‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 180 sur 288 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

zance et de Trébisonde, et plus de deux cents villes , si l'on veut compter tous les bourgs des pays par lui soumis ; mais quant aux royaumes, on a augmenté le nombre de moitié : car outre la Servie, la Rosnie et l'Albanie, ce nom ne peut guère être appliqué qu'à la Moldavie et à la Morée; en Europe, à Kastemuni, et à la Karamanie en Asie. Pour compléter les sept autres royaumes , il faudrait donc considérer comme tels les îles de Négrepont , Cephalonie , Lesbos, Lemnos, Tenedos, Imbros et Thasos.

Quant à l'inscriplion du tombeau , elle ne résiste pas davantage à l'examen : car il ne se trouve pas un mot de Rhodes, ni de l'Italie sur le tombeau de Mohammed, placé derrière le grand autel de la mosquée. II fut le premier des sultans déposé à Constantinople; les restes de ses prédécesseurs sont rangés à Rrusa.

L'histoire ne peut pas admettre non plus certains traits de cruauté par lesquels des écrivains européens ont prétendu caractériser le conquérant. Ainsi il ne faut pas attacher trop d'importance aux anecdotes comme celle des quatorze pages auxquels il fit ouvrir le ventre pour découvrir avec certitude celui qui avait mangé les concombres d'une pauvre femme; il ne faut pas croire avec trop de confiance qu'il trancha de sa propre main la tête de la plus chère de ses esclaves, Irène, pour apaiser l'armée qui murmurait de l'inaction voluptueuse du sultan ; qu'il empoisonna le prince Mustapha, afin de punir la violation du harem d'un pascha; qu'il installa un juge , et le fit siéger sur la peau de son père écorché par ordre supérieur (1). L'histoire n'a pas besoin des traits qui portent l'empreinte delà fiction pour prononcer un jugement impartial sur la monstrueuse cruauté de Mohammed et ses goûts de débauche infâme, sur sa grandeur d'âme, son amour pour les nobles institutions, sur ses actions honteuses et sur ses grandes qualités. Son humeur sanguinaire est assez attestée par le fratricide qui ouvrit son règne , l'extermination des prisonniers, le supplice des vaillants soldats qui lui avaient résisté , le massacre des garnisons fidèles , I es exécutions des empereurs et des rois, de la famille impériale de Trébisonde, du roi de Ros-

(IJ Spandugino, p. 67 et 68.

nie, des princes de Lcsbos et d'Athènes. La fleur de la noblesse des villes conquises était renfermée et flétrie dans les harems, les plus beaux des jeunes garçons de la Grèce, du Pool, des possessions génoises, vénitiennes, serviennes, valaques destinés au service intérieur du palais, aux commandements militaires, passaient d'abord par les plus honteux outrages. Ainsi s'étaient élevés Mohammed-Pascha et Suleiman-Pascha, à la première dignité de l'empire; ainsi Drakul et Franko étaient devenus princes de Valachie et d'Athènes , et le premier, et le dernier de ces quatre mignons furent immolés ensuite en victimes à la politique du maître. La résistance à ses passions monstrueuses conduisait sous la hache du bourreau: ainsi moururent martyrs de leur chasteté et de leur foi les fils du grand duc Notaras, après la conquête de Constantinople, la noble fille d'Erizzo au moment de la prise de Nègrepontée fils âgé dequatorze ans du protovestiaire Phranzes(l). Le père, courbé sous le poids de l'infortune , suivit son maître le despote Thomas de la Morée, jusqu'à Courfou, où il se fit moine, et décrivit la déplorable histoire de son temps, presque jusqu'à la fin du règne de Mohammed. Ce fut seulement trois années avant la mort du conquérant (2), et, à ce qu'il paraît, un peu avant de s'éteindre, qu'il déposa la plume, et il est le dernier des Byzantins qui nous ait accompagné jusqu'ici dans la marche de cette histoire.

(1) Phranzes, 1. iv, c. 14.

(2) Jusque dans l'année 1478 ; Phranzes , 1. iv.

Si les Byzantins et les historiens européi? contemporains de Mohammed , tels que Bar!i et Caoursin, qui ont décrit comme témoins 0-U1 laires les sièges de Skulari et de Rhodes, <M parfois chargé de sombres couleurs le porti du conquérant, d'autres écrivains, comme Sp» dugino, Giovio et Sansovino, se sont éloigri» bien plus encore de la vérité historique par u éloges outrés qu'ils ont donnés à ses gram qualités. Ainsi , le premier raconte que Moha med avait été à demi converti au christianisa par le patriarche grec Scholarios, et que, su tout dans les derniers temps de sa vie , il montra grand adorateur des reliques, deva' lesquelles il faisait brûler continuellement il grand nombre de lampes (1); le second lui fi; lire l'histoire d'Alexandre, connu des Orienta: seulement comme héros de roman et de pocrj épique , et celle de Jules César, dont le nom.])) se présente jamais dans les souvenirs de VU. rient ; en outre , il lui attribue la connaissant du grec et du latin , de l'arabe , du persan, I même du chaldéen. Il y a des témoignages lu. plus puissants du génie de Mohammed, ce soi ses conquêtes , ses fondations , ses rnonu ments, mosquées, écoles, hôpitaux et ville! la protection accordée aux sciences et aux ar des Ottomans , et son gont pour les lettres et poésie. Enfin, ce qui parle aussi haut que \\ exploits guerriers, ce sont les lois données l'armée, les institutions civiles et militaires, u édifices élevés par ses soins, les œuvres des si vants et des poètes de son temps.

(1) SpandugiDo , p. 66.

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