‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 162 sur 288 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

^rmi ceux-ci se trouvaient le juge Mahmudicherichi , l'un des plus grands orateurs de l'Irak, Kasi-Hosznkeisi, Imam Usun-Hasan , et Seid-Mohammed, son secrétaire d'État pour les ,raits de son nom : on brisa leurs fers , et ils •urent traités avec distinction.

■ Les émirs de la famille du Mouton-Noir , îju'Usun-Hasan traînait captifs à sa suite depuis a défaite du sultan Dschihar , furent rendus à A liberté comme anciens alliés , et protégés des ultans ottomans; trois Mirsas, du sang de Tii nur, et parents par leur mère d'Osman Baienrferi , aïeul d'Usun-Hasan , furent envoyés

■ ;omme prisonniers d'État à Amasia; deux au- > Ires des principaux begs d'Usun-Hasan furent [marges de fers. Quant à Ditrik, fils de Sinan- ! jîeg, Ottoman , qui, par amour pour la science,

'était rendu précédemment en Perse, et avait fxcité le souverain du Mouton-Blanc à l'expédi-

■ lion contre Bum , il fut mis à mort (1). Trois pille Turkmans subirent le même sort, pas

rous à la fois, et dans le premier enivrement de |tt victoire ; afin qu'ils servissent plus longllemps de spectacle à la cruauté du conquérant , lin leur fit suivre la marche de l'armée , et à Iliaque station on en choisissait quatre cents, thui étaient massacrés régulièrement. Cette imi nolation se prolongea ainsi pendant sept [ours (2), jusqu'à ce que le camp se trouva devant le château de Karahiszar , si fameux par la Lorce extraordinaire de ses ouvrages. Lorsque l 'on marcha contre Usun-Hasan, Mahmud-Pas- Iha.dans le conseil de guerre réuni par le lultan, avait été d'avis qu'avant tout l'on en-

■ reprit le siège de Karahiszar, parce qu'il était extrêmement dangereux de laisser une place I mssi forte sur les derrières de l'armée. « Nous

lie sommes pas ici pour prendre des châteaux,

; nais pour battre des armées », avait dit alors

[ Mohammed plein de colère, tout en contenant

dors l'explosion de son ressentiment. Après la

grande victoire sur Usun-Hasan, la place se

endit aussitôt que Mohammed parut devant

i .es murailles ; s'inclinant , dit le vieux Neschri ,

levant la terrible puissance de son regard (3).

(1) ldris ,fol. 149.

(2) Neschri , Aali , ldris.

Ci) Seadeddin, Aali, Ssolaksade , Tables chronologiques d'Hadschi-Chalfa.

Darab-Beg, le commandant persan, reçut pour récompense de sa prompte soumission le sandschak de Tschirmen, dans le voisinage d'Andrinople. Là furent partagées les immenses dépouilles prises sur Usun-Hasan , et , de plus, Mohammed fit don à l'armée des 10,000,000 d'aspres qu'il avait distribuées parmi les soldais comme avance de solde à l'ouverture de la campagne. En même temps, comme accomplissement d'un vœu , ou par l'effet d'une inspiration passagère d'humanité, en témoignage peut-être de reconnaissance envers Dieu pour l'heureuse issue de son expédition, il donna la liberté à tous ses esclaves des deux sexes. Un seul mot du sultan fit tomber les fers de quarante mille jeunes gens et jeunes filles. Enfin, de ce lieu Mohammed adressa les bulletins de sa victoire au sultan Husein-Baikara , arrière-petit-fils de Timur , l'ancien souverain du Chorasan , vaincu par Usun-Hasan (1 ) , à son fils le sultan Dschem, gouverneur de Kastemuni (2) , et des ordres partirent pour que tous les beglerbegs et les sandschaks de l'empire fissent célébrer son triomphe par des fêles et des réjouissances (3). Le premier acte politique de Mohammed après son retour à Constantinople fut la déposition de Mahmud-Pascha, auquel fut enlevé, pour la seconde fois, la dignité de grand vesir. Le refus de prendre , dès l'ouverture de la campagne, le commandement supérieur avant la fin de l'hiver , la proposition du siège de Karahiszar, et plus encore l'avis soutenu dans le conseil de guerre après la bataille de Terdschan,de ne point poursuivre l'ennemi plus avant dans le pays, avaient attiré sur lui la disgrâce du sultan, qui avait su se contraindre et dissimuler tant que la tète et le bras du grand vesir lui parurent indispensables. Mahmud fournit, d'ailleurs, un prétexte à la vengeance, en laissant percer une joie odieuse sur la mort du prince Mustapha (4), gouverneur de Karamanie : car, au lieu de se couvrir de deuil, il porta des vêtements blancs , et joua aux échecs. Mais le véritable crime de Mahmud, c'est qu'il exprimait des opinions indépendantes, c'est

(1) Collection des papiers d'État de Feridun , n° 231 .

(2) Ibid., n° 232.

(3) /èirf.,n°233.

(4) bsolaJisade,fol.61.

qu'il avait montre'* des sentiments d'humanité, en épargnant la vie du roi de Bosuie, en accordant une libre retraite au prime de Karamanie. De tels attentats effaçaient tous les services du conquérant de la Servie , de la Bosnie et de Négrepont, du grand protecteur des savants, du provocateur de tous les établissements utiles, ou plutôt ses mérites eux-mêmes étaient autant de moi ifs de condamnation. Mahmud, né d'un père grec cl d'une nièreillyriènnc,el converti violemment a l'islam dans sa jeunesse, est véritablement le premier grand vesir de l'empire ottoman qui ait laissé des souvenirs durables de son amour pour les sciences et poulies institutions bienfaisantes de la paix. Aujourd'hui il en reste encore quelques monuments après environ quatre siècles. Des mosquées et des bains portent encore son nom à Constantinople (1) et à Ssofia; l'on possède la collection de ses lettres à Mir-Alischir, le célèbre grand vesir du sultan persan Ebsuaid, qui, par ses poésies persannes et dschagataïennes , par les fondations de tant de mosquées, de collèges, de caravansérais, d'hôpitaux, de bains et de ponts, vivra éternellement dans l'histoire de l'Orient (2). Mahmud- Pascha aussi était poète, et comme tel il portait le surnom d'Adeni , c'est-à-dire poète de l'Eden. Non-seulement il savait rendre justice aux savants, dont plusieurs lui dédièrent leurs ouvrages; il se moutrait encore généreux envers eux. Lorsqu'il fit construire son collège a Constantinople , il gratifia chaque clanischmend de deux turbans , d'un morceau d'étoffe de laine, d'un morceau de drap écarlate, et de 500 aspres. Le jeudi de chaque semaine il recevait des savants à sa table , sur laquelle était servie une assiette de riz avec des pois. Une grande partie de ces pois était de l'or fin, et ce que chaque danischtpend pouvait prendre avec sa cuiller lui appartenait. Mahmud avait coutume de dire : Quiconque jouit des fortunes de la faveur doit avoir l'or à la bouche. 11 tenait souvent un langage plein de sagesse et d'équité en présence du sultan. Mohammed a y ant un jour demandé à un mollah

(1; Osmin-F.fendisade , Biographie des vesirs, et dans les biographies des poi-les , par 'Aaschik-Hasan et Hasan-Kinalisade.

(2) Histoire de la rhétorique persauue , p. 312.

d'où venait la décadence de la Crimée , où jad plus de quatre cents docteurs faisaient Heur les sciences, le légiste répondit que c'était faute du dernier vesir. qui, par son dédaj pour les ulémas, avait transformé ce parad terrestre en un désert couvert de ruines. Mi hammed saisit l'occasion de donner à sou vesi une leçon sur la manière dont on doit irait» les savants, et sur la culture à rendre aux sciei ces. Mahmud dit avec autant de franchise qi de vérité que la faute devait remonter jusqu'à prince qui n'avait pas choisi un vesir plus lu bile. De telles manières, un langage si siucèr) doivent avoir contribué à la seconde depos lion de Mahmud et à sa condamnation capital .Mahmud écrivit dans son testament : « Je suj arrivé à la porte du sultan avec un cheval, i sabre et 500 aspres ; tout ce que j'ai acquis (j plus est le bien du padischah, à la grâce duqu je recommande le sort de mon fils Mohanmiei Beg, et le maintien de mes fondations pieuses La vie et la mort de Mahmud lui acquirent renom d'un martyr, et la tradition populaire) reproduit les circonstances de sa mort dai une légende où le sentiment de la tyrannie d sultan s'exprime dans un langage énergique 1 simple (1).

Après le retour du sultan de sa campagij d'Asie, l'achèvement de la guerre dans la Cilicj Péirée et sur la côte où quelques châteaux ttn naient encore pour Pir-Ahmcd et Rasim-Beaavait été remis au prince Mustapha, gouverna de Karamanie, et à Iveduk Ahmcd-Paschd successeur de Mahmud-l'ascha , comme grar vesir. Mais avant de rapporter la fin de cet guerre de Karamanie, d'après les historiens o lomans, il convient de jeter un coup d'œil si les exploits de la flotte des croisés dans les me de Cilicie, sous les ordres de Mocenigo, au nu ment de la campagne contre L'sun-Hasan. l'ara légats, les cardinaux Bessarion, Bemboet Bo gia, Sixte IV avait poussé la France, l'Allem; gne et l'Espagne à une croisade contre li Turcs, et il avait convoqué un concile dans palais de Lalran ; il avait fini par conclure avt Venise et Naples la triple ligue qui , du princ pal négociateur, fut appelée alliance de Ci

(t) Dans la bibliothèque royale de Berlin , na 57 quarlo des manuscrits de Diez.

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