LIVRE XVIII
:ement, l'intendant devenait premier officier débouche; celui-ci passait grand trésorier, et ce dernier était élevé au poste de grand maître de cour; la place vacante de l'intendant du château était donnée au chef des gardes de la porte ' Kapuoghlankiajasi ). Si le grand maître de la cour était obligé de quitter la cour, sa disgrâce était tempérée ordinairement par sa nomination à un gouvernement de province, en qualité de bcglerbeg. La principale fonction des trente 'iu quarante eunuques blancs, soumis au grand maître de la cour, sous le titre de gardes de la 'porte, était la surveillance des trois chambres •des pages, dont la première, la plus retirée, 'était appelée chaszoda; la deuxième, la plus plus grande, bujukoda; et la troisième, la plus petite, kutschukoda. Le chef de la chambre 'intérieure , le chaszoda-baschi , qui habillait et déshabillait le sultan, en raison de ses fonctions ]ui le mettaient en contact avec la personne du •souverain, était considéré presque à l'égal du '»rand maître de la cour ; quoiqu'il lui fût subordonné, il était le premier des quatre autres igas intérieurs, qui formaient les quatre dignitaires a ttachés aux appartements les plus retirés : ■c'étaient : 1° le chaszodabaschi , ou premier ;chambellan ; 2° le silihdar, ou porte-épée ; 3° le tschokadar, ou premier valet cte chambre, chargé de porter dans les cérémonies le manteau du 'sultan; 4° enfin, le rikiabdar,ou teneur d'étrier, qui aidait lesouverain à se mettre en selle. 'Les pages de l'appartement intérieur étaient choisis parmi ceux de la grande chambre, et les pages de la grande chambre étaient tirés de la petite. Parmi ces pages se disiribuaient les muets et les nains, les chanteurs et les musiciens. Outre leur entretien régulier, les agas 'intérieurs recevaient annuellement une certaine somme dite de turban et de ceinture , 'comme l'argent d orge des agas extérieurs, ' parce que les turbans et les ceintures étaient ; aussi nécessaires aux premiers pour les cérémonies de cour que l'orge aux seconds pour la nourriture de leurs chevaux. Le chaszodabaschi recevait, par an, cinq habits qu'avait portés le sultan lui-même. 11 y a double garde pour le sérail ; celle des portes et des cours est confiée aux kapidschis , et celle des jardins et des barques aux bostandschis. Les officiers des kapidschis correspondent à peu près à nos chambel-
lans; leur chef est le kapidschilerkiajasi, dont le service , tout extérieur, est bien distinct de celui de l'officier attaché aux appartements intérieurs. Le kapidschilerkiajasi et letschauschbaschi, les jours de divan et d'audiences solennelles, marchent en avant, portant des bâtons garnis d'argent, qu' ils font résonner en frappant à terre. Le premier a sous sesordres les kapidschibaschis; l'autre commande aux tschauschs (fourriers et messagers d'État); le bostandschibaschi exerce encore son autorité sur les nombreux gardes des jardins chargés de cultiver et d'entretenir les jardins impériaux, et qui forment les équipages des galères et des barques du sultan. Le harem est le séjour des femmes; il est placé sous la surveillance des eunuques noirs, dont le chef, le kislaragasi (aga des filles ) , se montre souvent par son influence le plus puissant de tous les agas du dehors, de l'intérieur et de l'extérieur. Telle était l'organisation de la justice, du trésor, de l'armée, de la ville et de la cour. Les provinces étaient administrées par des begs , paschas à une queue , et des beglerbegs, paschas à deux queues , chefs des cavaliers feudataircs qui se rassemblent sous leurs bannières (sandschaks). L'empire ottoman comptait alors trente-six de ces sandschaks, sous chacun desquels se rallient environ quatre cents cavaliers. La force de l'armée, infanterie et cavalerie, dépassait cent mille hommes ; les revenus annuels du trésor s'élevaient â plus de deux millions de ducats fournis par les impôts, les taxes, les douanes , les tributs et les mines.
Il nous reste à parler du corps enseignant , c'est-à-dire des ulémas ou légistes, qui, tout a la fois théologiens et jurisconsultes, occupent exclusivement les places de professeurs et de juges; les chaires sont les premiers degrés pour élever aux sièges de magistrats; puis, on est porté aux plus hautes dignités de l'ordre judiciaire , on devient juge de l'armée , mufti. C'est une erreur de prendre les ulémas pour de purs théologiens, ou même pour des prêtres. Ils doivent être en effet théologiens, parce que, dans l'islam , en définitive , le droit vient se confondre avec la théologie , et que la base primitive est le Koran, ou la parole de Dieu; mais les ulémas n'ont aucun des caractères des prêtres. Dans le sens le plus étendu , on peut bien
rattacher aux ulémas l'ordre des prêtres, auquel appartiennent les imams et les scheichs, et dans lesquels on compterait même les muesius , les chatibs et les kaims (sacristains), enfin , tous les moines ; mais ces prêtres sont complètement séparés du corps enseignant proprement dit, qui ne comprend que les professeurs et les juges , et ils n'ont aucune prétention aux places rétribuées de l'ordre judiciaire, qui sont le partage des hommes de science et d'étude (1). Quoique le sultan l rchan tut déjà institué des muderris, ou professeurs auprèsde la première medrese de l'empire otloman, par lui fondée, et que Bajesid le Foudre eût fixé les revenus des juges, c'est à Mohammed II que revient l'honneur d'avoir organisé régulièrement le corps enseignant des ulémas, car c'est lui qui fixa l'ordre hiérarchique des professeurs et des juges, détermina le mode d'avancement et les degrés d'élévation de l'une de ces branches à l'autre. Le clergé proprement dit , en tant qu'il comprend seulement les desservants des mosquées, les crieurs de la prière , les imams et les prédicateurs , ne jouit peut-être, dans nul autre état, de moins d'influence; le véritable corps enseignant , au contraire, a une importance et une autorité politique dont on ne voit point d'exemple ailleurs, la Chine exceptée. Entre les ulémas et les ministres du culte, sont placés les ordres des derwischs et des scheichs de la vie contemplative, sur lesquels nous avons déjà donné des détails suffisants sous le règne d'Urchan; mais s'ils n'ont point parcouru tous les degrés du corps enseignant, en partant du plus bas, ils ne peuvent non plus prétendre aux places productives de professeurs et déjuges, qui portent aux premières dignités de la loi. Cette gradation dans les emplois est nommée la chaîne des ulémas ; et c'est le conquérant qui en forma les premiers anneaux dans l'empire ottoman. Elle diffère entièrement de la chaîne des scheichs, qui transmet surtout les sentiments de la vie contemplative, et la tradition de l'esprit de l'ordre, par le souffle des maîtres, et qui forme un lien purement spirituel. Les ulémas sont assurés par une suite de fortes positions ;
(1) Vor- Mouradjead'Ohsson, t. it, n» part. 8e édit., p. 453 , et administration de l'empire ottoman 1 ii p. 391'. ' '
comme leur chaîne parcourt et embrasse l'administration ottomane, et qu'elle retient encore ensemble les parties de l'édifice politique , qui menace de s'écrouler, pour compléter les notions déjà données sur l'empire ottoman, fournir les moyens d'apprécier pleinement les services de Mohammed lien qualité de législateur, et en même temps pour préparera riutelligence plus nette de plusieurs parties de cette histoire , où il sera question des ulémas , il est nécessaire d'entrer ici dansquelques développements.
Aussitôt après la conquête de Constantinople. Mohammed avait transformé huit des principales églises en mosquées ; il y attacha huit me U dreses (hautes écoles), à l'entretien desquelles furent affectés les revenus mêmes des églises.' Lorsqu'ensuite il éleva la mosquée de son nom à Constantinople, il établit à coté huit roedreses. qui , étant bâties sur le même terrain et le même niveau que la mosquée, reçurent le nom des huit hautes écoles du champ; les muderris n jouirent d'appointements supérieurs à ceux de tous les autres établissements fondés dans lai même ville. La gradation dans les diverse» places de professeurs, et l'organisation de laji hiérarchie entière des ulémas, paraît l'œuvrtl du grand vesir Mahmud-Pascha , qui , savant.lui-même, appliqua la plus grande ardeur à de tels soins. Les étudiants furent appelés Thalibs,| c'est-à-dire les amants de la science , ou plus: généralement, suc/ites,\es enflammés , parce qu'ils brûlaient de l'amour de l'étude. Ils étaient logés et nourris dans des édifices particuliers,! contigus aux huit écoles, et appelés tellmmetM Le cercle de leurs études comprend la gram-i maire, la syntaxe, la logique, la métaphysique, la philologie , la tropique, la stylistique, la rhé-' torique, la géométrie et l'astronomie. Après l'avoir parcouru tout entier, ils prennent le nom de danischmende ( doués de sciences ) et en' cette qualité, ils instruisent comme répétiteurs (inuids) les nouveaux étudiants. Les danischmendes fournissent des maîtres pour les écoles inférieures , ou deviennent imams, et pour cela, il ne leur faut point d'études supérieures ; mais ils perdent ainsi toute prétention aux places* productives des muderris et des mollahs. Pour celles-ci, l'on exige l'étude de la science du droit, et l'avancement gradué dans la carrière* des ulémas. Les candidats à de telles places sont