LIVRE Xlll
an. 11 laissa Firus-Beg (1) avec trente-deux nille hommes, à Krussovaz, sur la Morava, K)ur faire tète à l'armée confédéré de Hongrois >t de Serviens, réunie sous les ordres de Junyady et de Georges. Ces deux chefs battirent Firus-Bcg , le firent prisonnier lui-même, mis. s'avançant au delà dePirota et de Widin, Ravagèrent le pays et investirent ces deux villes. **our arrêter leurs progrès, Mohammed se rampa entre Pirota et Sophia 2 Mais Hunyaply étant revenu en triomphe par Belgrad, et Georges offrant le tribut annuel de 30,000 dupa, Mohammed conclut la paix à cette condition i 18 avril 1454], et partit pour Conslantifiople (3). Il venait aussi d'arrêter la paix avec Denise , par l'entremise de Marcello, ambassadeur de la république: la liberté de commerce levait été accordée aux marchands des deux nations ; le duc de Naxos avait été compris dans le traité, comme vassal de Venise ; le tribut pour es possessions vénitiennes en Albanie avait été t)orté au même taux que sous Murad II. et la république avait obtenu le droit d'entretenir un baile pour la protection de ses sujets à Constantinople(4).
Après avoir ainsi rétabli la paix. Mohammed s'était occupé aussitôt des moyens d'emllir la nouvelle capitale de l'empire, et de forifier le gouvernement intérieur. Il jeta les déments de la mosquée d'Éjub à l'endroit , pendant le siège , le tombeau de ce compalon d'armes du prophète avait été trouvé si heureusement, et sur l'ancien forum de Théodose (5) il éleva les murs du vieux sérail , destiné a devenir sa résidence. Les plus fameux couvents de la capitale étaient déjà peuplés de Turcs; dans celui de l'arsenal, à la pointe du
(1; Firus est appplé par Hunyady fdans son rapport à l'empereur , iuséré dans Kaiona, t. xiu , p. 964; Keriez- Beg ; Thurocz ( dans le même, p. 9G0 ) lui donne aussi ce nom. Les rapporls de Hunyady et de Thurocz sont complètement d'accord avec ldris , Neschri et Alii.
(2) Rapport de Hunyady adressé à Ylandoralba ; Katona , p. 9a5.
(3) Engel , Histoire de Servie, p. 406; d'après tlucas, c. xlii , p. 179.
(4) Laugier, Histoire de Venise , I. vu , p. 99 ; Marin. , 1. vi , p. 283 et Mouradjea d'Obsson 8<- édit., vue part.,
(5) Constant! nople et le Bosphore, l.i , p. 322; ldris fol. 88.
sérail actuel, s'étaient logés des derwischs ; des foulons et des savetiers s'étaient mis en possession de celui du Pantocrator (1). Après une vacance de plus d'une année de la plus haute dignité de l'empire, dont on ne trouve plus d'autre exemple dans l'histoire des Ottomans, le sultan nomma un nouveau grand vesir, M ihniud-Pascha, d'origine servienne, par sa mère, et grecque, par son père, qui, enlevé jeune garçon sur la route de Novoberda A Semendra, avait été employé comme page du sérail, s'était acquis la faveur particulière de Mohammed , était devenu son favori , et , après son avènement au trône , avait été investi du gouvernement de la Rumili (2).
Au printemps de 1455, Isa-Beg, fils d'Ishak- Beg . commandant turc de la frontière . envoya un rapport dans lequel il démontrait qu'il sérail facile de pénétrer en Servie, et de s'y établir victorieusement. Aussitôt Mohammed passa l'armée en revue dans la plaine d'Andrinople , manda les paschas devant lui. puis il se mit en marche avec eux, et alla camper A l'occident d'L'skub, au-dessous des montagnes de Karaiova. fameuses par leurs mines d'argent '3). Dans le conseil de guerre tenu en ce lieu, il fut résolu de sommer Novoberda, la plus riche et la plus forte ville de Servie. On a déjà raconté plus haut'4)comment, vingthuit ans auparavant, Ishak-Beg, fils d'Ewrenos, père du commandant actuel de la frontière de Servie, excita le sultan Murad A la conquête de celte place, et comment, après la chute de Semendra , elle tomba entre les mains des Ottomans. Comme elle était rentrée depuis sous le pouvoir du despote . le fils dïshak-Beg, Isa. voulut , par la nouvelle conquête de Novoberda. gagner la faveur de .Mohammed, comme son père avait acquis celle de Murad par la première proposition. Il somma le commandant de rendre la ville au sultan , auquel elle appar-
(1 Ducas , c. nu , p. 179.
2 Les biographie! des vesirs, par Osmansade-Efendi, se trompent en prenant Mahmud pour un Croate d'origine. Chalcomlylas, I. vin , p. 137 , dit : Materno génère Tryballus. palerno génère Graecuseral.
.; HaçUcbi-Chalfa , P.umili, p. 92.
î dans le xc liv. , an de Jésus-Christ 1433 , et aussi dans le xic,il est question des mineurs de Novoberda, qui furent employés aux mines des sièges.
HJST01RE DE L'EMIMRE OTTOMAN.
tenait , parce qne le dernier despote de Servie , Lazare, n'avait pas laissé de fils. Le commandant répondit qu'il avait laissé une fille, mariée au souverain de Bosnie, qui était l'héritier naturel de Lazare. Irrité du refus, Mohammed investit la ville , qui fut canonnée pendant huit jours, puis emportée d'assaut au commencement de juin 1465. Les immenses trésors qui s'y trouvaient entassés furent partagés entre les vainqueurs, et l'on installa dans Novobcrda un beg, un juge, et un commandant de la forteresse. TrepdschiaetTasehhiszar tombèrent avec leurs richesses entre les mains du vainqueur, qui descendit ensuite dans la plaine dekossova, célèbre déjà par deux glorieuses victoires. Là, en souvenir de son ancêtre, Murad 1er, qui avait vu s'évanouir le fruit de son triomphe en tombant sous le poignard de Misloch, il distribua de riches présents aux coureurs, puis, accompagné seulement de son escorte personnelle, il regagna Constantinople par Andrinople, et s'abandonna aux jouissances de l'amour et du vin.
Mohammed voulait être plus près de sa flotte, qui alors croisait dans l'Archipel, et qui fit diverses entreprises contre Chios et Lesbos, Cos et Rhodes. Ces hostilités avaient suivi la déclaration de guerre du grand maître de Rhodes. Avant même que Mohammed entrât en campague contre Novoberda, des chevaliers de Saint-Jean avaient paru à Andrinople , comme envoyés du grand maître, apportant de riches présents pour solliciter un traité, en vertu duquel la liberté du commerce aurait été accordée à leur ordre sur les côtes de Carie et de Lycie , aux Turcs , dans l'île de Rhodes. Comme les vesirs exigeaient un tribut, ainsi que le payaient les autres villes de l'Archipel, Chios, Lesbos, Lemnos, lmbros, les envoyés répondirent qu'ils n'avaient pas reçu des pouvoirs pour y consentir, et qu'un envoyé turc pouvait revenir avec eux à cet effet. L'un des premiers dignitaires de la cour les accompagna , et , sur la demande d'un tribut produite par cet envoyé, le grand maître répondit que l'ordre était soumis au pape, quileurdéfeudaitdepayer tribut, non-seulement à des princes attachés à une religion différente , mais encore aux rois et auxÉtats chrétiens; qu'il était prêt à envoyer tous les ans des ambassadeurs avec des présents , eu témoi-
gnage de sa déférence, mais que si le sultan I n'était pas satisfait de cette sorte d'hommage,;! il pouvait faire comme bon lui semblerait. AI cet le nouvelle, Mohammed déclara aussitôt la I guerre aux chevaliers de Rhodes, et trenteJ vaisseaux, quittant les cotes de Carie, commen- a cèi'cnt de suite les hostilités, firent des des-! cenlessur Rhodes et sur Cos, et emmenèrent! du butin et des prisonniers. En mèmetemp»! fut équipée une grande flotte: il y avait vingt- 1 cinq bâtiments à trois rangs de rames, ein-1 quante à deux rangs, plus de cent à un seuil rang, en tout cent quatre-vingts voiles. Aussi-! tôt après la chute de Novoberda, cette flotte I vint se ranger à Gallipoli , sous le commando- 1 ment supérieur d'Hamsa; ensuite, au lieu de 1 cingler vers Rhodes, elle se dirigea d'abord sur ] Lesbos (1). Elle n'entra pas dans le port , et jeta J l'ancre devant la rade. Galelusio, duc génois j de Lesbos, envoya l'historien Ducas à bord avec les présents d'usage : il y avait huit vè- I tements de soie, six mille florins d'argent, vingt bœufs, cinquante moutons, huit cents me- ! sures de vin, du pain et du biscuit ; plus de dix quintaux de fromage , et une grande quantité de rafraîchissements pour les équipages. Après un séjour de quarante-huit heures , la flotte fit . voile pour Chios ; mais là il n'y eut ni témoignages d'honneur, ni présents. On était en état d'irritation contre le sultan, car, peu de temps auparavant, il avait réclamé, au nom de François Draper de Galata, quarante mille ducats pour le prix d'alun fourni à Chios par ce négociant ; maintenant il faisait reproduire celte de- ! mande par son amiral Hamsa , qui avait Draper à son bord (2) , et , en cas de refus , l'île était menacée de dévastation. Hamsa lut l'ordre du sultan aux députés de l'île, qui nièrent la dette, et déclarèrent ne vouloir rien payer. Comme Hamsa ne pouvait ni forcer le port, protégé par plus de vingt vaisseauxbien armés, ni emporter la ville, défendue par un double fossé de trois toises de profondeur, et une nombreuse et vaillante garnison italienne, il se contenta de dévaster les vignes et les jardins
(1) Ducas, c. «m , p. 181.
(2) C'est de cette ancienne famille génoise que l'église des Franciscains, à Péra, porte encore aujourd'hui le nom de S.-Maria adraperis.