‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 156 sur 288 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

NTR0DUCTI0N DES FERMAGES RURAUX. — RAVAGES DEVANT TOKAT. — MAHMUD-PASCHA GRAND VESIR POUR LA SECONDE FOIS. — LETTRE AUTOGRAPHE DE MOHAMMED. — DYNASTIES DU MOU- TON-BLANC ET DU MOUTON-NOIK. — QUATRIÈME CAMPAGNE DE KARAMANIE. — HISTOIRE DTt- SUN-HASAN. — IL TRIOMPHE DU BEGLLRliEG MUÎSAD-PASCHA, MAIS EST ENTIÈREMETT DÉFAIT PAR MOHAMMED A TERDSCHAN. — EXPLOITS DE M FLOTTE DES CROISÉS. — DÉPOSITION ET SUPPLICE DU GRAND VESIR MAHMUD-PASCHA. — ATTAQUE SUR S AT ALI A. — CONQUÊTE DES CHA- TEAUX DE KARAMANIE. — LE PRINCE DSCHEM EST PLACÉ COMME GOUVERNEUR DE LA KARA- MANLE, ASSUJETTIE DANS LA CINQUIÈME CAMPAGNE.

Le regard toujours plus ardent du conquéant se tourna de nouveau d'Europe sur l'Asie, ù il se fixa maintenant pendant cinq années. )ans la Karamanie vivait encore un reste d'atachemcnt aux anciens princes; le fils d'Ishak- 5eg se tenait encore avec sa mère à Selefke, et diak lui-même ainsi que Kasim-Beg, soutenus ar leur protecteur Usun-Hasan , s'efforçaient e rallumer le feu mal éteint de la guerre. La ribu tatare de Torghud était à demi extermine; mais une autre race tatare, celle de Varsak , fixée dans les mêmes cantons depuis invasion de Timur, s'était maintenue , et enfin i territoire d'Alaje était encore indépendant ous la domination de Kilidsch-Arslan , desendant des anciens sultans seldschukides en sie Mineure. Afin de rétablir et d'assurer l'ulité et le calme dans la Karamanie, le grand esir fut envoyé en Asie avec des troupes consilérables; mais à force d'extorsions il épuisa ;regli(Héraclée) et Larenda. Comme les haitantsde la dernière ville, voyant son ardeur du lillage toujours plus irritée, le suppliaient 'épargner au moins leurs mosquées et leurs coles, qui étaient consacrées avec leurs dotaons à la sainte ville de Médine où repose le orps du prophète; il fit massacrer les députés nterprètes de cette prière. Après avoir écrasé es villes de Karamanie , il alla porter sa rapa-

ité sur le territoire des Warsaks (1). Un des

(1) La chaîne du Taurus , au nord-ouest de Selefke ,

appelle encore Warsaktaghi ; Dschihannuma , p. 6ll.

TOM. i.

begs de cette tribu, Ojus-Beg, se mit en embuscade dans les défilés de la Cilicie , avec de l'infanterie; suivant tous les mouvements des fourrageurs et des pillards de Moharamed-Pascha , surprenant tous ceux qui s'écartaient , il détruisit ainsi plus de la moitié de l'armée turque , et le reste n'échappa qu'en abandonnant les dépouilles déjà recueillies de toute la Karamanie. Les Warsaks, en voyant fuir Mohammed- Pascha , s'écrièrent, en se tournant ironiquement vers leurs chefs (1): «0 le gracieux vesir, et le digne seigneur qui est venu déposer de l'or à nos pieds ! » Le sultan destitua le grand vesir déjà flétri par sa défaite , et donna sa dignité à Ishak-Pascha , qui de la condition d'esclave s'était élevé au gouvernement de la Bosnie. Au reste, en nous transmettant les perfidies, les exécutions et les rigueurs de Bum Mohammed-Pascha, causes de sa grandeur et de sa ruine , l'histoire a conservé un autre souvenir de son administration , c'est l'introduction des fermes (mukataa) qui devait avoir le mérite d'une grande mesure financière aux yeux de Mohammed. Aussitôt après la conquête de Constant inople, lorsque Mohammed envoyait de tous côtés des colons pour repeupler la capitale déserte , il établit une redevance sur les maisonsabandonnéesaux nouveaux venus,ce qui détermina l'émigration d'un grand nombre de moslims transportés tout récemment dans la ville

(1) Seadeddin, dans Bralutti , p. 250; Ssolaksade , fol. 57, Neschri,p. 222.

conquise. Sur les représentations du vieux Lalaschahin, compagnon d'armes de Murad II, Mohammed abolit cet impôt sur les maisons; mais Rum Mohammed-Pascha le rétablit pendant son administration , el c'est à lui aussi «pie se rattache le premier établissement des niukataas ou fermages ruraux , dont il sera question plus d'une fois dans cette hisoire (1).

Le nouveau grand vcsir Ishak-Pascha marcha en Karamanie contre Kasim-Beg, père d'Ishak- Beg, qui avait soulevé le pays en faveur de l'ancienne famille. ,11 l'atteignit près du château de Mut, le mit en fuite, et rétablit les fortifications de Mut et de Nikde ; ensuite il conquit (es châteaux de Wârkoi, Udschhiszar, Ortahiszari. ainsi que la ville d'Akserai , qu'il dépeupla d'après l'ordre formel du sultan , pour eu transporter les habitants à Conslantinople , où ils furent établis dans le quartier appelé encore aujourd'hui Akserai (2). Tout cela s'accomplit dans l'année où se fit l'expédition de Négrepont. En 1471, Keduk-Ahmed-Pascha, qui de simple janitschare était devenu pascha a trois queues, fut envoyé avec une armée vers Alaje. Cette ville, bâtie parle sultan seldschukide Alaeddiu- Keikobad (3) , au bord de la mer, à la place de l'ancienne Coracesium, s'élevait sur des rochers de cinq A six cents pieds de haut , remarquables par leurs couches alternativement blanches et rouges (4). Le pascha persuada au souverain d'Alaje dé se rendre sans hésitation, et l'envoya avec sa femme et son enfant auprès du sultan, qui lui assigna Kumuldschina pour son entretien (5). Bieniùt ce prince, sous prétexte d'aller à la chasse, trouva moyen de s'enfuir. Il gagna l'Egypte; sa femme et son fils s'éteignirent dans la douleur, et furent ensevelis a côté l'un de l'autre à kumuldschina. D'Egypte, kilidscharslan envoya à Kuduk-Ahmed-Pascha un diamant qu'il avait reçu du sultan, en le chargeant de le lui remettre. Nous avons déjà dit qu'au moment où Ishak-Beg, prince de Karamanie, s'était enfui auprès ri'Usun-Hasan. son épouse et son fils

(1) Nesrhri , fol. 198, aussilôl après la conquête de Conslantinople.

(2) J'ay. le plan de Constaminople , par Kaufer.

(3) Dschihannuma , p. 621.

(-1) r.arauiani.i de Be.uifnrt, Annales de la littérature, J. nv.

(5; La Rumili d'Hadschi-Chalfa , p. 09.

Mohammed-Beg se renfermèrent dans le chât; au de Selefkc. A la nouvelle de la mort de son époux, la princesse avait envoyé par une ambassade sa soumission au sultan, qui chargea Keduk-Ahmed de prendre possession de la place. Le vesir s'acquitta de cet ordre, et marcha ensuite sur le château de Mokan (1), dans lequel se trouvait la famille de Pir- Ahmed, frère d'Ishak-Beg, et la nièce de ces princes, renommée pour sa grande beauté, keduk prit la princesse et les trésors au nom du sultan, et alla meltre ' le siège devant le château de Lulge. Lorsqu'il • s'en fut rendu maître, il fit massacrer une partie des défenseurs , et précipiter les autres du haut des murailles. L'approche de l'armée d'Usun- Hasan ne permit pas au pascha de se maintenir en possession de ses conquêtes , et il se retira sur Konia (2).

Usun-Hasan, résolu de soutenir les droits de& princes de karamanie contre le sultan Mohammed, avait franchi les frontières ottomanes, \ et s'était avancé vers Tokat. Auprès de lui se> trouvaient les deux cousins de Mohammed, Pir-Ahmed et Kasim-Beg; l'armée était sous le> commandement d'Omar- Beg, vesir d'Usunîlasan et de son neveu Jusufdsche-Mirsa. Toutes les horreurs que rapporte l'histoire lors de la prise de Tokat se renouvelèrent dans Tokat emportée d'assaut. La ville fut réduite en cen-l dres, et les habitants furent livrés à mille sup-1 plices; ensuite Omar-Beg marcha sur Diarbekr, ! laissant en arrière le neveu d'Usun-Hasan, Jh- I sufdschc avec Pir-Ahmed el kasim , et cent ' mille homme. Jusufdsche, dirigé par les princes de karamanie, ravagea les contrées que ceux-ci • prétendaient gouverner (3).

A la nouvelle des atrocités commises à To- ' kat, et de la dévastation de la karamanie, Mohammed se sentit transporté de fureur : A l'instant il ordonna de planter sa tente à Skulari; puis il appela tous les paschas et les begs avec leurs troupes autour de sa personne, dans le camp sur le rivage asiatique. Le péril était imminent : le centre de l'Asie Mineure était menacé ; le grand vesir Ishak et le prince Musta*

(1) RIcticano , dans Bramai , I. n , p. 255.

(2) Seadeddin, dans Biatulli,!. n , p. 255; sade, loi. 57 ; Nesctaï, fol. 225.

(3) Seadeddin, Ssolaksade, Neschri , Idris.

Ssolak-

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