‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 113 sur 288 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

a garde intime du sultan au milieu de laquelle I n'est permis qu'aux princes et aux employés iu trésor d'établir leurs tentes. Le sultan a une tente rouge, ou deux pavillons couverts de feutre rouge brodé d'or. Dans ce cercle des janitschares il y a encore quinze tentes; en dehors >ont les autres serviteurs de la Porte, lesécuyers ; mirachors ) , les échansons (scherabdars), les porte-étendards (rairul-aalems), les présidents de la Porte (vesirs) et les messagers du sultan. | Comme tous ces officiers sont suivis de nom- [breux serviteurs, l'ensemble de l'armée est im- Imense. Outre les janitschares, sont rangés cn- Isore autour de la Porte trois cents cavaliers tdelite appelés silidhars; puis viennent encore lies gharibs ( les étrangers ), ainsi appelés , parce [qu'ils sont amenésd' Asie, d'Egypte et d'Afrique; Mis sont exercés aux armes , et reçoivent une solde tantôt plus forte et tantôt moindre. Aprèseuxsui- Ijvent les soldats proprement dits ou ulufedschis, kau nombre de huit cents, et deux cents sipahis, Mes fils des grands que le sultan choisit dans ses [pages. Tel est l'ordre de la Porte. Le commande- |ment supérieur est partagéentre le pascha de Runili et celui d'Anatoli, auxquels obéitlerestede [armée, selon les volontés du sultan ; avec eux Dnt les sandschaks-begs qui, admis au service I du sultan, reçoivent avec des drapeaux l'autorité sur plusieurs villes, dont les hauts fonctionnaires et les guerriers les suivent en campagne. |Dans le camp est observé l'ordre suivant : les avaliers sont formés par escadrons; les Asabes | combattent sous un seul chef (1). Outre les silah- [schors (valets d'armes), il y a encore dans le (camp des Asabes appelés Akkiam des masses de [fantassins employés à entretenir et à débarrasser les routes , et à d'autres besoins. La vue de tels ' camps est ordinairement imposante à cause de J la symétrie des tentes et de la régularité de tous les services. Les vivres sont abondants , car chacun des grands qui accompagnent le sultan amène ordinairement une grande quantité de bêtes de somme; quelques-uns des chameaux chargés d'armes et de grains pour les soldats, d'orge pour les animaux; d'autres des chevaux, d'autres des mulets, de sorte qu'il y a plus d'animaux que de soldats ; il y a en outre

(1) Ce qui est rapporté jusqu'ici est tiré du ve livre , p. 125 ; le reste est emprunté au vue livre , p. 182.

un corps chargé de l'approvisionnement de l'armée. En cas de nécessité les vivres sont partagés parmi les meilleures troupes. Le nombre des tentes est de dix mille plus ou moins selon les besoins de la campagne. »

Les chefs de l'armée qui se signalèrent en Europe et en Asie par leur valeur et leur esprit entreprenant ont été cités déjà dans les diverses expéditions que nous avons racontées; mais une courte revue nous familiarisera davantage avec leurs noms, avec le nombre des beglerbegs, et des begs de l'empi re ottoman et avec les familles qui se perpétuent de père en filsdans ces dignités. Les trois plus puissantes de ces familles étaient les Bschenderelis, les Timurtaschset les Ewrenos. Dans la première s'était transrais le grand vesirat du bisaïeul Chaireddin à l'aïeul Ali, puis à Ibrahim-Pascha, père du vesir Chalil-Pascha. Des fils de Timurtasch nous en avons vu souvent cinq en action : Urudsch-Beg, beglerbeg de Rumili, Uniur-Beg, Osman-Beg, gouverneur de Kermian, Jachschi-Beg, qui commandait près de Columbaz, et le petit-fils Ali-Beg, gouverneur de Karasi. Des six fils d'Ewrenos, que Chalcondylas cite par leurs noms (1), Isa, le thezetes des écrivains hongrois, s'est déjà présenté dans le rappurtde Hunyadyavecplusieurs autres paschas et begs (2). Dans ces trois familles les dignités de vesirs et de beglerbegs passèrent de père en fils pour ainsi dire comme des héritages. En vertu de ce droit d'hérédité, les fondateurs des familles de Michaloghli, de Ssamszama-'i schausch et d'Elwan-Beg possédaient les places de chef de coureur, de grand maréchal de la cour et d'écuyer tranchant comme des charges héréditaires (3) ; tant les premières institutions de l'empire ottoman se rapprochaient de celles de la noblesse héréditaire dont les traces se conservent postérieurement dans la situation de ces familles. L'histoire de Hongrie cite avant tout l'bhak-Pascha qui paya de sa vie sur le champ de bataille ses irruptions en Bosnie, ainsi que Mtsid et Schehabeddin qui périrent en Yalachie en combattant contre Hunyady, comme les beglerbegs, Kasim-Beg et Karadscha, qui restèrent parmi

(1) Chalcondylas, l.vi, p. 58, édition de Basle.

(2) Katona , 1. xn , p. 252.

(3) Neschri,fol.66.

les morts dans les combats au passade de rilœmus et dans le marais près de Warna. I.e chef de la seconde armée battue par Ihmyady dans la \ alachie , fut - il Schehabedd n ou Schehinkule, c'est ce qu'il es! difficile de décider. Malgré les contradictions des auteurs, la dernière opinion est plus probable ; car Schehaheddin reparait plus tard comme le chef des eunuques qui fut la cause du soulèvement des janitschares, et du troisième avènement de Murad au trône. Turachan est connu dans l'histoire de Byzancc par ses irruptions dans le Pëloponèse el l'Èpirc, Mahmud Beg, beau-frère du sultan, fait prisonnier à Konoviza, est cité par les annalistes hongrois, sous le nom de Carambus. Hamsa-Beg est a jamais flétri pour sa perfidie envers Dschuneid, comme le grand maître de la cour Jurkesch-Pascha, pour sa trahison envers les Turkmans. Depuis le règnede Bajesid on retrouve à chaque instant dans les événements de la guerre et les négociations Saridsche-Pascha qui, sous le sultan Ilderim, captura sur mer une princesse franke pour le harem , commanda ensuite dans plusieurs expéditions sur terre, puis, ambassadeur pacifique, alla chercher la princesse servienne pour le remettre dans les bras de Murad, et conduisit celle de Sulkadr dans le lit de Mohammed. Enfin, accablé par les années, blanchi dans le service de trois sultans, il se montra encore un instant au commencement du règne de Mohammed. C'est de ce serviteur fidèle et rigide de la Porte que les milices asiatiques rassemblées brusquement et sans règle, dont les insurrections nous occuperont souvent dans la suite , doivent avoir reçu leur nom de saridsches (1).

Les sciences de la loi, c'est-à-dire la théologie et la jurisprudence , comptèrent sous Murad II plusieurs interprètes distingués, mais pas aussi nombreux ni aussi illustres que sous le règne de Mohammed II. Molla-Jekan (le molla unique), successeur du grand Fenari, comme muderris ( professeur ) , mufti ( premier interprète de la loi), et cadi (juge), naquit a Aidin, vécut et enseigna à Brusa, où il repose enseveli avec trois de ses fils, et trois de ses petits-fils, qui, comme professeurs et juges, marchèrent

(1) Histoire de l'empire , par Rasehid, I. m , p. 30- 70 , 1. îv , p. 123 , 129.

sur ses traces. Molla-Jekan a le mérite d'avoir formé deux des plus grands docteurs du règne suivant, le molla Chisr-Beg et le professeur de Mohammed II, molla Kurani. Le molla Schukrullah fut employé comme ambassadeur en Karamanie, dont le prince avait envoyé le molli Hamsa pour son représentant. Le molla Mohammed prit le surnom de Jean l'ËvangéltaB Agios Théologos, venu non pas à cause de son savoir, mais dn lieu de sa naissance, Éphése, dont les ruines sont appelées encore aujourd'hui Ajaszuluk Agios Theologos). Deux autres savants prirent le surnom de Krimi, parce qu'ils étaient nés dans la Krimée. Comme auteurs de commentaires sur des ouvrages célèbres de théologie, de jurisprudence et d'astronomie, se distinguèrent le molla Seid-Ali le Persan, qu'il ne faut pas confondre avec un autre Seid-Ali, ' a; pelé le Mauvais.

Les scheichs se signalèrent par la vie contemplative plutôt que par leur activité littéraire ; néanmoins, deux frères connus sous le nom de Jasidschi-Oghli (les fils de l'écrivain) laissèrent des ouvrages. L'un, Mohammed-Bidschan, dans un grand pnëme didartique en turc, , embrassa la dogmatique, et en parlie aussi le mysticisme de l'islam. Il vivait A GallipoK, ou il mourut avec la renommée d'un faiseur de miracles. Le second, Ahmend-Bidschan, qui. naquit et fut enseveli comme son frère à Gallipoli, écrivit les flambeaux des amants, traduction turque d'un ouvrage arabe de Mohammed- Bidschan. Ces deux œuvres sont très-précieuses, moins pour la matière qu'ils renferment, que pour le spécimen d'une langue qui, alors déjà fixée, différait de sa sœur ainée la langue uigure ou de Dschagatai, appelée l'ancien turc, et se montrait assez bien dégagée du mélange des mots arabes et persans. Les deux frères étaient derwischs de l'ordre des beiramijeS, comme le scheich Akbiik (moustache blanche), dont les dépouilles reposent à Brusa, dans le voisinage de la grande mosquée, dans un endroit où plus tard fut élevée une mosquée audessus de son tombeau. Un jour qu'Akbiik se rendait auprès de son scheich, la partie de la coiflïire que les derwischs appellent une couronne lui tomba de la tète ; et y vit un signe annonçant qu'il devait demeurer toute sa vie la tète découverte, et cette coutume fut imitée par

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