‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 163 sur 288 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

' ,raffa (1). Au moment où éclataient les troubles le Karamanie, Usun-Hasan avait euvoyé un ambassadeur à Venise, pours'unir avec la république ■t en obtenir de l'artillerie qui lui manquait. ■losaphat Barbaro, qui, trente-sept ans auparavant, tout jeune encore, avait entrepris un voyage en Orient, à Tana, sur les Palus Méotides, et qui l'avait décrit, reçut la mission de conduire sur les côtes de Karamanie quatre gai ères portant de l'arlillerie avec deux cents ca- :ionniers(2). Larépubli,|iie avait étédéterminée i ce parti par les rapports de Caterino Zeno, wi ambassadeur à la courd'Usun-Hasan, et par Ma malheureuse issue des tentatives faites par >>es envoyés Nicolo Cocco et Francesco Capello, pour négocier la paix avec Mohammed , à l'aide de la médiation de la sultane veuve Mara (3). \ son tour Mohammed n'avait pas obtenu plus ide succès, lorsqu'il fit des ouvertures pacifiques ■\ la république, par l'entremise du comman- ■•dant de Skutari, Leonardo Bolda; le sultan voulait bien renoncer aux 150,000 ducats qu'il ivait à réclamer des marchands vénitiens, mais

[Ml exigeait de Venise l'abandon dekrojaet de "'Albanie (4); de leur côté les Vénitiens insistaient sur la restitulion de iNégrepont. Ainsi, la

1 guerre fut reprise de part et d'autre avec une

■ 'nouvelle ardeur, i Une flotte de croisés de quatre-vingt-cinq galères saccagea Smyrne, Déloset Mitylène(ô), et fit voile ensuite pour la Karamanie. Elle comprenait dix-neuf galères du pape, sous les ordres

) du cardinal Caraffa, dix-sept galères napoli- 'aines, quarante-sept bâtiments vénitiens, dont 'douze fournis par les Sclavons, et deux galères

: équipées par les chevaliers de Rhodes. Les Vénitiens élaient commandés par le capitaine général Pietro Mocenigo, les provéditeurs messcr Marino Malipiero, messer Luigi Bemboet Viltore Soranzo. Parmi les commandants de ga-

1 ières se trouvait Coriolano Cippico de Trau ,

,ïui a décrit celte guerre maritime. La flotte confédérée dirigea sa première attaque sur le

(1) Bernini , p. 128.

(2) Viaggio di Josaphat Barbaro , et Coriolauo Cippico délie guerre del Veueziani dr-ll' Asia, del 1469- 1474 ; Venezia , p. 34.

(3) Cippico , p. 7.

(4) Laugier , Histoire de Venise , I. xxvi , 1796, p. 254.

(5) Cippico et Navagiero.

seul port de la côte inhospitalière de Pampliylie, sur Satalia ou Atalia, place bien fortifiée, bien peuplée, déjà fameuse dansl'antiquité. Vit- ; tore Soranzo, détaché en avant avec dix galères, rompit à coups de canon la chaîne qui fermait le port, et pilla le riche marché où étaient entassés des produits de toute espèce. Le fort était protégé par un double fossé; la première enceinte fut emportée; on voulut faire sauter le second rempart avec lamine, mais la garnison se défendit vaillamment : les assaillants sentirent faiblir leur courage, et s'arrêtèrent quelque temps. Alors ils entendirent une voix de femme qui les appelait du haut des murailles : c'était celle d'une Fsclavonne retenue depuis longues années dans les fers des Turcs, et qui avant de s'en délivrer pour jamais voulait rallumer l'ardeur de ses compatriotes. Après les avoir provoqués à un nouvel assaut, elle se précipita des tours, et vint expirera leurs pieds (1). Au coucher du soleilles assiégeants se retirèrent. Comme ils manquaient de grosse artillerie pour ouvrir une brèche , il fut résolu dans un conseil de guerre tenu de nuit, que le lendemain on partirait après avoir saccagé les faubourgs. Les maisons furent livrées aux flammes, les riches plantations d'arbres qui entouraient la ville furent abattues, et la flotte leva l'ancre. File revint a Rhodes, et de là porta le ravage dans l'Archipel et sur la côte d'Ionie (2).

L'année suivante , Mocenigo revint surla côte de Karamanie , pour appuyer Kasim-Beg, prince de Karamanie, dans le siège de Selefke ( l'ancienne Séleucie ). Il débarqua au port d'Aghalinian, appelé S. Théodore parles Vénitiens, jadis l'un des plus fameux repaires des pirates de Cilicie (3). \ ittore Soranzo se rendit de la part de Mocenigo auprès de Kasim-Beg, afin de s'entendre avec lui sur le plan d'une entreprise commune. Outre Selefke, le prince de Karamanie assiégea encore les deux châteaux de Sighin et de Kurko situés sur la côte de Karamanie à quelque distance à l'ouest (4) : le premier, où commandait Mustapha, se rendit de suite malgré les avantages de sa position sur une montagne es-

(1) Cippico, p. 23.

(2) /Wd.,p.29.

(3) Jbid., p.3S\

(4) Ibid., p. 39 , et Josapbat Barbaro , p. 23.

carpée, et aussitôt Mocenigo le remit à Jusuf, l'un des généraux de Kasim-Beg (1). La flotte se dirigea ensuite sur Kurko à vingt milles de là ; baignée des deux côtés par la mer, la place était défendue vers la terre par un fossé profonde! un double rempart. Au midi, à trois cents pas environ du continent, des ruines d'anciens édifices couvraient la petite île d'Arsinoc, que Cippico nomme Eleusia (2).Le château de Kurko était sous les ordres du capitaiuedesjanitschares Ismaïl, renégat slavon, qui se rendit après quelque résistance ; cet exemple fut suivi par le Grec Esibéi , qui aurait pu facilement tenir plus longtemps avec ses deux cents hommes dans la citadelle de Selefke, dressée sur un rocher (3). Kasim-Beg témoigna sa reconnaissance au capitaine général vénitien , en lui offrant un beau cheval et un léopard apprivoisé (4), et la flotte, forte de quatre-vingt-dix-neuf voiles (ô), vogua vers la baie de Megri ( l'ancien Telmissus), où le renégat Carego livra le château après un faible engagement (6). La ville fut pillée et incendiée, les jardins dévastés avec la flamme et la hache (7) ; le butin fut distribué comme de coutume ; les stradiotes reçurent trois ducats pour chaque prisonnier qu'ils fournirent; ensuite les esclaves furent vendus aux enchères, en sorte que le commerce d'hommes était poursuivi par les Vénitiens avec autant d'ardeur que par les Turcs (8). Mocenigo toucha encore aux villes de Phiscus et de Mira, sur la côte de Lycie: informé de la défaite d'Usun-Hasan , il se dirigea sur Chypre (9). Aussitôt après avoir perdu la bataille d'Otlukbeli, Usun-Hasan avait congédié les envoyés de Venise, du pape et du roi de Naples qui résidaient à sa cour, en les pressant instamment de lui faire obtenir de nouveaux secours pour l'année suivante (10).

(1) lsofo, capitano del Caramano; Cippico, p. 41.

(2) Cippico, p. 42 , et Beaufort , p. 199.

(3) Beaufort , p. 45.

(4) Cippico , p. 46.

(5) Baibaro , p. 23.

(6) Cippico , p. 48.

(7) ]bid.,\>. 50.

(8) Daru a fait la même remarque , d'après Cippico , Histoire de Venise , Lu, p. 444 ; Cippico, p. 12.

(9) Cippico.

*10) Seadeddin, Idris , Ssolaksade raconlent tout naturellement la honteuse perfidie d'Ahmed-Pascha.

Pour mettre fin à la guerre de Karamanic, pour enlever les places qui étaient encore cnt les mains des Karamaniens, Keduk-Ahmei Pascha, qui commandai t l'armée ol lomane sous prince Mustapha, gouverneur de la Karamani mit ses troupes en mouvement. Les points pri cipaux qui tenaient encore pour Pir-Ahmed Kasim-Beg, étaient, outre Sigliir, Kurko Selefke , soumises par les armes vénitienne les forts d'Ermenak, Minan et Deweli-Karahi zar. Pir-Ahmed avait pris position sur les haï teurs de Jellidepe près Larenda , où Ahme<' Pascha lui fit demander une entrevue amicalt LeKaramaniensecounaàlaparolederOtloma' qui avait l'intention de le prendre ou de le tut! et il n'échappa qu'avec beaucoup de peine ai' coureurs d'Ahmed-Pascha. Au moyen d'un coi de main , celui-ci s'empara d'Ermenak ; puis1 assiégea Minan, où Pir Ahmed avait dépo| son harem, ses trésors, et où il paraît qu'ils'! tait réfugié lui-mène. Placé sur un roc escarn ce château brava les efforts des assiégeant^ surtout à cause de la difficulté de transport de l'artillerie sur les rochers, seul point d't! l'on pût canonner la place. Mais à la fin , 1 batteries furent établies, et le commandant Jl suf se rendit après une vaillante défense. Pif Ahmed, qui se trouvait lui-même dans le chf teau , ou qui arriva dans ce moment , ne put t consoler de la perte de son harem , de ses tri sors, de son dernier point d'appui; il se précr pita du haut des crénaux qui ne pouvaient pif le protéger (1). De Minan, Ahmcd-P;isiha t porta sur Selefke ; il préféra les détours a la ruse et de la trahison à une lutte ouverte, f cette fois il réussit complètement. Les canoij niers de la place, gagnés par son argent, mireij le feu au magasin à poudre, qui sauta, et ouvn une large brèche, par laquelle se précipitera les Ottomans, au milieu du désordre et de Va froi. Cent quatre-vingts Karamaniens qui, d meures étrangers à la trahison, voulaient d< fendre le château , passèrent par le tranchant d sabre (2). Le prince Mustapha voulut reprendt eu personne le siège de Deweli-Karakiszar; mai se sentant faible et malade, il le confia au

(t) Seadeddin , dans Bratutti , I. h, p. 286 ; Ssolal

sade , fol. 60 ; dans Aali , p. 27.

(2) Seadeddin , dans Bratutti, I. n; Ssolaksade, fol. 61

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