II .Malgré des prodiges de valeur, Mohammed ne
(1) Nescbri, Ssolaksade , Scadeddin , Aali.
(2) Les mêmes , et Raschikpaschade , exemplaire de la bibliothèque du Vatican , p. 376.
(3) Schimek , p 154.
(4) Bonfinius, décades m , I. x , fin du livre , p 53 î h 535.
put emporter la ville d'assaut, et leva le siège, à la nouvelle que Mathias Gorvinus s'approchait avec des secours. Mathias prit le château de Srebernik, et investit Zwornik , dont la garnison, espérant l'arrivée prochaine de Mahmud- Pascha, opposa au roi de Hongrie une résistance dont il ne put triompher. Le grand vesir ayant rallié tous les begs de laBumili, Umnr-Beg, Isa-Beg, petit-fils d'Ewrenos, Ali-Beg, de la famille Michaloghli, fit savoir aux assiégés qu'ils allaient être secourus au plus tût ; et à peine Michaloghli parut-il , à la tète des coureurs, que Mathias ordonna précipitamment la retraite, abandonnant ses bagages et son artillerie (1). Mahmud, qui suivait avec le gros de l'armée, recueillit un grand nombre de prisonniers et de chevaux, et poursuivit le roi jusqu'à la Save. Deux mois après le siège de Zwornik, Michel Szilagyi, oncle du roi Mathias, et Grégoire Labalhan , furent enveloppés et pris par une troupe turque, à Bozazis, a trenie milles de Semendra, et emmenés prisonniers à Constantinople. Szilagyi fut décapité; quant à Grégoire Labathan, qui, déjà fait prisonnier à la bataille de Warna, était parvenu à s'échapper, conduit au heu du supplice, il allait être exécuté , lorsque l'intercession d'un Turc fléchit le sultan, qui voulut bien lui faire grâce de la vie, ainsi qu'à son fils, moyennant une forte rançon (2).
En même temps que la guerre de Bosnie, au printemps de l'année 1463 , s'étaient engagées les hostilités contre les Vénitiens. Mais cette guerre ne fui pas terminée rapidement comme la première; elle exerça ses ravages sur terre et sur mer durant seize années, et ce fut une cause légère qui déchaîna ce fléau. Un esclave du pascha d'Athènes s'était enfui à Coron, emportant 10,000 aspres, et il avait trouve un asile dans la maison du noble vénitien Jérôme Valaresso (3). [/extradition fut refusée, par le motif que le fugitif s'était fait chrétien (1). Isa, fils d'Ewrenos , gouverneur de Morée, parut devant Argos, où il fut introduit par la trahi-
(1) Seadeddin,dans Bratutti, p. 237.
(2) Bonfinius , dec. iv , c. 1 , p. 544 et 582.
(3; Daru , Histoire de Venise, 1. n , p. 443; Hisloria di Venezia deH'aniio 1457 , fin all'anno 1500.
son d'un prèlre grec (1). Omar, fils de Turachan, fit une irrupliondu côté de Naupactos (Lépant e), sur le territoire véni t ie: i , et les Turcs poussèrent leurs courses jusqu'aux environs de Modon. A cette nouvelle, Venise déclara la guerre; Luigi Loredanofut envoyé vers l'Eubée (Négrepont), comme capitaine général de la flotte, et Bertholdo d'Esté fut nommé commandant des forces de terre. Vingt-cinq galères et douze vaisseaux prirent la mer; deux mille cavaliers italiens, et quatre mille malfaiteurs réfugiés en Crète, auxquels on garantit l'impunité, furent embarqués pour le Péloponèse , et bientôt les habitants de Sparte, de Tenaroset d'Épidamnos , les Arcadiens et les Athéniens , se soulevèrent contre le sultan. Loredano approvisionna de grains Napoli di Romania, et Monembasia (Malvasia), car on en récolte peu dans ces cantons montagneux; il prit le château de Vatica, situé à trente milles de Monembasia, revint à Napoli , se tint pendant les mois de mai, juin et juillet dans les eaux de l'Archipel , et le 1er août , il jeta l'ancre de nouveau devant Napoli , où Bertholdo d'Esté l'attendait avec les troupes de terre (2). Ils assiégèrent et prirent la ville d'Argos sans difficulté, la citadelle, après quelque résistance de la garnison albanaise. Des troupes napolitaines qui avaient été envoyées par les Vénitiens pour fortifier les assiégeants perdirent environ deux cents hommes par la faute de leur chef, qui , au lieu de les faire marcher le long du rivage , selon ses instructions, les conduisit dans l'intérieur des terres, où les Turcs se tenaient en embuscade (3). Les Turcs taillèrent ensuite en pièces la garnison albanaise de la citadelle d'Argos, lorsqu'elle se retirait sur Corinthe (4).
Les Vénitiens, sur les instances des Grecs et des Albanais, songèrent alors à fortifier de nouveau l'isthme de Corinthe, afin de s'assurer du concours de tout le Péloponèse. Déjà l'on a vu, dans le xie livre, comment Murad Ier avait détruit les ouvrages élevés par les despotes Thomas et Constantin sur cette langue de terre (5).
(t) Chalcondylas et lesecrétairede Malatesta, dans la collection de Jan Sorino.
(2) Cbalcondylas, 1. ix,p. 178; secrétaire de Malatesta.
(3) Jbid.
(4) Lettre del segretario di Malatesta.
(5) xi livre.
Pour les rétablir, Luigi Loredano et Bertholdo d'Esté employèrent tout leur monde : en deux semaines trente mille ouvriers achevèrent un mur en pierres sèches , de douze pieds de haut , flanqué de cent trente-six tours, protégé par un double fossé, et tiré d'une mer à l'autre sur une longueur de six milles ; au milieu s'éleva un autel sur lequel fut planté l'étendard de saint Marc, et l'on y célébra une messe solennelle (1). Les Vénitiens y transportaient de l'artillerie, lorsque se répandit la nouvelle qu'Omar, fils de I Turachan, s'approchait avec cent mille hommes. Il parut, en effet, vint reconnaître l'ouvrage à trois cents pas, s'émerveilla, et vit emporter à ses côtés deux de ses compagnons par un boulet (2). Loredano et Bertholdo d'Esté assiégèrent Corinthe et livrèrent, une bataille devant ses murs le 20 octobre. Bertholdo y reçut une blessure dont il mourut quinze jours après suri les remparts d'Hexamilon. En même temps , le'"j 4 novembre, parvint l'avis que Mahmud-Pascha i arrivait à la tète de quatre-vingt mille hommes. Omar, fils de Turachan, lui avait fait savoir i par un messager albanais que l'isthme était garni de quatre cents pièces d'artillerie (3), dé- i fendu par deux mille canonniers et par un grand i nombre d'arquebusiers et d'écuyers. Sur cet* avis, transmis ensuite au sultan, et sur la représentation de Mahmud, qu'il était grand temps de pousser vigoureusement la guerre en | Morée, le vesir reçut l'ordre de se mettre aussitôt en mouvement vers cette péninsule avec la plus grande partie de l'armée qui venait de conquérir la Bosnie. A la nouvelle de son arrivée prochaine, les Vénitiens abandonnèrent aussitôt ! l'ouvrage qu'ils avaient construit avec tant de | peine, levèrent le siège de Corinthe, et s'enfuirent précipitamment vers Napoli di Boroania. Mahmud , qui à la naissance du jour atteignit l'isthme, et qui pensait surprendre les1 Vénitiens, vit encore leurs vaisseaux lever l'ancre. Il occupa l'Hexamilon , et marcha par Corinthe sur Argos, qu'il occupa aussitôt. Il envoya au sultan soixante-dix Vénitiens de la garnison chargés de fers (4), mais fit tuer
(1) Segretario di Malatesta ; Daru , 1. h , p. 445 et 446.
(2) Segretario di Malatesta.
(3) Chalcondylas, 1. x, p. 179.
(4) Ibid.