cette partie de la constitution de l'empire qui, sans être une lof écrite, était un usage établi.

Topal-Osman. le successeur de Cabaculak, méritait d'être mieux jugé pour la gloire du Irône ottoman et pour l'intérêt même de son maître. Comme ses talens se sont trouvés appartenir aux hommes d'état de tous les pays, et ses vertus avoir des droits à l'estime de tous les siècles, il est du devoir de l'historien de tirer cet habile , ce noble et généreux grandvisir de la foule des ministres obscurs qui l'ont précédé ou suivi, afin de le faire mieux connaître.

Osman, surnommé depuis Topai ^ ou le boiteux , avait reçu dans le sérail Téducation réservée autrefois aux seuls chrétiens de naissance, connus sous le nom d'enfans de tribut , condition qui mène aux plus hautes dignités, et que les nationaux briguent aujourd'hui pour leurs propres enfans. Vers l'an 1698, Osman, âgé de vingt-cinq ans, fut chargé de porter au Caire tm ordre du Grand-Seigneur. Il s'embarqua à Seïde, en Palestine, sur une saïque qui passait à Damiette. Cette faible embarcation fut rencontrée par une barque espagnole armée en course. Malgré l'inégalité des forces, le com-

bat s'engagea. Osman se signala j:)ar cette intre'pidité dont il continua depuis à donner tant de preuves. Il tomba percé de coups. Le corsaire espagnol amena sa prise et ses prisonniers dans le port de Malte. La bravoure d'Osman, le bruit peut-être d'une commission dont il était chargé par le Grand-Seigneur, le firent distinguer de ses compagnons d'infortune. Un Marseillais nommé Arniaud, capitaine de port à Malte, se rendit à bord du bâtiment, et témoigna un vif intérêt au jeune Osman. Trouvant un chrétien sensible à son malheur, et confiant comme sont toutes les âmes généreuses, le musulman dit au Marseillais : « Puisque tu es 3i touché de mon sort, fais une belle action; » rachète-moi ; tu ne t'en repentiras pas. » Le corsaire exigeait mille sequins. Arniaud , affligé, dit à Osman : « Je te vois pour la première » fois ; je ne te connais pas ; irais-je donner ■» mille sequins pour ta rançon ? — Nous faisons 3) chacun ce que nous devons faire, dit le jeune 1) musulman; il est naturel que je cherche à » recouvrer ma liberté, il est tout simple que » tu te méfies de ma bonne foi. Je n'ai d'autre » garant que ma parole : si tu veux t'en con- » tenter, je te répète que tu ne t'en repentiras » pas. »

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Arniaud revint à bord, obtint du corsaire que la rauçon d'Osman fut réduite à six cents sequins, et il le racheta. Par les soins de son libérateur, le jeune captif guérit de ses blés-» sures; mais il eu avait reçu une si profonde à la cuisse , qu'il en demeura boiteux toute sa vie, ce qui lui fît donner le nom de Topai,. Osman offrit à son bienfaiteur d'écrire à Cons^ tantinople, afin de s'acquitter envers lui, oa plutôt il ne craignit pas de lui proposer de 1© renvoyer sur sa parole , et de s'en fier à sa reconnaissance. Le généreux Français avait en propriété un bâtiment qu'il mit, avec tout l'équipage, à la disposition de celui qui lui devait déjà la liberté. Topal-Osman arriva à Damietle. Dès le lendemain, il fit présent au capitaine du navire de deux pelisses de cinq cents piastres, et il le chargea de porter mille sequins à son bienfaiteur. Il ne cessa depuis de donner des marques de souvenir et d'amilio au marseillais Arniaud, et des preuves de bienveillance à la nation fraiiçai:se. Dans toutes les dignités de séra^kicr de Morée, de pacha de Roniéiie, où il parvint de degrés en degrés,, il manifesta le même sentiment de reconnais^ sauce de la manière la plus tcuchanle. Enfin j Revenu gra^d-visir^ sa première pensée fut d§

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prier l'ambassadeur de France d'écrire à son ancien patron de venir le voir, lui recommandant gaîment de ne pas perdre de tems , « parce î) qu'un visir ne vieillissait pas en place » , disait-il.

Arniaud arriva en effet à Constantinople, suivi d'un de ses fils, et avec des présens qui consistaient en orangers chargés de feuilles et de fleurs, en serins des Canaries, et en douze esclaves musulmans qu'il avait rachetés à Malte. Le vieillard, âgé de soixante -douze ans, fut introduit chez le gra^d-visir, qui le reçut devant toute sa cour avec la plus tendre affection. « Vous voyez, dit-il aux pachas qui l'envi- }) ronnaient, vos frères quijouissent de la liberté » après avoir gémi dans l'esclavage; ce Fran- » çais est leur libérateur. J'étais esclave comme 3) eux; j'étais chargé de chaînes, couvert de » blessures ;il m'a racheté, il m'a soigné , il m'a 3) sauvé. Liberté, vie, fortune, je lui dois tout. » Il a payé ma rançon sans me connaître; il » m'a renvoyé sur ma parole, en me confiant :?) son propre vaisseau : quel musulman eût été » capable d'une plus grande générosité? »

Et pendant que le vieillard tenait serrées dans ses mains les mains du grand-visir, tous les officiers de sa maison disaient avec étonnt^

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jQement et attendrissement : « Voilà 1 aga, le }i patron du visir; voilà celui qui a sauvé notre jo maître. »

Topal-Osman ajouta à tous les présens dont il combla le capitaine Arniaiid et son fils, la permission de faire à Salonicjue un chargement de bled sans payer aucuns droits de sortie, faveur d'autant plus lucrative que ce com-^ merce était interdit aux étrangers.

Tel était le noble grand-visir que le sultan Mahmoud avait donné pour successeur à tant de ministres ou sans talens ou sans vertus. Topal, également juste, vigilant et ferme, ramena et entretint l'abondance, rétablit la subordination, et réprima la licence, à laquelle il ne semblait plus possible d'imposer le frein des lois. Ami des Français, il leur permit de rebâtir en pierres deux églises qui avaient été brûlées à Galata; il protégea les prêtres catholiques vexés par les prêtres grecs et les ulémas musulmans; enfin il fit rendre aux puissances 1732. chrétiennes dçs vaisseaux marchands injustement pris par les corsaires baibaresques. Tant de vertus, de talens et déquilé, ne trouvèrer^t point grâce devant la polilique immuable de l'impassible kislar-aga, et devant les intrigue^ ^n luuphti et de la sultane Validé 3 tous se xéM-*

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Dirent, l'un par système, les autres par calcul, pour accuser Topal-Osman de trop favoriser les giaurs, et pour demander sa déposition à Mahmoud. Ce prince, naturellement juste et doux, qui ne fut jamais cruel que par raison d'Etat, consentit à éloigner son vertueux visir; mais il se refusa à le punir. Il manda Ali-Pacha, qui avait succédé à Rustan dans le commandement de l'armée qui combattait les Persans, et il envoya Topal-Osman le remplacer avec le titre de pacha à trois queues. Ce visir, dont l'ame était grande, les intentions droites, et l'esprit sage et juste ^ remercia le ciel de ce que son maître ne lui faisait pas demander sa tête en le disgraciant, et ne songea qu'à le bien servir.

Une nouvelle révolution avait encore changé la face de la Perse. Thamas-Kouli-Khan, mécontent que son maître, effrayé des succès de Rustan, eût conclu la paix avec ]es O.smcnslis sans le consuller, était entré dans Ispahan, avait enfermé Schah-Thamas dans une étroite prison , et venait de faire proclamer sophi un fils de ce malheureux prince, mais âgé seulement de six semaines, sous le nom duquel il régnait avec le titre de régent. Schah-Thanms était ^onç 4élrôné; le même sort attendait son fils.

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Un traité récemment conclu avec la Russie permettait à l'usurpateur de tourner tout l'ef^ fort de ses armes contre les Ottomans. En eiCei^ Tharaas-Kouli-Khan menaçait Bagdad, lorsque Topal'Osman fut envoyé pour le contenir.

Il marcha contre les Persans avec une armée de cent cinquante mille hommes. Il est remarquable que Mahmoud, ami de la paix et des droits des souverains, fit écrire aux gouverneurs des provinces persanes pour les exhorter à la fidéHîé envers leur prince légitime , ea leur rappelant tous les manx que les révolulions précédentes avaient attires sur leur pays. Thamas-Kouli-Khan, à qui la force et l'audace tenaient lieu de titres, ne s'avança pas moins à la rencontre de l'armée ottomane. Le choc de ces deux masses énormes fut terrible. Le com^ bat lut long et opiniâtre ; ce ne fut qu'après sept heures de la plus furieuse mêlée que les Persans prirent la fuite, laissant trente -cinq mille morts sur le champ de bataille. Kouli- Khan avait été blessé grièvement dès le commencement de faction , qui se passa sous les murs de Bagdad. Il se fit transporter à Amadan, et suivi par les débris de son armée, il abandonna son camp aux vainqueurs. Lea Ottomans pillèrent les tentes du féroce ennemi

qtii, deux jours avant, menaçait de livrer Bag-» dad à toutes les horreurs d'une ville prise d'assaut, et de traîner dans les cachots d'Ispahaa ceux qui échapperaient au cimeterre de ses soldats. Aussi sanguinaires que les vaincus avaient promis de Têtre si la fortune les eût favorisé^ les Ottomans entrèrent en triomphe dans la ville; et, pour célébrer leur victoire, ils renouvelèrent sur leurs prisonniers les scènes de carnage dont Amurath IV avait sonillé sa gloire. lis élevèrent sur la grande place une pyramide de têtes humaines; î^pectacle hideux, dont l'exemple semblait oublié depuis Tamerlan. On s'étonnera sans doute qu'un vainqueur du caractère de Topai permit à ses soldats de tels excès ; mais, pour mener les Ottomans à la victoire, il n'était pas établi leur réformateur, et leur fanatisme barbare a toujours été une des conditions de leurs succès contre les Persans.

Topai ne profita point de sa victoire. Lo défaut de subsistances l'empêcha de s'engager dans les déserts , boulevards presque inexpugnables de la Perse au delà du Tigre; et les ennemis puissans qui l'avaient expulsé du visiriat, la sultane validé, le kislar-aga et le grand-visir ^li, son successeur, n'étaient pas disposés à

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concourir à sa gloire. II sut trouver dans son activité , dans son génie et dans sa réputation même les ressources qu'une haine injuste et une basse jalousie s'obstinaient à lui refuser. Il s'adressa aux tribus arabes voisines de Bagdad, et il en obtint des sommes suffisantes pour payer 1 armée , la nourrir, et repousser l'ennemi commun. Les troupes qu'il avait été forcé de disséminer furent réunies. A peine avait-il rassemblé soixante-dix mille hommes, qu'il apprit que les Persans marchaient contre lui, après avoir forcé les défilés que les Ottomans défendaient. « Hâte-toi d'évacuer la Géorgie , écrivait avec « arrogance Thamas Kouli-Khan à Topai, 3) ou j'irai t'enlever dans ton berceau comme » un enfant. » Allusion insultante à la litière oii Topal-Osman, accablé par la goutte, se faisait porter à la tête de son armée. 1733, L'usurpateur parut devant Kercoud, et fut d'abord étonné de trouver les Ottomans retranchés avec des forces égales aux siennes. Il eu vint aux mains sans être plus heureux ; Topai le battit une seconde fois, lui tua sept mille hommes, et fit trois mille prisonniers. H poursuivit les Persans pendant six lieues, jusqu'à la ville de Keilan, sous les murs de laquelle ils essayèrent de tenir tête; mais, sur

ce nouveau champ de bataille, ils eurent la honte d'être battus une troisième fois. Thamas- Kouli-Khan changea alors de langage, et tout en fuyant il envoya demander la paix. Topai -Osman répondit généreusement que son invincible maître ne faisait point de traités avec un usurpateur.

Mais les moyens lui manquaient pour soutenir une altitude si hère. Oublié à dessein, ne recevant aucun secours ni d'hommes ni d'argent en retour des messages et des plaintes continuelles qu'il adressait à Constantinople, il se vit obligé de diviser ses forces pour la seconde fois, et de prendre à Keilan ses quartiers d'hiver.

Le divan ne s'occupait point de la guerre de 1734. Perse; tous ses regards étaient fixés sur f Europe. La mort d'Auguste II, électeur de Saxe et roi de Pologne, arrivée récemment, avait amené après elle des troubles qu'il était aisé de prévoir. Son fils, Auguste lit, prétendait lui succéder au préjudice de Stanislas Leczinski, que la diète polonaise avait réélu. Stanislas était protégé par la France; l'impératrice de Russie, Anne Iwanowni, crut de l'intérêt de son empire d'accorder son appui au fils du roi Auguste. Une partie de la no-

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Ijlcsse, qui s'était retirée du cliamp d'électiori; se vit soutenue par nne armée russe, et élut cef prince, qui, sous le nom d'Auguste III, fut ainsi opposé au roi Stanislas.

Toutes les puissances de l'Europe prenaient part à cette grande querelle. L'empereur Char* les VI soutenait, de concert avec la Russie, l'élection d'Auguste lïl. L'Espagne et la Sardaigne embrassaient avec la France la c^iuse de Stanislas, qui leur semblait celle de tous les rois. L'Angleterre et la Hollande restèrent neutres, quoique l'empereur comptât sur leur secours, en vertu du traité de Vienne de lySi; mais ces deux puissances abandonnèrent Charles VI, sur l'assurance, donnée par la France, que la guerre ne serait pas portée dans les Pays-Bas. Le marquis de Villeneuve, ambassadeur de France^ employait tous ses efforts pour prouver au divan que l'intérêt de l'empire ottoman n'était pas de favoriser le choix de l'empereur d'Allemagne, mais bien plutôt de soutenir le roi Stanislas, qui, déjà uni à la France par la recoimaissance et parle sarg. oî^rirait à la Porte un allié aus^ utile et un ami aussi sûr que l'était le roi trèschrétien. Il pre 'sait donc le ministère ottoman de déclarer la guerre aux puissances protec-^

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tiices du roi Auguste III. Par Tordre du car-» dinal de Fleury, le marquis de Villeneuve envoya auprès du khan des Tartare: un ageut secret, le baron de Toit, gentilhomme hongrois , qui après avoir suivi en Turquie le prince Ragotzki, s'était attaché au service de France depuis 1717. Le négociateur remplit sa mission avec tant d'adresse et de succès, que le khan disait hautement qu'au risque de perdre ses états, il assurerait la couronne de Pologne au roi Stanislas. Mais son concurrent , le roi Auguste, employait des moyens plus efficaces encore. Huit cent bourses furent données au grand- visir Ali , et le khan des Tartares reçut la défense d'entrer dans l'Ukraine, sous peine d'être déposé. Seulement, pour sauver les appa^ rences et voiler de si honteuses manœuvres, le grand -visir annonçait que la guerre allait être déclarée à l'impératrice de Russie, et les préparatifs militaires se faisaient avec autant d'éclat que de lenteur.

Sur ces entrefaites, on apprit à Constantinople que Topal-Osinan avait attaqué Thamas» Kouli-Khan, malgré linégalité des forces oii il était réduit; que les Ottomans avaient été battus, et le brave Topai tué sur le champ de bataille. Lgs débris de l'armée vaijacue avaient

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été repoussés Jusque par-delà Tauris , et Bag^ dad était de nouveau menacée. La consternalion rdgna à Constantinople. La mort d'un homme de bien . dlm général aussi aimé qu'heureux, victime des co^p^bies menées d'une basse jalousie, faisaient murmurer ou gémir; et la conduite de la cour ottomane, à l'égard de Topai, semblait d'autant plus odieuse que soixante mille hommes rassemblés en Natolie n'attendaient pour aller à son secours que les ordres du grand- visir, qui uen donnait pas. La honte consomma l'ouvrage de la haine. La nécessité consacra le pacte qu'Achmet, pacha de Bagdad, fut obligé de conclure avec l'usurpateur persan. En vain le muphti déclara le traité contraire à la lettre et à lesprit du Coran; en vain Aclimet fut désavoué. Les soixante mille hommes campés dans la Natolie se mirent en marche , ayant à leur tète Abdala , pacha à trois queues, beau- frère du sultan, général incapable et présomptueux , qui osa se mesurer avec Thamas-Kouli-Khan, et se fit battre près d'Erivan, laissant quarante mille morts sur le même champ de bataille oii Topai avait été trois fois vainqueur. Le grand-visir fut forcé de retourner sur ses pas; il ordonna au pacha Achmet de reprendre le commandement et de

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rcuouer les négociations. Il fallait une victime à la politique ottomane : Abdala fut étranglé, comme infractenr du traité déjà conclu. Sa mort entraîna 1733. la chute du grand-visir Ali: il fut fait mazul*, et cependant ce grand coupable qui méritait ds périr reparut, deux ans après, pacha de la Bosnie, une des provinces de l'empire les plus importantes par sa position. La paix fat consommée avec la Perse ; mais la Porte abandonna "la Géorgie , assura aux Persans le droit de pèlerinage à la Mecque, leur permit l'accès de tous les lieux révérés par les musulmans, articles d'autant plus difficiles à obtenir qu'ils » touchaient à la religion, qu'ils avaient été foujours demandés et toujours refusés; enfin, pour dernière humiliation, la cour ottomane reconnut pour sophi Tbanias-Kouli-Khan.

Ces afflronts, reçus aux extrémités asiatiques 1736. de son vaste empire , furent effacés aux yeux de Mahmoud , parce que le bienfait de la paix en devenait le prix.

li'ambassadeur de France crut les circonstances favorables, et renouvela i=es démarches pour que la Porte se déclarât contre l'Aulricbe et la Russie; mais à cette époque l'empire ottoman avait acquis un sujet de plus, un homme qui avait à cœur de l'éclairer sur ses véritables

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intérêts, et à qui son esprit, son expérience et sa valeur connus avaient donné les moyens dele servir utilement dans les armées et dans les conseils. Le fameux comte de Bonne val, d'abord transfuge de la France , entré ensuite au service de lempereur, devenu le compagnon d'armes^ un des meilleurs et des plus brillans oflSciers du prince Eugène, était depuis long-tems célèbre chez 'es Ottomans. Ses exploits, son intrépidité, les glorieuses blessures qu'il avait reçues dans une foule de combats, et notamment au milieu de la victoire de Péterwaradin, dont les Impériaux lui devaient la plus grande part, l'avaient mis au rang des ennemis les plus redoutés des musulmans. Ce Français, né pour les aventures extraordinaires plus que pour les grandes choses, également héros de roman et personnage historique , portait la hauteur et la présomption jusqu'au ridicule, avait plus de défauts que de mérite, plus de légèreté, de témérité et d'exaltation , que de talens et de moralité. Un cartel envoyé par lui au prince Eugène, son général en chef, l'avait fait mettre au conseil de guerre, et condamner à une juste punition. Pour s'y soustraire, le comte de Bouaeval s'était réfugié à Gonstantinople. Là , couronuaut toutes ses folies et toutes ses fautes par

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l'apostasie , il avait embrassé la religion de Mahomet; et descendu par anibilion à la condition de renégat, il jouissait à la cour de Mahmoud du rang de pacha sous le nom d'Achmet. Son caractère était peu estimé, sa fidéhté suspecte* mais ses talens étaient employés, et ses conseils écoutés, quoiqu'avec précaution. Telle était l'existence de ce célèbre aventurier à la Porte- Ottomane, en 1706, époque delà querelle d'Auguste III et du roi Stanislas, Le comte de Bonneval traversa les projets du marquis de Villeneuve , et conseilla au divan de ne point agir hostilement que la France n'eût promis solennellement de ne pas faire de paix séparée, et de concerter toutes les opérations de la guerre avec le grand-visir. Le traité de Risv^^ick, que ]a cour ottomane avait le droit d'appeler une défection, avait attiré sur l'empire une suite de malheurs assez déplorables pour servir de leçon de prudence. Cette condition d'un traité oflensif avec les ennemis de la foi, contre une puissance cathohque, effraya le premier ministre de Louis XV, Fleury, prêtre, évêque et cardinal de la sainte Eglise romaine. Le cabinet de Versailles renonçait donc à tous les avanlages d'une diversion si puissante en faveur du roi Stanislas, lorsque la cession de la Lor-

raine, proposée et inespérément acceptée, vînt ierniiîier le diûTéreiit des deux rivaux au trône de Polo2;ne. Aua;ustc III fut reconnu solenneîlement. L'empire ottoman resta en butte à l'agression de la Russie, que l'empereur d'Aile* magne allait infailliblement soutenir.

?3G. En effet, le successeur d'Ali-Pacha était à peine nommé au visiriat, que le manifeste de la cour de Pétersbourg arriva à Gonstantinople, suivi d'une déclaration de guerre. C'était le fruit de la politique incertaine du sultan Mahmoud et de son conseil. Malgré les menaces du grand-visir Ali, le khan des Tartares était entré dans l'Ukraine, et avait insulté le territoire russe; mais cette invasion n'avait été ni désavouée ni soutenue. De son côté, l'impératrice Anne avait dissimulé l'injure, parce que Ten-trée d'une armée russe en Pologne était aussi une infraction au traité du Prath, confirmé à Gonstantinople en 1^12. Mais le traité de Vienne, en assurant le trône de Pologne au roi Auguste III, et pour corapcnsalion la souveraineté viagère de la Lorraine an roi Stanislas, avec réversion à la couronne de France , garantissait désormais la nentralité de cette alliée puissante et unique des Ottomans. L'impératrice de Russie profita de ce nouvel état des choses, de ce mouvement

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politique qui isolait le sultan Mcihmoud, et elle demanda raison de cette invasion de l'Ukraine comme d'une insulte restée impunie, et dont elle exigeait la réparation.

Mahmoud redoutait Ici guerix3 plus que jamais; il désira trop tard une diversion de h* part de la France, qui se borna à oSrir sa médiation. Le divan, injustement offensé de cette neutralité, préféra l'intervention de l'Angleterre et de la Hollande réunies à celle de l'empire d'Allemagne. Les Ottomans pouvaient-ils oublier quel intérêt cette dernière puissance avait à leur nuire? Ils s'aveuglèrent voloutaircjuent, car l'empereur Cliaries Vî, en acceptant le rôie de médiateur, prétendit devoir armer éventuellement en faveur de la Russie, qui lui avait envoyé des troupes auxiliaires dans la querelle de la succession au trône de Pologne.

Cependant l'armée russe ouvrait la campagne de 1756; le sultan, pour ne pas exaspérer des ennemis qu'il espérait encore ramener à la paix, au lieu de faire conduire aux Sept-Tours l'ambassadeur russe, le renvoya sous l'escorte dun détachement de janissaires, jusque sur la rive droite du Niester, l'ancien Tvras de la Dacie, qui donnait encore à cette époque, à l'empire ottoman, une vaste limite de déserts.

Les Russes étaient commandés par Munich , général dont le nom seul rappelle les talens et l'inflexible rigueur , qui fut pour eux ce que le lacédémonien Xantippe était pour les Carthaginois j et qui pli'i ces hommes sauvages , intrépides et passifs à la discipline admirable qu'ils ont toujours conservée depuis. Munich les mena ravager la Crimée.

Cette riche et grande presqu'île est jointe au continent par une langue de terre appelée l'isthme de Précop ou dOrcapi. Des lignes gigantesques , dont la nature fut le premier ingénieur, dominent de quarante pieds sur la plaine inférieure : deux murs leur servent d'épaulement sur une étendue de trois quarts de lieue.

L'impéritie et i'imprévoyanee avaient empêché les Tartares de savoir que ces hgnes inattaquables de front, pouvaient être tournées. Munich n'essaya pas de les prendre d'assaut ; il fit passer à son armée un bras de mer marécageux j mais guéable ; et il pénétra dans la Crimée par la langue de terre très-étroite qui en prolonge parallèlement la côte orientale. Sans dessein ni espoir de s'y maintenir , il y apparut pour la piller, et alla mettre ensuite le siège devant AzofK 1706. Le marquis de Villeneuve offrit de nouveau

la médiation de sa coar , dont les bons offices îie pouvaient pas être suspectés; la France avait le môme intérêt que l'Angleterre et la Hollande à ce que les Russes fussent exclus de la navigation de la mer Noire , avantage que devait leur assurer l'occupation de la Crimée et des pays voisins des bouches du Borislhène. L'ignorance politique du sultan et de son divan , ne pouvait se comparer qu'à leur aveuglement volontaire. Le baron de Tott alla trouver le grand-visir dans son camp de Bender , po'ûr' l'engager à faire la paix avec la Russie , dût-il céder Azofl", dont la prise étoit peu importante, si la Porte se réservait le droit de fortifier Guban , situé à l'entrée de la mer de Zabache. Le grand-visir ne Ipi répondit que par deis plaintes sur la conduite inconséquente de la- France, qui, après avoir engagé les Ottomariis à prendre les armes , venait aujourd'hui lui conseiller de les quitter honteusement. « Nous » vous conseillions la guerre il y a trois ans , » répondit avec franchite le négociateur, pour » les intérêts communs de notre empire et du » vôtre : aujourd'hui, nous vous conseillons » la paix uniquement pour vous. »

Le ministre de l'empereur , M. de Talloman , trouva moyen d'exclure de la médiation i^^

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Hollande et l'Anglelerre ; resté seul , il ne tarda pas à prouver aux Ottomans que son maître n'était pas le moins pcriide de leurs ennemis. [fj^j. Niémurow, ville frontière de la Pologne, fut indiquée pour le lieu ou se tiendrait le congrès pacificateur.

Cependant les plénipotentiaires russes n'arrivaient pas; mais Munich, à la faveur des préparatifs de paix s'était avancé sous les murs d'Oczakofl". Cette forteresse, située sur la rive droite du Boristbèneetprèsdesou embouchure, n'avait pour seule défense qu'un fossé et un chemin couvert; mais elle renfermait vingt mille hommes de garnison. La fortune seconda Munich: une bombe, lancée du camp russe, mit le feu à la ville; trois magasins à poudre sautèrent dans fincendie; des bataillons entiers d'assiégeans furent ensevelis sous les débris des édifices qui retombaient mêlés aux. membres épars de plusieurs milliers d'assiégés. C'est le moment que choisit Munich pour donner le signal de l'assaut; les Russes, épouvantés, hésitent à marcher dans les flannnes; leur général fait pointer une batterie de canons derrière eux, et les force ainsi de s'emparer dOczakoS" embrasé. Kilbournou, la clé du Niéper-, ouvre ses

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portes à des vainqueurs que les fléaux de la nature n'arrêtent pas.

Quatre armées autrichiennes s'avançaient sur 17,37; le territoire ottoman sousFombre de la prétendue négociation qui commandait la sécurité à la bonne foi musulmane. Le comte de Sakendorf, le général Schmettau, le comte François de Wallis, le prince de Saxe.-Hildbourghausen dirigeaient ces attaques ; la Servie, la Bosnie 5 la Valachie, étaient envahies à la fois. Le plénipotentiaire impérial le va le masque, et déclara qu'avant de traiter, chaque puissance entendait rester en possession de ses conquêtes; qu'ainsi la Valachie et même la Moldavie , où le général Wallis avait envoyé lever des contributions , appartiendraient à l'Empereur son maître, et que sa médiation était à ce prix. Il n'en fallut pas davantage pour que les ministres ottomans rompissent avec indignation les conférences de Mémirow, et se retirassent.

Mais ce fut avec plus de fureur que de consternation qu'on apprit à Gonstantinopîe des nouvelles qui semblaient si alarmantes et si désastreuses. L'indignation fut générale, et se porta toute entière sur l'inaction et la pusillanimité du grand vi^ir Ismaëi-Paciia, général

ineple dont l'histoire a presque oublié de consigner même le nom dans ses annales. Il restait sous les murs de Bender à la tête d'une nombreuse armée , oisif et timide spectateur des conquêtes et des progrès des Russes et des Impériaux réunis. Pour apaiser les clameurs universelles, Mahmoud envoya au camp le sélictar Aga, avec ordre de déposer Ismaei, de mettre à mort son kiaia, etdecontier les sceaux de l'empire à Sighen , pacha à trois queues.

Mais autant la guerre de Russie, dont le théâtre ordinaire était un climat froid , sous des jours courts et dans des déserts stériles , eS'rayait et dégoûtait les Ottomans , qui la regardaient comme réprouvée par leur loi rongieuse, eu ce que l'inégalité des nuits troublait l'habitude de leurs pratiques de piété, autant ils se portaient avec ardeur à aller combattre dans la Hongrie, qui leur oSrait un terrain connu , et l'espérance si souvent réalisée d'un riche butin. -Aussi , dès le jour même où les Ottomans prirent l'ofFensive contre les Impériaux , tout changea de face dans la fortune de ces derniers. Le comte de Seckeudorf avait pris Nissa, et se préparait à assiéger Widin sur le Danube Le nouveau grand- visir vint l'attaquer; et, sous

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ïes yeux même du sélictar qui lui avait apporté le sceau impérial , il tua quatre mille hommes à Seckenclorf, et fit quinze cents prisonniers. Le général de Charles VI vit reprendre Nissa, €t fut forcé d'évacuer la Servie,

En Bosnie, le prince de Saxe Hildbourghausen fut plus malheureux encore : il avait formé le siège de Bagnanluk, sa capitale; les Ottomans attaquèrent ses retranchemens , les forcèrent , et remportèrent sur lui une victoire complète : ainsi ce prince , jouet de ia fortune, se préparait de bonne heure aux échecs par lesquels il était destiné à figurer dans Thistoirc, et qu'il devait un jour, sur un autre théâtre, et contre d'autres ennemis, couronn'jr par la déroute de Rosbach.

Le prince Eugène était mort depuis deux ans, et la victoire n'accompagnait puis les drapeaux autrichiens. L'audacieux et brave pacha Achmet, comte de Bonneval , animait les Ottomans de sa haine et de son exemple : il leur apprenait à vaincre des ennemis qu'il connaissait. Aussi intrépides dans la déi'ense que dans l'attaque , on vit les musulmans résister au nombre seulement de deux cents dans la petite place d'Uzitza, et n'en sortir f[ue par la capitulation la plus honorable.

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Ce fut avec des transports de joie qu'on signala à Constantinople le retour de Sighen : l'empire ottoman ii était plus accoutumé aux ti'iomphes. l.e sultan tira de son obscur asile de Rodosto, le prince Ragot^ki, le proclama vaivodede Transilvanie. et déclara qu'il le ferait accompagner par une armée à l'ouverture de la campagne prochaine : on ne parlait pins de paix au sérail; mais au contraire il s'agissait désormais de ne plus quitter les armes quaprès la conquête de Belgrade, de Budc et de Témeswar.

Le palais impérial de Vienne présentait un aspect bien diiïereat. Charles VI , humilié des atlronts qu'il retirait d une guerre commencée sous de honteux auspices, faisait arrêter le comte de Seckendorf, et essayait de le rendre responsable des mallieurs de la carapcigne. Il demandait sous main que les conférences se rouvrissent à Nicmiro^v.

Les Ottomans , plus indignés d'avoir pour ennemi le perfide souverain qu ils avaient choisi pour arbitre, qu'enflés de leurs succès, annoncèrent à lambassadeur de France que le Grand-Seigneur, ami de la paix, allait mériter, par une nouvelie campagne , que ses ennemis

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lui offiissent des conditions honorables et avantageuses, et qu'il n'écouterait aucune proposition que sous la médiation du roi Louis XV. et de son ministre.

La campagne de lyaS s'ouvrit par le siège 17^^ d'Orsowa que vint former le pacha Elias. Les Impériaux , ayant à leur tête François de Lorraine , grand duc de Toscane, le forcèrent à l'abandonner; mais, à l'arrivée du grand- visir, les Ottomans attaquèrent de nouveau, poussèrent les Impériaux jusqu'à Hsehadia qui tint dix jours. Cette place était d'autant plus importante, qu'elle favorisait les approches d Orsowa.' Le grand-visir avait ordre de s'en emparer à quelque prix que ce fût; sa nombreuse artillerie foudroya la place resserrée par des hauteurs , défendue par le Danube , mais commandée sur les deux rives : bientôt ia place et le fort n'oQrirent plus qae des brèches et des ruines; ce ne fut que réduit à cette extrémité que le commandant consentit à capituler. Semendria et Sgniealée suivirent l'exemple d'Orsowa.

Mais moins heureux en Transilvanie, le prince Ragostki ne fut joint que par un petii aonibre de mécontens; son expédition éoboïia^,

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et le vaîvode lllulaire d'une province à recoirqiiérir, revint cliercher un asile dans le camp du grand-visir victorieux.

Î73S. En effet, la prise de Belgrade manquait seule à la gloire de Siéghen. La saison trop avancée le força de se borner à couv^rir Nissa que les Impériaux menaçaient , et d'ajourner le siège de Belgrade à* la campagne suivante. Malgré ses succès , son absence de Constantijiople l'exposait aux intrigues secrètes des nombreux ennemis qui cherchaient à le perdre. Il fut averti qu'il se formait une trame contre lui; et, sous prétexte d'aller couronner l'œuvre glorieuse de la guerre, par le bienfait si désiré de la paix , il revint dans la capitale pour voir ses ennemis en face. Le sultan lui-même alla au-devant de son grand-visir triomphant; il le reçut en sauveur de lempire, et prit soin de signaler son retour par le plus solennel et le plus pompeux accueil. Ce fut au bruit des acclamations et des transports d'un enthousiasme général , que le peuple vit Siéghen déposer aux pieds de son maître et fétendard de Mahomet , et les clefs des quatre places fortes conquises pendant la campagne.

Le présomptueux. Siéghen parlait de paix ,.

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mais à des conditicna qui la rendaient impossible : il voulait que la Transilvauie , oîi Ragofski n'avait reparu que pour s'enfuir, rentrât dans le droit délire ses souverains; il exigeait que toutes les places conquises fussent abandonnées aux Ottomans: qu'enfin les Russes, dont les armes avaient été heureuses, restituassent la ville d'Azofif, renonçassent à jouir de la mer Noire , et même à régner sur un seul coin de ses rivages.

Aveuglé par l'éclat de ses services et de 1789 leur récompense , il eut l'imprudence de se croire assez puissant pour braver ses ennemis personnels, comme il bravait les ennemis de l'empire : il essaya de lutter contre le kislaraga, et d'ébranler son autorité sur les vieux fondemens dont l'habitude et la confiance du sultan faisaient les appuis. La perte de Siégheii fut jurée par le kislar-aga et la sultane validé; et au moment oii sa noble ambition le berçait des illusions les plus vastes, au moment où il partait pour aller reprendre à Andrinople le commandement de l'armée et le cours de ses succès, le capidgi-bachi vint lui demander le sceau impérial , et lui intimer l'ordre d'aller eu exil dans une île de l'Archipel : la reconnais-

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sance de son maître se borna à lui laisser le choix du lieu.

1739. Le pacha Elias, le conquérant d'Orsowa , fut le successeur de Siéghen. Peu effrayé de l'exemple de son prédécesseur, le nouveau grand-visir alla prendre sa place, parce que, dans l'empire des sultans, les dignités ne se refusent pas, et que la première ambition d'un ' ottoman est d'obtenir , et sa dernière inquiétude

de prévoir s'il conservera. Elias rassembla toute farmée à Widin ; et afin de prouver à tous qu'il ne faisait la guerre que pour conquérir la paix, il invita l'ambassadeur de France à venir le joindre dans son camp , sous les heureux auspices et le noble caractère de médiateur éventuel.

Les dispositions hostiles les plus menaçantes sembloient repousser les espérances de cette paix.

Munich se préparait à attaquer Ehvezim.

Le khan des Tartares, renfermé dans sa presqu'île, attendait, pour faire une sortie, que les Russes se portéissent imprudemment sur les frontières occidentales de TEmpire ottoman. Les Impériaux , quoiqu'ils n'eussent que vingtcinq mille hommes, s'approchaient de Semendria avec une conliance que ne motivaient ni

des succès ni les ialens de leurs généraux. Cent trente mille musulmanspassèrent la Morawa, et avancèrentjusqu'àKrotska, qui avoisine Belgrade. L'armée impériale les attendait, postée sur les hauteurs ; son camp fut attaqué et forcé: le comte Wallis, qui commandait, se retira avec perte sous la ville qb'il n'avait pas même l'espoir de défendre long-temps. Le grand- visir le suivit , le battit une seconde fois, le força à repasser la Save , et à se renfermer dans Belgrade. Maître du cours du Danube, secondé d'une nombreuse artillerie qui foudroyait les remparts, Elias avait poussé les tranchées jusqu'au glacis de la place; les janissaires, animés par le succès, murmuraient de ce qu'on ne donnait pas le signal de l'assaut, quoique les brèches ne fussent pas encore praticables. Le grand-visir, qui méritait de vaincre, puisqu'il savait conserver dans la fortune quelque modération et quelque humanité, envoya sommer la ville de se rendre, et inviter "Wallis à céder au sort des armes, en épargnant le sang des hommes. Ce général reconnut la loi de la nécessité , et répondit à la sommation par des propositions de paix. Le grand-visir, plein de sagesse et de prudence, consentit sur-lechamp à traiter, mais il prétendit dicter la loi. 3. 14

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Aidé du reïs-efFendi et de Vhabile Mehemet- Raghib , qui illustra depuis le visiriat sous le nom de Raghib-Pacha , Elias s'aboucha avec le général Wallis et le comte de Neiperg, en présence du marquis de Villeneuve , ambassadeur de France. Les plénipotentiaires impériaux n'offrirent de rendre que la partie de la Valachie et de la Servie qu'ils n'étaient plus en état de conserver, l'Ile et la place d'Orsow^a, avec la réserve que les fortifications seraient entièrement détruites.

Le grand- visir, plein de cette noblesse et de cette fierté ottomane qui allie toujours des idées religieuses à des sentimens de modération, répondit avec dignité que la mauvaise foi des Autrichiens était la seule cause de la guerre; que Dieu avait armé les musulmans , et s'était déclaré pour le parti le plus juste. Il insistait sur la reddition de Belgrade : « Comme je n'ai » qu'un Dieu, dit-il, je n'ai qu'une parole : » Belgrade , et Belgrade fortifiée sera remise à » mon sublime empereur; il n'accordera la n paix qu'à ce prix. »

Wallis et Neiperg déclarèrent de leur côté qu'ils ne consentiraient pas à cette clause honteuse , et ils firent cette déclaration au milieu du camp ottoman, entourés des menaces et des cris de fureur d'une soldatesque indisciplinée; aussi

DE L'EMPIRR OTTOMAN. ait

virent-ils les cimeterres levés sur leurs têies; et malgré la sauvegarde du droit des gens, leurs personnes et leur caraclère .public furent au moment d'être outragés; ils persistèrent néanmoins et assurèrent qu'ils aimeraient mieux périr sous le fer musulman que dêtre décapités à Vienne pour avoir trahi les intérêts de leur patrie et de leur souverain.

Les ne'gociations allaient être rompues, lorsque le marquis de Villeneuve imagina de proposer aux plénipotentiaires impériaux de rendre la ville de Belgrade dans Tétat oii elle était en 171 7, c'est-à-dire avant que ses nouveaux ouvrages l'eussent rendue presqu'im prenable. W^allis et Neiperg acceptèrent cette ouverture qui leur permettait de composer sans honte avec la nécessité ; mais ce fut avec la plus grande peine que l'ambassadeur de France parvint à faire sanctionner ce terme moyen par le grand-visir. Enfin la paix de Belgrade fut signée le i" septembre lySg.

L'empereur d'Allemagne céda à la Porte i-Stj. Belgrade , Sabacz , Orsowa avec la Servie et la Valachie autrichienne : le Danube, la Save et rUnna furent de nouveau reconnus pour limites ds deux empires ; enfin , de toutes les cessions qui avaient été faites à l'Autriche pur

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le traité de Passarowitz, elle ne conserva que le bannat de Témeswar : ainsi les fruits des mémorables journées de Péterwaradin et de Zenta se réduisirent, pour les vainqueurs, à des funérailles. Telle est la loi de la fortune, cette reine du monde ; si la gloire militaire ne se payait pas par ses mains dans ses propres prestiges, elle n'offrirait, le plus souvent, que des sacrifices à la mort et au génie du mal.

L'ambassadeur de France stipula également au traité de Belgrade pour l'impératrice Anne qui l'avait honoré de ses pleins -pouvoirs. Cette souveraine victorieuse, mais fatiguée , redoutable , mais inquiète , se voyait abandonnée par l'empereur Charles VI, qui , pour faire excuser cette défection , avait feint d'être indigné d'une paix plus utile, il est vrai, pour lui qu'honorable, et avait fait arrêter et mettre en jugement le feld-maréchal Wallis et le comte de Neiperg qui avaient rempli leur devoir.

Aussi , malgré la prise de Choczim, qui suivit de près le traité de Belgrade, mais ne changeait rien à des chances qu'il devenait dangereux de courir, l'impératrice de Russie, restée seule belligérante , s'empressa d'accéder à la paix ; elle la signa un mois après

DE L'EMPIRE OTTOMAN. ai 3

l'empereur Charles YI ; elle rendit toutes ses conquêtes, Chocziui et la Moldavie. La démolition d'Azof fiit . consentis ; il fut interdit aux Russes d'avoir ou de construire aucun navire armé ou vaisseau marchand sur la mer Noire , mais la navigation leur fut permise sous les pavillons avoués. Il n'en est pas moins vrai que cette guerre brillante , mais ruineuse en hommes et en argent , qui coûta à la Russie plus de cinquante mille de ses vétérans , se termina pour elle par une paix, qui n'était pas sans avantage ; elle fut déclarée perpétuelle, tandis que celle de l'Autriche porta le nom accoutumé de trêve , et ne fut qu'un lien de la durée de vingt-sept ans. Le traité de Belgrade effaça pour les Russes la honte de celui de Pruth ; il les délia , sous les rapports de conscience publique entre les nations, de toutes les obligations tacites ou mal remplies que Pierre I avait consenties. Le traité de Belgrade annula tous les pacfes antérieurs , et cet affranchissement fut aussi favorable à l'ambition de la Russie qu'éventuellement fatale à la Porte : enfin, dans la hiérarchie poHtique, les souverains russes acquirent un rang de plus : le Grand Seigneur consentit à donner à sa majesté czarietme le

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titre d'empereur. Vaine circonstance en apparence , mais surcroît réel de puissance et de considération , puisque de peuple à peuple les mots font les choses, et surtout aux yeux des Ottomans, et que, dans la rivalité naissante et bientôt inégale des Russes et des Musulmans, chaque pas progressif d'un côté, chaque pas rétrograde de l'autre sont également à remarquer. i74'>- La paix de Belgrade consacra en quelque sorte le crédit de la France auprès de la Porte ottomane ; ce crédit était fondé sur l'amitié, la confiance et l'intérêt respectif des deux puissances. Le marquis de Villeneuve invoqua ce dernier mobile , et amena le divan de Gonstantinople à faire un traité dalliance défensive avec la Suède. Cette couronne, limitrophe de la Russie, son ennemie par politique et par position, n'était plus assez forte pour attaquer, mais n'était pas devenue assez faible pour ne ptis promettre dans foccasion une diversion utile en faveur de la Porte. Le sultan consentit que les dettes contractées par Charles XII envers Achmet III fussent acquittées par le don d'un vaisseau de guerre et de trente mille fusils, et les Suédois furent admis aux rang des alliés de l'empire ottoman. Le marquis de Villeneuve, dont la sagesse

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Rt l'habileté avaient su consommer le grand et difficile ouvrage de la paix , sans heurter aucun orgueil ni blesser aucun intérêt , fut comblé de tous les témoignages de reconnaissance: il n'accepta que le portrait de l'empereur Charles VI ; mais de la part de la Porte , il fut récompensé dans la nation française qu'il représentait par de nouveaux privilèges accordés au commerce , et par l'abolition de quelques impôts qui y mettaient des entraves gênantes et onéreuses.

Le grand-visir Elias, loin d'être récompensé, tomba en défaveur. Le sultan, fidèle au sj stème de politique domestique qu'il avait adopté , lui retira les sceaux de l'empire pour les confier au caïmacan Achmet.

Le traité de Belgrade donna à l'empire 1740. otloman l'espérance d'une longue tranquillité. Le sultan Mahmoud , plus inquiet de ses propres sujets que de ses ennemis, avait prouvé qu'il préférait la modération à la gloire ; l'année 1741 plaça l'équité de son caractère, et la sagesse de sa politique , dans un jour aussi nouveau qu'admirable.

La mort de l'empereur Charles VI, der- 1741* nier mâle de la maison d'Autriche Hapsbourg, armait toutes les puissances de l'Eu-

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rope chrétienne , pour dëpouiller de la succession Marie-Thérèse , sa fille aînée. Charles n'avait assuré ses droits héréditaires que par une pragmatique-sanction, et ne lui avait laissé pour la soutenir que des finances en désordre et une armée en mauvais état. La Jeune princesse n'avait presque pour elle que la force de son caractère et la justice de sa cause; ses droits lui étaient contestés par l'électeur de Bavière, par l'électeur de Saxe et par le roi d'Espagne, Philippe V; mais d'autres puissances intervenaient hostilement dans la querelle ; Frédéric second , roi de Prusse , armait pour recouvrer, disait-il, la Silésie; le roi de Sardaigne pour rentrer dans le duché de Milan ; la France, enfin, favorisait cette ligue de l'avidité et de l'ambition contre la faiblesse, uniquement pour abaisser la maison d'Autriche son ancienne rivale; caries haines politiques sont toujours tacitement ajournées jusqu'à foccasion.

Malgré le crime d'une telle spoliation, malgré l'opprobre d'une telle connivence , toutes ces puissances chrétiennes marchaient pour dépouiller l'auguste orpheline qui n'avait pas \m seul appui sur le continent européen.

Quel peuple devait sourire avec plus de joie

que les Ottomans à cette guerre honteuse et universelle? Quels vœux plus ardens pouvaientils former que de voir leurs ennemis se massacrer entr'eux? Cependant, au premier bruit de cette lutte condamnable , le sultan de cette nation qui ne faisait jamais de paix avec les chrétiens sans demander pardon à Dieu , sans représenter à son prophète qu il y était forcé par la nécessité; le sultan de cette nation, dont la religion fut établie les armes à la main , dont la vocation et le devoir sont de la propager par la même voie, le sultan Mahmoud envoya des lettres à tous les princes chrétiens pour les inviter à se réconcilier, et pour leur offirir sa médiation.

Voici ce qu'écrivait, au nom de son maître, aux cours de l'Europe, le grand- visir de la Porte ottomane, dont jusqu'alors les relations politiques avaient porté l'empreinte sauvage du fanatisme , de l'orgueil et du mépris :

« Un pacte tacite rapproche tous leshommes: w cet instinct fraternel est ué de la conscience 3) d'une origine commune. Les états ne sont « que les membres d'un même corps; et si » l harmonie est la loi conservatrice, la paix » est son de^.'oir religieux. La guerre est un

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3) remède violent auquel il ne faut avoir recours » qu'à la dernière extrémité , que pour rendre » la société à son système naturel et néces- » saire, que pour la rendre à la paix. La pais » est la source du bonheur public : la paix » est agréable à Dieu ; la paix est utile aux » hom.'iies, et, c'est, après la vie éternelle, la » seule fin que doivent se proposer les princes i> qui aiment la justice.

>i En eSèt, quelle âme sensible, quel être 3) humain ne frémit pas de tous les maux » qui accompagnent la guerre ! des ruisseaux 3) de sang abreuvent les campagnes ; les vain- 5) queurs ne sont pas plus épargnés que les » vaincus par fange de la mort ; les hideuses 3) maladies contagieuses suivent les pas des » combattéms , les attaquent, les abattent, 3) les dévorent jusque dans les bras de la 3) victoire , et les jettent enfin dans fignoble » fosse oii la mort les confond et les éga- M lise avec les animaux eux-mêmes, et c'est 33 ainsi qu'elle punit les hommes dégradés, 33 d'avoir imité la férocité des bêtes dans leurs 33 fureurs insensées.

33 L'affreux génie du mal , en poussant le » cri de guerre , tranche de sa flamboj'ante » épée le lien des nations : plus de commerce » entre les frères; le droit du plus fort rede-

» vient le code des enfans d'Adam ; le sang » ou les larmes des victimes attestent sur ses » tables d'airain que chaque verlu a retrouvé >» son outrage , la faiblesse son bourreau , » l'innocence son oppresseur, et la pudeur son » sacrilège : c'est pour prévenir le retour de » tant de crimes et de tant de malheurs , c'est » pour remplir les vues de Dieu, que mon » subHme empereur , qui n'est rien moins que j) l'ombre de ce Dieu sur la terre, invite les » princes chrétiens à se réconcilier, et leur « offire sa puissante médiation. »

Le refus que firent les princes chrétiens d'accéder à de si nobles représentations n'intéressa pas assez la gloire de Mahmoud pour provoquer son ressentiment; sa politique n'en devint pas plus ambitieuse. 11 persévéra dans sou système de conserver la paix au dehors, pour être mieux assuré de la tranquillité au dedans ; toutes ses vues semblaient concentrées dans l'intérêt de sa sûreté personnelle. Spectateur passif de cette lutte sanglante que la paix d' Aix-la-Chapelle termina en 174^, Sultan- Mahmoud , loin d'y intervenir oifensiveraent , alla au contraire au-devant des inquiétudes de la cour de Vienne, et consentit à convertir, avec la nouvelle maison d'Autriche, en

paix perpétuelle , la trêve de vingt-sept années qu'il avait stipulée avec l'ancienne.

Arrêtons-nous un moment : le cours tranquille d'une période de dix années permet à l'historien de jeter sur l'empire ottoman et sur sa situation intérieure , un coup d'œil qui ne sera ni sans importance ni sans intérêt , puisqu'il développera dans son corps politique de nouveaux germes de dissolution.

Sultan-Mahmoud n'était plus dirigé par le vieux kislar - aga , dont l'expérience lui était si utile, quoique ses vues manquassent de grandeur et d'étendue. Ce vieux ministre , inflexible et froid comme le temps dont il était devenu l'image vivante , avait vu passer une longue suite de visirs sans partager leur instabilité ; il venait de mourir à lâge de quatrevingt-dix ans.

Un jeune noir, né dans l'île de Bornéo, avait trouvé la route de la faveur et de la fortune : Bekir-Aga (c'est ainsi qu'on le nommait) était le favori dukiskir-aga,etildevintà samortceluidu sultan lui-même. Ce noir africain, âgé de trentetrois ans, n'avait ni la sagesse , ni le grand sens , ni l'expérience de son habile prédécesseur. Plein de fougue et d'ambition, il ne se vit pas plutôt en possession d'un pouvoir sans bornes

qu'il brûla d'en faire usage ou plutôt d'en abuser; son caprice devint son guide , et sa cupidité sa loi; les diamans, les bijoux du plus beau travail et du plus grand prix étaient les objets journaliers de sa convoitise: on aurait dit que du fond de son voluptueux palais, il avait les yeux toujours tournés vers l'Egypte et vers le Caire, ce triste lieu qui attend les kislar-agas disgraciés , oii les plus prévoyans arrivent préparés d'avance à charmer les ennuis de Texil en s'entourant des prestiges du faste le plus insolent.

Aucune injustice, aucune prévarication, aucun scandaleux trafic de la puissance et de la faveur ne coûtaient à l'avide kislar-aga, ce demi-homme chez qui la nature outragée avait laissé pour toute passion famour de l'or.

Un jeune esclave de vingt-deux ans, nommé Soliman-Aga, et l'arménien Jacoub, étaient les ministres avoués qui lui servaient d'instrumens. La maxime familière de Bekir était qu'aucun sujet de fempire ne devait posséder plus de six mille dollars, et son active avidité les menaçait tous de ne pas leur laisser un seul aspre.

L'insatiable triumvirat pompait l'or dans toutes les sources : à l'aide des promesses ou

des menaces il en obtenait de l'ambitieniiï qu ils séduisaient, du faible qu'ils frappaient de terreur, de tous, quels qu'ils fussent, et tous étaient réduits au silence. Ce brigandage avait son cours ouvert et son tarif connu. Le peuple en accusait l'africain Bekir , fesclave Soliman, l'arménien Jacoub , selon que l'un des trois avait été son spoliateur direct ; mais tous en reportaient la honte et le reproche sur le sultan qui ne pouvait ou ne devait pas ignorer les exactions de son ministre.

Il est vrai que l'adroit Bekir flattait avec soin , dans son maître , les goûts et les inclinations qu'il avait eu l'art d'étudier.

Mahmoud aimait le luxe et la munificence; plein de talens et de connaissance, il protégeait les arts et les cultivait avec quelque succès. Il voyait donc avec complaisance les pierreries , les belles porcelaines, les bijoux rares que Bekir prenait soin sans cesse de mettre à ses pieds comme des gages d'adoration. Mahmoud, les yeux éblouis, ne s'informait pas de quelle source venaient ces présens, ni de ce qu'ils avaient coûté de larmes. Tout impur qu'il était, cet or inique, dont Bekir lui offrait à peine le zécath , ( dixme religieuse ordonnée par le Coran), cet or provoquait,

chez Mahmoud, tons les désirs de la magnificence en lui donnant les moyens de les satisfaire; il se plaisait à faire exécuter, en Europe, des ouvrages d'art , dont lui-même inventait le dessin; joignant un goût naturel à la somptuosité , il faisait décorer des palais ; mais doux et humain par caractère, plus dépouillé qu'aucun des princes de la maison ottomane l'eût jamais été, des craintes ou des défiances d'une politique de traditions , on le vit porter le luxe, la recherche et jusqu'aux agrémens de la vie , dans les appartemens du sérail destinés à renfermer les princes de la race impériale , tristes retraites auxquelles il n'avait manqué jusqu'alors que le nom de prison.

Mais ce goût de volupté, de magnificence et de luxe rendit Mahmoud responsable du mal le plus réel et le plus durable. Il acheva d'effacer le dernier vestige de la simplicité des mœurs, de l'esprit de frugalité qui distinguaient autrefois sa nation. Les exemples des souverains sont contagieux, et les passions favorites de Mcihmoud devinrent les habitudes de ses sujets. Il introduisit le goût et le besoin du luxe dans son empire : l'avidité, vice universel et héréditaire des Ottomans 3 l'avidité s'accrut : tout moyen parut légitime pour la satisfaire. Les riches

devinrent prodigues; appauvris, ils devinrent oppresseurs : la justice , les dignités , les places se vendirent a l'encan . et la perte des mœurs amena les malheurs du peuple.

C'est ainsi qae Békir - Aga ne dépouillait presque que des spoliateurs : mais , placé au plus haut degré de la faveur , il crut que l'impunité des outrages qu il faisait à la justice vulgaire pouvait s'étendre avec le même succès de l'oubli de toute décence , au viol des lois écrites et du culte extérieur consacré par la religion nationale. Il eut suffi peut-être , pour le perdre , de l'imprudence qu il fit de s'aliéner les janissaires , en retenant la paie de quelques compagnies , et surtout en détournant l'arîrent assigné à la reconstruction de quelques odas qui avaient été récemment incendiés : mais le comble de la démence en lui fut de soulever le corps le plus redoutable de l'Etat , celui de l'uléma.

Un homme qui avait un procès devant le mollah de Scutari , eut recours à la protection de Békir-Aga et de ses deux agens. L'or lui ayant assuré leur bienveillance , ils engagèrent le mollah à prononcer en faveur de leur protégé. Soit que ce juge eût un fonds de probité, ou que les présens de la partie adverse lui

DE TEMPIRE OTTOMAN. asS

donnassent une fausse conscience , vertu relative fort à l'nsa^e des Ottomans, il se refusa aux sollicitatious, même aux menaces, et persista à déclarer qu'il ne serait que juste. Békir, irrité de se voir bravé par un mollah , s'en vengea par une insulte publique , que n'eût pas osé se permettre le plus absolu des sultans. Le jour où le procès fut jngé, dès que le mollah eut prononcé la sentence qui condamnait le protégé du kislar-aga, un tchoadar, ou valet-de-pied envoyé par lui , leva le fouet que ces ofliciers- domestiques portent à leur ceinture; et non content d'en menacer le juge en plein divan , il poussa l'insolence jusqu'à le frapper. L'outrage était sans exemple : le mollah demanda justice de linsulte faite en sa personne, aux lois et à la religion; il en poursuivit la vengeance solennelle. Le muphti le jenvoya devant le grand-visir. Ce premier ministre chercha par tous les moyens à apaiser le mollah , qui refusa toute espèce de réparation ; il rejeta même la dignité de mollah d'Econium , le sié^e le plus ambitionné de toutl empire. L'uléma entier embrassa ia cause d'un de ses membres avec lanimosité la plus menaçante : et ce qui acheva de la combler , c'est que , pendant que le grand-visir interpo- 3. i5

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