‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 184 sur 288 · LIVRE X VIII · texte numérisé non relu

LIVRE X VIII

! persan (1), ou du persan dans le grec, c'est ce qu'il est difficile de décider ; car d'après les historiens orientaux, le defter ou registre d'impôt ' était une vieille institution persane, et le mot grec gaza, trésor, pourrait tout aussi bien se confondreavec le chasine persan qui ala même signi- ; fication. Après la chute de Chosroes, on continua encore, sous les chalifes, à tenir les registres des impôts dans la Perse, en persan , dans la Syrie ' et l'Egypte en grec , jusqu'à ce que le chalife ' Abdulmelek eut ordonné d'y substituer l'arabe en Perse; son fils Welid adopta la même mesure pour la Syrie et l'Egypte. Sous la domina- • tion des Seldschuks , alors que les teneurs de 'livres étaient des Persans, on adopta de nou- 1 veau la langue persane pour la comptabilité; : comme sous les successeurs de Dschcngis-Chan , te turc fut employé par les Uigures, et en Egypte, la langue kophte par les Kophtes. Sous 'Ghajaszeddin H, souverain impuissant des Seldschuks de l'Asie-Mineure , Karaman, le fondateur de la dynastie qui prit son nom, 'ayant fait immoler les meilleurs teneurs de filivres persans, introduisit l'usage de tenir les Jtlivres moitié en persan, moitié en turc; et ce 'système, appliqué avec une écriture brisée, toute ^particulière, est encore suivi aujourd'hui dans l'empire ottoman. Du temps de Mohammed II , 'iln'y avait qu'un seuldefterdar, qui s'appelait le defterdar de Rumili; on lui adjoignit un collègue pour les pays d'Asie; plus tard, il y en 'eut quatre. Les defterdars se rendaient, tous les lundis, à l'audience avec les vesirs; mais ils ne 'pouvaient présenter de rapports que sur l'autorisation du grand vesir auquel toutes ces affaires étaient soumises.

Enfin, l'empire a pour quatrième colonne les nischandschis, ou secrétaires pour la signature 'du sultan, qui originairement étaient de véri- 'tables secrétaires d'État , et comme tels membres du divan. Alors, le reis-ul-kuttab , ou chef des .écrivains, n'avait aucune place dans ce conseil ; ce ne fut que longtemps après qu'il parvint à occuper ce rang supérieur au nischandschi, dont la place, aujourd'hui sans action sur la marche des affaires, n'est plus qu'un titre purement honorifique. Le uischandschi était d'a-

(1) Dipbthera

bord obligé d'apposer lui-même la tughra , ou le chiffre du sultan, en tète des fermans et des diplômes; maintenant ce sont ses assistants qui s'acquittent de ce soin. Cette formalité s'appelle encore aujourd'hui, comme sous les chalifes, tewkii , c'est-à-dire sanction du fait; au temps du chalifat , elle était remplie par le vesir ; plus tard, elle fut laissée au soin du secrétaire d'État, qui s'appela pour cette raison secrétaire d'État de l'expédition (1). Conformément aux premières dispositions du kanun ottoman, le nischandschi revisait et confirmait les projets d'ordres et de diplômes préparés par le reis; aujourd'hui, il y fait purement apposer la signature du sultan, après que l'examinateur des projets d'actes (le mumejis), le référendaire (beglikdschi ), et le chancelier (reis) y ont mis leur visa(ssahh)(2).

De la haute porte du grand vesir, et de la porte du defterdar, nous passons à celle de l'aga des janitschares, qui entre avec les autres agas commandants des troupes dans la classe des agas extérieurs, en opposition avec celle des agas intérieurs, attachés exclusivement à la cour. Le premier des agas extérieurs est l'aga des janitschares, qui originairement n'avait que 500 aspres de solde quotidienne; mais une source particulière de revenus appelée l'argent de l'orge porta les produits de cette charge jusqu'à 60,000 aspres. Comme chef du pouvoir exécutif, pour la sûreté de la capitale , il était placé sous les ordres du grand vesir, de même que le juge de Constantinople sous le juge de l'armée de Rum. 11 devenait ordinairement beglerbeg de Rumili, ou kapudan-pascha ; et s'il tombait dans une sorte de disgrâce, il était nommé sandschak-beg de Kastemuni, de même qu'un grand vesir â demi disgracié était fait commandant de la flotte, et sandschak-beg de Gallipoli. L'aga des janitschares adressait au grand vesir, ou même directement au sultan , sis rapports sur les circonstances importantes de nature à troubler le repos public ; mais ni lui, ni aucun des autres agas, ne pouvaient prélever les amendes que le chef de la police avait seul le droit de percevoir. A lui appartenait de

(1) Ibn Cbaledun, S 34.

(2) Constitution et administration de l'empire ottoman.

conférer tous les emplois du corps des janitschares; celui de secrétaire du corps dépendait seul immédiatement du grand vcsir, et il était occupé par un étranger qui était le contrôleur des affaires. Le nombre des janitschares était encore de douze mille, comme après leur instii ut ion (1). La discipline du bâton régissait nonseulement les soldats, mais encore les officiers. Dans une campagne contre la karamanie, Mohammed Il fit donner la bastonnade à tous les colonels de régiments indociles (2). Il a déjà été question de l'infanterie régulière des Asabes, dont le nombre était ordinairement de trente mille hommes (3), moslims, jajas et woinaks. L'histoire de cette époque rappelle souvent l'aga des Asabes (4). La cavalerie régulière se composait des sipahis et des silihdars, auxquels étaient ajoutés les quatre corps des mercenaires et des étrangers, à l'aile droite et à l'aile gauche. Les agas de ces différents corps étaient les six généraux de la cavalerie, qui recevaient seulement une solde quotidienne de 100 aspres, avaient 16 à 17,000 aspres de supplément, au moyen de l'argent de l'orge. Le chiffre des troupes sous le conquérant était bien faible, si on le compare à ce qu'il devint plus tard. Les sipahis et les silihdars ne formaient que deux mille hommes ; les escadrons des mercenaires et des étrangers, quatre mille hommes ; par conséquent, toute la cavalerie régulière ne s'élevait pas à huit mille hommes ; en revanche il y avait des nuées innombrables d'akindschis qui répandaient la désolation sur les pays ennemis; mais leur chef n'était point compris parmi les agas extérieurs , ou généraux de l'armée régulière. Au nombre de ces chefs étaient encore le topdschibaschi , général de l'artillerie, le dschebedschibaschi, le général munitionnaire, le toparabadschibaschi, général des transports, et le mehterbaschi , quartier-maître général. A ces douze généraux, il faut encore ajouter les douze officiers de l'élrier impérial qui avaient le privilège de marcher immédiatement contre les flancs du coursier du sultan. Ces officiers étaient : le prince de l'étendard, ouporte-dra-

(1) Aali.

(2) Mouradjea d'Ohsson , 1. m, p. 355.

(3) ldris,fol.3l.

(4) Chalcondylas, I. v, édition de Basle, p. 72.

peau du sultan (miri-aalem), les quatre pre miers chambellans (kapidschibaschi), les deux écuyers ( mirachor), le grand écuyer tranchant ( tschaschnegirbaschi ), et les quatre maîtres de la vénerie, c'est-à-dire les deux chefs des fauconniers , le grand veneur de la chasse au vautour, et celui de la chasse à l'épervier.

Nous passons maintenant aux appartements de la cour, dont les officiers sont appelés agasintérieurs. Ceux-ci se divisaient quatre parj quatre. Le chef suprême de tous était le kapu-, aga, c'est-à-dire l'aga de la Sublime Porte impériale , le maître et directeur de toute la cour. C'était un eunuque blanc, sous les ordres du quel trente ou quarante autres eunuques, revê-. tus du titre de kapu-oghlan (garçon de la porte), et distribués dans les appartements J étaient chargés de la surveillance des pages. Quatre kapu-oghlans étaient attachés de plus- • près au chef suprême, savoir: l'officier de 1» clef, l'officier de la serviette, l'officier du sorbetj et l'officier du lavoir. Le kapu-aga accom-i pagnait toujours et partout le sultan, excepté lorsque cette personne sacrée s'éloignait du sérail, pour aller à la chasse ou se promènera* dans ce cas, le maître de la cour demeurait pourj j veiller à la garde du palais. Le second des agas: intérieurs était le trésorier (chasinedar-baschiul eunuque blanc comme le précédent , toujours attaché à la personne du sultan, devant lequel, dans les processions publiques, il portait) le turban de cérémonie; dans la mosquée,! il étendait sous ses pieds le tapis pour la prière, après s'être jeté lui-même deux fois à ■ terre, afin de reconnaître, au péril de sa vie, si le sol n'était pas empoisonné. Il avait sous se» ordres tous les employés du trésor impérial ,| qui recevaient de lui leur solde. Le troisième desi agas intérieurs était le surintendant de la, bouche, ou grand sommelier (kilardshi-baschi);! il devait marcher devant chaque plat apportéj au sultan, couvrir lui-même la table disposée) pour le sultan, faire préparer les sucreries, lesj confitures et les sorbets, et goûter le premier à tous les mets préparés sous sa direction , afin d'éloigner tout soupçon d'empoisonnement.

Enfin, le quatrième des agas intérieurs est celui, du sérail, ou intendant du château, auquel estj confiée la garde immédiate et l'entretien duj palais impérial; dans les mutations pour avan-

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