‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 111 sur 288 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

distance de Petrella et de Croja, sur l'jEmathus, Stellusia (1), à vingt-cinq milles de Petralba et à cinquante de Croja, située sur une belle et forte montagne du pays dVEmathia, se rendirent sans résistance. Ainsi, à l'exception deSfetigrad, sur la frontière de la Dibra inférieure, toutes les places fortes du pays se trouvaient entre les mains de Skander-Beg, et, en trente jours, il devint maître de l'Epire, comme le consul romain Anicius, qui, dans le même espace de temps , avait dépouillé le roi illyrien Gentius de ses Etats, et l'avait conduit luimême en triomphe à Rome. Le jour de Noël [25 décembre 1448] , au moment où Hunyady , après la bataille sur la Sitniza, franchissait les neiges de l'Hœmus, Skander-Beg décorait son triomphe par le baptême de son frère Ilamsa.

Maintenant il appela les princes et seigneurs chrétiens des cantons voisins à une réunion à Lissus (Alessio), port célèbre dans l'histoire romaine à cause des campagnes d'Anicius et de Jules César, situé à distance égale de Croja et de Skutari. A cette assemblée parut Arrianitesïhopia, de la famille Comnène, souverain de l'Albanie méridionale, depuis l'Aous (le Voissa) jusqu'au golfe d'Ambracie, aujourd'hui appelé golfe d'Arta. Sous le règne de Mohammed 1er, Thopia avait acquis une juste renommée par la vaillante défense de son pays contre les Turcs ; et , plus tard , ligué avec son voisin Jean Castriota,tandis que Murad marchait en Asie contre la Karamanie, dans l'Rpire et à Argyropolis I il avait appelé les Albanais aux armes; et leur i soulèvement n'avait pu être étouffé qu'à grande ; peine par Turachan. Une manœuvre habile avait tiré de ses embarras le général turc , qui , i surprenant les Albanais, alors occupés au siège d'Argyropolis sous la conduite de Drepan, avait J battu cette armée et saisi le chef; le supplice I, de plus de mille prisonniers avait ensuite épou- I vanté le peuple, qui s'était résigné à se courber I de nouveau sous le joug ottoman (2). On dis- I tingua aussi le frère d'Arrianites, André Tho- I pia, avec s: s fils, qui régnait dans l'Albanie sep- » tentrionale, jusqu'à Epidamnus ou Durazzo.

(1) Stelluszum, sur la carte de Pouqueville Stalassi, dans la Dibra inférieure , probablement à la place de l'ancienne Oknea , près d'Ochoa ; Estelusso , I. xxii.

(2) Chalcondylas I. t-, p. 79.

Leur aïeul était Carlo Thopi, qui, au moment où Jean Castriota, père de Skander-Beg, s'était emparé de la domination de l'Epire, avait bâti Croja et Petralba (1). On vit venir également Georges Stresius-Balsch, dont les possessions , entre Croja et Lissus, offraient plus d'agrément que d'importance; les lieutenants des familles Musachi et Dukagin, dont les noms se sont conservés dans les districts du pays; Lucas Zacharias , seigneur du château de Dayna ; le prince Pierre Span, seigneur de Drivasto, heureux dans ses nombreux fils ; Etienne Czernovich avec ses fils , seigneur de Monténégro : tous ces voisins reconnurent Skander-Beg pour leur chef, et Arrianites, le premier, lui rendit hommage, en promettant un tribut annuel. Les autres suivirent son exemple, et ainsi les revenus de Skander-Beg s'élevèrent à 200,000 ducats sans les produits des mines de sel de Campupescupi, situées au-dessus de Durazzo sur la mer, entre le mont Selita et l'ancienne Petra , aujourd'hui Saint-Nicolas, où César assiégea le sénat romain.

Les troupes levées par ces seigneurs d'Epire réunis sous l'autorité de Skander-Heg s'élevèrent à huit mille cavaliers et sept mille fantassins (2), avec lesquels il se posta dans la Dibra inférieure, à quatre-vingts milles de Croja (3), '■ afin de prévenir le général turc Ali-Paschà , qui arriva à la tète de quarante mille hommes. Vingt-deux mille Turcs seraient restés sur le champ de bataille, deux mille auraient été pris, vingt-quatre drapeaux enlevés (4), tandis que les Albanais n'auraient perdu qu'une .centaine d'hommes ; mais c'est une exagération qu'il faut ranger à part avec les longues harangues prêtées à Skander-Beg par son historien. La campagne contre les Hongrois et l'abdication du suKan laissèrent pour peu de temps Skander-Beg respirer plus librement ; après avoir battu les paschas Finis et Mustapha comme leur devancier Ali, il tourna ses armes contre Venise, qui s'était approprié les domaines du seigneur de Dayna, mort assassiné. 11 défit Daniel Juritsch de Sebenico, général vénitien,

(1) Barletius , fol. 23 et 15

(2) Ici., fol. 27.

(3) /(/., fol. 30.

(4) Jd., fol. 32.

mais assiégea vainement Dayna. Etienne Ilersek ou duc de Bosnie ravagea les cantons autour de Drivasto comme allié des Vénitiens, tandis qu'Hanisa reprenait le siège de Dayna. L'approche d'une nouvelle aimée turque sous Mustapha réduisit Skander-Beg à conclure la paix avec les Vénitiens moyennant la cession de Dayna (1). Maintenant les conps furent frappés sur Mustapha, qui laissa dix-neuf mille morts sur la place. 11 ne fut enlevé que soixantedouze prisonniers et quinze drapeaux ; mais dans ce petit nombre de captifs se trouva Mustapha lui-même avec douze officiers supérieurs, pour lesquels furent payés 25,000 ducats de rançon. Pour venger tant de défaites, Murad se mit enfin lui-même en mouvement avec sa grande armée, forte de plus de cent mille hommes (2), voulant d'abord enlever Sfetigrad et Croja. Le 14 mai 1449, il parut devant la première de ces villes, située dans la haute Dobra à l'orient de Croja, et, en même temps, il assiégea Dibra, capitale du pays inférieur du même nom. Les deux villes ne purent être sauvées , ni par le courage héroïque de Skander- Beg, qui donnait à chaque instant des alertes aux assiégeants, et qui tua le pascha Finis de sa propre main, ni par l'exemple de Parlât, commandant de Dibra, qui, pour triompher de la superstition des habitants, but le premier de l'eau de l'unique puits de la ville souillée par un chien mort (3). Lorsque les garnisons croyaient se retirer librement, conformément à la capitulaiion, selon Barletius et ses copistes (4). le prince Mohammed se serait opposé au départ des Albanais, par la raison que le cardinal Julien avait invoquée précédemment pour déterminer l'infortuné Wladislaus à violer la paix, que la foi ne devait pas être observée envers les infidèles. Mais, depuis le dernier avènement de son père au trône jusqu'à ce que lui-même ressaisit le pouvoir suprême, Mohammed resta toujours à Magnésia; la perfidie du jeune prince et la leçon que lui aurait donnée

(1) Barletius, I. rv, p. 61.

(2) Id. , 1. îv, fol. 67 ; Sismondi prend les quarante mille cavaliers pour toute l'armée ; Histoire des républiques italiennes , t. x , p. 199.

(3) Barletius , 1. v , p. 88.

(4) Id., fol. 89; Ameilbon , Continuation de l'Hisulredu Bis Empire, I. xxvii , p. 61.

son père sont donc des inventions de l'historiographe. La campagne contre Sfetigrad et Dibra coûta, dil Barlelius. trente mille hommes ail sultan (1). Lorsqu'il fut retourné à Andrinople, Skander-Oeg rassembla huit mille guerriers sous ses drapeaux(2 , et assiégea Sfetigrad [14 Ô0]. mais sans succès, durant un mois (3). Au printemps de l'année suivante, Murad reparut en personne pour assiéger Croja. Skander-Beg, cédant a la supériorité des forces ottomanes, se retira sur le mont Tuuenistos, à un mille de Croja (4); Murad campa dans la plaine de Tyana (5), située à l'orient, entre Croja et Presa, l'ancienne ville des Parthéniens. Dès le commencement d'avril (6), les coureurs s'étaient montrés devant la place; Murad luimême parut sous les murailles à la fin du même mois (7). Il tenta la fidélité d'Crakontes, commandant de Croja, par l'offre de 200,000 aspres et d'un sandschak (8); ne pouvant l'ébranler, il se mit à faire fondre des canons : en quinze jours il en eut dix , dont quatre lançaient de grosses pierres de six* quintaux, et les six autres des boulels de deux quintaux. Les pionniers m;nerent les murailles, tandis que l'artillerie les battait en brèche. De son côlé, Skander-Beg livrait à l'armée turque de , continuelles attaques; dans une seule action plus de huit milleT.ircsreslèrentsurla place(9). Après avoir fait une nouvelle tentative sur Ia-i fidélité d'Urakonles (10), Murad adressa plus tard un envoyé à Skander-Beg , qui , une fois ses avantages obtenus, se relirai! dans les forêts du Tumenistos ou dans les plaines, le long de l'Ismos, qui de Presa se dirige vers la mer. L'envoyé Jusuf, accompagné d'habitants de Dibra, chercha vainement Skander-Beg sur le Tumenistos et sur les bords de l'Ismos ; enfin ,

(1) Barlelius , 1. v, p. 90.

(2) Id., I. vi, t. xcii.

(3) Du 22 septembre au 26 octobre.

(4) Barlelius, t. vi , fol. 100.

(5) Ibid., Pouqueville, 1. i , p. 320-328.

(6) Le 5 avril parurent les coureurs ; Barletius , 1. n, fol. 99.

(7) Le25Mirf.,fol. 100.

(8) Ibid. C'est la première mention de ces énormes boulels de pierre, dont il existe encore de semblables aujourd'hui aux Dardanelles et à Rhodes

(9) Barletius , 1. vi , fol. 105.

;i0) Id., 1. vi, fol. 112.

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