‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 153 sur 288 · LIVRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE XIV

corder aucun secours à ses cousins. Mohammed, qui se trouvait déjà en possession de ces villes de Karamanie, répondit par son ambassadeur, le tschauschbasehi : «Offrir de tels présents, c'est absoudre un bossu (I). Si le prince ,lshak veut n'avoir rien à craindre de ses frères, .qu'il cède le pays en deçà du Tschcharscharbcszu, et rétablisse l'ancienne limite des deux États, comme elle avait été fixée sous Bajesid.» Sur le refus d'Ishak, Mohammed ordonna au (gouverneur d'Anlalia, Hamsa-Beg, d'envahir ■lia Karamanie. A Ermenak ou , selon quelquesuns, à Taghbasar, l'on en vint aux mains. Is-, ■jhak-Beg fut battu, s'enfuit en Gilicie, et se ifjrenferma dans Selefke avec sa femme et ses en- ■jfants. En signe de reconnaissance pour l'assistance prêtée, Pir-Ahmed envoya à son cousin «'les clefs des villes d'Akschehr, Begschehr, iSsaklau lliszari el d'ilghuu. Ainsi fut terminée Misans efforts la guerre de karamanie, tandis que Aies événements de Bosnie el de Marée récla- .j «niaient la présence du sultan et du grand vesir. •:Mais aussitôt que ses mouvements furent plus J llibres en Europe, Mohammed résolut de con- ( Iquérir la Karamanie pour lui-même, et de [dépouiller de l'héritage paternel les fils de la (sultane sa tante, comme le fils de l'esclave. Il prouva un motif A celle usurpation dans les intelligences de la Karamanie avec les ennemis de l'empire ottoman : car il y avait eu alliance offensive et défensive de cet État , non-seulement avec Usun-Hasan, mais encore avec Venise^).

Mohammed passa lui-même en Asie , à la Itètede toutes ses forces, avec Mahmud-Pas- Iclta, s'empara du château de Kawala(3) et de | Konia, et déiacha le grand vesir vers l'ancienne capitale du pays, Larendaou Karaman,oùIshak- Beg s'était réfugié. Là fut livrée une grande bataille, dans laquelle Ishak suhil une défaite complète; et il aurait pu être pris, s'il eùl élé poursuivi vigoureusement. Mohammed, furieux I de ce que le prince vaincu lui eut échappé, se k1 vengea par le massacre de tous les prisonniers. ■ Mahmud reçut ordre d'aller chercher et d'exter-

(1) Proverbe turc , par lequel on se moque de l'offre faite à quelqu'un de ce qu'il possède déjà.

(2) Daru , Histoire de Venise , 1. n , p. 457.

(3) Idris, fol. 128.

miner les restes de la famille de Torghud, tribu tatare, qui élait restée dans le voisinage de Karaman, depuis l'invasion deTimur; le grand vesir en suivit les traces par le mont Bulgar, jusqu'aux environs de Tarsus : là, il saisit les membres dispersés et enfoncés dans ces profondes vallées, les chargea de chaînes, et les envoya au sultan, qui , selon l'expression habituelle de l'historien ottoman , régla ses comptes aveceux, c'est-à-dire, les fil tousimmoler(l). Le grand vesir fut chargéen outre de réunir tonales ouvriers et les artisans desdeux capitales, Konia etLarcnda, pour les emmènera Conslantinople. Mahmud-Pascha, qui. déjà plus d'une fois, avait donné des preuves d'humanité, se montra encore accessible à la pitié dans cet te circonstance; son rival, le second vesir, le Grec Mohammed-Pascha. qui épiait toutes sesactions avec l'œil de la jalousie, le dénonça auprès du sultan, et Mohammed retira aussitôt la mission dont il avait chargé Mahmud, pour la confier à son délateur. Ce renégat exécuta tordre du sultan avec une rigueur si outrée, qu'il rangea parmi les ouvriers et les artisans les habitants les plus considérables, el qu'il jeta ainsi au milieu de misérables un descendant du grand scheich Mewlana Pschelulcddiii (2). Toutefois le sultan , informé de cette erreur, s'empressa d'offrir des excuses à ce personnage ainsi maltraité, et le

renvoya, comblé de présents, dans sa patrie. Au reste, plus d'une cause avait attiré le mécontentement du sultan sur Mahmud : Mohammed ne pouvait lui pardonner, ni le traité par lequel il avait assuré la vie au roi de Bosnie, ni les mén igcnients qu'il avait montrés envers les habitants les plus distingués des deux capitales de la Karamanie. En revenant de ce pays , il le déposa, cl employa dans cette occasion une cérémonie barbare, pratiquée alors pour la première fois, mais qui se reproduira souvent ensuite dans l'histoire des Ottomans; elle parait avoir été empruntée aux Tatares. Tout à coup le sultan ordonna de couper toutes les cordes, de renverser tous les appuis de la tentedu grand vesir, qui fut comme accablé sous cette ruine inattendue. Le renégat grec Runi-Mohamraed-

(1) Ssolaksade.

(2) Ahmed-Tschelebi , Ssolaksade , fol. 5ti; Nescbri , fol. 220.

HISTOIRE DE L EMPIRE OTTOMAlN.

Pascha remplaça Mahmud, et le gouvernement de la Karamanie fui donnéau troisièmefils du sultan, le prince Mustapha. Ishak-Beg s'était réfugié auprès d'Usun-IIasan. Ainsi, la dynasliedelaKaramanie, qui s'était élevée en même temps que celle d'Osman, sur les débris des Seldschuks,fut écrasée par cet le rivale, d'une nature bien plus vigoureuse et plus puissante, après cent soixantesix ans d'existence, et à la suite de dix guerres successives ( 1 ). Toute la Karamanie, à l'exception de Selefke, où la veuve d'Ishak-Beg se soutint encore quelque temps , fut soumise au sceptre ottoman, et ses deux capitales, Karaman ou Larenda, et Konia ou Ikonium, se virent arracher la partie la plus productive de leur population, qui fut transplantée a Constantiuople. Après avoir raconté dans leur ordre les guerres que Mohammed poursuivit presque simultanément dans la Bosnie , la Morée et la Karamanie , maintenant il nous faut reprendre rapidement les exploits de Skander-Beg, accomplis dans cet espace , juspu'à sa mort, en 1466. La paix conclue entre lui et Mohammed n'avait guère subsisté que trois ans; car, lorsque Pie II proclama la croisade, Skander-Beg, cédant aux pressantes instances de l'ambassadeur vénitien et du légat pontifical, rompit le traité qu'il avait juré (2). Paolo Angelo, archevêque de Durazzo, Albanais de Drinasto, conseiller et ami de Skander-Beg, pour lui persuader que l'on n'était point tenu à la fidélité des engagements envers les infidèles, employa les mêmes raisons dont s'était servi le mufti Bestami-Muszanifek, afin de confirmer le sullan dans sa résolution de violer la capitulation jurée au roi de Bosnie. Skander-beg accueillit mieux ses raisons que les représentations par lesquelles Mohammed, dans une lettre particulière , aurait cherché à le ramener au maintien de la paix. La guerre fut résolue ; et l'archevêque devint cardinal (3). A la nouvelle de la rupture de la paix, Mohammed envoya Scheremet-Beg, avec quatorze mille cavaliers, pour ravager l'Albanie, et Skander-Beg

(1) Hadschi-Chalfa, Tables chronologiques, 871 [14661. C'est l'extinction de la domination , mais non pas de la famille, car Ahmed et son frère Kasim se retrouvent encore plus tard.

(2) Marini Barletii de vitaet gestis Skander-Befii, dans Lonicerus , fol. 193-195.

(3) Barleti , fol. 198.

rassembla ses troupes à Ochri , l'ancienne Lychuus ou Lychnidus , l'Achriila des Byzantins, qui la citent souvent comme le siège de l'archevêque de Bulgarie, située sur un grand lac très-poissonneux, dont les eaux, en se déchargeant , forment le Drymon ou le Drilo noir.

Skander-Beg, avec dix mille hommes, prit, à trois milles delà ville, une position au milieu des ennemis, et battit Scheremet-Beg, qui laissa sur le champ de bataille autant de morts que le prince albanais avait de soldats. Le défierdar et douze des principaux prisonniers se rachetèrent, moyennant 40,000 ducats (1 . Pour venger la défaite de Scheremet, Mohammed envoya quinze mille cavaliers et trois mille fanlassins, sous la conduite de Balaban-Badera, Albanais de naissance, qui, réduit dans son enfance à l'esclavage , avait escaladé le premier les murs de Constantinople (2). Skander-Beg l'attendit avec quatorze mille cavaliers et quinze cents fantassins , dans la belle vallée de Yalcha-: lia, dont l'ennemi occupa les hauteurs (3). Skander-Beg s'ouvrit un passage; mais huit de ses plus vaillants capitaines, parmi lesquels se trouvaient son neveu Musachi, et Moses de Dibra, tombèrent entre les mains des Turcs, qui les emmenèrent à Constantinople (4). Le prince! d'Albanie offrit pour «ux une rançon ; mais' Mohammed ne voulu! écouter aucune proposi-1 lion, et. fitécorcher vifs ses prisonniers (5). Tou-I tefois, Balabau se retira sur Achrida, et Skan-I der-Beg occupa le poste d'Oronich , dans la Dibra supérieure (6). Balaban se flatta de le surprendre, mais il fut repoussé avec une grande perte, et perdit lui-même son camp. Néanmoins il reparut bientôt à Achrida, avec des forces s'élevant à trois mille fantassins et dix-sept mille cavaliers (7). Il espérait gagner son redoutable adversaire par des présents. Après avoir épié vainement durant trois mois l'occasion de le surprendre, il résolut enfin de lui livrer une bataille rangée. Le cheval de Skander-Beg s'étant abattu, lui-même fut grièvement blessé

(1) Marini Barleti , fol. 204, 1. v.

(2) Ibid., fol. 206.

(4) Ibid., fol. 208.

(5) Ibid.

(6) Ibid.

i (7) Ibid.. fol. 209.

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