LIVRE XIV
wixante arquebusiers candiotes (1); de là il s'aança par le territoire de Tégée, vers Leontari, iîi il retira au petit-fils d'Ewrenos, Isa-Beg, le gouvernement du Péloponèse pour le confier à àaganos-Pascha ; il chargea celui-ci d'approvi- .ionner les autres villes d'Achaie , et il détacha e fils de Turachan , Omar, avec vingt mille cavaliers pour faire une irruption sur le territoire vénitien (2).
Le fils de Turachan courut le canton de Méhone, et amena cinq cents habitants comme esilaves au grand vesir, qui les envoya au sultan. ■Mohammed saisit cette occasion d'appliquer en nasse son supplice favori , et fit scier en deux pes cinq cents Grecs (3). Un bœuf ayant rapproché les deux parties d'un corps ainsi coupé, pette circonstance parut à l'esprit superstitieux | liu sultan le présage d'un grand bonheur pour lia nation à laquelle appartenait le soldat mutilé; naison ne savait pas si c'étaitun Vénitien ou un \lbanais. Lesultan ordonna d'ensevelir le cadabre si particulièrement distingué, et d'avoir les plus grands soins pour le bœuf, qui fut nourri ■plans le sérail même (4). C'est ici que se terrai" lient les récits de l'Athénien Chalcondylas, par ■es discours des généraux turcs Omar et Hasau, Baux habitants de Sparte, pour les ramener par la terreur à l'obéissance envers le sultan, h Auj printemps suivant , Orsato Giusliniani , Successeur de Luigi Loredano dans le commandement supérieur des escadres vénitiennes, idébarqua a Lesbos, et assiégea Mitylène durant six semaines. Mais Mahmud-Pascha , qui Baccourut avec la flotte (5), força l'amiral véni- Itien de lever le siège. Après avoir vu un assaut repoussé, Giustiniani reçut à bord autant de Grecs que ses bâtiments en purent contenir, les .transporta à Négrepont , revint de nouveau à jJLesbos , débarqua au chAteau de Saint-Théo- |;dore, et enleva encore à l'esclavage turc autant pde chrétiens qu'il en put recevoir , pour les défc poser dans la même île vénitienne de Négrepont (6); il mourut bientôt après (7). Le conr
(1) Lettere del segretario di Malatesta.
(2) Chalcondylas , 1. x , p. 179.
(3) Jbid., p. 179.
(4) Jbid., p. 180.
(5) Letlere del segretario di Malatestaé
(6) Jbid.
(7) Jbid.
mandement supérieur des forces de terre avait été conféré à Sigismond Malatesta, seigneur de Rimini , dont le secrétaire intime a donné dans un ordre bien exact les récits , les rapports les plus détaillés et les plus dignes de foi sur cette campagne. Beaucoup de villes du Péloponèse se rattachèrent à lui ; il assiégea Sparte , et il enleva le double rempart ; mais il échoua contre la citadelle (1 ) , et bientôt après retourna en Italie, emportant les restes du grand philosophe byzantin Georgios Gemistos Plyto , qui, au concile de Florence, avait acquis une grande autorité par son éloquence et son savoir. 11 lui fit élever un tombeau à Rimini (2). Le provedetore de Morée , Jacopo Barbarigo , qui prit le commandement des troupes de Rertholdo d'Esté et de Malatesta, dirigea une entreprise contre Patras. Omar-Beg, fils de Turachan, parut avec douze mille hommes, et livra une bataille dans laquelle périrent le provedetore et plusieurs vaillants officiers (3). Les Vénitiens perdirent, en outre, dix mille soldats. Le Grec Michael Ralli, capitaine au service de la république, fut empalé, quoiqu'il se fût prononcé contre l'entreprise de Patras; le reste de l'armée battue se retira sur Calamata ; mais sous les murs de cette ville se livra un second combat où les Vénitiens furent défaits encore. Les prisonniers furent emmenés à Gallipoli , où l'historien Spandugino Cantacuzene , encore enfant , put s'entretenir avec eux (4). Jacopo Loredano , successeur d'Orsato Giustiniani , mena la flotte dans le canal de Gallipoli , où il attendit le reste des forces navales à cinq cenls pas des Dardanelles. Le capitaine du golfe de Venise, Jacopo Véniero, donna aux escadres rassemblées le spectacle d'une audacieuse bravade , remontant et descendant le canal en défiant la grosse artillerie dont le feu ne lui emporta que sept à huit hommes au premier passage, et cinq au retour. Le successeur de Loredano , comme capitaine général de la mer, Victor Capello, conquit les îles d'Imbros , Thasos,et Samothrace ; il enleva même Athènes, mais ne put s'y maintenir, et se vit forcé de
(1) Letlere del segretario di Malatesta.
(2) Spandugino , p. 50.
(3) Malatesta et Spandugino.
(4) Spandugino , p. 52.
l'abandonner de nouveau aux Turcs (1). Ce furent là les exploits de la flotte qui devait prendre la mer en appareillant d'Ancônc avec les bâtiments du pape, par suite de la sixième croisade prèchée contre les Turcs, mais qui, après la mort de Pie II, mil seule i !a voile, en se dirigeant sur Rhodes et la Morée 3). il n'était pas réservé au savant Ené s Sylvius de voir son ardent appel à la chrétienté contre les 'Jures amener la réalisai ion de grande) ad ions guerrières ; et les discours éloquents qu'il prononça comme légat , les bulles qu'il lança lorsqu'il fut pontife, tant d'efforts longs et pénibles pour précipiter les adorateurs du Chris! sur les infidèles, n'eurent d'autre résultat que d'épuiser ses forces, et d'abréger ses jours.
Dans la même année [1463] où éclatèrent en Europe la guerre de Bosnie et les hostilités contre Venise, l'Asie voyait se préparer des événements non moins importants pour l'empire ottoman , par la mort d'Ibrahim , prince de Karamanie. Cette mort entraîna d'abord la guerre civile entre ses sept fils , puis des complications avec la politique de Mohammed, la guerre contre le sultan; enfin, la ruine d'un État , qui pendant cent cinquante ans avait été rival dangereux de la puissance ottomane, souvent en hostilités déclarées avec elle, et n'opérant que des réconciliations douteuses au moyen de mariages entre !es deux familles souveraines. Sous Murad l''r, Alaeddin, prince de Karamanie, avait été vaincu ei pris ; sous Bajesid, la suite de la première guerre de Karamanie avait été la délimitation des deux États par la rivière de Tseheharsi henbeszu (4); et celle de la seconde , la conquête entière du pays et l'exécution du prince (5), dont le succès eur s'enfuit auprès de Timur, et fut rétahli par cet empereur après la défaite de Bajesid. Mohammed rr prit une fois les armes contre la Karamanie <; : Murad II poursuivit trois guer-
'1l Lettere del set;retario di Malatesla. (2j Daru , I. u , p. 45 ; Beruini , lUemurie histori he diciùche l'anno operato idommi pontifici nelle guerre conlro é Tuntii , p 07-1 lfi.
(3) An 1380, i" livre.
(1) An 1390, icr livre.
5] An 1302,1" livre.
i Au 1414, Ier livre
res contre cet ennemi (1), et Mohammed H avait commencé son règne en abattant le prince de Karamanie Ibrahim, levé contre lui. Des sept fils que laissa ce prime, six. Pir-Ahmed. K;iraman. Kasmim , Alaeddin. Suleiman et t\iir- Ssofi , étaient nés de la sultane, tante de Mohammed; le septième, lshak. avait reçu le jour d'une esclave. Mais ce fils de l'esclave était l'objet des plus chères affections du père , qui l'avait déclaré son successeur à l'exclusion de fils de la sultane (û). De son vivant il lui avait livré ses trésors, l'avait investi du pays dit*» chil (la Cilicie . et lui avait donné la ville Nlefke (Selcucie) pour résidence. Les six filde la sultane levèrent la bannière de la révolte contre leur père, l'assiégèrent dans Konia.s» capitale, l'en chassèrent, et après sa mort dan» le château de Kavvala , Pir-Ahmed , l'alné des six cousins de Mohammed, prit possession de la capitale de Karamanie, et de la partie septentrionale du royaume, ne laissant à lshak que la Cilicie. Ses frères Suleiman et Nur-SsoB se réfugièrent à la Porte , et le sultan leur conféra des fiefs. lshak -Beg chercha des secours contre son rival atiprèsd'lisun-Hasan, lepuissant prince de la dynastie du Mouton-Blanc , et sa demande fut d'autant mieux accueillie, qu'il offrit 1,000 ducats pour chaque marche de se*5 auxiliaires. L'sun-llasan se mil en mouvement d'Ersendschan , passa par Sivvas , et Ishak-Beg viol à sa rencontre pour l'introduire dans le pays. Le protecteur n'épuisa pas moins la Karamanie parles dévastations de ses troupes, et eu se retirant il y laissa l'ancien souverain de Kaslemuni, Kisilahmcd, qui jadis, après avoir engagé Mohammed à conquérir Sinope, avait reçu du sultan l'investiture de Jenidschehr, et enfin, appelé par le prince du Mouton-Blanc, s'était rendu auprès de lui. Ishak-Beg, qui, pour se maintenu1 sur le trône, voulait aussi irer la bienveillance du sultan, envoya un des plus gavant* hommes de son royaume , Ahmed-Tschelebi , fils de Jakuboghli, comme ambassadeur auprès de Mohammed, pour lui offrir Akschchr et Begschebr, s'il voulait n'ac-
I, Dans les années 1426, iCr livre, 1422, i'r livre , 1444 , ier livre.
j Seadeddin , Neschri . Aali, S.'olaksade , Hansatul- F.brar, etc.