LIVRE XVIII
ONEMENTS DU RÈGNE DE MOHAMMED II. — ÉDIFICES. — INSTITUTIONS. — I.E FRATRICIDE ÉRIGÉ ■ EN LOI POLITIQUE. — LES QUATRE COLONNES DE L'EMPIRE. — LES VESIRS , KADIASKERS , DEF- I TERDARS ET NISCHANDSCHIS. — LES AGAS DE L'INTÉRIEUR ET DE L'EXTÉRIEUR. — t' ARMÉE ET i LA COUR. — LES ULÉMAS. — LES ÉCOLES ET L'ENSEIGNEMENT. — ÉDUCATION DE MOHAMMED. — ■ I SEPT VESIRS. — SAVANTS , POETES , LÉGISTES , MÉDECINS ET SCHEICHS.
Aussitôt après la conquête de Constantinople, ii i t des principales églises furent converties en ïosquées, et dans la suite, Mohammed fit -instruire quatre autres temples. Parmi ces ouze mosquées, au-dessus de tous les autres Vtoaes à l'exception de celui d'Aja-Sofia, s'élève i mosquée dite du Conquérant , à la place où idis l'église des Apôtres, construite parl'im- ^ratrice Théodora, rivalisait de splendeur avec ainte-Sophie, sur une terrasse de quatre mè- "es de hauteur, couronnant la quatrième des ;pt collines de la ville. Le parvis présente un irré, dont trois côtés sont garnis de colonnes; '. quatrième ouvre l'entrée du sanctuaire ; les oupoles, recouvertes en plomb, sont supportes par des colonnes de granit et de marbre; » porte principale correspond à la niche placée n face (mihrab) qui tient la place du maitreutel; le long des trois rangs de portiques du arvis règne un sofia de marbre poli, interompu seulement par les portes d'entrée. Au lilieu est une fontaine couverte en plomb, et ntourée de hauts cyprès. A l'extérieur, et aulessus des fenêtres fortement grillées du par- •s, sur des tables de marbre de diverses coueurs , est gravée en relief, dans les plus beaux aractères, la première Sura du Koran, celle mi soumet et ouvre les cœurs; et sur la porte >rincipale, sur un champ d'asur, on lit la tralition du prophète relative à Constantinople : 'ls soumettront Constantinople. Heureux le mnce, heureuse I armée qui accompliront vite conquête-'
Sur la grande place de la mosquée, appelée
Ssahn (le champ) s'élèvent huit collèges, ou hautes écoles ( medrese), et derrière chacun de ces établissements, un bâtiment supplémentaire (tetimme), avec beaucoup de cellules, pour le logement des étudiants. A ces constructions touchent les cuisines des pauvres (imarets) où les étudiants nécessiteux, et d'autres pensionnaires, reçoivent des aliments deux fois par jour; l'hôpital, appelé dareschschifa , c'est-àdire la maison de guérison; la maison des fous (timarchane); les bâtiments destinés à héberger les voyageurs et les étrangers (caravansérai ou chan); et enfin, des écoles inférieures pour les jeunes garçons qui en sont à l'alphabet (mekteb); la bibliothèque ( kitabchane) est placée dans l'intérieur du temple , dans une pièce à part; c'est la première que fondèrent les Ottomans après la conquête. Autour de la mosquée se groupent encore un réservoir public (sebilchanej, des bains (hamam), une bibliothèque et une école pour l'enseignement de la tradition; un parvis avec un sofa; et un cimetière avec un mausolée (turbe) , près duquel se trouve le tombeau de la sultane Aalime, mère de Mohammed II.
Outre la mosquée dite du Conquérant , Mohammed en fonda encore trois autres à Constantinople : celle d'Ejub, compagnon d'armes du prophète; celle du grand scheich Bochari , près de la porte d'Andrinople , touchant aux murs de la ville contre lesquels il avait mené à cheval les troupes de Murad 11 ; enfin celle des janitschares, dans la caserne bâtie pour ce corps. A Andrinople et à Br usa, anciennes capitales de
l'empire, que Murad H et Mohammed Irr avaient ornées de magnifiques mosquées 1), Mohammed Il n'éleva point d'édifices religieux; mais ses sultaneset ses vesirs y construisirent des monuments qui doivent être rattachés à son époque. Sur les rives delà Tundscha, Kasim-Pascha bâtit une mosquée qui porte son nom, et contre laquelle reposent ses dernières dépouilles (S). Dix ans auparavant, la sultane Aische, fille du conquérant, avait fait construire la mosquée dite d'Aische (3) ; et quatre ans après la fondation de kasim-Pascha, fut achevée la mosquée de la sultane Sitti, fille de Suleiman-Sulkadr, épouse du conquérant 4). Enfin |Mohammed, comme on l'a déjà dit, bâtit l'ancien et le nouveau sérail, les halles couvertes de l'ancien besestan, et remit en état de défense les murs de la ville, fortement endommagés par les tremblements de terre, et par le dernier siège. Il transporta dans leur enceinte des colons tirés de quatorze cités conquises; en sorte qu'il peut être considéré comme le troisième fondateur de la ville de Byzas et de Constantin , qu'il appela Islambul, c'est-à-dire, l'accomplissement de l'islam.
INous passons maintenant des édifices aux institutions de l'État , que les Orientaux se représentent comme une maison complète , ou plutôt comme une tente dont ils nomment les diverses distributions d'après cette idée figurée. Sur la triple base des lois religieuses (scheri), des coutumes (aadet), et des ordres du pouvoir arbitraire (kanun), repose l'édifice politique, dont la première partie, celle qui se présente d'abord aux regards est la Porte. La Porte , dans son acception la plus étendue , est prise pour le gouvernement , parce que, dès la plus haute antiquité , les affaires des peuples se traitaient à la porte des palais des rois (5) : c'est là que l'on rangeait les gardes. La porte devint donc ainsi non-seulement l'image du gouvernement , en général , mais désigna encore la force militaire , dont chaque arme spéciale était appelée porte ; l'ensemble des trou-
(1) Mouradjea d'Olioson , t. n.
(2) RumilidHadschi-Chalfa, p. 9.
(3) Jbid., p. 10.
(4) lbid.
(5) Xénopbon, Cyropédie.
pes offrait ainsi quatorze corps désignés \rj ce nom. Enfin , le troisième sens figuré de • mot s'applique non pas a l'empire ou au gdfl vernement, en général, mais à la cour et harem , qui est la maison ou la porte de la félicB (dari ou deri seadet), tandis que la porte gouvernement est la sublime porte de l'cmpi ou du bonheur (babidcwlet) : l'empire est f tuné et la cour est bienheureuse Devant L porte de l'empire sont campés les gardes quii I protègent; c'est près de la sublime porte qwi marche le vesir. La porte de la félicité condfl dans le sanctuaire de la béatitude , dans l'inllll rieur de la cour, dans l'appartement des ferll mes. Dans l'intérieur de la maison est la chafl bre où se garde le trésor ; c'est l'administraticw des finances qui est chargée de la tenue de rç maison, et dans la salle est le sofa (le divamri sur lequel siègent les hauts dignitaires de ï'ii tat ; enfin , les appartements les plus retùv sont affectés à la cour elle-même. Le kanuw loi fondamentale du conquérant , par laqueïi son dernier grand vesir Mohammed - kari mani régla l'administration de l'État et la h rarchie, part , pour la distribution des emplut de l'État et de la cour, du nombre quatre pm des quatre colonnes qui soutiennent la tente,! qui d'ailleurs a sa raison historique daus il quatre premiers disciples du prophète, les quM ire premiers chalifes, dans lis quatre coi» pagnons d'armes d'Osman, fondateur de I dynastie. D'après ce mode de division se pr« sentent d'abord les quatre colonnes de l'empirj c'est-à-dire les vesirs, les kadiaskers, les del terdars, et les nischandschis; puis viennent li: agas extérieurs ou les commandants des iroil pes d'après leurs armes; ensuite les agas inté rieurs ou les employés de la cour au dehors a à l'intérieur; enfin, les ulémas ou légistes. Mai avant de passer en revue toutes ces parties d) l'édifice suivant l'ordre indiqué, il convient dj jeter un i égard sur la kanunname, base fonda mentale donnée par le conquérant à son gou vernement.
La kanunname est divisée en trois portes o; parties principales : la première traite du ranj des grands de l'empire ; la seconde des usage et des cérémonies; la troisième, des amende pour les délits, et des produits des emplois. L première partie nous initie à la hiérarchie d