LIVRE XI
'on fils et ses disciples. Seid-Nattaa (le nattier), ié à Bagdad , avait été élevé par le grand Icheich Emir-Sultan, qui l'avait emmené à son "tassage, lorsqu'il s'en allait à Runi. Quand le naître obtint pour épouse la sœur du sultan, m disciple fut donnée la fille d'Ishak-Pascha, et •omnie le sultan fit élever à l'émir-sultan, dans 3rusa, des mosquées et des couvents, le pascha lit aussi construire pour son gendre une nios- Ijpiée et des cellules, ce qui fit donner ensuite Uux derwischs vivant danscette retraite le nom H'Abu-lshak. Dans la grande invasion des Ta- ■ares, le nattier avec le grand docteur Fenari, \t son maître Emir-Sultan, ou Bohari, tombèrent entre les mains de Timur, qui ensuite leur rendit la liberté. Seid-Nal taa avait été installé, le premier, par Bajesid-Ilderim, en qualité de chef ^uprème desseidsou émirs, c'est-à-dire des parents du prophète. A la fête que donna le sultan Murad pour célébrer la circoncision de son ïls Mohammed, Nattaa étendit sous les tables tes nattes fabriquées de sa main; et c'était un £uxe jusqu'alors entièrement inconnu aux Ottooans. Il eut pour successeur, comme chef des parents du prophète, son fils Seinul-Aabidin. Le 51s de celui-ci, Ali, fut poète, ainsi que le petit- BlsAaschiktscheiebi, le fameux ameur des biographies des poêles turcs sous Suleiman le IGrand.
Dans ces biographies et dans plusieurs au-
res se trouvent cités une douzaine de poètes
Iturcs du temps de Murad II, dont l'un surtout
[attire notre attention par ses chants et surtout
par sa fin tragique. Amadeddin, Turkman du village de Nesim, près de Bagdad, etappelépour j cela Resimi, suivit sur la route de l'ascétisme les dogmes panthéistiques du scheich Schubli, dont la doctrine partait de ce principe: Je suis Dieu, et qui enseignait que l'âme de l'homme, absorbée enDieu, se mèlaii à la divinité, comme la pluie aux eaux de la mer(l). De plus, il était adonné à la doctrine de Faslu'lah-Hurufi, qui déc'arait les lettres de l'alphabet de pures manifestations symboliques de la lumière, correspondant chacune à un membre de l'homme; d'après ce système, Hurufi expliquait le Koran comme une création humaine. Amadeddin eut l'imprudence de prêcher au peuple ces mystères des ssofis, et il fut livré aux légistes, qui sont autorisés par la loi à prononcer non pas selon l'esprit, mais d'après la lettre et le sens extérieur. Condamné à mort à Alep, par les ulémas , il fut écorché vif. Quoiqu'il versifiât en persan et en arabe, son principal diwan est écrit en langue turque. Avant lui, sous Mohammed et Bajesid 1er, les Ottomans s'étaient déjà servis de cet idiome pour chanter leurs inspirations; néanmoins, le premier il donna à la poésie turque une véritable impulsion, le premier il jeta sur elle de l'éclat, en sorte que le règne de Murad III est généralement regardé comme la première époque oit la poésie ottomane prit son élan.
(1) Latifi . Biographie des poètes turcs , p. 300.