‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 169 sur 288 · LIVRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE XVI

deux fois de la Bosnie pour aller faire des irruptions dans la Carniole (1). L'année de la campagne de Moldavie est signalée dans les annales des Ottomans par trois institutions qui caractérisent bien le génie de conquête et de conservation de Mohammed. Jusqu'alors, les collations des fiefs militaires , de timars et des siaraets, n'avaient été portées sur le registre qu'avec les noms de ceux qui recevaient l'investiture; mais, à partir de cette époque, sur . l'ordre de Mohammed, on rédigea des diplômes ' en forme régulière, contenant le montant des . revenus des villages concédés, et la copie de ces ] pièces fut transcrite sur les registres de la chancellerie (2). Alors aussi le sultan fit proclamer • un ordre pour recommander dans la Rumili l'observation des cinq prières de chaque jour, dont la négligence n'étonnera pas au milieu de tant de moslims nouvellement convertis. De cette même année date la taxe sur les cardeurs de laine, dont la cause est aussi étrange que rétablissement en fut injuste. Tandis que Mohammed marchait contre la Moldavie avec son armée, le beglerbeg d'Anatoli, Daud-Pascha, qui marchait à ses côtés, lui raconta qu'il avait vu, à Tawschanlubasar, douze cardeurs de laine poursuivre un renard qui s'était introduit dans leur atelier, sans pouvoir le saisir : Mohammed ordonna aussitôt qu'en punition d'une telle maladresse, les cardeurs de laine de Tawschanlubasar payassent une amende annuelle de cinq , aspres à l'officier de police (3).

Trois ans après furent relevés les murs de

Constantinople, qui n'avaient pas été réparés

depuis plus d'un siècle, et qui, ruinés surtout

du côté de la terre par l'effet du siège, avaient

! besoin d'être reconstruits. Cette enceinte ren-

I fermait maintenant des colons transplantés de

toutes les nations, et de toutes les parties de

l'empire. Les conquêtes de Mohammed au nord

! et au midi , en Asie et en Europe , contribuèrent

à grossir la population de la capitale. Du Pont

. et de la Cappadoce , de la Servie et du l'élopo-

, nèse, LazesetCaramaniens, Illyriens et Grecs,

affluèrent vers le centre de l'empire, et les

plus riches habitants de douze capitales con-

(1) Valvasor, I. îv, p. 376.

(2) Seadeddin , Ssolaksade , fol. 62.

(3) Ssolaksade, et dans Bratutii , p. 304.

quises furent traînés comme colons dans la résidence du sultan. La plus faible portion de ces colons, ceux de Karamanie, était musulmane; les autres étaient des chrétiens, qui jouissaient de la liberté de pratiquer leur religion à l'ombre de la massue du conquérant.

La trêve d'une année accordée par Mohammed à Venise était expirée , et les négociations engagées ne conduisaient nullement au résultat désiré, car à mesure que les demandes étaient consenties, Mohammed en produisait de nouvelles. Alors Antonio Loredano, généralissime de la république, sortit de Napoli di Romania avec la flotte , écuma la mer le longde la côte asiatique , descendant parfois à terre pour exercer quelques ravages. L'année suivante Mohammed résolut le siège de Lépante. Suleiman-Pascha, l'eunuque , le même qui, après la levée du siège de Skutari, avait été battu dans la Moldavie sur laBerlad, fut chargé de conquérir avec quarante mille hommes cette ville qui était le plus fort boulevard de Venise dans laGrèce. Aussitôt parut Antonio Loredano avec trente-deux galères, et la ville fut pourvue abondamment de vivres et d'artillerie. En peu de jours fut ouverte nne brèche praticable; mais après quelques assauts infructueux, l'eunuque dut se retirer de Lépante, comme il avait abandonné Skutari ; il exhala sa fureur en faisant sauter quelques châteaux.

Le siège de Lépante par mer fut .suivi de celui de Kroja par terre en Albanie, qui n'eut pas plus de succès. Le sandschak-beg d'Albanie parut avec huit mille cavaliers devant la ville que Piétro Vettori défendit durant tout l'été. Les Turcs étaient campés au pied de Kroja , dans la plaine de Tiranna; la ils furent attaqués le 2 septembre à midi par le provéditeur Francesco Contarini avec deux mille cinq cents cavaliers, et de l'infanterie albanaise. La bataille dura jusqu'au soir; alors les Turcs prirent la fuite, abandonnant leur camp. Aussitôt les assiégés sortirent pour se partager les riches dépouilles qui devaient se trouver dans les tentes ; mais les Turcs, qui se trouvaient sur les hauteurs voisines , observant le désordre des vainqueurs, fondirent sur eux tandis qu'ils étaient occupés à piller, massacrèrent le plus grand nombre, et abattirent la tète au provéditeur. Les Albanais furent dispersés , et les Italiens

eurent à déplorer U perte de plus de mille hommes 1 .

A peine un mois s'était écoulé depuis ce revers que Venise fut effrayée par la nouvelle d'une irruption turque dans le Frioul. Une Igné de fortification depuis l'embouchure de risoozo pn-N d'Aquilée jusqu'à Gœrz. avec deux camps retranchés à Gradiska et à Fogliana devait arrêter l'invasion: mais les Turcs s'étaient emparés du pont de Gotz . avant que dans le camp de Gradisk.a l'on fût informé de leur arrivée. Ornar-Beg 2 , transporta par ce moyen mille cavaliers au delà de la rivière, qu'il fit traverser à la nage par une partie de sa troupe, afin qne ces hommes fussent placés en embuscade pour le jour suivant. Il présenta la bataille au général vénitien Geronimo Novello. qui 1 accepta. Le fil* de Novello se laissa entraîner, par une fuite simulée, malgré un avertissement de son père, et tomba dans l'erabu-cade. 11 fut culbuté, la fuite devint générale: les deux Novello périrent, et il y eut une grande quantité de prisonniers. Ensuite la cavalerie turque se répandit sur la plaine . entre llsonzo et le Tagliamento. brùla:t et massacrant sur son passage: granges, châteaus, villes, se trouvèrent perdus dans une mer de feu que l'historien Sabellico contempla du haut d'un château, près d'Udine 3 . Les Turcs franchirent le Tagliamento . célèbre dans les guerres d'Italie par la valeur de ceux qui en forcèrent ou défendirent le passage: mais cette fois il était dégarni de troupes, et la flamme se promena sur la plaine, entre le Tagliamentoet la Piave. Du haut des clochers de leurs églises, les Vénitiens pure t apercevoir les incendies 4 . Le 2 novembre toutes les forces armées de Venise sortirent de la ville pour eba-ser l'ennemi : mais le-< akindschis avaient déjà d'eux-mêmes repassé llsonzo. laissant derrière eux des ruines et la peste ô . Ainsi finit l'année 1477. dans

I Ssbelikofei NaTagiero.

- -mondi , 1. ii , p. 139 D'après Sabetlico, dec. m, I. x . Saraondi croit à tort que Mar-Beg, le grand tc- «ir, MtAhmed-KedoL: c'est Omar-Beg, IL* de Turacfcaa.

.3. SabetiH». dec m , 1. x . foL 224 , et Sismoodi . Lu, p. H1.

4 S;ndi. «onaarilediVenezu, 1. tih , c. 9:Dani. 1. n,p i~ fbid

laquelle les Turcs parurent sur le Tagliamento, .Mathias-Corvinus se montra sous les murs de ^ ieune. Charles le Téméraire, duc de Bourgogne . périt sur le champ de bataille de Nancy, et l'sun-Hasan. que l'on pourrait appeler aussi le téméraire en Orient , mourut de chagrin de la discorde qui divisait ses cinq fil*, et de remords d'avoir fait tuer le sixième à coups de flèches. Les annales de l'Orient placent encore dans cette année la mort de l'historien persan, Abdurrisak, auteur de l'histoire de Timur et de vchahroch. et celle de l'historien arabe Ibn- Schohne. auteur d'une histoire universelle.

Le siège de kroja durait depuis un an. lorsque Mohammed eut recours à ses manœuvres ordinaires . à de trompeuses négociations de paix pour assurer le succès d'une guerre si longue 1 . In juif parut devant Kroja avec des instructions du sultan, et Loredano lui donna une galère, et un sauf-conduit pour se rendre à Venise ; mais avant d'atteindre au fond de l'Adriatique, le juif mourut à la hauteur dei Capo-d'htria 2 . Au commencement de janvier,! la république envoya le provédtteur Tomaso- Malipieri à Constantinople. l'autorisant à céder Kroja . Stalimtne Lemnos . et Maina , dans lei Péloponèse. ainsi que toutes les autres places» conquises dans cette guerre, et d'accorder ceatl mille ducats pour les droits réclamés sur la' ferme des Aluns. L'offre fut accueillie. maiswl exigea en outre un tribut annuel de six mille ducats 3 . Malipieri. qui n'avait point de poa-l voir pour cette concession, demanda jusqu'au1 mois d'avril pour répondre, et obtint une sus-' pension d'armes pendant ce délai jusqu'à son retour de Venise.

Cependant la république apprit que les rois de Hongrie et de Naples . maintenant unis plus étroitement par leur alliance de famille, étaient en pleines négociations de paix avec le sultan. Mathia— Corvinus ne voulut pas encore la paix: mais son beau-père. Ferdinand d'Aragon . souscrivit un traité. Précédemment il y avait eu des relations d'amitié entre le sultan et le roi de Naples . et après la conquête de N'é-

1 Hm. de bello Alexand., p. 3T.

(2) Laurier, t. rn, 1. xxvu, p. 514.

3 Laujjier dit HtyjflO ducat* , Dam 1,000 ducal», et Sirfiiondi 6.0XJ dncats.

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