LIVRE XIII
,ui temps de l'entreprise de Murad II contre "Hexamilon. il avait abandonné le Péloponèse, •t s'était enfui en Achaïe; et le second, parce jue, se mettant à la tète des insurgés, il avait provoqué les Grecs et les Albanais à la révolte . contre les despotes (1). Ces deux captifs parvin- | ;-ent à s'échapper (2) , et , à la tète des Albanais 4 :t des Grecs soulevés, ils menacèrent d'arracher lux Paléologues , frères du dernier empereur , IJa domination du Péloponèse, que leur avait Raccordée Mohammed, moyennant un tribut. .«C'en était fait de la puissance des deux princes Mans le Péloponèse , si Hasan , commandant •grec de Corinthe, n'avait demandé des auxiliaires à la Porte, qui n'eut garde de les refu- Iser (3). Turachan, qui, trente ans auparaf vant (4), avait conquis d'abord l'Hexamilon, et llpoussé ses armes jusqu'à Lacédémone, Leonto- |;poIis,Gardica, et battu les Albanais à Tawia, «parut maintenant, avec ses fils et une armée Lturque, dans le Péloponèse, pour protéger les ÏGrecs contre les Albanais (5). 11 convoqua les :Paléologues,etlesexcitaàsemontrerauxGrecs, ■qui devaient se fiera eux, leurs compatriotes, Iplutot qu'à lui , leur ancien ennemi , quoiqu'il [fût maintenant leur allié : «Si le sultan, dit -il len terminant , n'eût pas eu pitié de vous , et ne Ivouseut envoyé du secours pour vous remettre |en possession du pays presque perdu, je sais Jforl bien que déjà vous n'existeriez plus. L'ex- Ipérience vous enseignant que le pouvoir n'est pas fermement tenu par vos mains, il y a donc pour vous nécessité absolue de mieux gouverner vos sujets. Je vous engage surtout à ne point [ruiner vos affaires par vos dissensions intérieures. Poursuivez vivement toute tentative de i soulèvement, et ne soyez pas lents à frapper ceux qui essayent des innovations. Deux choses . nous ont élevés , nous autres Turcs, au faite de la puissance : nous avons poursuivi et châtié les méchants partout où le besoin se faisait sentir; nous avons toujours récompensé les bons. Si les circonstances empêchent l'aceomplisse-
(1) Chalcondylas , 1. vm , édit. de Basle de l'année 1556, p. 128.
(2) Phranzes , iTe livre, c. 14 , édit.;de Basle , p. 85 ; Pouqueville , I. iv , p. 244.
(3) Chalcondylas.
(4) An de J.-C. 1423; Cbronicon ad calcem Duc*.
(5) Phranzes, 1. iv , p. 14.
ment de la punition, nous accordons le pardon qui est imploré ; mais aussitôt que tout est en sûreté , que le danger a disparu , nous laissons tomber le châtiment suspendu , et nous poursuivons sans relâche la vengeancedu crime (1). » Turachan termina son discours en proclamant la marche contreles Albanais. Le despoteDémétrius suivit les Turcs vers les défilés de Barbostenis (2), où les Albanais avaient mis à l'abri leurs femmes et leurs enfants, et les Turcs et les Grecs travaillèrent de concert pour renverser le boulevard des Albanais. La nuit arriva , les Albanais s'enfuirent , et dix mille femmes tombèrent dans l'esclavage desTurcs. Thomas se dirigea, avec une autre armée, par Ithome, vers la ville d'OElos , qui avait embrassé le parti de Kenterion, et qui se racheta en livrant mille esclaves, des armes et des vivres. Ensuite les antres chefs albanais firent leur soumission , à condition de ne pas restituer les chevaux qu'ils avaient enlevés. Avant son départ, Turachan fil encore une allocution aux Paléologues pour leur recommander de nouveau l'union entre eux, et une vigueur impitoyable contre les novateurs. « Princes des Grecs , leur dit-il , je vous ai récemment assez clairement déclaré ce que je voudrais qui fût fait dansvotreintérèt;maintenant j'ajouterai seulement : Si vous êtes unis, vos affaires suivront un cours paisible et prospère; mais si la discorde se met parmi vous, il en sera tout autrement. Veillez surtout à ce que vos sujets ne vous considèrent point avec mépris pendant la paix, et châtiez sans pitié les provocateurs des outrages et des crimes. «Ensuite il leur tendit la main , et quitta le Péloponèse (3). Les maximes de gouvernement ne portèrent guère de fruit chez les princes grecs qui , après le départ de Turachan , au lieu de se montrer vigoureux, flattèrent leurs sujets plus qu'auparavant , dans l'espérance de s'assurer davantage leur fidélité, tandis qu'ils favorisaient ainsi l'esprit d'innovation et l'ardeur des conspirations (4). Lukanos réunit quelques Byzantins,
(1) Chalcondylas.
(2) Bardonnia , au défilé des portes que Cbalcondylat appelle Barbostenis ; Pouqueville , Voyage dans la Grèce, t. h , p. 594.
(3; Chalcondylas , I. vm, p. 129. ' (4) Ibid., dans le même lieu , p. 130, et aussi dam Ciusius , Tuico giaxia , p. 17.
Albanais et Péloponésiens, dans une conspiration dont le but était de rendre les villes indépendanles du despote, les conjurés s'adressèrent à cet effet au commandant llasan, qui avait le gouvernement de Corinthc et d'une grande partie du Péloponèsc; mais celui-ci trouva la chose d'autant moins proposable à la Porte qu'ils n'étaient pas en état d'avancer le tribut imposé. Démétrius et Thomasruinèrent le complot en adressant les 1*2,000 ducats promis pour chaque année (t), et Mohammed expédia un diplôme adressé aux principales familles grecques du Péloponese, dans lequel il jurait, par l'esprit de son père , par le sabre dont il était ceint , par les cent vingt-quatre mille prophètes des moslims , et par le Koran , qu'il ne serait porté aucune atteinte a leurs personnes ou à leurs biens, et qu'ils trouveraient plus de protection sous son autorité qu'auparavant.
Mohammed avait passé danslerepos,à Andrinople, l'hiver qui suivit la conquête de Constantinople. Siliwri et Bivados, les deux sentinelles avancéesdela capitale qui, avant sa chute, se confiant dans la force de leurs murailles, seules de toutes les places environnantes, avaient résisté aux troupes légèresdesTurcs(2), s'étaient ensuite vendues spontanément (3). Possesseur tranquille et assuré de la capitale de l'empire grec et de la plus grande partie des provinces , Mohammed songea aussitôt à la conquête de la Servie. Un an après la prise de B\ zance, il envoya au printemps ce message au vieux despote Georges : «Le pays où tu règnes ne t'appartient pas; c'est la propriété du fils de Lazare , Etienne, et par conséquent il doit me revenir par les droits de ma belle-mère, fille de Lazare. Je puis bien te laisser la part de ton père, Wulk , ainsi que Sophia: situ refuses cette transaction, je vais marcher sur toi (4). » 11 fut enjoint rigoureusement à l'envoyé d'être de retour dans l'espace de vingt-cinq jours, sinon sa tète tomberait sous le cimeterre, et son cadavre serait jeté en pâture aux bètes féroces. Georges était au delà du Danube ; il s'était rendu auprès de Hunyady pour solliciter des secours, et l'envoyé fut retenu
(1) Chalcondylas , 1. vin , p. 130 , édit. de Basle.
(2) Diicas , I. xxxvn , p. 145.
(3) Cantemir, p. 160.
(4) Ducas, c. xi.li, p. 178.
! afin que pendant ce temps on eût le loisir de ! fortifier les villes et de les approvisionner. Ne le voyant pas revenir le trentième jour, Mohammed, plein de fureur, se mit en mouvement d'Andriuople, avec toutes ses forces, se dirigeant sur Philippopolis. Là, il rencontra son envoyé, auquel il fit grâce de la vie, sur le rapport certain qui lui parvint en temps utile de la fuite de Georges en Hongrie. Les Honi grois ayant franchi le Danube, avaient ravage le pays autour deTirnova, et, chargés de butinX ils avaient repassé le Meuve. Mohammed marJ| cha de Philippopolis vers Sophia. Là il laissa la plus grande partie de l'armée et ledivan, et, à la tète de vingt mille hommes de cavalerie Ié4 gère, il pénétra en Servie sans rencontrer un corps de troupes. Georges avait ordonné à ses sujets de se jeter dans les forteresses, leur promettant une prompte délivrance de la part dea Hongrois (1). Mohammed divisa son armée eu deux colonnes, dont l'une se porta sur SemenJ dra, l'autre sur Ostroviz, deux places qui étaient les principales clefs du pays. La cavalerie courut toute la Servie, ramassa cinquante mille captifs, dont quatre mille furent emme-JI nés pour peupler les villages aux alentours de Constant inople (2). Semendra résista à la puissance de Mohammed. Lorsque l'enceinte extérieure était déjà enlevée, le château intérieur brava toujours les efforts de l'ennemi (3). Os- Iroviz (4), malgré sa vaillante défense et une vigoureuse sortie delà garnison, voyant ses murs réduits en poudre par l'artillerie de Mohammed, ouvrit ses portes, après avoir stipulé une libre retraite pour les troupes. Quoique celte condition eût été confirmée par serment, toute la garnison fut emmenée en esclavage. Mohammed leva le siège de Semendra, et revint à Sophia, puisa Andrinople, où il distribua les captifs, se réservant les jeunes garçons les plus beaux pour son cinquième dans le bu-
(i) Ducas, p. 179.
(2) Thurocz, et, d'après lui, Erige], Histoire de Servie, p. 405.
(3) Ducas, c. XLii,p. 179.
(4) Ostroviza , dans les historiens turcs, est appelée Sifridschehiszarpar Neschri , p. 200; Siwrihiszar par klris , fol. 8? ; de plus Idiis parie encore du château d'O- 1ml.