‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 103 sur 288 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

vajent lps begs de Widin et de Sofia, Ali-Beg, fils de Timurtasch , Balaban de ïokat , Kasim- Pascha, beglerbegde Rumili,etMahmudTschelebi, begde Boli, beau-frère du sultan, frère du grand vesir Chalil ( I ) : deux raille Turcs restèrent sur le terrain , quatre mille furent pris, neufbannières enlevées. Sofia fut conquise, et la marche se dirigea maintenant vers Phiiiupopolis, par les hauteurs escarpées de niœmus , au milieu de l'hiver. Le pas de Succi , si fameux dans l'histoire , qui s'appelle aussi la porte de Trajan, a deux défilés, l'un à l'ouest, Ssula Derbend , ou défilé aqueux , fermé par la porte qu'y fit construire Trajan; l'autre à l'est, nommé le défilé d'Isladi ou deSlatiza, de la petite rivière de ce nom , dont le cours se dirige de ce point vers le nord. Murad , informé de l'approche de l'armée hongroise, lit couper les deux passages par des tranchées derrière lesquelles s'élevèrent des murailles en quartiers de rochers; il comptait d'ailleurs sur la neige et la glace de l'hiver , qui rendraient impénétrables tles lieux à peine accessibles dans la plus belle saison de l'année. Pour ajouter encore à des obstacles qui paraissaient insurmontables, les Turcs versèrent pendant la nuit de l'eau sur le sentier tracé dans la neige , en s .tic que le matin une surlace de glace se présenta aux cavaliers chrétiens. Néanmoins, animés par le coura ge de leur chef, les Hongrois grimpèrent; mai- arrivés à la porte de Trajan, ils la trouvèrent infranchissable , et, retournèrent : alors ils tenlèrent le second passage à trav rs lequel la petite rivière d'Isladi s'ouvre un chemin que l'on ne peut fermer aussi complètement. Ils se trouvèrent sur les bords de l'isladila veille de Noël 2 [24 décembre 1 i ^3 1, et lut:èrent par la journée la plus rigoureuse de l'hiver contre les avalanches et les rochers précipités sur eux, contre la glace et le fer. Ils triomphèrent de tant d'ennemis, et le jour de Noël Hs saluèrent les glaces de l'Hœmus sur le versant méridional tourné vers la Bulgarie. Ils occupèrent, sans difficulté les villages bulgares. Outre les liens de religion, les affinités de langage entre les Polonais et les Bulgares attiraient ces derniers, qui se

(1) Chalcondylas nomme ce frère de Chalil , (ils d'Ibrahim.

(2) Callimachus et Bonfinius.

rendaient volontairement à l'approche des cavaliers polonais. Avec les Polonais et le roi Wladislaus les croisés et le cardinal Julien avaient aussi franchi le défilé. Sur la dernière pente de l'Hœmus , au pied du mont Cunnobiza (1), descendant sur les champs de Jalovaz, fut livrée une dernière grande bataille, la seule à laquelle le i oi Wladislaus assista en personne, et où son secrétaire Cal imachus, qui a écrit comme témoin oculaire l'histoire de cette campagne , fut blessé au doigt par une flèche. Les ennemis furent battus, et parmi les prisonniers se trouvèrent Kasim-Beg, le beglerbeg de Rumili, et Mahmud-Tschelebi, begde Boli. Hunyady fit massacrer cent soixante-dix prisonniers; il retourna en triomphe à Ofen, menant les deux begs avec l'armée.

Tandis que cette campagne se poursuivait en Europe, le prince de karamanie, qui agissait en Asie, en vertu d'une secrète intelligence avec les Hongrois, s'agitait de nouveau , et recommençait pour la troisième fois les hostilités. Il ravagea le pays depuis Kulahije jusqu'à Angora , poussa ses courses jusqu'à Bulawadin et Siwrihiszar , cl saccagea les villes dAkhiszar, d'Akschehr et de Begschehr. Murad était passé eu Asie , et tandis que les armées hongroises marchaient contre les frontières turques, il châtia la prise d'armes de son vassal, en saccageant lcnniura, Lareuda et d'autres viles du prince de karamanie (2). La guerre de Hongrie, qui réclamait sa présence en Europe, le rendit plus disposé à écouter les prières de kar.isururi, vesir de karama ie, et à céder à l'intercession de sa sœur. H accorda donc la paix (3). Dans cette campagne il avait été accompagné par l'aîné et le plus cher de ses fils, Alacddin, gouverneur d'Amasia, qui, après le rétablissement de la paix, regagna son gouvernement en même temps que le sultan retournait en Europe (4). Arrivé à Andrinople, Murad fut obsédé par les supplications de sa sœur, épouse de Mahmud-Tschelebi, prisonnier des chrétiens , ancien gouverneur de Boli ; fatigué d'aill.urs d'une guerre continuelle, il

(t) Callimachus et Bonfinius , dec. m , I. vl , p. 451.

(2) Ducas, I, xxxti, p. 123.

(3) Voy. les historiens ottomans cités plus haut. (4, Les mêmes , et Dtieas.

résolut de rétablir la paix en Occident avec la Valachie, la Servie et la Hongrie, comme il venail derenoucr les bonnes relations enOrient avec la Karamanie. Au woiwode de Valachie Drakul , et au despote de Servie Braukovich , il rendit leurs fils qui avaient été privés de la vue; à Brankovich, il restitua les places serviennes de Schehrkoi , krussovaz et Semendra, et adressa son chancel er, renégat grec , avec une suite décent personnes, comme ambassadeur en Hongrie , pour négocier la paix avec Hunyady. Ce général, que les histoires turques désignent toujours comme le second roi de Hongrie, détrompa l'ambassadeur, et le renvoya avec les propositions de paix à la diète rassemblée à Szegedin (1). Comme les grandes promesses des princes européens de soutenir la croisade par des troupes ;iuxiliaires au commencement de l'été restaient encore sans accomplissement, Wladislaus céda aux représentations d'Hunyady et de George de Servie, qui accueillaient la paix en dépit du pape et de l'empereur grec, dont les efforts poussaient à la guerre. Une trêve de dix années fut conclue à Szegedin [juillet 1444] , aux conditions suivantes : 1° La Servie et l'Ilerzogewina devaient être restituées à Georges Brankovich ; 2° la Valachie resterait sous la suzeraineté hongroise; 3° une rançon de 70,000 ducats serait payée par Mahmud-Tschelebi (2). Le traité fut rédigé dans les deux langues, et juré solennellement des deux côtés; les Turcs demandèrent que le roi prêtât serment sur l'hostie: Grégoire Savori, ayant rejeté cette profanation du plus saint des mystères, l'on convint que le roi jurerait sur l'Évangile, et Murad sur le Koran (3).

Avant la conclusiondéfinitivedelapaix, dont Murad se croyait assuré, en raison des sacrifices par lesquels il était prêt à l'acheter, dès le 12 juillet [14$4j il était passé en Asie, d'où il avait reçu, au commencement du printemps , la nouvelle de la mort de son fils aîné Alaeddin. Il ressentit profondément cette perte, car les sentiments du cœur n'avaient pas été étouffés par les cris de guerre qui retentissaient autour de lui

(1) Enget , Histoire de Hongrie , I. m, p. 74.

(2) Jbid.

(3) Bonfinius , dec. ni , 1. vi , p. 457; Callimachus.

sans cesse depuis vingt années. Jusqu'ici, nous n'avons vu que l'image du guerrier, se dressant au milieu des champs de bataille qu'il dominait par sa grandeur ; nous ne pourrons pas non plus lui refuser notre admiration lorsqu'il aura secoué la poussière des combats et qu'il aura dissipé l'ivresse de la victoire. Quoiqu'il pût s'appuyer sur l'exemple de son aïeul Bajesid et de son père Mohammed , pour s'assurer plus fermement du trône, soit en immolant ses frères, soit en les plaçant sous la garde de l'empire grec, il eut horreur du meurtre , et s'indigna à la pensée de remettre les princes entre les mains de Paléologue ; il les laissa vivre tranquillement à Brusa, où ils furent enlevés par la peste. Mustapha, qui était où se prétendait son oncle, fut mis à mort , parce qu'on le prit les armes à la main sur le champ de bataille, et son frère rebelle parut avoir été immolé à son insu et contre sa volonté; car il le pleura sincèrement. Malgré la cruauté et la perfidie de son gouverneur Jurkedsch-Pascha, dont les exemples pouvaient donner de si funestes enseignements aux princes, Murad ne fut pas cruel ; il ne viola pas les traités , et il se montra au contraire humain et fidèle à sa parole. Pour emporter Thessalonique, il avait promis le pillage de la ville aux janitschares ; mais le conquérant barbare n'inonda pas ensuite les rues de sang , ainsi que l'avait fait le grand Théodose. L'empereur grec avait commandé le massacre de sept mille citoyens ; le sultan emmena sept mille ennemis comme captifs, et la plupart ensuite recouvrèrent la liberté moyennant une rançon, et même rentrèrent en possession de leurs maisons (1). Sans recueillir les éloges que répandent sur lui les historiens ottomans, écoutons seulement ses ennemis naturels, les Grecs. Murad, dit Ducas, avait d'excellentes mœurs, et une grande douceur d'âme (2). Murad, dilChalcondylas,était un homme juste, équitable (3). Ce qui parle plus haut encore en faveur de Murad , c'est son respect pour la vie et la liberté de ses frères , sa condescendance pour les prières de ses sœurs qui facilitèrent la paix en Asie et en Europe : car pour l'amour de l'une il pardonna trois fois

(1) Cananode exe., Thess.

(2) Ducas, 1. xxix , p. 113.

(3) ChalcODdylas , I. vu , à la fin.

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