‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 100 sur 288 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

de la flotte, Silvestre Morosini , bientôt après la prise de Thessalonique , s'empara du château asiatique des Dardanelles , fit massacrer la garnison et raser les murailles. Ensuite la paix fut renouvelée avec Venise, et Murad la confirma de Gallipoli (1), où il s'était rendu, après sa conquête , avec une partie de l'armée ; l'autre portion fut envoyée sous les ordres de Karadscha (2) contre Janina.

Afin de bien saisir la situation des souverains qui dominaient alors eu Épire et en Grèce, il est nécessaire de jeter un coup d'œil rapide sur les diverses parties de ces contrées réunies jadis sous le sceptre byzantin , et de voir comment elles furent distribuées depuis le règne de Manuel. Ce monarque , uni par les liens de l'amitié avec Mohammed, crut pouvoir, sans danger pour l'empire, le partager entre ses sept fils; Jean, l'aîné, fut nommé son successeur au trône de Constantinople, et tint les rênes du gouvernement du vivant même de son père , particulièrement durant le siège suivi par Murad, et durant le voyage de l'empereur en Hongrie (3). Théodore fut choisi pour despote de Lacédémone ; Andronicus régna en Thessalie jusqu'à la vente de sa résidence aux Vénitiens, et alors il s'embarqua pour le Péloponèse; Constantin reçut les villes sur la mer Noire; André fut seigneur de Rhicimum(4); Déinétriuset Thomas, au moment du partage, étaient encore enfants et vivaient dans le palais (5): mais tous deux, dans la suite, sous le règne de leur frère Jean, jouèrent un rôle de souverains dans le Péloponèse. Par l'effet de ce partage, aprèsque Murad eut conquis la Thessalie, on voit quel'empire byzantin, tout morcelé, ne comprenait plus que la capitale et la banlieue en deçà de la muraille d'Anastase, depuis Selymbria jusqu'à Derkos, les villes situées sur la mer Noire, au nord de Constantinople jusqu'à

(t) Laugier, p. lût ;Ducas, I. xxix, p. 112.

(2) Catiaiio , 1. xvm ; Phranzes , 1. n , c. 9.

(3) Phranzes , î , p. 40.

(4) Accade che un aliro figlio d'Emanuelo, chiamalo despoto, Andréa , il quale era signor di risci e d'alcuni altri luoghi quivi altorno si mori senza Sgliuoli, Spandugino , p. 25.

(5) Ducas, 1. xxxiii, p. 75 ; Phranzes nomme ces deux princes, qui n'étaient pas despotes, seulement fils de souverains.

Mesembria, et le gouvernement de Sparte dans le Péloponèse, où Théodore, décédé sans enfant, eut pour successeur son neveu du même nom, fils de l'Andronicus de Thessalie. Les autres provinces de la Grèce et les États voisins reconnaissaient des maîtres différents : les Vénitiens et les Génois se partageaient les îles de l'Archipel; les premiers possédaient Négrepont et Candie; les seconds Chios et Lesbos. Rainier, de la famille florentine Acciajuoli, que nous avons déjà vu figurer du temps de la première prise d'Athènes par llderim, régnait, comme grand duc d'Achaïe et de Réotie , sur Athènes, Thèbes, la Phocide jusqu'à la Thessalie (1 ). 11 avait marié ses deux filles à Théodore, fils d'Andronicus, et à Carlo Toci. seigneur d'Épire, d'Acarnanie et d'Étolie , donnant pour dot, à l'une Thèbes, à l'autre Athènes. Carlo Toci, qui, le premier des conquérants francs de l'empire byzantin , avait pris le titre de despote, n'eut point d'enfants de son épouse, la fille du grand duc Ramier; mais il laissa cinq bâtards dont l'un, Antoine, devint, après lui , seigneur d'Athènes et de Thèbes; ce fut son neveu Charles, fils de son frère Léonard, qui lui succéda dans la possession de l'Étolie. En habile politique, Antoine avait assuré le repos de son long règne et la tranquillité de ses jouissances , eu rendant successivement hommage à Rajesid, puisa Suleiman, Musa et Mohammed ("2). Ses frères bâtards Memnon,Turnus et Hercule, entre lesquels le père avait partagé l'Acarnanie, se disputèrent l'héritage paternel, et entrèrent ensuite au service de la Porte sous Murad. Memnon , le plus adroit , sollicita l'assistance du sultan pour être mis en possession des domaines laissés par Carlo Toci ; sa demande fut accueillie, et une armée turque reçut ordre de marcher contre Janina (3). Alors, tandis que Murad était encore sous les murs de Tliessalonique , arrivèrent des députés de Janina avec les clefs , pour les lui remettre moyennant l'assurance que la ville, sous la suzeraineté du sultan, jouirait de sa liberté [9 octobre 1431]. Le traité fut juré des deux côtés; le chatti-scherif (l'acte), revêtu de la signature du sultan , fut

(1) Chalcondylas , 1. v , p. 67 et 74.

(2) /Wrf.,p.68.

(3) Md.,v. 74.

HISTOIRE DE L'EMPIRE OTTOiMAN.

livré aux députés en échange des clefs, dans un lieu près de Saloniquc, qui de celle circonslanre a conservé le nom de Klidi i clef . Dix-huiî Turcs furenl expédies pour prendre possession de la ville au non du sultan, et pour construire en dehors de l'enceinte les maisons dans lesquelles, en vertu du traité, ils devaient habiter; mais leur premier acte d'autorité fut de démolir l'église de Saint-Michel dans l'intérieur de la place; puis ils demandèrent pour épouses les fHles du pays. Comme aucune d'elles ne voulut accueillir leurs p; oyosilions, ils sollicitèrent du sultan et obtim cul la permission d'enlever des femmes de force. Un jour de grande fête , comme les belles f piroles sortaient en foule de l'église de l'antocrator, les Turcs renouvelèrent la scène de l'enlèvement des Sabines. Les parents, fatigués de plaintes inutiles, finirent par se consoler, dans la pensée que les ravisseurs pouvaient être des archontes de bonne maison. Comme, dans celte année, mourut aussi Jean Gastriola, seigneur de l'Albanie septentrionale, Murad, qui avait auprès de lui, comme otages, les quatre tils de ce prince, s'empara de Groija et de tout le pays. Dans ce même temps, huit mille Turcs firent une irruption clans la Carniole par la kulpa, et saccagèrent Mtettling. Les commandants de la Carniole et de la Carinthie, Schenk d'Ostroviz et Etienne de Montforf, coururent à leur rencontre avec qualre mille hommes rassemblés à la hâte, les battirent près de Rudolphswerlh , et les rejetèrent hors du pays.

L'année qui vit tomber Thessalonique et celle qui précéda furent signalées par des phénomènes extraordinaires , qui furent regardés comme des présages de grands événements politiques: la peste et les tremblements de terre, si souvent reproduits dans les cinq siècles compris par cette histoire, mériteraient à peine d'être mentionnés, si le premier fléau n'avait emporté, parmi de nombreuses victimes, sept des principaux chefs de Thessalonique, tandis que le second, en renversant les murailles, ouvrait une brèche naturelle aux assaillants (1). La peste frappa aussi tro^s princes de la maison des Ottomans, Jusuf et Mahmud, les frères du

(li f.anano , vi , clans la nuit du 26 février 1 430.

sultan jadis privés de la vue, et Urchan , fils de Saleiman , qui. opposé par les Grecs à son oncle Musa, pu s tait prisonnier eu Thcssalie par Balaban (2), avait ensuite vieilli paisiblement à Brusa ; le grand scheich Mohammed- Bochari, qui, depuis Murad 1er jusqu'à Murad 11. s'était d'abord allié à Bajesid-llderim , avait traversé l'interrègne d'Isa, de Suleiman et de Musa, le règne de Mohammed, quatre généralions de souverains, dans l'espace d'un demisiècle, toujours grandissant en autorité et en richesses; le vesir Aus-Paseha; le beg Tschiragh, dont le père Fachreddin avait élevé une mosquée à Brusa; enfin, le grand vesir lbrahim- Pascha, qui, depuis la mort de son père jusqu'à la sienne , s'était maintenu pendant vingt ans dans la première dignité de l'Etat, pour la transmettre ensuite à son fils Chalil-Pascha , troisième grand vesir de la famille des Dschenderelis. La mortoe tant de hauts personnages fut compensée par la naissance d'un fils de Murad, qui fut Mohammed le Conquérant. Cet événement, précédé d'un tremblement de terre et de la peste (3), fut suivi d'une éclipse de soleil et d'une famine (4), et l'année suivante une comète vint annoncer de nouvelles guerres en Orient et en Occident.

Le prince de Valachie Wlad , surnommé Drakul, soit à cause de l'ordre du dragon dont l'empereur Sigismond l'avait décoré, soit à cause de sa cruauté infernale, car drakul, en valaque, signifie le diable, avait encouru la disgrâce de Murad , pour avoir renversé et mis à mort Dan, le prince légitime. Murad envoya plus tard contre lui des troupes qui furent battues; et Drakul, ayant aussi immolé le frère de Dan, s'affermit dans son pouvoir princier par le renouvellement du traité de protection et le payement du tribut. Bientôt après il fil irruption dans la Transylvanie avec des troupes turques, prit le château de Szaereni, massacra les chevaliers prussiens de l'ordre teutonique qui le défendaient [24 juin 1432], et ravagea le district de Kronstadt , ainsi qu'une partie du

(1) Cbalcondylas, I. m.p. 57, édit. de Basle.

(2) Murad 11 , fils de Mohammed Ier, fils d'Ilderim 1er, fils de Murad Ier.

(3) Hadsehi-Chalfa, an 834 [1430].

(4' Ibid., an 835 [1431].

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